‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 477 sur 741 · TAN · texte numérisé non relu

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vii'um hune, ut sœpe alias testatus sum, semper (ect niaximi. Plurimum enim Ecclesiam Christi suis literis juvit. Longum est auiem hominis commendare sive eruditioneni sive ingenium. Illud breviter dici potest : Cajetanum summis sedificatoribus Ecclesise parem esse potuisse, nisi quibusdam erroribus doctnnam suam quasi cujusdani leprse admixtione fœdasset,vel et ciiriositatis libidine affectus,vel certe ingenii dexteritate confisus,literas démuni sacras suo abitratu exposuisset, felicissime quidem fere, sed in paucis quibusdam locis, acutius 'sane vmlto quam felicius. Op. cit., 1. VII, c. m.

1» Philosophie. — En philosophie comme en théologie Cajélan s'attache fidèlement au système de saint Thomas d'Aquin. Son séjour à Padoue le mit simultanément en présence de scotistes et d'averro'istes de marque, et c'est contre eux, en général, que se dirige la partie polémique de ses écrits philosophiques. Les problèmes scotistes et averro'istes étant surtout d'ordre métaphysique, Cajétan excelle dans ces matières. Son commentaire du De enle et essentia de saint Thomas, un ouvrage de prime jeunesse, est de tous ses écrits le plus suttil et le plus abstrus.

Les idées, ou plutôt l'altitude personnelle de Cajétan, dans certains problèmes philosophiques, vise surtout le rationalisme averroïste de son temps. L'université de Padoue, centre principal de ces doctrines, et la célébrité croissante de Pierre Pomponazzi, le principal fauteur de ces idées, amenèrent le concile de Latran à prendre position sur ces matières. Cajétan, toujours en éveil, avait pris les devants et composé, en 1512, son commentaire sur le De anima d'Aristote. Tout en maintenant en soi les idées psychologiques de saint Thomas, le commentateur est d'avis qu'Aristote a effectivement professé la doctrine qu'Averroès lui a attribuée : l'unité d'une âme intellectuelle unique pour l'humanité et la mortalité de l'âme individuelle. L. III, c. il. Le concile de Latran, ayant cru devoir réagir énergiquement contre les progrès de laverroïsme, porta son célèbre décret du 19 décembre 1513 contre cette doctrine. Pour mieux atteindre ses fins, le décret exigeait que tous les professeurs publics de philosophie justifiassent dans leurs leçons les conclusions de la foi chrétienne. Cajétan opposa son non placet à cette partie du décret, en objectant que cet office était celui des théologiens et non des philosophes. Bzovius, Ann. eccles., t. ix, p. 199. Avec les années, la pensée personnelle de Cajétan semble avoir fait un pas de plus. Sans qu'il nous ait exposé au long son opinion, il paraît bien que le philosophe, chez lui, ait conçu des doutes véritables sur la portée de la raison humaine pour prouver par elle seule l'immortalité de l'âme, et peut-être même l'existence de la providence. Ces vérités, dans sa pensée, semblent être entrées dans le domaine de la foi chrétienne. Il écrit, en effet, dans son commentaire de l'Épitre aux Romains, c. IX : Sicut nescio niysteriuni Trinitatis,sicUT NESCIO A.\I.VA31 l.\l\fORT.iLE il, sicut nescio Verbum caro factum est, et similia, qux tanien omnia credo. Opéra omnia in S. Scripturam, t. v, p. 58. Et dans ses commentaires sur saint Luc, c. xii : Spectat ad inimettsilatem providentix ejus {Dei) et videre singula quxque individua et curamiUorum habere... Nec hoc est vertendum in dubium apud christianos, quamvis philosophi hoc non credanl, metie.\tes dei providenti.mi ex m qv.e .\PID yos coG.yosciiius. Op. cit., t. iv, p. 228.

Cajétan trouva un adversaire résolu et même violent dans la personne d'un de ses confrères, Barthélémy Spina, de Pise. L'agression s'explique d'autant moins, au premier abord, que Spina avait été chargé par Cajétan de surveiller l'édition de son commentaire sur la II» 11", imprimé à Venise, en 1517, et qu'il avait fait précéder d'un éloge du cardinal des plus flatteurs. Spina, à la suite de la publication du De immortalitate

CAJÉTAN

! de Pomponazzi, Bologne, 1516, et de son Apologia, ibid., 1517, criit devoir entreprendre une réfutation du célùluv avenoisant. Craignant sans doute que la position prise par Cajétan dans son commentaire du De auhiia ne fût considérée comme une concession aux tendances averroïstes du temps, il entreprit la réfutation de Cajétan et de Pomponazzi dans trois traités publiés simultanément : Propugnaculum Ai-istolelis de immortalitate atiimœ contiaThomam Cajetanum ; Tutela veritalis de imniorlalUale animse contra Pe- Iruni Pomponalium ManlHanun),cognontinatiim Perreltum; Flagellum in très libros apologise ejusdem Perretti de eadem nialeria inimortalitath animse, in-fol., s. 1., 1518. Quétif-Echard, t. ii, p. 126; F. Fiorenlino, Pietro Pompona::i, Florence, 1868.

Ce sont ces faits qui ont induit en eiTeur Gui Patin. Uenan, qui l'a suivi, écrit à son tour cette énormité : « Le célèbre Thomas de Vio Cajétan lui-même enseignait selon Averroès, et s'il faut en croire Gui Patin, si bien au courant des bruits qui couraient à Padoue, ce fut de cet enseignement que Pomponat tira son venin. » Renan, Averroès et Vaverroïsme, 3« édit., Paris, 1867, p. 351.

2° Théologie. — Cajétan est considéré à juste titre comme l'un des premiers théologiens de l'école thomiste. Léon XIII a traduit lui-même ce sentiment en ordonnant, par ses lettres du 15 octobre 1879, de joindre les commentaires de Cajétan à la Somme Ihéologique, dans l'édition oflicielle des œuvres de saint Thomas publiée par ses ordres : Coiijunctirn vero edendas curabimus clarissimoriini ejus interpretum, ut Thomse de Vio cardinalis Cajetani et Ferrariensis, luctibrationes, par qiias, tanqiiam per libères rivulos, lanti viri doctrina dectirrit. S. Tliomse Aquinalis opéra omnia, Rome, 1882, t. i, p. xxi. Les commentaires de Cajétan sont donc considérés comme une oeuvre classique. Les traités de Cajétan sur le pape et les indulgences représentent également une doctrine classique dans la théologie catholique.

Les commentaires sur la Somme de saint Thomas sont l'œuvre capitale de Cajétan en théologie. La première partie ayant été achevée le 11 mai 1507, et la dernière le 10 mars 1522, on peut les considérer comme ayant été écrits dans une vingtaine d'années, c'est-à-dire pendant le temps où Cajétan occupa de hautes charges administratives dans son ordre et dans l'Église. Il semble avoir été conduit à cette entreprise par le fait que le texte de la Somme théologique tendait à devenir, depuis la fin du xv» siècle, un texte scolaire. Ses commentaires sont les premiers qui aient été écrits sur la Somme de saint Thomas. Ils sont contemporains de ceux du dominicain allemand Conrad KoUin, dont une partie de l'œuvre seulement a été publiée, I» II», in-fol., Cologne, 1512, prévenu sans doute par l'apparition des commentaires de Cajétan. Quétif-Echard, op. cit., t. ii, p. 100; N. Paulus, Die deutschen Dominikaner im Kampfe gegen Luther, p. 115. Dans ses commentaires Cajétan a particulièrement en vue la défense des doctrines de saint Thomas contre les attaques de Scot. Dans la troisième partie, à cette préoccupation vient s'ajouter celle de défendre la doctrine catholique contre le luthéranisme.

Bien que Cajétan soit un fidèle interprète de la doctrine de saint Thomas, il a néanmoins émis un certain nombre d'opinions particulières qui lui sont personnelles, mais qui ne touchent pas les idées systématiques de son école. Saint Pie V, en un temps où les progrès de l'hérésie avaient rendu l'autorité ecclésiastique sévère, fit supprimer divers passages des commentaires de la troisième partie dans l'édition des œuvres de saint Thomas, donnée à Rome par ses ordres, en 1570. On trouve l'indication des passages jadis supprimés dans l'édition intégrale des commentaires de Cajétan qui accompagnent

la Somme théologique de l'édition léonine des œuvres de saint Thomas. La plupart des passages supprimés nous paraissent aujourd'hui bien inolTensifs. Le plus connu est celui (q. Lxviii) où Cajétan traite en deux articles des enfants qui meurent sans baptême. Ils peuvent, d'après lui, être sauvés par la foi des parents qui donnent une protestation extérieure de leur foi, par exemple s'ils font le signe de la croix sur l'enfant en invoquant la sainte Trinité.

On trouvera un certain nombre d'opinions particulières de Cajétan dans son opuscule où il répond à la critique faite à Paris de seize de ses propositions, et dans l'ouvrage d'Ambroise Catharin, écrit contre lui. et dont nous parlerons plus loin.

3» Exégèse. — Cajétan ayant achevé ses commentaires sur la Somme se livra avec ardeur aux travaux exégétiques. Dès la fin de 1523, pendant sa légation en Hongrie, il commenta la composition de ses Jentacula, ou exposition d'un certain nombre de passages du Nouveau Testament. De retour à Rome, il travailla, jusqu'à la fin de sa vie, à la traduction et aux commentaires de la sainte Ecriture. La mort le surprit ayant achevé tout l'Ancien Testament jusqu'aux prophéties d'Isaïe, dont il interpréta seulement les trois premiers chapitres, et le Nouveau Testament, moins l'Apocalypse, à laquelle il renonça, se déclarant incapable d'en entendre le sens littéral.

Thomas de Vio fut conduit à cette entn^prise, pour laquelle il semblait peu préparé, à la vue des travaux des humanistes sur le texte des Écritures, mais plus encore en présence du mouvement luthérien, qui, ayant rompu avec l'autorité de l'Église et la tradition, prétendait se placer sur le seul terrain des Écritures pour la détermination de la foi. Cajétan comprit que les théologiens devaient se munir d'armes adaptées à un besoin nouveau. Pour donner une base stable à son entreprise, il travailla avec le concours de spécialistes, ne pouvant le faire par lui seul, à une traduction littérale de la Bible, d'après l'hébreu et le grec. Voir la préface aux Psaumes, et les débuts du commentaire de saint Matthieu. Quétif-Echard, op. cit., p. 18. Le résultat de cette traduction fut nieilleur que d'aucuns n'ont voulu dire, car Richard Simon, peu suspect de bienveillance, écrit de Cajétan : « Bien qu'il n'eût aucune connaissance de la langue hébraïque, il ne laisse pas d'en parler beaucoup mieux que plusieurs traducteurs de la Bible, qui ne l'ont sue que médiocrement. » Histoire critique du Vieux Testament, 1. II, c. xx, Rotterdam, 1685, p. 316. Quant aux commentaires, Cajétan fait à la fois œuvre de critique et de théologien.

Comme critique, il s'attache au seul sens littéral, ainsi qu'il le déclare dans sa dédicace à Clément VU, en tête de son édition des Évangiles, dédicace supprimée dans l'édition complète des œuvres exégétiques. Sous cette préoccupation, il ne craint pas d'adopter un sens nouveau a torrente doctorwn sacrorum alienus, pourvu qu'il soit conforme au texte et non en opposition à l'Écriture et à la doctrine de l'Église. Préface au Pentateuque. Melchior Cano a vivement combattu ce point de vue. De locis theologicis, 1. VII, c. m. Pallavicini observe, avec raison, que cette doctrine n'est pas contraire aux décrets de Trente. Hist. du concile de Trente, 1. VI, c. xviii. Cf. Richard Simon, Histoire critique du Vieux Testament, 1. III, c. xii, p. 419-421. Bien plus, on peut dire qu'elle est aujourd'hui la méthode commune parmi les exégètes catholiques.

On peut dire encore que saint Jérôme a été le conseil scientifique de Cajétan, surtout pour juger de l'authenticité des livres ou de leurs parties. Responsiones adquosdamarticulosnominetheologorumParisiensium éditas, n. 4. Cajétan a aussi utilisé les scolies d'Érasme sur le Nouveau Testament. Un échange de lettres entre ces deux hommes, si dissemblables de caractère, témoigne

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