‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 499 sur 741 · V. Erhoni · texte numérisé non relu

V. Erhoni

CAMILLIS (Jean de), né à Chio le 9 décembre 1641. En 1656 il entra au collège grec de Saint-Alhanase et y obtint le diplôme de docteur en théologie et philosophie (1668). Procureur des moines basiliens] russes, évêque de Sébaste en 1690, et plus tard évèque de Munhacs en Hongrie, il mourut en 1706. On a de lui un volume intitulé : La vita divina ritrovata frai terniini ilel ttitlo e del nulla, Rome, 1677.

Nilles, fiymbolx ad illustrandam hisloriam Ecclesiœ orienlalis, Inspruck, 1885, t. I, p. 375; t. n, p. 186, 854-865; Legrand, Bibliûi/raphie hellénique du xvir siècle. Paris, 1903, t. v, p. 348-363.

A. Palmieri.

CAMISARDS. — I- (nierre des camisards. II. Leurs idées religieuses.

I. Guerre des camisards. — On a donné diverses étymologies du mot caiiiisard. La moins fantaisiste n'est sûrement pas celle qui le dérive de caniis-ards, idoles brûlées; un chef cévenol ayant rencontré, dans le Dictionnaire de Moréri, le mot camis, nom d'idole au Japon, aurait appelé ainsi les images et autres objets du culte catholique. Cf. E. Roschach, dans Histoire générale de Languedoc, Toulouse, 1876, t. xm, p. 782, note. Il est probable que les blouses d'étoffe noire, taillées en forme de chemise, communément employées par les montagnards des Cévennes, leur valurent ce sobriquet dont l'usage devint général et prévalut même dans le style officiel. Ou bien ce mot s'explique par l'expression militaire de camisade, usitée pour désigner une attaque par surprise qui avait lieu la nuit et dans

laquelle, afin d'éviter les méprises, les soldats endossaient une chemise par-dessus leurs vêtements.

A partir de la révocation de l'édit de Nantes (1685), commença, dans l'histoire du protestantisme français, une période dite du désert. L'exercice du culte étant interdit, les protestants, résolus à le célébrer quand même, se réunirent nuitamment dans des bois, des cavernes, des lieux cachés et sauvages : d'où le nom d'assemblées ou églises du désert. Des laïques intrépides, des prédicants improvises, remplaçaient les pasteurs exilés, lisaient la Bible, récitaient des fragments de sermons, adressaient des exhortations chaleureuses aux protestants restés fidèles à leur foi en dépit d'une adhésion contrainte à l'Église catholique et du titre de « nouveaux catholiques » ou « nouveaux convertis » qu'ils avaient reçu. Du fond de leur exil, de la Suisse, de l'Allemagne, de la Hollande, leurs ministres entretenaient avec eux une correspondance active, leur annonçant un changement prochain et travaillant à maintenir leur antipathie contre le catholicisme. L'agitation fermentait surtout dans le Dauphiné, le Vivarais, les Cévennes.

En 1688, Guillaume de Nassau, prince d'Orange, slathouder de Hollande, fut appelé au trône d'Angleterre. C'était le chef du protestantisme belliqueux ; protecteur des protestants français, il en avait accueilli un grand nombre dans ses Etats. Quelques-uns d'entre eux s'enrôlèrent dans ses armées et le servirent contre leur propre patrie. Guillaume forma contre Louis XIV (1689) celte ligue d'Augsbourg dont « l'obscur mais énergique instigateur » fut Claude Brous.son, un réfugié languedocien, originaire de Nimes. Cf. Roschach, loc. cit., p. 617. Pour faire une utile diversion et occuper une partie des troupes françaises destinées à le combattre lui et ses alliés, le nouveau roi d'Angleterre s'appliqua, en utilisant les relations consei-vées par les protestants fugitifs avec leurs coreligionnaires demeurés en France, à soulever la révolte dans les Cévennes. Brousson, dans ce but, quitta Lausanne où il résidait et regagna sa province d'origine. Lamoignon de Basville, intendant du Languedoc, et le comte de Broglie, lieutenant général pour le roi dans le Languedoc, réussirent à empêcher une révolte générale et eurent raison des fiictieux. Brousson fut capturé et mis à mort (4 novembre 1698). C'est pendant la guerre de la succession d'Espagne que les désordres des Cévennes furent véritablement graves. L'assassinat de François de Langlade du Chayla, archiprêtre des Cévennes (24 juillet 1702), eut lieu vingtdeux jours après la déclaration de guerre par laquelle Louis XIV avait répondu à celle de ses ennemis, et devint le signal d'une lutte atroce. L'abbé du Chayla avait traité avec dureté des prisonniers protestants ; les camisards, en l'égorgeant, disaient user de représailles. Mais, si telle fut l'occasion qui la fît éclater, l'insurrection né fut pas fortuite ; les choses en étaient à un point où elle devait nécessairement se produire. Nous n'avons pas à exposer ici les détails de son histoire ; il suffira d'indiquer ses traits principaux. L'insurrection fut populaire; elle ne disposa pas de places fortes et n'eut pas des chefs nobles ou bourgeois. Elle se recrutait parmi les aventuriers à qui les guerres si nombreuses de Louis XIV avaient appris le métier des armes ; autour d'eux se groupaient les uns à titre durable, d'autres par occasion, des volontaires, forgerons, bûcherons, braconniers, paysans. <. Ces troupes, écrivait, le 4 mai 1703, Paratte au ministre de la guerre, se forment comme les estourneaux et se débandent de même ; quand ils sont las de courre, ils rentrent chez eux pour y travailler comme si de rien n'estoit; il n'y a que quelques scélérats sans aveu et quelques déserteurs qui demeurent toujours attroupés, voilà ce qui a fait le désordre. » Histoire générale de Languedoc, Toulouse, 1876, t. xiv, col. 1735. Le difficile c'était de savoir où rencontrer, afin de les

CAMISARDS

combattre, ces ennemis qui disparaissaient brusquement dans des montagnes d'un accès pénible, dont ils connaissaient tous les recoins, toutes les cachettes, et qui ne procédaient guère que par coups de surprise prestement exécutés. Jamais ils n'eurent un clief unique ni unité

de plan d'opération. Divci>r^ 1 1- - .m-i.u' ni, dont les

principaux chefs furent L:i|h.i h , -, , i , i , ri,., dit

Roland, Ravanel, Castum l. -ih. >i i, - >l ni-l. dit Catinat, surtout .lean C.a\,ilui, (... .I.iinri . lail un paysan, qui n'avait guère que -il ans quand il entra en campagne et qui paraissait plus jeune que son âge. Il se montra bien vite liabile à commander, et prit un tel ascendant sur ses hommes qu'il n'avait aucune peine à ordonner la mort de ses propres gens, quand il le jugeait utile, se servant, a-t-il dit lui-même, « du premier à qui je l'ordonnois, sans qu'aucun ayt jamais hésité à suivre mon ordre. » Voir une lettre de Villars au ministre de la guerre. Histoire générale de Languedoc, t. XIV, col. 1982. Les camisards se comportèrent en sauvages ; leur histoire n'olfre qu'une longue suite d'incendies et de meurtres et, quelque opinion qu'on ait sur la bonté de leur cause, quels qu'aient été les torts de Louis XIV et de son gouvernement envers eu.\, il n'est pas plus possible, remarque justement Roschach, loc. cit., p. 752, « d'idéaliser les hommes que de transformer le caractère de leurs actes. » Cf. k. Legrelle, La révolte des camisards, Braine-le-Comte, 1897, p. 73-77. De leur coté, les catholiques furent implacables contre les camisards. Ce fut un triste temps. Comme si ce n'était pas assez de tant de causes de désordre, des bandes irrégulières de catholiques se formèrent sous l'appellation de Cadets de la croix (à cause d'une croix blanche qu'ils portaient au rciroussis de leurs chapeaux) cm d.' l'Iormlin- Un-' \'.<\h- \,am.\.- s'iHait formée au vilLi.-!' A'- ^nnM h^i ni 11— i ;\.ili^i'rent de barbarie avrc L - ii. ii|ii ■ r- ., inil. -, n- . n liislinguant que par \in\- inilill,! ,i;Ci' a piller .-alcment protestants et catholiques. Le nom de camisards blancs leur fut donné quand le maréchal de Montrevel, successeur de Broglie, désavoua de tels alliés et donna ordre de les puni -ni-, i ,■ .'i 1<- In i,(iiiK. Il.ni- 1- ~ jm.l- -^

a dit. Ili^l . •■.• ; .' . n. r .A ■ !■ .<,. I'"!i, : .

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protestants de Coliyny, ils avaient le leuips de secourir, de sauver leurs frères du Languedoc. Mais l'.Angleterre entrait dans sa voie mercantile. La Hollande baissait de courage. Ni Marlborough. ni In pnnsioiin lim ,li llolliiidn. Heinsius, qui conduisaient la nnii.. ni n mprn^ni l'importance de ceci. Eupiin \ p n^.i. mu- ii<i|i i.n.l. On s'en préoccupa beaucouji plu- ^un Minlnlnl im In dit. L'étranger aida les camisards de son mieux et, d'autre part, il y eut des émigrés protestants, qui se mirent au service des ennemis de leur patrie et s'employèrent, de toutes façons, à attiser dans les Cévennes le feu de la guerre. C'est là un crime qui ne saurait trouver une excuse. Il ne faut pas en rendre responsables tous les proleslants ipii avaient trouvé un rofiiye hors de France, ji.i^ pln> ipiil n'r-i pi iim- ,li' -ulnlariser avec les Calni-.ii'd- Imi- II'- n.nr ,ni. ,,, l...n,|ni'des Cévennes. .Mai- In imt .In I a|ip. I ,i I . i; .m^ i . n I Angleterre et aux pue» eiineiciis de la I lance, n esl pa-s niable ; il ressortait suffisamment des documents que l'on connaissait, et il a été mis en lumière, grâce à de nouveaux et décisifs documents, par A. Legrelle, op. cit. Le comte de Broglie avait cédé la place au maréchal de Montrevel, désigné pour prendre le commandement supérieur en Languedoc, le 30 janvier 1703 ; Montrevel, à son tour, fut remplacé par le maréchal de Villars (nommé le 29 mars 1704, et arrivé à Beaucaire le 20 avril). Villars comprit qu'il gagnerait autant par les bonnes paroles que par les armes; il eut recours aux unes et aux autres. Nous avons un discours bien curieux

qu'il adressa aux « nouveaux convertis ». Entre autres choses, il invitait les protestants, qui se « paraient du motif de religion », à adorer Dieu selon leur « opinion », dans leur cœur, et développait cet argument ad hominem : « Quant aux extérieurs que vous pourriez désirer, comment oseriez-vous prétendre que le plus grand et le plus puissant roy^qui ait jamais porté la couronne n'ayt pas, dans ses États, le même pouvoir que le plus petit prince de l'Empire exerce chez luy sans difficulté? Messieurs, j'ay vu toute l'Europe, je ne parleray pas de ce qui se pratique en Angleterre, Hollande, Suède, Dannemark , mais les moins considérables princes de l'Empire, des villes impériales qui ont cependant pour chef un prince catholique, n'ont-elles pas banny des lieux de leur obéissance tout exercice de la religion catholique? » Histoire générale de Languedoc,' t. XIV, col. 1927-1928. Villars entra en négociations avec Jean Cavalier. Sur une promesse vague relative à la liberté de conscience. Cavalier fit sa soumission ; il s'engaî-iiil à lallmi' ses bandes pour en former une colonim pi- n < nminlinr d'après les ordres du roi. 11 ne fui ^m m -ni.i ih s .siens; une centaine seulement l'accompa^^nniniit quand il fut envoyé en Alsace (21 juin 1704j. Roland continua la lutte; il fut trahi et tué, le 14 août. Ceux qui se soumirent eurent une amnistie. La période redoutable de la guerre des camisards était close. Il y eut des tentatives nouvelles de révolte. Le duc de Berwick, successeur de Villars (parti le 5 janvier 1705), déjoua une conspiration ourdie à Nimes. Catinat et Ravanel furent suppliciés. Cavalier, qui avait déserté la cause de Louis XIV et s'était réfugié en Angleterre, essaya, sans grands résultats, de soulever le Vivarais par ses émissaires. Envoyé par les Anglais en Espagne, à la tête d'un régiment où le rejoignirent beaucoup de ses compagnons d'armes cévenols, il prit part à la bataille d'Almansa (24 avril 1707) que gagna Berwick, remplacé en Languedoc par le duc de Roquelaure; cette victoire assura le trône à Philippe V, et amena la destruction presque totale du régiment de Cavalier, (pii avait été mis en ligne devant un régiment ri.iin.ii I - I iiiiisards tentèrent en vain de soulever i iii^iindoc. La paix signée, en 1711, avec

\ii I I 1 - avec l'empereur et ses alliés, en 1713,

Mil m, 1. M- ili iiiiéres espérances. Ils cessèrent d'être un danger pour la France à partir du jour où elle n'eut plus à redouter l'ennemi du dehors.

II. Leurs idées beligieuses. — La théologie des cami=ar.l;, =11 nst permis d'employer ce mot en parlant il' n. - II, ni 1^11 iids presque tous fort incultes, fut celle ,iii .Mliini-in IVannais. Il 'n'y aurait donc pas lieu de -\ ariilir. n , lait que le mouvement camisard fut préparé et accompagné par une multitude de « prophéties » dont l'histoire mérite de fixer l'attention.

On sait la place que tient l'Antéchrist dans Ja littérature protestanlo primitive. Luther, en particulier — et, à sa suite. n,,iiil,i, n iluilres ! — voyait l'Antéchrist dans

le pape: il un ni. .1 un ton de prophète, que la

papauté .illait nhn am .intie, et cela sans armes, sans Miilniun. par In snul souflle de Jésus-Christ, c'est-à-dire pu 1,1 pi'i (licalion de Luther. Cf. Bossuet, Histoire des i,iruiin>,is des Églises protestantes, 1. 1, n. 31, édit. Lâchai, l'aris, 1863, t. xiv, p. 45-46; J. Janssen, L'Allemagne et laRéforme, trad. fran^., Paris, 1889, t. ii, p. 82- 83, 114-116, 183, 212, 214, etc. L'idée que le pape était l'Antéchrist devint un des lieux communs de l'enseignement du protestantisme. Cf. Bossuet, op. cit., 1. XIII, p. 598-626; Bellarmin, De sum. pontifice, 1. III, De .Intichristo quod nihil commune liabeat cum R. pontifice, Conlriivers., Paris. 1620, t. i, lnde.r (en tête du volume) et col. 701-790. Les faits ayant infligé un démenti à Luther qui prophétisait la ruine toute prochaine — au bout de deux ans — de la papauté, les ministres protestants ne furent pas déconcertés pour

CAMISARDS

autant, et <|ut'l(nies-uns à leur tour hasardèrent des prophéties. L'un des phis illustres fut Jurieu. En 1686, il puhlia, à Rotterdam où il était réfugié, L'accomplissemenl des prophéties ou la délivrance prochaine de l'Église. Il y annonçait « la chute prochaine du papisme », et cela avec une précision qu'on ne pouvait souhaiter plus grande, u II faut, disait-il, que le papisme commence à tomber dans quatre ou cinq ans, et que la réformation soit rétablie en France. Cela tombera justement sur l'an 1690. » Bossuet comI)atlit Jurieu dans le 1. .KIII de l'Histoire des variations, et, .lurieu ayant répliqué, dans l'Avertissement aux protestants sur leur prétendu accomplissement des prophéties, édit. Lacliat, Paris, 1863, t. III, p. 1-170. Si l'elTort principal de Bossuet consistait à démolir l'interprétation que .lurieu donnait de l'Apocalypse, il observait que la théorie protestante ne se confinait pas dans le domaine spéculatif, et, citant un passage où .lurieu invitait les rois et les peuples de la terre à « renverser de fond en comble Babylone », Bossuet disait : « Qui n'admirerait ces réformés'? Us sont le& saints du Seigneur, à qui il n'est pas permis de toucher et toujours prêts à crier à la persécution. Mais, pour eux, il leur est permis de tout ravager parmi les catholiques, et, si on les en croit, ils en ont reçu le commandement d'en haut, » p. 3. L'effet delà prédiction de Jurieu fut considérable parmi les protestants de France. ^Tne^s, Histoire du fanatisme de nostre temps, 2« édit., 'Montpellier, 1709, t. I, p. x, prétend que le « livre prophétique » de Jurieu « a donné naissance au fanatisme » du Dauphiné, du Vivarais et des Cévennes. Gf. p. 19, 70.

Un certain mystère plane encore sur l'origine des « petits prophètes » du Dauphiné. On a raconté qu'une école où l'on enseignait I.nI .1' |ii M|ilh ii~i-r fut établie, en 1688, sur la montai;!!.' M- I'. mi i i'^ de Dieulelit, dans une verrerie, et iliri i i u i ux calviniste, nommé du Serre, qui trav.iill.ul.i ci Uc u norie. Il choisit d'abord quinze jeunes garçons et autant de jeunes filles (ces dernières confiées à sa femme), leur fit entendre que Dieu lui avait donné le Saint-Esprit, avec le pouvoir de le communiquer; qu'il les avait choisis pour les rendre prophètes et prophétesses, à Ja condition de se préparer de la manière que Dieu avait prescrite. Il les soumit à un régime qui ne pouvait qu'ébranler le système nerveux et les jeter dans un état voisin de la folie. Il leur apprit à débiter des textes bibliques, surtout des fragments de l'Apocalypse, mêlés d'imprécations contre l'Église, le pape et les prêtres. En outre, il les forma « à liattre des mains sur la tête, à se jeter par terre à la renverse, à fermer les yeux, à enfler l'estomac et le gosier, à demeurer assoupis en cet état pendant quelques moments, et à dégoiser ensuite, en se réveillant en sursaut, tout ce qui leur viendroit à la bouche ». Brueys, op. cit., t. I, p. 96. Lorsque l'initiation était suffisante, le « forge-prophètes », comme s'exprime Brueys, p. 98, assemblait le petit groupe, plaçait au milieu le prétendant, le baisait, lui soufflait dans la bouche, et lui déclarait qu'il avait reçu l'esprit de prophétie. Quand il les jugea prêts à faire œuvre utile, il les dispersa de côté et d'autre, non sans les avoir exhortés à communi([uer, à leur tour, le don de prophétie à ceux qu'ils trouveraient dignes. Fléchier, Récit fidèle de ce qui s'est passé dans les assemblées de fanatiques du Vivarais, dans Lettres choisies, Lyon, 1715, t. i, p. 353, assigne aux prophètes la même origine que Brueys. L'un et l'autre protestent qu'ils n'avancent rien qui ne soit fondé sur des actes juridiques ou sur des dépositions de témoins oculaires. Cf. Brueys, p. 81; Fléchier, p. 352. Antoine Court, Histoire (manuscrite) des Églises réformées, I. ii, p. 86i, cité par le pasteur E. Arnaud, Histoire des protestants du Dauphiné aux xvi', xvn', xvili' siècles, Paris, 1876, t. m, p. 68-69, dit de l'école de du Serre : « Une seule chose manque à ce collège, c'est d'avoir existé. Ce qu'il y a

au moins d'incontestable, c'est que Brueys n'en donne aucune preuve et que toutes mes recherclies à ce sujet n'ont abouti qu'à me convaincre que c'est un pur mensonge. » Quoi qu'il en soit, il est certain que le mouvement des « petits prophètes », ainsi appelé parce que la plupart des prophètes, surtout dans les débuts, furent des enfants, commença dans le Dauphiné. Grande fut l'effervescence produite par ces enthousiastes. Ils se répandirent dans le Dauphiné et le Vivarais. De juin 1688 à la fin de février 1689, il y eut « cinq ou six cents religionnaires de l'un et de l'autre sexe, qui se vantoient d'estre prophètes, et inspire/, du Saint-Esprit, qui disoient avoir la puissance de le communiquer aux autres, qui traînoient après eux la populace, et commençoient à former en divers lieux des assemblées très nombreuses, qui ajoustoient foy à leurs rêveries ». Brueys, op. cit., t. I, p. 1-2. Un des prophètes qui acquirent le plus de renom, Gabriel Astier, excita, dans le Vivarais, un soulér vement que l'on pourrait considérer comme le prélude de la révolte des camisards, et que Broglie et Basville durent arrêter par les armes. La guerre des camisards ne fut pas l'œuvre exclusive des prophètes; du moins ils contribuèrent beaucoup à la rendre possible, à la prolonger, et ils lui imprimèrent une marque exceptionnelle de faux mysticisme et de barbarie.

On comprend l'efiet produit sur ces frustes imaginations de montagnards par des gens qui leur annonçaient la délivrance toute proche et qui les animaient à la lutte au nom de Dieu qui parlait par leur bouche. Tantôt on leur disait que, pour affranchir les siens. Dieu susciterait en France quarante mille prophètes ou prophétesses ; tantôt qu'un prince puissant allait venir qui écraserait les persécuteurs; que Dieu armait toutes les nations pour finir la captivité de Babylone; tantôt on découvrait, dans l'Apocalypse, que « le roy donnera un édit dans une assamblée generalle du cierge de France qui révoquera tout cet qui est contraire à l'Evengille, et ceux qui y contrediron seron mis a mort... Cet pour lors que les moines sortiron hors du royaume et que les protestans fugitif reviendrons dans leurs maizons, et pour lors la France pure et nete, n'y ayant que la seulle et vraye religions... ». Histoire générale de Languedoc, t. xiv, col. 1682, 1683. On promettait qu'un temple magnifique de marbre blanc tomberait du ciel, au milieu du vallon de Saint-Privat, et remplacerait les édifices du culte démolis après la révocation de l'édit de Nantes. On menaçait d'un dragon de feu, qui tirerait vengeance de la tiédeur des fidèles et de leur inassiduité aux assemblées. Tant que la réforme avait été tolérée en France, les ministres avaient enseigné que le retour à la foi catholique était le péché contre le Saint-Esprit, le péché irrémissible; on admettait maintenant, à la suite de Jurieu, que ceux qui avaient abjuré le protestantisme pouvaient se relever de leur chute. « Dieu vous a pardonné votre péché, lisons-nous dans un Avis aux protestants de France (qu'on leur demandait de copier et de répandre partout), parce que vous avez réclamé sa miséricorde et que vous avez repris du zèle. Si vousl'abandonnez dans cette nouvelle épreuve, il n'y aura plus de salut pour vous... Encore tant soit peu de temps, et celui qui doit venir viendra. » Histoire générale de Languedoc, t. xiv, col. 1623. Si les enfants et les femmes de préférence prophétisèrent, il est à remarquer que presque tous les organisateurs de l'insurrection cévenole prophétisèrent aussi ; de là leur vint une bonne part de leur influence. Jean Cavalier notamment unit le prestige du prophète à celui du capitaine. Dans ces conditions, l'ascendant du chef était irrésistible. Lui obéir, c'était obéir à Dieu qui manifestait par lui sa volonté, c'était marcher au triomphe; brûler les églises c'était abolir la superstition, et tuer pouvait être une œuvre sainte. L'extrait suivant d'un billet adressé par les révoltés à dix habitants de Vébron est, à cet égard, tristement

CAMISARDS

expressif : « Je vous prie de vous repentir, car votre vie est courte, à cause que vous avés fait garde contre les Enfants de Dieu pour garder ses faux docteurs; mais vous périrés et tous ceux qui ont fait garde... Dieu nous commande à vous détruire. » Histoire générale de Laiiqiicdoc, t. XIV, col. ■1585. Tel fut l'état d'àme créé par ies proplictes; non seulement on se repaissait de chimériques espérances, mais encore on croyait agir sous l'impulsion de Dieu et, parce que Dieu « commandait à détruire », on détruisait sans pitié ni merci.

Que faut-il penser de la sincérité des prophètes? Le célèbre Antoine Court, le « restaurateur du protestantisme en France », qui les combattit, dit à leur sujet : « J'ai vu un grand nombre de personnes, qui se disaient inspirées, de l'un et l'autre sexe; je les ai examinées avec soin, mais je n'en ai vu aucune qui put passer à la rigueur pour vérilableinent inspirée... Je les ai toujours renfermés dans deux classes : les uns m'ont paru à dessein contrefaire l'inspiration, et ce pouvait être ou désir de gain, ou orgueil, ou fraude pie; les autres étaient dans la bonne foi, et on ne pouvait tout au plus les taxer que d'être la dupe de leur zèle et d'une imagination échauffée par la piété, par le jeune, par l'ouïe ou la lecture des prophètes et par l'état où se trouvait l'Église de France. » Le pasteur Arnaud, qui cite ces lignes, op. cit., p. 66, est du même avis, et, ce semble, avec raison. Comme les assemblées du désert, dit-il, (i furent présidées par des hommes sans culture que la persécution, les jeûnes, la lecture presque exclusive des livres prophétiques, les Lettres pastorales du célèbre Jurieu, qui faisait aussi des prophéties, et le manque d'écoles et de pasteurs avaient conduits à la plus grande exaltation religieuse, elles engendrèrent dans les troupeaux une piété maladive, qui à son tour donna nais sance à l'illuminisme et à 1 extase » Une fois la gueue déchaînée, le rôle des prophètes ne pouvait que grandir y eut-il, dans leurs rangs, i des émissaires etrdn.,ers cherchant à produire une stdition en Fnnct coiniiit nous avons vu des Arabes piecher h ^utiie siinte en Algérie pour le compte des puiss mces euioptenne^ ' C'est ce qu'on pourrait se demander avec Roschich lot cit., p. 611. En tout cas, il est plus difDcile de considérer comme sincères les meneurs de la révolte un ( avalier un Roland, un Catinat, un Ravanel prophètes et soutiens des prophètes, que la plupart descompaises enfants et femmes, qui figurèrent dans ces événements

Une autre question qui se pose a piopos des camis uds est la suivante : Dans ces phinoui n pi | li li |iii \ eut-il du surnaturel'/ Hip. Bhnc l> I / i i camisards, Paris, 1859, a soutenu I Uni ii li

phénomènes prodigieux se sont m nul l h / 1 ci misards, dit-il, p. 181; ces plRnomcncs sont cli tains la médecine est impuissante a les expliquer ils sont dus, par conséquent, à une cause surnaturelle mais a coup sûr le Saint-Esprit n'en est pas 1 auteur » la conclusion, c'est qu'ils doivent être attribues au dtmon Cf dans le même sens, Gorres, La mystique divine naturelle et diabolique, trad. Ch Sainte Foi Pans 18o5 t. V, p. 103-107 ; J.-E. de Mirville Des espiits et de leiiis manifestât ioiis fluidiques. Pneumalologie 3« edit Paris, 1854, p. 147-158. Ceci est loin d être démontre II scinlile,au contraire, que tous les phénomènes vriiment aullMiitiquesdu prophétisme c uni nd s expliquent aise uuiit d'une faron naturelle ce qu il \ a de plus etnnge ce sent dos cas de catalepsie aujouid hui bien connus et qui n'ont rien de diabolique Du reste les contempoiains ne recoururent pas à l'intervention du surnaturel pour rendre compte de ces faits. Si de la Hollande Juueu prit parti pour les prophètes admit leur inspiration et alla jusqu'à dire» que Dieu n ivoit pas fait de si grandes choses depuis que le christianisme etoit établi » les hommes de sens qui étaient sur place tinrent un autre

langage. Brueys, tout en admettant que le dtmon « a

pu quelquefois avoir in.spiré les fanatiques », voit, dans le « fanatisme » des prophètes (de ceux qui sont sincères), « une maladie de l'esprit, » ayant « ses paroxismes et ses accès, comme la fièvre », facile à communiquer, « que l'on guérit, comme les autres, par des remèdes convenables, et dont les simptomes, quelques suprémans qu'ils paroissent, n'ont pourtant rien que de naturel, et dont la cause ne soit parfaitement connue. » Op. cit., t. Il, préface; cf. t. i, p. 147-148. Fléchier, Lettres choisies, Lyon, 1715, t. i, p. 352, déclare qu' « il n'y a qu'à représenter cette forme de religion prophétique telle qu'elle étoit, pour faire voir qu'elle ne tient aucunement du prodige, et qu'elle n'a rien d'extraordinaire que l'imagination de ceux qui l'ont inventée, la crédulité des peuples qui l'ont suivie, et l'aveuglement ou lajjassion des personnes qui l'autorisent ».

Tous les protestants n'applaudirent pas aux violences des camisards, et n'ajoutèrent point foi aux « visions » des prophètes; beaucoup s'honorèrent en blâmant les unes et en méprisant les autres. Voir, par exemple, la lettre adressée par un synode protestant, tenu dans une ville étrangère, « aux fidèles des Cévennes, » et publiée par Louvreleuil, Le fanatisme renouvelé, réédit. d'Avignon, 1868, t. I, p. 127-136. Antoine Court, à qui le protestantisme est tant redevable, réagit efficacement contre l'illuminisme des prophètes. Un synode, réuni par ses soins, dans le désert, près de Nimes, le 21 août 1715, et dans lequel s'assemblèrent les prédicateurs des Cévennes et du bas Languedoc, et quelques laïques, adopta, à la pluralité des voix, deux décrets spécialement dirigés contre le prophétisme : l'un interdisait la prédication des femmes et de toute personne non autorisée, l'autre ordonnait de s'en tenir à l'Écriture sainte comme à la seule règle de foi

I Sources —On trouve des documents dan^îHiStouegenéjate (f T nnqurcf }c Toulouse 1R76 t \i\ \ de Boislisle Cortes 1 I I II ' vnrndants des

I 11 II catlioliques

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