Ce que Calvin a modikié dans les doctbines
LUTHÉRIENNES : L'ÉGLISE ET LES SACREMENTS. — Les
fidèles profitent des mérites de Jésus-Christ en s'unissant à lui, et c'est la foi qui les unit à Jésus-Christ : les fidèles unis à Jésus-Christ forment donc une Église qui renferme tous les fidèles, tous les élus, tous les prédestinés : ainsi cette Église est iiimmi „ l|,-. .jiholique; c'est la société de tous les saints, lin ■; ilr I.H|n.|li' il n'y a point de salut, et dans laquelle ^mlr mi rc. uit la foi qui unit à Jésus-Christ. Mais comment la discerner? Quels sont ses caractères, quels sont ses sacrements? C'est ce que Calvin se propose d'examiner dans le IV» livre de Vlnslitution chrétienne.
I. l'église. — Luther avait commencé par enseigner que tout chrétien, étant instruit directement par l'Esprit-Saint, est prêtre et docteur; il n'y a donc pas de corps enseignant, pas d'apostolat perpétuel, pas de caractère sacerdotal, pas d'ordination; ces idées, il les avait traitées à fond dans son écrit aux Frères de Bohême; néanmoins il avait reconnu que « pour le bon ordre .) il fallait conférer à quelques-uns les droits de tous et faire exercer le saint ministère par des élus du peuple auxquels les anciens auraient imposé les mains. Conclusion peu logique; car si chaque fidèle est instruit par l'Esprit-Saint, le bon ordre n'a rien à craindre : pourquoi le ministère de la parole? pourquoi l'Église?
Au bruit de cette nouvelle doctrine, une foule de docteurs se levèrent sur le monde et ces prophètes éclairés par le Saint-Esprit enseignèrent les opinions les plus contradictoires ; bientôt le désordre fut au comble. Luther se vit dans la nécessité d'organiser des Églises, avec l'appui et sous la dépendance de l'État; enfin, la Confession d'Augsbourg défendit de prêcher à tous ceux qui n'avaient pas de mission légitime. De ordine ecclesiastico docent quod nenio debeat in Ecclesia publiée docere, nisi rite vocalur. Art. l't. De son idée première, Luther avait tiré la conséquence (;ne l'Église est une société invisible, et de sa pratique il avait conclu que l'Église est aussi une société visible : « On la reconnaît, disait-il, par le baptême, par la cène et surtout par l'Évangile; ces marques la font discerner infailliblement, bien qu'elle soit une société purement intérieure. » La Confession d'Augsbourg était arrivée à cette définition : « L'Église est l'assemblée des saints, dans laquelle l'Évangile est bien enseigné et les sacrements bien administrés : congregatio sanctonim in qua Evangelium recte docetur et recte administrantur sacramenta. »
CALVINISME
Calvin sanctionne les doctrines fondamentales de Luther sur l'Église, mais instruit par le spectacle de la profonde anarchie que le réformateur allemand avait déchaînée, il comprit qu'il fallait soumettre les fidèles à une autorité forte et respectée; on a vu dans l'histoire de sa vie comment il avait organisé l'Église de Genève et quelle force il avait donnée au ministère des pasteurs. "Tandis que Luther laisse l'État absorber l'Église, lui tend à absorber l'État dans l'Église qui est sui juris.
La Confession de foi des Églises de France nous fait connaître très exactement la doctrine de Calvin et sa pratique.
Art. 25. « L'Église ne peut consister sinon qu'il y ait des pasteurs qui aient la charge d enseigner, lesquels on doit honorer et écouter en révérence, quand ils sont dûment appelés et exercent fidèlement leur oflice. Non pas que Dieu soit attaché à tels aides et moyens inférieurs ; mais parce qu'il lui plait nous entretenir sous telle bride. En quoi nous détestons tous fantastiques qui voudroient bien, en tant qu'eux est, anéantir le ministère de la prédication de la parole et des sacrements. »
Art. 26. « Nous croyons donc que nul ne se doit retirer à part et se contenter de sa personne, mais tous ensemble doivent garder l'unité de l'Église, se soumettant à l'instruction commune et au joug de Jésus-Christ ; et ce en quelque lieu que ce soit où Dieu aura établi un vrai ordre d'Église. »
Art. 27. « Nous croyons qu'il convient discerner soigneusement et avec prudence quelle est la vraie Église, pour ce que par trop on abuse de ce titre. Nous disons donc suivant la parole de Dieu que c'est la compagnie des fidèles qui s'accordent à suivre icelle parole, et la pure religion qui en dépend, et qui profitent en icelle (eut le temps de leur vie, croissant et se confirmant en la crainte de Dieu. »
Art. 28. « Là où la parole de Dieu n'est reçue, et on ne fait nulle profession de s'assujettir à icelle, et où il n'y a nul usage des sacrements à parler proprement, on ne peut juger qu'il y ait aucune Église. Nous condamnons les assemblées de la papauté, vu que la pure vérité de Dieu en est bannie, esquelles les sacrements sont corrompus, abâtardis, falsifiés ou anéantis du tout, et esquelles toutes superstitions ou idolâtries ont la vogue. Nous tenons donc que tous ceux qui se mêlent en tels actes et y communiquent se séparent et retranchent du corps de Jésus-Christ. .> Cependant, comme il reste encore « quelque petite trace d'Église en la papauté », et que la substance du baptême y est conservée, le baptême des catholiques ne doit pas être réitéré.
Art. 29, 30. » L'Église doit être gouvernée selon la police que N.-S. J.-C. a établie, c'est-à-dire qu'il 'y ait des pasteurs, des surveillants et des diacres. » Tous les pasteurs sont égaux sous un seul chef qui est Jésus- Christ.
Art. 31. « Nul ne se doit ingérer de son autorité propre pour gouverner l'Église; » mais « cela se doit faire par élection autant qu'il est possible et que Dieu le permet, laquelle exception nous ajoutons notamment pour ce qu'il a fallu quelquefois et même de notre temps (auquel l'état de l'Église étoit interrompu) que Dieu ait suscité gens d'une façon extraordinaire pour dresser l'Église de nouveau qui étoit en ruine et en désolation o.
L'art. 33 proclame la discipline de l'excommunication « laquelle nous approuvons et confessons être nécessaire avec toutes ses appartenances ».
On ne peut se séparer de l'Église parce qu'on y soutient des opinions différentes, si ces opinions ne tendent point à détruire la doctrine de Jésus-Christ et des apôtres, ou parce que ses membres ne sont pas saints et parfaits. Nous reviendrons un peu plus loin sur ces divers principes.
La prédication de la parole de Dieu est la première fonction, la première marque de la véritable Église; la seconde est l'administration des sacrements.
//. LES SACBEMExrs. — Luther avait enseigné que l'efficacité des sacrements dépend de la foi de celui qui les reçoit; qu'ils n'ont été institués que pour nourrir la foi, et qu'ils ne donnent point la grâce à ceux qui n'y mettent point d'obstacles. Quoiqu'il n'accorde le nom de sacrements proprement dits qu'au baptême et à la cène, il parle cependant dans son catéchisme de la rémission des péchés et de la pénitence comme d'un acte spécial de la grâce de Dieu renfermé sous un signe sensible : aussi dit-on en général que Luther admet trois sacrements : le baptême, la cène et la pénitence. Enfin, Luther avait affirmé que tous les fidèles sont ministres des sacrements. Triple erreur sur la nature, le nombre et les ministres des sacrements.
'Cependant les disputes avec les sacramentaires amenèrent les luthériens à se rapprocher de la doctrine catholique. La Confession d'Augsbouvg donna des sacrements une idée qui parut acceptable; V Apologie alla plus loin encore et dit en propres termes que les sacrements sont un ouvrage dans lequel Dieu nous donne la grâce attachée à la cérémonie. Marheineke déclare que la différence entre les deux Églises consiste en ce que les catholiques disent : Les sacrements conliennenl la grâce; et les protestants : Les sacrements confèrent la grâce.
Calvin se sépare des luthériens et des catholiques.
1" Nature des sacrements. — Il définit le sacrement « un signe extérieur par lequel Dieu scelle en nos consciences les promesses de bonne volonté envers nous, pour confirmer l'imbécillité denostre foy; et nous mutuellement rendons tesmoignage tant devant luy et les anges que devant les hommes, que nous le tenons pour nostre Dieu », ou « un tesmoignage de la grâce de Dieu envers nous, confirmé par signe extérieur, avec attestation mutuelle de l'honneur que nous lui portons ». Calvin affirme que cette définition peut s'accorder avec ce que dit saint Augustin que le sacrement « est une forme visible de la grâce invisible ». Instit. chrét., 1. IV, c. XIV, n. I.
Les sacrements ne sont donc ni des signes vides et inefficaces, destinés à nous remettre devant les yeux les promesses de Jésus-Christ, ni des signes qui contiennent par eux-mêmes une vertu cachée et secrète. La grâce sanctifiante ne saurait être attachée à un signe sensible. Mais, c'est en vain que Calvin s'efforce de maintenir ces deux notions sur les sacrements.
Il n'admet que deux sacrements : le baptême et la cène. Ce qu'il dit de ces sacrements est contradictoire.
2» Le baptême. — A première vue, le baptême n'est pour lui qu'un signe, une marque « de notre chrétienté »... « le signe par lequel nous sommes reçus en la compagnie de l'Église. » Inst. chrét., 1. IV, c. xv. Il développe très nettement sa pensée sur ce point. & Le baptême nous est proposé de Dieu pour nous être signe ou enseigne de notre purgation. Il nous est envoyé de lui comme une lettre patente signée et scellée par laquelle il nous mande, confirme et assure que tous nos péchés sont tellement remis, couverts, abolis et effacés qu'ils ne viendront jamais à être regardés de lui. »
Cependant, comme s'il prévoyait l'abus qu'on fera un jour de cette notion, Calvin ajoute : « Par quoi ceux qui ont osé écrire que le baptême n'est autre chose qu'une marque et enseigne par laquelle nous protestons devant les hommes notre religion, ainsi qu'un homme d'armes porte la livrée de son prince pour s'avouer de lui, n'ont pas considéré ce qui est le principal au baptême, c'est que nous le devons prendre avec cette promesse que tous ceux qui auront cru et seront baptisés auront salut.
« Saint Paul n'a pas voulu signifier notre ablution et
CALVINISME
notre salut être parfait par le moyen de l'eau, ou l'eau contenir la vertu pour purger, régénérer et renouveler. Ni saint Pierre aussi n'a pas voulu dire que l'eau soit la cause de notre salut. Mais seulement ils ont voulu signifier qu'en ce sacrement on reçoit assurance de telles grAces. »
Suivant Calvin, l'efficacité du baptême ne porte pas seulement sur le passé, mais sur l'avenir. « Nous ne devons estimer que le baptême nous soit donné seulement pour le temps passé. Mais il nous faut savoir qu'en quelque temps que nous sommes baptisés, nous sommes une fois lavés et purgés pour tout le temps de notre vie. Pourtant toutes les fois que nous serons rechus en péchés, il nous faut recourir à la mémoire du baptême, et par icelle nous confirmer en icelle foi que nous soyons toujours certains et assurés de la rémission de nos péchés. »
Mais, quoi que dise Calvin de celte efficacité, le baptême reste pour lui une cérémonie plutôt qu'un sacrement : « Combien est faux ce qu'aucuns ont enseigné que par le baptême nous sommes déliés et délivrés du péché originel et de la corruption d'Adam qui est descendue sur toute sa postérité. » Ibid., n. 10.
Surtout ce n'est pas un sacrement néco-^-nirr :iii =nliil. Aussi les lidèles ne doivent pas bapli^ i i i'
ment les ministres. /bid., n. 20: « Ils ail' L i
enfant décédoit sans baptême, il seroit in. I li i u. de régénération : je respons que c'est folie, l'i-ii de gens Ee sont advisés combien cette sentence mal entendue et mal exposée estoit pernicieuse, assavoir que le baptême est requis à salut de nécessité. Et voilà pourquoy ils la laissent couler si facilement. Car, si ceste opinion a lieu que tous ceux qui n'auront pu être plongés en l'eau sont damnés, notre condition sera pire que celle du peuple ancien. »
Ibid., n. 22. « On fait grand tort et injure à la vérité de Dieu, si on ne s'y repose du tout, tellement que de soy elle ait pleine et entière vertu de sauver. Le sacrement est puis après adjousté comme un sceau, non pas pour donner vertu à la promesse, comme si elle était débile de soy, mais seulement pour la ratifier envers nous, afin que nous la tenions tant plus'pour certaine. De là il s'ensuit que les petits enfants engendrés des chrétiens ne sont baptisés pour commencer d'être enfants de Dieu, comme si auparavant ne lui eussent en rien appartenu, et eussent esté estrangers de l'Église, mais plutôt afin que, par ce signe solennel, il soit déclaré qu'on les reçoit en l'Église comme estant desja du corps d'icelle... Quand nous ne pouvons recevoir les sacrements d'icelle, n'estimons pas que la grâce du Saint-Esprit soit tellement liée à iceux que nous ne l'obtenions en vertu de la seule paroUe de Dieu. <i Ce point a été gardé fidèlement dans les catéchismes contemporains.
3» La cène. — La théorie calviniste de la cène a de grandes affinités avec celle du baptême. Sur cette question, Calvin se sépara à la fois de Luther et de Zwingle en prenant une sorte de parti moyen entre les deux. Suivant lui, Luther avait trop admis la présence corporelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, puisqu'il gardait le corps et le sang avec le pain et le vin. Zwingle, de son côté, et toute l'école sacramentaire avaient trop borné l'eucharistie à n'être qu'une figure et une commémoration. Suivant Calvin, il fallait montrer non seulement que la grâce unie au sacrement en faisait un signe efficace et pleine de vertu, mais encore que le corps et le sang étaient effectivement communiqués. Seulement, il s'est embrouillé de telle façon à vouloir tenir ce milieu entre deux théories inconciliables, qu'ainsi que l'a fait voir Bossuet, il est à peu près impossible de mettre d'accord les diverses parties de sa propre théorie. Histoire des varialiotis, 1. IX.
<• La question est de savoir, dit Bossuet, n. 35. d'un côté, si le don que Jésus-Christ nous fait de son corps
et de son sang dans l'eucharistie est un mystère comme les autres, indépendant de la foi dans sa substance, et qui exige seulement la foi pour en profiter; ou si tout le mystère consiste dans l'unjon que nous avons par la seule foi avec Jésus-Christ sans qu'il intervienne autre chose de sa part que des promesses spirituelles figurées dans le sacrement, et annoncées par sa parole. Par le premier de ces sentiments la présence réelle et substantielle est établie ; par le second elle est niée et Jésus-Christ ne nous est uni qu'en figure dans le sacrement et en esprit par la foi. « N. 37. « Premièrement, Calvin admet que nous participons réellement au vrai corps et au vrai sang de Jésus-Christ, et il le disait avec tant de force que les luthériens croyaient presque qu'il était des leurs : car il répète cent et cent fois notamment, Inst. chrét., 1. IV, c. xvii, n. 17, que la vérité nous doit être donnée avec les signes; que sous ces signes nous recevons vraiment le corps et le sang de Jésus-Christ, que la chair de Jésus-Christ est distribuée dans ce sacrement; qu'elle nous pénètre; que nous sommes participants non seulement de l'esprit de Jésus- Christ, mais encore de sa chair; que nous en avons la propre substance, et que nous en sommes faits participants; que Jésus-Christ s'unit à nous tout entier, et pour cela qu'il s'y unit de corps et d'esprit; qu'il ne faut point douter que nous ne recevions son propre corps; et que, s'il y a quelqu'un dans le monde qui reconnaisse cette vérité, c'est lui. «
N. 38. « 11 exclut comme insuffisante toute l'union qu'on peut avoir avec Jésus-Christ non seulement par l'imagination, mais encor'' pm- In ppii»éi- ou par la seule appréhension de l'espril V >rs. dit-il, unis à
Jésus-Christ non par j"'' y ' imagination, ni
par lit pensée oit la sciir ^•/•/.rfi^iniii de l'esprit, mais réellement et en e/fcl jwr mie vraie et substantielle unité. »
Mais en maint autre endroit Calvin affaiblit ses propres expressions. C'est ce qu'établit Bossuet, n. 57 : « Il est vrai qu'encore qu'il dise que nous sommes participants de la propre substance du corps et du sang de Jésus- Christ, il veut que cette substance ne nous soit unie que par la foi; et qu'au fond malgré ces grands mois de propre substance, il n'a dessein de reconnaître dans l'eucharistie qu'une présence de vertu. Il est vrai aussi qu'après avoir dit que nous sommes participants de la propre substance de Jésus-Christ, il refuse de dire qu'il soit réellement et substantiellement présent; comme si la participation n'était pas de même nature que la présence, et qu'on pût jamais recevoir la propre substance d'une chose, quand elle n'est présente que par sa vertu. »
Et, n. 67, Bossuet prouve que Calvin admet la même présence de Notre-Seigneur dans le baptême que dans l'eucharistie; « et j'avoue, dit-il, que la suite de sa doctrine le mène là naturellement. Car au fond, ni il ne connaît d'autre présence que par la foi, ni il ne met une autre foi dans la cène que dans le baptême ; ainsi je n'ai garde de prétendre qu'il y mette en effet une autre présence. Ce que je prétends faire voir, c'est l'embarras où le jettent ces paroles : Ceci est mon corps. Car, ou il faut embrouiller tous les mystères, ou il faut pouvoir rendre une raison pourquoi Jésus-Christ n'a parlé avec cette force que dans la cène. Si son corps et son sang sont aussi présents et aussi réellement reçus partout ailleurs, il n'y avait aucune raison de choisir ces fortes paroles pour l'eucharistie plutôt que pour le baptême, et la Sagesse éternelle aurait parlé en l'air. Cet endroit sera l'éternelle et inévitable confusion des défenseurs du sens figuré. D'un côté la nécessité de donner à l'eucharistie, à l'égard de la présence du corps, quelque chose de particulier; et, d'autre part, l'impossiliilité de le faire selon leurs principes, les jetteront toujours dans un embarras d'où ils ne pourront se dé-
CALVINISME
;ime, I espcr.uH ,■
frayeurs, la p,ii\ i i larmes, voila l.i ors qu'est-ce que 1
que les péchés sor Calvin n'admet,
pénitence, mais
mêler; et c'a été pour s'en tirer que Calvin a dit tant de choses fortes de l'eucharistie, qu'il n'a jamais osé dire du baptême, quoiqu'il eût selon ses principes la même raison de le faire. »
Aussi, après Calvin, les calvinistes ont interprété ses paroles en disant que recevoir la substance de Jésus- Christ c'est le recevoir par sa vertu, par son efficace, par son mérite, ce qui revient à nier non seulement la présence réelle, mais la participation réelle.
4» La pénitence. — Quant à la pénitence, les luthériens disaient : La contrition et la foi constituent l'acte de la pénitence. Le pécheur tremble à la vue des jugements de Dieu, sa conscience c^st jetée dans l'épouvante, voilà la conliiliun: i,,;ii^ 1,, ( ,.iili.iiirr ^.imr dans son Il 1 iniliiir iiii^-rironli' (li>sipe ses I Ml. ml" Imiiiii.-miiI |r liMubleet les ji .[iii coiisuniiiit; la pciiitence. Dès bsolution ? C'est la simple déclaration remis.
;ui aussi, que deux parties dans la •emplace les termes de contrition et de foi par ceux de mortification et de vivification, et par là il veut dire que le fidèle se dépouille du vieil homme et se revêt du nouveau. A ses yeux, la pénitence n'a aucun caractère sacramentel. Inst. chrét., 1. IV, c. xix, n. 14.
m. DROITS ET DEVOIRS DES aOVVERNEMENTS CIVILS.
— L'Institution chrétienne, 1. IV, c. xx, et les Confessions (le foi se terminent par des considérations et des prescriptions relatives aux droits et aux devoirs des gouvernements civils.
« Nous croyons, dit l'art. 39 de la Confession de foi des Églises de France, que Dieu veut ijue le monde soit gouverné par lois et polices, alin qu'il y ait quelques brides pour réprimer les appétits désordonnés du monde : et ainsi qu'il a établi les royaumes, républiques et toutes autres sortes de principautés, soit héréditaires ou autrement, et tout ce qui appartient à l'état de justice et en veut être reconnu auteur. A cette cause a mis le glaive en la main des magistrats pour réprimer les péchés commis non seulement contre la seconde table des commandements de Dieu, mais aussi contre la première. » Enfin l'art. 46 déclare que l'obéissance est due aux pouvoirs publics « encore qu'ils fussent infidèles, moyennant que l'empire souverain de Dieu demeure en son entier ».
L'État le plus heureux, suivant Calvin, est celui dans lequel il y a « une liberté bien tempérée et pour durer longuement ». Cet idénl est le plus facilement atteint (i dans ungouvernenirni .n i-lirriiiiiiie ou dans l'alliance de l'ari-stocratie et df l.i i . |>iil.lii|ni ... La seigneurie et domination d'un seul liuiiinic isl l.i puissance la moins plaisante aux hommes, mais dans l'Écriture elle est recommandée singulièrement par dessus toutes les autres ». L. IV, c. xx, n. 7, 8. Les rois et les magistrats sont les (I ministres et les vicaires de Dieu ». L'administration politique les regarde seuls; les simples particuliers doivent s'abstenir de toute ingérence dans les all'aires publiques et de toute usurpation du rôle du magistrat.
Le premier devoir du magistrat est de faire respecter la loi de Dieu : « Il est aisé de rédarguer la folie de ceux qui voudraient que les magistrats, mettant Dieu et la religion sous leurs pieds, ne se mêlassent que de faire droit aux hommes... Si les princes et autres supérieurs connaissent qu'il n'y a rien de plus agréable à Dieu que leur obéissance; s'ils veulent plaire à Dieu en piété, justice et intégrité, qu'ils s'emploient à la punition et correction des pervers; Moïse était ému de cette affection quand il punit l'idolâtrie du peuple par la mort de trois mille hommes. »
Il faut même en certains cas faire la guerre pour cause de religion : « S'il n'était question que de la
servitude des corps, il vaudrait possible mieux quelquefois la porter patiemment que de mouvoir grandes séditions qui viennent jusqu'à l'effusion du sang... Mais quand il est question de la ruine éternelle des âmes nous ne devons estimer nulle paix si précieuse que pour la garder nous périssions à notre escient. Il vaudrait mieux que le ciel et la terre fussent abîmés ensemble que l'honneur qui lui a été donné de Dieu son père fût diminué. Faut-il pour vivre nous quittions l'auteur de vie? »
On lui dit : Mais vous faites ce que fait Rome. Il répond : Ce n'est pas de tuer pour cause de religion que Rome est coupable; c'est de tuer sans avoir pour elle la vérité : « Quelques-uns, scandalisés, ont en horreur toutes punitions sans discerner si elles sont justes ou non... Mais quoi? Si les papistes sont ainsi excessifs en tyrannie, ce n'est pas à dire pourtant que toute sévérité soit à condamner... Nous condamnons à juste raison le zèle enragé et sans science qui transporte les papistes: mais si on repousse un zèle inconsidéré à cause de l'ignorance, pour ce qu'il n'est point fondé en raison, pourquoi, je vous prie, le zèle ne sera-t-il louable en un fidèle quand il débat pour la vraie foi qui lui est certaine?... Dieu ne commande pas de maintenir si étroitement toute religion quelle qu'elle soit, mais celle qu'il a ordonné de sa propre bouche. »
La fidélité à la parole de Dieu constitue seule les martyrs ; les victimes de la justice civile pour crime d'hérésie ne sont que des blasphémateurs. Voir ces textes et quelques autres dans Faguet, Études sur le xri" siècle, Calvin, p. 183 sq.
IV. iVlKTimni: ni Calvin; iigkment et co^•CLUSIO^•s. — Écoutons d';ilioid deux prutestanis : M. Rognon, dans un remarquable ailiilr dr la Reçue chrétienne, du 15 décembre IStili, et M. Buisson, dans son Sébastien Castellion. « C'est, dit M. Rof;non, ce qui peut se concevoir de plus logique, et si je l'ose dire, de plus extrême dans le christianisme... ; protestant contre les accommodations juives ou païennes qui constituent non pas le catholicisme tout entier, mais ce que le catholicisme a de propre et d'exclusif en tant que secte particulière, au sein de la famille chrétienne et dans la vraie catholicité de l'Église... Calvin a cherché une théologie plus biblique, une sainteté plus efficace, une Église plus apostolique... S'il y a quelque excès dans Calvin (comme dans Augustin et dans Dernard de Clairvaux, ses prédécesseurs naturels et ses légitimes ancêtres), c'est d'être pluspaulinien que saint Paul, plus biblique que la Bible, plus chrétien que le christianisme dans son plus pur courant, dans sa tradition la plus féconde... Aucun théologien n'a plus humilié la nature et la raison humaine... Humilier l'homme cl glorifier Dieu, c'est toute l'ambition de sa th.'ol(i^ii- cuiiiiiic de sa vie. » «Toute Vlnstitution chrétii iiiir. dii AI, Unisson, est écrite pour faire ce départ cntir 1^' t lu istiainsuie authentique et les superfétations qui 1 oui .illiré... Aux yeux de Calvin, ces superfétations sont infinies; de tous les Pères, il ne fait grâce qu'à saint Augustin; encore le juge-t-il « un peu « entaché de vice ». Tout le christianisme est dans saint
Paul. Le chrisli.niiMin vérités expriui' ^ [h - Augustin. Dieu > -t 1 m rien devant lui, riioiii:i est foncièrement inauva
iii^isle en cmq ou six grandes Ml l'.iiil et expliquées par saint |Mii^^:int; donc l'homme n'est a pLché; il n'est pas libre; il s; donc il ne peut aucunement
se justifier par ses œuvres; la volonté, le bon plaisir de Dieu, est le dernier mot de tout. » Quant à la méthode proprement dile de Calvin, M. Rognon la juge en ces termes : « Peu ou point de métaphysique dans un livre exclusivement consacré à étudier la nature divine et la nature humaine. Calvin ne procède que par voie d'autorité et par déduction. Sa méthode est synthétique et non analytique. Par là ce terrible adversaire de l'Église du moyen âge est le dernier et le plus illustre représen-
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tant de la scolastiquc. 11 ne combat Rome qu'avec les armes de l'école. Calvin est le dernier des théologiens célèbres qui ont renfermé leur pensée dans l'étude des textes, et ont ouvertement professé le servage de la philosophie. Encore une fois, pour la méthode, c'est un scolastique pur. »
Malgré tous les efforts de Calvin, il y a des inconséquences et des illogismes dans son œuvre. Nous en signalerons deux entre beaucoup d'autres, l'une dans sa doctrine de la toute-puissance de Dieu dans ses rapports avec la liberté de l'homme, et l'autre dans sa théorie de l'Église.
Ses raisonnements tendraient à rendre absolument incompatible la liberté de l'homme avec la puissance et l'omniscience de Dieu. Cependant il admet qu'avant la chute, Adam était libre. Inst. clirél., 1. I, c. xv, n. 8; « En cette intégrité l'homme avait franc arbitre, par lequel, s'il eût voulu, il eût obtenu vie éternelle... Ainsi Adam pouvait demeurer debout, s'il eût voulu, veu qu'il n'est trébuché que de sa volonté propre. » Donc, en soi, il n'y a pas incompatibilité entre la toute-puissance de Dieu et la liberté de l'homme.
Sur cette question, Calvin n'arrive jamais à s'expliquer d'une façon satisfaisante. L. III, c. xxiii, 8 : « Le premier homme est cheut parce que Dieu avait jugé cela estre expédient... Parquoy contemplons plustost en la nature corrompue de l'homme la cause de sa damnalion, laquelle luy est évidente, que de la chercher en la prédestination de Dieu ; où elle est cachée et du tout incompréhensible. Et qu'il ne nous face point mal de submettre jusque là nostre entendement à la sagesse infinie de Dieu, qu'il luy cède en beaucoup de secrets. Cardes choses qu'il n'est pas licite ne possible de savoir, l'ignorance en est docte : l'appétit de les savoir est une espèce de rage. »
Après avoir fermement établi son principe du serf arbitre, il arrive à cette objection qu'on lui fait : Alors à (}uoi bon prêcher? « C'est, reprend Calvin, comme si l'on disait qu'il est inutile de semer. Il faut semer encore que ce soit Dieu qui fasse lever la graine. » Sans doute, mais n'est-ce pas rétablir le partage entre l'homme et Dieu, car enfin c'est l'homme qui sème. Dieu se réservant de faire lever la graine? Ou encore : « Dieu endurcit ceux qu'il lui plaît, sans qu'on puisse lui demander pourquoi il le fait; mais ce n'est pas à dire pourtant que les réprouvés étant endurcis de Dieu ne s'endurcissent aussi. » Ici encore l'action de l'homme et sa liberté, pour une part aussi minime qu'on voudra, mais enfin pour une part, se trouvent rétablies.
C'est surtout contre les libertins spiritttels qui lui répondent que, si Dieu fait tout, il n'y a rien à condamner, que Calvin en vient à se réfuter lui-même et à employer les arguments catholiques. Pourquoi? parce que c'est à la fois la voix de la vérité, du sens commun et de la conscience humaine.
Qu'on lise cette page, d'ailleurs assez piquante, de Calvin : « Cette grosse fouasse de Quintin se trouva une fois en une rue où on avait tué un homme. Il y avait là d'aventure quelque « spirituel » qui dit : « Hélas ! qui a « fait ce méchant acte? » Incontinent, Quintin répondit en son picard : « Cha été my. » L'autre comme tout étonné : « Comment seriez-vous bien si lâche ? » A quoi il répliqua : « Cha été Dieu. — Comment, dit l'autre, « faut-il imputer à Dieu les crimes qu'il commande être « punis? » Adonc Quintin : « Oui ! Chet ty, chet my, chet « Dieu; car che que ty ou my faisons, chet Dieu qui le <( fait; et che que Dieu fait nous le faisons. »
Les successeurs de Calvin devaient faire bien plus de concessions, et Voltaire pourra s'amuser à prouver aux docteurs de Genève qu'ils sont semi-pélagiens.
Il y a de même une contradiction aussi évidente dans le système calviniste sur l'Église que dans la théorie luthérienne. Ce système pose deux principes et une con-
DICT. DE THÉOL. CATHOL
séquence en forme d'anatliémo contre les sectes plus hardies qui avaient paru en Allemagne et en Suisse et que l'orthodoxie réformée qualifiait d'hérétiques.
Le premier principe est qu'il plait à Dieu qu'il y ait une Église enseignante pour brider les fidèles. Confession des Églises de France, art. 25. Mais de quel droit brider les fidèles? Comment concilier celte prétention avec le fameux art. i de la même Confession qui leur accorde le sur discernement des livres canoniques « par le témoignage et persuasion intérieure du Saint-Esprit » ? Si pour une question aussi fondamentale que le discernement des Écritures, il n'est pas nécessaire de brider les fidèles, pourquoi les brider dans les questions secondaires? Le Saint-Esprit ne suffira-t-il plus à les éclairer? Le second principe est que « l'Église ne peut consister sinon qu'il y ait des pasteurs..., lesquels on doit honorer..., quand ils sont dûment appelés, art. 25..., et qu'il convient de discerner cette Église ». Art. 27. L'Église est donc une société visible. Calvin le déclare tout au long dans le c. i"du IV» livre de l'Institution, et Luther, nous l'avons dit, en était venu là, ce qui réfute plu^ d'un siècle avant les travaux de Bos.suet la fameuse thèse de l'Église invisible, où la Réforme fut obligée de se rejeter. Histoire des variations, 1. XV, n. 17.
Mais qu'enseignent donc ces pasteurs de l'Église enseignante, sans lesquels l'Église ne peut consister, puisquen vertu de l'art. 5 de la Confession la parole de Dieu contenue dans l'Écriture est l'unique règle de la vérité? Apparemment les principes de foi et les règles de conduite qui se déduisent des paroles des Livres saints, c'est-à-dire qu'ils expliquent comment telle parole exprime tel mystère, comment tel précepte de vie morale est obligatoire en vertu du texte sacré.
Comme conséquence, les fidèles ont des devoirs à l'égard de cette autorité enseignante, le devoir de la respecter et celui de s'y soumettre. Cela est en harmonie avec la tradition constante de l'Eglise chrétienne, mais cela, encore une fois, est en contradiction avec le principe de la Réforme. Une Bible correcte doit suffire aux fidèles et la logique est du côté de ces « fantastiques » qu'on anathématise. On a beau faire, l'art. 25 n'est qu'un retour déguisé et incomplet au système catholique. De même l'art. 26 qui défend de se mettre à part et de se contenter de sa personne.
L'art. 27 relatif au discernement de la véritable Église introduit une nouvelle difficulté. Qui m'assurera que telle compagnie des fidèles s'accorde à la pure parole de Dieu? Si je m'en rapporte au témoignage de cette compagnie, j'abdique ; si je m'é'n rapporte au témoignage de ma conscience, je puis rompre avec cette compagnie. Mais il m'est défendu par l'art. 26 de me mettre à part. Et, dans la discipline calviniste, ce n'est pas une vaine défense ; il y a des pénalités contre ceux qui se mettent à part. J'irai donc contre ma conscience ou je ferai schisme; tant il est vrai que la notion d'Église ne peut subsister avec la souveraineté individuelle de la conscience. Qui dit Église dit autorité enseignante; qui dit autorité enseignante en pareille matière doit dire autorité infaillible. Et au contraire qui dit interprétation personnelle de l'Écriture dit individualisme religieux et ruine ipso facto la notion d'Église. En bonne logique, l'art. 4 aurait dû suffire; les art. 25-32 ne sont qu'un expédient illogique, mais salutaire, pour pallier les inconvénients inévitables engendrés par le i'.
Autre observation à propos de l'art. 31 sur les pasteurs dûment appelés et la mission extraordinaire. On ne pouvait marquer en termes plus clairs et plus généraux l'interruption du ministère ordinaire établi de Dieu, ni la pousser plus loin que d'être obligé d'avoir recours à la mission extraordinaire où Dieu envoie par lui-même et donne aussi des preuves particulières de sa volonté. Luther et Calvin sont donc élevés à la dignité d'en-