CÉLICOLES — CELSE
par saint Paul contre les judaïsants, dut vraisemblablement se continuer chez ceux qui tenaient, tout en acceptant le baptême clirétien, à y joindre les avantages périmés de la circoncision. Si tel était le cas des célicoles, on comprend que saint Augustin parle de sacrilège ; mais son laconisme est regrettable. D'autre part, si les célicoles, à l'exemple des monothéistes juifs, avaient rejeté la trinité, ils auraient été sûrement traités d'hérétiques par l'évéque d'Hippone et condamnés comme tels par l'empereur Honorius.
Le nom de célicoles indique simplement le culte du ciel. Serait-ce là leur véritable superstition et rappellerait-elle la eprio-xet'a -wv àytiloiv. condamnée par saint Paul? Col., II, ië. Dans ce cas, les célicoles se rapprocheraient des esséniens ; imbus de quelques théories platoniciennes et pythagoriciennes, ils auraient cru que les astres, dans l'espace céleste, sont animés par des anges et leur servent de corps. Mais ce ne sont là que des hypothèses. En réalité, on ignore la doctrine vraie des célicoles. Seule, leur existence est attestée, au début du v« siècle, particulièrement dans l'.Xfrique proconsulaire. Quant à leur rôle et à leur influence, ils ont été à peu près nuls : il n'en est pas resté de trace sensible dans l'histoire.
ni, p. 594 ; Re
•yklupaJie
U. Chevalier, Répertoire. Topo-bibliographie, t. i, p. 623. G. Bareille.
CELLIUS Antoine, dominicain italien, de la province romaine, promu au grade de maître en théologie au chapitre général de Rome (1629). On a de lui : Sacri jlores de gratta ex universa S. Tltomie theotogia decerpti, in4», Rome, 1629.
Quétif-Echard, Scriptores ordinis prsedicatorum, t. Ii, p. 459. R. COULON.
CELLOT Louis, jésuite, né à Paris en 1588, admis au noviciat de Nancy, en 1605. professeur d'humanités et de rhétorique durant 16 ans, puis d'Écriture sainte pendant 7 ans, fut recti'iir des colli-es de Rouen et de La Flèche, enfin proMin ni d i i nue (1654-1658). Il mourut au collège d' i i luis, le 20 octobre
1658. Ses tragédies I.Hm! . ; i .1.^ Rotrou fit des
\iic iipul.aion qui n'est pas Panégyriques, on remarque un discours intitulé : In sola Scripturse sacrx histoi-ia vcrilalem reperiri. Mais il est surtout connu par ses controverses théologiques. La querelle, soulevée au sujet des réguliers d'Irlande et d'.Angleterre, durait depuis une douzaine d'années, lorsqu'elle fut ravivée par la publication de son grand ouvrage intitulé ; De hierarchia et hierarchis, in-fol., Rouen, 1641. L'auteur y attaquait Petrus Aurelius (Saint-Cyran) et Rallier, qui, dans leur réfutation du P. John Floyd, avaient pris à partie la Compagnie de Jésus. Cellot, dans l'intention de défendre les privilèges des réguliers, avançait, en thèse générale. que la hiérarchie ecclésiastique est divisée en trois classes : celle de la juridiction, celle de l'ordre et celle des dons, qui sont toutes soumises à l'évéque comme au souverain hiérarque. La classe des dons {cliarismata) est, suivant lui, la plus excellente et comprend à la fois les docteurs en théologie, les canonial -, <\rc , rux qui font profession des œuvres de charih i i i i i.m iur d'ordre, ou de deuxième rang, se compo-- I - -,. .|ii. -, des prêtres et des ministres. Celle dejuiidiriiMH (|iii , ^l la dernière, comprend le pape, les évêques, les archidiacres et autres ayant juridiction, y compris les curés. Les religieux, d'après Cellot, appartiennent à ces trois espèces de hiérarchies, ou directement, ou excellemment, . ou par commission. La caractéristique de l'ouvrage est cette hiérarchie nouvelle, appelée par lui des dons,
imaginée en vue de mettre les religieux {prmcise vt taies) dans la hiérarchie ecclésiastique, celle-ci étant prise dans sa stricte signification. Il soutenait également que certaines prérogatives étaient quasi essentielles et intrinsèques à leur état. Ces propositions et d'autres simplement étranges firent condamner l'ouvrage par l'Assemblée du clergé réunie à Mantes, le 12 avril 1641, comme contenant une doctrine nouvelle, téméraire, fausse, pernicieuse et séditieuse, tendant à diminuer l'autorité du saint-siège, à former schismes et divisions dans l'Eglise, soutenant les inférieurs contre les supérieurs, à confondre la hiérarchie et l'ordre que notre sauveur a établis dans l'Église, 'renverser la discipline des anciens canons que l'auteur n'entend pas et mettre en mépris les nouveaux par des propositions erronées, absurdes et fausses. La Sorbonne à son tour fut sur le point (15 juin 16in de censurer le traité qualifié déjà si durement par 1'/|.i-(M|Mi fiMuçais; mais Richelieu préféra ouvrir un. r,.iii. in, ,iu le religieux incriminé, assisté de trois i!i - (..ni i rii-. comparut devant huit docteurs présid.- j. m' lAriu.. de Rennes, La Mothe- Houdancourt. Cellol rétracta entièrement plusieurs de ses propositions, en adoucit d'autres, en expliqua d'autres encore ramenées par le contexte au sens catholique, invoqua même l'inconscience pour plusieurs qui lui avaient échappé. Cette déclaration signée de l'auteur fut renvoyée à Richelieu, qui imposa la paix dans ces conditions. L'ouvrage n'en fut pas moins mis à l'Index, donec corrigattir, le 20 novembre 1641. Le P. Cellot s'était soumis; mais quelques années plus tard, il présentait sa défense au public, dans un moindre volume intitulé : Horai-um subcesiiarum liber singularis, in-8<>, Paris, 1648, dédié à son adversaire, le docteur Rallier, futur évêque de Cavaillon. La faculté de théologie de Paris crut devoir alors mettre au jour le procèsverbal des conférences de 1641 conservé dans ses archives ; et une petite guerre de libelles surgit autour de la reprise de l'affaire.
De sérieux travaux sur l'histoire ecclésiastique occupèrent les dernières années du P. Cellot. Il donna une Historia Golteschalchi, in-fol., Paris, 1655, dirigée contre les jansénistes. Il y appelle Jansénius : sectœ tumultiiantis auclor et princeps, et lui reconnaît un ancêtre dans le fameux moine d'Orbais dont il l'accuse de reproduire l'erreur prédestinatienne. Il s'en prend aussi à Gilbert Mauguin, ce président de la cour des comptes qui venait, dans une publication importante, de réhabiliter la mémoire de Gotescalc à la suite des calvinistes Usserus et Vossius. L'Histoire du P. Cellot est « exacte et complète » au dire du P. Rapin, et établit « le véritable sentiment de Gothescalque sur la prédestination à la peine comme à la récompense ». Des mélanges inédits et un opuscule sur le libre arbitre ajoutés à cet ouvrage, attirèrent de nouveau la sévérité de l'Index qui les condamna, par décret tardif du 3 avril 1731. On doit encore au P. Cellot la publication de divers opuscules d'Hincmar de Reims et les Actes du concile de Donzy.
Papiers du P. Cellot, à la Bibliothèque nationale de Paris, nouveau f^nd» laiin innnfn ri-oirlii Saint-Germain), 2 in-fol.,
13137-1;: i;^ - . : i:'ii..ti,.;-iue de la C- de Jésus, tu,
col. S'i-"-- ' - M ' •■•c de la C" de Jésus, t. il,
p. 37; Al :,, i :. .1: 1.-'. ,< tiiuxelles, dossier Van Alîen,
lettre JlUjiilu. Jl in.a Ibil, sur l'affaire de la hiérarchie et la facullû de l'ai'is; aLbé Maynai'd, Les Provinciales et leur réfutation, in-8°, Pai-is, 1851, t. il, p. 451; Aubineau, Mémoires du P. Rapin, t. i, p. 233-234; abbé Féret, La faculté de théologie de Paris et ses docteurs les plus célèbres. Époque moderne, in-8% Paris, 1904, t. m, p. 164-166.
H. Chérot.
CELSE. - I. Vie. II. Discours véritable. III. Appréciation.
1. Vie. — Celse, dont il est ici question, n'est autre que l'auteur du \6yoç i'jrftr,i; ; il n'a rien à voir ni avec le
Celse qui vivait du temps de Néron, Cont. Cels., i, 8, P. G., t. XI, col. 669, ni avec les deux personnages politiques de ce nom, dont parle Spartien, et qui vécurent au 11= siècle. Sa vie est peu connue; ce que l'on en sait est du à quelques renseignements fournis par Origène ainsi qu'à l'hypothèse justifiée, semble-t-il, de l'identification du Celse d'Origène et du correspondant du satirique Lucien. On ignore la date de sa naissance et de sa mort. Ce que l'on peut affirmer, c'est qu'il a vécu au II" siècle. Ayant beaucoup voyagé, Celse s'est mis au courant du mouvement intellectuel de son époque, a séjourné à Rome et parait s'y être fixé. Il a parlagé contre le christianisme les sentiments d'hostilité de la plupart de ses contemporains, qui appartiennent à la classe des lettrés et des philosophes. Au moment où Origène, sur la prière de son ami Ambroise, entreprit la réfutation du Discours véritable, c'est-à-dire en 248, Eusèbe, H. E., vi. 36, P. G., t. xx, col. 596, Celse avait cessé de vivre depuis longtemps. Co)it. Cels., prœf., 4, P. G., t. XI, col. 64S. Il est traité couramment de philosophe épicurien, Conl. Cels., i, 8, 10, 21; ii, 60; iv, 54, 75; V, 3, col. 669, 676, 696, 889, 1117, 1145, 1184; c'est un È7C!y.o-jfsiCMv, IV, 75, col. 1145, qui ne se fait pas faute, le cas échéant, de parler comme un disciple de Platon. Cotu. Cels., i, 8; iv, 5i, col. 669, 1117. 11 a composé un ouvrage contre la magie et les magiciens, Cont. Cels., i, 68, col. 788, des livres contre les chrétiens, IV, 36, col. 1085, et surtout le fameux pamphlet connu sous le nom de Aôyo; i.\rfir,^, à la fin duquel il annonçait un nouveau traité, à titre de complément, dont on ne sait s'il fut réellement écrit. Cont. Cels., VIII, 76, col. 1632. Tous ces ouvrages sont perdus.
C'est à Celse, et sur sa prière, que Lucien, peu après la mort de Marc-Aurèle, vers 180 ou 181, dédia son Alexandre ou le fau.r prophète. Or Lucien loue les écrits de son ami contre les magiciens; et, bien qu'il ne traite pas son correspondant d'épicurien, la manière sympathique avec laquelle il lui parle d'Épicure permet de croire qu'il appartenait à l'école du célèbre philosophe athénien, et qu'il y a lieu dès lors de l'identifier avec celui que réfute Origène et de ne voir dans les deux Celse qu'un seul et même personnage.
Celse doit sa renommée au Discours véritable, cet arsenal complet où se sont approvisionnés d'armes les plus diverses tous les ennemis du christianisme, depuis le 111= siècle jusqu'à nos jours. A quelle époque le composa-t-il? Cette question de date a été diversement résolue. D'une part, quelques critiques, comme Gratz, placent la composition de cet ouvrage sous le règne d'Hadrien; d'autres, tels que Hagenbach, Hasse, Tischendorf, Friedlander, dans les premières années du règne d'Antonin, à cause de l'allusion au culte d'Antinous, Cont. Cels., m, 36, col. 965, qui, prétendent-ils, ne dura guère. Mais c'est oublier qu'Athénagore, Légat., 30, P. G., t. VI, col. 960, et Origène, Cont. Cels., m, 36; VIII, 9, col. 965, 1529, en parlent comme d'un culte toujours pratiqué; c'est surtout méconnaître d'autres indices révélateurs qui indiquent une époque ultérieure : le pouvoir partagé, les barbares menaçant les frontières de l'empire, le gnosticisme en pleine effervescence, les chrétiens en butte à une persécution générale. D'autre part, ceux qui, avec Volkmar, reportent la date de ce Discours aux environs de 240, ne tiennent pas compte de ce que dit Origène de la mort déjà ancienne de 'auteur et obéissent en outre à une idée préconçue pour écarter un témoin gênant qui ruinerait, s'il était lu 11= siècle, leur théorie sur le développement du hristianisme et sur l'apparition tardive des Évangiles. En 240, en effet, l'effervescence gnostique est tombée. Il st vrai qu'il y eut une persécution sous Maximin, en J35-237, mais elle ne visa que les membres du clergé, es chefs, évêques et docteurs, et n'eut pas le caractère l'universalité de celle dont parle Celse. Il est vrai aussi
DICT. DE TIIÉOL. C.WHOL.
que, dans la première moitié du lii= siècle, le pouvoir fut partagé à deux reprises, une fois entre Caracalla et Gela, en 211-212, et une seconde fois, en 238, entre Pupien et Balbin; mais on ne voit pas qu'à l'une ou à l'autre de ces deux dates, les Iwrbnres .nient spécialement menacé l'empire et fait coiirii i|iii Iqu. .I,in^;er à l'Élat. C'est plutôt entre les ri.n \l,i. Un-èle et de
Septime-Sévère, de 161 àjll i : m i. ut déplacer la date de la composition .In /i s: ., ^ > niable, et de préférence à la fin de l'été do 178, comme l'a proposé Tillemont, Hisl. des empereurs, t. m, p. 281; car, à ce moment-là, se vérifient tous les détails historiques signalés par Celse. Le pouvoir se trouve partagé eniro Marc-Aurèle et Commode; l'empire est directement menacé par les barbares sur l'Euphrate et le Danube; les calamités publiques, jointes aux maux do la guerre, font craindre pour la sécurité de l'Élat; les chrétiens, rendus responsables de tous les malheurs publics, sont à la merci d'une dénonciation anonyme ou d'une émeule populaire et persécutés par les représentants de l'autorité tant en Orient qu'en Occident. Le drame sanglant de Lyon date d'un an à peine; la grande voix des apologistes Alhénagore, Méliton, Milliade, Apollinaire, se fait entendre ou va prendre la défense du christianisme. C'est à ce moment que Celse entre en lice avec son Discours ; il y a 41 ans qu'Hadrien est mort; Celse est donc dans la force de l'âge ou au commencement de la vieillesse; il est en correspondance avec Lucien; il doit avoir connu à Rome le cynique Cresccns, l'ennemi de saint Justin, et le philosophe Fronton, si peu sympathique aux chrétiens; à son tour, il prend la plume pour combaltre le christianisme, non en aveugle et en se faisant l'écho des calomnies populaires, mais en criti((tie informé, au nom de l'histoire, de la philosophie, de la raison et de la science; il fera du moins entendre l'appel patriotique d'un homme d'État en conviant les chrétiens à la défense de l'empire menacé, en face des tristesses du présent et des sombres présages de l'avenir. Autant qu'on en peut juger par le Discours véritable, Celse est un esprit cultivé, au courant des systèmes philosophiques en vogue ; il envisage le paganisme à la manière de la plupart des philosophes et des lettrés de son temps; il y voit une institution à conserver parce que c'est la religion des ancêtres, transmise par la tradition, sanctionnée par l'État. Sans doute certains de ses rites sont futiles, la plupart de ses fables sont absurdes ; mais on pourrait, pensait-il, en donner une explication rationnelle et acceptable, en sauvegarder le fond, sauf à en abandonner la forme. Car, à ses yeux, toute manifestation religieuse a droit au respect par le seul fait qu'elle est celle de tout un peuple et qu'elle est conservée par le temps. Or les chrétiens pratiquent une religion absolument nouvelle, qui n'est pas celle d'un peuple déterminé, qui affiche la prétention de s'étendre au monde entier, sans distinction de frontières, de langues ou de nationalité, et qui se pose en adversaire irréconciliable du paganisme sous toutes ses formes. Le christianisme s'est infiltré peu à peu dans l'empire et il compte un grand nombre d'adhérents, surtout dans les derniers rangs de la société. Dès son apparition, il a fait la concentration de la défiance et de la haine, soulevant à la fois les colères aveugles de la foule, les sarcasmes des lettrés, les repi'ésailles du pouvoir; et il n'en continue pas moins, en dépit de l'opinion et des lois, à se propager chaque jour davantage : phénomène singulier et problème inquiétant, bien faits pour fixer l'attention d'un penseur et d'un homme d'État. Celse va l'étudier, non point par amour désintéressé de la vérité ou par simple curiosité intellectuelle et morale, mais dans le but précis de le combattre et de le ruiner. Il commence donc une enquête. Il prend la peine d'examiner les mœurs des chrétiens, Cont. Cels., i, 12, col. 677. d'interroger leurs livres