XXVII
Paris, i| I 1 'I II: ihiiii d'abord pour i -iip. 1 II m -. I nullité, mais à une Ion n anges et les vertus qui font le monde. Prœscript., 48, P. L., t. ii, col. 66; loc. cit., p. 385; Épiphane, Hœr., t. XLi, col. 364. Selon toute vraisemblance, ces iiyytXoi ■/.o(j(io7coi'oi étaient regardés par Carpocrate comme des tyrans qui, contrairement aux vues de Dieu, faisaient peser sur les hommes un joug intolérable ; d'où la nécessité d'une intervention divine pour secouer ce joug et émanciper les hommes, intervention confiée à Jésus. 2° Christologie. — Le rédempteur imaginé par Carpocrate porte le même nom que celui de l'Évangile, mais il n'a pas la même nature et ne joue pas le même rôle. D'après lui, en elTet, Jésus n'est pas Dieu ; il n'est qu'un homme comme les autres, fils de Joseph et de Marie, mais d'une nature supérieure par la justice et l'intégrité de sa vie, Pseudo-TertuUien, Presser., 48, P. L., t. II, col. 66-67; Philosophumena, loc. cit., p. 385, possédant une âme ferme et pure qui se rappelle ce qu'elle a vu dans une vie antérieure. Il fut élevé selon la loi et les mœurs juives, mais il les méprisa et dut à ce mépris libérateur une vertu qui lui permettait de se soustraire à la tyrannie des anges démiurges. Philosophumena, loc. cit. De ce mépris du mosaisme il fit un instrument de salut pour les hommes. C'est toute la rédemption, selon Carpocrate. qui ne parle ni des souffrances ni de la mort de Jésus.
'3» Anthropologie. — L'homme est le composé d'une âme et d'un corps; mais l'âme appartient à un monde
CARPOCRATE
supérieur où elle est née, et dont elle garde un souvenir plus ou moins net; elle n'est que de passage dans le corps, où elle est emprisonnée, on ne sait pour quel uiolif. luais iloù elle doit sortir, son épreuve achevée, pour n'inlt'.mer son centre d'origine. Or, pour se sous- Iniiii' ;'i 11 iMMiiiiii' des anges et rompre victorieusement Jes lin. M m li lu li.iinent, l'âme n'a qu'à imiter, qu'à égalei I I i I II- 1 11 faisant revivre en elle le souvenir de ^uM . l,ii liiiiiiiiir ri en affichant comme Jésus pour la loi iiiosaïquu le plus souverain mépris, son triomphe et sa grandeur se mesurant exactement à ce mépris. Philosophuniena, VII, v, 32, p. 386. C'est en cela que consiste la y'»"<J'? [iovaôixr,, la science libératrice, le salut, qui ne met aucune différence entre ce que l'on appelle le bien et le mal, le juste et l'injuste. Car, comme l'enseigne Épiphane, la justice n'est qu'une zoivuvta lier' tiio-T)To;, c'est-à-dire un droit égal pour chaque homme de participer à tous les biens, non .seulement à la lumière du jour, mais encore et surtout au nécessaire exercice des rapports sexuels. Clément d'Alexandrie, Strom., m, 2, P. G., t. viii, col. -1105-1108. En conséquence, sur la terre, Viime,onm'mni facinorum debitrix, selon l'énergique expression de Tertullien, De anima, 35, P. L., t. II, col. 711, doit, pour faire œuvre de salut, violer toutes les lois, parce que les lois sont l'œuvre des anges démiurges. Son devoir consiste à satisfaire toutes ses passions, à jouir de tous les plaisirs, à épuiser toute la série des crimes possibles, faute de quoi elle est condamnée, après la mort, à être réincorporée plusieurs fois s'il le faut jusqu'à ce qu'elle ait pleinement rempli cette condition imli-pi-ii^nMr-. C'est ainsi que Carpocrate entendait le ('" ■ 'ii^simum quadranteiv (\e
l'Évangile. S. Il ■ ' ,r,'., i, 25, n. 4, P. G., t. vu,
col. 682-683: LiImIImi, /(.■ anima, 35, P. L., t. ii, col. 710; Pliilosupliinnca, p. 387.
Comme on le voit, la doctrine de Carpocrate emprunte à Platon la théorie de la préexistence des âmes et de la réminiscence; elle défigure complètement l'économie du dogme chrétien de la rédemption; elle nie la divinité de Jésus et aboutit à un antinomisme qui a pour point de départ une haine farouche pour tout ce qui touche à la loi de Moïse. De plus, elle y greffe la métempsycose avec un sens particulier; car ce n'est pas celle de Pythagore, qui condamnait l'âme, en punition de ses fautes, à passer par le corps de divers animaux, selon la nature ou le degré de sa culpabilité; c'est plutôt celle de Simon le Magicien, avec cette différence pourtant que Simon prétendait délivrer l'âme déchue d'Hélène, tandis que Carpocrate n'admettait pas de déchéance au sens ordinaire du mot, ou plutôt en faisait la condition absolue du salut. On se demande comment, pour légitimer une telle théorie de la métempsycose, on pouvait invoquer l'exemple d'Élie revivant dans saint Jean- Baptiste. Tertullien, De anima, 35, P. L., t. ii, col. 711. Toujours est-il que, dans un pareil système, l'âme devait un jour ou l'autre épuiser la série de ses i pi. m s. < . -ià-dire achever de parcourir le cycle dos Cl iiih- .1 linilement retourner à son centre supérieur. Ii.in- Wr -i mblables conditions il ne pouvait y avoir ui Jaiiiur; ni enfer; l'âme finirait par remonter au ciel, abandonnant le corps à la terre, le corps ne devant pas ressusciter. Pseudo-Tertullien, P)-œsc>-., 48, P. L.,t. ii, col. 67.
4» Morale. — Les conséquences d'une pareille doctrine se devinent aisément. Les œuvres ne servent de rien, observe saint Irénée; tout est indifférent; il n'y a ni bien ni mal. Cont. hœr., i, 25, n. 5, P. G., t. vu, col. 683. Toute loi étant regardée comme l'œuvre des anges démiurges, et la haine de toute loi constituant essentiellement le salut, c'est l'immoralité érigée en système, l'instinct déhritl.', 1.- vio.- lonsacré, la pratique du mal proclamée "1 ï'C'li 1' ' II" I .iiihe social renversé en même temps que 1 ui.il.. .,,,,i,ii I, ïnrie. par un mépris résolu de tout législal. iir ,1 a.. tuiilc législation, se libère d'une tyran-
nie, s'afl'ranchit de toute religion positive et devient digne de Dieu, dont le but était uniquement de briser le pouvoir despotique des anges. A quoi bon dès lors le mariage et la continence ! On s'explique ainsi que l'on ait fait de la communauté des femmes un droit et une règle parmi les partisans de Carpocrate. Clément d'Alexandrie, Strom., m, 2, P. G., t. viii, col. 1112. En tout cas, c'est dans un sens d'une impudeur révoltante que Carpocrate et son fils interprétaient le îravr'i «Itouv- Ti oE oiSoTj. Luc, VI, 30. Clément, Strom., m, 6, P. G., t. VIII, col. 1157.
III. Disciples. — A part Épiphane, on ne connaît pas d'autre personnage marquant parmi les partisans de Carpocrate. Ceux-ci, du reste, ne devaient guère se recruter que dans les bas-fonds de la société, surtout en Egypte et à Céphalénie. Rome, cependant, reçut, sous le pontificat d'Anicel, la visite d'une carpocratienne du nom de Marcellina, qui prêcha les abominations de la secte et fit de nombreuses victimes. S. Irénée, Cont. hssr., i, 25, n. 6, P. G., t. viii, col. 685. Les sources ne disent pas si les carpocratiens pratiquaient l'ésotérisme et s'entouraient de mystère; mais il est très probable qu'ils durent imiter leurs contemporains et piquer la curiosité par l'attrait de l'inconnu. On sait du moins qu'ils faisaient usage de procédés magiques, d'incantations, de philtres, de charmes et d'invocations aux esprits qui procurent les songes. S. Irénée, Cont. hser., i, 25, n. 3, P. G., t. VII, col. 682; Philosophumena, loc. cit., p. 386, 387 ; Eusèbe, H. E., iv, 7, P. G., t. xx, col. 317. Les initiés se reconnaissaient à un signe distinelif qu'ils portaient à l'oreille droite. Ils se réunissaient devant des peintures ou des sculptures représentant ceux qu'ils appelaient les ancêtres de la gnose, les vrais émancipés, Pythagore, IMaton, Arislole; ils prétendaient même posséder un portrait de Jésus fait par Pilate. S. Irénée. Cont. hœr., i, 25, n. 6, P. G., t. vu, col. 685; Philosophumena, loc. Cî(.,p.388. .\ un moment donné, pendant les réunions nocturnes, ils éteignaient les ffambeaux, et se livraient à la débauche, ce qu'ils appelaient sacrilègement leur afiape. Clément d'Alexandrie, Strom., m, 2, P. G., t. viii, col. 1112. L'ennemi du salut, dit saint Irénée, inventa cette doctrine pour diffamer le christianisme, exciter contre lui l'indignation des païens et arrêter les progrès de l'Évangile. Il est de fait qu'on reprocha aux chrétiens les ignobles excès, Eusèbe, H. E., iv, 7, P. G., t. xx, col. 320, trop réellement pratiqués par les carpocratiens, les adamites, les ophites et autres sectes aussi misérables. Les apologistes durent montrer l'invraisemblance de pareilles accusations, sans empêcher la rumeur publique de colporter ces calomnies, sans empêcher même certains esprits cultivés de s'en' faire le trop complaisant écho. La secte carpocratienne ne parait pas avoir longtemps survécu à ses fondateurs; dès le m* siècle, il n'en est plus question. Et quand, au commencement du iv«, Eusèbe en parle, c'est à titre de souvenir historique et comme .run.. cli.j^.' p:i~-.'. . .^..n succès éphémère s'explique I.. I1I.-..1IP III. .iM< p.ii' r..nLiiialité du Système que par