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pourquoi, un mois après la mort de Servet, Calvin publia, en latin et en français, sa : « Déclaration pour maintenir la vraie foy.... contre les erreurs détestables de Michel Servet, Espagnol, où il est montré qu'il est licite de punir les hérétiques et qu'à bon droit ce meschant a esté persécuté par justice en la ville de Genève. » Sébastien Castellion qui, lui-même, en 1545, avait dû s'exiler de Genève et souffrir plusieurs années dune noire misère, pour expier ses divergences d'opinion d'avec Calvin, lui répondit, de Bàle, également en latin et en français par son « Traicté des hérétiques, à savoir si on les doit persécuter,... De hsereticis an sint persequendi ». Comme toutes les victimes, il se faisait l'apôtre de la tolérance ; les circonstances ne lui ayant pas permis, comme à Calvin, de devenir le plus fort, nous ignorons ce que, dans la pratique, il eût fait de ses principes.
Cependant une nouvelle crise politique menaçait la suprématie de Calvin. En 1551 et 1552, le parti des libertins avait repris l'avantage; ils avaient refusé la bourgeoisie à un grand nombre de réfugiés; obtenu le désarmement des habitants qui n'étaient pas citoyens et l'exclusion des ministres du Conseil général. Ces succès enhardirent outre mesure Philibert Berthelier, le fils de celui qui avait été jadis le premier martyr de la liberté politique de".Genève. Depuis deux ans il était excommunié par le Consistoire « pour n'avoir pas voulu convenir qu'il avait mal fait de soutenir qu'il était aussi homme de bien que Cahin I.'- 1^ septembre 1553, il obtient du Conseil unr <l > i n iii-ii lui permettant de communier; Calvin n'en irin- y.,^ m .m» la cène, avec la dernière énergie, aux liLLiUiir- qui se présentent; l'intervention des Églises suisses, la venue de Farel, apaisent un instant le conflit. Mais les libertins portent la lutte sur le terrain politique et accusent les réfugiés de vouloir livr.r Ooiicve à la France, chose bien invraisemblalili' Aii\ il., lions de 1555, ils sont battus et le parti calMiii-tr hiMinphe entièrement; pour rendre sa victoire dilinitivi'. cihii-ci donne le droit de bourgeoisie à 70 réfugiés en avril, à 300 en mai. C'était pousser au désespoir le parti national genevois. Dans la nuit du 18 mai, Berthelier et Perrin essaient de provoquer une émeute; les troubles sont vite réprimés, mais Calvin tenait le prétexte cherché ; 60 rebelles, qui heureusement avaient réussi à passer la frontière, sont condamnés à mort et exécutés en effigie. Le plus jeune des frères de Bertluli- i i t un ilr ^es amis, après avoir été torturés, sont ii. H mii! ■ \ cutés ; « Ce procès, dit M. Buisson, au ju-' hm m m, m.- des contemporains, fut un simple coup d htat judiciaire. Il commence par les dénonciations que la torture arrache à de malheureux bateliers que l'on se liàte d'écarteler. 11 se poursuit par une série de procédures que le gouvernement de Berne qualifie assez par cette remarque que « les témoins et « rapporteurs y sont en même temps juges ». Il se termine par l'exécution sans pitié des deux principaux adversaires d" Calvin. — « Le parti calviniste, usant de sa victoii' - ihiiil. \r même M. Buisson, fit décider en assernbli r ^, n. i il. . par édit exprés que nul, quelqu'il « soyt, n ail a paiirr de remettre ny laisser venir dece dans ceste cité les dits fugitifs séditieux, à cause que « celuy qui en parlera, avancera ou procurera, aura la « teste coupée » (8 septembre). Cette fois Calvin était le maître. De son vivant, les fugitifs ne rentrèrent pas à Genève. Vingt fois, Berne intercéda pour eux, toujours en vain. Elle ne cessa de les protéger ouvertement et de les traiter, non comme des coupables, mais comme des vaincus. Puis le temps fit son œuvre ; les intérêts supérieurs de la cause protestante en Europe commandèrent de jeter un voile sur des souvenirs qui n'intéressaient que Genève. Et l'histoire elle-même, toujours complice du succès, Uétrit cette poignée de patriotes, qui avaient tenu tète à la seconde tyi-annie comme à la première, du nom de parti des libertins. » Histoire générale, t.iv,p. 521 .
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Per quœ peccat quis, per liœc et torquetuv; les libertins avaient jadis contraint une partie de leurs concitoyens à suivre sur le sol étranger la foi de leurs pères proscrite au lieu de leur naissance; le même sort les atteignait; ils étaient dominés par un étranger, assisté d'étrangers, qui les traitait dans leur propre ville comme, à l'aide des Bernois, ils y avaient jadis traité une partie de leurs concitoyens ; les ministres s'interposaient entre Dieu et les nouveaux fidèles, tout comme jadis le clergé catholique, mais avec de bien autres instruments de domination : un homme érigeait en dogmes les conceptions de son esprit et trait.iit en blasphémateur et en impie quiconque refusait de s'y soumettre; tel était l'aboutissement d'une révolution commencée au nom de la liberté.
VI. Le ROLE DE Calvin en Europe et ses œuvres de 1541 A 1555. — Les dernières années de Calvin appartiennent à l'Europe protestante plus qu'à Genève. Mais ce rôle universel, Calvin le jouait depuis longtemps : « Je me reconnais, écrivait-il à Mélanchthon, de beaucoup au-dessous de vous; mais néanmoins je n'ignore pas en quel degré de son théâtre Dieu m'a élevé. »
A la mort d'Henri VIII, en 1547. le régent d'Angleterre, duc de Somerset, entreprend de faire triompher le protestantisme en Angleterre ; Calvin lui adresse en octobre 1548 une lettre qui renferme un exposé complet des vues du réformateur sur les changements à opérer en ce pays. Il ne manque pas de lui rappeler que, dépositaire de l'autorité royale, il peut « réprimer par le glaive » ceux qui s'opposeraient à ses projets. Au jeune Edouard VI, l'espoir de la Béforme, il dédie le Commentaire sur Isaïe et le Commentaire sur les Épitres catholiques ; il en accompagne l'envoi d'une lettre où il revient plus brièvement sur ce qu'il y aurait à faire dans son royaume. Calvin est aussi en correspondance avec Cranmer, le primat d'Angleterre ; il voudrait que la Réforme serrât les rangs de son armée et tint son concile en face de celui de Rome (1552). En 1553, la mort d'Edouard VI renverse les espérances de Calvin. En 1555, il fait donner un temple à Genève aux réfugiés anglais; le réformateur de l'Ecosse, John Knox, y exerça les fonctions de niini-li < I 'j . rin nient d'Elisabeth (1558) ramena les réfn^i ! iiiie; Calvin donna un
pasteur à l'Églisr !. M I ndi-es.
Il encourage t-l l i[i[;. I - iiMicstants de France: il leur envoie des missiounairus, pur ses lettres, il console et soutient ceux qui vont mourir dans les supplices.
Calvin a eu souvent maille à partir avec les protestants italiens réfugiés à Genève et dont il n'entendait pas tolérer les hardiesses doctrinales : « On souffre pourtant, dit l'historien protestant, son admirateur convaincu, Bungener, à le voir s: impératif, si âpre, avec des gens qui avaient bravé Rome de si près et tout quitté pour l'Évangile. » Le procès de Valentin Gentilis marque le point culminant de ces débats avec la 'colonie italienne. Une prompte rétractation sauva la vie de Gentilis; mais, tourmenté par ses regrets, Gentilis devait quelques années plus tard attaquer de nouveau les idées du réformateur ; les Bernois le mirent à mort, tandis que ses ami- d- li n ,-• étaient condamnés à l'exil.
La pi ri ' |i I le- de 1541 à 1555 est, dans la vie
de Cahin. -n.^ili. ;■ miiit féconde en écrits. En 1541, est impruiu- a beiRif. en français, le Petit traité de la sainte cène ; en 1542, le Catéchisme de l'Église de Genève par questions et réponses (en français et en latin); en 1543, VHumble exhortation à l'empereur Charles- Quint et à la diète de Spire pour qu'ils veuillent bien mettre sérieusement la main à la restauration de l'Église (en latin); un traité dogmatique contre Albert Pighius, Défense de la sainte et orthodoxe doctrine sur la servitude et l'affranchissement de la volonté humaine (en latin); l'Avertissement très utile du grand profit qui reviendrait à la chrétienté s'Use faisait inventaire
CALVIN
de to^is les corps saints et reliques qui sont tant en Italie qu'en France, etc. (en français, puis en latin); le Petit traité montrant que c'est que doit faire un homme fidèle connaissant la vérité de l'Évangile quand il est entre les papistes {en français); en 15W, l'Excuse à Messieurs les nicodémilcs sur la complainte qu'ils
font de sa trop grande r latin, 1545); la Krièvc inslr fidèles contre les erreurs tl haplistes (en français) : on Aux ministres de Neiif.lu!
(dans l'édition de I5iri l;iii;i furieuse des libertins ,;»i ; çais) ; en 15't5, les Sr.luilii
. il h.Mi. ;iis, puis en
/ -■'■ lous bons
iifdesana-
i:.i:), l.ciil intitulé :
/.' la secte fanatique ivjent fantastique) et Il spirituels (en frandmouition paternelle
de Paul lïl (t l'empereur Charles-Quint (en latin); la Défense de Farel et de ses collègues contre les calomnies rfu théologastre Caroli (en latin).
Les années 1546-1555 virent publier tous les commentaires de Calvin sur le Nouveau Testament; en ■15i6 et 1547, les deux Épltres aux Corinthiens ; en 1548, Épîtres aux Galates, aux Éphésiens, aux Philipçiens, aux Colossiens, et les deux à Timothée ; en 1549, Epitre à Tite et Épitre aux Hébreux; en 1550, Épilre de saint Jacques et les deux aux Thessaloniciens; en 1551, Épîtres de saint .lean et de saint Jude, et nouvelle édition de toutes les Épîtres de saint Paul ; en 1552, les
Actes; en 1553, les Év vint qu'après, sauf Is i
La publication lii interrompue par d.^ tances; en 1547, il iVi contre un franciscain de la
L'.\ncien Testament ne I il la Genèse en 155i.
Il- fut plusieurs fois limaient les circons- II-, ;'i l'Église de Rouen le des libertins; en 1547, contre le concile de Trente, Acla synodi Tridentinx cum antidote (en latin) ; en 1549 contre l'Intérim, qu'il attaque dans son Intérim adultero-germanum, publié ensuite en français sous le titre de : Deux traités touchant la réformation de l'Église, et le vrai moyen d'appointer les di/férens qui sont en icelle; la même année, en français, Avertissement contre l'astrologie qu'on appelle judiciaire, et autres curiosités qui régnent aujourd'hui dans le monde; en 1550, Traité des scandales qui empêchent aujourd'hui beaucoup de gens de venir à la pure doctrine de l'Évangile et en débauchent d'autres (en latin); en 1552, Quatre] sermons traitant des matières fort utiles jyotir notre temps (en français); Traité sur l'éternelle prédestination, et Traité sur la vie chrétienne (en latin); en 1554, Défense de la foi orthodoxe sur la sainte Trinité contre les monstrueuses eifeurs de Michel Se>~vet, où il est montré qu'il est licite de punir les hérét'iques (en latin, puis en français); Brève réponse aux calomnies d'tm certain brouillon (Castellion) sur la doctrine de la prédestination (en latin) ; en 1555, Défense de la saine et orthodoxe doctrine sur les sacrements, lettr valeur, leur efficace, etc., contre Westphal (en latin). VII. Dernières années de Calvin ; son intervention
DANS LES AFFAIRES RELIGIEUSES DE LA FRANCE; SES DER- NIÈRES œuvres; sa mort (1555-1564). — L'autorité de Calvin à Genève ne fut plus contestée après la défaite des libertins; on le consulte sur toutes choses, aflàires civiles, affaires criminelles, affaires politiques, commerciales, industrielles ; aucune loi ne se fait, aucune décision ne se prend sans lui. Sûr de sa citadelle de Genève, Calvin put d'autant plus s'appliquer aux soins que les autres Églises réformées réclamaient de lui. Notons cependant qu'avant de moui-ir Calvin vit par deux fois, en 1560 et en 1563, Genève menacée. Pie IV s'était entendu, pour abattre Genève, avec le roi de France, le roi d'Espagne et le duc de Savoie. Les ambitions rivales des princes empêchèrent l'exécution de leur projet. En 1563, les libertins exilés négocièrent avec le duc de Savoie une nouvelle entreprise; Genève, aussitôt mise en état de défense, ne fut pas attaquée.
Cette situation critique n'empêchait pas Genève et Calvin de troubler leurs voisins. En janvier 1561, Charles IX se plaint vivement des troubles .semés dans son royaume par les prédicanis venus de Genève et somme le Conseil de les rappeler. Calvin répond, au nom du gouvernement, par une lettre humble de ton, mais ferme et presque insolente dans le fond ; il se borne à dire que les prédicants sont étrangers aux émeutes et laisse entendre que l'on continuera à les envoyer. Une lettre de Calvin à Riillin;.-!- (nmi l.')()l) nous montre comment s'organisail ■ ■ '<■ ii h i | r ipagande. Calvin, dans la période qui ;i . li i .-ion des guerres civiles, exerça la dii- i n iiii, l!.' des Églises de France. Enl557,il f. lu ii. I I li •'■■ l'ni- .le ce qu'elle poursuit sa marche " \i n 'I i i .mr. - et des assauts »; il la console ,i|ii ■ I m . -M: Il .1. l'iiisieurs des
membres de l'assembl' ■- d.' I "^nni- 1 leques; à son
instigation, les cantons sui.s.srs . i !. ~ [n iin . - iirotestants d'.Mlemagne intercèdent poui en ^ .ni[ i . ~.l lli iiri II; il fait remettre au roi, au nom il. - pi. i ii i .li- France, une confession de foi destin, i . i i I - ..iloiiinies
dont on les accable; en jaim. r I .'.- i II.' lettre à
l'Église de-Paris et nouvel oin I ' i. -si sous
l'inspiration de Calvin que se !'. mni . 1' i,^ . u iiKiil."»9, l'humble et courageuse assemblée que les Églises réformées de France appellent leur premier synode national. Là furent adoptées leur confession de foi et leur constitution disciplinaire. En juin et en novembre 1559, Calvin adresse encore deux importantes épîtres aux fidèles de France.
Aussitôt après la mort d'Henri 11, les progrès du protestantisme furent rajii.l . l I. |.i i. >lanlisiiie politique s'organisa avec ses cliii i i i ii ;n<. Ceux-ci n'étaient pas d'humeur à prali.] i i I i ' i .'vnngélique; au surplus, la plupart d entre n; n ' i;t irni=; que par leurs ambitions; ils virent v( lin i . ' . updemécontents, en particulier de l,i l . : lurbulente
noblessedu Sud-Ouest. Les ni. ii: ' i .ieursuite, entrer dans la voie de la violm. . i ' 1 i i I .. Ilion. Sur la lignede conduiteàsuivro, 1.111' |. i .- . .li.isaient. L'Église calviniste de Strasli..Mi |i ..n, .m l'emploi de la force, et un banni parisien, h' pu iscunsulte Holman, se flattait que tous les Gniscs seraient mis à mort et qu'il ne survivrait pas un rejeton inâlc de cette race maudite. Jusque-là Calvin avait dissuadé les protestants français de recourir à la violence; mais alors il était évident qu'ils étaient les plus faibles. Quelle allait être maintenant son attitude? Il n'a pas approuvé formellement la conjuration d'Amboi-e i n l.'i'O: i , ii« il paraît impossible que Théodore de 1!. i ' i - docteurs
qui l'approuvèrent aient agi ei- i i ilvin. Le
désaveu qu'il fit du complot iiiii. ' i :,' ne prouve rien : les Guises étaient vain.p, i i ; n \ iri.
pour longtemps. C'est alors i| Ml I i i i-ii\
qui, lui aussi, s'était réservé :■ "^ il - -, i : i, ulgoutte de sang, les rivières en a. euulU i jitul. 11 wiut mieux que nous périssions tous cent luis que d'estre cause que le nom de chrestienlé et l'Evangile soient exposés à tel opprobre, d Cependant il admettait la légitimité de la révolte, si tous les princes du sang et les parlements se prononçaient contre le gouvernement des Guises. Cette concession ouvrit, comme on l'a dit, la voie aux casuistes de l'insurrection qui se contentèrent bientôt de l'approbation d'un seul prince du sang; ils y ajoutèrent une distinction entre leurs droits comme opposants politiques et leurs droits comme chrétiens désireux de faire avancer l'Évangile; bientôt, surtout dans les provinces du Midi, les passions déchaînées firent rage.
Calvin encourageait les chefs du parti ; il écrivait à Coligny; il lui avait adressé une première lettre après la bataille de Saint-Quentin; il le loua lorsque à l'assemblée de Fontainebleau il eut osé remettre au roi la
CALVIN
Supplication de ceux qui, en diverses provinces, invoquent le nom de Dieu suivant la règle de la piété. En revanclie, les variations religieuses et les mœurs du roi de Navarre, Antoine de Bourbon, lui causent mille soucis et finissent par provoquer son indignation; il écrit de lui qu'il est tout à Vénus, totus est venereus.
Calvin n'assista point en personne au fameux colloque de Poissy, en 1561 ; le Conseil de Genève refusa de le laisser partir, « soit, dit Bossuet, Hist. des variations, 1. IX, n. 91, qu'on craignit d'exposer à la haine publique le chef d'un parti si odieux; soit qu'il crût que son honneur fût mieux conservé en envoyant ses disciples, et conduisant secrètement l'assemblée de Genève, où il dominait, que s'il se fût commis lui-même. » A la sollicitation de Coligny, du roi de Navarre et de Catherine de Médicis, il envoya celui que l'on commençait à considérer comme son futur successeur, Théodore de Bèze. Ce fut Calvin qui rédigea la réponse du Conseil de Genève au roi de Navarre.
Dans une lettre à Coligny, il l'incite à profiter des dispositions favorables que manifestait alors la régente Catherine de Médicis pour la déterminer à protester contre le concile de Trente avec la reine d'Angleterre, les princes d'Allemagne et les Suisses. Le plan de Calvin échoua ; mais la tolérance de la reine mère assura de nouveaux succès à la propagande protestante; le prince de Condé put alors réclamer, au nom de deux mille cent cinquante Églises, le droit de bâtir des temples; ledit de janvier 1562 accorda en fait aux protestants la liberté de conscience et de culte.
Cependant les violences se multipliaient et tout annonçait la guerre civile; quand elle eut éclaté, Calvin cette fois approuva la résistance armée; lorsque le prince de Condé, menacé dans Orléans, sollicita le secours des protestants d'Allemagne et de Suisse, Calvin appuya vivement cette demande ; il soutint non moins vivement une demande des protestants de Lyon; il écrivit aux Églises du Midi pour les presser de trouver l'argent nécessaire à la solde des Allemands recrutés par d'Andelot. Notons à son honneur que Calvin blâma les horribles excès du baron des Adrets (1562).
Après la bataille de Dreux, 19 décembre 1562, Calvin dut prêcher aux protestants français la soumission à la volonté de Dieu, et il écrivit à ce sujet une lettre au gouverneur de Lyon, M. de Soubise. L'édit de pacification d'Amboise (19 mars 1563), qui garantissait à tous les réformés la liberté de conscience, mais à la haute noblesse seule et en certains lieux la liberté du culte, excita son vif mécontentement. Il traita le prince de Condé de misérable qui avait « trahi Dieu en sa vanité ». La Réforme ainsi cantonnée devait n'avoir plus qu'un rayonnement restreint et apparaître de plus en plus au peuple comme la religion de l'aristocratie. L'année suivante, 1564, Condé, oubliant son parti dans les délices de la cour, s'attirait de nouveau les admonestations de Calvin.
Le réformateur touchait alors au terme de sa vie. Les grandes affaires du protestantisme français ne l'avaient pas absorbé tout entier. Il avait beaucoup écrit. Quelques-uns de ses ouvrages sont encore des cris de guerre : Réformation pour imposer silence à un certain belistre nommé An I. Catlielan jadis cordelier d'Albigeois {en français, 1556); 2« défense contre Westplial (1556, en latin); Dernier avertissement au même (1557, en latin); Réponse aux questions de Georges Blandrata (155S, en latin); Félicitatioti à Gabriel de Saconay {iôGO, en latin); Réponse aux invectives de Baudoin (1561, en latin); L'impiété de Valentin Genlilis découverte, etc. (1561, en latin). Outre les œuvres de polémique, on doit citer les commentaires sur l'Ancien Testament; en 1557, les Psaumes et le prophète Osée; en 1559, les douze petits prophètes; en 1561, Daniel; en 1563, l'Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronorae, Jérémie ; en 15&i,
Josué. Plusieurs de ces commentaires ne furent pas écrits par lui, mais recueillis dans ses leçons publiques par Charles de Jonvilliers, son secrétaire, et Jean Budé. Ces mêmes années virent aussi paraître plusieurs séries de .sermons, également recueillis par les disciples de Calvin, mais publiés sous ses yeux. Une première série, sur l'Épitre aux Galates, avait déjà paru en 1552; la deuxième, sur deux chapitres de la I"^ aux Corinthiens, est de 1558, ainsi que la troisième, recueil de discours sur divers sujets; en 1562, cinq séries, dont une de soixante-cinq discours sur les trois premiers Évangiles; en 1563, une série sur les deux Épîtres à Timothée et une sur le livre de Job. Ces derniers discours ont eu une grande réputation; Coligny se les faisait lire et relire. Dans ses Commentaires et dans ses Sernwns, Calvin se trouvait avoir commenté et traduit, verset par verset, une grande partie de la Bible; il se servait du texte d'OJivétan et le corrigeait; il n'avait cependant jamais publié de traduction française nouvelle ou revisée du texte (le la flilile; l'idée vint à l'un des éditeurs des Oj>era ', AI Thuss, de rapprocher tous les passages lii ' t\ in et d'en faire ce qu'il a appelé \a BiliU I I alvin; le travail que Reuss avait préparc lui piiLhi p.a M. Erichson dans les t. LVI et LVii des Upera Cahini, du Cp7-pus reformalorum. La Bible française de Calvin comprend : les cinq livres de Moïse et le livre de Josué, les Psaumes, Job, Isaïe, Osée. 1- T' ni^il--. I.- A. a.'., ri 1,., Kpiiivs.
Calvin I uni .i|iiv- iui la perpétuité de
sonensri r,. m -ii ,, ,■.•! ,a!i i. M ,i\,iii ininl.', le 5 juin 1559, l'Acadéiiiiu d'j LiciJLMj, Loinpusiu de cinq professeurs, deux de théologie, un d'hébreu, un de grec, un de philosophie. Au même moment, il ouvrait le collège de Genève.
La santé de Calvin était depuis longtemps minée ; en 1559, il fut gravement malade ; vers le milieu de 1563, il commença de décliner rapidement; le 6 février 1564, un vomissement de sang le fit descendre de chaire pour n'y plus remonter; le 2 avril, il se fit porter au temple et reçut la cène des mains de Théodore de Bèze ; le 27 et le 28 avril, il fit ses adieux aux magistrats et aux pasteurs de la cité ; Farel, âgé de près de quatre-vingts ans, vint à Genève au commencement de mai pour le revoir encore une fois; Calvin rendit le dernier soupir le 27 mai 1564; il n'avait pas cinquante-cinq ans.
« C'est une faiblesse, dit Bossuet, Histoire des variations, 1. X, n. 57, de vouloir trouver quelque chose d'extraordinaire dans la mort de telles gens. Dieu ne donne pas toujours de ces exemples. Puisqu'il permet les hérésies pour l'épreuve des siens, il ne faut pas s'étonner que, pour achever cette, épreuve, il laisse dominer en eux jusqu'à la fin l'esprit de séduction avec toutes les belles apparences dont il se couvre; et, sans m'informer davantage de la vie et de la mort de Calvin, c'en est assez d'avoir allumé dans sa patrie une Uarame que tant de sang répandu n'a pu éteindre, et d'être allé comparaître devant le jugement de Dieu sans aucun remords d'un si grand crime. »
Bien des jugements ont été portés sur Calvin qu'il serait intéressant de reproduire ici. Les uns, parmi les catholiques, ont cru devoir, malgré le sage avis de Bossuet, charger celui qui a fait tant de mal à l'Église de tous les péchés d'Israël et accepter, les yeux fermés, les calomnies dont on était si prodigue au xvi= siècle et qui n'ont épargné à peu près aucun des personnages mêlés aux grandes luttes de l'époque; Audin en est le type fâcheux; d'autres, parmi les protestants, et en particulier le dernier historien de Calvin, M. Doumergue, si érudit qu'il soit, sont tombés dans les excès de l'école légendaire et naïvement adrairative qu'ils reprochent justement à certains hagiographes catholiques : tel un dévot franciscain parlant de saint François d'Assise. Parmi ceux que ne dominent point les
CALVIN
préoccupations confessionnelles, Renan, dans ses Éludes religieuses, M. I-'aguel, dans ses Éludes sur le xvc siècle, M. Bruneticre, dans sa Conférence de Genève et dans son Histoire de la littérature française classique, ont exprimé sur Calvin des opinions très libres et très dignes d'être méditées. Indépendamment des liistoriens de Calvin dont on trouvera les noms à la bibliograpliie, nous devons signaler un intéressant article de M. Rosseuw Saint-Hilaire dans la Revue chrétienne du 15 décembre 1862 et un discours de M. de Félice, doyen de la faculté de théologie de Montauban, pour le troiscentième anniversaire de la mort de Calvin, en 1861. En rapprochant et en comparant ces divers jugements, on arrive à se faire une idée assez complète et assez exacte du chef de la Réforme française.
A nos yeux, Calvin fut un homme de réaction; il ne chercha point à concilier avec la doctrine chrétienne les tendances do son époque pour lesquelles l'Église catholique lui semblait avoir une complaisance coupable; il ne sut pas voir dans l'Église un organisme vivant, appelé par conséquent à se transformer au cours des siècles, suivant une loi; il se borna à remonter aux origines telles qu'elles lui apparaissaient et prétendit réformer la doctrine et la discipline de l'Kglise sur le modèle antique ; il modifia sous ce prétexte, sur quelques points essentiels, et la doctrine et la discipline catholiques ; puis, sûr de l'infaillibilité de son jugement et de l'excellence de son œuvre, pour cette doctrine et cette discipline réformées, il réclama tous les droits et toutes les prérogatives qui avaient appartenu à l'ancienne Église; substituer l'Église de Calvin à l'Église du pape, il n'eut pas d'autre but. Au fond, son tempérament fut précisément celui que nos adversaires ont coutume d'imputer à ceux des catholiques qu'ils tiennent pour les plus intransigeants et les plus étroits; jamais contemporain d'Innocent III, jamais interprète le plus outré du Syltabits ne proclama de façon plus absolue les droits exclusifs de la vérité et de ses interprètes authentiques; pour Calvin, l'État est au service de l'Église et de la vérité religieuse, dogmatique et morale ; sa mission principale est de la faire triompher.
Calvin fut un homme d'une volonté énergique et d'une rare puissance de travail ; il n'eut pas la fougue entraînante de Luther et, venu le premier, il n'eût pas sans doute déchaîné comme lui la révolution religieuse en Europe; mais il se montra plus pénétrant, plus logique, plus organisateur que le réformateur allemand. Il n'eut pas non plus ce coté humain et passionné qui fait que, tout en condamnant Luther, on ne peut refuser à sa physionomie quelque chose de sympathique. Ce n'est pas à dire que Calvin fut totalement inaccessible aux sentiments humains, affections de famille, amitié ; on a prouvé le contraire ; mais il faut reconnaître que ces sentiments chez lui furent rares et exercèrent peu d'action sur sa vie. Au surplus, faut-il lui en faire un reproche? Un homme qui joue un rôle public de l'importance du sien a autre chose à faire qu'à s'abandonner aux sentiments même les plus légitimes. Il fut désintéressé, simple, sobre et sévère dans sa vie privée; les quelques cadeaux que lui firent à la lin de sa vie les magistrats de Genève et à propos desquels on a échafaudé d'assez sottes accusations, prouvent au contraire qu'il avait pratiqué ces vertus, qu'au surplus Pie IV et Sadolet lui ont reconnues. En revanche, il fut orgueilleux, colère et vindicatif. « Je ne sais, dit Renan, si l'on trouverait un type plus complet de l'ambitieux, jaloux de faire dominer sa pensée parce qu'il la croit vraie,... tout (est) sacrifié à l'envie de former les autres à son image. Je ne vois guère qu'Ignace de Loyola qui puisse lui disputer la palme de ces terribles emportements ; mais Loyola y mettait une ardeur espagnole et un entraînement d'imagination qui ont leur beauté,... tandis que Calvin a toutes les duretés de la passion sans en avoir l'enthousiasme. On dirait un inter-
prète juré s'arrogeant un droit divin pour définir ce qui est chrétien ou anti-chrétien. » Et on demeure confondu, ajouterons-nous, de l'audace orgueilleuse de cet homme qui se substitue ainsi, tranquillement et sans remords, à une Église tant de fois séculaire, aux Pères, aux conciles, aux papes, et qui, au nom de son autorité d'hier, condamne, tue, déchaîne la guerre, en la rendant inévitable, et meurt enfin en se rendant témoignage à luimême devant les ministi-es assemblés. Voilà qui assurément est plus grave qu'une aventure scabreuse ou un goût trop prononcé pour le bon vin.
Calvin eut l'âme dun sectaire, plus que celle d'un apôtre. Comme penseur, nous nous efforcerons de montrer ce qu'il fut, en exposant sa doctrine à l'article Calvinisme. Comme écrivain, il tient une place distinguée dans notre littérature; on a pu dire avec raison de son chef-d'œuvre, l'Institution chréliemie, ([u'avec ce livre la langue française avait appris à raisonner et à exprimer des idées générales. Ses œuvres françaises, en dehors des lettres et des sermons, sont d'ailleurs peu nombreuses. En latin ou en français, le stjlc de Calvin a de la fermeté et de la vigueur ; mais il est souvent embarrassé, sec, sans couleur et sans vie, triste, comme l'a dit justement Dossuet. Pourtant, dans certains écrits, ceux surtout de pure polémique, Calvin no manque pas de verve, de mouvement, et même de pittoresque; il est alors aussi grossier que Luther; les invectives personnelles et les ordures abondent sous la plume de cet homme grave. Il accueille et répète toutes les calomnies, en particulier celles qui touchent aux mœurs; ses pinégyristes, qui s'indignent si fort contre ceux qui lui ont rendu la pareille, feraient bien de lui réserver à lui-même une part de leur sévérité. Dans ses écrits, pas plus que dans la pratique de sa vie, la charité et la bonté ne sont le fort de Calvin.
Telle nous apparaît, après une consciencieuse élude, cette personnalité du chef de la Réforme française ; à la considérer humainement, elle est grande, et, si elle n'est jamais aimable, elle est par certains côtés digne d'être admirée. Ajoutons qu'en face de la Renaissance et de ses tendances païennes, Calvin a eu le sens chrétien ; il a contribué à remettre en lumière parmi ses contemporains l'idée des droits de Dieu et de la misère originelle de l'homme; ses excès et ses écarts doctrinaux, comme ceux de Luther, ont amené l'Église catholique à affirmer et à préciser son enseignement sur ces points fondamentaux du doyme chrétien. N'est-ce point pour de tels motifs que Dieu permet l'erreur et ne refuse pas toujours le génie à ceux qui la représentent? Il se réserve de les juger et d'autant plus sévèrement qu'ils auront mésusé de dons plus précieux. Necesse est ut reniant scandala; verumtamen t'as homini illi per quem scandahtm venit. Matth., xviii, 7.
La bibliographie de la vie de Calvin est très riclie; nous ne voulons donner ici que les indications les plus utiles ; ceux (iui voudraient avoir une bU)liographie complète devraient consulter : Henry, Das Leben Calvin's, Hambourg, 1835; Albert Rilliet, Bibliographie de la vie de Calvin, Pai-is, 1864; E. Doumergue, Jean Calvin, leshommcs et les choses de son temps; appendices et noies, 2 in-4", Lausanne et Paris, 1809 et 1902; enQnet surtout le Catalogue systématique qui termine le t. Lix des Œuvres de Calvin dans le Corpus refonnatorum et qui compte 880 numéros. Nous laisserons de côté dans cette bibliographie ce qui touche le calvinisme en général. En dehors des histoires générales de l'Église, il n'y a malheureusement que très peu de travaux catholiques sui- Calvin. Ils sont ici marqués d'un ". Nous distinguerons dans cette bibliographie : !• les collections et les recueils; 2* les premières et anciennes biographies de Calvin; 3" les biographies modernes; 4" les travaux concernant Genève et Calvin ; 5° les principales études morales et littéraires sm- Calvin.
1* Collections et recueils. — Corpiif: refonnatorum.. Joannit Calvitii opéra qux suj" . - i ' ,mm, , Jii. G. Baum, Ed. Cunitz, Ed. Reuss, 59 in-4', Bru 1- ; I '.«i; Herminjard, Corres-
pondance des réfum,,: : - ,.aijs de langue fran-
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CALVINISME
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lui même les awil i 1' i ' n tl de Wolmar. Le
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I 1 I Ce que Calvin a emprunte a Luther
1 u 11 I h le^le de foi tirée de 1 Ecrituie sainte;
2 h théorie de loi die surmturel du pèche ouginel et de SLS conséquences notamment quant au libie arbitre;
3 le sjsteme de la justification et du rappoit de la foi et des œuvres H Ce que Calvin a ajoute de personnel iu\ données primitives de h theolo„ie luthérienne, à savoir 1 h doctiine de 1 inamissihilitc de la grâce et de la certitude du ilut ^ cille de h prédestination absolue III Ce qu 1 iImh ni lili dans les doctrines luthériennes asiv 11 I I I luiu de 1 Eglise 2« celle des saciements I\ M llioil I < lUin jugement et conclusions
Loidre que nous adoptons nous permettra tout en marquant le rippoit de Luthei et de Calvin de donner un expose sjstematique de la doctrine calviniste et de unie i peu pies les développements de \ Institution ditelitnne ce livre qui constamment repus et tiavaillé pu C ilvm demeuie 1 expose le plus méthodique et le plus complet de la théologie propre i li nouvelle secte. Nous lappclons que \ ln>>tilulion cliittienne sous sa forme définitive, se divise en quatre livres : le I" « qui est de cognoistre Dieu en filtre, en qualité de créateur
CALVINISME
el souverain gouverneur du momie » ; le JI" « qui est de la cognoissance de Dieu, en tant qu'il s'est monstre rédempteur en Jésus -Christ : laquelle a esté cognue premièrement des pères sous la loy, et depuis nous a esté manifestée en l'Évangile » ; le 111° « qui est de la manière de participer à la grâce de Jésus-Christ, des fruits qui nous en reviennent, et des eiïects qui s'en ensuyvent »; le IV^ « qui est des moyens extérieurs, ou aydes, dont Dieu se sert pour nous convier à Jésus- Christ son fils et nous retenir en luy ».
Nous citerons VInstilution chrêlienne d'après l'édition française de 1560, rééditée en 1888 par Frank lîaumgartner. Nous nous appuyerons aussi pi-incipalement, dans cet exposé de la doctrine calviniste, sur la Confession de foi île Genève de 1537 et sur la Confession de foi des Églises de France de 1559, documents antérieurs à la mort de Calvin et émanés de lui. Corpus reformatoruni, Opéra Calvini, t. ix, xxii.
I. Ce que Calvin a emprunté a Luther. — 1° La règle de foi; l'Écriture sainte. — Luther, en révolte contre l'autorité de l'Église et la niant, avait été amené à se réclamer uniquement de la parole de Dieu, contenue dans la sainte Écriture. Calvin lira toutes les conséquences logiques de ce principe.
Dieu, dit-il, se révèle à l'homme par la nature et par la raison; iiiiiis l'ignorance et la passion rendent obscure cellr r.v, l.iii.in : il fallait donc un moyen plus sûr pour coiiihiiii I Ihiiiiini' à Dieu; la bonté divine l'a employé. Dii'ii ihiii^ ,1 iv\, !/■ hii-même ce que nous devions savoir el a couscr\c par sa providence les révélations qu'il a faites : elles sont contenues dans la sainte Kcriture. Nous avons donc dans l'Ancien et le Nouveau Testament tout ce qui est nécessaire pour connaître Dieu, nos obligations envers lui et nos devoirs envers les hommes. Dans la Confession de foi de Genève, de 1537, nous lisons : « La ParoUe de Dieu. Premièrement, nous protestons que pour la reigle de notre foy et religion nous voulions suyvre la seule Escripture, sans y mesler aucune chose qui ayt esté controuvée du sens des hommes sans la Parolle de Dieu; et ne prétendons pour notre gouvernement spirituel recevoir aucune doctrine que celle qui nous est enseignée par icelle parolle, sans y adjouster ne diminuer, ainsi que N.-S. le commande. »
L'art. 3 de la Confession de foi des Églises de France, de 1559, énumère les livres canoniques. De l'Ancien Testament, sont retranchés Tobie, Judith, la Sagesse, l'Ecclésiastique, les Machabées. Le Nouveau Testament demeure tel que pour l'Église catholique : Calvin, au contraire de Luther, garde même l'Épitre de saint Jacques, plus soucieux en cela de ne pas mutiler les <'Crits du Nouveau Testament que de mettre sa doctrine en harmonie avec ces pages si claires et si décisives de la sainte Écriture.
Mais comment savons-nous que ce que nous appelons l'Écriture sainte est en effet révélé? Comment distinguons-nous les livres canoniques des apocryphes? Voir Canon des Livres saints. Le critère calviniste diffère de celui de Luther, qui s'en rapportait pour ce discernement à sa propre doctrine sur la justification par la foi. L'art. 4 de la Confession des Églises de France répond : « Nous connaissons ces livres être canoniques et la règle très certaine de notre foi, non tant par le commun accord et consentement de l'Église que par te témoignage et persuasion intérieure du Saint-Esprit qui nous les fait discerner d'avec les autres livres ecclésiastiques, sur lesquels, encore qu'ils soient utiles, on ne peut fonder aucun acte de la foi. » Calvin dit encore : « Quant à ce que ces canailles (les papistes) demandent dont et comment nous serons persuadés que l'Escriture est procédée de Dieu, si nous n'avons refuge au décret de l'Église : c'est autant comme si aucun s'enqueroit dont nous apprendrons à discerner la clarté des ténèbres, le blanc du noir, le doux de l'amer. »/»is/.e/irc7.,l. 1. c. vu, n.2, p. 35.
L'art. 5 de la Confession des Eglises fait en trois lignes le procès de toute la tradition qualifiée d'inventions humaines. L'Écriture est la règle de la vérité « dont il s'ensuyt que ni l'antiquité, ni les coutumes, ni la multitude, ni la sagesse humaine, ni les jugements, ni les arrêts, ni les édits, ni les décrets, ni les conciles, ni les visions, ni les miracles ne doivent être opposés à cette Écriture sainte ».
Si le témoignage et la persuasion intérieure du Sa>nt-Es2^rit suffisent à chaque fidèle pour discerner la canonicité de tel livre et le sens de tel passage, on peut se demander en vertu de quelle délégation du Saint- Esprit, les députés du synode de 1559 s'arrogeaient le droit de dresser une liste officielle des livres canoniques ? En quoi ce procédé se distingue-t-il de celui du concile de Trente, avec cette différence qu'il est en harmonie parfaite avec le principe de l'Église catholique et en parfaite contradiction avec le principe de l'Église réformée?
La raison individuelle de chaque fidèle est, en dernière analyse, constituée juge sans appel du caractère des Livres saints et de ces livres seuls dépend toute la croyance. Bossuet tire admirablement la conséquence : 0 Ainsi les décrets des conciles, la doctrine des Pères, et leur sainte unanimité, l'ancienne tradition du saintsiège et de l'Église catholique, n'ont plus été comme autrefois des lois sacrées et inviolables. Chacun s'est fait à soi-même un tribunal où il s'est rendu l'arbitre de sa croyance; et encore qu'il semble que les novateurs aient voulu retenir les esprits en les renfermant dans les limites de l'Écriture sainte, comme ce n'a été qu'à condition que chaque fidèle en deviendrait l'interprète, et croirait que le Saint-Esprit lui en dicte l'explication, il n'y a point de particulier qui ne se voie autorisé par cette doctritie à adorer ses inventions, à consacrer ses erreurs, à appeler Dieu tout ce (ju'il pense. » Oraison funèbre d'Henriette de France, édit. Rébelliau, p. 100.
Après avoir établi l'Écriture comme la seule règle de notre croyance, Calvin recherche ce qu'elle nous apprend de Dieu. Le même art. 5 de la Confession des Églises admet les trois symboles des apôtres, de Nicée et d'Athanase « parce qu'ils sont conformes à la parole de Dieu ». L'art. 6 condamne les erreurs relatives à la trinité : « Et en cela, avouons ce qui a été déterminé par les conciles anciens et détestons toutes sectes et hérésies qui ont été rejetées par les saints docteurs, comme saint Hilaire, saint Athanase, saint Ambroise, saint Cyrille. » En ceci encore, Calvin semble déroger à son principe. Primitivement, il avait soutenu qu'on n'est pas obligé de s'en tenir aux formules anciennes sur la trinité, ni même aux mots trinité, substance, personne, etc., mais, à la suite de la grande polémique avec Caroli, pour éviter les accusations qui pesaient sur lui et les erreurs que faisait naître une trop grande liberté d'expression, il s'était rallié auxdites formules, notamment à celles de saint Athanase. Voir Doumergue, Calvin, t. ii, 1. II, c. v. Le début de la Confession soumise au synode de Lausanne (mai 1537) disait : « Il ne faut chercher Dieu que dans sa Parole, ne rien penser de lui que selon sa Parole, ne parler de lui qu'avec sa Parole. » Ceci était dans la logique du principe posé par Calvin.
2» La théorie de l'ordre surnaturel, du péché originel et de ses conséquences, notamment quant au libre arbitre. — Après avoir, tant dans Vhistitution chrétienne que dans les Confessions de foi, parlé de la création et de la providence, Calvin en venait à se demander quel est l'état de l'homme sur la terre et comment l'homme déchu est racheté par Jésus-Christ. Sur cette matière encore, il se rattache étroitement au système luthérien et se borne à le présenter avec plus de méthode et de logique, sans ces écarts de forme paradoxale, passion-
CALVINISME
écrits (lu
née, pilloresque, qui donnent tant de réformateur allemand.
Ainsi que l'a très liiin montré Mœhler, au début de sa Symbolique, l'erreur fondamentale et commune des systèmes protestants est la confusion qu'ils font entre l'ordre de la nature et l'ordre de la grâce à l'origine du genre humain, dans l'état primitif de l'homme. Suivant ces systèmes, tous les dons accordés à l'homme innocent faisaient partie de son essence et lui étaient dus par le créateur. La grâce sanctifiante était l'apanage nécessaire et naturel de l'humanité avant la chute primitive.
Cette confusion entre K- .l.ux onli.-. Cihin la fait. « Dieu donquesa garny l'fnMi ,1 mi, lli„, nr, , |,,ii Liquelle elle peut discerner le bien il n hmI, . !■ ipn i ~i jn-ir d'avec ce qui est injuste, et voir ce qu.-lli- iImiI Miyvrr ou fuir, estant conduite par la clarté de raison. Parquoy ceste partie qui adresse a été nommée par les philosophes gouvernante comme en supériorité. Il luy a quant et quant adjousté la volonté, laquelle a avec soy l'élection : ce sont les facultez dont la première condition de l'homme a esté ornée et anoblie ; c'est qu'il y eust engin, prudence, jugement et discrétion non seulement pour le régime de la vie terrestre, maispourparcenirjusqiies à Dieu, el à parfaite félicite : et puisqu'il y eust élection conjointe, laquelle guidast les appetis, modérant aussi tous les mouvements organiques qu'on appelle : et ainsi que la volonté fust conforme du tout à la reigle et attrempence de raison. En ceste intégrité l'homme avoit franc arbitre, par lequel s'il eust voulu, il eust obtenu vie éternelle. » Insl. clirel., 1. I. c. xv, n. 8, p. 89. De cette confusion première résulte inévitablement la théorie du péché originel et de ses suites. La chute du premier homme n'a pas seulement blessé, mutilé la nature humaine; elle l'a substantiellement changée, et il n'est plus resté en elle que misère et corruption, o Ce qui est le plus noble et le plus à priser en nos âmes, écrit Calvin, Inst. chrét., 1. II, c. i, n. 9, non seulement est navré et blessé, mais du tout corrompu, quelque dignité qui y reluise, en sorte qu'il n'a pas seulement mestier de gairison, mais faut qu'il veste une nature nouvelle... Tout l'homme est accablé comme d'un déluge depuis la teste jusques aux pieds, en sorte qu'il n'y a nulle partie de luy exempte dépêché, et par ainsi que tout ce qui en procède est à bon droit condamné et imputé à péché. » « En sorte, dit l'art. 9 de la Confession de foi des Églises de France, que sa nature est du tout corrompue; et, étant aveugle en son esprit et dépravé en son cœur, a perdu toute intégrité sans en avoir rien de résidu. »
D'où ces diverses conséquences : 1. que l'homme n'est plus libre, mais qu'il obéit nécessairement soit à la délectation de la grâce, soit à la délectation de la concupiscence; 2. que toutes les œuvres de l'homme, en dehors de la foi chrétienne, sont des péchés, même les meilleures; 3. que les œuvres même du juste sont intrinsèquement des péchés, seulement des péchés que couvre et que dissimule la grâce de .Tésus-Christ.
On sait avec quelle vdm iiii,iM--,il.|r, quel luxe de comparaisons, quelles ^liin iii m <, Luther s'atta-
que au libre arbitre et fui l ! . il iinni radicale de la liberté humaine un des ijiiiilijjl.-, luiidjmentaux de sa théologie. Calvin n'a rien de cette joyeuseté tudesque; mais s'il est moins piquant et moins sarcastique,il n'est pas moins formel que l'ancien religieux augustin sur cette grande question in/i iplu-ipi .t morale.
Pour lui comme pour i ' ,i me arbitre est un
vain mot « dont les p^ I ' ! i i ■ temps, c'est-à-
dire les sophistes de Suil juul ,1,:::. dirét., 1. II, c. m, n. 13, abusent pour déprécier lesdioils de Dieu. Depuis le péché originel, il n'y a plus de liberté; et si un instant Calvin, comme Luther, recule elTravé devant cette conséquence extrême d'un faux principe.' ce ne sera que pour
éluder la diflicullé à l'aide d'une distinction déjà formulée par Luther et que devaient reproduire plus tard Baius et Jansénius, à savoir qu'il suffira, pour donner lieu à la responsabilité, c'est-à-dire au mérite et au démérite, c'est-à-dire encore à la sanction de la loi morale et religieuse, que l'homme ne soit pas contraint bien qu'il soit nécessité, et ainsi il pourra pécher volontairement, c'est-à-dire mériter justement une punition, quoique d'ailleurs il ait été nécessité à pécher.
Et si on lui objecte que. d;ins ce cas, c'est une dérision et une moquerie de l;i part de Dieu que d'avoir commandé aux hommes le bien, la justice, la vertu, il répondra hardiment, comme Luther, qu'on ne peut rien arguer des commandements faits par Dieu à l'homme, l'intention de Dieu ayant été justement de « commander à l'homme ce qui était par-dessus sa vertu pour le bien convaincre de son impuissance ». Inst. chrét., 1. II, c. v, n. 4-6, p. 146.
De ces assertions voici la preuve : Inst. chrét., 1. II,
c. II : On. '■' /"".;/ Dnni/i, II, ml dépouillé de franc
arbitre il il i à tout mal. Les phi-
losophes Mil II H I il !ii le libre arbitre et les
philosoiili' - j lin- liiiii .loiilii''. Les Pères se .sont laissé à tort inlluencer par eux : « Quant est, dit Calvin, ihid., n. 3, des docteurs de l'Église chrestienne, combien qu'il n'y en ait eu nul d'entre eux qui n'ait recognu l,i i :ii>.in .'=trr fort abbatue en l'homme par le péché el 11 Mil'iiii -lie sujette à beaucoup de concupiscences, iii iiiiihiii- Il pluspart a plus suyvi les philosophes qu'il II i-liiil mestier. Il me semble qu'il y a eu deux raisons qui ont meu les anciens Pères à ce faire. 1» Ils craignoyent s'ils ostoyent à l'homme toute liberté de bien faire que les philosophes ne se moquassent de leur doctrine ; 2» que la chair laquelle est assez prompte à nonchalance ne prît occasion de paresse pour n'appliquer son estude à bien. »
Calvin cite plusieurs passages de saint Jean Chrysostome et de saint Jérôme où il est parlé du libre arbitre, et il ajoute : « En ces sentences, ils ont attribué plus de vertu à l'homme qu'ils ue devoyent. Il apparaistra que leurs paroles que nous avons récitées sont fausses pour en dire franchement ce qui en est. Combien que les docteurs grecs par dessus les autres, et entre eux singulièrement saint Chrysostome aient passé même en magnifiant les forces humaines, toutefois quasi tous les anciens Pères (excepté saint Augustin) sont tant variables en cette matière ou parlent si douteusement ou obscurément qu'on ne peut quasi prendre de leurs écrits aucune certaine résolution. Les autres écrivains qui sont venus après sont tombés de mal en pis jusques à ce qu'ils ont amené le monde en cette opinion que l'homme ne fût corrompu sinon en la partie sensuelle, et que cependant il eut la raison entière et pour la plus grand part liberté en son vouloir. »
N. 6. « C'est une chose résolue que l'homme n'a point libéral arbitre à bien faire, sinon qu'il soit aidé de la grâce de Dieu et de grâce spéciale qui est donnée aux élus tant seulement, par régénération, car je laisse là les frénétiques qui babillent qu'elle est indifféremment exposée à tous. »
N. 11. « Qu'est-ce que nous présumons tant de la puissance de notre nature? Elle est navrée, elle est abattue, elle est dissipée, elle est détruite, elle a mestier de vraie confession et non point de fausse défense. Il est nécessaire que toutes les armes d'impiété soient brisées, rompues et brûlées, — que tu demeures désarmé n'ayant en toi nulle aide. — D'autant que tu es plus débile en toi. Dieu te reçoit tant mieux. »
C. III, n. 5 : (I Ce que je dis, la volonté estre dépouillée de liberté et nécessairement estre tirée au mal, c'est merveille si quelqu'un trouve cette manière de parler étrange, laquelle n'a nulle absurdité et a été usitée des anciens docteurs... Qui est-ce qui arguera le péché
CALVINISME
n'cslre poinl volonlaire en l'hominc, pour ce qu'il est sujet à nécessité de péché? La nature de l'homme est si perverse qu'il ne peut être ému, poussé ou mené sinon au mal. »
N. 6. « Tout ce qui est de bien au cœur humain est o'uvre de pure grâce. »
N. 10. « Dieu émeut notre volonté, non pas comme on a longtemps imaginé et enseigné, tellement qu'il soyt après en nostre élection d'obtempérer à son mouvement ou résister; mais il la meut avec telle efficace qu'il faut qu'elle suyve. Ce qu'on lit souvent en Chrysostome ne doit point être reçu, c'est que Dieu n'attire sinon ceux qui veulent être attirés. En quoy, il signifie que Dieu, en nous tendant la main, attend s'il nous semblera bon de nous aider de son secours. Nous concédons bien que du temps que l'homme était encore entier, sa condition esloit telle qu'il se pouvoit incliner d'une part et d'autre, mais puisque Adam a déclaré par son exemple combien est povre et misérable le franc arbitre, sinon que Dieu veuille en nous et puisse tout, quelle profit aurons-nous quand il nous départira sa grâce en telle manière? » Au n. 11, Calvin développe l'idée que la persévérance ne s'explique point par la coopération de l'homme à la grâce de Dieu. C'est toujours Dieu qui fait tout, ce qui est montré au chapitre suivant :
C. IV. Comment c'est que Dieu besongnc aux cœurs dfs hommes. — N. 1. « Je pense que nous avons suffisamment prouvé comment l'homme est tellement tenu captif sous le joug de péché, qu'il ne peut de sa propre nature ne désirer le bien en sa volonté, ne s'y appliquer. Davantage nous avons mis la distinction entre contrainte et nécessité : dont il appert que quand l'homme pèche nécessairement, il ne laisse point de pécher de sa volonté. Mais pour ce que quand on le met en servitude du diable, il semble qu'il soit mené au plaisir d'iceluy plustost que du sien : il reste de despecher en quelle sorte cela se fait. » C'est dans ce paragraphe que se trouve la comparaison de la volonté de l'iiomme à un cheval qui se gouverne par le plaisir de celui qui est monté dessus. Dieu ou le diable.
C. V. Combien les objections qu'on anu'iuc j'oiir ilefcndre le franc arbitre sont de nulle râleur. — N. 1. « Ils (les partisans du libre arbitre) arguent donc ainsi que si le péché est de nécessité ce n'est plus péché; s'il est volontaire qu'il se peut éviter. » — N. 2. « Ils disent après que si les vices et vertus ne procèdent de libre élection, il n'est point convenable que l'homme soit rémunéré ou puni.
(1 Quant est des punitions que Dieu fait des maléfices, je réponds qu'elles nous sont justement dues, puisque la coulpe du péché réside en nous. Car il ne chaut si nous péchons d'un jugement libre ou servile, moyennant que ce soit de cupidité volontaire. .)
N. 4. « Ils arguent ainsi que toutes exhortations seront fruslratoires, qu'il n'y a nulle utilité en admonitions, que les repréhensions sont ridicules, s'il n'est en la puissance du pécheur d'y obtempérer. »
N. 6. « Ils arguent ainsi : Ou Dieu se moque de nous, quand il nous commande saincteté, piété, obéissance, chasteté, dilcction et mansuétude : et quand il nous défend immondieilé, idolâtrie, impudicité, ire, rapine, orgueil et choses semblables : ou il ne requiert sinon ce qui est en nostre puissance. Je confesse qu'il y a longtemps que c'est une chose vulgaire de mesurer les facultés de l'homme par ce que Dieu commande et que cela a quelque couleur de raison ; néanmoins je dis qu'il procède d'une grande ignorance... Dieu nous a commandé ce gui étoit par dessus notre vertu pour nous convaincre de notre impuissance. »
3» Le système de la justification et du rapport de la foi et des œuvres. — Dans cette impuissance radicale de l'homme de faire quoi que ce soit de bon, sa justifi-
cation ne peut évidemmenl lui venir que d'un principe extrinsèque, opérant en lui sans lui : tel est bien le fond du dogme fondamental de la justification, dans le système calviniste comme dans le système luthérien. La grâce de la justification n'est pas un principe régénérateur qui pénètre les âmes et leur devient inhérent; c'est une simple imputation des mérites de Jésus-Christ. Et ce qui assure la justification, c'est la ferme confiance que les péchés sont remis à cause de Jésu.s-Christ. Chacun peut tenir pour certain que cette grâce lui est accordée; il doit même le croire comme un article de foi divine. C'est par la foi qui nous vient du Saint- Esprit que nous devenons membres de Jésus-Christ. La foi qui nous unit à ce point à Jésus n'est point seulement un jugement par lequel nous prononçons que Dieu ne peut ni se tromper, ni nous tromper, et que tout ce qu'il révèle est vrai; ce n'est point un jugement par lequel nous prononçons qu'il est juste ou qu'il est bon ; c'est une connaissance certaine de la bienveillance de Dieu pour nous, fondée sur la vérité de la promesse gratuite de Jésus-Christ et produite dans nos âmes par le Saint-Esprit. Telle est la foi qui nous justifie. « Nous ne pouvons avoir de sécurité, dit la Confession de foi des Églises de France, jusques à ce que nous soyons bien résolus d'être aimés en Jésus-Christ... Nous croyons que nous sommes faits participants de cette justice par la seule foi... Nous croyons que nous sommes illuminés en la foi par la grâce secrète du Saint-Esprit, tellement que c'est un don gratuit et particulier que Dieu départ à ceux <Jue bon lui semble, en sorte que les fidèles n'ont de quoi s'en glorifier, étant obligés au double de ce qu'ils ont été préférés aux autres. » Art. 20, 21.
Toutes les âmes justifiées sont également justes, car leur justice est celle du Sauveur.
Enfin, de celte théorie de la justification par la foi et par l'imputation extérieure des mérites de Jésus-Chris' découle, par voie de conséquence directe, l'inutilité des bonnes œuvres pour le salut, non pas que le juste ne fasse pas de bonnes œuvres; mais ces œuvres ne seront en rien cause de son salut : « La foi, dit l'art. 22 de la Confession de foi, non seulement ne refroidit l'affection de bien et saintement vivre, mais l'engendre et excite en nous, produisant nécessairement les bonnes œuvres. Au reste, combien que Dieu pour accomplir notre salut nous régénère, nous réformant à bien faire, toutefois nous confessons que les bonnes œuvres que nous faisons par la conduite de son Esprit ne viennent point en compte pour nous justifier, ou mériter que Dieu nous tienne pour ses enfants, pour ce que nous serions toujours fiottants en doute et inquiétude, si nos consciences ne s'appuient sur la satisfaction par laquelle J.-C. nous a acquittés. »
La justification précède la pénitence comme la cause précède son effet; la pénitence produit chez, le pécheur converti un désir sincère de satisfaire â la justice divine; elle change la vie du pécheur; elle ne consiste, comme le veulent les catholiques, ni dans la confession, ni dans la satisfaction.
Avec un tel système, la logique supprime, avec les œuvres satisfactoires, la possibilité même d'une expiation temporaire au delà de cette vie; les indulgences et le purgatoire sont des inventions humaines.
Telles sont les idées qui remplissent le III« livre de l'Institution chrétienne. Là aussi se trouve exprimée la théorie de Calvin sur la prédestination que nous retrouvons un peu plus loin.
Comment se fait-il que Calvin reproduisant dans tout ce qui précède, avec des contours plus arrêtés, les doctrines de Luther n'ait pas une fois nommé leur auteur? C'est que, ces doctrines, il les a faites siennes à force de les méditer; c'est aussi que, comme Luther, il prétend ne s'appuyer que sur l'Écrilure.
CALVINISME
II. Ce que Calvin a ajoutk de personnel aux données PRIMITIVES DE LA THÉOLOGIE LUTHÉRIENNE. — Cela
se réduit à deux points principaux : I» la doctrine de l'inaraissibilito de la grâce et de la certitude du salut; 2" la doctrine de la prédestination absolue.
Cette partie du système théologique de Calvin lui appartient en propre et on y trouve l'empreinte la plus originale de son esprit et de son caractère. Sans doute, à un certain point de vue, elle peut n'être considérée que comme une conséquence plus logique et plus rigoureuse de certains principes reconnus par Luther aussi bien que par Calvin. Mais enfin, c'est Calvin qui a déduit ces conséquences et qui les a formulées; ce sont les points de son système qui touchent de plus près à l'essence de la vie chrétienne et qui ont constitué ce qu'on :i pn rippi^l^r longtemps, surtout à Genève, en Éco?=< ' ' piirilains d'Angleterre, Vesprit calvinislr. I ■ 1 1 :: i; I propos de ces deux théories de l'inamissiliilii. 'I. Il Li:icf et de la prédestination que l'on peut rappeler le mot de Bossuet : « Par son esprit pénétrant et par ses décisions hardies, il raffina sur tous ceux qui avaient voulu en ce siècle-là faire une Eglise nouvelle. .^
[<• L'iiianiissiliUité delà grâce et la cerliludedu salut. — Un des poinis auxquels Luther attachait le plus d'importance, c était la certitude où chaque fidèle doit être de sa justilication, dès qu'il met sa foi en Christ : cette certitude que Luther reconnaissait seulement pour la justification fut ('tendue par Calvin jusqu'au salut éternel. Luther voulait seulement que le fidèle se tint assuré d'une certitude infaillible qu'il était justifié; Calvin voulait qu'il tint pour certain son salut éternel. Bossuet cite comme témoignage très explicite et très curieux de ce dogme tout calviniste la confession de foi du prince Frédéric III, comte palatin et électeur de l'Empire, où on lit en propres termes ces paroles ; « .Je sais que je n'ai point à appréhender les jugements de Dieu. Je sais très certainement que je serai sauvé et que je comparaîtrai avec un visage gai devant le tribunal de J.-C. »
Et sur quoi repose cette assurance extraordinaire, si fort en opposition^ ce semble, avec ce que nous lisons dans la vie des saints sur leurs continuels cvunl 'U. leur continuelle vigilance, leur continuelle crainii ,|. déchoir de l'amitié de Dieu? Sur le principe de I iimmissibilité de la grâce. Saint Paul, qui aurait eu apparemment plus de droits que l'ilecteur palatin à se croire affermi dans la grâce, écrit : « Pour moi, je châtie mon corps et je le réduis en servitude, de peur qu'après avoir prêché le salut aux autres, je ne sois moi-même réprouvé. » I Cor., ix, 27. Calvin ne tient compte ni de cette autorité, ni de tant d'autres, et il affirme hautement que la grâce reçue ne se peut plus perdre, que qui est justifié et reçoit une fois le Saint-Esprit est justifié et reçoit le Saint-Esprit pour toujours : « Nul n'espère droitonient en Dieu, sinon qn'il s'ose hardiment glorifier d'être lu'ritier iln i . ' -le. »
Le c. XXIV du llb livre ili I ,' 'rrlienne
s'exprime clairement sur ce pumi \. i;, M.iis quelqu'un dira qu'il nous faut soucier de ce qui nous peut advenir, et quand nous pensons au temps futur que notre imbécillité nous admoneste d'estre en solicitude... .Te réponds que Christ nous a délivrez de ceste perplexité. Car il n'y a doute que ces promesses n'appartiennent au temps futur. Tout ce que le Père me donne vient à moy; et ce qui sera venu à moy, je ne le jetteray point dehors, etc.. Davantage en prononçant que tout arbre que son Père n'aura point planté sera arraché, il signifie à l'opposite qu'il ne se peut faire que ceux qui ont vive racine en Dieu soyent jamais arrachez. A quoi s'accorde le dire de saint Jean, s'ils eussent été de nostre troupeau, jamais ils ne fussent sortis d'avec nous...
« Outreplus, c'est chose certaine que J.-C. priant pour tous les esleus demande pour eux ce qu'il avait demandé
pour Pierre, c'est que leur foy ne défaille point. Dont nous concluons qu'ils sont hors de danger de chute mortelle : vu que le Fils de Dieu, ayant requis qu'ils demeurassent fermes n'a point esté refusé. Qu'est-ce que nous a ici voulu apprendre Christ sinon de nous acertener que nous aurons salut éternel, puisque nous avons une fois esté faits siens? »
N. 9. « C'a esté donc très mal parlé à saint Grégoire de dire que nous savons bien de nostre vocation, mais que de nostre élection nous en sommes incertains. Et de cela il nous exhorte à terreur et tremblement, usant de ceste raison, que nous savons bien quels nous sommes aujourd'huy, mais que nous sommes ignorants quels nous serons demain. Mais par la procédure de son oraison, on voit bien comment il s'est ainsi abusé. C'est pour ce qu'il fondoit l'élection sur le mérite des œuvres, il avoit assez de matière à espouvanler les hommes et les mettre en deffiance; de les confirmer il ne le pouvoit, pource qu'il ne les renvoyoit point à la fiance de la bonté de Dieu. Par cela les fidèles peuvent avoir quelque goust de ce que nous avons dit au commencement, à savoir que la prédestination, si elle est bien méditée, n'est pas pour troubler ou ébranler la foi, mais plutôt pour la confirmer très bien. »
2» La prédestination absolue. — Le principe de l'inamissibilité de la grâce est en effet étroitement conjoint avec celui de la prédestination absolue, antécédente à la création et à la chute.
Cette redoutable question a exercé sur le génie de Calvin une sorte de fascination. Voir le traité latin, De seterna Dei prœdestinatione, Corpus réf., Opéra Calvini, t. VIII, p. 249-366, et dans Ylnstitxition chrétienne, les c. xxi-xxiv du 1. III.
Cette question est le fond même du problème de la destinée humaine et, pour ce motif, a toujours agité philosophes et théologiens sous une forme ou sous une autre. Quels sont les rapports du fini et de l'infini, comment se concilient la prescience de Dieu et la liberté de l'homme, quels sont les rapports de la grâce et de la nature, comment se combinent, au point de vue de iiutie destinée, l'action de l'autorité souveraine qui nous -unie et celle de la liberté qui nous est laissée; qui opère Ile lie salut : Dieu seul, l'homme seul, l'homme avec
llieu?
La théologie catholique commentant sagement les textes de l'Écriture les uns par les autres sans les isoler de cette lumière naturelle de la raison et de la justice, dont la lumière surnaturelle de la foi ne peut être l'ennemie, puisque toutes deux procèdent du même foyer et s'adressent à la même- intelligence, a seule su introduire dans cette question les distinctions à l'aide desquelles tout peut être concilié. Non certes qu'il ne reste au fond de la question un mystère, et un très grand mystère, mais c'est un mystère dont la religion naturelle et la philosophie ont l'équivalent, sans avoir les mêmes moyens de l'atténuer et de le rendre acceptable.
Suivant la théologie catholique, dans la question du salut éternel, il faut distinguer entre l'élection à la foi et l'élection à la gloire. La première, aux yeux de tous les théologiens, est essentiellement gratuite, c'est-à-dire que Dieu appelle ou n'appelle pas ceux-ci à la grâce de la foi sans considération des mérites prévus. La grâce n'étant pas due à l'ordre naturel, cette conduite n'a rien d'injuste. Elle n'a rien d'arbitraire non plus, quoique nous ne sachions pas les raisons en vertu desquelles Dieu distribue de telle ou telle manière ces dons de la grâce. Cette inégalité n'est qu'une des faces du problème général de l'inégalité des conditions dans lesquelles se trouvent placés tous les êtres vivants. Ce qui suffit pour justifier Dieu de tout reproche au sujet de la distribution de ses dons, c'est que chaque individu ait une part de liberté et de secours à l'aide de laquelle il puisse, s'il le veut, accomplir sa destinée et parvenir
CALVINISME
à la lin snl.liiiie qu'il doit conquérir; cl en outre que Dieu H.' ilriii, 111(1.' ('\;iclonionl romplo i\ chacun que de co (in'il uu.i II ■ Il dr ci'^l inVci-i'hiriit ce qu'enseigne la il.MiiMii' .Milii.lii|iir l',i< iriiit </u,,d in se est Deus niiu <lrn<':jiil 'ii-iihaiii. I,r si'i\ ik'iir qui n'a reçu que doux talents et en rapporte quatre obtient la même récompense que celui qui en ayant reçu cinq en rapporte dix. (;«?)( cnim augentur dona, rationes etiani < rescKiil doiwiimi.
Quant à l'élection ou prédestination à la gloire, sans doute les thomistes la déclarent antérieure à la prévision des mérites des élus; les autres théologiens la font dépondre à un degré quelconque de la prévision de ces mérites. Mais de ce que, dans l'ordre d'intention, Dieu prédestine les élus antérieurement à la prévision de leurs mérites, il ne s'ensuit aucunement qu'il réprouve les autres hommes antérieurement à la prévision de leurs démérites. Le décret divin concernant les réprouvés se compose de deux parties : la première comprend la préparation des moyens par lesquels Dieu veut sauver tous les hommes, de telle sorte que, s'ils ne se sauvent pas, c'est leur mauvais vouloir qu'il en faut accuser; la seconde est le non-octroi des secours spéciaux que Dieu tient en réserve pour ses élus, mais qu'il ne doit à personne; et finalement le décret de la condamnation encourue librement par le pécheur. Quant à la prescience de Dieu, elle ne porte point atteinte à la liberté de l'homme. L'homme n'agit pas bien ou mal parce que Dieu a prévu qu'il agirait ainsi. Au contraire, Dieu a prévu que l'homme agirait ainsi avec toutes les ressources de sa liberté.
Dans les systèmes par lesquels la théologie catholique a essayé de concilier la prédestination et la liberté, la miséricorde générale de Dieu pour tous les hommes et sa bienveillance spéciale pour les élus, il reste, on ne saurait le nier, quelque chose de mystérieux. Voir l'abbé de Broglie, Conférences sur la vie surnaturelle, t. I, p. 278. Cependant, dans tous les systèmes catholiques, on respecte la puissance de Dieu et la liberté de l'homme, la grâce et la liberté, l'idée que nous avons de la justice, on concilie les textes de l'Écriture, et l'on s'incline devant le mystère en raison de la connaissance très imparfaite que nous avons de l'Être infini et de ses attributs divins. Voir Prédestination.
Calvin sacrifie totalement la liberté de l'homme et, sinon en intention, du moins en fait, la justice même do Dieu. Comme sa doctrine est sur ce point très grave et très délicate je ne l'exposerai qu'à l'aide d'auteurs calvinistes et surtout de citations textuelles. « Suivant Calvin, dit M. Bungener, Vie de Calvin, p. 72-73, Dieu dans la plénitude de sa souveraineté, dans son conseil éternel et immuable, a destiné les uns au salut et les autres à la damnation; et, comme il ne leur devait rien ni aux uns, ni aux autres, les élus ont à le bénir éternellement, les réprouvés n'ont nul droit de se plaindre. Calvin reconnaît, ou à peu près, que la chose n'est pas explicitement dans l'Écriture. Il lui suffît que la logique y conduise. Or, d'après l'Écriture, Dieu a toujours choisi. Il proscrit mille nations pour s'en réserver une. La loi naturelle nous montre la même chose. Donc, dira-t-il, « ceux que Dieu laisse en élisant, il les réprouve. » Admettre l'élection de grâce et rejeter l'élection de mort c'est « puéril ■>, « c'est une sottise trop lourde. » II faut que l'idée humaine, la justice humaine, la pitié humaine disparaissent de ces questions. « L'honneur de Dieu l'exige. »
Cette doctrine est déjà assez rude en elle-même; elle l'est encore plus dans ses déductions.
Qui veut la fin veut les moyens. Or, dans le système de Calvin, Dieu veut positivement la réprobation des damnés. D'où il suit qu'il veut également les moyens pervers qui les feront aboutir à cette fin. En d'autres termes, Dieu veut le mal. Que, dans un monde oit Dieu
a laissé une large place a la liberté, il permette le mal, condition d'un plus grand bien, c'est-à-dire condition de la possibilité et du développement de tous ces mérites, de toutes ces vertus morales qui ne peuvent être qu'à la condition de la liberté, cela se comprend. Mais, dans le système de Calvin, la liberté humaine étant frappée de déchéance et comme de paralysie, là où le mal se trouve, on devra l'attribuer à Dieu non moins que le bien ; pour certaines raisons qui nous sont inconnues. Dieu veut que l'homme tombe.
« Il a ordonné par un décret de sa volonté » la chute du premier homme. C'est en vertu de la prédestination divine qu'Adam est tombé. Ce serait en effet une vaine fiction que de s'imaginer que Dieu a créé sa plus noble créature en vue d'un but indéterminé, ou bien qu'Adam s'est créé lui-même sa destinée par le libre arbitre : que deviendrait la toute puissance de Dieu, par laquelle il gouverne toutes choses suivant son décret mystérieux et absolu?
Mais, si les méchants ne font que ce qu'ils sont nécessités à faire, ils ne sont pas responsables et ils sont injustement damnés. Calvin croit fermer victorieusement la bouche à ses adversaires en établissant une distinction entre le commandement de Dieu et son vouloir secret — distinction d'où il résulterait que Dieu commande extérieurement aux méchants ce qu'intérieurement il ne veut pas et même il condamne. Et il le leur commande pour les acheminer par là à la damnation à laquelle il les a prédestinés par un acte positif — et cela pour glorifier sa justice comme le salut des élus glorifie sa bonté.
C'est la doctrine développée dans Vlnstitution chrétienne, 1. I, c. xviii. Que Dieu se sert tellement des niesc/ians et ployé leurs cœurs à exécuter ses jugements, que toutes fois il demeure pur de toute tache et macule.
N. 1. Calvin combat la distinction établie par les théologiens entre le vouloir et la permission de Dieu, entre faire et permettre. Ce que les méchants font, Dieu le veut et le fait, suivant Calvin, aussi positivement que le bien. « Quoi que machinent les hommes, ou même le diable, toutefois Dieu tient le clou du gouvernail... Absalon polluant le lit de son père par incestes commet un forfait détestable ; toutefois Dieu prononce que c'est son œuvre... Ceux qui substituent une permission nue au lieu de la providence de Dieu, comme s'il' attendait, étant assis ou couché, ce qui doit advenir, ne font que badiner : car aussi par ce moyen, ses jugements dépendraient de la volonté des hommes. »
N. 2. « Quant est des affections et mouvements que Dieu inspire, ce que Salomon affirme du cœur des rois que Dieu les ayant en sa main les tourne où il lui plait, s'entend sans doute à tout le genre humain, et vaut autant comme s'il eût dit que Dieu adresse tout ce que nous concevons par inspiration secrète, à telle fin qu'il veut... On ne saurait rien souhaiter de plus clair que quand il prononce tant de fois qu'il aveugle les entendements humains et les frappe de forcennerie ; qu'il les enivre d'esprit de stupidité, qu'il ^^s rend insensés et endurcit leurs cœurs... Quand on dit que la volonté de Dieu est cause de toutes ces choses, on établit sa providence pour présider sur tous les conseils des hommes, voire pour non seulement montrer sa force es élus qui sont conduits par le Saint-Esprit, mais aussi pour contraindre les réprouvés à faire ce qu'il veut. »
N. 3. « Que profiteront (les adversaires de cette doctrine) en crachant contre le ciel?... Quand nous ne comprenons point comment Dieu veut que ce qu'il défend de faire se fasse, que notre débilité et petitesse nous vienne en mémoire et aussi que la clarté en laquelle il habite n'est pas en vain nommée inaccessible, pour ce qu'elle est enveloppée d'obscurité. »
N. 4. « Ces gaudisseurs qui gergonnent contre Dieu allèguent que si Dieu non seulement met les méchants
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en besogne pour s en servir, mais aussi qu il gouverne leurs conseils et affections, il est auteur de tous nialélices, et par conséquent que les hommes sont injustement damnés, s'ils exécutent ce que Dieu a déterminé, puisqu'ils complaisent à son vouloir : car ils mêlent perversement le commandement de Dieu avec son vouloir secret, vu qu'il appert par exemples inlinis qu'il y a bien longue distance et diversité de l'un à l'autre. »
Dans cette question, rien n'arrêtera Calvin sur la pente où l'entraine son inexorable logique, car il ira jusqu'à dire que les grâces que les malheureux pi-édestinés à la damnation rencontrent sur leur chemin dans le cours de leur vie, comme la grâce de la prédication évangélique, ont pour but de leur préparer « une plus griève condamnation ». Bien plus, en certains cas, Dieu s'insinue dans leur cœur et leur donne le change sur leurs propres sentiments.
(i 11 y a double espèce de vocation. Car il y a la vocation universelle qui gît en la prédication extérieure de l'Évangile, par laquelle le Seigneur invite à soi tous hommes indifléremment, voire même ceux auxquels il la propose eu odeur de mort et pour matière de plus griefve condaiiinatiùu. Il y en a une autre spéciale de laquelle il ne fait quasi que les fidèles participants quand par la lumière intérieure de son esprit, il fait que la doctrine soit enracinée en leurs cœurs. » Inst. chrét., J. III, c. XXIV, n. 8; cf. 1. HI, c. ii, n. 11. » Pour ce que Dieu, afin de les tenir convaincus et d'autant plus inexcusables, s'insinue en leurs entendements (des réprouvés) etc.. »
« Nous entendons, s'écrie à ce propos avec une juste indignation Mœhler, Symbolique, t. i, p. I3S-139. Dieu trompe le réprouvé en faisant naître en lui de faux sentiments; il le trompe non par la parole extérieure, mais en mettant le mensonge dans le fond de son cœur ; il le trompe, non par un intérêt temporel, mais pour le livrer à des tourments sans lin; il lui dira au dernier jugement : Tu n'as point démêlé les pièges que j'ai tendus à ton ignorance, et tu as pris l'apparence pour la réalité, l'hypocrisie pour la foi; dans ce moment même, tu ne peux répondre à mon jugement, parce que tu refuses d'accuser mes ruses et mes artifices ; va au feu éternel!... Comment qualifier ces blasphèmes? »
Et pourtant ils ne font pas reculer Calvin; il poursuit l'exposé de sa doctrine.
InslUution chrétienne, 1. III. c. XXI, De l'élection éternelle, par laquelle Dieu en a prédestiné les uns au salut, et les autres à condamnation.
N. I. « Or ce que l'alliance de vie n'est pas également preschée à tout le monde : et mesme où elle est preschée, n'est pas également reçue de tous, en cette diversité il apparaît un secret admirable du jugement de Dieu : car il n'y a nul doute que cette variété ne serve à son bon plaisir. Or si c'est chose évidente que cela se fait par le vouloir de Dieu, que le salut soit offert aux uns et que les autres en soient forclos : de cela sortent hautes et grandes questions, lesquelles ne se peuvent autrement résoudre, qu'en enseignant les fidèles de ce qu'ils doivent tenir de l'élection et prédestination de Dieu, laquelle matière semble fort entortillée à plusieurs, parce qu'ils ne trouvent nulle raison que Dieu en prédestine les uns à salut, les autres à la mort... En cette obscurité qui les effraie, nous verrons combien cette doctrine non seulement est utile mais aussi douce et savoureuse au fruit qui en revient.
«... Qu'il leur souvienne que quand ils enquièrent de la prédestination, ils entrent au sanctuaire de la sagesse divine ; auquel si quelqu'un se fourre et ingère en trop grande confiance et hardiesse, il n'atteindra jamais là de pouvoir rassasier sa curiosité : et entrera en un labyrinthe où il ne trouvera nulle issue. Car ce n'est pas raison, que les choses que Dieu a voulu esire cachées et dont il s'est retenu la cognoissance, soyent ainsi
espluchées des hommes : et que la hautesse de sa sapience, laquelle il a voulu estre plutôt adorée de nous qu'estre comprise (afin de se rendre admirable en icelle) soit assujettie au sens humain, pour la chercher jusques à son éternité. »
N. 4. « Quant à ceux qui sont si prouvoyables ou timides qu'ils voudroient que la prédestination fût du tout abolie, afin de ne point troubler les âmes débiles, de quelle couleur, je vous prie, déguiseront-ils leur orgueil? Vu qu'obliquement ils taxent Dieu d'une sotte inconsidération, comme s'il n'avait point prévu le péril auquel ces outrecuidez pensent sagement remédier. Par quoi quiconque rend la doctrine de la prédestination odieuse, détracte ou mesdit de Dieu ouvertement : comme s'il lui était échappé par inadvertance de publier ce qui ne peut être que nuisible à l'Eglise. »
J>J. 5. « C'est tout confondre de dire que Dieu élit ou rejette selon qu'il prévoit ceci et cela...
« Nous appelons prédestination le conseil éternel de Dieu par lequel il a déterminé ce qu'il voulait faire d'un chacun homme. Car il ne les crée pas tous en pareille condition : mais ordonne les vns à vie éternelle, les autres à éternelle damnation. Ainsi selon la fin à laquelle est créé l'homme nous disons qu'il est prédestiné à mort ou à vie. »
N. 7. « Dieu ne donne point l'esprit de régénération à tous ceux auxquels il offre sa parole pour s'allier avec eux. Ainsi, combien qu'ils soient conviés extérieurement, ils n'ont point la vertu de persévérer jusqu'à la fin... Nous disons donc, comme l'Écriture le montre évidemment, que Dieu a une fois décrété par son conseil éternel et immuable, lesquels il voulait prendre à saint, et lesquels il voulait dévouer à perdition. »
C. XXII. Confirmation de ceste doctrine par témoignages de l'Escnture.
N. 7. « La somme est que Dieu crée par adoption gratuite ceux qu'il veut avoir pour enfants : et que la cause intrinsèque (comme on dit) de l'élection gist en lui, vu qu'il n'a regard qu'à son bon plaisir. «
N. II. ft L'apôtre amène une solution toute diverse, c'est que Dieu suscite les réprouvés afin d'exalter en eux sa gloire... Si nous ne pouvons donc assigner autre raison pourquoi c'est que Dieu accepte ses élus sinon pour ce qu'il lui plaît, nous n'aurons aussi nulle raison pourquoi il rejette les autres, sinon sa volonté. »
C. XXIII. La réfutation des calomnies desquelles on a toujours à tort blâmé cette doctrine.
N. 2. « Quand on demande: Pourquoi est-ce que Dieu a fait ainsi? Il faut répondre : Pour ce qu'il l'a voulu. Si on passe outre, en demandant : Pourquoi l'a-t-il voulu ? C'est demander une chose plus grande et plus haute que la volonté de Dieu, ce qui ne se peut trouver. »
N. 3. « Pourtant si quelqu'un nous assaut de ce propos pourquoy c'est que Dieu en a prédestinés aucuns à damnation lesquels ne l'avoient point mérité, vu qu'ils n'étoient pas encore : nous lui demanderons d'autre part en quoi c'est qu'il pense Dieu estre redevable à l'homme, s'il l'estime en sa nature. Puisque nous sommes tous corrompus et contaminés de vices, il ne se peut faire que Dieu ne nous ait en haine : et ce non pas d'une cruauté tyrannique, mais par une équité raisonnable. Si ainsi est que tous hommes, de leur condition naturelle, soient coupables de condamnation mortelle, de quelle iniquité je vous prie se plaindront ceux lesquels Dieu a prédestinés à mort? Que tous les enfants d'Adam viennent en avant pour contendre et débattre contre leur créateur, de ce que par sa providence éternelle, devant leur nativité ils ont été dévoués à calamité perpétuelle : quand Dieu au contraire les aura amenés à se reconnaître, que pourront-ils murmurer contre cela^ S'ils sont tous pris d'une masse corrompue, ce n'est point de merveille s'ils sont assujettis à damnation. Qu'ils n'accusent point donc Dieu d'iniquité, d'au-
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lanl que par son jugement éternel ils sont ordonnés a (lanin:itiûn, à I:ic|Mclle leur nature même les mène, ce qu'ils s. iiiiiii iii;ni-r(' qu'ils en aient. Dont il appert combien irni .i|i|iiiii .1.- se rebecquer est pervers, vu qu'à leur r-, I, ni ils ^ii|.|Minient ce qu'ils sont contraints de recuyiujislir . LU si ([u'ils trouvent la cause de leur damnation en eux. Ainsi quoiqu'ils pallient, ils ne se peuvent absoudre. Quand donc je leur confesserai cent fois ce qui esl très vrai, que Dieu est auteur de leur damnation, ils n'effaceront point pourtant leur crime, lequel est engravé en leur conscience, et leur vient devant les yeux à chacune fois. »
N. 6. « Dieu dispense et ordonne par son conseil qu'aucuns dès le ventre de leur mère soient destinés certainement à mort éternelle, afin de glorifier son nom en leur perdition. »
N. 1'. « Les adversaires disciil (|ii' Ailim .i •'l'' l'trr avec son franc arbitre pour se (Ichim' i Ii 11- i.i iiim ,|iril
voudroit, et que Dieu n'avoit li. n .i. h i i >!' Im, -i-
non de le traiter selon ses nurilf^ m nnr si Ik.hIi' invention est reçue, où sera la puissance infinie de Dieu, par laquelle il dispense toute chose suivant son conseil secret lequel ne dépend point d'ailleurs... Tant y a que maugré leurs dents la prédestination de Dieu se démonstre en toute la lignée d'Adam, car il n'est pas advenu naturellement que tous décheusscnt de leur salut par la faute d'un... Puisque cela ne peut être attribué à nature, il faut bien qu'il soit provenu du conseil admirable de Dieu... Dieu non seulement a prévu la chute du premier homme, et en icelle la ruine de toute sa postérité, mais il l'a ainsi voulu. »
\. S. « Aucuns recourent ici à la différence de volonté et pi riiiissjon, disant que les iniques périssent, Dieu le permettant, mais non pas le voulant. Mais pourquoi dirons-nous qu'il le permet sinon pource qu'il le veut?... Le premier homme est cheut, pour ce que Dieu avoit jugé cela estre expédient. Or pourquoi il l'a jugé, nous n'en savons rien. Si est-il néanmoins certain, qu'il ne l'a pas jugé sinon pour ce qu'il voyoit que cela faisoit à la gloire de son nom. »
N. 9. « Combien que par la providence éternelle de Dieu l'homme a été créé pour venir en cette misère en laquelle il est, il a néanmoins pris la matière d'icelle de soi-même et non pas de Dieu. Car il n'est péri pour autre cause, sinon pour ce qu'il a dégénéré de la pure nature que Dieu lui avoit donnée, en perversité. »
N. '12. « Les adversaires de la vérité usent encore d'une autre calomnie, pour renverser la prédestination : c'est que, quand elle est établie, toute sollicitude et cure de bien vivre est abbattue. Car qui sera celuy, disent-ils, lequel oyant que la mort ou la vie lui est déjà décrétée par le conseil immuable de Dieu, n'ait incontinent cette pensée en l'entendement, qu'il ne peut challûir comment il vive, veu que la prédestination de Dieu ne peut être empêchée n'advancée par ses œuvres'? Ainsi chacun s'abandonnera, et se laissera transporter désordonnément partout où sa cupidité le mènera. »]
Calvin répond tout à fait à côté et par de pauvres raisons.
C. XXIV. Que l'élection est confirmée par la vocation de Dieu : et qu'au contraire les réprouve: attirent sur eux la perdition juste, à laquelle ils sont destinez.
N. 5. « Nous avons un tesmoignage assez ferme et évident que nous sommes escrits au livre de vie, si nous communiquons à Christ. »
N. 13. « Pourquoi donc en faisant grâce à l'un laisset-il l'autre derrière'? Saint Luc rend la raison de ceux qu'il appelle, disant qu'il les avoit préordonnés à vie. Act., XIII, 48. Que penserons-nous donc des [autres, sinon qu'ils sont instruments de son ire en opprobre"? Pourtant, que nous n'ayons point honte de parler ainsi avec saint Augustin : Dieu pourroit bien, dit-il, convertir en bien la volonté des méchants, vu qu'il est
tout puissant. De cela il n'y a doulc. Pourquoi donc ne le fait-il? Pour ce qu'il ne le veut pas. Pourquoi c'est qu'il ne le veut, cela est caché en lui. Car nous ne devons pas plus savoir que de raison. Cela sera beaucoup meilleur que de tergiverser avec Chrysostome, en disant qu'il attire celui qui l'invoque et tend la main pour avoir aide : et ainsi que la différence n'est point au jugement de Dieu, mais au vouloir des hommes... Certes cela ne se peut révoquer en doute que le Seigneur n'envoie sa parole à d'aucuns desquels il connoit la cécité en devoir être augmentée. »
N. 1 1. « Mais il reste encore de voir pourquoi c'est que le Seigneur fait cela : vu qu'il est certain qu'il le fait... Les réprouvés ont été suscités pour illustrer sa gloire en leur damnation. »
Voilà la doctrine que Calvin annonce comme étant fort douce et savoureuse, car elle niri m rclii'f la gloire de Dieu et elle fondela vraie liu)inliir : ri i lie n'a rien qui puisse contrister les élus, au c.iniiMiir .II,' leur fait apprécier davantage le bienfait t\r la jnsliliialion parla foi, de l'inamissibilité de la grâce et do la certitude du salut. Toutefois elle devait faire reculer certains calvinistes; le Catéchisme palatin \a passe sous silence; les articles anglicans l'adoucissent; la Confession de la marche de Brandebourg la rejette.