‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 329 sur 741 · BOHÈMES (LES FRÈRES · texte numérisé non relu

BOHÈMES (LES FRÈRES

'Il brèche toutes les institutions, sociales, politiques, religieuses, et est appelé à un étonnant succès.

A ceux qui formèrent, les premiers, VUnitédes frères, il aurait fallu un credo uniforme, sous peine de retomber dans le mal endémique de la Bohème, la discussion religieuse ; la difficulté était de le composer. On fit rejeter sans doute, au synode de Kunwald, les doctrines picarde et tahorite sur l'eucharistie ; et le moyen était iml'ii ' ["■Ml- voiiipre toute solidarité compromettante avec cvtr |iii i\,ii.iii révolté l'opinion par leurs excès [et :i\, '..',■ , il .1111 II 1,1 condamnation des diètes; mais on l;ii--,i iihIici<" 'I llottante la formule dogmatique — et cc( i laisse la porte ouverte aux variations futures — pour mettre au premier plan la question disciplinaire. Il s'agissait avant tout d'organiser la secte : ce fut le rôle de Grégoire, neveu de Rokytsana, complètement imbu des doctrines de Cheltchitsky et décidé à fonder une F.glise nouvelle. Certaines circonstances s'y opposèrent d'abord. Les frères n'avaient pas rompu ouvertement avec les ulr.'iiii-!.- , mi li- li -iii,til uii ' ilr leurs rites el de leurs i, n i h .: I i: I !is soupçons.

Ils furent .Il ..i,,i., ,1 'i -- i -des fauteurs

(le désordif. J' •- . un m - il i i -.- i i- l'-iliéhrad, couronné enfin roi de IJohème en I IJ'J, crut devoir protéger lutraquisme officiel ; il expulsa donc les frères, en 1461, de la Bohème et de la Moravie. Cette persécution n'arrêta pas la propagande de l'Unité. Ses groupes, momentanément dispersés, se cachent dans les forêts et les monta^ nés. célèbrent leur culte dans des cavernes, ce qui li'ur valut de la part du peuple le surnom de jamnici ; ils se multiplièrent et songèrent à se donner une organisation, liasée sur la pauvreté volontaire.

En Ii(i7, soixante-dix des principaux frères se réunissent à Lotka. en Bohème, pour se donner un clergé. Ils tirent au sort leurs candidats. Mathias de Kunwald, Thomas Prelautsch et Élie Krenov sont élus : la présidence est dévolue à Mathias. Restait à les faire sacrer. Des vaudois éuii:.!! - iir.'liiiil.uiiii pu-- ..Irr .Ir- .'vri | m ■- légitimes, dr-r-'iiiLiiil iliir-i iK-iil ili'- ,i]iiilr.'- |i:ir \ine tradition iiinii. i v mi|.ii. i ' ■ i ii •■'• ni i"'iiil |i"Ur il.'iiUiire

iniin r.iT Uni ■! i-ii,iiriii ,1 -- iiltacher aux origines

\;iiuliiis liirniiin i{iii l.iii roiilV[M l;i consécration épis- -1 constituée; elle a son auloni membre nouveau qu'après irins, lor. cit., p. 102, erreur ,1 -r .■\ flonl Ip's frères, en 1503^ II- .|ii- il-jini- |iin. L'Unité est i|ii' |ii . -nliiii :i \ in. chargé de ^iin- -in Ins :iil:iirn- importantes, rne un diocèse et administre l'ordre ; il est assisté de coadjuteurs. Des prêtres ou pasteurs, aidés d'acolytes et de diacres, remplissent les fonctions ecclésiastiques et sont astreints au célibat. Les frères laïques sont partagés en trois catégories : celle des commençants ou aspirants, celle des avancés ou élus et celle des parfaits; c'est parmi ces derniers qu'on choisissait les anciens ou juges des mœurs, les ministres et les édiles. Un conseil suprême d'anciens veille scrupuleusement à la bonne conduite des frères et à la praliifue de la pénitence. Tout délinquant, quel qu'il soit, jeune ou vieux, laïque ou ecclésiastique, prêtre ou évé(|ue, est soumis d'abord à une admonestation privée, puis ,1 une réprimande publique, enfin à l'excommunication ou exclusion de l'Unité. Les femmes, en particulier, sont l'objet de règlements très sévères.

.\insi constituée, l'Unité ne peut plus être confondue avec lutraquisme officiel. Aussi Rokytsana lance-t-il un rrianili'iiienl contre elle, accusant ces picards d'anarchie, puis,|iie de siuiples laïques se sont arrogé le droit de disposer du sacerdoce. Il pousse Podiébrad à sévir rigoureusement. Les frères doivent se cacher de nou-

copale. Iinnomie. Kl!

l'avoir mil, déjà comi.n avouaient i gouverni'f délibérer ai Chaque évèqu

veau. Mais Grégoire parvenait quand même à composer des traités et à faire parvenir des réponses à Rokytsana, des suppliques au roi, des appels à l'opinion. Il repousse le surnom de picards, qu'ildéclare une appellation calomnieuse; il soutient que les bohèmes restent d'accord avec les utraquistes, puisqu'ils communient sous les deux espèces; et quant au reste, s'ils sont en désaccord avec l'utraquisme, c'est qu'ils sont passés avec raison à l'Évangile pur. En attendant, grâce à l'anarchie qui sévit en Bohême et à la faiblesse de la répression royale, ils échappent au péril de disparaître, et, en 1471, à la mort de Podiébrad et de Rokytsana, ils respirent en toute liberté.

IL Progrès, 1471-1526. — Le nouveau roi de Bohême, Ladislas II (1471-1516), est jeune et sans expérience; Lutraquisme officiel est en partie réduit par la prédication de saint Jean de Capistran. Or ce changement de règne et cette déchéance de l'utraquisme profitent à l'Unité, qui pénètre dans la noblesse et envahit tout le pays. Mais, selon la remarque de Denis, loc. cit., on ne se doutait guère, à la mort de Grégoire 'en 1473, que, vingt ans après, ses successeurs abandonneraient ses doctrines, condamneraient ses écrits et engageraient l'Unité dans une voie nouvelle. Le succès fut, en effet, plus redoutable que la persécution. Le nombre des adhérents s'accrut; leur qualité baissa. Les nouveaux venus se dégagent du passé héroïque ; une génération différente apparaît avec Lukach de Prague, Tcherny et Laurent Krasonitsky; elle profite des loisirs de la paix pour se livrer à son goût d'examen et de discussion. L'activité littéraire est intense. La question dogmatique est vivement débattue et roule sur l'intervention de la grâce el de la liberté dans le salut de l'homme. Qtielques frères continuaient à soutenir avec Cheltchitsky que l'homme est sauvé par la grâce ; mais, contrairement à Cheltchisky, ils se mettent à prôner la résignation, l'indifférence, l'inertie morale. Un tel ascétisme n'était pas sans danger ; il devait condamner la secte à la stérilité et à l'isolement. Procope, un tenant du passé, entrevit ces conséquences ; reprenant les vues de Cheltchitsky, il plaide la cause de la volonté et la nécessité de son concours dans l'œuvre du salut et fait sanctionner cet enseignement par le synode de Brandys en 1490. Son succès fut éphémère; car, quatre ans plus tard, au synode de Rychnov, les frères novateurs triomphent et font condamner les écrits des deux premiers chefs de l'Unité, Cheltchitsky et Grégoire. C'était rompre avec la tradition du parti et engager l'Unité dans une voie nouvelle. L'esprit de tolérance, qui souffle désormais, ouvre une porte plus large et favorise en particulier tous ceux qui exaltent la foi au détriment des œuvres ; c'est un pas en avant vers le protestantisme. Quelques vieux frères, fidèles malgré tout à la doctrine des premiers jours, protestèrent, mais en vain. Amos et Kubik furent excommuniés et chassés; leurs partisans se dispersèrent et moins de cinquante ans après ils avaient disparu. L'Unité première avait vécu.

L'Unité nouvelle poursuit son développement organique et progresse jusqu'à l'apparition de la Réforme luthérienne. A la mort de Mathias de Kunwald, en 1500, elle nomme des seniures et quatre évêques, au nombre desquels Lukach. Celui-ci, pour empêcher la secte de se confondre et de se perdre dans quelque Église étrangère à la Bohème, ne se contente pas de ramener dans le culte certaines cérémonies proscrites ; il donne à l'LInité une organisation plus étroite et un symbole, lui conserve quelques-uns des traits de son originalité et l'empêche ainsi de se laisser absorber plus tard par le luthéranisme. L'autorité législative passe au synode; le pouvoir exécutif au conseil étroit, dont le président porte le nom de juge; l'ordination des prêtres est réglementée. Le pasteur, assisté d'un diacre, est entouré d'un conseil d'anciens ; il confère les sacrements, reçoit la confession

TiOHÈMES (LES FRÈRES1

piiljlique ou privée, selon les pécliés. et il travaille pour subsister. Aux débuts, Malliias fui à la fois évêque et juge ; mais après la condamnation des vieux frères, Mathias ne conserva que les fonctions propres à l'épis- Lopat et Procope fut juge; ensuite, quand Mathias fut mort et que Procope se fut retiré, en 1500, on confia le pouvoir à quatre évéques, Thomas. Klie, Ambroise et Lukach; le plus ancien cul le titre el la fonction de juge. Au lendemain des luttes du xv» siècle et à la veille d'entrer en contact avec la Réforme, les frères profitent de la trêve. Leur activité se manifeste surtout dans les s\nodes et se traduit par une série d'ordonnances ou de décrets qui forment un code complet de discipline publique et privée. En particulier, la question des rapports entre riches et pauvres n'a plus l'acuité irritante de l'époque bussite ; les uns se montrent moins durs, les autres moins ai;ressifs et, selon la remarque de Denis, les rancunes des uns et les convoitises des autres s'assoupissent. Néanmoins l'Unité est impuissante;) former une Église ; c'est plutôt une communauté de religieux. Sa morale, visant trop à la perfection, exige un genre de vie à part, exceptionnel et en dehors ou au-dessus de la nature bumaine ; elle sacrifie la joie tant recommandée par l'apôtre pour le service de Dieu et s'entoure d'une atmosphère de morne tristesse : morale d'ascètes, excessive, minutieuse, réglant tous les actes de la vie à chaque instant du jour, montrant la valeur de ceux qui l'iiuvaient la pratiquer, mais condamnant ceux-ci à ne plus former qu'un clan étroit et fermé. D'autre part, il ist vrai, le symbole n'est pas encore fixé dans une formule définitive; mais son élasticité même compense la rigueur de la morale et assure le recrutement des frères. Le nombre des nouveaux venus s'accroit sans cesse, si lii.Mi que vers la fin du xv« siècle les frères comptaient I i , ~ lie deux cents églises en Bohème et en Moravie. Borowy ]i M !• de quatre cents communautés. Le conseiller intime <Il Ladislas, le poète et orateur Bohuslas Lobkowitz, pouvait écrire au roi en 1497 : « Ce qui m'affiige le plus, c'est que cette erreur, qui n'osait se remuer sous le roi lù'orges et rarchevèque Rokytsana, tous deux suspects (IliM«'~i., -'i III il iii' -"li^ un roi catholique et s'étend

I II II iii |ii I I i L;uère de force humaine qui

[il- I I ij /' ' 'iinaire encyclopédique de la

ihr.^L.j,. .,,,;:,;,;, l'nis, 1858, t. III, p. 176. Rome s'inquiétait d'aussi lapides progrès ; Alexandre VI ordonna à l'inquisiteur Henri Institoris de se rendre en Bohème et en Moravie pour combattre les vaudois. Ladislas dut piiiulre dis mesures sévères et porta, en 1508, un décret <|iii Ni-Jit II - picards, mais qui atteignait en même temps

II - ir ri~ il I iiit pour eux une menace constante. Ceuxci ciiiiiposcn ni une apologie, l'adressèrent au roi et iiussirent à se soustraire aux effets du décret. Que valait cette apologie, où ils attaquaient la transsubstantialion et même la présence réelle'? Érasme, à qui elle ,r,ail été adressée en 1511. se contenta de répondre qu'il Il \ avait pas d'erreur choquante (sans doute pour ne |Ms déplaire aux frères;, mais qu'il n'était ni prudent piiur lui ni utile pour eux d'en rendre publiquement témoignage. La mort de Ladislas II et l'avènement de Louis assurèrent à l'Unité une nouvelle période de calme et de progrès. L'utraquisme ne comptait guère plus, et le catholicisme avait besoin de l'appui de la loi. C'eut été l'heure propice de réaliser l'idée hussite, en réconciliant tous les partis tchèques et en assurant le triomphe du pur Évangile dans l'unité nationale et relii;ieuse. Les lieros la laissèrent passer. Ils ont atteint iiui- apui^éc. I, avènement des Habsbourg avec l'élection de lerdiiiaud d'Autriche, le frère de Charles-Quint, et l'entrée en seene de Luther vont arrêter la marche ascendante de l'Unité et lui faire perdre un peu de son originalité et son indépendance.

III. Déclin, 1526-1627.-- D'une part, le nouveau roi déteste les frères parce qu'ils sont nés de l'anarchie.

qu'ils en vivent et que rien n'est pire pour la tranquillité d'un État que ce principe dissolvant, négation de toute autorité. Les Habsbourg se refuseront à relever complètement l'Unité de sa mise hors la loi, et, sauf quelques défaillances passagères, la réduiront à l'impuissance, en attendant qu'ils en débarrassent pour toujours la Bohême et la Moravie. D'autre part, le luthéranisme attire à lui, dans la Bohême et la Moravie, les habitants d'origine allemande et menace de contrebalancer la prépondérance tchèque. Il a pour lui la séduction du succès et exerce sur l'Unité une attraction si puissante qu'il est sur le point de l'absorber.

I, .i|i|i iiiii'ii de Luther est salui'c luriiii Ii- IVeres

c' Il !i iii.in d'une proplK'dii d I .,,, Il , , lis

en I imlation au moine -a\iiii '1 I li.ii II. iii ;'i

se uiidiL ,1,11,1,1e de l'état des iimiu,-. d.iii.- I l^j^liso ressuscitée; mais ils s'aperçoivent que la Réforme luthérienne n'est rien moins qu'une réforme morale et qu'elle rejette l'usage de rebaptiser, le célibat ecclésiastique et les sept sacrements. Dé(,us, ils se retirent et sont traités par Luther de gens rigides, au regard farouche, qui se martyrisent avec la loi et les œuvres, n'ont pas la conscience joyeuse et ne connaissent point la justice imputative. Du reste Lukach, devenu juge de la Fraternité, veillait. Il ne s'était pas contenté d'imprimer iine forte direction à l'Unité, de l'inr^nniser définitivement. A la tête de cliaque communanl ' II n il [d ici' un prêtre

qui devait se sustenter par I. Il i I et remettre

au con.seil étroit tous les lu mi i i d [miivait faire. Le célibat ne fut plus exig,' I nu lin un disolue, mais pratiquement il fut observé pendant longtemps. Un diacre et des acolytes aidaient le pasteur dans le gouvernement de la communauté, dans l'administration des sacrements, l'office divin, la prédication, la tenue des écoles; un conseil devait veillera la bonne conduite des membres et à l'exécution des mesures disciplinaires ; une délégation de veuves et de femmes non mariées veillait de son côté sur les sœurs de l'Unité. Lukach fit plus; tant qu'il vécut il prit soin de conserver l'autonomie à l'Unité. Mais à sa mort, en 1528, Jean Horn, Jean Aii^n-li Mil II I Weise et Sionsky eurent la direction di - h I 11 devint juge en 1.532. Ceux-ci se mon-

lii 1 II II II 1 1 ansigeants dans leurs rapports avec

II- iif riii - I iiilier, changeant de ton et comprenant que, pour assurer le succès de son œuvre en Bohême, les frères pouvaient lui servir d'utiles auxiliaires, sinon de partisans résolus, cherche à les gagner. Il écrit en conséquence une préface à l'apologie qu'ils venaient de composer et la publie à Wittenberg, en 1533. Puis il jette les bases d'une entente. Sur le terrain des doctrines, les frères font des concessions qui leur coûtent peu : ils admettent que la foi seule justifie, que l'eucharistie renferme le corps de Jésus-Christ. Sur celui de la discipline, ils continuent à être moins accommodants; ils s'obstinent à réclamer l'introduction de leur discipline parmi les luthériens; mais ils cèdent peu à peu sur les points en litige et finissent par frapper un pacte d'union avec Luther dans un banquet, en 15i2 ; ils entrent ainsi dans la sphère d'influence dn luthéranisme et se laissent inféoder dans le mouvement politico-religieux de la Réforme. Ce fut une faute capitale et dont les conséquences devaient être mortelles. Lorsque Ferdinand I" réclama leur concours contre la ligue de Smalkalde, ils refusèrent, pour n'avoir pas à combattre les protestants allemands. Ils en furent bientôt punis; car Ferdinand profita de la victoire de Muhlberg, en 1547, pour sévir contre eux : il supprima tous les changements qu'ils avaient introduits dans le culte; il ferma leurs oratoires ; il jeta en prison leur évêque Jean Augusta et son coadjuteur Jacques Bilik ; il les poursuivit partout. La plupart furent obligés de passer la frontière et se réfugièrent en Prusse et en Pologne.

Jean Augusta avait caressé le projet, dès 1540, de

Page 1