‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 428 sur 741 · V. L'ARCHEVÊCHÉ GRÉCO-BULGARE D'OCHRIDA · texte numérisé non relu

V. L'ARCHEVÊCHÉ GRÉCO-BULGARE D'OCHRIDA

1393. — Créé pour des motifs politiques aux dépens du patriarcat bulgaie et des métropoles grecques voisines, l'archevêché gréco-bulgare d'Ochrida ne pouvait conserver longtemps son ancien personnel et sa vaste juridiction. Avant-même la mort de Basile II, 1025, l'archevêque bulgare Jean était remplacé par un grec, Léon, chartophylax de la Grande Église, Mai, Spicilegiuni romanum, t. x, p. 28, celui-là même qui devait, en 1053, lancer, de connivence avec Michel Cérulaire, la fameuse lettre contre les azymes et provoquer ainsi le schisme de 1054. Léon mourut en 1056. Ses successeurs, Théodule, 1056-1065, Jean, vers 1068, un autre Jean, vers 1075, Théophylacte, le célèbre commentateur de la Bible, de 1078 après 1092, Léon, Michel Maxime, Eustathe, vers 113i, Jean Comnène, neveu de l'empereur Alexis I", Constantin, déposé en 1166, etc., étaient tous grecs et partisans de la même politique religieuse.

Celle-ci se réduisait en somme à deux points principaux : ('■liminalion progressive de l'élément bulgare au I>ri>l'it de l'cb'ment grec, maintien des anciens privilèges de la iiiciropole d'Ochrida contre les prétentions des patriarclies de Constantinople. Sur ces deux points, qui sembleraient de prime abord s'exclure mutuellement, l'histoire n'a enregistré que de très légères défaillances. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à consulter la vasie correspondance de Théophylacte et de Demeirios Chomatianos, les deux éminen'.s champions de la cause de l'hellénisme en Bulgarie. Toutes les lettres de Théophylacte sont remplies d'injures à l'égard de ses ouailles

slaves. « Il sent le moisi, dit-il, comme les Bulgares sentent le mouton. » Ailleurs, il s'écrie : « Chaque Ochridéen est un être sans tête, qui ne sait honorer ni Dieu, ni l'homme. C'est avec des monstres pareils que je suis obligé d'être en relations. Avec des forces créatrices quelconques, il faut renoncer à l'espérance d'appliquer une tête à ces troncs; Jupiter avec sa toute-puissance n'y réussirait pas. » Puis, il se compare à l'aigle de Zeus assailli par des grenouilles coassantes et qualifie la nature bulgare de « mère de toute méchanceté ». P. G., t. cxxvi, col. 304, 308, 309, 444; voir d'autres citations aussi peu aimables dans l'article d'H. Gelzer, Byzantinische Zeitschrift, t. Il (1893), p. 57, 58. Eh bien, cet archevêque grec, qui médit à ce point de ses fidèles et se considère sur la chaire bulgare comme exilé et sacrifié à la cause supérieure de l'hellénisme, défend les prérogatives de son siège avec une àpreté que ne désavouerait pas un enfant de la Bulgarie. A la moindre immixtion des patriarches byzantins dans les affaires de son diocèse, il crie à qui veut l'entendre que son Église n'a rien à démêler avec eux, parce qu'elle est autonome et indépendante. Ce n'est pas à lui, certes, qu'on pourrait reprocher d'avoir avili aux pieds du patriarche la grandeur et la dignité de son Église, sous prétexte qu'il était un ancien clerc de Sainte-Sophie.

Et Demetrios Chomatianos n'agit pas autrement que Théophylacte dans les circonstances particulièrement délicates que traversa l'archevêché d'Ochrida au commencement du xm« siècle. Il reprend vivement Sabbas le Jeune d'avoir commis des braconnages spirituels, en lui dérobant les sièges épiscopaux de Rhasos et de Prizrend, qui sont entrés dans le patriarcat serbe, Pitra, Analecta sacra et classica, Paris, 1891, t. vu, p. 261, 325, 384, 390, 438, et se montre non moins intransigeant envers les Bulgares, qui ont soumis plusieurs de ses évêques à leur patriarche de Tirnovo. Et néanmoins, bien qu'il tienne haut et ferme le drapeau de l'hellénisme en face des agissements slaves, Chomatianos ne cède pas un pouce de sa juridiction au patriarche œcuménique. Bien au contraire, il n'hésite pas à profiter des embarras que viennent de créer à celui-ci la prise de Constantinople par les Latins, 1204, et la fuite du liasileus à Nicée, pour afficher à son endroit une altitude de plus en plus arrogante. Lorsque le patriarche Germain se plaint à lui qu'il ait couronné empereur de Thessalonique, Théodore Ducas l'Ange, 1222, et songé à démembrer le patriarcat de Constantinople, au lieu de lui donner un démenti, Chomatianos revendique la responsabilité de sa conduite, affirmant que, depuis la prise de Constantinople, le centre historique du patriarcat byzantin a été déplacé et que Germain, domicilié à Nicée, pourrait se contenter des provinces asiatiques, tandis que lui, Demetrios, administrerait les provinces européennes. Ceci dit, il passe, à son tour, aux reproches et demande hautement pour quel motif le patriarche a reconnu l'Église serbe d'Ipek et l'Église bulgare de Tirnovo, qui se sont constituées aux dépens d'Ochrida. Sans doute, en agissant de la sorte, (Chomatianos n'était que le porte-parole de l'empereur grec de Thessalonique, Théodore Ducas l'Ange, qui tenait à voir réduits le plus possible les droits du patriarche grec de Nicée et, partant, ceux de son rival, l'empereur grec de Nicée, mais une seconde raison, d'ordre purement ecclésiastique, semble également avoir inspiré sa conduite. Les privilèges de l'archevêché d'Ochrida étaient alors devenus aussi sacrés que ceux de Byzance, par suite d'une fausse notion historique, dont nous trouvons la première trace au xiP siècle et qui a prévalu jusqu'au xix«. En effet, de bonne ou de mauvaise foi, on en vint alors à s'imaginer qu'Ochrida était bâtie sur l'emplacement de J^(sti)iiayja prima et qu'elle avait, par suite, hérité de la juridiction quasipatriarcale, concédée à cette ville par Justinien et le pape Vigile en 545, tandis qu'il est prouvé aujourd'hui

BULGARIE

(|u'Oclirida répond à l'ancienne Lychnide et Uskub a Jiisliniana prima. Cette fausse identification, acceptée même dans l'entourage des patriarches de Coiislanlinople, est certainement le motif qui contribua le plus à garantir les droits parfaitement discutailles irOclirida et à lui assurer l'existence jusqu'au -.wiii" siècle. Sur Uenietrios Chomationos voir le travail de Drinof dans le Vyzutiskij Vremennik, 1894, t. i, p. 319-3iO; 1895, t. II, p. 1-23.

Les plans grandioses de Demetrios Chomatianos se seraient peut-être réalisés, si les victoires du roi bulgare, Jean Assen, en 1230, n'avaient anéanti la puissance de son maître, Ducas l'Ange, et, du même coup, ruiné les espérances de l'archevêché d'Ochrida. Goloubinski, Précis d'Itistoirc..., p. 12i, assure que les deux successeurs de Chomatianos, Joannice et Serge, furent bulgares parce qu'Ochrida était, à ce moment, retombé au pouvoir de la Bulgarie. Si le fait ne souffrait pas de discussion, ce serait le cas de redire que la roche tarpéienne est bien près du Capitole. En tout cas, si la ville d'Ochrida fut un instant occupée par les Bulgares, elle fut bientôt reprise par les Grecs, qui rétablirent un haut clergé de leur nationalité, comme auparavant. Il semble même que les Byzantins se soient efforcés de ne nommer à ce poste que des hommes doués d'une culture intellectuelle peu commune. C'estainsi qu'Adrien, vers 1270, Gennadios, avant 1289, Grégoire, vers 1316, Anthime, vers 1330, et Mathieu, vers 1408, se firent remarquer par leur activité intellectuelle et scientifique, en sacrifiant, bien entendu, de temps à autre, à leur antipathie de race contre les Latins. Il y aurait peut-être lieu de se demander si ces pasteurs, frottés de rhétorique et capables d'en remontrer aux pires scolastiques pour leur sophistiquerie, étaient bien à leur place dans un diocèse presque barbare, au milieu de sauvages. Il qui, d'après eux, puaient l'ail et le mouton; » on ne saurait nier toutefois qu'ils n'appartinssent eux-mêVies à l'élite intellectuelle de Constantinople et que l'hellénisme n'eut acquis, au xvi' siècle, la prépondérance sur le siège d'Ochrida. Pendant qu'Ipek représentait l'élément serbe, Tirnovo l'élément bulgare, Ochrida restait, au point de vue ecclésiastique, la meilleure forteresse de l'Église grecque dans la péninsule balkanique.

Voir la suite chronologique des archevt'i|ih - .1 < >. iii : li. 1 ■jniis les origines de l'archevêché bulgare jusi]m i \ il:ins

Goloubinski, Pm'i.s iniistoii-e..., p. 40- 'i... ii-l : i ■ i ,irn, Oriens christianus. t. ii, col. 292-298, cl sui i. ut il i ,, i . , . h,t Patriarchat von Achrida, p. 8, 9, 11-15. C'est en mai 1157, dans un concile de Constantinople, que le prince Jean Commêne, archevêque de Bulgai-ie, signe en identifiant pour la première fois Ocliiida avec Justiniana prima. H. Gelzer, op. cit., p. 8, 9.

A '■• [■ i-iM^r ('inanant d'un concile on peut ajouter celui

dm 1 I I- iiiporain, que n'a pas connu Gelzer. En 1168,

l'i'iiii i' Il aillait trouver l'empereur grec Manuel, in

jiiM, ,," m i;'h:.i..),i,i..., juxta illam antiquam et domini felicissoni et mviciissimi et prudentis Aiigiisti patriam, domini Justiniani civitatem, videlicet Justinianam primam, quas vulgo hodie dicitur Acreda, xx, 4.

Si l'archevêque grec d'Ochrida conservait, en droit, la plénitude de la juridiction qu'avait possédée le dernier patriarche bulgare, il perdit néanmoins, en fait, bon nombre de sièges épiscopaux que lui avaient octroyés Basile II, et qui, à la mort de cet empereur, 1025, firent retour à leurs anciennes métropoles : Thessalonique, Naupacte, Larissa et Dyrracchium. Deux listes épiscopales, publiées par H. Gelzer, Byzanlinische Zeitschrifl, t. I (1892), p. 256, 257, et dont l'une remonte au w et l'autre au \u' siècle, nous ont conservé la situation officielle de cet archevêché à la même époque. D'après ces deux catalogues, presque identiques de fond et de forme, Ochrida comptait alors les vingt-trois évêchés suivants ; Castoria, Scopia, Velevouzdos, Triaditza ou Sofia, Malesova ou Morovizdion, Édesse ou Mogléna, Pélago-

nia, Prizrend, Slroumnitza ou Tibérioupolis, Nich, Glavinilza ou Céphalénie, 'Vranitzova ou Moravos, Belgrade, Lipljan, Striamos Du Zemliii. ViiMiii. Illi.isos, Dévol, Sthlanitza transféré ensuite a \nil, ni, i.i, v,.|i,i, Kanina, Dibra et l'évêché des Valaqur^, H ■ r. - iiiLi-truis évêchés, les quinze premiers figuiaiciil daiit- la première Novelle de Basile II, deux autres, Viddin et Rhasos, dans la seconde ; quant aux six derniers, ils avaient été créés par le démembrement d'anciens sièges épiscopaux. En comparant ces deux listes épiscopales publiées par H. Gelzer avec les trois Novelles de Basile II, on constate que l'archevêché gréco-bulgare d'Ochrida avait perdu, peu après sa création, l'évêché de Servia, concédé dans la première Novelle de Basile II, les dix évêchés de Dristra, Oraia, Tzernic, La Chimère, Driynopolis, Vélés, Bothrotos, Janina, Cozila et Pétra concédés dans la deuxième, et les deux évêchés de Stagoi et Verria, concédés dans la troisième; soit, en définitive, une perte de treize évêchés, qu'avaient possédés les patriarches bulgares, sous les tsars l'ierre et Syinéon, et qui étaient retourni's .m |i:ilM:iir:il ilr Cim^lantinople. H. Gelzer dans la Bij:.i„h,nsrl,r /,',isrl,r,/ 1 . i. ii (1893), p. 42-61, et Der Palinn;-h.,i m,, .1 ,7,, ■,,/,,, ,,, il. 11.

A ces empiétement- r,n-. pu h Iimh,., , m. , -urcédèrent, dans la prr 1 1 1 1 i . i , r i l , : i . i , i -

piètements des allo^. M m i , 1 1, ijn,,

Velevouzdos, Scopi.i. \ i l.im Im/i . ml . i \i. ii i,ii-,ii.-iit partie du palii.u.Mi I iil u. ili Tiriiuvo et, sous le règne deJeanAssrii II IjiNiJil lis frontières entre Ochrida et Tirnovo il. m. ni -i m. il .Iriinies que tout l'archevêché grec d'Ochrida lut un iiislani etifrlul»' ilrms Ir p.itriarcat bulgare national. De leur ci'.t/. !.■- s,i1h -. iiillaient à qui mieux mieux dans le liMiiinirr il i ii lniila, pour agrandir leur patriarcat d'Iprk. Vu IJJn. liliasos et Prisrend étaient annexés. Ce ne fut, pendant une cinquantaine d'années, qu'un chassé-croisé continuel d'évêques grecs, bulgares et .serbes, qui se délogeaient du même siège, selon que la ville était au pouvoir des empereurs de l'une ou de l'autre de ces nations. On voit donc avec quelle prudence il faut recevoir les données des statistiques officielles byzanfines, qui, trop souvent, établissent d'après le passé le l.il;iiiil'> llirnn' présente.

Une notice épiscopale, que -.un 1 1 r,n! > ilihnr, H. Gel- •zer, Der Patriarchat von Aclii-,J<i. i>. l'.i lil . riult postérieure à l'année 1370, fournit la-de^^,(l^, un aveu fort significatif, en nous donnant la situation réelle de cet archevêché, après les conquêtes spirituelles des Serbes et des Bulgares. Cette notice attribue à Ochrida dix-sept évêchés suffragants : Castoria, Molischos, Mogléna, Vodéna ou Slanitza, Stroumnitza, Vélès Pélagonia ou Bitolia, Kitzava, Dibra, Ispateia et Mouzaneia, Belgrade, Kanina et Avion, Selasphoros et Corytza, Gkora et Mocra, Prespa, Sisanion, Grévéna. Il faut bien remarquer que dans cette notice épiscopale, il n'est resté de l'ancien archevêché d'Ochrida, tel que nous le connaissons par les Novelles de Basile II, en 1020, que les quatre vieilles éparchies de Castoria, Mogléna, Pélagonia et Stroumnitza. Cinq autres évêchés, Dévol ou Selasphoros, Slanitza, Grévéna, Kanina et Débra, avaient été créés au cours du xi» siècle par le démembrement des anciennes éparchies; six autres, Kitzava, Prespa, Gkora et Mocra, Sisanion, Molischos et 'Velès furent obtenus plus tard par le même procédé ; enfin, l'on comptait deux nouvelles acquisitions, Belgrade ou Bérat d'Albanie et Ispateia. Somme toute, des trente évêchés qui relevaient autrefois de lui, l'archevêché gréco-bulgare d'Ochrida n'en avait conservé que quatre. Pour duper le public, on divisait ces quatre diocèses en quantités infinitésimales, de manière à présenter toujours autour de l'archevêque un coi-tège respectable de prélats, comme si l'Église de France, réduite à deux ou trois départements, transformait en sièges épiscopaux quatre-vingts à quatre-vingt-cinq chefs-lieux de canton.

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En rendant compte de l'ouvrage de Gelzer, Der Patnarchat von Achrida, le célèbre slavisant, C. Jirecek, Byzantmische Zeitschi-ift, t. xiii (190i), p. 192-202. a Iracé avec les documents slaves un tableau des conquêtes ecclésiastiques serbes aux xiiF et xiv siècles, qui complète les données historiques que nous possédions. Les Serbes ont arraché Uskub aux Byzantins en 1282 et ils ont ensuite étendu progressivement leur domaine vers le Sud, et surtout vers le Sud-Est. Les évêques du territoire annexé furent soumis à la juridiction de l'archevêché autocéphale serlje. Lorsque Etienne Douchan eut conquis presque toute la Macédoine, à l'exception de Thessalonique, il se fît couronner à Uskub, « tsar des Serbes et des Grecs, » et, en 1346. il nomma l'archevêque serbe Joannice « patriarche des Serbes et des Grecs ». Alors l'Église d'Ochrida dut s'entendre avec les nouveaux maîtres du sol et prêter son concours, sinon son appui, aux nombreuses mutations épiscopales qui s'ensuivirent. En 1347, l'archevêque d'Ochrida, Nicolas, siégeait à Uskub parmi les membres du parlement serbe. De cette époque date surtout l'amoindrissement d'Ochrida, qui ne put depuis recouvrer entièrement les territoires qu'elle avait perdus ; ses pertes seraient même peut-être plus sensibles que ne l'indique la pièce analysée ci-dessus qui, d'après Jirecek, ne remonterait pas au xive siècle, mais serait postérieure à l'année

VL Le patriarcat bulgare he I ii;\<'\.i. liiii-1393. — Bien que bulgare par ses origiii- 1 ii i-r -m. unanimité de ses habitants, l'Églisu iln. mi.Ii, -uninise à l'empire byzantin, ne pouvait sali^lam- K» patriotes qui rêvaient toujours d'un État indépendant et d'une Église nationale. Après la suppression du premier empire bulgare par Basile II. en 1019, de vaines tentatives d'affranchissement se produisirent, en 1040 et 1073 notamment et durant tout le cours du xii« siècle. Enfin, deux frères d'origine roumaine. Jean Assen et Pierre, réussirent à secouer le joug byzantin, vers 1185, et à reconstituer l'ancien royaume de Boris et de Syniéon, 1186-1197. Leur plus jeune frère, Johannitza ou Caloian, continua leur politique d'agrandissement, et comme, malgré des traits indiscutables de cruauté, il jouissait d'un véritable génie,' son règne, 1197-1207, fut marqué par une recrudescence de conquêtes et d'annexions. Le clergé n'était pas resté étranger à cette prise d'armes contre les Grecs. Dès 1186, le titulaire grec de Tirnovo se vovait contraint de céder son siège archiépiscopal au Bulgare Basile, qui devenait ainsi le chef de l'Église nationale ; il en était ainsi des autres évêchés, qui passaient tous à des enfants du pays.

D'accord avec leur clergé, les princes qui venaient de libérer le territoire se préoccupèrent dès le premier jour d'assurer l'indépendance de l'Église, en cherchant au dehors des alliés contre les Byzantins. Pour atteindre ce but, il leur fallait à la fois échapper à l'influence des patriarches de Constantinople et à celle des archevêques grecs d'Ochrida. Dès lors, leur politique religieuse était toute tracée. Us devaient renouer avec Rome les relations de bonne amitié, qui existaient au temps de Pierre et de Samuel, et, au prix d'une sujétion assez platonique, en obtenir un patriarche siégeant à la capitale de leur royaume et qui leur conférerait ensuite l'onction impériale. Ce fut à conquérir ces titres que s'employa toute leur diplomatie. Dès leur avènement au trône, Jean Assen et Pierre songèrent à dépêcher au pape une ambassade solennelle; ils en furent empêchés par leurs luttes en faveur de l'indépendance. Theiner, Vetera monumenta Slavorum mendionalmm,t..i, p. 15; E. de Hurmuzaki, Documente jmvitore la Istoiia Romdniloi; in-4». Bucarest, 1887, t. i. p. 2. En 1204. Basile, archevêque de Tirnovo, écrivait à Innocent III, qu'il soupirait après son union avec l'Église romaine, depuis dixhuit ans, ce qui nous reporte à l'année 1186.

Par trois fois, en 1197, Caloian avait tenté, mais sans succès, de négocier avec le pape, lorsque, en décembre 1199, Innocent III, mis au courant de toutes ces démarches, envoya Dominique de Brindisi, archiprêtre grec-uni, avec mission de sonder le prince et ses sujets sur leurs sentiments à l'égard de Rome et de dresser un rapport motivé. Theiner, op. cit., t. i, p. 11 ; Hurmuzaki, op. cit., t. i, p. 1. Le séjour du messager pontifical semble s'être prolongé jusqu'en 1202. Cette année-là. Caloian le renvoya à Rome avec un délégué bulgare. Biaise, archevêque élu de Branichevo, qui portait au pape une lettre du prince, pleine de déférence pour la personne du successeur de Pierre. Au milieu d'attestations fort politiques de fidélité et de soumission au saint-siège, le roi demandait à l'Église romaine, sa mère, la couronne impériale et la reconnaissance de sa dignité, comme l'avaient obtenu d'elle les anciens tsars bulgares, Pierre, Samuel et leurs prédécesseurs. Theiner, op. cit., t. i, p. 15, 16; Hurmuzaki, op. cit., t. I, p. 2, 3. Une lettre de l'archevêque Basile priait Innocent III de donner satisfaction aux désirs de son maître, tout en énonçant une profession de foi très catholique. Theiner, op. cit., t. i, p. 17; Hurmuzaki, op. cit., t. I, p. 5; voir aussi la lettre du boyar bulgare Bellota et la réponse du pape, Theiner, op. cit., t. i, p. 18; Hurmuzaki, op. cit., t. i, p. 7, 8. Les réponses du pape, prudentes et avisées, sont datées du 27 novembre 1202 et furent portées en Bulgarie par un second délégué pontifical, Jean de Casemarino. Celui-ci était chargé, en outre, de revêtir Basile de Tirnovo du pallium archiépiscopal. Theiner, oji. cit., t. i, p. 16, 17. 21 ; Hurmuzaki, op. cit., t. i, p. 3, 6, 11-13.

Sur ces entrefaites, les Grecs de Raguse eurent vent des négociations entamées entre Rome et la Bulgarie et firent offrir à Caloian le titre de tsar avec la couronne impériale pour lui, la dignité de patriarche pour le chef de son Église, à la condition de maintenir son royaume dans l'orthodoxie. C'est, du moins, ce que raconte le prince dans sa lettre au pape, 1203, à moins qu'il ne faille y voir une pure tentative de chantage exercée sur la cour pontificale : « J'ai repoussé cette offre, ajoute Caloian. parce que je veux être le serviteur de saint Pierre et de Votre Sainteté. J'ai envoyé vers Elle mon archevêque Basile avec des présents..., et je vous prie d'envoyer des cardinaux qui me couronnent empereur et établissent un patriarcat sur mes terres. » Theiner, op. cit., t. I, p. 20; Hurmuzaki, op. cit., t. i, p. 10-11. Basile partit en effet, pour Rome, le 4 juillet 1203. Trente jours après, il était à Durazzo, où les Grecs le retinrent prisonnier, menaçant au besoin de le jeter à la mer, s'il ne renonçait à sa mission. Ces menaces et la nouvelle que le légat du pape se trouvait déjà en Bulgarie déterminèrent Basile à revenir; il reçut le pallium de Jean de Casemarino, le 8 septembre 1203, après avoir juré fidélité et obéissance au siège apostolique. Theiner, op. cit., t. i. p. 20, 28; Hurmuzaki, op. cit., t. i, p. 11, 27, 28. Contraint ainsi d'ajourner son voyage, Basile en informa le pape par des messagers. De son côté, au départ du légat pour l'Italie, Caloian, qui attendait toujours le sceptre et l'onction impériale, fit porter à Innocent III une lettre privée, dans laquelle il exprimait tous ses désirs et qui était accompagnée d'une déclaration officielle, écrite de sa main et scellée de la bulle d'or. Theiner, op. cif., t. i,p. 27. 29; Hurmuzaki, op. ti(., 1. 1, p. 26, 29. Jean de Casemarino s'était chargé encore d'une lettre de Basile pour le pape et d'une déclaration d'obéissance et de soumission au saint-siège, faite par les métropolitains de Preslav et de Velevouzdos, les évêques d'Uskub, Prizrend, Xich et Viddin. Theiner, op. cit., t. I, p. 28, 29; Hurmuzaki, ùp. cit., t. i, p. 27-29. Innocent III accueillit favorablement toutes ces demandes et envoya en Bulgarie un troisième légat, Léon, cardinalprêtre de Sainte-Croix, qui porta au roi, à Basile et à

BULGARIE

l'opiscopat bulgare la réponse du pape à leurs diverses | lettres. Caloïan iHiiii reconnu roi de Valachie el de fini- j

garie, à COnilili.ill .le l'.ni-r .-lllvr le-; imimi-iIu rililin.il '.

Léon sermeiil .1 >'ii' I-- lie r I I Jr «t.-. '. !i '

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(|uoique soumise au saint-siège, i'iieiner, up. cil., t. i, p. 23, 25, 30; Ilurmuzaki, op. cit., t. i, p. 17-21, 31. Dans une lettre postérieure de Ba.sile à Innocent III, nous sommes informés de larrivée à Tirnovo du cardinal Léon, le 15 octobre 1204, de la consécration patriarcale ,à lui conférée le 7 novembre suivant, du sacre impérial de Caloïan, le 8 novembre, et de l'heureuse issue de toute la négociation. Theiner, op. cit., t. i, p. 39; Ilurmuzaki, op. cit., t. I, p. 48-49. Malgré les difficultés qui surgirent l'année suivante entre le tsar bulgare, les Hongrois et l'empire latin de Constantinople, nous ne voyons pas que les relations de Caloïan et du pape aient perdu leur caractère atTectueux. Même après la déf;\ite des Latins et regorgement de leur empereur, Baudouin I^, ordonné par le tsar, 1205, Innocent III continua de correspondre avec Caloïan, et c'est en fils dévoué à saint Pierre que périt assassiné devant Thessalonique le farouche conquérant, automne 1207. Theiner, op. cit., 1. 1, p. 39, 42, 44; Ilurmuzaki, op. cit., 1. 1, p. 48, 51-53, 54-56.

Des sentiments religieux de Boril, neveu de Caloïan et usurpateur du trône, 1207-1218, nous ne connaissons à peu prés rien. Nous savons seulement qu'il tint à Tirnovu, le 11 février 1211, un grand concile qui condamna les sectes pauliciennes et bogomiles. La chronique d'Albéric des Trois-Fontaines assure aussi qu'Innocent III lui envoya un cardinal et il est sur par ailleurs que Boril réclama le secours du pape, à la mort de .son parent, Henry, empereur latin de Constantinople. C'est sur ces deux faits certains que s'appuient des historiens modernes, pour affirmer que le concile de Tirnovo de 1211 fut tenu à la demande du pape et que Boril était, comme son oncle, en communion, avec le saintsiège. G. Markovich, Gli Slavi ed i papi, t. ii, p. 561.

L'union parait encore s'être maintenue dans les premiére;-- années de règne du tsar Jean Assen II, fils de ,Iean Assen I", qui "régna de 1218 à 124Ï et porta la gloire et la prospérité de la Bulgarie à son apogée. Tant que ce prince évolua dans la politique franque et hongroise, ses bons rapports avec la cour romaine ne se démentirent pas un instant : il n'en fut plus ainsi du jour oïl il se mit à rechercher l'alliance byzantine. A la mort de l'empereur latin Robert de Courtenay, 1228, la noblesse franque réclama Assen II comme tuteur du jeune empereur Baudouin II et administrateur de l'empire. La proposition fut écartée, grâce surtout au clergé latin, dont l'infiuence amena l'élection du vieux roi de .Térusalem, Jean de Brienne. Assen II ne devait jamais pardonner cet affront. Aussi, lorsqu'il eut défait l'empereur grec d'Épire, Théodore Comnène, à Klokotinitsa, en 1230, et qu'il se fut annexé ses États, il mit l'évêque grec de Philippes, Grégoire, sur le siège patriarcal de Tirnovo et relâcha les liens qui runi?=:ii. n' '. !'F:ii«e catholique. Deux ans plus tard, la rui.li i ' . met Bulgares était complète. Le 21 mar;- IJ J '. . I\

se plaignait dans ses lettres, Farlati-i.:..!. i , / , .ni sacrum, t. viii, p. 247; Theiner, Moniimi'iila luxtor. Hungarorum, 1. 1, p. 103 ; Hurmuzaki, op. cit., 1. 1, p. 103, que les évêques bulgares de Branichevo et de Belgrade eussent abandonné le parti de l'union. Kn 1234, Bau-

douin II épousait Marie, fille de Jean de Brienne, pendant

que Assen II fiançait sa fille Hélène, promise autrefois à

l-iiiii 1. .1 I II. ...I..!-.' l„i-..Mri-. iiU il.' I . iiiii.Mvar grec

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;s Latins. En 1235, à Lampsaque, sur la cote de la Marmara, le patriarche grec de Nicée, I, assisté de .loachini, archevêque de Tirnovo, r.l.l.r.il II- inari;,^.- il.' Th.-. ni. .le l.a-.'.ins .1 ,niélène,

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L'issue de cette mission reste ignorée; il est certain pourtant qu'Assen II changea encore d'avis et que, le 27 janvier 1238, Grégoire IX faisait prêcher en Hongrie la croisade contre « le perfide, qui n'avait pas voulu faire partie des brebis de Pierre et avait reçu des hérétiques dans son royaume ». Theiner, op. cit., t. l, p. 161. Et lorsque Bêla IV fut sur le point de marcher contre la Bulgarie, avec l'intention évidente de la conquérir et de la garder, le pape ordonna des prières publiques pour le succès de ses armes et promit de prendre, durant son absence, son royaume sous la protection du saint-siège. Theiner, op. cit., t. i, p. 159-161. 165-167, 170, 174; Hurmuzaki, op. cit., t. i, p. 166-169, 174-178. Assen II, voyant la mauvaise tournure que prenaient pour lui les événements, joua encore de ruse et s'entendit avec les Francs contre Vatatzès. C'en fut assez pour que Grégoire IX, l'ennemi irréconciliable des Grecs, passât l'éponge sur tous les méfaits du tsar bulgare et donnât contre-ordre à la croisade hongroise. Du reste, cette alliance des croisés et des Bulgares n'eut qu'une durée éphémère. Au siège de Tchourlou, 1239, Assen II apprit tout à coup que sa femine, son fils et le patriarche Joachim étaient morts de la peste à Tirnovo; croyant à une vengeance du ciel, qui le punissait ainsi d'avoir violé sa parole et ravi sa fille Hélène à son mari, il abandonna les Latins, se réconcilia avec Vatatzès, rendit Hélène à Théodore Lascaris et épousa luimême une princesse grecque. Il mourut en juin 1241, laissant le souvenir d'un prince glorieux, valeureux sur les champs de bataille, ami des lettres et des arts, et aussi — convient-il d'ajouter — d'un homme infidèle à presque tous ses engagements. C. Jirecek, Geschiclite der Èulgaren, p.

BULGARIE

Quatre ans plus tard, le 21 mars 1245, Innocent IV faisait apporter à Caloman I". son fils, une lettre très affectueuse, dans laquelle il lui exposait la primauté des successeurs de Pierre et l'invitait à rentrer dans le giron de l'Église, s'engageant à convoquer dans ce but un concile général et à recevoir ses délégués avec honneur et avec une joie cordiale. Theiner, op. cit., t. i, p. 196-197; Ilunuuziiki, op. cit. t. i, p. 225-227. On ne connaît pas la nature des relations, qui existèrent entre Rome et les tsars Michel Assen, 1246-1257, Caloman II, 1257, et Constantin Assen, 1258-1277. Comme ce dernier avait pris fait et cause avec les Serbes et les Bulgares pour Charles d'Anjou, roi de Sicile, contre Michel VIII Paléologue, l'empereur grec publia en 1272 un chrysobulle qui redonnait à l'archevêché gréco-bulgare d'Ochrida toute l'extension qu'il avait eue sous le tsar Pierre, aux termes mêmes des chrysobulles de Basile II. C'était, par suite, nier l'existence du patriarcat serbe dlpek et du patriarcat bulgare de Tirnovo, qui s'étaient constitués aux dépens de l'archevêché d'Ochrida. Michel VIII ne se contenta pas de cette réglementation intérieure et, €n somme, assez inolTensive : il s'efforça d'obtenir du pape, en 1274, au concile de Lyon, la reconnaissance officielle des anciens droits de Justiniana prima ou Ochrida, tels que les concevaient les Byzantins de l'époque, reconnaissance qui aurait amené l'annulation immédiate des privilèges d'Ipek et de Tirnovo. Sa démarche ne parait pas avoir abouti. D'ailleurs, Michel Vill ne tarda pas à s'unir d'amitié avec les Bulgares et, en 1277, au concile des Blaquernes tenu par Jean Veccos, le patriarche de Tirnovo, Joachim, accepta l'union qui venait d'être conclue entre l'Église latine et l'Église grecque. Ce fait, d'ailleurs, demeura sans résultat, par suite de l'opposition irréductible de la tsarine Marine, une schismatique obstinée. Le 23 mars 1291, sur les instances de la reine catholique de Serbie, Hélène, le pape Nicolas IV écrivait au tsar Georges Terter et au patriarclif ilc Tirnovo. Joachim. Il rappelait à celui-ci sa pr.'-' ii«' ni (.111 ilr de 1277 et sa signature, apposée au bas ili - H !, ~ (II! cnncile de Lyon, l'engageant à répandrr Ms iiiin. nues idées dans tout le royaume bulgare. Tlieiner, MniuiDwnta hislor. Hungarorum, t. I, p. 375-377; Hurmuzaki, op. cit., t. I, p. 512-519. Tous ces rappels à l'antique foi restèrent vains, parce que les préoccupations politiques étaient ailleurs et — conséquence toute naturelle en Orient — ailleurs aussi les préoccupations religieuses. L'histoire signale encore une démarche, inutile du reste, en faveur de l'union, tentée en 1337 par le pape Benoit XII auprès du tsar Jean Alexandre. Theiner, op. cit., t. i, p. (517; Hurmuzaki, op. cit., t. I, p. 647.

L'Église de Tirnovo demeura presque toujours bornée à la principauté actuelle de la Bulgarie, moins la Roumélie orientale, mais avec quelques villes situées au pied des Balkans. Sous la dernière dynastie, celle des Chichmanides de Viildiu. 1323-1393. l'hégémonie politique, quiavail > i.'. |ii-i|ii. -I.i. disputée entre Grecs et Bulgares, passa ilrimiiiM inml dans la péninsule à la nation siM-be. Vn- l,i Im .lu \iv siècle, l'ancien royaume bulgare 'liiii eiiiK II.' m trois parties; Chichman III régnait 11 i iiiiiA.i. Sdli.i et Philippopoli; son frère, Jean Sraziniii ii \iil(liii; le prinre Dobrotisch enfin à Varna et dans la Dobroudja, qui lui a emprunté son nom. L'Église de Tirnovo ne dépassait pas alors les limites bien étroites du royaume de Chichman; quant à Dobrotisch et à Srazimir, ils s'étaient ralliés, eux et leurs États, au patriarcat grec de Constantinople. Le 17 juillet 1393, Tirnovo tombait aux mains des Turcs, après un siège mémorable, et le dernier patriarche, Euthyme, prenait le chemin de l'exil. L'année suivante, le patriarche byzantin confiait au métropolite de Moldavie l'administration de l'Église bulgare. En 1398, Viddin ouvrait ses portes aux envahisseurs turcs; c'en était fait,

pour près de cinq siècles, de l'indipendance nationale et de l'autonomie ecclésiastique

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