‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 505 sur 741 · CAMPIONE — CANADA · texte numérisé non relu

CAMPIONE — CANADA

CAMPIONE François-Marie, théologien italien, nr à Gi'iirs, l'ut d'aliord membre de la congrégation de la More de Dieu. Kn 1699, il entra dans l'ordre des trinilaires et en sortit quelques années plus tard pour revenir à son ancienne congrégation. On a de lui : \<> Disserlalio theologico-scolastica de necessitate aliqualis sallfiii iiii/iiTffiii aitioris Dei, propter se dilecti, ad huprivnnlii.ii i/niiiam in sacramentls morliiorum, Hoiiir. lil'.is. ■: hincione per gli onlinandi del ctcro ctnai,' îlot rviixiiiu di Tvento, Rome, 1702; Venise, 1703; Home, 1712.

nicardi, De scriptoribus congregationis clericotnim regularium, Rome, 1753, p. 219-223; Antonin de l'Assomption, Dicciotmrio Je esn-itorcs Irinitinios de Espaiia y Portugal, Rome, 1899, t. M, p. 5l(t.

A. Palmikri.

1. CAMUS Bonaventure, que l'on veut de la Tamille du célèbre évéque de Belley et de Jacques Camus de l'ontcarré, évêque de Séez, était cordelier et fut gardien du couvent de Toul. Il publia un traité qui a pour titre : Eucharistie sacramentum explicalum, Toul, 1659. C'est tout ce que nous savons de lui.

Calmet, Bibliothèque lorraine, Nancy, 1751, col. 217; Sbanile:i, Supplfiiietitum et castigatio ad scriptores ord. min., llnine. 180(1.

P. EDOUARD d'Alençon.

'2. CAMUS Jean-Pierre, évêque de Belley et ami ili' .saint Kraneois de Sales, est né à Paris, le 3 novembre 1584. 11 se livra à la prédication aussitôt après son ordination sacerdotale, et à cause de ses succès, fut nommé par le roi à l'évèché de Belley. Comme il n'avait pas l'âge canonique, il obtint de Paul IV la dispen.se nécessaire et fut sacré le 30 août 1609, par l'évéque de Cenève. Il administra avec zèle son diocèse et prêcha souvent à ses ouailles et dans diverses villes. Député aux États généraux en 1614, il eut l'occasion de soutenir les droits de l'Église. En 1629, il se démit de son évèché, et se retira en Normandie à l'abbaye d'Aunay. Api'ès plusieurs années de retraite, il devint vicaire général de François de Harlay, archevêque de Rouen. Ce prélat étant mort en 1651, Camus se retira à l'hospice lies Incurables à Paris. Il fut nommé à l'évèché d'Arras; mais il tomba malade avant d'avoir pris possession de son siège et mourut le 25 avril 1652. Il fut enseveli dans la chapelle de l'hospice des Incurables, et son lumbeau y a été conservé jusqu'en 1904. Son activité littéraire fut considérable et les bibliographes ont recueilli les titres de près de deux cents de ses ouvrages. Nous ne dirons rien de ses romans ni de ses sermons qui sont tombés dans l'oubli. Il publia aussi beaucoup d'écrits de spiritualité et d'hagiographie. Le plus célèbre est L'esprit de saint François de Sales, 6 in-8", Paris, 1641, qui a été abrégé par l'abbé CoUot, docteur de Sorbonne, in-8», Paris, 1727, et plusieurs fois réimprimé. Sa polémique contre les moines mendiants était animée d'un zèle indiscret et fut blâmée par les personnes sensées. Il avait cependant appelé les capucins à Belley en 1620. Voici les titres de ses principaux écrits contre les religieux : Le voyageur inconnu, histoire apologétique pour les religieux, in-8», 1630; Le directeur spirituel désintéressé, in-12, IfiSI ; Louis XIV avait demandé à Rome la condamnation de cet ouvrage; cf. Reusch, Der Index der verbolenen Bûcher, Bonn, 1885, t. II, p. 1225; L'anli^moine bien préparé, in-12, 1632; Saint Augustin, de l'ouvi'age des moines, in-8», 1633; cet écrit fut confisqué par arrêt royal du 11 juillet 1("33; Traité de la pauvreté évangélique, in-8», 1634; Traité de la désappropriation claustrale, in-8", 1634; Rabat-joye du triomphe monacal, in-8», 1634; Les justes quêtes des ordres mendiants, 1635, etc. Ces écrits suscitèrent des répliques : Anti-Camus; Le Rabelais iesévéques; Lucien de Samosate ressuscité en la personne de J.-P. Camus, et Filleau fit de Camus un

DICT. DE THÉOL. CATHOL

des six personnages qui étaient censés avoir délibéré à Uourg-Fonlaine sur les moyens de détruire le christianisme. Quelques-uns des traités de théologie ou de controverse de Mo' Camus méritent encore une mention : Traité du chef de l'Église, in-8», Paris, 1630; De la primauté et principauté de saint Pierre et de ses successeurs, in-8°, 1630; Ensei;iii,'„,,Hls ,alrrhrii,i,,es ou explication de la doctrine il,i'rii,-jii,r, jn-,^ , ir.iJ: L'usage de la pénitence et com m in<,,ni . m s-, ICli, /)/(

rare ou fréquent Pratique de la

de Vfi

fréquente, in-8°,/i644;

Rriéve introduction à la théologie, in-8», 1645 ; Épîtres théologiques sur tes malirrrs de la prédestination, de la grâce et de la lilii , ' in'-' IT.^ , n , mm ,i,. i i-. Catéchèse sur la coi-r, /

et delà sainte Églisi, I h, H ; /, / - ,, -s

à l'abrégé des controir,,- ./'. )/ i. /../,;.', I h rii,i,'<>i>,'i ^ in-8», 1(338; Antithèses prulcslanles ou upposiliuii de l'Ecriture sainte et de la doctrine des protestants selon les versions dr leurs propres bibles, in-8», 1638; La dém,-V,:n ,^ '- / !,;,ir„ls ,U- la ,l,H-lriii,' prules-

tatllr, :, • \ù\\\ (:,,uf,o„hi\t,.,i .h'^ ru,il,'SSi,,llK

de ri :,

l'Église romaine, iu-S», Paris, 1640; Rouen, 1648; 3» édit. par Richard Simon, avec des remarques sous ce litre : Moyens de réunir les protestants avec l'Église romaine, 1703; cet ouvrage, traduit en l;ilin p.ir Z.iccaria, a été inséré dans son Thesaums i/i,;,I,hii< us, réédité par les frères VValemburch, lir i;:nir<n ,■, sus jidei, et par Migne, Theologise cursus cmi'iilrius, l'aiis, 1840, t. V, col. 925-1066; Deux conférences par écrit : l'une touchant l'honneur dû à la sainte Vierge Marie, l'autre du saanfice de la messe, in-8», 1642; Instructions catholiques aux néophytes, in-8», 1642, etc. Un écrit de l'évéque de Belley sur l'amour de Dieu se trouve à l'index espagnol des livres défendus à partir de 1747; il est condamné dans toutes les langues, mais spécialement dans la traduction de Cabillas, Epitome à quinta essencia del amor de Dios, Barcelone, 1693. H. Reusch, Der Index der verbolenen Bûcher, Bonn, 1885, t. II, p. 627.

F. Boulas, Un ami de saint François de Sales, Camus, évéque de Belley, in-8', Lons-le-Saunier, 1878; M" Depéry, Notice sur Camus, en tête d'une édition de L'esprit de S. François de Sales, 1840; Goujet, Bibliothèque française, t. xi, p. 284; Niceron, Mémoires, t. xxxvi, p. 132-138; Morérî, Dictionnaire, t. m, p. 112; Gatlia christiana, Paris, 1860, t. xv, col. 635: Feller, Biographie universelle, Paris, 1848, t. II, p. 366-367; Kirchenlexikon, l. il, col. 1783-1785; Hurler, Nomenclalor,

E. Mangenot.

CAMUSET, prêtre français très érudit, né à Châlonssur-Marne en 1746, mort vers 1800, fut d'abord sousinaitre, puis professeur au collège Mazarin. Il a solidement combattu les incrédules et ses ouvrages étaient estimés par ses adversaires eux-mêmes. — 1» Pensées antiphilosophiques, in-12, Paris, 1770; c'est une réponse aux Pensées philosophiques de Diderot; 2» Principes contre l'incrédulité à l'occasion du sijstémc de la nature^ in-12, Paris, 1771 ; 3» Saint Augustin vengé des jansénistes, ou réponse à la plainte d'xm anonyme au sujet de quelques propositions tirées des Principes contre l'incrédulité, in-12, Paris, 1771 ; 4° De l'architecture des corps humains, ou le matérialisme réfuté par les sens, in-12, Paris, 1782; ouvrage remarquable; 5o Pensées sur le théisme, ou défense d'Ali-Gier-Ber, in-12, Paris, 1785; réfutation ironique d'Anacharsis Clootz.

Quérai-d, La France littéraire, t. ii, p. 37; Glaire, Dictionnaire universel des sciences ecclésiastiques, 1. 1, p. 383; Hurler, Nomenclalor. t. m, col. 494.

E. Mangenot.

CANADA. — Nous étudierons successivement le catholicisme et le protestantisme au Canada.

I. CANADA. Catholicisme. — I. Établissement et conquêtes de la foi catholique sous la domination française, du couimencement du xvii« siècle jusqu'au traité de Paris, en 1763. II. Ses luttes et ses victoires sous le sceptre britannique, de 1763 jusqu'à nos jours. III. État actuel.

Le Canada on. jl i- •. i< i. nieiil, le Dominion du Canada s'étend di . \ niique au Pacifique; il est borné au sud C', ' ' i ni- elles Grands-Lacs; au nord il n'a d'auli^s ImniL^ iiuu celles que lui assignent l'ardeur des missionnaires, la hardiesse des découvreurs et les mers polaires. Ce cadre, aux proportions gigantesques, embrasse un pajs plus vaste que l'Europe, découpé en sept États ou provinces, en trois territoires organisés et cinq non organisés. Les sept provinces de la confédération canadienne sont les provinces de Québec et d'Ontario, appelées aussi Bas et Haut-Canada, la Nouvelle-Ecosse, le Nouveau-Brunswick, le Manitoba, la Colombie anglaise et l'ile du Prince-Edouard. L'union des quatre premières remonte à 1867; les trois autres adhérèrent successivement à l'union en 1870, 1871 et 1873. Les territoires organisés : Assiniboia, Saskatchewan, Alberta; et les territoires non organisés : Athabaska-Mackenzie, Yukon, Franklin, Ungava et Keewatin, font également partie du Dominion. Seuls le Labrador et Terre-Neuve restent en dehors, bien qu'ils se rattachent, l'un à la hiérarchie ecclésiastique du Canada, tous les deux aux possessions anglaises de l'Amérique du Nord.

La hiérarchie ecclésiastique étend partout ses réseaux, jusqu'aux missions les plus reculées, mais il s'en faut bien qu'ils soient partout également serrés. Avec ses 1430(XI0 catholiques, la province de Québec renferme à elle seule les trois cinquièmes de la population catholique du Canada, estimée à 2 230000 (recensement dî I901j. Environ 800000 sont dispersés dans les autres provinces ou territoires, plus ou moins mêlés ou noyés parmi les protestants de diverses dénominations. Partout, cepinduit. -.ml' ,111 M:iiiitoba.dans l'Ontario et dans la Coloiiilih. t- iMilhilici-iiii l'emporte, par le nombre de ses .ulli.nni--. -m tluciuie des sectes protestantes prises à pai l. Un s en Convaincra par le tableau suivant :

CANADA (CATHOLICISME

d'invasion protestante dans le Canada, auront-ils sur le catholicisme en ce dernier pays des effets défavorables que l'on peut humainement prévoir? C'est le secret de la providence.

I. Avant 1763. — Le catholicisme fut implanté au Canada par la Erance. Les marins des côtes bretonnes et norni:indes avaient entrevu ce pays, avant que Cabot (l'iHT) et Ver.iz/.mo iUrl'li \ nient abordé, avant que ,lac(|ues Cailier y ail piMiiUii' (1535,1. Cet illustre navigateur fil trois vovages au Canada. Dans le premier, il reconnut la Gaspésie et fit célébrer la messe sur cette terre (7 juillet 1534); dans le second, il remonta l'estuaire du fleuve appelé par lui Saint-Laurent (10 août 1535), jusqu'à Stadacona, aujourd'hui Québec, et même jusqu'au village d'Hochelaga, sur l'emplacement duquel s'élève la florissante cité de Montréal. Après un hiver (1535-1536) au milieu des sauvages, il revint en France. Son voyage de 1511-1542 est sans importance. Si Cartier ne réussit pas à établir une colonie sur les terres dont il venait de doter sa patrie, il faut lui savoir gré des intentions qui le guidèrent. Il voulut contribuer à « l'augmentation future de notre très sainte foi ». Relation de J. Cartier insérée dans VHist. de la Nouvelle- France par Marc Lescarbot, Paris, 1609. Cf. Dionne, La Xouvelle-France de Cartier à Champlain, i540-i603, in-8», Québec, 1891.

Sans nous arrêter à quelques essais d'établissements coloniaux en Acadie, qui aboutirent à la fondation de Sainte-Croix et de Port-Royal (aujourd'hui Annapolis) et qui, d'ailleurs, avortèrent par suite de divisions intestines et de l'hostilité de l'.^ngletorre, mais où il est bon de noter qu'apparaissent les premiers missionnaires, prêtres séculiers et jésuites, arrivons à Samuel de Champlain, fondateur de Québec et de la Nouvelle- France. Champlain avait visité le Canada en 1603; il s'y fixa en 1608; en 1615, il lui donna dans les récollets ses premiers apôtres. Ces religieux inaugurèrent ces missions à l'intérieur du Canada, si fameuses au xviP siècle et au.xquelles allaient bientôt prendre une part si glorieuse les jésuites (1625) et les sulpiciens (1657).

Dans les vastes contrées qui s'ouvraient au zèle des missionnaires, habitaient deux races sauvages tout à

îî

Catholiques. . . .

Anglicans

Presbytériens . . .

Méthodistes. . . .

42ftI4

La religion catholique embrasse environ 42 p. 100 de la population totale du Dominion qui est de 5371 315 habitants. Dans la dernière décade d'années, elle s'est accrue de plus de 250000 âmes. Ce gain, qui dépasse celui des sectes susnommées prises ensemble, est dû surtout aux naissances, et a été réalisé en dépit d'un mouvement d'émigration des Canadiens vers le Nord-Est des États-Unis, où l'on compte aujourd'hui plus d'un million de Canadiens français. Hamon, S. J., Les Canadiens français de la Nouvelle-Angleterre, inS", Québec, 1891. A l'ouest, un mouvement en sens inverse se produit, faisant affiuer beaucoup de protestants de la république américaine dans les riches plaines de la Saskalchewan et du Manitoba. Ces deux mouvements, à l'est d'expansion catholique aux États-Unis, à l'ouest

fait distinctes : les Algonquins et les Hurons-Iroquois. A la famille algonquine appartenaient les Abénakis, voisins de l'océan Atlantique; les Montagnais, fixés dans le bassin du Saguenay et du lac Saint-Jean; les Attika-' mèques ou Poissons-Blancs des hauts plateaux des Laurentides; les Outaouais de l'île Manitoulin (lac Huron) et beaucoup d'autres peuplades échelonnées depuis la baie d'Hudson jusque dans les prairies de l'Ouest. Quant à la souche huronne-iroquoise, elle se divisait en deux grandes branches : les Yondats ou Hurons et les Iroquois. La première s'étendait entre les lacs Huron, Érié, Sainte-Claire et Simcœ, où elle projetait trois rameaux : Attignaouantans, Arendahronons et Attignecnonguahacs. La seconde s'étalait au sud du lac Ontario, où, se ramifiant, elle formait les cinq na-

ir.5

CANADA (CATHOLICISME

lions:Agniers, Ononlaguos,Tsonnontouans, Onnegoutlisi et Goyogouins. Il ne parait pas que la population totale (le ces tribus ait dépassé 100000 individus.

A leur évangélisation se dévouèrent d'abord les récollels. Dès leur arrivée (1615), le P. d'Olbeau au milieu des Montagnais, et le P. Le Caron, remontant le Sainl-Laurent et l'Outaouais, prêchent la foi en plein pays luiroii, tandis que deux de leurs compagnons restent à Québec au service des colons et des sauvages d'alentonr. Pendant dix ans ils mulliplif-nl !(< vny.iL'i-^ : ouvrent des écoles pour les rnljnl-, indi. n^ , Iniil \,iiir lie nouvelles recrues et pariii) .11-. I. 1' \ n I .pu |hiiI dans l'Ottawa, victime de la iHiliili, il un limon, il. Ilist. du Sault-au-Récollel, par l'abl.é Cli. Beaubieii, Montréal, 1897, et le V. Sagard, qui publia le premier une Histoire du Canada, Paris, 1686; s'ingénient pour se créer des ressources et poursuivre leur œuvre; mais se heurtent à l'indifférence du gouvernement français, à la malveillance de la Compagnie des marchands, qui a le monopole du commerce des pelleteries, et à l'impuissance du gouverneur dénué lui-même de secours.

Se sentant incapables de poursuivre seuls les missions entreprises, les récollets font appel aux Pères jésuites. Les Pères de Brébeuf, Lalemant et quelques autres passent alors (1625) au Canada. Mais tous les efforts des missionnaires sont paralysés par la Compagnie des marchands qui ne tient aucun de ses engagements : attirer des habitants, fixer les Indiens, les accoutumer à l'agriculture, favoriser le catholicisme, en un mot fonder une colonie. Louis XIII et Richelieu la suppriment (1627) et la remplacent par la Compagnie de la Nouvelle-France qui promet d'amener « les peuples qui habitent le Canada à la connaissance de Dieu et de les faire instruire de la religion catholique, apostolique et romaine ». On n'eut guère le temps de voir l'effet de ces bonnes dispositions; moins de deux ans après (1629), Québec tombait au pouvoir de David Kertk qui guerroyait au compte de l'Angleterre. Port-Royal avait succombé l'année précélienle (1628). De l'Acadie, la France ne conservait que le foii Saint-Louis, qui n'avait pas cédé, grâce à la lldiliU'' courageuse de Charles de la Tour. Tous les relii;ieu\ durent repasser en France (1629).

Le Canada ne fut rendu à la France qu'en 1632 par le traité de Saint-Germain-en-Laye. Le cardinal de Richelieu ollrit aux jésuites de reprendre leurs missions. Aussitùl plusieurs traversent l'Océan. Champlain, gouverneur, Jean de Lauzon, président de la Compagnie des Cent-Associés, les aident de tout leur pouvoir. Le P. Lejeune organise le service religieux à Québec, fonde une maison aux Trois-Rivières et ouvre le collège de Québec (1635) qui devint une source de vie intellectuelle pour le pays. Cependant, d'autres jésuites établissent une mission à Miscou, ile à l'entrée de la baie des Chaleurs. De là, leur zèle s'étend à la Gaspésie, à l'Acadie et au Cap-Breton. Pendant plus de trente ans (1633-1664), ils marquent leur passage par le baptême d'enfants en danger de mort et la conversion de quelques adultes, jusqu'au jour où les récollets reprirent la direction des missions d'Acadie et de Gaspésie. Champlain était mort (25 décembre 1635) entre les bras du P. Lalemant, heureux des succès de la foi. Après lui, l'ardeur des missionnaires ne se ralentit pas. Le P. Le Jeune s'enfonce dans le pays des Montagnais, suit leurs tribus errantes. Il en rapporte un programme d'évangélisation nettement déterminé. Chez les populations stables, comme les Hurons, l'établissement d'une mission est nécessaire, mais il est inutile chez les tribus nomades. Il faut amener les sauvages errants à se grouper en villages auprès des établissements français, à l'abri des incursions ennemies, et les initier à une vie laborieuse et sédentaire. Sur ce plan, deux fondations sont faites, l'une aux Trois-Rivières, l'autre près de Québec, en un lieu appelé Sillery, en l'honneur du

commandeur de ce nom qui en fut l'insigne bienfaiteur. Cf. Les Jèsniles cl la Nouvrlle-Fraiicc ut,

un centre de propagande catholique. Cf. Arthur Buies, Le Saguenaij et la vallée du lac Saint-Jean, Québec, 1880, p. .56.

T;in.li^ i|ue les jésuites puni ni . i.l l'.'i iiiL.'li-.ilidn

ilr-, Iniliriis, la providence r . i-i '■ ■ -'• - ili-

Li.M-r-: liMS|iitalières et des m :' lu., i - |,r.-

iini'i-.'s ilii-igeront un llùtrl-hi' n ;. ■' ' i.i .i- . ||. -m' d'Aiguillon, nièce (Ir Li.h.lhn ' ...ml.-. . i i hic

desquelles se trouve M. l M ..Ilmi. |Miin . noiil

à l'éducation des fill- l n. fi. ' . ' ■ ' M '' ' ' 1'- 1-

trie, les a siii\ !.-■ = . C- I - ■ . i'|ii. l. , i ,,.li . ni d.'

zèle pour l;i . u ' \ ■'. i .--

grain, Hisi,, 'II' i /' . -• . ■ i l- r,

1878; Id.. //-■■' ir /.' r. „, 1/, ,.• !;,.,,.■ :/, ■;, ,„,-

nation, Québec, 188(1; (Kin'ivs o»iij.l,irs de l'iil,h,: Caagrain, 4 vol., Montréal, 1890; Histoire de la Vén. Mère Marie de l' Incarna lion, d'après dom Cl.iude Martin,

son lil<=.p:u- r:.lilu' l.,ri,;,pol.^ vol , l'-.ri- I^IF : /,,■//,•«

fixer les Indiens, se désintéresse de la propagation ilr la foi. D'autre part, les Iroquois deviennent chaque jour plus menaçants. En 1641, le gouverneur de Montniagny doit soutenir contre eux une véritable guerre. Dans ces conjonctures se forme la Compagnie de Montréal. Elle se propose, sans être « à charge au roi, au clergé, ni au peuple, pour seule fin, la gloire de Dieu et l'établissement de la religion dans la Nouvelle-France ». Ni'^e de l'inspiration de deux hommes de Dieu, M. Olier et M. de la Dauversiére, cf. Vie de M. Olier, par M. Faillon, S. S., 4» édit., Paris, 1873, t. m, p. 307 .sq., encouragée par Urbain VIII, elle trouve dans Paul de Chomedey de Maisonneuve un fidèle exécuteur de .ses intentions. Les Associés achètent de M. de Lauzon, directeur de la Compagnie des Cent-Associés, l'Ile de Montréal (7 août 1640). Moins de deux années après, Maisonneuve, à la tète d'une petite troupe de chrétiens déterminés, parmi lesquels Jeanne Mance, future fondatrice de l'Hôtel-Dieu, débarque dans l'ile (18 mai 1642) et jette les fondements de Ville-Marie ou Montréal. Nous ne dirons pas tout ce qu'il fallut d'énergie, de vigilance et de démarches à Maisonneuve pour affermir et développer l'œuvre naissante ; nous ne retracerons pas les luttes héroïques que la colonie soutint contre les Iroquois pendant plus de trente ans. En 1653 arrive à Montréal Marguerite Bourgeoys, fondatrice de cet admirable institut des sœurs de la congrégation Notre- Dame qui instruisent depuis près de trois siècles les jeunes Canadiennes. Quatre années plus tard (1657), M. Olier mourant envoie les quatre premiers prêtres de ^aint Sulpice de Ouevlus Souart Gilliniei et d Allet sui cette terre de Montréal ou il aunit d sue \enn lui

s 1 la fondit on pI sulter Doit ei de Ca par les soins de H s lhb9 FaUon S S //

l ^ Ue P l'^ 4 Id 1 I M Ole I tf u

l < séminaire 'iaint Sit/j ce 4 éd t 3 vol Pal s 1873

P Rousseau S S ^ e de Paul Chomedej le ¥< su euie Montréal 1886

CANADA (CATHOLICISME

Les jésuites cependant continuent leurs travaux apostoliques parmi les sauvages. Pour eux est arrivée l'ère des martjrs. En 1642, le P. Jogues, est enlevé par les Agnier^ el n'échappe à la mort que par l'intervention des Hollandais. Le P. Druillètes porte la foi chez les Ahénakis (1646), cf. G. Bancroft, Hiah.ry nf Ihc lhiit>'<} States, i. IV, c. xx; abbé M.iniMnlI. Ili^imrr :!.■< Ahrnnfcis, Montréal, 1866; F. PaiKm.ni. 7 Ac Jrs,ni, ,„ \,„-ih Anierica, Boston, 1880, c. x\: !.■ I'. Ilul.'iix. rlifz lis Attikaméques, où il périt victime des Iroquois ;iu cours d'un voyage (1652). Il n'était pas le premier à tomber sous les coups de ces barbares. Les années 1648, 1649 avaient vu la destruction de la ilorissante mission parmi les Hurons. Cette mission occupait 18 jésuites, qui rayonnaient dans toute la contrée située entre la baie Géorgienne et le lac Simcœ, se réunissant seulement pour les reti;iil.^. A Inn \:n\ Irs lluiuii-. m' convertissaient norabnin li.i-.|ii,> Ic^ h Mr|u,,is invni invasion. Ce fut moins un ' mi n,'. .pi un iii,.--,irir |ii~(|ii"a l'extermination. Là |i' I II. ni lis l'.i.s liain.l, .1.' J ii'.-beuf, Lalemant, l'iriii. r .1 I lial.anel. Les supplices atroces au milieu il. -.|ii. I- -ih...iiibérent les Pères deBrébeuf et Gab. Lale- III ml. Il ni. V a |ielit feu, déchirés et mutilés avec un art <li..l...li.lii' |...iir ménager leur vie et prolonger leurs

^"iiin - . 1 li'iir fermeté à tout supporter pour alfer-

niii ,1.11- 1,1 |..i les Hurons, voués à la mort comme in\. I. Jii ..ni lail donner par le peuple le nom de mar- 1)1^ II. il' I..- Hurons, échappés à la fureur des Iroi|n..i-, -I i, 111,1, rent les uns dans l'ile Manitoulin, les •mil, > ,1,11- 1 il,' Saint-Joseph (aujourd'hui Christian Islaiid; dans la haie Georijienne, d'oii, dès le printemps 1650, ils descendirent à l'ile d'Orléans, près de Québec. .Vbbé Fcrlaii,;!, Cours d'histoire du Canada, 1 in-8', Québec, 18(15. t. I. !.. '6T.> s.j. Pour cette mission hnrnnnf pt i)..nr t..iitesles ii.i-i. .:- .1.-- M -iiii.'s, consulter iîe(a«i../.N '/... /,,..,(., .; in-V,

'"1 !^"^ .1 uuvrage comprend .1 , . i i,. ;.■ une

'■' ' •Il voyage de la A'.--. . ,.ur au

.."'-- ' ' : ..V parle P. Le Jlhiii. . i ■ ,, . |,,jilapre- III.' I' I - ' I' ..' .1 l'.iii-; /,' /,../.,,,.. ;■ . i.^Hiies, Québec, I"-"' I I ■ ■ , ! i I r . , !i. I. , : . ,1- lain, en forme le

Trois ans avant le massacre des Hurons, les Iroquois avaient assassiné le P. Jogues(18 octobre 164-6) qui avait tenté un troisième voyage d'évangélisation dans une de leurs tribus : les Agniers. Le P. Bressani, jésuite italien, n'échappa qu'avec peine à ces barbares.

Bressani, S. J., Relation (i(./ , / , Pères de la Comp. de Jésus, ii . i:i ■ éa, S. J., Montréal, 1852; V. M,. , - New-York. Sur les mœurs d, > h vages du N ,1 .)■ : \ii,' i ;.|ii. ■ i

vages ai," , i !

VoyagL's ./ i

s tnissions des par le P. Mar- <lu P. Jogues,

Paii:

tnforriialioii respecting the liiston/, coiitlitioii aiul prospects ofthe IniHan tribes of U. H., Pliiladelphie, 1853.

Ces violences des Iroquois les avaient rendus la terreur de la colonie. Montréal ne dut son salut qu'au courage de Maisonneuve, de Lambert Closse, de Lemoyne et au dévouement du jeune Dollard. Profitant d'un moment d'accalmie, les jésuites évangélisèrent les Onnoutagués, les Agniers et les Outaouais. Cf. Les jésuites et la Nouvelle- France, t. ii, p. 129 sq.

L'année 1659 marque le commencement de la hiérarchi.' poch-siasliiiue au Canada. Jusque-là les mission- "■"" ~ ' ' ' '!' "' considérés comme relevant directement, '''"'"' '' 1 i> niiures années, du saint-siège, et, depuis 1111 i,i.,|.. ,,,Mv long, de l'archevêque de Rouen. A tort

ou à raison, celui-ci regardait le Canada comme dépendait au spirituel de son autorité et agissait en conséquence; et ni le gouvernement français, ni le souverain pontife ne s'y étaient opposés comme à des prétentions illégitimes. Quand M. de Queylus fut envoyé à Montréal par M. Olier, il obtint de l'archevêque de Rouen (1657) 1,' Mil.' (le vicaire général; et nul au Canada ne songea a .I.Mi' de doute sur son autorité. Il en usa du reste pour lavancement de la religion. Il organisa le service divin à Montréal, travailla à mettre la ville naissante ,i l'abri des incursions iroquoises et releva le sanctuaire et le pèlerinage de Sainte-Anne de Beaupré, où l'on accourt aujourd'hui de tous les points de l'Amérique du Nord. Ses pouvoirs expirèrent à l'arrivée de Ms' François de Montmorency-Laval, nommé par Alexandre VU évéque de Pétrée et vicaire apostolique de la Nouvelle- France. M. de Queylus, qui n'avait été informé directement du changement survenu, ni par la cour de France, ni par l'archevêque de Rouen, hésita un moment à céder des droits dont il croyait jouir encore, et bientôt quitta le Canada.

Le nouvel évêque eut d'autres difficultés. La vente des boissons enivrantes aux sauvages avait amené des désordres déplorables et démoralisé un trop grand nombre de nouveaux convertis. Les gouverneurs, d'Argenson d'abord, puis d'Avaugour, n'osaient s'y opposer, dans l'intérêt du commerce des fourrures. L'évêque en vint à l'excommunication. Cette mesure n'ayant pas suffi, il passa en France, obtint de Louis XIV la révocation d'Avaugour qui fut remplacé comme gouverneur par de ilésy (1663). Les difficultés ne tardèrent pas à renaître à propos du trafic de l'eau-de-vie ; elles se compliquèrent de nouveau au sujet d'un conseil souverain créé par le roi pour régler les affaires d'une colonie si éloignée. Le gouverneur et l'évêque devaient nommer conjointement et de concert les cinq conseillers qui, avec eux, formeraient le conseil. Cette clause fut la source de regrettables dissensions entre les deux autorités. L'opposition du gouverneur à l'évêque parut aller parfois jusqu'à la violence. Ferland, Cours d'tiist. du Canada, t. il, p. 24. De Mésy signifia au brave de Maisonneuve l'ordre de repasser en France (1664). Ce fut un deuil pour le pays. Le gouverneur de Montréal, en effet, avait sauvé la colonie, et par la fondation de cette ville et par les échecs répétés qu'il avait infligés aux Iroquois. Pendant les vingt-trois années qu'il passa à Ville-Marie, il y avait vu fonder l'Hôlel-Dieu (1642) au service duquel se mirent les sœurs hospitalières de Saint-Joseph de La Flèche (1659), l'institut de la congrégation Notre-Dame, œuvre de la sœur Bourgeoys (1653); s'y fixer les prêtres- de Saint-Sulpice (1657) qui, en 1663, avaient acheté de la Compagnie des Associés de N.-D. de Montréal les droits de propriété et de seigneurie de l'île de Montréal, se chargeant des dettes à acquitter (près d'un million de francs) et des dépenses à faire pour le bien de la colonie.

A de Mésy, mort en désavouant sa conduite envers Ms' de Laval (1665), avait succédé de Gourcelles, qui vint au Canada avec de Tracy envoyé par Louis XIV, sous le titre de vice-roi, afin d'y régler les difficultés pendantes et de réprimer l'audace des Iroquois. Il avait reçu de Colbert l'ordre d'éviter tout conflit avec l'évêque, comme nuisible aux intérêts du pays. Les Iroquois furent châtiés (campagnes de 1665 et 1666) et pendant dix-huit ans n'osèrent relever la tête. En 1668, Mo' de Laval ouvrit un petit séminaire pour la formation classique des futurs clercs. Dix ans plus tard (1678), il jeta les fondements d'un grand séminaire. Dès les premiers jours de son épiscopat il s'était occupé de cette œuvre. Nous trouvons, dès 1663, groupés autour de lui plusieurs jeunes gens qui avaient achevé leur cours classique en France et à qui l'évêque fait enseigner la théologie. L'augmentation de la population française (on l'es-

CANADA (CATHOLICISME

timail à 7000 en 1672) obligea le prélat à créer, en «leliors (le Québec, un certain nombre de cures ou missions avec un prêtre résidant. La visite pastorale de 1681 en compte 25 de ce genre. Il fallait pourvoir à la subsistance des pasteurs, non seulement pour le présent, mais pour l'avenir; établir une organisation qui leur permit de compter sur des émoluments réguliers et suffisant à leur entretien. Jusque-là, en effet, les habitants avaient été desservis par des missionnaires et des religieux qui acceptaient ce qu'on leur offrait, mais sans rien exiger. Le prélat imposa la dime. Un acte de 1663 la fixa au 13=; plus tard, elle fut réduite au 26« des récoltes (1679), le roi devant suppléer au reste. Cette dîme, aux termes de l'acte de 1679, n'était payable qu'aux curés fixes et perpétuels. En fait, les curés ne furent qu'exceptionnellement inamovibles. Ajoutons qu'à cette époque, sans y être rigoureusement obligé, tout le clergé faisait partie du séminaire, qui constituait une sorte de corporation, et lui abandonnait ses revenus ecclésiastiques et souvent même ses biens de famille, à charge pour le séminaire de pourvoir à l'entretien de ses membres en santé et en maladie. Le séminaire, de concert avec l'évêque, choisissait parmi ses prêtres les desservants des paroisses et les missionnaires. Abbé Gosselin, Vie de Mfi' de Laval, 2 vol., Québec, 1890; Id., Le Vénérable François de Montmorency- Laval, Québec, i9Ql .

Le mouvement des missions ne s'était pas ralenti entre 1660 et 1680. Tandis que le P. Ménard, jésuite, évangélise les Outaouais, le P. Allouez pénètre jusqu'au lac Supérieur et y fonde deux missions ( 1665), les PP. d'Ablon et Marquette plantent la croix au Sault-Sainte-Marie. D'autres jésuites, se joignant aux explorateurs Saint- Lusson et Cavelier de la Salle, prennent possession des rives du lac Huron, et deux ans après (1672), le P. Albanel s'enfonce, en passant par le lac Saint-.Iean, jusqu'aux rives de la baie d'Hudson. Les missions chez les Iroquois, abandonnées pendant les expéditions de 1665-1666, furent reprises, mais sans grand succès. A la date de 1669 remonte la fondation de la mission sédentaire de la Prairie de la Madeleine, au sud de Montréal. Là fleurit, sous la direction des jésuites, une chrétienté qui donna des modèles de foi et de piété : là s'épanouit le lys du Canada, cette Catherine Tegakouita, morte à 23 ans et dont le 111= concile de Baltimore a demandé que l'on introduisît la cause. Cette chrétienté, transférée au Sault-Saint-Louis (aujourd'hui Caughnawaga), est encore florissante (elle compte plus de 2000 âmes) et après bien des vicissitudes est revenue entre les mains des jésuites (1902). Notons aussi que c'est du Canada que partirent L. Jolliet et le P. Marquette pour la découverte du Mississipi (1673). Récit des voyages et découvertes du P.J. Marquette, New- York, 1855; ReubenGold Thwaites, Father Marquette, in-12, New-York, 1902.

Les sulpiciens n'avaient pas attendu jusqu'à cette époque pour s'adonner à l'apostolat des sauvages. Dès leur arrivée ils avaient évangélisé ceux que la chasse, le commerce ou un attrait pour la « prière » amenaient à Ville-Marie. Deux de leurs missionnaires, MM. 'Vignal et Lemaître, étaient tombés .sous les coups des Iroquois. Les missions sulpiciennes lointaines commencent avec MM. Trouvé et de Salignac-Fénelon, frère de l'illustre archevêque de Cambrai, qui fondèrent celle de la baie de Kenté (1668) au point où le lac Ontario se déverse dans le Saint-Laurent. Durant les quatorze années de son existence, elle fut un foyer d'où la foi rayonna dans toutes les contrées environnantes jusqu'à Niagara.

En 1669, M. DoUier de Casson et M. Bréhan de Gallinée partirent de Ville-Marie avec Cavelier de la Salle, résolus à pousser à l'ouest jusqu'au Mississipi. Bientôt abandonnés du découvreur, les sulpiciens traversent les lacs Ontario, Érié, Huron, visitent les contrées avoi-

sinantes, remontent jusqu'au Sault-Sainle-Maric et rentrent à Montréal après avoir pris possession au nom du roi des pays parcourus. M. de Gallinée a écrit une relation et tracé une carte de cette expédition. Cf. Paillon, Hist. de lacolonie française en Canada, t. m, p.28isq.; Margry, Découvertes et établissements des Français dans l'Amérique septentrionale, Paris. 1879-1881, t. i; Harris, History of tlie early Missions in Wçslerii Canada, Toronto, 1893.

Signalons encore les missions sulpiciennes de la < Montagne », de Gentilly et de l'Ile-aux-Tourtes, situées dans les environs de Montréal. La première, qui s'élevait sur l'emplacement actuel du grand séminaire, fut transportée au Sault-au-Récollet, puis, au xviii« siècle, sur les bords de l'Ottawa, au lac des Deux-Montagnes, à dix lieues à l'ouest de Montréal où elle existe encore aujourd'hui desservie par les sulpiciens.

Pour subvenir aux dépenses des missions et des paroisses fondées autour de Montréal, les supérieurs de Saint-Sulpice n'envoyaient au Canada que ceux de leurs sujets dont les revenus patrimoniaux .suffisaient à leurs voyages et à leur entretien. Cette règle fut observée jusqu'en 17G0.

Les rccollets, de retour au Canada, depuis 1670, s'établirent à Québec et eurent quatre missions : Trois- Rivières, l'île Percée (Gaspésie), la rivière Saint-Jean et le fort Frontenac, sur le lac Ontario. En 1682, M. DoUier de Casson les appela à Montréal. Plus tard, Mfl' de Saint-Vallier leur confia les missions du Cap- Breton et de Plaisance à Terreneuve.

Tandis que les missions se poursuivaient ainsi, U'J' de Laval avait obtenu (1" octobre 1674) de Clément X l'érection de Québec en évêché, confirmé l'union du séminaire de Québec avec celui des Missions étrangères de Paris (1676), lutté avec énergie contre le gouverneur de Frontenac et l'intendant Talon pour le maintien des droits de son Église et pour l'extirpation du trafic de l'eau-de-vie, érigé un chapitre de chanoines, organisé le système des cures et des dessertes. Cf. Le Vénérable François de Montmorency-Laval, par l'abbé Casgrain, Québec, 1901 ; Le comte de Frontenac, par H. Lorin, Paris, 1895; Jean Talon, intendant de la Nouvelle- France (1665-1612), par Th. Chapais, Québec, 1904. Ses dissensions avec Frontenac avaient engagé Louis XIV à rappeler celui-ci (1682) et à le remplacer par de la Barre. Le nouveau gouverneur, au lieu de gagner les Iroquois par de bons procédés, comme avait fait son prédécesseur, fit contre eux une expédition malheureuse (1684) qui devait peu après amener la ruine des missions chez les Cinq-Nations. En 168i, Ma' de Laval porta sa démission au roi. Son séjour en France se prolongea jusqu'en 1688. Quand il revint, son successeur. Ma' de Saint-Vallier, avait déjà pris la direction de son Église. Le vieil évêque vécut encore vingt ans (1688-1708) et mourut avec la réputation d'un saint. Deux siècles plus tard (23 mai 1878) son corps fut transféré de la cathédrale dans la chapelle du séminaire où il avait souhaité reposer. A la suite de celte fête, une supplique fut adresée aux évêques du Canada en vue d'obtenir du saint-siège l'autorisation d'introduire la cause de Ma' de Laval. Tous y consentirent et un premier procès fut soumis à l'approbation de Léon XIII. Mo' H. Têtu, Les évêques de Québec, Québec, 1889.

Avant de passer à la période qui s'ouvre avec Ma' de Saint-Vallier, rappelons que Colbert et l'intendant Talon rendirent d'immenses services à la colonie et à l'Église naissantes en provoquant un vigoureux courant d'émigration vers le Canada. Entre 1665 et 1680 il vint au Canada plus de colons que n'en avait amené le demisiècle précédent. Ce qui est mieux, on fut sévère dans le choix des jeunes filles à envoyer, tant au point de vue moral qu'au point de vue physique. On écarta sans merci les personnes dont les mœurs eussent pu devenir

CANADA (CATHOLICISME

une cause de décadence et de corruption plutôt que (l'accroissement. Cliarlevoix, Histoire de la Nouvelle- Fraiwe; FinWon, li^-'^i., ,1, i<, ,;,l,.iii<' française en Canada, t. iu, p. ■1\" . ! ' MnnrJr l'Incarna-

tion, lettre L\\\i ; i.ii i. ■!> I iiHiiii^, /,</ nation canadienne, in-12, Paris, l,v.)l, p. 12; !• friand. Coure d'histoire du Canada, t. ii, p. l'I; Le Clercq, Établissement de la foi dans la Nouvelle-France, 2 in-12, Paris, 1690. Au nom de Min de Saint-Vallier se ratlache la fondation de rhopil.il ^(ii/imI lie iiii, !,,,■. uiui^ .[ui coûta à son fondat'Mir lirMir.iu|i du., ni ,•! ,11, lire plus de soucis. j1/'i' 'Ir s.inii-Wiii:, ' '. I ,:' .ithièral de Qiirl'C,\m-X\ l.iiii lu . . I^SlI \i, i- .imhi^ ,1iI j-Iik liant que

que désor former le

Frontenac, :iu -up t vages. Entri,' r.niluri ce fut là une .source toute la domination

En 1690, l'amiral .i avec 32vaisseau.\. l'r que l'évêque exhorla diens à se conduire

inte Vierge.- Apr

par

■ s occuperai ■xception, de

seulement de pourvoir aux

ne lui serait unie à l'avenir i|uo. 11 obtint de plus que les Hiiiait annuellement, sur son

suppl(>er à l'insuflisance des u séminaire, aux curés et aux i\'I \ revenir, nous parlerions i|iir ri ilu gouverneur, M. de

Mille (les liqueurs aux saule el le pouvoir ecclésiastique ssaljle de discussions pendant

^ Phipps avait attaqué Québec m: [iiiiirvut à la défense, tandis nm liii]|,. pastorale, les Canaiiiiiii' lit lu se confiant en la

parurent; et le prélat, pour accomplir un vuii. .Irdia à N.-D. de la Victoire l'église de la ba-^-. \ill, , hil.out encore, elle reste comme un monurnini ,],■ l,i protection du ciel.

Rapportons encore à cette période la construction du palais épiscopal de Québec, la publication d'un catécliisme pour le dioei''sr, l'établissement des conférences ecclésiastiques, la l.niir ib'^ pi-iniiers synodes, et la fondalion, àMonU'eal, d nu Iminlal [général et des frères liospit.ilinvs de Saini ,ii.,r|,li uu livres Charon (1700).

I.'nn di , ^i.iiiilrs inissions est passée; cependant de la M iili. (.idiiln avec cent Canadiens et un missionnan, h nd- 1,1 illn et la colonie de Détroit (1700). Le M'iniiiaii d, iiiiili.r envoie des apôtres aux 'Tamorois, entre la hm. a d, , Illinois et l'Ohio; les récollets prennent b - nu--! m- d I Ile Royale ou Cap-Breton. De leur enté. Ir^ ji^nii. - iA,nii;élisent les Miamis, les Sioux, les Outaouais, les Illinois et se maintiennent parmi les Iroquois, sinon pour y cueillir des fruits nombreux, du moins pour dissiper les préjugés de ces peuples contre les Français, les empêcher de pactiser avec les Anglais de la Nouvelle-York et procurer ainsi la sécurité de la religion au Canada.

L'époque est en effet venue des assauts furieux et répétés de l'Angleterre et de ses colonies, c'est-à-dire du protestantisme, contre la petite colonie catholique dont le gouvernement français, imprévoyant de l'avenir, se désintéresse de plus en plus. Dès la fin du xyii" siècle ont cessé les émigrations vers la Nouvelle-France. On ne voil plus de ces grands convois faisant voile vers l'Amérique tout chargés de populations nouvelles pleines d>- •"'' 1^1 d l'n î^ia. La colonie ne compta plus pour 111' sa propre vigueur et sur quelques iiai inlividuelles. En dépit des guerres qui

'"" I lait du xviii" siècle, la population cana-

'•' "■ : 11 1713 à 18000 âmes; et le recense-

III' "1 I i: l'I, Irrnier qui fut fait sous la domination 'Il '" I" la montre atteignant le chilire de 42000. '^■''"' ''"11 1" u pour résister à un adversaire qui comp-

tait, en 1706, 262 000 individus, et qui allait croissant chaque année par de continuelles immigrations. L'Acadie surtout était faible, sa population atteignant à peine 2 000 habitants d'origine française.

Contre elle se portèrent tout d'abord les efforts de la Nouvelle-Angleterre. Après avoir résisté deux fois en 1704 et en 1707, Port-Royal fut pris (1710) et trois ans plus tard le traité d'Utrecht (1713) cédait à l'Angleterre l'Acadie, Terre-Neuve et la baie d'Hudson.

La terre acadienne avait vu dès 1604 des missionnaires français se fixer sur ses rives parmi les Micmacs et les Abénakis. Plus tard étaient venus les jésuites, les récollets et les Pères pénitents. De 1685, à l'époque de la dispersion violente des Acadiens par Lawrence en 1755, les missionnaires de cette contrée appartinrent surtout à Saint-Sulpice et au séminaire de Québec. Leur succession n'y fut jamais interrompue. Ils furent jusqu'à six à la fois. Parmi les plus célèbres citons MM. Geoffroy, Haudoin, Trouvé, de Breslay, Métivier, de la Gondalie, de Miiiirir-, riinnvreux et Desenclaves, tous prêtres de i^aiiii - lin l'i tii, Thury, Gaulin, du séminaire de Qii' I I I n las eurent aussi une mission chez les Abnii.iLi- du \iii-inage, et un de leurs missionnaires, le P. Rask-s, fut lui' par les Anglais. Charlevoix, Histoire de la Nouvelle-France, t. ii, 1. XX. La population catholique française, soutenue et consolée par son clergé, s'était multiplii'e en dn-pit des persécutions des Anglais. En un denii--ii( Il rlln ,i lait portée de 2000 à près de 150(X). Allin C.i-ui.uii, Les sulpiciens en Acadie, Québec, 1897; bl., l'a prlmiiagc au pays d'Évangeline, Québec, 1888; Ed. Richard, Acadia, 2 in-12, Montréal, 1895. U serait trop long de rappeler ici par quelle suite de vexations les Acadiens, à qui le traité d'Utrecht avait permis de se retirer ailleurs, s'ils le voulaient, après la cession de leur pays à l'Angleterre, à qui peu après la reine Anne avait accordé la libre possession de leurs biens, s'ils consentaienl à rester, furent graduellement prépans, p;ii dns ;jniivirin'urs tels que Nicholson (1714), Cauiri.'M ITKli. l'inlipp- 17-20), Armstrong (1739), aux

violiinii^ lin - .1 liuidniiient calculées qui ont voué

la iiRniuirc de L;i\\icuce à l'exécration de l'humanité et qu'a immortalisées Longfellow dans son touchant poème d'Évangeline. Ed. Richard, Acadia Missing, iinsks of a lost cliapler of American history, 2 in-8". Montréal, 1895.

Pendant que se déroulaient ces événements douloureux pour la religion, le Canada jouissait d'une paix relative Mais l'on pressentait de toutes parts que les efforts de l'Angleterre et de ses colonies se perleraient bientôt contre ce boulevard de la foi catholi-que. Au lieu d'envoyer des hommes, la France s'obstinait à construire à grands frais d'inutiles fortifications à Louisbourg et à Québec. En vain, des gouverneurs, comme de Vaudreuil et de la Galissonnière, réclamaient-ils des convois de colons. Le ministère avait d'autres vues et préférait des forteresses. Isidore Lebrun, Statistique des deux Canadas, in-S», Paris, 1835; Gailly de Taurines, La nation canadienne, p. 32.

En 1713, Mo' de Saint-Vallier, après 13 ans d'absence, dont 5 de captivité en Angleterre, était revenu à Québec. Il vécut jusqu'en 1727, soutenant par ses lettres et ses visites les missionnaires et les fidèles de son vaste diocèse, qui s'étendait de Terre-Neuve à la Louisiane. Il fit de riches donations aux divers établissements du pays. On les a évaluées à 600000 livres. Son successeur. Mai- Duplessis-Mornay, n'alla jamais au Canada. Il gouverna son diocèse par un administrateur. Ses infirmités l'obligèrent à démissionner en 1733. Il fut remplacé par Mg"- Dosquet. Le nouvel évêque avait été sulpicien et membre de la communauté de Montréal. Sur le conseil de M. Tronson, il s'était donné aux Missions étrangères qui manquaient de sujets; et c'est là qu'on l'avait pris pour l'élever sur le siège de Québec. Il s'appliqua sur-

Ii63

CANADA (CATHOLICISME

loiit à promouvoir rcducalion de la jeunesse et la vie iiligieuse dans les communautés. II écrivit plusieurs k'ttres pastorales sur ces sujets. L'instruction des filles était ;ilors donnée par les ursulines qui avaient une maison à Québec et une autre aux Trois-Riviéres, et par lis siiiirs de la congrégation Xotre-Dame qui complaienl I i maisons. De plus, ces religieuses avaient formé des institutrices qui répandaient l'instruction dans les campagnes. Pour les jeunes gens, outre le collège des jésuites et le petit séminaire de Québec, on avait ouvert une école des arts et métiers à Saint-Joachim; et les .sulpiciens avaient fondé des écoles latines à Montréal. Cf. MandemeiUs des évêques de Québec, publiés par M'if Têtu et l'abbé Gagnon, Québec, 1887, t. i, p. 543. L'instruction primaire était donnée par des instituteurs amenés de France ou pris au pays. Les frères Charon en firent passer 24 au Canada. Les religieux et leurs novices s'adonnaient aussi à celle œuvre. Nous voyons même les curés de Montréal, en signant sur les registres, ajouter à leur titre celui de maître d'école.

Mor Dosquet quitta le Canada en 1735, épuisé par un climat trop rigoureux. Démissionnaire en 1739, il est remplacé par Ma' de Lauberivière. .^près plusieurs années de veuvage, l'Église canadienne se réjouissait de l'arrivée du nouvel évèque (17'iO) quand il lui fut rapidement ravi. Le prélat s'était prodigué pendant la traversée auprès des soldats atteints du scorbut et avait contracté le terrible mal. Il eut pour successeur, l'année suivante, Ma' de Pontbriand (1741-1760). Ce fut le dernier évèque de la domination française. Il releva sa cathédrale qui tombait en ruines ( 17V'i-1748), contribua à restaurer le monastère des ursulines des Trois-Rivières et l'Hôtel-Dieu de Québec (1755), dévorés par le feu, supprima 19 des 35 fêtes chômées d'obligation, dont il renvoya la solennité au dimanche, établit les retraites ecclésiastiques ; par sa science et sa vertu il fut le modèle de son clergé.

Tandis que les chefs de la hiérarchie travaillaient à l'affermissement de la foi, ils étaient vaillamment secondés par un clergé plus nombreux et par les communautés. Les jésuites avaient encore des missions, mais elles étaient fort réduites. On estime, en effet, que les maladies contagieuses, l'eau-de-vie et lesguei-res d'extermination qu'ils s'étaient livrées avaient abaissé le nombre des sauvages à un dixième de ce qu'ils étalent en 1650. Les sulpiciens avaient travaillé sans arrêt à la colonisation de l'ile de .Montréal et de la région environnante. Leurs supérieurs furent tous vicaires généraux de l'évêque de Québec. .\ Dollier de Casson, décédé en 1701, avait succédé M. Vachon de Belmont (1701-1732), qui fit construire à ses frais le fort de la Montagne, le vieux

si'iniini Il .|. debout, et commencer le canal de

Liuh;!; I I ! il. M. Xormant du Faradon, qui le

rnii) ' i> ' 17 ;j IT.V.ii. sauva d'une ruine imminente riLijpii il , 1! r.il -11 se chargeant en partie des dettes des frères Charon et en le faisant passer entre les mains des sœurs grises, les « Filles de la Charité » du Canada, M"!' d'Youville, le fondateur (1755).

''Y^nUle, fondatrice des sœurs J ' Jette, Vie de la Vénérable < I. 1900. A Saint-Sulpice de Il I - iliiiient cet abbé Picquet à qui la ville d'Ogdeusburg érigeait, en 1899, un monument comme à son fondateur. Missionnaire au lac des Deux- Montagnes, où il construisit un calvaire devenu lieu de pèlerinage, il passa ensuite dans l'Ouest, fonda la célèbre mission de la Présentation (1749) et exerça une telle iniluence sur les Indiens qu'il les tint fidèles à la France dans les circonstances désespérées de la dernière guerre (1756-1759), infligea, à la tète de ses bandes iroquoises, plusieurs défaites aux Anglais, qui, ayant vainement tenté de le gagner à leur cause, mirent sa tête à prix ; par son intrépidité, enfin, il arracha au gouverneur

dont il est Faillon, 1 f) lises, Ml Mère <Y'l Montréal

Duquesne ce cri d'admiration : « L'abbé Picquet me vaut mieux que dix régiments. » J. Tassé, L'abbé Pic- (/net, dans la Revue canadienne, janvier et février 1870, t. vu; Bibaud jeune. Le Panthéon canadien, Montréal, 1858; Bfograp/iie universelle ancienne et moderne, Paris, 1823, t. xxxiv, p. 289; Lettres édifiantes et curieuses, Lyon, 1819, t. xiv; Mémoire sur la vie de M. Picquet, par M. de la Lande, de l'Académie des sciences, p. 262.

On sait quels événements précipitèrent la chute de la colonie. Ils appartiennent au domaine de l'histoire générale. Après la prise de Québec (1759), Ms' de Pontbriand se retira à Montréal, chez les prêtres de Saint- Sulpice. De là, il instruisit minutieusement ses curés par des lettres circulaires sur la conduite à tenir en ces temps difficiles, et s'éteignit (8 juin 1760), avant d'avoir vu Montréal au pouvoir des Anglais.

11 fallait pourvoir à l'administration d'un diocèse immense. Avec l'autorisation du général Murray, le chapitre s'assembla et nomma des administrateurs : M. Briand, pour la région récemment conquise, M. Perreault pour les Trois-Rivières et la partie encore française, M. Montgolfier, supérieur de Saint-Sulpice, pour Montréal et le Haut-Canada, M. Maillard pour l'Acadie, M. Forget pour les Illinois, M. Beaudoin pour la Louisiane.

Le 10 février 1763, fut signé le traité de Paris qui cédait le Canada à l'Angleterre. Pour l'Église canadienne se fermait la période de l'établissement et de l'alTermissement de la religion et s'ouvrait celle des luttes et do l'épanouissement qu'il nous reste à parcourir.

II. APRliS 1763. — Au moment du traité de Paris, la population catholique, toute d'origine française, comptait à peine 70000 âmes. Tous les chefs naturels des Canadiens avaient regagné la France. .Seul le clergé leur restait. Il se trouva investi de la double mission de conserver le peuple dans la foi des aïeux, et de le diriger dans la conquête de ses droits civils et politiques. Cf. Ferland, Cours d'histoire du Canada, t. ii, p. 607 ; Gailly de Taurines, La nation canadienne, p. 44; E. Rameau, Situation religieuse de l'Amérique du Nord, dans Le correspondant, juillet 1866.

Pendant la discussion du traité de Paris, le clergé adressa à l'ambassade de France à Londres un mémoire sur les affaires religieuses du Canada, réclamant la garantie de l'évêché et du chapitre de Québec et proposant de faire élire l'évêque par le chapitre, avec l'agrément du roi, comme on faisait autrefois dans l'Église. Les agents du clergé offrirent même de loger l'évêque au séminaire, dont il serait le supérieur et dont les membres, devenus chanoines, formeraient son chapitre. « Car, disaient-ils, c'est un usage reçu dans toute l'Église, qu'il n'y a point d'évêque titulaire sans chapitre. »

Autres étaient les pensées du gouvernement anglais. A la hiérarchie catholique il se proposait de substituer la hiérarchie anglicane et se flattait d'avoir aisément raison de la conscience d'une poignée de colons. Après avoir aboli les lois françaises de sa propre autorité, le roi George III exigea des Canadiens le serment d'allégeance. On signifia aux curés que, s'ils refusaient de le prêter, ils se préparassent à sortir du Canada. Même ordre fut donné aux autres habitants. C'était leur demander l'abjuration et la révolte contre la juridiction du saint-siège. En même temps, on dressait un état des églises, des prêtres, des curés, de leurs revenus, de leurs biens, ainsi qu'un tableau des communautés religieuses, avec un précis de leurs constitutions, droits, privilèges et propriétés. A Londres, on projetait de relever la cathédrale de Québec, au profit de l'anglicanisme, et afin d'intéresser à ce dessein l'archevêque de Cantorbéry, l'évêque de Londres et la Société biblique, on leur faisait entendre que l'on ferait main basse sur

CANADA (CATHOLICISME

les biens religieux des Canadiens. Cf. Garneau, Histoire du Canada, 1. XI, c. i, p. 390.

On voit comment le gouvernement anglais entendait conserver aux Canadiens o le libre exercice de leur religion ». Jl est vrai que le traité de Paris (10 février -1763) ajoutait : « autant que les lois de la Gi'ande-Bretagne le permettent. » Cette restriction laissait une grande latitude pour l'interprétation du traité. Aussi vit-on la cour donner aux gouverneurs du Canada des instructions où se lisent des articles comme ceux-ci : « Art. 32. Vous n'admettrez aucune juridiction ecclésiastique du siège de Rome, ni aucune juridiction ecclésiastique étrangère dans la province soumise à votre gouvernement. - Art. 33. Et afin que l'Église d'Angleterre puisse être établie en principe et en pratique, et que lesdits habitants puissent être amenés par degrés à embrasser la religion protestante, et que leurs enfants soient élevés d'après les principes de cette religion, nous déclarons par les présentes que notre intention est que, lorsque la province aura été divisée en tomiships, on devra donner tout l'encouragement possible à l'érection d'écoles protestantes » (7 décembre 1763). Ces articles et d'autres encore donnèrent l'alarme aux Canadiens, qui envoyèrent des dilvnc-^ a i'.my^r 111 [inu- réclamer le maintien de l'urijMii- umh , , rlrHi-iKin.' et se plaindre de rinterprétalinii (|ii. l,.ii \uiiliit lionner au traité. Les évêques de Uurbcc, M." liruiud, p. -269.

Cependant le cluipilre avait pu se réunir pour l'élection d'un évêque. Le choix tomba sur M. de Montgolfier, supérieur de Saint-Sulpice à Montréal. Ce digne prêtre partit pour l'Angleterre alhi d'y négocier l'allaire de l'épiscopat. Mais son inlluence élait redoutée du gouverneur Murray, qui lit l'chouer les négociations. M. de Montgolfier, renonçant alors à l'honneur qu'on lui avait fait, désigna pour le remplacer Olivier Briand, vicaire général de l'ancien évéque. Celui-ci fut plus heureux. Après bien des difficultés, le gouvernement lui fit savoir indirectement que, s'il se faisait consacrer, on n'en dirait rien, et qu'on fermerait les yeux sur cette démarche. Les bulles de Clément XIII furent expédiées le 21 janvier 1766 avec l'agrément de George III et aux conditions exigées par lui, dans la mesure où elles étaient compatibles avec la dignité et l'indépendance de l'Église. D'ailleurs, dans les actes officiels, on refusa à Ms' Briand et à ses successeurs Ir liin ■r/vt-que de Québec, qui l'ut remplacé par crlni il- . , .,/- //(/a»( du culte catholique,, en attendant ■in- M l'h-^-i- reconquît son vrai titre à la pointe de 1. p.,- , l,s|:; ,

Les communautés d'hommes furent condamnées à périr. Récollets, jésuites et sulpiciens eurent défense de se recruter au pays ou de recevoir des membres de l'étranger; et leurs biens devaient revenir à la couronne. Un décret royal de 1774 supprima les jésuites et confisqua leurs biens. Les représentants de la Compagnie jouirent cependant des revenus jusqu'à leur mort. Leur collège de Québec fut transformé en caserne (1776). Les maisons des récollets eurent bientôt le même sort; et leur supérieur reçut jusqu'à sa mort 500 livres sterling de pension. Quant aux sulpiciens, de 30, ils étaient réduits, en 1793, à deux vieillards septuagénaires, lorsque le gouvernement se relâcha de ses rigueurs et oflrit l'hospitalité aux victimes de la Révolution française. La loi de mort n'épargna pas le chapitre, dont le dernier acte capitulaire date de 1773. Justement inquiet de ce que deviendrait l'épiscopat après lui, étant données les

dispositions hostiles du sura un coadjuteur < personne de Ma"- Mar nombre des prêtres ei était tombé à 138.

Les fidèles n'étaient

Mar Briand s'asxiKcessione dans la -lis. Ajoutons que le • lut de 181 en 1759,

ités. Pour eux, point

mieux t place dans les charges publiques, point dans les c Is delà nation. Une sorte d'ostracisme les traquait de

toutes parts. Les protestants réclamaient une chambre de représentants d'où les catholiques seraient exclus en principe.

C'est dans ces conjonctures qu'éclata la rébellion des colonies anglaises d'Amérique. Le gouvernement de Londrrs rornprif qu'il fallait à tout prix gagner les Caii:iilirii^. ,1. |,;ir y acte de Québec [mi), W leur rendit 1'^ Im-^ ri\i[.< IVançaisos, les dispensa du serment du Ifsl. fl r/l;ililil leurs droits politiques et civils. C'était un acte de sage politique. En effet, les Américains firent appel au Canada et voulurent engager ses habitants dans leur révolte contre la métropole, laissant entendre que la liberté religieuse serait mieux respectée par eux que par l'Angleterre. En ces circonstances. Ma' Briand prescrivit dans un mandement (22 mai 1775) à ses diocésains la conduite que leur imposaient la con.science et la religion. Le Canada fut envahi par les Bostonnais, qui, s'étant emparés de Montréal et des Trois-Rivières, assiégèrent Québec. Mais ils furent battus et Montgomery leur chef fut tué. Néanmoins, ils tentèrent une conciliation et députèrent aux Canadiens le célèbre Franklin et John Carroll, plus tard évêque de Baltimore. Us invitaient les habitants du Canada à faire cause commune avec eux. Ils promettaient au peuple le libre exercice de la religion catholique; au clergé la jouissance pleine et entière de ses biens; la direction de tout ce qui a rapport à l'autel et à ses ministres serait laissée aux Canadiens et à la législature qu'ils voudraient se donner, pourvu que tous les autres chrétiens pussent également remplir les charges publiques, jouir des mêmes droits civils et politiques, et professer leur religion, sans avoir à payer la dime, ni de taxe au clergé catholique. Malgré de si séduisantes promesses, le peuple resta docile à son clergé qui lui prescrivait la fidélité à son souverain légitime. Après une série d'échecs, les Américains durent se retirer et Ms^ Briand fit chanter un Te Deiim d'action de grâces (31 décembre 1776).

Pendant ces luttes la population catholique augmentait sans cesse. En 1784, elle était de 130 000. Le nombre des prêtres de langue française ne répondait pas aux besoins d'un tel accroissement. Deux citoyens de Montréal envoyés à Londres se plaignent qu'à cette époque 75 cures sont privées de pasteurs. Mais le gouvernement fait la sourde oreille. Les provinces maritimes : Nouvelle-Ecosse et Nouveau-Brunswick et l'île Saint-Jean (aujourd'hui Prince-Edouard) se peuplent de catholiques irlandais et écossais, que desservent quelques missionnaires de langue anglaise. Les Acadiens, dispersés en 1755, se groupent sans bruit et se multiplient; mais les prêtres sont rares; et, en certains lieux, l'on voit un laïque chargé de baptiser et de recevoir les consentements de mariage jusqu'à l'arrivée du missionnaire. C'est à ces groupes épars de fidèles qu'eu 1787 Ms' d'Esglis adressa un mandement dont le titre rappelle l'énumération qui se trouve en tête de la première Épitre de saint Pierre. L'évêque l'envoie « à lotis les catholiques anglais, écossais, irlandais, acadiens et autres établis à Halifax, te Saint-Jean, à Melburn, à Antili'mrajnhonkq, au Cap-Sable, à la baie Smui,' iZ-o i- . ,i M ir^miic/ii, à Annaréchaque, et généralciiMiii (l.m- ;,.-/, n /, s parties de la Nouvelle- Ecosse "^ MnnJcnn ,,is ,lrx ivrqnes de Québec, t. III, p. 335.

Ma"- Briand s'était dérais du fardeau de l'administration en 1784. Son successeur Ms' d'Esglis, âgé de 75 ans, se donna un coadjuteur. Ma' François Hubert, qui devint titulaire l'année suivante, 1788. On doit à cet évêque d'avoir étoulTé un projet d'université mixte imaginé par les protestants, fondation à laquelle ils proposaient d'appliquer les biens des jésuites; on lui doit également l'ouverture du Canada aux prêtres français persécutés par la Révolution. Il écrivit dans ce but à Londres uu important mémoire. Dès 1793, tout prêtre français, muni

au Cap-Breton, t qonish, à Dirfhii.

d'un passoport du secrétaire d'État, put être reçu à Québec. On on accueillit 34, dont 12 sulpiciens. Parmi ces pn'lrcs, citons les abbés Desjardins, Sigogne, de Calonne et t'.iiiiiart, sulpicien, qui furent des apôtres parmi les Acadiens. « C'est à ces confesseurs de la foi que la race acadienne dut son organisation; ce sont eux qui sont les vrais fondateurs de sa nationalité. »

AhW' nnsfrr.iin. PMcrinage au paijs d'Évangeline; Histoire ,i,,- ,n i 7--, -, i-v nrsuUnes des Trois-Riviéres, 2 iaS; Troisli i. 1^-^ I 'J: cet ouvrage renferme une biographie étendue .1 I : I rn-, frère du ministre de Louis XVI, mort en

,.,l. 1,1 i. I ,, ,mx Trais-Rivières. 1822. Elle a même été pu- Lli. f ,, |iaii ^..ob ce titre: Vie de l'abbé de Calonne, in-të, Ti.iis-Hivièies. Sur M. Ciquart, S. S., M" Tangay, Répertoire gcni:rat du clergé canadien, in-8', Montréal, 1893. Une vie 'maruscrile de ce missionnaire est conservée au séminaire de philosophie à ïssy.

Grâce à ce renfort, le clergé canadien se trouva porté à 160 prêtres; 9 étaient dans la Nouvolle-Érosse ol 4 dans le Haut-Canada. Xiui- irl. ..inv d'uiir,.- .liliiU pri'cioux dans un mémoin- .1 M Uni" il m ,Hni--h v'

il constate que les catholii|n. - -i|.;int m i I I.

160 000; qu'en dépit des pi, l:. < i.mi.Ih- ,i h m I-l il )i \ a pas cinq catholiques qui aient apostasii', tandis que deux à trois cents protestants se sont convertis; bien que l'érection de l'évèché de Baltimore (1789) ait enlevé à la juridiction de Québec tout le territoire cédé aux États-Unis, l'étendue de ce dernier est encore trop vaste. Il ajoute : « Il en faudrait plusieurs, mais ce projet trouverait des obstacles insurmontables de la part de la Grande-Bretagne, qui s'occupe, au contraire, des moyens d établir en ce pays un clergé protestant. Il faut donc attendre des circonstances plus favorables pour cette division. Cependant, le nouveau coadjuteur de Québec, se proposant de faire sa résidence dans le district de Montréal, on espère que le gouvernement s'accoutumera insensiblement à y voir un évêque » (1794). Mandements des évêques de Québec, t. Il, p. 474.

Avant de clore le xviii» siècle, signalons la fondation du collège de Montréal (1767) par M. Curatteau de la Blaiserie, prêtre de Saint-Sulpice; avec le petit séminaire de Québec, cet établissement était jusque-là le seul foyer d'instruction classique. Disons aussi que le clergé l'ut ti'és occupé à relever les ruines amoncelées par les guerres. A Québec en particulier tout avait été à refaire: palais épiscopal, Hôtel-Dieu, hôpital. M'-i'lI. Têtu, Hisl. du palais épiscopal de Québec, in-8», Québec, 1896. A Montréal, l'Hôtel-Dieu (1765) et l'établissement de la Congrégation (1769) incendiés trouvaient une providence dans M. de MontgolBer et Saint-Sulpice.

A M9' Hubert succéda Ms' Denaut (1797-1806). Sous son épiscopat la lutte du protestantisme contre l'Église se traduisit par l'établissement de l'Institution royale, due à l'initiative de l'évêque anglican. On nommait ainsi une corporation habilement composée et destinée à monopoliser l'instruction à tous les degrés en concentrant les pouvoirs entre les mains du gouverneur. Par elle, l'éducation arrachée au clergé catholique tombait au pouvoir des protestants et l'œuvre de séduction s'exerçait librement sur l'enfance et la jeunesse. Le gouverneur pouvait, à sa discrétion, établir des écoles gratuites dans toute paroisse ou township de la province, et nommer deux ou plusieurs commissaires dans chaque comté. Ces commissaires achetaient des terrains sur lesquels ils iidsaient construire aux frais des habitants les maisons d'écoles. La nomination des instituteurs et leur traitement dépendaient du gouverneur. L'évêque anglican, le D' Mountain, fut choisi comme président de l'Institution, ce qui suffit pour donner l'éveil au clergé et au peuple. L'ne restriction, mise à la loi, en fit échouer l'application. Il y était dit que la maison d'école ne se construirait que si la majorité la demandait au gouverneur par requête. S'appuyant sur ce sta-

CANADA (CATHOLICISME

tut, le clergé dissuada les Canadiens de faire cette demande, et anéantit ainsi les projets du parti anglais. Cf. S. Pagnuelo, Études historiques et légales sur la liberté religieuse en Canada, in-8», Montréal, 1872.

La lutte n'était pas finie. Elle allait s'engager plus ardente, mais se terminer tout à l'avantage du catholicisme, grâce au graiîd évêque Octave Plessis que la providence mit alors à la tète de l'Église canadienne (1806). Le prélat trouvait le diocèse dans une situation difficile. Une oligarchie puissante et fanatique entreprenait résolument de réduire l'Église à n'être que l'esclave du pouvoir civil, à en faire comme en Angleterre l'humble servante du gouvernement, en définitive, à mener insensiblement le Canada au protestantisme par voie gouvernementale. Ce projet eut pour principal fauteur un certain Witlius Ryland, qui fut secrétaire des gouverneurs du Canada de 1790 à 1812. Cet homme actif et haineux professait que l'existence de la religion catholique était un danger perpétuel pour l'État, et se d/.Iuiil prêt à l'extirper partons 1< iiiiiv.-n = . inrme l'u 1 . l'iioo. D'après lui, il fallait c^n'i ri i i' ■ les |iiM|ii I' l/s religieuses, ôter au catlh'li' I '- ' l'iiUon pi iliiiiJ.rante, le traiter en culte di^^~|'llll ' i-li' |iar condescendance du pouvoir. Ryland avait di's complices dans Sewell, procureur général, Mountain, évêque anglican, Monk,juge en chef: ils n'eurent pas de peine à s'emparer du gouverneur James Craig, dont l'administration a été qualifiée de régime de la terreur. On signifia à yii' Plessis que sa désignation officielle était celle de surintendant ou de notaire apostolique; on réclama de lui un acte reconnaissant la suprématie royale en matière de religion; on revendiqua pour l'État le contrôle de l'administration religieuse et la nomination des curés.

Tous ces projets échouèrent devant la fermeté, toujours pleine de douceur et d'une courtoisie irréprochable, de Ma' Plessis, en qui s'incarna pendant quinze ans (1800-1815) la résistance des Canadiens catholiques aux Anglo-protestants. Ce prélat sut garder entière son indépendance, n'abdiquer aucun de ses droits, ne céder aucun de ses titres, sans jamais blesser le sentiment anglais. Aussi, lord Castlereagh, ministre des colonies, répondait-il à l'évêque anglican de Québec : « Ce serait une entreprise fort délicate que d'intervenir dans les affaires de la religion catholique, ou de forcer l'évêque titulaire à abandonner son titre et à agir, non comme évêque, mais comme surintendant. » Ryland, qui était passé en Angleterre pour se plaindre lui aussi, futéconduit par Robert Peel.

Quand les Anglais eurent reconnu qu'il fallait s'accommoder du catholicisme et accepter son organisation, ils voulurent l'asservir en faisant accepter un traitement à ses ministres. Le gouverneur Craig fit entendre à l'évêque qu'il était prêt à lui reconnaître son titre et les prérogatives de son rang, à lui accorder un traitement de 20 000 livres, à étendre même les faveurs royales à tout le clergé, à condition que le sacerdoce fut envisagé comme une fonction publique et que la nomination aux cures se fit avec l'assentiment du pouvoir. « Cette transaction, ajoutait Craig, revêtira les prêtres catholiques d'un caractère légal et leur conférera l'avantage d'être assimilés aux membres de l'Église royale anglicane. » Le gouverneur tenait surtout à la nomination des curés. Mur Plessis fut inllexible, et pour échapper aux obsessions qui l'entouraient, il rédigea, sur l'invitation de sir George Prévost, qui avait succédé à Craig, un mémoire célèbre. <( Je suis obligé de déclarer d'avance, écrivait-il au gouverneur, qu'aucune offre temporelle ne me ferait renoncer à aucune partie de ma juridiction spirituelle. Elle n'est pas à moi; je la tiens de l'Église comme un dépôt. » Le mémoire se divisait en trois parties : 1» ce qu'étaient les évêques au Canada, avant la conquête ; 2" ce qu'ils ont été depuis; 3° l'état où il serait à propos

CANADA (CATHOLICISME

qu'ils fussent à l'avenir. Dans la II» partie, il déclare qu'à dater de la capitulation de Montréal le chapitre se considéra comme revenu à l'ancien droit suivant lequel l'évèque était élu par le clergé de l'Église vacante et confirmé par le pape, sous le bon plaisir du souverain ; que l'évèqur 11' (}nilirr, depuis 1770, a toujours eu un coadjutein cmn jnim-a siu-cessione, proposé par lui, agréé par Ir -'Hm riinn . confirmé par le saintsiège; que tous sls prrdcccssLurs ont fait preuve de la loyauté la plus scrupuleuse envers l'Angleterre ; que leur autorité étant toute spirituelle et s'exerçant seulement sur les sujets catholiques, on ne leur avait jamais contesté, en fait, jusqu'à ces dernières années, ni leur juridiction, ni leur titre d'évêques. Il réclamait, dans la II1« partie, le maintien des mêmes droits et leur reconnaissance officielle ; et, comme conséquence, le droit de propriété pour lui et ses successeurs.

On en était là quand éclata la guerre entre la Grande- Bretagne et les États-Unis (1812). Ma-- Plessis visitait alors les extrémités de son diocèse. En son absence, ses vicaires généraux écrivirent des mandements pour inviter le peuple à la fidélité et au courage contre l'ennemi. Lui-même, à son retour, n'épargna rien pour aider à la défense du pays. Ce ne fut pas en vain. Les Américains des États-Unis, vaincus en plusieurs rencontres, se retirèrent. L'évèque put transmettre à ses curés « la parfaite satisfaction du gouverneur pour l'assistance qu'il a reçue de leur part, tant pour la levée des milices, que dans le maintien de la subordination parmi elles ». Sir George Prévost fit plus; il obtint du prince régent la reconnaissance officielle du titre d'évêque catholique de Québec pour Mo' Plessis avec 20 000 francs d'appointements. A l'évèque anglican qui protestait contre une telle faveur, lord Bathurst répondit : « Ce n'est point quand les Canadiens se battent pour l'Angleterre qu'il faut agiter de pareilles questions. » Ainsi, après quinze ans de luttes, étaient reconnus l'indépendance et les droits de l'évèque.

Pagnuelo, Études sur la liberté religieuse en Canada, c. ix- XI, p. 86-120; J. Guérard, La France canadienne, dans Le correspondant, avril IS--: Cnrnr-nn, Hixf- n„ r.ntm.h, t. m, I, XIII,

o.u; l.XIV.c. i; i/,. ' ■ ' ■ '■■ '/•.':, i. m;

Conversations en(> ■ , ' w / . ; ■ \1< ■noire

au gouverneur, \i. ~ i..-' |ii>,i, ;. - <tr,iUs,

Montréal, 1876, .U' J'..,,,...,. |,. .■>j. I; . . . ;/ , -./ Ca-

nada, 5 m-%' , Qnéhfic, VA^-lXii : i.li-.nu i- I liench,

Biographical notice of J. 0. Plessis. I' ; " , in-8-,

Québec, 1864; c'est une traduction dim :,:... :i ,iii> ai^ par l'abbé Ferland; Le Foyer canadien, t. i, p. li'J-L:*i, Uùdai-d, Histoire de cinquante ans 0191-i8U), in-8% Québec, 1869,

c. IV, V.

Lord Sherbrooke, qui succéda à sir George Prévost, refut des instructions secrètes du gouvernement anglais pour se concilier l'évèque catholique. A ce titre, Mar Plessis entra au conseil législatif, en dépit des protestations de Sewell qui voyait là une mesure tendant à établir la suprématie du pape (1817), et lord Bathurst consentit à reconnaître un coadjuteur cum fulura siiccessione, quand l'évèque l'aurait désigné.

La même année (1817), le saint-siège érigea la Nouvelle-Ecosse en vicariat apostolique. Ma' E. Burke y fut préposé avec le titre d'évêque de Sion. En 1818, lord Castlereagh engagea la cour de Rome, comme le réclamait Mil' Plessis, à créer deux autres vicariats, l'un du Haut-Canada, l'autre comprenantleNouveau-Brunswick, l'île du Prince-Edouard et les îles de la Madeleine. Le prélat jugeait nécessaire de placer aussi un évêque dans le district de Montréal et un autre dans le territoire du Nord-Ouest.

Pour hâter la conclusion de ces affaires il passa en Angleterre. Arrivé à Londres, il apprit par une lettre du Canada que, peu d'heures après son départ, on avait reçu des bulles du saint-siège le nommant archevêque de Québec et érigeant son Église en métropole et lui

donnant pour sulfragants Ms' Mac Donell, vicaire apostolique du Ilaut-Canada, et Ma' Mac Eachern, vicaire apostolique du Nouveau-Brunswick et de l'île du Prince- Edouard. Mar Plessis remit à lord Bathurst trois mémoires : le premier, pour obtenir l'agrément du ministre au sujet des deux divisions nouvelles de son diocèse : Montréal et le territoire du Nord-Ouest, qu'il se proposait de solliciter du saint-siège; le second, pour demander des lettres patentes pour le séminaire de Nicolet; le troisième, au sujet des biens de Saint-Sulpice à Montréal. Le prélat obtint ce qu'il désirait et partit pour Rome, où Pie VII lui accorda la permission de ne point prendre le titre de métropolitain, tant que le gouvernement anglais s'y opposerait, et signa les bulles de Ma' Provencher, pour le Nord-Ouest, et de Mar Lartigue, sulpicien, pour le district de Montréal. Le premier eut le tit-re d'évêque de Juliopolis ; le second, d'évêque de Telmesse (1820).

Cette protection accordée à l'Église catholique n'allait pas sans susciter des mécontentements parmi les principaux protestants du Canada. Un groupe de fanatiques résolut d'anéantir la constitution de 1791, qui avait séparé le Haut-Canada du Bas-Canada, et de provoquer l'union des deux provinces, sur les bases les plus iniques, et dans le but de détruire la population catholique et française. On se promettait d'abolir la langue française graduellement, et, tout en garantissant la liberté du culte catholique, on l'assujettissait à la suprématie du roi, que l'on affirmait de suite en lui conférant la nomination aux cures et la collation des bénéfices. Garneau, Hist. chi Canada, t. m, p. 228; Christie, t. ii, p. 385. Ce complot trouva en Angleterre un agent puissant dans un nommé Ellice, qui réussit à faire présenter un bill dans ce but à la Chambre des communes (1822). Le bill eut passé presque inaperçu si un certain Parker, ennemi d'EUice, n'eût mis en garde le ministère. Les Canadiens informés de cette tentative secrète d'asservissement furent indignés. Mar Plessis et le clergé encouragèrent le peuple à protester et à signer des requêtes pour empêcher la mesure. Plus de 60 000 signatures couvrirent ces protestations. Munis de ces pièces, Papineau et Neilson, conseillers législatifs, partirent pour Londres. Leur mission eut plein succès. Le bill fut retiré. D'ailleurs, par l'inlluence de l'évèque de Québec, le conseil législatif canadien, bien qu'en majorité protestant, avait luimême rejeté cette iniquité. Deux ans plus tard, 1824, le gouverneur Dalhousio essaya de faire revivre les querelles religieuses; mais il ne trouva d'écho nulle part. Garneau, t. m, p. 239. Pendant que le clergé, son évêque en tête, ralliait toutes les forces du pays, hommes politiques, publicistes, et le peuple, pour résister aux Anglo-protestants, l'Église croissait avec le nombre même de ses enfants. En 1831, le nombre des Canadiens français atteignait 380000; en 1784, ils étaient 106 000; ils avaient donc, en 47 ans, réalisé un accroissement de 274000 âmes ou de 2,60 p. 100 par an, proportion qui représente un progrès de 0,40 p. 100 par an sur la période précédente. Cette marche en avant n'était pas de nature à rassurer le parti exclusif et intolérant, qui existait du coté des Anglais, ni à inspirer la modération aux Canadiens conscients de leur force. Après la mort de Ma' Plessis, plusieurs membres influents du corps législatif, désertant le terrain sur de la résistance légale, glissèrent sur la pente révolutionnaire, rejetèrent avec hauteur les tentatives de conciliation du gouvernement anglais et soufflèrent la révolte par leurs philippiques indignées. Alors éclatèrent les troubles de iS37-iS38, vraie guerre civile où l'on vit quelques centaines de paysans, égarés par des tribuns, courir aux armes. Indociles à la voix de leurs pasteurs, qui maintinrent cependant dans la soumission à l'autorité la masse du peuple, ces malheureux se firent décimer par les troupes anglaises. Ce qui fut pis, c'est que ce mouvement in-

CANADA (CATHOLICISME

siiri'oclionncl, aiuiuel h plupart des Canadiens étaient restés étrangers, réveilla les malveillances contre tous et fournit aux ennemis de la race et de la religion des Tranco-canadiens l'occasion depuis longtemps désirée d'accomplir l'union des deux Canadas. L'acte d'union jiissaau Parlement britannique le 23 juillet 18i0.

Avant cet acte d'injustice et de despotisme (cf. Tur- . iille, Le Canada sons l'Union, p. 60, en note le discours lie sir La Fontaine), qui marque une date importante dans l'histoire du Canada, plusieurs faits s'étaient accomplis, plusieurs œuvres avaient été créées qui intéressent l'Église. Les centres d'éducation secondaire s'étaient multipliés : collèges de Saint-Hyacinthe (1809), de Sainte-Anne de la Pocatière (1829), de l'Assomption (18'd2), de Sainte-Thérèse (1825), dont les élèves fourniront des recrues au clergé et aux professions libérales. Pour l'instruction primaire, à côté de l'Institution royale protestante, dont nous avons parlé plus haut, avait été fondée la Société d'éducation de Québec, société catholique dont le but était l'instruction des enfants pauvres et la formation d'instituteurs pour la campagne. Plusieurs autres sociétés poursuivant le même but se formèrent sur différents points du Canada. En 1824, fut portée la loi des écoles de fabrique, qui autorisait les fabriques à acquérir et à posséder des biens, meubles et immeubles, pour fonder et entretenir des écoles élémentaires dans les paroisses. Elles pouvaient établir une école pour 200 familles et consacrer à cette œuvre un quart de leurs revenus. Lecuréet lemarguillieren charge étaient de droit commissaires de l'école. En 1827, lord Dalhousie tenta « avec la coopération de l'évèque et du clergé de l'Église romaine, ainsi s'esprimait-il, de former un comité séparé de l'Institution royale, lequel conduirait et surveillerait seul les écoles catholiques romaines », mais ce projet n'eut pas de suite. Enfin, en 1836, le Parlement fit un statut pour établir des écoles normales avec le concours du clergé.

A Mof Plessis, mort en 1825, avait succédé M'J' Panet, qui eut une grande part dans les progrès réalisés en vue de l'instruction élémentaire. Il mourut en 1832, l'année même où le choléra, faisant son apparition au Canada, fit périr en cinq semaines plus de 4 000 personnes, parmi lesquelles un grand nombre de prêtres et de religieuses dévoués au soin des malades. Le coadjuteur de Mof Panet, Ma' Signay (prononcez Sinaï), le remplaça. Son épiscopat fut signalé par beaucoup de malheurs : nouveau choléra (1834), guerre civile (1837-1838), deux incendies qui réduisent la ville de Québec presque entière en un amas de ruines ( 1845), typhus apporté par les Irlandais chassés de leur patrie par les terribles évictions de 1847.

Signalons plusieurs érections d'évèchés : Kingston (1826), Charlottetown (ile du Prince-Edouard), 1829, Montréal (1836). Cette même année 1836 vit l'établissement au Canada de l'œuvre de la Propagation de la foi : bénie par Grégoire XVI, enrichie des mêmes privilèges et indulgences que la société inaugurée à Lyon en 1822. Affiliée à celle de Lyon en 1843, elle le resta jusqu'en 1876, époque où elle continua de fonctionner indépendante. Son but est, par suite de cette séparation, restreint au Canada.

A cette période aussi appartient la solution d'une question pendante depuis la conquête, nous voulons parler de la reconnaissance par la couronne des biens de Saint-Sulpice à Montréal. Parmi les articles de la capitulation de Montréal, il s'en trouvait un (le 23«) tendant à reconnaître les biens des jésuites, des récollets et des sulpiciens. Mais le général Ainherst l'avait refusé « jusqu'à ce que le plaisir du roi soit connu ». Ce « plaisir du roi » à l'égard des possessions des jésuites et des récollets aboutit à la spoliation, ainsi que nous l'avons dit. Les biens des premiers, après de longs débats entre la province et la couronne, furent abandonnés à la

première, à destination exclusive d'instruction (1832). L'église des récollets à Québec fut livrée au culte protestant. Les sulpiciens avaient à redouter le même sort. Pour conjurer une mesure si funeste aux intérêts de l'Église du Canada et enlever tout prétexte à la spoliation, Saint-Sulpice de Paris renonça spontanément à tous ses droits sur les biens de la Compagnie à Montréal et en fit l'abandon, sans réserve ni condition, aux sulpiciens de cette ville. Un moment ceux-ci purent craindre l'extinction (1789). Mais bientôt le Canada fut ouvert à leurs confrères de France et, d'ailleurs, ils s'étaient aggrégé plusieurs prêtres canadiens de naissance. Une proie échappait à la horde hostile et persécutrice qui entourait les gouverneurs au commencement du xix« siècle. En 1800, le gouverneur demanda au séminaire un état de tout son personnel, de ses biens et revenus. M. Roux, alors supérieur, le fournit. Quatre ans plus tard ( 1804), le procureur général Sewell remit au gouverneur un rapport où, s'appuyant sur deux décisions antérieures, l'une de sir .lames Marriott en 1773, l'autre du procureur de 1789, il concluait au droit du gouvernement sur les biens de Saint-Sulpice et suggérait cinq plans différents pour s'en emparer. Sir R. Milnes envoya ce rapport et d'autres à Londres et attendit des instructions qui ne vinrent pas. En 1810 et 1811, Ryland, envoyé par sir James H. Craig en Angleterre, pressa la question avec sa violence ordinaire, mais encore sans effet. Les discussions continuaient quand M. Roux publia un mémoire qui réduisit au silence les ennemis du séminaire (1819). En même temps, il fit passer à Londres M. Lartigue, plus tard évêque de Montréal, pour faire valoir les droits de Saint-Sulpice. Celui-ci fit le voyage avec Ma' Plessis, qui, dans le mémoire par lui remis à lord Bathurst, insista sur le même point et contribua plus que personne, de l'aveu même de M. Roux, à mettre fin aux attaques répétées des fonctionnaires du Canada. Il disait, en substance, que les attaques contre les biens du séminaire provenaient, ou de ce que l'on ne croyait pas les sulpiciens vrais propriétaires, et dans ce cas, euxmêmes offraient d'en donner des preuves satisfaisantes; ou du profit que le gouvernement tirerait de leur possession, et l'évêque montrait l'irritation que produirait une telle mesure chez les habitants du pays « témoins journaliers de l'emploi vraiment exemplaire et honorable que les ecclésiastiques de ce séminaire font de leurs revenus », et qui dans ce dépouillement d'une communauté verraient « le signal de la spoliation de toutes les autres ■> ; il ajoutait que c'était priver « l'Église du Canada d'une de ses principales ressources pour l'instruction de la jeunesse, comme pour la formation et la propagation de son clergé » ; qu'attaquer les biens du clergé, c'était paralyser son influence sur les peuples, influence dont l'Angleterre avait bénéficié la première. Il concluait que ceux qui avaient suggéré une pareille mesure au gouvernement, n'avaient consulté « ni sa dignité, ni sa gloire, ni les vrais intérêts et le mérite d'une province qui, par sa fidélité soutenue, parait avoir des droits particuliers à la bienveillance et à l'affection paternelle de son souverain ». Les mêmes attaques se renouvelèrent en 1829; et Saint-Sulpice lassé envoya en Angleterre deux de ses membres, chargés de proposer au ministère un arrangement pour la cession d'une seigneurie qui excitait tant de convoitises, et obtenir en retour une rente annuelle. Les deux mandataires se rendirent à Rome pour informer le saint-siège et connaître ses sentiments sur l'aliénation de biens que Saint-Sulpice avait toujours regardés, il est vrai, comme patrimoniaux, mais dont il n'entendait bien user que dans l'intérêt de l'Église. Cette négociation entamée à l'insu de l'épiscopat canadien transpira et donna l'alarme aux catholiques. Tout le clergé du Canada, ayant à sa tête les évêques, adressa une requête au gouvernement pour réclamer contre cette transaction forcée et injuste; et députa

CANADA (CATHOLICISME

deux délégués à Rome et à Londres. Inforince, la cour pontificale refusa sa sanction. Londres attendit. En ISfâ, M9' Panet écrit à lord Aylmer pour presser la conclusion : en 1835, lord Gosford, dans une adresse aux Chambres, s'engage à prendre en main la question. Sa décision semblait déjà mûre, puisque, en dépit des troubles de 1837-1838 et du mécontentement qui suivit, en 1839, en vertu d'une ordonnance du conseil privé, le séminaire fut maintenu dans la possession de ses biens et pleinement confirmé dans ses titres. Le séminaire s'engageait à ne faire passer aucun de ses biens à l'étranger et à en user, comme il l'avait toujours fait, à l'avantage du pays. Cet acte de justice le laissait à même de poursuivre le cours de ses bienfaits. Montréal lui devait son établissement, sa prospérité des premiers jours, son collège auquel M. Roques (1806-1828) avait donné une réputation qu'il a conservée depuis, sa magnifique église Notre-Dame, œuvre de M. Roux (1825- 1880), ses écoles, et, tout récemment, M. Quiblier, qui avait succédé à M. Roux en qualité de supérieur, venait d'appeler, du consentement de M'i' Lartigue, les frères des Écoles chrétiennes (1837); et bientôt le grand séminaire, aujourd'hui si llorissant, allait s'ouvrir (184fl).

Par lui-même l'acte d'union des deux Canadas n'avait rien de défavorable à l'Église catholique, bien que dans • la pensée de ses auteurs il fût destiné à lui porter atteinte. Il proscrivait l'usage de la langue française, comme officielle ; et visait par diverses mesures despotiques à assujettir Québec à Ontario, l'élément français à l'élément anglais, les catholiques aux protestants : ces derniers, qui n'étaient que 400000, devaient avoir une représentation égaleaux premiers, qui étaient 600000. Turcotte, Le Canada sous l'Union, p. 56 sq. Mais Dieu déjoua ces calculs humains. Contre toute prévision, cet acte favorisa la liberté de l'Église catholique, comme celle des sectes protestantes. L'anglicanisme cessa d'être la religion d'État, et, en se séparant du pouvoir civil, d'user de son inihience sur lui pour persécuter cette Église romaine dont la forte hiérarchie avait résisté à ses coups. D'ailleurs, le régime constitutionnel et responsable, qui résulta de l'acte d'union, en mettant la législation entre les mains de la ina.iorité, assura aux catholiques une intluence avec hKiuelle tous les partis durent compter. Au surplus, commenl la couronne aurait-elle pu songer, sans paraître ridicule, à ressusciter les vieilles querelles, en présence du droit public qui s'affirmait de plus en plus dans la province"? Ajoutons qu'un gouverneur aux vues larges se rencontra, lord Elgin (1847- 1S54), qui comprit qu'il était temps d'en finir avec un système de gouvernement basé sur l'exclusivisme et les dénis de justice. Aussi, dix années ne s'étaient pas écoulées que la langue française avait reconquis ses droits et que les Franco-catholiques avaient acquis une influence égale à celle des Anglo-protestants dans la direction des

allairps

I,,^ ipMii/. jiiii.i'squi suivirent 1840 sont des plus fécciiHl^ - |iiiwi 1 I lise du Canada. A la voix des évêques, de .M " M,Liia\ il ilt- son successeur Ma' Turgeon (1850) à Québec, et surtout de Mflf Ignace Bourget qui a remplacé Mor Lartigue à Montréal, nous voyons accourir de France ou surgir du sol canadien cinq communautés d'hommes et seize de femmes. L'évèque de Montréal ouvre largement son diocèse : en 1841, aux Pères oblats de Marie-Immaculée qui donneront aux missions du Canada un éclat qu'elles avaient perdu depuis le xviP siècle; en 18i'2. tii\ jZ-iulrv ,|ui, disparus depuis la conquête, ve\u\' ir I ,Hi- ' motion cette terre que leurs

pères ont I il I l ms travaux et de leur sang. Établis à .M.iiii. .1 il-; "livrent un noviciat en 1843, et en 1848, sous la direction du P. Félix Martin, le collège Sainte-Marie pour l'éducation de la jeunesse. Cf. Chossegros, S. .1., Uisl. du noviciat de la C'' de Jésus au Canada, Montréal, 1903. En 1847, le clergé catholique

présente une requête à lord Elgin pour réclamer, en faveur de l'Église du Bas-Canada, les biens qui avaient appartenu à la célèbre Compagnie. Le gouverneur répondit qu'ils avaient été affectés à des fins d'éducation et que l'on ne pouvait revenir sur cette question. Elle fut néanmoins rouverte plus tard devant la Chambre de Québec et réglée à la satisfaction des intéressés, qui ne recouvrèrent néanmoins qu'une faible partie des biens qu'ils avaient perdus (1889j. A Ma' Bourget revient aussi l'honneiii iImm. il ap[i.-lé au Canada les clercs de Saint-Viateur I Is'iT I I II 1 uii-iigation de Sainte-Croix (1847). Le grand .a.iiiu' cmiliilua lui-même à la fondation de plusieurs comuiuuaules de femmes : soeurs de charité de la Providence (1843), fondées avec M™» veuve Gamelin ; institut qui embrasse à la fois les œuvres de charité et d'éducation des classes pauvres, cf. Vie de Mère Gantelin, in-8», Montréal, 1900; sœurs des Saints-Noms de Jésus et de Marie pour l'instruction des jeunes filles (1843), Vie de Mère Mane-Rose, Montréal, 1895; sœurs de la Miséricorde (1848) pour l'assistance des filles tombées, Mi-t-e de la Xativité, etc., Montréal, 1898; sœurs de Sainte-Anne pour l'éducation des filles. A la même époque. Ma' Turgeon, de Québec (1850), ouvre l'asile du Bon-Pasteur et fonde pour le desservir les sœurs servantes du Cœur immaculé de Marie. Ne pouvant citer toutes les fondations de ce genre qui attestent l'inépuisable fécondité de l'Église, nous renvoyons au tableau des communautés, à la fin de cet article.

La hiérarchie épiscopale ne reste pas stationnaire ; les évêchés se multiplient ; en 1841, le siège de Toronto est érigé avec M9' de Charbonnel, ancien sulpicien, pour titulaire ; en 1842, celui de Saint-Jean du Nouveau- Brunswick avec Ma' DoUard. Deux ans après, le pape Grégoire XVI érige la province ecclésiastique de Québec et nomme Ma' Signay archevêque et métropolitain en lui assignant pour suffragants Montréal, Kingston et Toronto. La même année 1 1844) est créé l'évêché d'Arichat (Nouvelle-Écossi lun-iVi, à Antigonish depuis 1886; en 1847, deux ihu, ms -ir rs sont érigés : Bytown ou Ottawa avec M- ihh^ih-, m. M. I., et Saint-Jean de Terre-Neuve a\cc .M. .MuUock. Ainsi, dès 1850, l'épiscopat canadien comptait un archevêque et neuf évêques. Ils se réunirent en concile à Québec en 1851. C'est dans cette assemblée que fut décidé l'établissement de l'université Laval et que l'on résolut de demander à Pie IX l'érection de deux nouveaux diocèses ; les Trois-Rivières et Saint-Hyacinthe. Ma' Cooke fut nommé au premier de ces sièges, et au second. Ma' Prince, coadjuteur de Montréal.

Au cours des dix années que nous venons de parcourir, quatre faits méritent encore d'être signalés : 1" les missions de Ma' de Forbin-Janson au Canada (18-iO) qui produisirent une impression dont le souvenir ne s'est pas encore effacé, et l'inauguration par lui des retraites paroissiales, Philpin de Rivière, Vie de -l/a' Foi-bin de Janson, Paris, 1892, p. 382-402; 2" l'adoption par la législature d'un système scolaire qui assure aux catholiques et aux protestants des écoles primaires et normales séparées (1841). Les écoles communes ou de la majorité sont sous l'autorité de commissaires nommés par la majorité. La minorité, catholique ou prolestante, a son école à part. Cette loi n'assure pas au clergé une autorité réelle sur les écoles, bien qu'elle lui reconnaisse le droit de visite : aussi ne l'a-t-il acceptée que faute d'une meilleure. Ajoutons qu'en pratique, grâce au bon esprit des habitants et du gouvernement, son infiuence est généralement respectée. Mais il suffit qu un bureau de commissaires comprenne quelques membres mal pensants pour faire naître des difficultés. 3" En 1843, le mouvement en faveur de la tempérance, ou abstention des liqueurs, né en Angleterre, se fait sentir au Canada; les prêtres par leurs prédications, les évêques par leurs mandements, le favorisent : partout se

CANADA (CATHOLICISME

fondent des sociétés de tempérance qui essaient d'enrayer les désordres de l'ivrognerie. 4» L'année 1848 voit s'établir des sociétés de colonisation en vue d'empêcher le surcroit de la population des campagnes de se diriger vers les villes du Canada et des États-Unis, et de les mener à la conquête de terres nouvelles gagnées sur la f.iicl (|ui, au nord du Saint-Laurent, entre le lac Témis- . uiiingue et le Saguenay, sétend sur un espace de six I Mis milles, sans autres interruptions que les lacs et lt> cours d'eau.

La population croissait, en elïet, rapidement : pour en juger, il suffira au lecteur de jeter les yeux sur le tableau suivant :

retinontes, scitolis sibi pvopriis, sirut et œllegiis universitatibiisque, in tota nostra prnvincia fruantur. Decr. XV. Mais pour fonder une université que d'obstacles à surmonter! Il fallait des sommes immenses pour construire, un personnel pour enseigner, des influences pour obtenir l'érection civile, une organisation enfin qui permît d'atteindre le but proposé. Les évêques s'adressèrent au séminaire de Québec, qui avait rendu de grands services dans le passé à la cause de l'éducation et qui avait compté et comptait encore dans son sein des prêtres éminents. Le conseil du séminaire, dans l'intérêt de la religion, accepta en dépit des difficultés. Muni de lettres de recommandation de lord Elgin, le supérieur,

Page 1