CELSE
sacrés, Conl. Cels., ii, 74, col. 909; il puise aux sources. C'est ainsi qu'il lit l'Écriture sainte, en particulier, dans l'Ancien Testament, les livres de la Genèse et de l'Exode, Conl. Cels., iv. 36-48; vr, 60-61, col. 1084-H05, ■1389-1391, surtout les prophètes, vu le rôle capital qu'il jouaient dans la controverse chrétienne avec les juifs, Conl. Cels., i, 34, 49, 57; il, 28, 29; vi, 36, 50, 55, 75; VII, 9, 18, 53, col. 725, 752-765, 84-8, 849, 1372, 1376, 1384, 1412, 1433, 1445, 1496 ; et, dans le Nouveau Testament, les écrits des apolres, l'Évangile, tô E-Ja-fYÉ- Xiov. CotU. Cels., II, 27, col. 848. Il y joint la lecture d'autres documents, tels que VÉpUveda pseudo-Barnabe, Cont. Cels., I, 62, 63, col. 777; la Dispute de Jason et de Papisciis, Cont. Cels., iv, 52, col. 1113; le livre d'IIénoch, Cont. Cels., v, 54, 55, col. 1265, 1269; le Dialoçfiie céleste. Cont. Ceh., viii, 15; les fragments sihyllin» n^-,-:r. r,V/s-, -w, yA. 5-, col. 1497, 1501. Il cou ni' !■ ••:iMii. !!- 'li - ih iii|ii. <■! les querelles doctriiiil. l'.i ! !':.'; '; ti^ cl muni de tous ces ron>.'i -ii-iihiii-, il IV, |]^, ir II -i. <n s véritable.
II. Le Discori;s vép.itaiii.e. — 1» Histoire de cet ouvrage. — Le Discours de Celse ne parait pas avoir produit sur ses contemporains et ses successeurs immé-
diats la moindre inthip
sans l'heureuse tron\;iilb' 'i
communiqua à son ;iiiii iin^
futation, il est à croiie i|ii
l'oubli et qu'il n'aurait pas
faite au christianisme dans li ~ - i i!-. <tn ne le
possède pas dans sa teneur ini ; ,1 , i . n'est que
grâce aux huit livres que lui .i luu^.ilu., le docteui
alexandrin, qu'on en connaît les passages principaux
qu'on peut se faire de son contenu une idée auss
Personne n'en parle;
\mbroise et qu'il en obtenir la rél'té condamné à - Il i\i r la guerre
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diflicultés qu'apr
pourquoi. C'est qu'Origène, ■■A-i KsXaou par une réfutaint la fin de son livre I" et I pas son adversaire, sans prend soin de ne répondre avoir transcrites dans leur texte même. Malheureusement il n'a pas reproduit tout le Discours; il en a négligé à dessein les passages insignifiants, ainsi qu'il a soin d'en prévenir; parfois même il se contente d'un rapide résumé pour n'en retenir que les points principaux. De telle sorte que la restitution du Discours véritable, telle que l'ont ingénieusement tentée Keim et Aube, est forcément incomplète et ne peut donner qu'un texte tronqué, où la part conjecturale, bien que réduite aux id<'>es servant de lien d'un passage à un imln . i l-l. i, prndant. Du moins, les citations si noml II. I i, . |i ir Origène suffisent amplement à nous 1-; ur i ],■ ton, la méthode, la nature et l'objet i)>' n /'/m n ,. do même que la réfutation en révèle la faiblesse, les injustices, les contradictions et les erreurs.
2» Plan du Discours véritable. — Le véritable plan adopté par Cl-' nr.n; ,'rli,,|,pe ; mais il se laisse deviner dans ses li|.n in, i|. L-, En effet, au commencement du III 'i I !i[ , i,r nous apprend que Celse, après un pii iiiiliil ' miiMcluit un juif qui argumente d'abord contre .bsus, puis contre les juifs devenus chrétiens, après quoi Celse prend la parole en son nom et combat juifs et chrétiens tout ensemble. Le but de Celse est d'enlever au christianisme son point d'appui, sa base historique dans l'Ancien Testament ; c'est pourquoi il trouve piquant tout d'abord de faire attaquer le cViristianisme au nom du judaïsme : c'est la thèse juive contre la religion nouvelle. Et comme naturellement il suppose à cette thèse une valeur probante, il s'en prend alors directement au vainqueur du christianisme, au judaïsme lui-même, ruinant par là, pense-t-il, la cause chrétienne jusque dans ses attaches et ses racines les plus profondes. Cela ne manque pas d'habileté. Le terrain ainsi déblayé, il aborde l'examen du
christianisme, de ses sources évangéliques, de ses dogmes principaux, de ses pratiques, de ses divisions. Il parle tour à tour en philosophe, en historien, en critique, en serviteur des dieux, en politique, et multiplie les objections : objections contre la divinité de Jésus, contre la possibilité de l'incarnation et la réalité de la rédemption; objections contre la divinité du christianisme et les preuves qu'on en donne ; objections contre la vie, les mœurs, les dissensions de la secte chrétienne; objections contre la doctrine théologique, morale, canonique et eschatologique ; le tout pour aboutir en fin de compte, non pas à une condamnation radicale et absolue, comme il y aurait lieu de s'y attendre, mais à une sorte de compromis ou plutôt à un appel aux chrétiens en faveur de l'empire. Nous nous bornerons, dans une courte analyse, à signaler les points principaux de ce singulier plaidoyer.
1. Introduction. — Dès le début se révèle l'état d'ànie de Celse. II prend le ton d'un honestior indigné ou irrité de voir des hommes nouveaux, sans patrie, sans tradition, sortir des bas fonds de la société, se poser en adversaires de toutes les institutions civiles et religieuses, se lier par serment pour violer les lois, suspects à la foule, honnis par les esprits bien élevés, traqués par la police, tenir des réunions clandestines, exercer en secret leur propagande parmi les enfants, les femmes, les esclaves et les gens de vil métier, imposant leur foi d'autorité, mais redoutant la science. 11 sait d'où ils viennent; il va dire ce qu'ils sont, ce qu'ils croient.
2. Le judaïsme contre le christianisme. — Les chrétiens sortent du judaïsme. Celse a très bien vu et compris le lien intime qui unit, la filiation étroite qui rattache le christianisme au judaïsme; et en même temps a saisi l'objet capital de la querelle qui les divise et les sépare. De là l'introduction d'un juif faisant le procès des chrétiens à un point de vue juif, montrant que les chrétiens ne sont que des transfuges, ou mieux encore des schismatiques, des apostats qui ont abandonné la loi mosaïque, la foi traditionnelle. Celse ne se contente pas de rapporter cette escarmouche d'autant plus savoureuse qu'elle vient de frères aînés, bien placés par conséquent pour juger en connaissance de cause leurs frères séparés, il la reprendra à son compte dans la suite, sauf à y ajouter des arguments nouveaux. C'est pourquoi nous n'y insistons pas davantage pour le moment.
3. Attaque du judaïsme. — Celse cherche à avoir raison du judaïsme ; car le judaïsme vaincu, c'est ruiner du même coup l'une des bases doctrinales et historiques du christianisme. En conséquence, il travestit les faits de son histoire, rabaisse le caractère de son législateur, repousse ce qui fait l'objet de sa croyance et de ses espérances. Les Livres saints, dit-il, n'ont aucune certitude historique : cosmogonie, récits de la création, de la chute, du déluge, rôle des patriarches et le reste, tout cela ne forme qu'un tissu de rêveries ou d'absurdités, bonnes tout au plus à amuser des enfants, qu'on a beau essayer de rendre vraisemblables au moyen de l'allégorie, mais qui excitent plus encore la pitié que le rire. Le peuple juif vante mensongérement son origine. Il n'a point pour ancêtres Abraham, Isaac et Jacob; il n'est qu'une troupe d'esclaves égyptiens révoltés et fugi tifs. Moïse, son législateur, n'a aucun droit à l'originalité; il a tout emprunté aux sages de l'antiquité et il est de beaucoup leur inférieur : simple goète qui a joué les juifs et dont les juifs ont été les dupes. Les juifs se prétendent monothéistes et la loi leur permet d'adorer le ciel et les anges. Cont. Cels., v, 7, col. 1189. Ils s'estiment les seuls amis et protégés de Dieu ; c'est un acte d'orgueil xuonstrueux. En caressant le chimérique espoir que Dieu viendra du ciel les secourir, ils s'abusent sur la nature divine et se heurtent à une impossibilité métaphysique, car Dieu est immuable; il ne s'occupe que de l'ensemble de l'univers et non exclusi-
CEI.SE
vemcnt de l'homme. L'homme n'est pas au-dessus de la hèle et bien des animaux l'emportent sur lui. Cont. Cels., IV, 69 sq., col. 1137 si|. Toutefois, concède Celse, puisque les juifs uni IVhiim' ili]inis longtemps un corps de nation, ils soul lili v-. dr ,iiil,r leur religion, nullement parce qu'eik- • -i n m , nii^ uniquement parce qu'elle est nationale ul u.uliliuuiulle. Aux yeux d'un Romain, en effet, le seul fait de constituer un peuple assurait le privilège de l'autonomie religieuse. Mais Celse refuse aux juifs le droit de se croire au-dessus des autres et de mépriser ceux qui n'appartenaient pas à leur race.
4. Attaques amlre Jésus. — Qu'est-ce que Jésus? Pour repondre à cette question, Celse n'aura garde d'oublier les griefs des juifs et il ajoutera ceux d'un païen. Or, aux yeux des juifs, Jésus est un faiseur de tours, un charlatan, un goète, d'origine suspecte, Cont. Cels., I, 28, col. 713; il a fini une vie d'aventurier par une mort ignominieuse. Ni la vie, ni la mort d'un tel personnage ne sauraient être, comme le prétendent les chrétiens, celles d'un Dieu. Condamné au supplice, il n'a pas fait éclater sa vengeance, comme il l'aurait dû s'il était Dieu. Cont. Cels., u, 9, 16-21 , 67-69, col. 808, 825-8i0, 901-905. Ses disciples, choisis parmi des scélérats, l'ont livré, renié, abandonné. C'est, dit-on, le Fils de Dieu descendu sur la terre, le Verbe fait chair, le Messie pi-omis. C'est ici que Celse exerce sa verve sarcastique. L'incarnation d'un Dieu aurait dû, semble-t-il, être facilement admise par un esprit aussi au courant des fables de la mythologie qui montrent les rapports si fréquents des dieux avec les hommes. Mais non ; Celse, oubliant que les objections qu'il oppose à l'incarnation peuvent se retourner avec plus de raison contre le polythéisme, sinsciil en faux contre ce dogme. Mêlant deux questions distinctes, celle de l'essence de Dieu et celle de sa manifestation dans le temps et dans l'espace, il tire de la première la négation de la seconde. Dieu, dit-il, est immuable. Il ne peut sans déchoir ni changer ni se mouvoir. Car s'il laissait un instant le gouvernement du monde, toute la machine se disloquerait. Et puis dans quel but viendrait-il? Ne sait-il pas tout ce qui se passe sur terre? Faut-il qu'il soit sur les lieux pour remédieraux désordres? Manque-t-il quelque chose à son bonheur? Voudrait-il faire preuve de sa toutepuissance? En tout cas, s'il est venu pour châtier les uns et pour sauver les autres, il a bien attendu; sa justice est par trop lente. Du reste, pourquoi serait-il descendu de préférence dans un coin obscur du monde, chez un misérable petit peuple? Est-ce que l'homme vaut la peine dune pareille condescendance, lui qui est inférieur en tant de choses aux abeilles, aux oiseaux, aux fourmis? Cont. Cels., iv, 23-30, 74 sq., col. 1060-1073, 1144 sq. On comprend, devant de semblables difficultés, combien Origène avait beau jeu pour répondre. La saine philosophie n'a pas de peine à concilier le dogme de la providence et de l'intervention divine avec l'immutabilité de Dieu. Et la théologie catholique ouvre des horizons autrement larges; elle donne, en particulier, comme motifs de l'incarnation, des raisons que la sagesse humaine ne peut approfondir qu'avec un sentiment ému d'admiration et de reconnaissance pour la bonté infinie de Dieu. Celse, s'il eût connu ces raisons et s'il avait possédé assez de sincérité et de droiture d'àme pour se départir de ses préjuii' s. .uirait certainement tenu un autre langage. Peut- ■ h, même qu'avec un maître tel qu'Origène, aurait-il i. iiuuvelé l'exemple donné par saint Justin. Mais Celse esl de son temps et, bien qu'il marque au premier rang de ceux qui ont le moins imparfaitement connu l'enseignement évangélique, il s'est arrêté à des difficultés de surface, dont il a fait des instruments de combat, parce que, avant tout, il tenait à combattre beaucoup moins qu'à s'éclairer. Si sur" le témoignage d'une femme exaltée, i"jvf, lîipoioTpo;, Cont. Cels., ii,
39, col. 860-861, les chrétiens, comme il dit, appuient leur croyance à la résurrection de Jésus, Cont. Cels., II, 59, col. 889, ce n'est là qu'un incident. Il touche, du moins, à la vraie question qui est celle de savoir si Jésus est Dieu. Là est le point capital de la controverse entre juifs et chrétiens, et là aussi Celse est appelé à se prononcer. Or les chrétiens apportent notamment deux preuves en faveur de la divinité de Jésus, l'une qui est l'accomplissement des prophéties, l'autre qui est l'éclat des miracles. Ce sont ces deux preuves que Celse va chercher à éluder.
5. Contre la preuve de la divinité de Jésus, tirée de l'accomplissement des prophéties. — Les chrétiens disaient : Jésus est Dieu, parce qu'il a accompli toutes les prophéties relatives au Messie. Celse, qui connaît la réponse des juifs à cet argument péremptoire, la reproduit et l'aggrave par des considérations d'ordre philosophique et historique. Il constate cependant que l'argument tiré de l'accomplis.sement des prophéties est de beaucoup le plus fort, î<7-/-jpoT0(T»iv ÔTroSeiÇiv. Cont. Cels., II, 28, col. 848. Il croit en avoir raison par cette triple proposition : les prophéties sont en soi une chose qui répugne. Elles ressemblent aux oracles du paganisme et par suite n'ont pas plus de force probante. Elles nr -.■,(|i|iliqi.riil ]..,- -i I/mis.
Cels. 11 i!i' |i . hi . I. 1,1 iii la possibilité du surnaturel.mu- M liiNnliiii .|M.' la prophétie contraindrait ti, , ' --.m - iiii Ml 1,1 lili].- volonté de celui qui en est l'objet, Cunt. Cels., ii, 20, col. 836, il en arrive par voie de conséquence à nier cette possibilité, à cause du libre arbitre : c'est la thèse rationaliste. De plus, en rapprochant les prophéties de la Bible des oracles du paganisme, et en les mettant bien au-dessous, il néglige la différence caractéristique qui distingue les prophéties de ces oracles, soit dans leurs agents ou organes, soit dans le mode de leur manifestation, soit surtout dans leur objet et leur but : c'est la thèse païenne. Enfin, en s'appropriant la thèse juive, il répète que les prophéties de l'Ancien Testament manquent de clarté et de précision et se refuse, tout comme les juifs, à les voir réalisées en Jésus. Cont. Cels., i, 52, col. 7.57. Or, philosophiquement parlant, Celse a tort de nier la possibilité de la prophétie; car il réduit la connaissance de Dieu et met arbitrairement une limite à sa liberté. Mais ce n'est qu'un leurre ou, du moins, une inconséquence, puisqu'il parle des oracles païens ; c'est donc que Dieu peut faire des prophéties. Dès lors le problème se réduit à une question de fait : oui ou non, y a-t-il des prophéties dans l'Ancien Testament ? Celse, ne pouvant le nier, se borne comme les juifs à prétendre que ces prophéties n'ont pas eu leur accomplissement en Jésus; autre question de fait, si admirablement tranchée par saint Justin dans son Dialogue avec Trypiioti, et qu'Origène tranche à son tour en montrant que si telle ou telle prophétie a été accomplie par tel ou tel personnage de l'Ancien Testament, l'ensemble des prophéties, concernant le Messie, n'ont eu leur pleine réalisation, en dépit des dénégations intéressées des juifs, que dans la personne de Jésus.
6. Contre la preuve de la divinité de Jésus, tirée des miracles. — Les miracles de Jésus sont racontés par l'Évangile ; leur authenticité repose sur un témoignage historique. Que fait Celse? De même que, contre les juifs, il avait refusé de reconnaître une valeur quelconque au témoignage de la Bible, de même, contre les chrétiens, il nie l'autorité historique des livres du Nouveau Testament. Il accuse les Évangiles d'être la triple ou quadruple rédaction d'un texte fait dans le but intéressé de répondre à des difficultés ou à des objections. Cont. Cels., ii, 27, col. 848. Cela posé, Celse reprend contre la preuve de la divinité de Jésus tirée des miracles la même argumentation qu'il vient de faire contre les prophéties. Le miracle, dit-il, est en général
contraire à la nature et à la raison ; il esl impossible. Quant aux faits miraculeux relatés dans l'Evangile, ou bien il en suspecle la réalité sous prétexte qu'ils ne sont pas suffisamment constatés ou que le témoignage sur lequel ils reposent ne mérite pas créance, ou bien il lesaccepte, mais sous bénéfice d'inventaire et en leur refusant toute valeur démonstrative, Cont. CeU., I, 6, col. 668; ils rappellent trop les prestiges des magiciens ou les faits extraordinaires dont la mythologie est pleine, Cont. Cels., m, 22-39, col. 9i4-972, et ne prouvent pas davantage. Cont. Ceh., i, 38, 68; ii, 48, col. 733, 788, 869. Jésus n'est qu'un thaumaturge au même titre que les autres ; ses prestiges, il ne les a opérés qu'au moyen de la magie. Cont. Cels., i, 6, 38, col. 668. 733. Les historiens de ces miracles acceptent trop facilement des témoignages suspects; nous avons déjà signalé celui qui atteste la résuiiiriiun ,\r J/^us; ils ne s'accordent pas entre eux et il- -nui iiM|, ignorants pour qu'on ajoute foi à leur p^ii-l. , il n ,iii|i,.i'l.'nait qu'à la science grecque de juger ri.\aiiyilL' cl ses faits miraculeux. Cont. Ceh., i, 2, 62, col. 656, 776. Ce sont des témoins à la fois dupes et fourbes. Cont. Cels., ii. 26, col. 845. Uupes et fourbes I deux termes conti'adictoires et qui s'excluent, observe avec raison Origène.
Cclse a beau nier la possibilité des miracles, il y croit "puisqu'il rappelle ceux du paganisme. S'il dénie à ceux-ci toute valeur démonstrative, c'est pour la dénier à ceux-là. On sent trop un esprit prévenu; la comparaison qu'il fait des miracles de l'Évangile avec les prodiges de la mythologie est le fruit de cette prévention. Ici, comme pour les prophéties. Celse commet une erreur d'appréciation, trop intéressée pour être sincère. Mieux eût valu rejeter les miracles en bloc, puisque aussi bien il refusait de reconnaître aux récits évangéliques une valeur historique quelconque. Mais à vouloir les discuter, il devait y apporter plus de sincérité. Quant à réclamer le contrôle de la science grecque, personne ne songeait à l'en empêcher; l'histoire écrite était là ; mais, cette histoire, Celse n'a pas voulu l'admettre. On sait combien d'imitateurs il a eus dans la suite.
7. Contre les chrétiens. — Celse a promis de dire ce que sont les chrétiens; il en a déjà parlé au début de son Discours; il y revient et accumule les traits. Les disciples du Cbrist sortent d'un milieu juif; ce sont des apostats du judaïsme, qui ont abandonné Moïse pour suivre un autre juif, aussi charlatan que le premier. Qu'enseignent-ils? Rien de bien précis, car ils ne s'entendent guère entre eux. Il y a ceux de la grande Église o'. àTTÔ ^BfiX-rti Ixx).r|i7ic(;, Cotit. Cels., V, 59, col. 1276: il V a ceux qui ont frauduleusement introduit des non veniit.--- il-ni^- 1-- livn^^ =ibvllins. Cmu. Crh, vu, 53, 56 Col l'i'.C l'.iii il X .1 riK'.irr il.'- -iiiiiiiinns, des marcrMi il- >: • I |H,, 1 ,iii. Il-, ,|, - iii.iivi,,iiii - ; l't tous sont fil ,i. -M 1. 1,1 ■■,,iii|i|ri lr< iiii~ iiMT Ir- ,iiiti-es. Ils prétendent imposer la foi d'autorité, une foi aveugle, irrationnelle, Cont. Cels., i, 9, col. 672; ils cherchent à agir sur les femmes et à s'emparer de l'instruction des enfant?. Cnni. Crh.. m. "i. col. 993; ils fuient la Il -, i. m , - ' 1= hommes de savoir. - il, jn i, i. m ■ ;i des gens grossiers, ignorants, m i|iM.- il niir in-iruction sérieuse. Cont. Cris .111 :.:,. 1. Il, col. 993, 1309. Ils les troublent |i 1 i - - plutôt que par des raisons, frappent
|. m :;, i li II par la terreur ou l'espérance. Singu- Iri.- ilutltuis qui font de la propagande parmi les faibles de 1 esprit ou de l'âge et ne se recrutent que parmi des pécheurs I Et singulier Dieu que le leur, ami des déclassés, des pauvres, des misérables, des scélérats, né d'une femme, comme si cela était possible, et envoyé sur la terre où il a été cruellement mis à mort! .\ vouloir un Dieu, ils n'avaient que l'embarras du choix parmi tant de personnages qui ont donné des
Aussi s'adr
preuves de grandeur, d'héroïsme, de vertu. Ils n'ont ni autels ni statues; ils accusent les démons de se cacher dans nos simulacres; ils répugnent à prendre part à nos solennités et à nos sacrifices, de peur de se faire les commensaux des démons, et ils honorent les anges ! Ils ont une foi invincible et préfèrent la mort à l'apostasie; mais celte foi courageuse se trouve également parmi les païens. Ils croient à une destinée future; mais c'est un emprunt aux mythes du Tartare et des Champs Élysées. Ils croient surtout à la résurrection des corps, ce qui est une chose impossible; mais ils ne font que défigurer la métempsycose. Leur Dieu n'a point prnt.'i;.'. |,.Q juifs, comme ils s'en flattaient, il ne proli -' pi- il r .iiilme les chrétiens : c'est un impuissant ou INI niliii 1 1 m. Enfin les quelques vérités qu'ils pos-. iji ni mil il. I.ion mieux formulées, entre autres par Plu ton. qui n'avait pas du moins leur suffisance et ne se donnait pas pour le porte-parole de Dieu. Cont Cels., I, 4; vi. i, col. 661. 1289.
8. Conclusion. — Quelle pouvait être la conclusion d'une telle attaque, où le christianisme est condamné dans ses sources historiques, dans la personne de son fondateur, dans le recrutement et la propagande de ses pa: tisans, dans son enseignement sur la question des o] gines et des fins dernières'? Pas d'autre, semble-t-i que de déclarer la religion chrétienne hors la li puisqu'on la disait hors la nature et hors la raison, n'en est pourtant pas ainsi. Celse ne se retranche derrière le principe, invoqué tout à l'heure en faveur des juifs, pour laisser au christianisme la liberté de sa foi et de son culte, à titre de religion nationale et traditionnelle; mais, par une inconséquence étrangement révélatrice, il parait oublier tout ce qu'il vient de dire et entre en pourparler avec lui. Le polémiste pose les armes et cède la parole à l'homme d'État; il abandonne le terrain religieux pour le terrain politique et cherche à négocier une entente. L'empire est massacré par les barbares I Que les chrétiens se montrent bons citoyens ; qu'ils ne se tiennent pas à l'écart des fonctions civiles et du service militaire; qu'ils apportent un concours généreux à la défense de la cause commune 1
III. Appréciation. — Tel est le résumé du Discours véritable. Celse y a semé à pleines mains l'ironie, la raillerie, l'invective; il y a parlé au nom de l'histoire, de la critique, de la philosophie, de la science et de la politique; il y a tout attaqué dans le christianisme, ses origines bibliques, ses sources évangéliques, son fondateur, ses partisans; en un mot il a plaidé à fond et par là il se met bien au-dessus de ses contemporains. Son œuvre ne manque pas d'ampleur : elle offre tous les échantillons de la polémique que les âges suivants ne renouvelleront guère et' où l'on ne cessera de puiser; on croirait même y entendre parfois l'accusation qui, depuis le .xviii» siècle jusqu'à nos jours, a défrayé la guerre contre le christianisme : écho des sentiments professés par les lettrés et les philosophes du ii' siècle, elle traduit encore la pensée intime de beaucoup do ceux qui, de nos jours, ne veulent pas de la religion du Christ; c'est dire -jon inti-rèt rétrospectif et actuel.
Or, comme nu- le, -n- lii-jà remarqué, on n'a pas de preuve qu'à -in ,i|i|.,iriliiin le Discours véritable ail produit queli|iie elle!, \ ers le milieu du HP siècle. Origène éprouva une certaine répugnance à le i lui i le silence lui paraissant plus convenable; s'il si ■; i à écrire ses huit livres xoc-à KiXao-j, ce ii ■ : i qu'il juge l'œuvre dangereuse pour les vrais cie>an!-, mais simplement par égard pour les esprits indécis ou de foi vacillante afin de les mettre en garde contre les surprises de la calomnie. Sa réponse contient les éléments les plus précieux qui forment comme une petite somme théologique. On y trouve, en effet, l'esquisse de la thèse sur l'authenticité et la valeur historique des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, sur la
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CELSE — CENALIS (GENEAU)
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nature et l'accomplissement des prophéties, sur la possibilité, la réalité et la valeur démonstrative des mira-
'oITicacité de la morale chréli-ii^-Clirist et de son Église; ilr Mii^ines chrétiennes, le ]i luni autre avantage à confomplote qui ait été dirigée lu II" siècle et la réfutation
-I Il- lis prmcipaux
il 1' r.niles absurdes III 11 I. re des Livres II,. '■! i;ii, col. 952 sq., alli>,oriu dans l'intersé bàle d'y recourir
clés, sur l'excellonc tienne, sur la ili\MM de sorte que 1 In ii théologien, l'apuln-i naître I'all.i.|Mi' l,i contre Ir , lu i-1i,mii dont elli- lui I ,.l.|ii ,111 III'-.
Celse [iiih,, luf ili,|';iut de respect et de mesure et par excé.s de raillerie et d'invectives; Origéne l'appelle parfois un bouffon, un.insulteur de carrefour, 3u|io),(!xo;. Cont. Cels., i, 39; iii, 22, col. 733, 94i. Il pèche surtout par une absence totale de convictions fermes en matière pbilosophiiiue et religieuse. Selon les besoins de sa cause, il argumente tantôt avec Épicure, tantôt avec Platon, auquel il emprunte ce que l'on peut opposer de moins déraisonnable à l'enseignement chrétien. Cont. Ccis., IV, 1-20, col. 1025 sq. On sent qu'il n'a en définitive, pour le maintien du culte établi, que des raisons d'ordre politique. Trop souvent ses attaques manquent de justice et de vérité; et faute parfois d'avqir de bons arguments à faire valoir ou d'en connailre, il lombe dans des pauvretés. Cont. Cels., VI, 74, ciil, I lO'.i l.i> riiiiii.iiluiions abondent sous sa plume;
il l,- Mii-niiii- d'imposteurs et écrit contre la
III, ,i,. H 1,11.1 il V croit, Cont. Cels., I, 68; iv,
SI, .s- . M s , I :i ;, !i ; vi„. 00, col. 788, 1153, 1-1Ô6, i333-lo.'i7 !i''i 1 I ;i MiiiS: ri il liinn.|iio pour expliquer les n, ' I 1- r.lin-l. '.,,/(/. (,c/s., I, 68sq. ; II, 46, c.il, :.-.s, il h, m,' ,1,, rites du iiM^jaiiisiin', m.il^ i de la mythologie pour r;il,,i saints, t:o>it. Cels., m, 'Jii 1593 sq. ; il blâme l'emplo prétation de l'Écriture, m; pour expliquer certaines croyances pa'iennes, Cont. Cels., I, 17, 18; iv, 38, 48, 50, 51; vi, 29, col. 692, 693, 1088, 1105, 1109, 1111, 1337; il écarte du récit évangélique tout ce qui le gène ou sert à prouver la divinité de Jésus-Christ, mais il se sert de l'Évangile pour combattre le christianisme. Cont. Cels., ii, 34-37 ; vi, 75, col. 853-857, 1412. Bien qu'il connaisse la grande Église, l'expression est de lui, il met sur le même plan les sectes gnostiques qui sont en marge de l'Évangile et que réprouvent les chefs de l'orthodoxie. Cont. Cels., V, 59: VII, 53, 56, col. 1276, 1497, 1501. D'un côté il reproche aux chrétiens de dédaigner la culture de l'esprit et la science, et, de l'autre, il les accuse d'avoir emprunté leurs doctrines à la philosophie grecque. Il ne prend pas garde que la plupart de ses attaques tombent à faux contre le christianisme et ne se justifient que trop qu.ind on les retourne contre le paganisme, comme n'a pas manqué de le faire remarquer Origène. Enfin, au bout d'un si long effort, il semble convaincu de l'inefficacité de son œuvre et il promet un nouvel ouvrage pour enseigner comment doivent régler leur vie ceux qui veulent vivre selon les meilleurs principes:
Au fond, ce n'est ni le railleur, ni l'érudit, ni le philosophe, qui dominent en Celse, c'est le politique. En accordant que chacun doit suivre la religion de son pays, Cont. Cels., v, 25, 23; viii, 72, col. 1217, 1221, 1624, que l'autonomie religieuse appartient de droit à quiconque peut justifier d'un culte national et traditionnel, Cont. Cels., v, 25, col. 1217, il formule la politique romaine qui respectait les habitudes religieuses des pays conquis. Il ne comprend rien aux tendances universelles de l'Église, à sa catholicité, et y voit une impossibilité. Cont. Cels., viii, 72, col. 1624. Il en est resté au peint de vue césai-ien, d'après lequel le prince, maître absolu de ses sujets, est sumnuis pontifex en même temps que imperator, ce qui réduit la religion à n'être qu'une annexe du pouvoir civil, qu'un simple
rouage administratif. Quant à son ton de souverain mépris pour une secte qu'il prétend si vile, il y a lieu de s'étonner qu'il ait dépensé tant d'efforts pour la combattre, et l'on n'est pas peu surpris de voir sa virulente polémique aboutir à une transaction, ou plutôt à un appel à son concours en faveur de l'Ktat menacé. C'est
la force, l'Église vit, se propage, progresse, s'impose à l'attention des lettrés et des politiques; elle réclame sa place au nom de la liberté, et, mieux encore, au nom de la vérité qu'elle prétend posséder; cette place lui est encore refusée: elle finira par la conquérir, mais d'ores et déjà l'État doit compter avec l'Église.
1. VIII, /' ' publiée i,ai I p. 51-374 ; I I sleller lier n, versarii chr
,ft-
,kti,,hi,„,lr,l.-,. — l'l.lll|,l,l, iJf l.cUl, Ud-
iH, i>hUusuiiliaiidi w^nere, lieiliii, 1836; Jachmann, De Celso philosopha, 1830 ; Bindemann, Ueber Celsus loul seine Schri^t gegeyi den ChriMm. rl.ins Zfimchrift fi'ir die historische Théologie, iSi2,t3'c 1 p %k l'ifii K<|i!i,T. H"Ufnismus und Cftris(e«I/umi, 18Cr.: Il N, ,n, i,i , ii,.i,.. \v,,rt,
Zurich, 1873; B. Aube, //istoîi, ' . / /ne
païenne il ta fin du II- siècle, y.- 1^ , 1 .,l)re,
Celse et te Discours véritable, i-,t-ii>- .<-, l.s:.s, 1il|,|,.1, u, lyiiie, 2- édit., Paris, 1888, t. II, p. 244-412; E. rélayaud, Celsa et les premières luttes entre la philosophie antique et le christianisme naissant, Paris, -1879; Fiink, Die Zeit des wnhren Wortes von Celsus, isms Theidnri n„„riniii,-i,f , ism;. t i.xviir, p. 302-315: F. Vigoureux, £e.s In,,- v,,,,,,. ,,;,,, ,,/,,,„,■ miiona(is(«, Paris, 1886, t. I, p. l:i;i I n, , ' ' ".'''.;
lir»!. Berlin, 1888, p. 197-214; Is. \ , i, /' , ,' bi.iat
und die allijemeine Kirche. l-,-.!.:^,. l-m. i. i, |,- i:, i.Hulschau, Die Cliederung des -i/r/j,,; /....e,; des Celsus, dans lahrb. fin- protest. Tlu-olwjie, 1892, t. xviii, p. 604-632; A. llarnacli, Geschichte der altchristlichen Litteratur, Leipzig, 1893-1897, t. I, p. 377; Hort, Six lectures on the ,nit,;iiee„e Fnihers, UiTidres, 1895; Bardenhewer, Paîroio»;/.-, ■ ,,1,; I , il„ ua-L'-en-
Bi-isK.iu, 1901, p. 130-131 ; édit. franc., t. I. I ' ' iinick.
Dictionnaire des sciences philosophiqii' I i , - ii|,,.t
Wace, Dictionary of Christian biogruilnj. ). uii- . l-'TT-lsH7 ; Kirchenlexikon, Fribourg-en-Brisgau, 1880 ; Peloux, Celse et sa polémique contre la divinité de Jésus-Christ, Montaul)an, 1888 ; Patrick, The apology of Origen in reply to Celsus, Edimbourg et Londres, 1892 ; voir aussi les prolégomènes de l'édition de Kœlschau, Origenes Werke, t. i, p. xxii-lxxiv. On trouvera une bibliographie plus développée dans Realenctjclopcidie fur protest. Theotogxe und Kirche, 3' édit., Leipzig, 1897, t. m, p. 772-773. G. Bareille.
CENALIS (CÉNEAU) Robert, évèque d'Avranches, controversiste et historien, né à Paris en 1483, fut reçu docteur de Sorbonne (1513), nommé par François l" évèque de Vence (1523), transféré à Riez (1530), enfin à Avranches (1532), mourut à Paris le 27 avril 1560; son tombeau, surmonté d'une statue de bronze, se voyait, jusqu'à la Révolution, en l'église Saint-Paul. A son époque, les doctrines luthériennes et calvinistes commençaient à se répandre en France, et Céneau se montra un de leurs adversaires les plus empressés, dans une série d'ouvrages de controverses, aux titres parfois bizarres, selon le goût de ce temps, au style prétentieux et diffus. Pourtant leur réelle érudition lui valut une grande l'éputation. Il publia successivement : Les statuts synodaux du diocèse de Riez; Pro tuendo sacro cœlibatu, in-8», Paris, 1545; Axionia de divortio 'matrimoni, mosaici per legem evangelicam refutato, in-8», Paris, 1549; Tractatus de utriusque gladii f'xcultate usuque légitima, in-12, Paris, 1556; Leyde, 1558 (en réponse à un ouvrage anglais refusant toute juridiction à l'Église, il y établit nettement les droits de chaque pouvoir, spirituel et temporel); enfin, pour réfuter l'intérim ou formule de conciliation proposée par Charles-Quint à la diète d'Augsbourg (1548) : Tradilio larvx sycopltan-
CENALIS (CÉNEAU)
CENSURES DOCTRINALES
ticsB pelulantissimsegue impietatis Calviniacx, in-8», Paris, 1556; Methodus de cotnpescenda hœreticoruni ferocia, in-S», Paris, 1557; iiilnl., i:.Sl : et dans un autre ordre d'idées : Catatoçjus . /.;s,, ,/»,,,/, ,i Abrlncensium; De liquidorum, legiiiiiiinn,i,iiu' nimsuris, seu x>era mt'tisKrarum ponderuiiKiiie ralimic, in-8», Paris, 1532, 1535. 1517; Hisioria Gallia; in-lbl., 1557, dédiée à Henri II; collection de dissertations diffuses sur le nom, la venue des Gaulois, des Francs, des Bourguignons, des Normands; sans le moindre jugement critique, l'auteur y raconte la légende de Francus, de l'origine fabuleuse de Paris, etc.
Sainte-Marthe, Gallia christiana, 1. 1, col. 408; t. m, col. 4228; t. IV, col. 497-499 ; Moreri, Dictionnaire historique, t. in, p. 385 ; Jœcher, Gelehrtenlexicon ; Hurter, Non\enclator, t. iv, col. 1236. L. Lœvenbruck.
CÉNOBITES. Voir Anachorètes.
CENS, conlr
col. 1351-1362.
t. CENSURES DOCTRINALES. - I. Définition. II. Pouvoir de porter les censures doctrinales. III. Espèces diverses. IV. Classillcalion des censures tliéologiques ou doctrinales proprement dites. V. Caractère spécial des diverses censures. VI. Modalités diverses des censures doctrinales. VII. Interprétation, valeur, usage.
I. Définition. — Le mol censure a une sieniticalion très étendue ; mais, en quelque matini' c|n il ^.ih ,i|i|>li-
qué, il enveloppe toujours une idée de M li. c riiii|iie
ou même de répression, c'est-à-dire I nl^ v .1 mu jugement sur un objet donné. La censure iheologique ou doctrinale renferme, elle aussi, cet élément commun. Elle est un jugement, mais un jugement qui se précise immédiatement, un jugement en matière de doctrine théologique. C'est en ce sens que l'on parle, dans l'Église, de la censure d'un livre, de la censure d'une thèse. d'une opinion, d'une proposition. C'est une qualification de bl'niir. clf criliqne ou de répression inlligée à un livre ou .1 un. |u ,i|i>.-iiioii, au regard de la doctrine.
11. m- I m. II. lu.iiciaire, en matière pénale, nous rencontriin> dus .juulilications analogues. Le juge, ecclésiastique ou civil, saisi d'un fait incriminé, a la mission de le qualifier, c'est-à-dire qu'il doit en déterminer exactement la nature individuelle et le degré d'opposition à tel ou tel texte de loi. De même, dans l'Église, si un livre, si une proposition est incriminée, un jugement déclare son opposition et même en qualifie ou détermine le degré, au regard des règles de la foi et des mœurs chrétiennes. La censure théologique ou doctrinale est l'expression de ce jugement.
II. Pouvoir de porter les censures doctrinales. — La censure doctvin.'ile (■tant l'expression d'une sentence au rej^.iiil .1.. li .1... liine, il est clair qu'elle peut ou doit être |i..ii> , pu .luicunque a qualité et mission, dans l'Église, |'..ur iipi.iuV.iiur, dans leur application, les principes ou régies des croyances ou des mœurs.
1" C'est, d'une part, l'autorité publique dans l'Église. Qu'elle s'étende à porter des censures doctrinales, c'est la conséquence nécessaire de la mission de l'Église et de son infaillibilité. Sa mission est de conserver, de répandre, de défendre le dépôt de la doctrine révélée ; et, pour l'aider efficacement dans cette œuvre, son divin fondateur lui a promis l'assistance constante de l'Esprit- Saint et conféré le privilège de l'infaillibilité. Il ne saurait entrer dans notre cadre d'exposer ici la théologie de l'infaillibilité et de son extension. Voir Infaillibilité. Rappelons seulement que l'objet de l'infaillibilité doctrinale comprend tout le champ de la révélation proprement dite, et, à cause d'elle, les conclusions théologiques qui découlent diversement de la doctrine révélée, et même certaines vérités d'ordre naturel ou philosophique nécessairement liées à la foi ; il comprend les faits dogmatiques, la discipline elle-même et spécialement l'ap-
probation des ordres religieux, enfin la canonisation des saints. Or il est bien évident que si l'Église a pour mission de conserver, de répandre, de défendre la doctrine, si elle est infaillible dans sa proposition, sa mission et son infaillibilité ne sont pas restreintes à l'exercice direct. Sa mission et son infaillibilité s'étendent, de toute nécessité, à conserver, à défendre et à proposer indirectement la vérité révélée par le jugement quelle porte sur les opinions plus ou moins opposées aux principes des croyances ou des mœurs. Prétendre le contraire, serait pratiquement supprimer la mission de l'Église, en la rendant illusoire et le 'plus souvent inapplicable; ce serait aussi pousser à l'inutilité ou à l'inefficacité, alors même qu'il est le plus nécessaire, l'usage de l'infaillibilité.
En fait, l'Église qui juge souverainement de sa compétence et de l'étendue de ses pouvoirs, les a toujours ainsi expliqués; elle en a toujours usé en ce sens, depuis la prescription de saint Paul : « Gardez le dépôt de l'immuable vérité contre toutes les profanes nouveautés de paroles et les erreurs qui portent faussement le nom de science. » Gai., i, 6 sq. ; I Tim., vi, 20. Toute l'histoire des conciles, des hérésies et des schismes est là pour attester comment, combien fréquemment, avec quelle sûreté et fermeté, l'Eglise a porté ses censures doctrinales. L'institution de V Index pour la censure des livres, tant de propositions censurées à travers les âge sont autant d'affirmations successives du droit de l'Églii en ces matières. Et ces affirmations sont d'autant plus irréfragables qu'en ces actes l'Église exige la sou absolue de notre foi, si elle parle en vertu de son auto-; rite suprême et si elle entend user de son infaillibilité l dans le cas contraire, elle réclame toujours, non plus 1 soumission de foi, mais à tout le moins une adhésioij
religieuse, et l .ui~ -^lur.iu. bien que proportionné
aux différents .1 lu .1 \ mU.iilé (|ui intervient
Dans ces cuu.l,:i..u-. I .u >.jil que le pouvoir de pr. noncer des censuies ducUaiales appartient, dans l'Églii tout d'abord et souverainement au pape et avec lui conciles œcuméniques ; puis, d'une façon dérivée limitée, ce pouvoir descend aux Congrégatious romai'^ nés, aux légats, aux conciles particuliers, aux évèque aux prélats réguliers, en général à tous ceux qui onË juridiction au for extérieur et dans les limites mêmes (" cette juridiction.
2" D'un autre côté, l'on ne saurait méconnaître que les particuliers peuvent, eux aussi, user de leur inteUi gence chrétienne pour apprécier et qualifier livres ou propositions au regard de l'orthodoxie et des C'est la faculté et, jusqu'à un certain point, le devoir d^ chacun dans la conservation, la défense ou la p tion de la foi, telle qu'elle est connue à sa conscienc religieuse. C'est tout spécialement l'office des théolo| giens qui sont mieux préparés, par leurs études techni| ques et leurs connaissances professionnelles, à por des seiilriKu- UMUi|ii'.tentes en matière doctrinale.
évidu M u I u . - I . I . iiients n'ont pas d'autre autorité qu|
celle di I .■- Ih. uli.^ujns eux-mêmes, je veux dire l'auti rite pi'i\ ue de leiii' savoir : elle est plus ou moins grande suivant qu'il s'agit d'un jugement porté par une per sonne en son nom individuel, ou par une école, un faculté, après délibération commune. Inconlestableme cette communauté de vues et de décision donne plus i poids à l'appréciation émise, mais sans la faire sortir d^ domaine de l'autorité scientifique et privée. Les pontifei romains ont parfois expressément relevé cette missio et ce privilège des facultés de théologie dans leurs bulle d'érection canonique. Il en est question parmi les vilèges accordés par Sixte IV à l'université de Cologne en 1479, dans les lettres de félicitations adressées, 1523, par Adrien VI au recteur de cette même univer site, comme aussi dans la bulle Exsurge Domine ~ Léon X, promulguée en 1521.
CENSURES DOCTRINALES
D'iiilleurs, en nos anciennes universités, les facultés de théologie ont ainsi, plus d'une fois et très utilement, censuré des doctrines. On rappelle souvent les célèbres sentences portées par les universités de Paris, de Louvain et de Cologne contre les erreurs de Luther, de Marc-Antoine de Dominis et d'autres novateurs. Du Plessis d'Argentré, CoUeclio judicioriwi de novis en-oribiis, t. i, p. 358; t. m, p. 82, 228. Parfois même, c'est sous la direction et avec l'approbation expresse de l'autoritc ccclésiastirjne que de tels jugements étaient rcnilii- : i] ruiill/. n. ii/Iii^. 1 r,i|i| il I.' une condamnation .1. . .-iM [u I I . i ; I, ['.tienne de Paris
et l;i Lh Mil,. J,. ih, ,,!,,,, /
Toiilrini^. (1,111- i iiii,i. I il- Il jiii\ Pi pour le maintien de la charité, cette liberté du censure privée a subi une restriction de la part de l'Église : il est interdit aux théologiens de porter une censure quelconque contre des propositions ou doctrines qui sont encore librement discutées entre catholiques. C'est Innocent XI qui porta le premier cette défense, dans son décret du 2 mars 1679, en ces termes : Sanctissinnts in virtute sancla; obedientise eis {docloribus seu scholasticis aut aliis quibuscumque) prsecipit ut tam in libris impriniendis ac manmcriptis, quam in Ihesibus, dispulationibus ac prœJicalionibtis caveant ab omni censura et nota, necnon a qiiibusctiinque conviciis contra eas jiropositiones, quss adhuc inter catholicos hinc inde conlrovertuntur, donec a sancta sede, re cognita, super iisdeni propositionibiis judiciiim proferalur. Denzinger, Enchiridîon, n. 1083. Paul V, dans son rescrit aux généraux des dominicains et des jésuites touchant la controverse De auxiliis, Clément XII, dans sa constitution Aposlolicœ providentix, du 2 octobre 1733, Benoît XIV, dans sa bulle Sollicita et provida, § 23, ont rappelé et maintenu cette sage prescription.
Il est bon de remarquer qu'il n'y a point violation de cette défense, quand Ion déclare d'une proposition ou d'une doctrine donnée qu'elle est peu ou nullement probable, et même qu'elle est fausse. Ce n'est point là infliger une censure, mais déclarer que cette opinion ne présente pas d'arguments sérieux, bien que d'ailleurs un homme de bonne foi puisse être illusionné jusqu'à la soutenir. De Lugo juge pareillement que ce n'est point censurer une thèse que la déclarer arrogante, vaine, insensée; et il observe qu'en matière morale, il sera difficile de dire qu'une opinion manque de probabilité sans la censurer par le fait même.
III. Espèces diverses. — 1» En raison de Vaulonlé qui les porte, les censures théologiques forment deux catégories. Il en est qui émanent de l'autorité publique dans l'Église : comme telles, elles sont certes théologiques et doctrinales. Cependant, pour mieux marquer leur caractère nfiirirl nu nnthentique, on les appellera plutôt des cen<in . /, - .■.. Quant à celles pronon-
cées par les lli- ; i II ur autorité privée, elles
sont dites pure,, ..■,,! .h ;,, ,,„,/,.s ou scientiliques.
2° Les théologiens divisent assez communément les censures, en raison de leur objet même, en dogmatiques, disciplinaires, ou économiques. Ils appellent dogmatiques les censures qui concernent l'ordre spéculatif, et ont pour effet direct et immédiat de guider les intelligences dans la foi : telles sont, par exemple, les sentences d'hérésie ou d'erreur. Ils appellent disciplinaires les censures qui regardent la pratique, et ont pour effet direct et immédiat de lier et de diriger les volontés dans l'action. Telles sont les décisions par lesquelles l'autorité ecclésiastique interdit, au nom de la sainte obéissance ou même sous certaines pénalités à encourir, d'enseigner, de défendre, de mettre en pratique telles doctrines ou .telles propositions. Enfin, ils disent économiques des mesures, prises par l'autorité ecclésiastique, à l'endroit de telle proposition ou de telle doctrine, non pour défendre la cause de la vérité
ou de la foi, mais par prudence, pour le bien de la paix, pour éviter la discorde ou le scandale dans un temps et parmi des personnes données. Telles sont les actes par lesquels on interdit simplement la profession extérieure d'une doctrine ou l'on défend de censurer telle ou telle opinion.
Cette distinction peut se soutenir si l'on entend, par censure théologique, tout jugement quelconque porté par l'Église sur certaines doctrines ou propositions. Mais si l'on s'en tient à la signification propre de la censure théologique ou doctrinale, il n'en va plus de même. Car, si parfois l'Eglise défend d'enseigner ou même interdit de censurer l'une ou l'autre opinion, ce n'est pas toujours qu'elle entende lui infliger une qualification au regard de la vérité ou de la foi. U s'agit le plus souvent d'une mesure inspirée par la prudence administrative et le souci de la paix. Aussi, peut-il se faire que l'Église interdise, par exemple, de censurer une opinion qui sera plus tard déclarée fausse ou hérétique, comme il est advenu jadis pour la théorie opposée à l'immaculée conception de la vierge Marie.
IV. Classification des censures théologiql'es ou DOCTRINALES PROPREMENT DITES. — Nous ne traitons pas ici ex professa ce qui regarde la censure doctrinale des livres. To» Il . i II- iMiii'i. ,, .'ii- i, |.ii-i il codifiée par Léon XllI. .1 II i ,.. u',,, ,,, m- mu-
neruin du 25 j. m ,■ i I '"i Ih h i i u. . . nicment
l'objet d'un arliil' ii-iiil \.'ii Imh \ Xnu- > n\isageons donc ici directement les censures tliéologiques qualifiant certaines propositions ou certaines doctrines bien déterminées.
Pour établir en ces sujets complexes des catégories logiques, il convient de soumettre à l'analyse les documents authentiques qui ont, aux diverses époques, promulgué de muUiples censures. Ce sont principalement les constiliiliiiiiv .Il ,1,111 \ .\ Il 1. m Ire les fraticelles, Denzinger, Eii,h',,,h: ,,. M ilj il"-, rentre Marsile de Padoue, n. 42;5-r-J7. .Miiu. 1,1,1, 11,, iekii.at.n. 428-455; les décrets du concile de (.lonstauce, sess. VIII, XV, et les bulles de Martin V contre les articles de Wiclef, n. 477-521, et de Jean Huss, n. 522-550; la bulle Exsurge Domine de Léon X contre Luther, n. 625-665; les bulles de saint Pie V, de Grégoire XIII et d'Urbain VIII contre Baius, n. 881-959; les constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VII, condamnant les cinq propositions de Jansénius, n. 966-970; les décrets d'.\lexandre VII des 24 septembre 1665, n. 972-999, et 18 mars 1666, n. 1000-1016; les décrets d'Innocent XI des 2 mars, n. 1018-1083, et 23 novembre 1679, n. 1084-1085; la constitution Cselestis pastor du même pontife contre Michel de Moliiios, n. 1088-1155; les décrets d'Alexandre VIII des 24 août, n. 1156-1157, et 7 décembre 1690, n. 1158-1188; le bref Cum alias d'Innocent XII condamnant 23 propositions tirées du livre de Fénelon, n. 1193-1214; la constitution Unigenitits de Clément XI contre Quesnel, n. 1216- 1316; la constitution Deleslabilem de Benoit XIV contre le duel.n. 1343-1347; la bulle Auctorem fidei de Pie VI contre le synode de Pistoie, n. 1364-1461.
Il est bien évident que l'opposition à la vérité, dans telles ou telles propositions, présente des degrés très divers selon qu'elle est directe ou indirecte, immédiate ou éloignée, ouverte ou plus ou moins dissimulée sous tant de modalités et de nuances possibles. De là aussi découle la multiplicité des censures précisant et qualifiant ces oppositions si différentes. Antoine Sessa, franciscain de Palerme, a compté jusqu'à soixante-neuf censures au xvii« siècle, dans son Scrutinium doctrinarum. Et depuis lors, plusieurs autres ont pu grossir ce chiffre déjà élevé. Nous trouvons réunies la plupart des qualifications théologiques ainsi en usage dans la bulle UnigeniUis de Clément XI. Le pontife condamne les propositions de Quesnel ; lanquam falsas, captiosas, maie sonantes, piarum awium of]ensivas, scandalo-
CENSURES DOCTRINALES
sas, peniieiosas, temeranas, Ecclesix et ejus praxi injufiosas, neque in Ecclesiam solum sed etiam ira potestates sœculi conlumeliosas, seditiosas, impias, lilasplieinas, suspectas de hœresi ac liœresim ipsani sapienles, necnon hgeyeticis et Itiel-esibus ac etiani scliismali faventes, erroneas, liœi-esi proximas , pluries damnalas, ac demum hsereticas, variasque hxreses... et quidem in eo sensu in quo hse damnatse fuerunt... manifeste innovantes respective.
En les ramenant chacune à sa signification propre, l'on constate bientôt que toutes ces qualifications peuvent se réduire en trois catégories. Certaines condamnations atteignent directement le fond même ou la doctrine des propositions, parce que, réellement et alisolumenl. elles se trouvent, à des degrés divers, en opposition avec la vérité et la révélation. Nous avons ainsi des censures avec les qualifications suivantes ; proposition hérétique ou proche d'Iiérésir . jh .i|i,,^ilinn erronée ou proche d'erreur, propo-iii n i m inir. D'autres condamnations sontplutôtmolii. | m ; - p:. -sion ou la /'ocJiîe même des proposiliiiii^ Ih^ -i iniu-
vont.en elTet, conçues en telle façon ou rspi n ~ , n (rU
termes qu'elles peuvent donner ou iluiin. ni , Hrriurment lieu à des interprétations plus ou iiiuni> . .ji]ii;iiii> à l'orthodoxie : telles sont les propositions réprouvées parce qu'elles sont malsonnantes ou blessantes pour les oreilles pieuses. Il est enfin des propositions qui sont censurées, non pas tant en raison de leur opposition à la doctrine, que pour les mauvais effets produits en tous sens par leur émission, leur publicité et leur propagande. Telles sont les propositions jugées scandaleuses, outrageantes, blasphématoires, impies, schismaliques, séditieuses, etc.
"V. Caractère spécial des diverses censures. — Nous avons maintenant à définir sinon chacune des censures, du moins les principales et les plus usitées d'entre elles, et surtout à marquer les caractères particuliers qui les différencient. L'accord entre théologiens n'est pas absolu sur les derniers détails, mais les meilleurs maîtres s'entendent assez sur les points les plus importants pour que l'on puisse, en toute confiance, accueillir et résumer leur commun enseignement. Nous allons donc envisager et définir les censures, mais en elles-mêmes, objectivement pour ainsi dire, et indépendamment des fautes qu'elles peuvent, dans certaines conditions, supposer chez ceux qui les ont méritées. Car il ne nous appartient aucunement de rechercher et de déterminer ici les conditions subjectives dans lesquelles une proposition donnée entraine une faute plus ou moins grave contre la foi : cette question devra èlre envisagée à l'article des péchés contre la foi.
1» Censures de la première catégorie. — 1. Hxretica. — Une proposition n'est pas hérétique par le fait qu'elle aura été soutenue par un hérésiarque. Mais elle est telle, quand elle exprime, sans hésitation possible, une opinion directement opposée à la foi catholique, c'est-àdire à la doctrine révélée de Dieu et proposée par l'Église. Cette opposition doit être directe, immédiate, sans qu'il soit besoin de recourir à un moyen terme pour la démontrer. Le Christ est vraiment homme; voilà une proposition de foi. Le Christ n'est pas sociable; voilà une autre proposition opposée à la précédente, mais, pour le prouver, il faut recourir à ce moyen terme : or, tout homme est sociable. La seconde proposition n'étant pas directement opposée à la première, ne sera pas taxée d'hérésie, bien qu'elle puisse mériter quelque autre censure.
L'opposition peut être aussi bien contradictoire ou contraire. Car les contraires comme les contradictoires ne peuvent jamais être simultanément vraies. Et donc une proposition de foi étant donnée, sa contraire, comme sa contradictoire, sera néces.sairement fausse. Si l'opposition ressort avec évidence des termes
lesquels la proposition est conçue, elle sera déclarée notoirement hérétique. Voir Hérésie.
2. Hxresi proxima. — Une doctrine en est arrivée à ce point dans l'évolution du dogme qu'il lui manque la seule consécration d'une définition authentique pour être doctrine de foi ; ou encore une doctrine est tenue par tous pour certainement vraie, mais elle n'est pas définie par l'Église ; et du consentement unanime ou presque unanime des Pères et des théologiens, il apparaît qu'elle est généralement regardée comme vérité révélée de Dieu. Cette doctrine est proxima fidei. Par suite, la proposition certainement opposée sera proche d'hérésie, hseresi proxima.
3. Hseresim sapiens; de hseresi suspecta. — Une proposition qui sent l'hérésie n'est pas évidemment opposée à une vérité de foi. Elle peut même, absolument parlant, avoir un sens plausible et conforme à l'orthodoxie. Mais elle peut tout aussi bien, et plus sûrement, présenter une signification proprement hérétique. Même à raison des circonstances de temps, de lieu et de personnes, un homme prudent jugera plutôt que ce dernier sens est le vrai, c'est-à-dire celui cherché et voulu. La proposition alors est réellement hseresim sapiens, comme la suivante, dans la bouche d'un protestant : c'est la foi qui justifie. Si les conditions sont telles qu'un juge prudent ne prononcerait pas, mais soupçonnerait seulement que le sens hérétique est le sens réel et voulu, la proposition sera simplement déclarée suspecte d'hérésie.
4. Erronea in fide. — Une proposition peut être erronée dans la foi en deux manières. D'une part, elle
peut se trrmvrr fil nppri>i(ion à une vérité révélée, mais i|iii II 1-1 1. 1- .l",iii iii-pi. ment définie, ni si évidemmenl eiiiii iiie il.ni- l.i 1.1. 1.1 lion qu'elle soit unanimemenl iv, m il. m- I I uli^r. I rie proposition de ce genre, n'éliuii |..i- ..ji] ..-. ;i l;i loi commune del'Église, ne sauraitiii 1 1 1 1 1 I -ie ; elle n'est pas non plus /iÉBcesi
pro.iii,,::. W.u [..Il I . que très certainement elle contredit une vei lie surii.ilui elle, elle sera justement qualifiée d'er- j reur dans la foi. D'autre part, une proposition peut i une conclusion théologique et partant surnaturelle. La] conclusion théologique, nous le savons, est celle qui trouve déduite d'une proposition révélée et d'une autre théologiquementou naturellement certaine. Bien qu'une conclusion ainsi obtenue présente, à n'en pas douter, un caractère de surnaturelle certitude, elle n'est pourtant, pas doctrine formellement et immédiatement révélé de Dieu. Si cependant elle est définie par l'Église, elle exigera l'adhésion surnaturelle des intelligences I en les olilii;e:iiil :i la tenir pour vraie, mais non pas i la ci-nn, 1. \i 1,, ilr Dieu et à lui rendre hommage de foi jiri'pi,', <in.i,,ninirin Dei revelantis. Nier une telle conclusiuii liièiiie définie par l'Église, ce ne sera pas commettre une hérésie proprement dite, mais une erreur concernant la foi surnaturelle. Et qu'on ne dis pas : une proposition ainsi opposée à une conclu théologique définie est bien hérétique, parce qu'elle vienfl à nier l'infaillibilité de l'Église en l'espèce. Soit! opposition de ce genre va bien à contredire l'infaillibi-lité de l'Église. Mais cette infaillibilité même, en ma^^ tière de conclusions théologiques,' si elle est surnatuJ Tellement certaine, n'est pas encore définie et proposée' à la croyance de tous les fidèles. Cf Collectio Lacensisi t. vu, col. 414 sq. Donc la proposition indubitablemen opposée à une conclusion théologique sera simplemenfl mais formellement l'expression d'une opinion erronéeJ
Le caractère de la proposition erronée ainsi établi, :' devient facile de marquer la nature des qualification^ subalternes qui en dépendent ; errori proximc rem sapiens, de errore suspecta. Il suffit d'applii ce qui a été dit des censures analogues au regard dd l'hérésie : hseresi proxima, hseresim sapiens, de hmr suspecta.
CENSURES DOCTRINALES
ô. Temeraria. — La proposition téméraire, comme la proposition erronée, contredit une doctrine non seulement probable mais assez comimine et certaine pour qu'il ne soit pas permis de la niri. M.iis dlr se distingue de l'autre, ou bien pan. .|ii . Il- i . nlirme une opposition moins directe, ou lui m |i,iir< qn rlh- rejette
ont
çue, moins et donc ici allai vant tout jui^c dents piiissc'ii
à la doctrine de foi. C'est
.11 et l'on comprend qu'a-
e, les esprits les plus pru-
enlre la qualification d'erreur
ou de tém.Tilé. Dans leur embarras, ils finiront parfois par déilariT qu'une proposition est erronée ou au moins Ic'iiii'rairi! : erronea vel sallPin ti-iin^rarla.
l'ne proposition l'st directeur ni hin. i urr .luand elle
doclnii- ,1 1 1 iiii il.' vi's preuves et autorités sérieuses, Den/iii I i li"i. ou encore quand elle contredit foriiirll I iii^litutions ou des coutumes approuvées Jau 1 l.^li-. , lien qu'en elles-mêmes non révélées. Denzinycr, n. IIJ'JO.
Une proposition qui, prise en sa signification directe, ne mérite aucune censure, peut cependant devenir téméraire, indirectement ou plutôt de façon modale, parce qu'elle un vient à condamner injustement une opinion vraiment ou même plus probable. Denzinger, n. 1389.
Que la témérité'soit positive ou mV-ii'^''. il -nuMi'
importer peu. Une proposition est p.i-.iii,, ni imih-
raire quand la doctrine opposée pr.-- ni. .Ir ^i,ars arguiiirnU d'. ml. h il.', de raison ou d'analoyie. l'.llf est négalix. lu. iii 1. III. r,.ire quand elle avance, en matière théoli.-i'|ii. lin ii|iiiiion qui n'a aucun fondement. Plusieurs n. \i.iili iil piis admettre ce second cas parmi les censures. Il seuible bien difficile, en elTet, qu'une proposition reste ainsi dans l'état de témérité purement négative : les autorités et les preuves de l'opinion opposée se retourneront toujours, au m.iins jnrlirp.-l.-ment, contre elle. De Lugo, de son l.'iii|i-. |M.n\.iii apporter cet exemple : il en est d'aulrr^ .|ii. I.i m. lu. Marie pour avoir été conçus sans péclu'. Il il iiinnli.ui alors comment les autorités et les preuves de l'iminaculée conception, en la présentant comme le privilège propre à la vierge Marie, portaient indirectement contre la proposition susdite et la rendaient positivement téméraire.
11 arrive, certes, qu'un théologien avance, sans preuves suffisantes, une opinion réellement nouvelle, mais vraie. Une telle proposition est subjectivement téméraire, mais elle ne mérite pas la censure, qui suppose toujours une opinion sans fondement objectif d'une manière absolue.
(i. hiiiirobabilis, minus prohabilis. — Ces qualifications sont suffisamment claires par elles-mêmes. Divers tliéologiens ne les retiennent pas au nombre des censures doctrinales. Leur prétention se justifie en matière théorique où ces questions de probabilité et du degré de probabilité peuvent être plus facilement abandonnées aux libres appréciations des savants. Mais en matière morale, il peut y avoir de sérieux inconvénients à ce qu'une opinion soit présentée comme probable, quand elle ne l'est pas; et, par suite, il pourra convenir à un juge ecclésiastique de déclarer cette improbabilité.
7. A cette première catégorie appartiennent encore certaines qualifications moins usitées : in/îdeiis, insana, stuHa, falsa. L'infidélité consiste à rejeter toute révélation : et il est clair qu'une proposition, ainsi opposée à toute révélation, serait en même temps hérétique. Une proposition est aussi infidèle quand elle contredit les préambules de la foi, et alors, suivant son objet, elle pourra mériter encore les qualifications d'hérétique, d'erronée, etc. Au regard de ces préambules de la foi.
l'on comprend aussi qu'une prop..'-ili..M ihms-,. ('.Ii.,. diio insensée, absurde, fausse, insaim. ,ihsii);i.i . /.iUk.
S. Au point de vue historique, r. iIhu. pi .,|iiisitions
seront abrogées, surannées, c I ii.iii . .1. Iiiilcs de
propositions déjà censurées, .i| i l.i.'n, au
contraire, elles seront nouvelle .in.iissens
du mot : abrogata, antiqualu, 'nmin.^^", i, Jm-ta ex censuratis, apocrijpha, nova.
9. Mentionnons encore cesderniéres censures très intelligibles : verbo Dei contraria, in/ideUter allegans verba Scripturœ.
2» Censures de la seconde catégorie. — Il est, avonsnous dit, des assertions condamnées, non pas tant pour leur objet ou leur fond, que pour leur forme défectueuse ou malheureuse. Les propositions sentant l'hérésie ou l'erreur, suspectes d'hérésie ou d'erreur, peuvent aussi se ranger dans celte catégorie quand c'est à raison de leur expression, et non de leur objet ou des circonstances, qu'elles sont ainsi qualifiées.
La série assez longue de ces censures comprend les propositions équivoque, ambiguë, amphibologique, obscure, douteuse, inceilaiiu', |ii'.siiiii|)lueiise. cniilieiise, malsonnante, suspecte, ..ll..ii-,inir iimii- l.'s .utiIIi's pieuses : xquivoca, aiiilii[in:i. iinii<hiliol,„iii ,i . ,:h.-.:ii,:i, dubia, anxia, prœsuniptuusa, capliusa, iitnie btniuiiti, suspecta, piarum aurium oflcnsiva. Ce sont là toutes assertions, irrecevables pour la forme, et qui laissent soupçonner un fond mauvais.
Une proposition est malsonnante lorsqu'elle emploie des mots impropres pour exprimer une vérité et lorsqu'à raison même de ces termes impropres, elle prèle aux plus fausses interprétations. Elle est captieuse, au contraire, quand elle est conçue en termes propres et corrects, mais en telle manière qu'ils présentent un sens faux. Enfin elle est ofl'ensive des oreilles pies, quand la manière de s'exprimer blesse le respect du aux choses saintes. Mais il importe de ne rien exagérer ici, et les oreilles pieuses ne doivent pas manquer de l'intelligence
:; (:rn--",rs de la troisième catégorie. — Ces qualifi- ..iihii^ h- il. terminent plus directement l'opposition à !;i M iil.., dans le fond ou dans la forme; mais elles maniuent surtout leselTets mauvais et directs de certaines doctrines.
Si l'infiuence déplorable touche la religion en général, nous avons une assertion qui ridiculise la religion : subsannativa religionis. Si cette influence atteint l'Église, l'assertion sera attentatoire à la beauté morale de l'Église, dérogatoire à la pratique ou aux usages et à la discipline de l'Église, induis.inl lu -elii-ine. silu-matique, subversive de l'ordre hi. r.n . Iii.|ii. ,/.■. ni,, raina candoris Ecclesiss, derogans j,, ,i.i < >"■■ """i e/ ,!,■„■,plinse Ecclesise, inducens in sch(Siua, SLlusmattca, siibversiva ordinis hiérarchise. Au regard de la société civile, ce sera la proposition séditieuse, rebelle, destructive de la société civile elle-même : seditiosa, rebellis, eversiva regnorum. Si l'influence néfaste atteint les mœurs en général, c'est que l'assertion sera dépravée, ou perverse, vicieuse, impure, pas sûre, pas saine, dangereuse pour les mœurs, pernicieuse, scandaleuse, cause de scrupules, séductrice des simples, paralysant de graves résolutions : prava, perversa, vitiosa, impura, non tuta, non sana, periculosa in moribus, perniciosa, scandalosa, scnipulosa, sedvctiva simplicium, suspensiva gravis resolittionis. Si la vertu de foi est atteinte, la proposition se trouve éloignant ou détournant de la foi, attentatoire à la pureté de la foi, dangereuse pour la foi : aversiva a fide, diversiva a fide, denigraliva puritatis fidei, periculosa in fide. Quand c'est la vertu de religion qui est touchée, l'assertion est idolâtrique ou impie, dérogeant à la piété divine, profane, mêlant le sacré au profane, blasphématoire, favorable à la magie, aux sortilèges, à la superstition, induisant à tenter Dieu
CENSURES DOCTRINALES
ou à maudire, à simuler les sacrements : idololatrica, itupia, derogans pietali divins:, profana, miscens sacra profanis, blasphéma, niagica, sortilega, superstitiosa, tentativa Dei, maledica, siniulativa sacramentorum. Enfin, quand la charité et la justice sont en cause, c'est que la proposition est acerbe ou arrogante, âpre, outrageante, injurieuse, exprimant la détraction, irrévérencieuse, satirique, contenant des restrictions mentales : acerba, arrogans, aspera, contumeiiosa, iiijuriosa, de- Iractiva, irreverens, satyrica, restrictiva mentaliter.
Expliquons seulement les plus générales de ces qualifications et les plus en usage.
1. iScandalosa. — Scandaleuse est l'assertion qui, par elle-même, constitue pour les âmes un danger de ruine spirituelle, soit qu'elle les porte au mal, soit qu'elle les éloigne de la pratique des vertus clirétiennes. C'est d'elle-même, directement et pour ainsi dire naturellement, que la proposition doit produire ce résultat déplorable, ou bien par son objet même, ou bien par la manière et les conditions dans lesquelles il est présenté- S'il arrive que l'efl'et scandaleux se trouve déterminé, non point directement par la proposition elle-même, mais seulement à son occasion et en raison, par exemple, de l'esprit étroit ou de la faiblesse du lecteur ou de l'auditeur, il n'y a pas lieu à censure. Mais il est évident qu'une assertion de soi scandaleuse, et par l'objet direct de son affirmation, est entachée en même temps d'erreur ou de fausseté à tout le moins, sinon d'hérésie; car, de soi, la vérité ne saurait engendrer le scandale proprement dit. Il est cependant des propositions simplement ou spécifiquement scandaleuses : celles dont le mauvais efl'et a pour cause la manière ou les conditions dans lesquelles sont présentées les choses.
A la proposition scandaleuse comme à leur genre commun peuvent se ramener la plupart des censures de cette troisième catégorie : telles les assertions captieuses et séductrices des simples, lesquelles, sous une apparence de piété ou sous prétexte d'un bien plus que problématique, troublent et écartent du droit chemin les âmes simples et d'ailleurs bonnes. Telles encore les propositions pernicieuses en pratique, ou celles qui portent au relâchement ou au renversement de la discipline chrétienne : christianse disciplinée relaorativœ aut eversivse, etc.
2. Conlumeliosa. — C'est encore ici une censure plutôt générale. Toute proposition est outrageante qui s'oppose à l'honneur dû à autrui. Si la contumélie ou 1 outrage s'adresse à Dieu ou à ses saints, nous avons alors l'assertion blasphématoire, blasphéma; et suivant que l'outrage imprimé contredit ou non la foi, elle pourra être hérétique en même temps, hœrelicalis, ou demeurer simplement blasphématoire. Nous aurons encore la propo^iiiiiii l,i\i'. iliiiipiiHé, inipia, qui s'attaque au culte et a 1,1 ,1 I II I ,i - ,1 Dieu et à ses saints. Si l'outrage bles.si' mil 11 I :,i irputation ou entache l'honneur des liùi])iiii ~, m, In nias ou sociétés, les assertions sont déclarées injurieuses, calomnieuses ou produisant la détraction, satiriques : injuHosa, detractoria, satyrica, etc.
3. Schismatica. — La proposition schismatique s'oppose à l'unité de l'Église. Celte unité nait et se maintient par la communion ou communauté des fidèles sous l'autorité de leurs pasteurs respectifs et finalement du souverain pontife. Par où l'on voit que toute assertion est schismatique, qui attaque soit l'autorité du pape et des évêques, soit l'obéissance qui leur est due, soit la communion et la réunion des fidèles entre eux et sous les diverses juridictions. Il est aisé de conclure que les propositions de ce genre, suivant le contenu de leurs affirmations, pourront être schismatiques et hérétiques tout à la fois, ou se trouveront simplement schismatiques. Soutenir avec les vieux catholiques que le pontife romain n'est pas le chef de l'Église universelle, c'est pro-
duire une assertion hérétique et schismatique. Prétendre que le pape actuel n'est pas légitimement élu, serait une affirmation simplement schismatique.
4. Seditiosa. — L'assertion séditieuse a, au regard de la société civile, le même caractère que la proposition schismatique vis-à-vis de l'Église. Elle tend à éloigner les sujets de l'obéissance due à l'autorité légitime ou à provoquer des troubles, des désordres ou des séditions parmi les peuples.
VI. Modalités diverses des censures doctrinales. — Les censures théologiques ne sont pas toutes portées de la même manière, ni dans le même sens. Ainsi :
1" La censure peut être catégorique et individuelle, ou cumulative et globale.
1. Parfois, en efl'et, à chacune des propositions en cause est infligée sa qualification propre, individuellement déterminée. C'est la censure catégorique, spécifiée, précise. Ainsi procèdent les conciles dans les canons suivis d'ana thème; les pontifes romains et les facultés de théologie ont souvent suivi cette méthode. Nous avons eu l'occasion de le constater : une même thèse peut être diversement opposée à la vérité et à la foi; elle peut aussi produire de mauvais effets dans les voies les plus dift'érentes. D'où il suit qu'elle mérite justement de multiples qualifications. L'Eglise prend soin quelquefois de les relever et de les énoncer même en gradation d'importance ascendante ou descendante. Telle est, par exemple, la 1« proposition de Jansénius, jugée téméraire, impie, blasphématoire, digne d'anâthème, hérétique. Denzinger, n. 966.
2. D'autres fois, c'est tout un ensemble de propositions qui se trouvent frappées par toute une série de censures. L'Église ne détermine pas en particulier à quelle assertion s'applique chacune des censures. Mais si nous sommes assurés qu'il n'est dans l'ensemble aucune proposition qui ne mérite d'être censurée, il n'est de même aucune censure reprise dans la série qui ne convienne à l'une ou à l'autre proposition. L'on sait ainsi, indépendamment de la qualification individuelle méritée par chaque thèse particulière, que toutes les thèses rapportées sont condamnables et condamnées et qu'elles doivent par conséquent être évitées. C'est de cette façon que furent proscrites les erreurs de Wiclef, de Jean Huss, de Luther, de Baius, de Molinos, des jansénistes, de Fénelon. de Quesnel et d'autres encore.
2» l'ne seconde modalité surgit, à un point de vue diûérent, de la manière dont les censures sont appliquées aux propositions.
1. Les unes sont censurées telles quelles, prout jacent, c'est-à-dire selon les propres termes qui les formulent et sans qu^ soit besoin de rechercher ou d'éclaircir autremenrta pensée de l'auteur. C'est le cas des 65 propositions condamnées par Innocent XI. Denzinger, n. 1082.
2. Les autres sont censurées dans le sens de l'auteur, in sensu ab asserloribus, ab illarum anctoribus inlenlo, c'est-à-dire selon le sens littéral et obvie que les expressions employées présentent dans l'auteur même à qui elles sont empruntées. Que l'auteur l'ait voulu ou non, peu importe. L'Église n'a point souci de vérifier et de proscrire la pensée intime, subjective et fugace de l'homme. Mais l'écrivain a produit une opinion; cette opinion, d'après les termes mêmes où elle est formulée dans le livre ou les assertions de cet écrivain, a un sens objectif, littéral et obvie que confirme le contexte. Cette opinion étant condamnable, l'Église la condamne d le sens de Vauteur comme tel. Avec raison l'on a fait observer qu'il y a là un fait évidemment dogmatique où l'Église est compétente jusqu'à l'infaillibilité inclusivement. C'est ainsi qu'Alexandre VII a condamné les propositions de Jansénius ex libro prsememorati Cornelii Jansenii episcopi Yprensis ciii tiltdus est AugustinuS excerptas, ac in sensu ab eodem Cornelio Jansenio in-
îlll
CENSURES DOCTRINALES
ienlo, Denzinger, n. 971; que saint Pie V a proscrit les propositions de Baius in rigore et proprio verborum sensu ab assertoribtis inlenio, Denzinger, n. 959; que le Saint-Office a proscrit les propositions de Rosmini (■/( proprio anctoris sensu, 14 décembre 1887, décret J'ost obituiu Anlonii Rosmini Serbali.
3. D'autres assertions enfin sont censurées dans tel ou tel sens nettement déterminé par le jugement même de condamnation. C'est le cas de la plupart des propositions de Pistoie.
3° En certains cas, les censures atteignent un ou plusieurs ouvrages déterminés, parce qu'ils soutiennent des thèses mauvaises ou dangereuses pour la foi et les mœurs, et sans qu'on ait cru devoir préciser ces thèses «n une ou plusieurs propositions. Alors, ou bien le livre, les livres, sont simplement signalés et prohibés : c'est l'œuvre de la S. C. de l'Index. Ou encore, sans que des propositions particulières soient formulées, des qualifications très nettes sont portées contre la doctrine ou les doctrines contenues dans tels ou tels livres. Grégoire XVI a de la sorte condamné les œuvres d'Hermès : tanqiiam continenlcs doclrinas et propositiones respective falsas, lemerarias, capliosas, in scepticismiiiii ri iiidiflcrenlisinum indiwenles, ernmeas,scandal'^-^ii. :,i , ,i!l<, 'liras sc/iolas injuriosas, fidei divinœ evi',~ > sapientes ac alias ab EccJesia dani-
i l.uliii, il jiiuL que les censures qualifient directement, non seulement une opinion ou un livre, mais aussi leur auteur. On en venait là jadis, lorsque l'écrivain était publiquement connu et qu'il persistait dans ses erreurs, même après le jugement de l'Église. C'est ainsi que le concile de Nicée a nommément censuré l'hérétique Arius, le concile d'Éphèse, Nestorius, le concile de Chalcédoine, Eutychès, le concile de Constance, Wiclef, Jean Huss et Jérôme de Prague. Le cas s'est même rencontré de jugements qui censurèrent ainsi personnellement des auteurs décédés. Protagonistes d'une erreur ou d'une hérésie, ils ont refusé toute soumission pendant leur vie, ont soutenu leurs fausses théories jusque dans la mort; et même, après la mort, ils leur gardent le patronage de leur nom. C'est pour des motifs semblables que le V" concile œcuménique a censuré Théodore de Mopsueste. Voir Ajiaury ue Bène.
VII. Lnterprétation, valeur, usage des censures BOCTRINALES. — Pour interpréter correctement une ■censure théologique, en apprécier exactement la valeur, en faire un usage irréprochable et adéquat, il importe, avant tout, d'en établir nettement le caractère et la portée particulière. Il suffît d'appliquer à chaque proscription en cause les principes généraux que nous avons dégagés pour les diverses qualifications.
Cela fait, la valeur de la censure s'établit et doit se mesurer d'après ce caractère et d'après l'autorité qui l'a iniligée. Pour les censures portées par l'autorité suprême, il convient de se rappeler que, pour découvrir la pensée et l'enseignement de l'Église, il ne suffit pas toujours <le prendre la contradictoire des propositions condam-
Parml les censures, nous l'avons vu, il en est qui présentent un caractère indéniable de relativité : je veux parler des propositions condamnées à raison de leur forme ou de leurs effets. Sans aucun doute, à moins d'indication contraire, l'on doit toujours tenir scrupuleusement de telles assertions pour condamnées et partant défendues. Mais, en même temps, il faut prendre garde de n'en point tirer des conclusions exagérées, précipitées ou fausses, comme s'il n'y avait qu'à renverser ces assertions pour dégager sûrement la vérité. Il ne faut pas oublier ici que la suppression d'un mot malheureux ou malséant peut rendre correcte une proposition malsonnante. De même aussi un changement dans les circonstances peut modifier, au point de le faire
disparaître, le caractère blessant ou injurieux d'une assertion. De même encore un procédé financier a pu être réprouvé à certaine époque; il se peut que les conditions nouvelles du travail, de l'industrie et du commerce et que les transformations économiques en résultant permettent plus tard de le tolérer ou même de l'accepter.
D'autre part, il est nombre de censures absolues. Elles ont atteint des assertions dont l'objet même constitue une opposition certaine aux principes immuables de la foi et des mœurs. Quel que soit ce degré d'opposition, l'Église est toujours infaillible quand elle le fixe, avec la plénitude de son autorité, dans une censure doctrinale, même si la qualilication est inférieure à l'hérésie. Nous avons rappelé cette extension de l'infaillibilité à propos de la proposition erronée, et il n'est pas inutile d'ajouter que, suivant les maîtres les plus sûrs, c'est là une doctrine certaine, proche de la foi et même une vérité de foi. En conséquence, toutes les propositions ainsi déclarées en opposition certaine avec la vérité sont autant d'assertions fausses à tout le moins. Comme les contradictoires de propositions fausses sont nécessairement vraies, on mettra ici en œuvre les régies de la logique. Leur application exacte aux propositions condamnées permettra de trouver dans les contradictoires respectives la véritable pensée et l'enseignement de l'Église. D'une proposition hérétique, on fera jaillir une vérité de foi;' des propositions proches d'hérésie, erronées, fausses, sortiront des assertions proches de la foi, surnaturellement certaines et vraies.
Toutefois, ce travail purement logique ne saurait être, par lui seul, bien fécond pour la théologie et le théologien. Il faut le compléter par la comparaison des propositions condamnées avec les enseignements positifs, définis ou du moins nettement affirmés de l'Église. Il conviendra encore de comparer ces opinions censurées avec d'autres théories pareillement réprouvées. L'on voit par là combien l'histoire des hérésies et des erreurs, des controverses et des sentences qu'elles ont provoquées, est indispensable et peut apporter d'éclaircissements précieux. Les analogies, les différences, les oppositions ainsi constatées sont un secours aussi puissant que nécessaire pour l'intelligence Ihéologiquedes vérités en cause.
I. Textes. — 1* Le te.Tte des documents authentiques qui ont promulgué les censures doctrinales est reproduit, à la date de chaque document, dans les multiples collecllons générales des actes pontiflcaux ou conciliaires, dans les collections ofBcieUes des décrets des diverses Congrégations romaines et notamment du Saint-Offlce. Certains recueils particuliers ont l'avantage très appréciable de présenter un ensemble suivi et plus ou moins complet de ces documents. Le meilleur et le plus pratique est certainement ÏEnchiridion de Denzinger. Citons encore : Ferraris, Prompta bibliotheca, V Propositiones damnatœ.; Busenbaum, Ad meduUam theologix moralis appendinc, t. ii, sect. i : Synopsis nonntdlarum constitutionum apostoHcarum ;sect. n : Séries chronologica propositionum a S. sede damnatarum, Tournai, s. d., p. 1-258; Gm-y-Dumas, Compendium theologise moralis, Lyon, 1B74, 1. 1, p. i-cni; Gury-Ballerini, Compendium theologise moralis, Rome, 1874, t. i, p. i-cxviii : Séries chronologica propositionum damnatarum ab ayino i4iS contra Joannem Wicleffum ad annum iS64; Scavini, Theologia moralis universa, 13-édil.,Milan,1882,l.iV, p. 271-3(K); Lehmkuhl, Theologia moralis, 10" édit., Fribourg-en-Brisgau, t. n, p. 728- 820; Appendix i : Séries chronologica propositionum damnatarum ab anno iiiS contra Joannem Wicleffum ad annum ■JS87 contra errores Rosmimanorum cum atiis quibusdam decretis Romanis; Gaudeau, S. J., Libellus fidei exhibens décréta dogmaticaet atia documenta ad tractatum de fide pertinentia, in-12, Pai-is, 1898. On trouvera aussi les documents, mais incomplets, scindés et répartis suivant les divisions de sa théologie morale, dans un excellent recueil de Bucceroni, Enchiridion morale complectens selecta décréta et deflnitiones sanctas sedis, œcumenicorum conciliorum^et sacrarum romanarum Congregationum quse professoribus theologise moralis et confessariis magis usui esse possunt, i' édit., Rome,