BOHÈMES LES FRÈRES
véunir les frères et les utraquistes en une Église nationale. Son emprisonnement l'empêcha d'y donner suite. Devenu juge, en 15i7, à la mort de Horn, et rendu plus tard à la liberté, il essaya de le réaliser; mais les circonstances avaient bien changé. L'utraquisme était en pleine dissolution; les conipactata ne formaient plus ■une confession et allaient être supprimés en 1567; le parti de la Réforme s'affirmait de plus en plus; et les frères, exilés ou dispersés, ne répondirent pas à l'appel <l'.\ugusta.
A l'étranger, les frères bohèmes fondèrent de nouveaux centres de propagande et, tout en mn'îprvanf encore •leur autonomie, ils ne cessèrent |>.i- il ■ \i\ii' en bons ■j'apports avec les réformés. C'est un-i qu . n l.'iTd. à la réunion générale de Sendomir, ils smh-cl nii'iil 1 accord des symboles de la foi d'Augsbourg, de Bohème et de Suisse. Après vingt ans ils disparurent de la Prusse. •Quant à ceux qui s'étaient réfugiés en Pologne, ils furent combattus par les jésuites, mais réussirent à se maintenir et même à progresser; en 1627, ils comptaient encore un certain nombre de communautés et plusieurs milliers d'àmes.Un de leurs jn.crep,-\icolrije\viski, les abandonna pour prendre r^nu j imi !— ;iiiciens frères; le plus grand nombre fin 11 i .i ; n h .i\ec les réformés; quelques-uns persisléii i .iicore
dans la province de Posen, où il- i rim ni ' niq communautés et un diocèse. Cf. Roch, JJic Seniuralsicalil iei den Vnitàtsgemeinden den Provinz Posen, Lissa,
Tout autre fut le sort des frère- irsi •en dépit des poursuites de Ferdinnni, qu'un moment propice pour se i. . ,1,-1 <lre leur propagande. Constatant cjni \i:i beaucoup plus tolérant que son prvr :
religieuse, ils insisiérrnt si bleu aupr
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lui qu'ils
obtinrent en l."J7."> li' ilroil lU" se réunir en Bohème et •de pratiquer lilireinriil leur eiiltr; mais c'est en Moravie qu'ils fixère Ml I ■ -e - pimeipal de l'Unité, d'où le •nom de Frà'es //(."" es .,,ni^ lf(|uel ils sont quelquefois désignés. Part^i^/- nh' li irsolution bien arrêtée de •conserver leiii' jiilnii.iiinr ri ],■ dr-ir ,!.■ l'aire cause commune ,i\f !'•- ri Le ne - -ili' l-^ tn r.iin pulilico-religieux, ils essayrnil nnr lui- di' plu- <}•■ iV'iliyer un symbole uniforme ,i\ec les lulUeneiis et le» calvinistes. Ils n'y parvinrent pas sans difficultés ; mais ce fut grâce à un vrai tour de force qui consiste, comme toujours, à ne rien préciser de ce qui les divisait. On bannit résolument toutes les subtilités de l'école ; et pour ne contrarier personne, on laissa à la formule tout le vague et toute l'élasticité désirables. Désormais ils marchent de •concert avec les réformés. Le succès aidant, ils visent à s'emparer de l'université de Prague, multiplient leurs instances, soulèvent l'opinion et finissent par réussir en arrachant à Rodolphe II, en 1609, les fameuses Lettres ■de majesté qui leur livrent l'université, proclament la liberté de conscience, leur concèdent la jouissance de leurs temples et le droit d'en ériger d'autres sur leurs propriétés. C'était un triomphe inespéré pour le présent ■et la sécurité pour l'avenir. Jusque-là ils n'avaient pas possédé d'école de théologie et s'étaient contentés, faute •de mieux, de confier la formation de leurs futurs ministres aux leçons rudimentaires des vétérans du ministère. C'est à peine si, en 1549, ils avaient pu réunir cinq étudiants sous la direction de Paul Speratus pour leur faire suivre les cours de l'université. Mais maintenant que l'univei'sité de Prague est entre leurs mains et celles des protestants, ils fondent le collège deNazai-eth. Tout en conservant encore leur liturgie, ils marchent avec les réformés sous le nom d'utraquistes. Un administrateur, assisté de onze conseillers, est à leur tête. Le premier des conseillers est un ancien de l'Unité; cimi sont des prêtres utraquistes ; deux, des prêtres de i Unité; les trois autres, des professeurs de l'université.
A côté de ce conseil siégeaient vingt-quatre défenseurs. C'était moins une union qu'une confédération, dont l'existence et le rôle nous sont dévoilés par le décret du synode de 1616, publié sous ce titre : Ratio disciplime ordinisqiiK ecclesiastici in Vnitate fralriii» bohemorum.
Désormais, semble-t-il, les frères n'ont plus rien à craindre; la Bohême est à eux. En fait ils osent tout; ils parlent et agissent en maîtres. Malheureusement, sous le gouvernement de Mathias, ils commettent l'imprudence de jeter par les fenêtres les représentants de l'autorité royale, et cette défenestration de Prague ouvre la guerre de Trente ans. Leur audace suscite une réaction violente. Ferdinand II, en elTet, succède à Mathias avec la ferme résolution de supprimer l'hérésie, en supprimant tous les privilèges dont jouissaient les Tchèques, réformés luthériens ou frères bohèmes. Un moment supplanté sur le trône de Bohême par Frédéric V, qui avait accepté la couronne que lui ollrirent les Étals de Prague de 1619, il recourut aux armes. Ses lieutenantsacculèrentles Tchèques révoltés à l'ouest de Prague et décidèrent pour toujours du sort de la Bohême, tant au point .1. u- r li i.ii\ qu'au point de vue politique, parleur le ,1 1 '.• Muilagne-Blanche, le8 novembre 1620. L. 'h'xlé furent déchirées, les con-
cessions iliii Juin-- le lit les réformés et les frères supprimées ; et sept ans après, en 1627, un édit bannissait définitivement quiconque n'acceptait pas le catholicisme. Les frères bohèmes prirent le chemin de l'exil, ayant .'i leur tète leur évêque, Jean Amos Comène, qui, dans son Histonola, Halle, 1702, p. il, regarda ce désastre comme une punition de Dieu. C'était surtout la conséquence de l'inféodation des frères au mouvement politico-religieux de la Réforme. Loin de leur patrie, les exilés continuèrent à vivre, indépendants et dignes, sans plus se mêler aux luttes civiles, sans se fondre dans aucune autre secte, mais aussi sans laisser de traces appréciables dans l'histoire, à l'exemple de tant d'autres sectes isolées qui végètent en marge de l'Évangile. Ceux qui refusèrent de quitter la Bohème durent se tenir cachés et attendre des jours meilleurs qui ne vinrent pas. Ils se perpétuèrent en dépit de tout, et au bout d'un siècle leurs successeurs se résignèrent, pour la plupart, en 1721, à accepter un refuge en Lusace sur les terres du comte Zinzendorf et contribuèrent, sous la direction de leur bienfaiteur, à former la secte piétiste, connue sous le nom des Frères évangéliqiies ou Hernnliulers. Voir Hersxiu'TERS. Quant aux derniers survivants, qui étaient restés en Bohême, ils se ratlaclièrent vers la fin du xviii» siècle à la confession helvétique, seule autorisée avec celle d'Augsbourg par le décret de Joseph II de 1781; mais ils perdirent ainsi ce qui les caractérisait et constituait leur originale physionomie.
IV. Doctrine. — L'erreur capitale des frères bohèmes fut de croire que la perfection, qui n'était qu'un conseil évangélique et ne pouvait s'adresser qu'à une élite, était une prescription rigoureuse de Jésus-Christ et d'ordre général. A leui's yeux, l'Église primitive seule avait réalisé cet idéal de la vie chrétienne; l'Église catliolique s'en était trop écartée pour représenter véritablemenl l'œuvre du Christ : de là leur violente antipathie contre Rome et leurs efforts généreux pour faire revivre la tradition glorieuse des oi-igines. D'autre part, à l'exemple des vaudois, ils condamnaient le serment et l'emploi de la force, par suite toute participation aux emplois publics, parce qu'ils impliquent la prestation du serment et le recours à la force. Ils auraient pu former un ordre religieux à l'exemple de ceux qui existaient dans l'Église romaine; mais, en imposant à tous sans exception comme une règle imprescriptible leurs principes de vie chrétienne, ils poursuivirent une chimère et ne formèrent qu'un parti de rigoristes; et grâce à
HIK.MKS (LES FRKRESj
leurs principes de vie politique, ils se placèrent en dehors de la société; de toute fa(,on ils s'interdisaient l'espoir de constituer une Église.
Cette doctrine parait d'abord dans une lettre adressée à Rokytsana et dans un manifeste rendu public, où ils font connaître leur croyance au symbole apostolique et aux sept sacrements, ensiiid' daiii^ mii> ronfession à (leorges Podiébrad, où ils in.iIi. ni l,i ini ,lrs trois premiers siècles. Au point de \uf (iMuinih^iii.', c'est le salut par la foi. Le symbole aposlnlli|iii' >ri l ilr règle et s'impose à la foi des frères. Mais la foi peut être vivante ou morte, selon qu'elle se traduit ou non en bonnes œuvres et en une vie vertueuse, d'après la parole de saint .lacques; elle fournit l'aliment de l'espérance, d'après l'épitre aux Hébreux ; elle s'attache à Dieu par le cœur, compte sur sa grâce ainsi que sur l'accomplissement de ses promesses. Par la pratique de ces trois vertus théologales, l'homme peut mériter le (mhIuii .!.■ -i^ fautes et obtenir la récompense future, ..-n - ,i|i|iii\,iiii loujuurs sur le sacrifice expiatoire du Cbiisl. I.i \ir .lu. h. ■une,
1,11 ni 1 .n|i|n inirr . nlri> lin n -1 l'homme tout intermé-
,! ...lui ,l.- inrin- ,.n celui des sacrements.
Il |.uniijni 1- -• irrr. , -.■ ,iidriviil bien de supprimer le eleryi'v \ n ml ,i . lillu iin. I L hsn, ils tinrent à en posséder un, \ii I -. 1 >n|iMnl-ils d'avoir des évoques
dùmeiil run I. : . - I I .1. - |ii ' II' - ilùment ordonnés, mais dont la cuusc Li.iUou i.u 1 uiiliiiation se rattachât aux origines apostoliques. Seulement, comme les donatistes du iv« siècle, ils firent dépendre la validité des sacrements de la dignité morale de celui qui les conférait, et on conséquence ils décrétèrent l'exclusion de tout prêtre reconnu indigne. De même ils conservèrent l'usage des sacrements. — Le baptême était regardé par eux comme le sacrement nécessaire qui servait d'entrée solennelle et d'admission dans l'Unité; mais ils ne se contentèrent pas de le conférer aux enfants nés dans l'Unité, ils l'imposèrent encore aux étrangers, ce qui n'était point, prétendaient-ils, une réitération du baptême, attendu qu'à leurs yeux tout baptême était nul, même celui des catholiques. De plus ils exigèrent de la part des parrains l'engagement formel d'élever leurs filleuls dans les principes de la foi et les pratiques de la vie chrétienne, faute de quoi ces derniers ne pourraient pas être promus à un rang supérieur. Aussi, afin de constater si les initiés remplissaient les conditions requises, avaient-ils institué un examen spécial; et dès que l'épreuve était jugée satisfaisante, ils faisaient administrer la confirmation. Par là les candidats étaient admis à la classe des avancés ou des élus et avaient droit de prendre part désormais à la cène. — La communion passait pour être la réception de Jésus-Christ sous la forme du pain et du vin consacrés. Mais, au d'ébut, les frères ne s'expliquèrent pas sur le mode de la présence de Jésus-Christ dans l'eucharistie. En 1468, ils se contentèrent de déclarer qu'ils s'en tenaient à la lettre de l'Évangile et de l'apôtre saint Paul; deux
après.
dans une de leurs confessions, ils affirmèrent
que le Christ devient présent dans Ihostie dès que le prêtre prononce avec foi les paroles de la consécration, et que tout frère qui communie avec foi reçoit réellement le corps et le sang de Notre-Seigneur; mais ils n'acceptaient pas l'enseignement catholique de la transsubstantiation. Un siècle plus tard, Lukach précisa que la présence de Jésus-Chrisl dans l'eucharistie n'était qu'une figure; car de même qu'on lit dans l'Évangile que le Christ est la voie, la porte, l'agneau, etc., expressions qu'il faut entendre au sens métaphorique, de même le pain et le vin consacrés figurent simplement le corps et le sang de Jésus-Christ. Dans la suite cette doctrine eucharistique subit de plus en plus l'influence luthérienne. — Il n'en fut pas de même de la doctrine pénitentielle; car la pénitence était en grand honneur
DICT. DE IHÉOL. CATHOL.
parmi les frères, à titre de pratique ascétique préparatoire à la rémission des péchés. Les péchés publics étaient soumis à une pénitence publique et déclarés absous par toute la comuniii.niir', |,, - |i,iliés secrets devaient être confessés au pr. 1 1 , . m n , nn nio dans ce cas, l'absolution n'étaitac(|ui~r .|n ipr. un ,icle d'bumilialion publique; le pénilenl ilij.. i uulr-..-,n devait, en elTet, en présence des frères, reconnaître sa culpabilité, exprimer son regret, demander pardon et prier Dieu de lui pardonner. — Beaucoup plus sévères que les protestants sur la question matrimoniale, à raison de l'austérité de leurs principes, les frères ne proscrivirent pas le mariage comme tant d'autres sectes de l'antiquité, mais ils le permirent à quiconque ne pouvait pas vivre autremetit et gardèrent toutes leurs préférences en faveur de la continence. — Enfin ils n'envisagèrent jamais l'extrême onction comme un sacrement proprement dit, mais seulement comme une cérémonie religieuse, signalée par saint Jacques, propre à satisfaire la piété des mourants.
C'est surtout dans les synodes que s'est manifestée l'activité des frères bohèmes, et dans la partie disciplinaire de ces synodes qu'éclate leur incontesl.ible originalité. Décisions et décrets forment un ouseuilile de
logiques. Mais il est juste de constater (pi'ils comptèrent dans leurs rangs beaucoup d'écrivains, dont quelquesuns sont restés célèbres. A côté de commentaires, de traités et d'homélies, il faut signaler leur traduction de la Bible en langue tchèque, leurs manuels d'instruction religieuse sous forme de catéchisme et leur recueil de cantiques, composés par Lukach, Augusla et Blahoslav. Ce recueil a été maintes fois édité depuis 1501, date de son apparition, et s'est continuellement accru jusqu'à l'édition qu'en donna Comène en 1659; il a été ,•. ,1. h„ ni ii.i.Inil nn ail. n , nnl , ] nil.li .' jinur la première l, , ;. ,i \1 ■ • ' W . : . n r.'il ' .lii ' |iliisieurs re- |,i I . I . 1 I n I ■ Il "Il édition de
Sur les sources, restées manuscrites ou récemment publiées, voir la Realencyclopâdie fïir protestantische Théologie %md Kirche, 3' édit., Leipzig, 1897, t. m, p. 445, en tête de l'article Bruder bohmische. — Sur les travaux qui renferment un exposé complet, voir : Blalioslav, Summa qxiœdain brevissima collecta de Fratrum origine et actis, 1556 ; Lasicius, De origine et institutis Fratrum libri VIII, Gœltingue, 1568-1599; Camerarius, Historica narratio de Fratrutn orthodoœorum in Bohemia, Miiravia et Polonia. Francfort. 1625; Rudiger, De ecclesiis Fratrum in Bohemia et Moravin hisloria. Heidelberg, 1605;
De urigim- ecclesix /• ' " ' - ' ' ■''"'>•, Heidelberg,
1605" Aniûs Comèiv. // / • uiurum, Halle,
1702- en tète de -.i /: - ,, , i /"n ecclesiastici
i„ unitate F,-atru,„ /- /. -- \i,nn i,l.,n,, U'.60, se trouve
un historique intitulé ; Eccirxin' shrr„iii,':<' ab ipsis apostolis fundatse, ab Hieronymo, Crjrillo, Methodio propagalœ, Bohcma in gerite potissimum radicatm et in unitate Fratrum bohemorum fastiyiatœ, brevis histuriola : Buddée, Principes de la constitution des frères moraves, dans les œuvres de Zinzendorf, Francfort, 1740; Bosl, Histoire de VÉglise des frères de Bohême et de Moravie, Genève, 1831 ; Gindely, Geschichte der bohmisch. Briider, Prague, 1857-1858; Ezerwenka, Geschichte dcr evangelischen Kirche in Biihmen, Leipzig, 1870; De Scliweinitz, The historij of tlie Church Icnoivn as the Unitas Fratrum. Bethléhem, 1885; Kirchenlexikon, ?.• édit., Fribourgen-Brisgau, 1883, t. u, p. 1334-133(1. Sur quelques points particuliers, consuller ; .l.ii' n i. ^' '" '' ' •" ' ' ^l'riing der Briidei-2J)î!(â(, Hernnlini i' n /' ''S variations,