‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 504 sur 741 · CAMPION · texte numérisé non relu

CAMPION

nommé, en avril 1573, Campion se présenta a lui pour demander son admission dans la Compagnie. Il fut reçu et envoyé à Prague en Bohême, puis à Brùnn en Moravie, pour y faire son noviciat. On l'appliqua ensuite à enseigner la rhétorique et la philosophie à Prague. Ordonné prêtre en 1578, il est rappelé à Rome en 1580, et associé au groupe de missionnaires que le pape Grégoire XIII envoie en Angleterre, pour soutenir la foi des catholiqnes et relever ceux qui ont faibli. Rentré dans sa patrie à travers les plus grands périls, en 1580, il attira immédiatement des foules à ses prédications dans les assemblées secrètes des catholiques. Aussi le gouvernement ne tarda point à s'alarmer et à le faire poursuivre activement. Peu après son retour, il avait composé un petit écrit, où il exposait o son but, comment il était venu, ce qu'il cherchait, quelle guerre il déclarait et à qui » ; il protestait que la politique n'entrait pour rien dans ses vues, et s'offrait à soutenir toute discussion publique, pourvu qu'on lui accordât sûreté de la vie. Il portait toujours sur lui cette pièce écrite de sa main, afin qu'elle fût prise avec lui, s'il était arrêté; mais une copie qu'il en avait donnée à un ami se répandit dans le public. Cette sorte de manifeste fit grand bruit. Deux prédicants, Hanmer et Charke, essayèrent d'y répondre. Campion dédaigna de relever leurs injures contre sa personne et contre les jésuites en général; elles furent d'ailleurs réfutées par son confrère et collègue dans la mission, le P. Parsons. Il se contenta de justifier le défi i|u'il avait porté aux ministres hérétiques. C'est ce qu'il fait dans un opuscule, adressé aux universités d'Oxford et de Cambridge, et intitulé d'abord Bationes oblali certaminis reddilœ acadeniicis Anglise. Ce petit chef-d'œuvre de controverse fut imprimé clandestinement par les presses privées d'un gentilhomme catholique, Stonor, en 1581. Il a eu, depuis, de nombreuses rééditions, ordinairement sous le titre : Hationes deceni quibus fretus cerlamen Anglicanx Ecclesix ministris ohlulit in causa fidei Edmimdus Campianus. Il a été aussi traduit en plusieurs langues; notamment, Migne en a inséré une tradurtion française, peu exacte, au t. xiv des Démonstrations évangéliques, col. 1179. L'opuscule de Campion montrait, de la manière la plus claire et la plus pressante, l'anglicanisme et tout le protestantisme condamnés par l'Écriture sainte et la tradition ecclésiastique, aussi bien que par l'histoire et la raison. Répandu jusque dans les salles de cours des unut i -iir >, il |iir,voqua une grande émotion et détermin.i dr iiuinln - u-.^ conversions. Cependant traqué de toutis p.dt^ ri d.noncé par l'apostat Elliot. Campion fut arrêté le 17 juillet 1.Ô81, et conduit à la tour de Londres, le 22, au milieu des manifestations de joie de la populace. Jeté dans un cachot étroit, où il ne pouvait se tenir qu'accroupi, il en est tiré, après quatre jours, pour être conduit en grand secret chez le comte de Leicester, où la reine Elisabeth se trouva elle-même pour entendre le prisonnier. Elle lui demanda s'il la reconnaissait comme reine légitime d'Angleterre; il répondit oui. Il pouvait le faire sans hésitation et en toute sincérité, quoique le pape Pie V, en 1570, eût déclaré Elisabeth excommuniée et déchue du trône, et eût interdit aux catholiques, sous peine d'excommunication, de lui obéir comme à leur souveraine. En effet, Campion et ses compagnons de mission avaient obtenu de Grégoire XIII, avant leur départ de Rome, la déclaration formelle que cette interdiction ne liait pas les catholiques anglais, dans la situation présente, et qu'ils pouvaient en conscience rendre hommage et soumission à Élisabetli comme à leur reine, en matière civile. D. Bartoli, L'Inghilteri-a, 1. I, c. ix; 1. II, c. vi, Rome, 1667; Th. Knox, Lellers and inemoirs of W. card. Allen, Londres, 1882, p. XXIX. Le jésuite serait sorti de cette entrevue libre et comblé d'honneurs, s'il avait voulu trahir sa

foi catholique. Ramené en prison et soumis trois fois à une cruelle torture, il n'en resta pas moins invincible. Ce fut quand on le crut épuisé par la souffrance ot la faim, qu'on feignit d'accepter son défi et de lui accorder la dispute publique qu'il avait demandée. En dépit de sa faiblesse physique, la science et l'éloquence du confesseur de la foi firent regretter leur hardiesse aux ministres qui se présentèrent pour le combattre. Enfin, on en vint, le 14 novembre, à un simulacre de procès, où furent apportées non des preuves d'actes coupables, mais des déclamations calomnieuses contre le catholicisme. Campion soutint brillamment, pendant onze heures de suite, sa défense et celle de ses compagnons. Cependant, le 20 novembre, fêle de saint Edmond, la condamnation à mort fut prononcée contre lui, contre cinq autres prêtres et dix laïques. La sentence portait qu'ils étaient convaincus de rébellion; en réalité, ils étaient punis seulement pour avoir refusé de reconnaître la suprématie spirituelle de la reine. Le Bienheureux répondit au verdict par le chant du Te Detim. Tous les condamnés furent pendus à Tyburn, le 1" décembre 1581, puis leurs corps taillés en pièces et exposés aux portes de Londres. Le pape Léon XIII a confirmé le culte de 5i martyrs anglais, parmi lesquels Edmond Campion, le 9 décembre 1886. Après la mort du Bienheureux, on a publié un manuscrit de lui sous ce titre : Litanix Deiparse Virginis Marix ex Pali-ibus et Scviplura col- Icctx a RR. PP. Ed. Campiano in Anglia pro jide calholica mortuo et Laurentio Maggio, Societatis jesu sacerdotibits, et ab iisdem per singulos hebdomadm dies disti-ibutx, Paris, 1633, 1887.

Les ouvrages où il est question, plus ou moins en détail, de Campion, sont nombreux. Sans parler des histoires générales d'Angleterre, dont les plus sérieuses, même si les auteurs sont protestant», constatent généralement, aujourd'hui, l'injustice de la condamnation du Bienheureux ; voici les principales de ces publications : Robert Parsons, S. J., Life and martyrdotn of Fathev Edm. Campion. notes d'vm compagnon du Bienheureux publiées d.aiis hi ifviip I,,ii,'i:< ,111,1 noticf^. Boehampton. 18T7, t. XI, XII; l:. ml, II, II- ^ .1 V,:,, <:,,,,,!>, „„i. Anvers, 1618;

Morus, s. I /;^ ,- ,, ,,, , S;iint-Omer, 1660;

Dan.B;ii: ,~ i./' ' ;.(,,,,;,, ,i,în dt Giesi'i. L'/n-

ghilten;,. I ll-lll, n,-;, 1 , l;,.iii., la", l',.,--oz, S. J., Le premier jésuiie aiiulijis marti/risé en Angleterre, Lille, 1864; Rich. Simpson, EJniuiid Campion, Londres, 1867; J. Forbes, S. J., Edmond Campion, dans les Études religieuses, février 1882, p. 212-248; Id., Une accusation contre Edm. Campion, dans la Revue des questions historiques, 1892, t. LU, p. 545- 563; L. Delplace, S. J., L'Angleterre et la Compagnie de Jésus avayit le martyre du B. Edmond Campion, 1540-1581, Bruxelles, 1890, p. 51 sq., extrait des Précis historiques; Dictionary of national biography, de Leslie Stephen, Londres, 1886, t. VIII, ait. Campion. Sur les ouvrages de Campion et ceux des adversaires qui ont tenté de le réfuter, voir de Hacker et Sommervogel, Bibliothèque de la C" de Jésus, t. il, col. 586- 597; Hurtei-, Nomenclatur, t. i, p. 54.

H. DUTOUQUET.

2. CAMPION Hyacinthe, néàBude en Hongrie, en 1725, entra de bonne heure dans l'ordre des franciscains de l'Observance, où il fut lecteur général, avant de devenir provincial. Il mourut dans l'exercice de cette charge à Essek, en Esclavonie, le 7 août 1767. Nous avons de lui : Animadversiones physico-historicomorales de baplismo nonnatis, abortivis et projectis confcrendo..., in- 12, Bude, 1761. Il publia aussi doux autres opuscules pour établir, contrairement à l'histoire, que les fraticelles bégards et autres hérétiques n'avaient eu aucun lien avec l'ordre des mineurs : Vindlcix adversus quosdatn scriptoi-es, novissinie opellani posthumam Guillelnii Friderici Damiani sacerd. Petrini, in-8», Bude, 1766; Vindicix denuo vindicatœ adversus apologiani Josephi Antonii T7-ansylvani, ibid.

Feller, Dictionnaire historique; Hurler, Nomenclator, t. m, col. 212.

P. EDOUARD d'Alençon.

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