‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 681 sur 741 · V. Péchés opposés a la charité en\'ers Dieu et · texte numérisé non relu

V. Péchés opposés a la charité en\'ers Dieu et

ENVERS LE PROCHAIN. — /. PÉCHÉS OPPOSÉS .i L.4 CH.4-

niTÉ ENVERS DIEU. — 1" D'une manière générique, tout péché mortel, toujours nécessairement contraire à l'amitié divine. S. Thomas, Sum. theoL, 11» 1I»î, q. xxiv, a. 12. — 2" La simple omission de l'acte de charité, quand il est strictement commandé par quelque précepte divin direct ou indirect. — 3» La haine envers Dieu considéré non dans son être intime qui est l'infinie perfection en elle-même toujours aimable, mais dans les effets de sa rigoureuse justice s'exerçant inflexiblement sur les pécheurs rebelles, in quantum scilicet apprehenditur peccatorum prohibitor et pœnarum inflictor. S. Thomas, Sum. tlienl., Il» 11"^, q. xxxiv, a. 1.

— 4° Cette haine spéciale de Dieu est le plus grave de tous les péchés. Car elle est une directe, entière et absolue aversion de Dieu, tandis que les autres péchés ne sont qu'une aversion indirecte de Dieu, en ce sens que l'on ne peut unir son amour avec celui d'un bien créé opposé à son commandement et i <on ;iiiiitic. S. Thomas, Sum. theol., Il» II"-, q. .\xi\. . IJ, M.n..- l'infidélité positive la plus coupable est im- l',uitf moins criminelle, si elle n'est qu'un eflèt de cette haine contre Dieu, détestant la vérité révélée comme contraire au bien personnel. S. Thomas, loc. cit., ad 2'"°. On sait d'ailleurs que la haine de Dieu constitue principalement le péché contre le Saint-Esprit, péché si difficilement rémissible même en ce monde, parce qu'il détruit le fondement de la vie surnaturelle. la foi guidant les actes du croyant conformément à l'enseignement révélé.

//. PÉCHÉS OPPOSÉS .1 LA ruAnïtÉ Eyvr.ns le pno- CHAi.K. — 1» La haine de la personne même du prochain, parce qu'il est nuisible au bien personnel que Ion aime

par-dessus tout. Car le bien du prochain, étant en soi digne d'amour, est détesté seulement à cause de sa contrariétéaveclebien personnel. S. Thomas, .Sî(»i.(/)eo?., II> II», q. XXXIV, a. 3, 6. Cette haine d'autrui est à la fois une intime jouissance de ce qui est son mal ou une envieuse tristesse de son bien et une volonté efficace de lui procurer quelque tort. Comme désordre de la volonté, cette haine est le plus considérable parmi les péchés qui ofiènsent le prochain, parce que c'est d'elle que tous procèdent. Comme dommage effectif, les actes extérieurs provenant de la haine sont plus nuisibles et en ce sens plus graves. Il» 11»^, q. xxxiv, a. 4. Quant à la simple haine des défauts et des fautes d'autrui, tant qu'elle se maintient exactement dans ces limites, loin d'être répréhensible, elle peut provenir uniquement de l'amour envers le prochain. Il» II"-, q. xxxiv, a. 3. D'ailleurs les antipathies ou répugnances qui n'existent que dans la partie sensible ne peuvent par elles-mêmes constituer une faute morale, tant que la volonté n'y adhère point positivement. Toutefois elles peuvent constituer un danger d'entraînement pour la volonté, surtout quand on les laisse habituellement persister, sans aucune répression.

2" A la haine d'autrui se rattachent plusieurs autres péchés non moins contraires à l'acte intérieur de charité fraternelle ou à sa manifestation extérieure : la jalousie, la discorde, la contention, la division, la querelle et la sédition.

1. La jalousie. — a) Définition. — Considérée comme acte contraire à la charité, la jalousie est une tristesse du bien, de l'excellence ou de l'avantage d'autrui, dont on s'afllige comme d'un mal parce qu'ils empêchent ou diminuent le bien, l'excellence ou l'avantage personnel. — a. Toute tristesse des avantages du prochain n'est point la jalousie. Inspirée par de bons motifs et subordonnée aux prescriptions de la charité, cette tristesse est en soi légitime, bien qu'elle puisse facilement être viciée par quelque disposition contraire à la charité et entraîner à des actes répréhensibles. Ainsi s'affliger des avantages d'autrui, parce qu'il s'en sert mal, ou parce qu'il en est positivement indigne, est un acte moralement bon, dès lors que l'on n'excède point les limites permises par la charité individuelle ou sociale. Il n'est même point défendu de s'attrister du succès du prochain, quand il est réellement vrai qu'il empêche le nôtre, et que les désirs personnels se maintiennent dans la subordination requise. Mais l'amour immodéré de son propre bien entraine fréquemment au delà des limites strictement permises. D'après ces principes l'on jugera facilement la conduite pratique de ceux qui, dans les luttes de la vie et avec la fréquente opposition des classes sociales, sont très souvent exposés aux entraînements de l'émulation, de la concurrence et de la rivalité. S. Thomas, Sicm. theol, II» II*, q. xxxvi, a. t, 2; Lehmkuhl, op. cit., t. i, n. 619. — b. La jalousie n'est point nécessairement inspirée par la haine, bien qu'elle puisse facilement conduire à souhaiter formellement le mal d'autrui, par conséquent à le haïr. .S. Thomas, Quxst. disp.. De malo, q. x, a. 3. — c. Le principe immédiat de l'acte de jalousie est un amour excessif de son propre bien ou de son avantage personnel que l'on juge contrarié ou diminué par ce succès d'autrui dont on s'afffige. — d. Le principal effet immédiat est la destruction de la charité fraternelle, inconciliable avec cette tristesse du bien formel du prochain. D'autres effets résultent habituellement de la jalousie surtout quand elle se produit fréquemment ; c'est ce que les théologiens appellent/iiiœ invidix. S. Thomas, Sum. theol., Il» II», q. xxxvi, a. 4, ad 3'"" ; Quœst. disp.. De malo, q. x^ a. 3. Quant à la jalousie considérée comme péché ou vice capital, elle peut se définir : une inclination habituelle vers l'acte coupable que nous venons de décrireet vers les péchés qui lui sont habituellement connexes.

CHARITÉ

Voir col. 16(i8. — b) MovalUé. — a. La jalousie est un prché, parce qu'elle est opposée au strict devoir de la charité enjoignant de se réjouir du bien du prochain dans la mesure où l'on est tenu de l'aimer par amour pour Dieu. S. Thomas, Suni. IheoL, 11" II», q. xxxvi, a. 2. La jalousie est d'ailleurs souvent réprouvée par l'Kcrilure, Rom., i, 29; Til., m, 3; Gai., v, 21, et par toute la tradition chrétienne qui l'a toujours rangée parmi les péchés ou vices capitaux, sous le nom plus générique de tristitia, suivant la classification de Cassien et celle de saint Jean Climaque, ou sous le nom spécifique d'invidia dans la classification de saint Grégoire le Grand et dans celle de saint Thomas communément suivies par toutes les écoles théologiques. Voir col. 1690. — 6. Considéré en lui-même, le péché de jalousie est directement opposé à la seule vertude charité, par la tristesse qu'elle produit contrairement aux strictes prescriptions de la charité. S. Thomas, Sum. IheoL, II» II"", q. XXXVI, a. 3. — Mais la jalousie peut être facilement accompagnée ou suivie de nombreux péchés d'injustice dont elle est la cause formelle ou qu'elle aide puissamment, et qui atteignent le prochain dans ses biens, dans sa réputation ou même dans sa vie corporelle. — c. La jalousie est en soi un péché grave, dans la mesure où elle s'oppose formellement à la charité fraternelle, positivement obligatoire sub gravi. La jalousie est ainsi irréductiblement opposée à la charité, quand elle se porte sur quelque bien considérable du prochain et qu'elle est sciemment consentie. T)ans l'hypothèse d'un bien ou avantage de légère importance ou d'un demi-consentement donné à quelque vive impression ou émotion, la jalousie n'est qu'une faute vénielle. S. Thomas, Sum. theol.. Il» II«, q. xxxvi, a. 3; Qusenl. disp.. De malo, q. x, a. 2. Si elle se borne à un sentiment que la volonté désapprouve formellement, ou auquel elle ne consent aucunement, il n'y a en soi aucun péché, bien qu'il puisse y avoir quelque danger d'entrainement ultérieur de la volonté. — d. Au péché direct dejalousie se joignent souvent des péchés dérivés, ayant pour cause ou pour motif principal la jalousie : susun-atio, detraclio, odium, exuHatio in adversis, afftictio in prosperis. S. Thomas, Sum. theol., H' II»', q. xxxvi, a. 4, ad3»"'; Quxst. disp.. De malo, q. x, a. 3. La gravité respective de ces péchés doit se déterminer d'après leur opposition formelle avec la charité, le dommage qu'ils occasionnent ou même la haine réelle qui les accompagne ou les anime. — c) Les remèdes contre la jalousie se déduisent aisément de la thérapeutique générale des vices capitaux : détruire ou affaiblir la cause originelle en luttant contre l'amour excessif des biens temporels, considérer attentivement tous les maux qu'entraîne avec soi la jalousie, et réagir par de fréquents actes intérieurs ou extérieurs opposés à l'inclination coupable.

2. Ln discorde. — a) Définition. — Le péché de discorde est une opposition formelle des volontés en matière nécessaire commandée par la charité envers Dieu ou par la charité envers le prochain, comme ce qui est nécessaire pour obtenir le salut ou pour empêcher un mal grave dans le prochain. S. Thomas, Sum. theol. ,11' II», q. xxxvii.a. 1. La non-conformité en matières libres, n'atteignant aucunement la charité envers Dieu ou envers nos frères, n'est point par soi-même une faute. Elle n'est pas même une opposition à l'amitié ou à la paix, telles qu'elles peuvent être réalisées en cette vie. II» II»:, q. XXIX, a. 3, ad 2'™. fe) Moralité. — a. La discorde en matière nécessaire ou commandée est un péché, dans la mesure où elle empêche l'union fraternelle strictement prescrite. II» II'', q. xxxvii, a. 1. Elle est d'ailleurs souvent réprouvée par l'Écriture. Gai., v, 20 ; II Cor., xil, 20. — b. Le péché de discorde, considéré en lui-même, est directement opposé à la seule vertu de charité, mais il peut facilement conduire à des péchés contraires à la

justice ou à d'autres vertus. — c. Ce péché est en soi un péché grave, quand il viole directement un précepte grave, ou entraîne efficacement des maux ou dommages considérables individuels ou sociaux. Dans cette dernière hypothèse, il est souvent bien difficile de déterminer la part de responsabilité qui incombe à chaque individu en dehors de la violation certaine de préceptes positifs, divins ou ecclésiastiques. Pour procurer la concorde si nécessaire parmi les forces catholiques dans les luttes actuelles, il est donc meilleur d'insister sur les immenses avantages qu'elle procure, suivant les fréquentes et instantes recommandations de Léon XIII et de Pie X.

3. La contention. — a) Définition. — Le péché de contention est une opposition ou lutte formelle avec le prochain dans les paroles, écrites ou parlées, soit que l'on attaque la vérité strictement obligatoire, soit que l'on réprouve des opinions entièrement libres, soit même que l'on réfute l'erreur, mais sans la charité et la modération nécessaires envers les personnes. II» II»', q. xxxvin, a. 1. — h) Moralité. — a. C'est un péché directement opposé à la vertu de charité, soit que l'on porte atteinte à la vérité bien souverain des intelligences pour les individus et pour les sociétés, soit que l'on viole seulement les convenances strictement obligatoires dans telle situation concrète. Car la charité impose l'obligation au moins secondaire de ne point cau.serau prochain sans raison suffisante une peine ou un préjudice même léger; ce qui résulte inévitablement de la non-observance des égards nécessaires. — b. La contention est en soi un péché grave, quand il y a opposition formelle à la vérité connue comme telle, surtout quand celte vérité importe au bien individuel ou social et qu'elle est combattue par des procédés particulièrement répréhensibles. II» II», q. xxxviii, a. 1. L'opposition à l'erreur, quand elle observe les égards prescrits vis-à-vis des personnes et évite ce qui pourrait nuire au bien commun, est un acte louable. Combattre l'erreur d'une manière repréhensible n'est en soi qu'une faute vénielle, à moins qu'il n'en résulte un scandale grave, que l'on doive strictement éviter. S?. Thomas, loc. cit. — c. Le péché de contention peut être accompagné ou suivi de beaucoup d'autres péchés opposés à la justice, à la charité, ou à d'autres vertus, péchés subjectivement imputables, dès qu'il y a advertance et consentement suffisants, —d. D'après ces principes l'on appréciera la nature et la gravité des fautes habituellement commises dans les polémiques violentes ou passionnées, quels que puissent être leur objet scientifique ou politique et leur forme parlée ou écrite. On pourra aussi comprendre quelle prudence doit être particulièrement observée par les polémistes catholiques et surtout par les journalistes dans les luttes actuelles.

4. La division ou le schisme est la rupture de l'union nécessaire dans la société civile ou religieuse, pour son maintien normal et la pleine réalisation du bien commun. Dans l'ordre politique et social, la forme principale que revêt l'esprit de division, est l'anarchie avec tous ses différents systèmes. Dans l'ordre religieux, c'est le schisme. II» II*, q. xxxix, a. 1. Voir ces deux mots.

5. La querelle. — a) Définition. — a. C'est une lutte agressive contre autrui, par haine, par vengeance ou par quelque autre motif repréhensible, sans que soient réalisées ces formes positives qui constituent le duel interdit par le droit naturel ou par le droit ecclésiastique. — b. C'est encore une lutte défensive dans laquelle on ne se restreint point aux strictes exigences de la défense personnelle. II» II», q. XLI, a. 1. — c. La lutte qui constitue la querelle est toujours restreinte à des individus ou à des groupes d'individus, aux prises les uns avec les autres, sans que soit intervenue l'autorité publique qui régit la société. Dans cette dernière hypothèse il y a guerre. II» II», q. XL, a. 1; q. xli, a. 1.

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