‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 699 sur 741 · CHATEL · texte numérisé non relu

CHATEL

prudence. Le 15 juillet, Louis Blachère se rétractait dans une lettre envoyée à l'archevêque de Paris. Chatel installa définitivement à Clichy l'abbé Auzou, qui se disait élu curé par le peuple. Il publia alors la première Profession de foi de l'Église catholique française, dans laquelle il gardait encore la foi catholique des trois symboles des apôtres, de Nicée et de saint Athauase, et ne réclamait que la réforme du clergé français. Trois prêtres interdits se joignirent à lui, et des paroisses du Loiret lui demandèrent des curés. Lui-même ordonna deux prêtres, Laverdet et Plumet, tandis qu'un de ses premiers adhérents l'abandonnait.

Par ses actes et ses paroles, Chatel se séparait de plus en plus des templiers. Le 4 octobre, l'ordre rompit avec lui. 11 lui reprochait de prétendre appartenir encore à l'Église romaine et de se dire évêque catholique, alors qu'il avait reçu la consécration épiscopale de la seule Église joliannite. Il n'avait pas été sacré par Fabré-Palaprat, mais par le bailly Jean de .lutland. Celui-ci, qui n'a jamais reçu ni eu la volonté de recevoir l'épiscopat romain, n'a pu lui transmettre que les pouvoirs dont il était muni dans l'Église primitive. D'ailleurs, il l'a ordonné selon le rite et la foi de la religion johannite. Chatel n'est donc pas évêque catholique, et comme il avait trompé l'ordre des templiers, son consécrateur, après avoir vainement tenté de le ramener à résipiscence, prononça contre lui l'interdit des fonctions johannites et supprima la primatie coadjutoriale des Gaules. La sentence est publiée en appendice, dans le Lévilikon ou exposé des principes fottdcunentatix de la doclrine des chrétiens cathuliqiies-primitifs, in-8", Paris, 1831, p. 297-30i. Cf. M'", Hislvirc ,r„„c ;;,«„(/<imposture, ou Chatel uest pas évêq.i,\ in i . l'an-. -. d. Les partisans de Chatel, qui le quilli i ni. .m'iim ut que leur ancien chef n'avait été sacré que par Madjaud ou le bailly de .lutland, simple évêque des templiers. Il est donc avéré que le fondateur de l'Église catholique française n'avait pas le caractère épiscopal ni le pouvoir d'ordonner des prêtres.

Les finances de la nouvelle Église n'étaient pas prospères, et après le 16 octobre, le local de la rue de Cléry fut fermé et le mobilier du culte saisi, parce que le loyer n'était pas payé. Chatel loua dans l'hôtel du 'Thillet, rue du Faubourg-Saint-Martin, n. 59, les écuries des pompes funèbres. Il lança un nouveau prospectus dans lequel il fit ressortir la gratuité de son culte. En inaugurant son nouveau lieu de culte, il déclara reconnue par les fidèles la primatie, que les templiers lui avaient enlevée, lut la constitution de son Église et prononça un discours contre le célibat des prêtres. Le dimanche 11 décembre, il lut le passage du bref pontifical du 27 juillet, dans lequel Grégoire XVI se plaignait paternellement de ses entreprises schismatiques, et il insulta le pape. Il envoya Reb, prêtre interdit, à Villefavard, dans la Haute- Vienne, et l'abbé Auzou, successivement à Sarcelles et à Boulogne. Il s'unit à une association pour l'instruction gratuite du peuple et lui prêta son local. Il fit des services solennels pour attirer la foule. Il publia alors une nouvelle Profession de foi, suivie bientôt des Conséquences et développements de la pf-:'fesfiin>i dp foi, ISfiî. Il v aliamloiinait les doniiii- rlii Vlirn^ l't iir(flr'--ai! 1 r iiionili-nir

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> les doymes catholiques dans ses disle sacrement de confirmation et

'/(', composé par Saint-Estève. Il envoie lie Versailles) un prêtre qui ne peut ytl' iii ' - iii^r une cérémonie pour la prospérité de 1 .1; ! i !îi I iiii service pour les comédiens. Deux pri h |.ii iir,,i à lui. Au mois de janvier 1833, il

l'onde Le cathulique français ou la religion de la raison. Cette revue paraittous les dimanches jusqu'au mois d'août et n'a que 30 numéros. Son programme est signé

par onze prêtres ou postulants. Chatel affirmait que sa réforme avait été adoptée par 57 paroisses de 29 départements; mais la liste était grossie à plaisir, et le nombre des prêtres adhérents n'atteignit jamais simultanément le chiffre total de 20. Chatel publiait ses discours sur l'unité de Dieu, contre les excommunications, sur les spectacles, sur le mariage des prêtres, sur les abus de la confession. Il avait fait paraître aussi : La persuasion, ou conversion d'un catholique romain o la religion du Christ, trois dialogues, in-8», Paris, 1832, 1833. Le 21 mars 1833, un nouveau centre de culte français fut inauguré à Paris, rue Saint-Honoré, n. 359. Des avocats signèrent la consultation de Franque, qui tendait à prouver le droit des chatellistes à occuper les presbytères et les églises dans les communes qui les demandaient. La première édition du Catéchisme à l'usage de l'Église catholique française parut, in-8", Paris, 1833. Le bazar Saint-Honoré fut bientôt fermé par suite du désaccord de Chatel avec l'administrateur temporel Dufour. Le 18 juillet, Journiac se rétractait publiquement, .lanin tournait Chatel en ridicule dans le Journal des Débals. La situation financière de l'Église française était des plus précaires. Chatel n'avait plus avec lui que trois ou quatre prêtres. A cette époque, il prétendait avoir été sacré par Mo' Salaraon, évêque d'Ortosia, qui avait été affilié à l'ordre des templiers. Il publia le tableau de ses établissements et l'almanach de son clergé. Il s'établit à Nantes. Au mois d'octobre 1834, il fonda Le réformateur, journal religieux consacré au développement de la doctrine de l'Église française et du christianisme unitaire. Le neuvième numéro, juillet 1835, portait ce nouveau titre : L'Église française. La revue vécut jusqu'au mois de janvier 1837 et eut au total sous ces deux titres 27 numéros. Une nouvelle Profession de foi avait été signée le 1" février 1834, et une seconde édition de V Eucologe a\'a'it paru la même année.

Le 7 février iS3ô, Chatel chercha à établir une église au faubourg du Temple. Il loua un hangar de la rue Saint-Maur. Il plaça sur la porte cette inscription : Église française Montijon, ouverte le 24 juin 1835. Dans le cours de la même année, il patrona une institution de jeunes demoiselles, rue Albouy, n. 20. En 1836, il entreprit de construire une église, rue de l'Orangerie, auprès de Saint-Méilard. La police ne permit pas la pose solennelle de la première pierre. On exigeait l'autorisation de l'évêque diocésain. L'église fut achevée, mais l'ouverture n'en fut pas autorisée. En province, les préfets ou les maires interdisaient le culte français. Le conseil de l'instruction publique n'admit pas Pillot, prêtre de l'Église française, comme instituteur primaire du Pec. Pillot, qui avait passé à Montrouge, fut condamné à six mois de prison. Chatel luttait péniblement contre toutes les difficultés qui lui étaient suscitées. Il publia, à partir de 1836, des lettres pastorales pour Pâques et VAlmanach de l'Église catholique frança'ise. La discorde régnait à l'église Montyon et Calland se retirait écœuré, en 1837. Le ministre de l'intérieur refusait d'autoriser Heurtault à Boulogne. Le Rousseau, chef de l'église de Nantes, était sacré évêque et envoyé à Bruxelles, où il inaugu- 1 lil le cuUi- fi'ân.ais, !.. !" netolire 1837. Une seconde

...|,|,„n .1.1 (:<,l,-rl.,<l„r l'Iall ,h,UUrr, in-16, 1837. ChairI |Mili!iiil iiiir liini-hiiii': /..■ i m iuiiilte de la civilisait, :ii. Le |oiir du vriiJi-rJi -aiiil ls:'.8, il lit un service pour - avec lui que des lévites. Il I I8:i7, sur le déisme ou la ^ilé d'une religion, l'excelùcation de la femme, l'amour éducation du jour et l'éducation antisociale des séminaires, et en 1839, sur le célibat des prêtres. Le vide se faisait de plus en plus autour de lui. Le 15 décembre 1838, le National de l'Ouest, journal révolutionnaire de Nantes, qui l'avait soutenu jusqu'alors, rompit avec lui. Il lui reprochait de s'éloi-

.lésus-ChrisI ; il u nail |,l imprimait ses ili-r.iiirvéritable reli;,iun. la i^ n lence de la loi naUirelle, la de la patrie; en 1838, sur

yucr de la « route nationale », et de verser dans le fouritTisine et le saint-simonisme. Chatel avait publié : Le code lie Vhumanilê, ou l'humanité ramenée à la connaissance du vrai Dieu et au véritable suciatisnie, in-S'i Paris, 1838. Ce code, divisé par chapitres et par versets, était destiné à faire l'éducation pratique des peuples. Il préconisait la réhabilitation de la matière, l'égalité de la femme et la liberté matrimoniale. Chatel se livrait aussi à la politique, et la police défendit l'afTichage de sa lettre pastorale de 1839. Dans une note du Constitutionnel, il prétendit qu'il y avait eu, cette année, 3000 communions pascales dans son église. Une troisième édition de VEucologe parut en 1839, et du Catéchisme en 1840. En 1841, Chatel cherchait à réveiller l'attention publique par ses discours imprimés sur le culte des grands hommes, l'immortalité, les enseignements des hommes et les enseignements de Dieu, l'apostasie et par un Éloge de Napoléon. Au mois de septembre 1841 et 1842, il organisa une fête de la femme. Au mois de novembre, il parla sur la philanthropie à la Loge des hospitaliers de Jérusalem. Ses discours trop libres sur le féminisme et l'émancipation des femmes furent signalés au gouvernement. Le 28 novembre 1842, son église du faubourg Saint-Martin fut fermée par larrêt du préfet (h' police. Chatel était prévenu d'outrages contre la morale publique. Ce fut en vain qu'il adressa un Appel aux catholiques français, et a la Chambre des députés. Dans le courant jje janvier 1843, les préfets de la llaute- .Marne, de la Loire-Inférieure et de la Haute-Vienne firent fermer les trois dernières succursales qu'avait l'Église française en province.

Chatel toutefois n'abandonna pas ses fidèles. Obéré de dettes, il confia son Église à un conseil d'administration, sorte de fabrique, qui devait, au moyen de cotisations, lui fournir les fonds nécessaires pour vivre et pourvoir aux frais du culte. Il eut à soutenir deux procès qu'il perdit, fut emprisonné, puis s'exila à Mons en Belgique. Il revint bientôt à Paris et publia une lettre pastorale pour Pâques 1843. Cependant, il s'était brouillé avec son conseil d'administration, sous prétexte que celui-ci lui refusait les vivres. Le 10 février 1843, le conseil adressa aux fidèles une circulaire leur annonçant qu'entre lui et Chatel la rupture était complète; il rendait compte des sommes versées à son ancien chef et prévenait que le culte serait continué par M. Bandelier et les lévites. C'était un nouveau schisme. De son côté, Chatel cherchait à gagner des fidèles; il se tourna de plus en plus du côté des saint-simoniens. Il publia encore une lettre pastorale pour Pâques de 1845. En 1816, il était malade et malheureux et, pour lui venir en aide, .Mège faisait imprimer et mettait en vente trois discours sur l'hypocrisie, la cène et la charité. Chatel était devenu marchand de denrées coloniales; mais son commerce d'épicerie était peu florissant.

La révolution de 1848 le fit reparaître sur la scène publique. Dans les derniers jours de février, il placarda sur les murs de Paris une proclamation. Il devint orateur des clubs; il y parlait en faveur du divorce et il fréquentait les réunions socialistes. Il tenta de rouvrir son Église, dont le siège provisoire fut établi à son domicile, rue de Fleurus, n. 5. Une brochure intitulée : Loi du culte selon l'Église française et la loi sociale nouvelle par le citoyen Chatel, in-8», Paris, 1848, nous fait connaître, dans un style bizarre, ses nouvelles idées. La loi sociale veut que le culte, qui est un sentiment inhérent à la nature humaine, soit raisonnable. Ce culte doit être rendu à Dieu et à l'homme, en qui on honore le génie. Il convient à l'homme, individu, citoyen et humanité, et règle les cérémonies relatives à la naissance, à la puberté, à la virilité et à la mort. Chatel admet pour chaque individu un état antécédent, une préexistence, relativement à laquelle la vie actuelle est une chute. Le baptême du nouveau- né est sa consé-

cration au Grand-ÈIre. A l'âge de puberté correspond l'enseignement du catéchisme, qui se résume dans la liberté, l'égalité et la fraternité. L'acte symbolique de cette époque de la vie est la première cène ou la communion. L'homme parvenu à l'état de virilité se marie; le mariage est nécessaire, et la femme mariée est l'égale de son mari. Le culte aux défunts a une triple base : la triple croyance à l'éternité de l'être humain ou de sa triple existence dans une vie passée, dans la vie présente et dans la vie à venir. Les devoirs envers Dieu sont l'adoration, l'action de grâces et la croyance au bonheur. La nature de l'homme est une dans une triple virtualité : instinct, sentiment, connaissance. Rien ne se perd pour l'éternité. Ces rêveries panthéistiques n'eurent pas grand succès. Chatel cependant aurait réuni autour de lui un semblant d'Église, qui aurait été formellement interdit par la police en 1850. Réduit dès lors à la pauvreté, Chatel donnait, passage Dauphine, où il habitait, des consultations de magnétisme, et aussi des leçons de grammaire à quelques enfants. Dans sa dernière maladie, il fut recueilli par une femme charitable, chez qui il mourut, le 13 février 1857, rue du Four-Saint-Germain, sans s'être réconcilié avec l'Église. Par clause testamentaire, il avait refusé l'assistance du clergé à son enterrement. Il fut donc inhumé civilement au cimetière Montparnasse. Il était oublié, et il y eut peu de monde à ses funérailles. Ce réformateur sans grandes vues religieuses et sans culture intellectuelle n'exerça pas une profonde influence. Il ne réussit pas à établir en France le catholicisme libéral qu'il avait rêvé. Agitateur de surface, il aboutit seulement à fonder un de ces petits cultes, qui n'attirent que des oisifs et des âmes blasées et n'ont qu'une vogue passagère. 11 était parti du simple libéralisme religieux et politique, et il finit par le communisme et le socialisme.

II. Doctrine, constitition et culte. — 1» Doctrine. — Chatel et ses premiers adeptes ne voulaient tout d'abord qu'introduire une réforme dans le catholicisme et modifier la discipline. Ils gardaient les dogmes. Mais Chatel versa bientôt dans le pur rationalisme et le déisme. Dans sa Profession de foi de 1832, il posait ces trois principes : « 1» La raison de chacun doit être la règle fondamentale de ses croyances. 2» On doit suivre sa propre conviction, lors même qu'elle se trouve en opposition avec les croyances générales; si on se trompe en agissant de la sorte, la faute n'est que matérielle. 3° Se conduire d'après des croyances qu'on regarde comme absurdes, lors même que ces croyances seraient universelles, c'est au moins faiblesse. « Il rejetait donc rinfalUibllité de l'Église, par cette raison que les opinions des hommes sont toujours variables et incertaines. Dans les Conséquences et développements de la profession de foi, il rejetait aussi tous les dogmes des Églises, qui étaient contraires à la raison. Par suite, il n'admettait plus ni trinité, ni incarnation, ni rédemption, ni virginité de Marie. Il ne croyait qu'en un seul Dieu et il fondait le christianisme unitaire. Quant à Jésus-Christ, il n'était pas Dieu, mais seulement un homme extraordinaire. Il était le fils du tout-puissant d'une manière plus excellente que les autres hommes; il était le sauveur du monde, parce qu'il avait dissipé des ténèbres et répandu des lumières dans le monde. Sa mission et ses doctrines étaient divines, et l'Église française lui rendait un culte de dulie. Le symbole de cette Église comprenait douze articles. Les cinq premiers concernaient Dieu et ses attributs métaphysiques et moraux. Le 6* disait que la religion naturelle est la seule vraie, bonne et utile; le 7«, que Jésus-Christ est un modèle de vertu et qu'il méritait d'être honoré comme un homme prodigieux ; le 8% qu'on peut faire son salut dans toutes les religions; le 9", que le fond de la morale était dans ces paroles : & Faites aux autres

ce que vous voudriez qu'on vous fit à vous-mêmes. — Rendez à César ce qui est à César; » le lO», que les fautes ne sont expiées que par les bonnes œuvres et non par les macérations et les abstinences; le 11', que la confession auriculaire n'est pas de précepte divin ni obligatoire, mais qu'elle doit être faite librement, de confiance, comme à un médecin spirituel ; le 12«, que la prière, les vœux et les adorations ne sont adressés qu'au grand Dieu, vivant, éternel et immuable. L'Église française conservait tous les sacrements, comme des choses sacrées, saintes et respectables. L'eucharistie n'était que la commémoration de la sainte cène ; elle était encore un sacrifice, mais seulement à la manière des sacrifices des religions judaïque et païennes, hormis les victimes humaines. L'Église française admettait le mariage des prêtres. A ses yeux, le mariage contracté devant l'offlcier civil était valide; contracté devant l'Église seulement, il était invalide. Enfin, aucun pouvoir, spirituel ou temporel, ne pouvait créer des empêchements à l'union matrimoniale. Le pouvoir temporel émane du peuple; il ne peut se mêler des choses de la religion ni exiger une profession de foi de ^tel culte. Les rapports des deux puissances se résument en deux mois : prolcction de l.i part de l'État, soumission etind<'iiriMl:irur .1. 1 l\Ii-i . xnumission dans les choses civilf> il mil. |i Mi' il Litières religieuses.

2' (.1 / .s/'" I I - i-r française était régie par

des p;l^ll■lll~ lij, ■ ~ lu- ii.ir le peuple et le clergé.

Sa hiérarchie comprenait un primat, des évèques coadjuteurs, des prêtres (vicaires généraux, curés de diverses catégories), des diacres, des sous-diacres, des minorés et des tonsurés. Les prêtres remplissaient gratuitement leur ministère. Il y aurait autant d'évêques que de départements français. En fait, le primat ne sacra qu'un seul évêque coadjuteur, Le Rousseau, établi à Nantes. Le clergé français ne portait aucun costume distinctif, en dehors de ses fonctions religieuses. Le costume religieux était réglé dans les plus petits détails.

3» Culte. — Il comprenait la célébration des dimanches et des fêtes, la communion pascale et l'administration des sacrements. Celle-ci se faisait en langue vulgaire aussi que la célébration de la messe. L'Eucologe réglait le culte français. Il débutait par la bénédiclion de l'eau et du sel. Le canon de la messe était invariable, mais l'ordinaire variait selon les temps et les fêtes. Le propre du tcrnp'! coinpl;iil «oizp messes s'échelonnant de l'Avent au tt-iM|'- ,i|'ii - ! I l'iiilecùte. Il comprenait la fête de Nûi'l, i|iii I lut I i.ii\rrtiu-e de l'année cinviienne, celles de la ci'iiii i|iiiili -aint), de la passion (vendredi saint), de Pâques qui célébrait la résurrection spirituelle, et de la patrie. Il y avait ensuite des messes spéciales pour chacune des saisons, pour l'Éternel, la dédicace d'un temple, la femme (commémoraison des femmes célèbres), les mariages, la première communion, la confirmation, l'action de grâces, pour implorer les grâces du Seigneur, pour les malades et les affligés, et pour les morts. Il y en avait une aussi pour l'anniversaire des amis de l'humanité (saint Vincent de Paul, Fénelon, Liancourt, L'Épée, Hoche, Rousseau, Voltaire, Belzunce, Franklin, Montjon, Ganganelli, Desaix, Molière); et une spéciale pour Napoléon , que Cliatel regardait comme le Messie du xix« siècle. Les prières ressemblaient à celles de la messe catholique; mais les leçons n'étaient pas tirées des I > i iini , I ,i - chœurs des fidèles étaient en vers framn I / ;, eontenait encore

des hymnes en vers II m 1 ■ |i nies et des vêpres, dans lesquelles les psaume;. Ue Ii.i.i.l était remplacés par des poésies françaises sans valeur poétique. Sur le maître-autel du faubourg Saint-Martin, la statue de la Raison, sous les traits d'une femme, soutenait celle de la Religion qui tenait la croix à la main; à leurs pieds, un lion puissant symbolisait la force. Sur les côtés, on avait inscrit : Gloire, Patrie. Les statues de Fénelon et

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de saint Vincent de Paul ornaient les murs. Des basses et un piano servaient d'orgue et soutenaient le chant des chœurs. Le drapeau tricolore flottait au-dessus de la porte d'entrée.

En résumé, l'abbé Chatel enseignait le rationalisme vulgaire, teinté de panthéisme. Sur Dieu, Jésus-Christ, la Bible, l'immortalité de l'âme, il n'avait plus rien de chrétien. En morale, il ne reconnaissait que la loi naturelle. Sa hiérarchie, son culte étaient calqués sur la hiérarchie et le culte catholiques. Il avait emprunté quelques particularités à la Constitution civile du clergé et à la religion des théophilanthropes. Son système sans originalité propre ni largeur de vues n'eut pasd'iniluence, et son culte excita quelque temps la curiosité d'un public restreint.

III. Démembrements de l'Église fr.\nçaise. — Cliatel manquait de la vigueur intellectuelle et de la valeur morale nécessaires pour s'attacher définitivement ses adhérents, esprits flottants, hommes sans caractère, recrutés de tous côtés et dans des milieux peu recommandables. Ses doctrines, elles aussi, étaient trop variables pour satisfaire ceux qui ne suivaient pas l'évolution de sa pensée. Aussi, il se produisit bien vite dans l'Église française des schismes, qui provoquèrent des polémiques grossières et entravèrent le recrutement et l'influence de la nouvelle religion.

1" L'Église cotistitutionnelle de France. — Ce schisme mort-né a eu pour auteur le soi-disant abbé Roch. C'était un sous-diacre du diocèse de Bourges* nommé Jean- Roch Mérigot, né le 12 septembre 1794, à Saint-Amand (Cher). En 1820, il avait publié un Discours sur les missions. Après avoir mené une vie misérable, il s'affilia aux templiers en 1831 et fut ordonné diacre et prêtre de la religion johannite. Il était docteur de la loi, mais il quitta bientôt l'ordre de Saint-Jean et se fit réordonner prêtre sous condition par l'évéque constitutionnel Poulard. Il s'adjoignit à Chatel, puis à l'abbé Auzou, et passa chez les saint-simoniens. A la fin du mois de septembre 1832, il ouvrit avec Brunet et Plumet VÉglise constitutionnelle de froHce, place de la Sorbonne, n.2, et publia, le 8 octobre, une Profession de foi, in-8% Paris, 183i. Il y annonçait une seconde promulgation de l'Évangile dont il se proclamait l'apôtre. Il professait le simple philosophisme. S'il conservait encore les dogmes et les sacrements de l'Église chrétienne, c'était dans un sens qui n'était plus chrétien. Son Église serait organisée conformément à la Constitution civile de 1790. Il y eut deux ou trois réunions; elles furent si tumultueuses, que la police fit fermer l'église au mois d'octobre. L'abbé Roch chercha à se convertir et, le 22 mai 1883, il fit demander à l'archevêque de Paris dispense de ses vœux. Sur la sollicitation du P. Humbert, franciscain, il écrivit, pour la somme de 500 francs, les Scènes historiques des prétendus réformateurs Chatel, Auzou, Fabré-Palaprat et Roch, in-16, Paris, 1834, dans lesquelles il ne ménageait pas sa personne. Mais, peu après, [apôtre Roch publiait son Abjurationde la foi catholique, apostolique et romaine, in-S", 1834, rédigée en vers et adressée aux évêques. Il voulait s'attirer des secours pécuniaires qui ne lui vinrent pas. Malade, il entra à l'hôpital de la Charité, où il mourut le 29 janvier 1835, sans s'être réconcilié. Voir Ami de la religion, 1834, t. lx.xxi, p. 389-390; 1835, t.Lxxxiii, p. 436-438.

2" L'Église française catholique et apostolique. — Fondée quelques mois plus tôt que la précédente, elle a duré plus longtemps. Son fondateur, Louis-Napoléon Auzou, était né à Versailles le i" janvier 1806 et avait fait ses études au séminaire de sa ville natale. Il avait reçu tous les ordres le même jour des mains de Poulard en 1831, et s'était joint à Chatel, qui l'installa à Clichy. Il se disait élu par le peuple. Cependant, nous le trouvons aux mois d'octobre et de novembre 1831, à Sarcelles, où il célébrait le culte dans l'orangerie du baron de

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Montlleuri, puis à Boulogne. Le 19 février 1832, il prêcha à Paris un discours sur les usurpations sacerdotales, et le 6 mai, à Clichy, un autre discours sur les mandements des évéques au sujet du choléra. Ces deux discours furent imprimés. Le 18 mars 1832, la municipalité de Clichy l'avait installé au presbytère et lui avait rendu l'usage de l'église paroissiale. Au mois d'août suivant, il se brouillait avecChatel au sujet du rétablisseiiioMl du l^uif. Le H, Chatel écrivit à Auzou une lettre. |in ii-riii ,i, 1,1 part de son destinataire, des Oft-

sciTiii' . ;hi| , le 19. Laverdet, un jeune libraire

de Cil. ' .jii' .■! avait ordonné prêtre bien qu'ij

n'eut ]ia- lail a ijUiae;,, se joignit à Auzou et, le 9 août 1832, ils ouvrirent ensemble au boulevard Bonne-Nouvelle, près de la porte Saint-Denis, rue Basse, n. 20, à Paris, une chapelle succursale de Clichy, dans laquelle le culte était absolument gratuit. Auzou publia à cette occasion uneiVoiite historique sur l'Église française de Clichy, Paris, 1832. Le 23 août, il prononça VOraison funèbre de Napoléon II ,ducde ReichslacU , in-S", Clichy, 1832, au service organisé pour ce prince, elle 6 décembre, il adressa au primat une lettre de séparation délinitive. Dès le l" janvier 1833, il commença la publication du journ.-il ilr -..11 r^li-.' Lr h^'ii /. ./^/. ■..,■. ,|lll .1.1

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Cliclnj, in-8», Clichy, 1833.

11 s'était séparé de Chatel, dès que celui-ci avait renié publiquement la foi chrétienne et versé dans le philosophisme. Enseiiil.I. , iN ,i\, lient voulu conserver les dogmes du c.illi..li. 1 i... [i .lessé par la majorité des

Français, et ils .. .1 ni- une réforme que le pape

refusait de fair.'. M.n^ ( JliI.I avait donné à cette réforme une funeste direction. Il avait nié les dogmes, même celui de la divinité de ,lésus-Christ; il n'était donc plus chrétien que de nom. Auzou restait catliolique, apostolique, non romain toutefois, mais français. Il réformait le catholicisme, sanslechaniser. A la base de sa doctrine, il plaçait le principe : la voix du peuple est la voix de Dieu. 11 admettait aussi l'égalité des membres du clergé et ne voulait parodier ni la papauté ni l'épiscopat. Les prêtres, dès qu'ils sont au nombre de trois, ont le pouvoir de conférer le sacerdoce et la confirmation. Les curés sont élus par leurs paroissiens. Les prêtres, étant citoyens, ne sont plus astreints au célibat et n'ont plus de rapports avec le pouvoir tyrannique des rois absolus. 11 n'y a plus de droit divin. Les excommunications, interdits, censures, refus de sacrements, étant des usurpations sacerdotales, sont supprimés ainsi que les indulgences, les jeûnes et les abstinences obligatoires. Aucun péché ne peut être reconnu mortel. 11 n'y a d'autres empêchements de mariage que ceux qui sont établis par la loi civile. Le culte, excercé gratuitement et sans ornements brodés, écartera toute superstition. L'eucologe et le catéchisme qu'Auzou annonçait ne furent pas publiés. La profession de foi se terminait par un appel aux ecclésiastiques patriotes et consciencieux qui gémissaient tout bas de la conduite antinationale et intolérante du haut clergé.

Cependant, le 9 janvier 1838, Auzou reçut l'ordre d'évacuer le presbytère de Clichy. Ses partisans opposèrent r. -.i-liii... 1 la police. La troupe dut intervenir, et aju. - ii..i~ |..iir- lie trouble, plusieurs personnes furent an. !.. - .1 III. arcérées. Le culte catholique fut oflicieUciuent icUbli dans la paroisse et, seule, la minime partie des habitants resta fidèle à Auzou. Celui-ci reçut, le 11 mars, l'ordre de ne pas exercer son culte à l'extérieur. 11 recruta quelques prêtres interdits et continua son ministère tant à Clichy, dans un local particulier, qu'à sa succursale de Paris. La police n'autorisa pas un service qu'il avait annoncé pour les victimes de juin. Un peu plus tard, elle lui fil un procès

O^ DICT. DE TIIIÎOL. C.WHOL.

pour exercice du culte extérieur. Son journal ne put

se soutenir, et ses ouailles 1 plus. Il transporta sa su.,-. m

Saint-Denis. Il y proui

populaires, les bals cl U- .

et VOraison funèbre de i • Paris, 183i. Lejeune, un de

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nient de plus en 10 du boulevard sur les plaisirs 1 .s . Paris, 1834, Sapoléon, in-8», s, fut condamné

par le tribunal de Troyes pour usurpation des fonctions sacerdotales, et, le 8 janvier 1836, la cour de Paris confirma le jugement. Auzou lui-même dut restituer à la fabrique catholique de Clichy les ornements et les livres d'église dont il s'était emparé. Dans ce procès, Berryer plaida que la fabrique française de Clichy n'avait pas d'existence légale. Au cours de 1836, Auzou publia trois brochures : Réfutation de M. l'archevêque de Paris sur l'obéissance ; Réponse à M. l'archevêque de Paris sur sa religion de l'autorité; Lettre pastorale de M. l'abbé Auzou pour le temps de l'aven t i836;e\ en 1837 : Lettre pastorale pour le temps de carême 1831 ; Conférence sur les jésuites. Il administrait aussi le sacrement de la confirmation. Son Église touchait à sa fin. Le 12 mars 1837, Laverdet, son associé, était condamné à 50 francs d'amende par le tribunal de Mantes, et la chapelle de Scnneville, ouverte en 1835, était fermée. Malgré le soutien donné par le Constitutionnel, le jugement était confirmé en appel, et par la Cour de cassation le 22 juillet 1837. Les tribunaux décidèrent que le culte d'Auzou, n'ayant \>.i~. .1. nii.ii . |Kir le gouvernement, ne pouvait être |.. in . I ii-.s où on le célébrait furent donc feim. . - I . .m. uitirdit de Lèves (diocèse de Chartres), qui » il.ul .i>»ucié à lui en 1832, mourait le 26 août 1837. Auzou lui-même était poursuivi en justice pour escroquerie et détournement et, au mois de mai 1838, condamné par défaut à six mois de prison. Au mois d'août 1839, il adressa à l'cvéque de Versailles sa rétractation solennelle et se soumit publiquement à l'archevêque de Paris. 11 s'enferma dans une maison de retraite. Voir Ami de la religion, 1839, t. cil, p. 40i- 406, 423, 486. Nommé peu après directeur d'un bureau de poste en Saône-el-Loire, il fut obligé de quitter cet emploi et entra dans une administration particulière.

L'Église française d'Auzou ne disparut pas cependant en 1839; elle fut maintenue par Laverdet. Le 10 septembre, il publia une lettre Aux fidèles de l'Église évangélique françaisepoarpToiesler contre la rétractation de l'abbé Auzou. Il prétend que cette rétractation ne fut pas spontanée, mais le résultat de la faim. Pour lui, il continuera à prêcher les enseignements purement évangéliques, à son domicile, rue du Caire, n. 24. 11 publia, en eflet, une Lettre pastorale pour l'avent de iS30: une autre Lettre pastorale pour la Pdque de iS40 et la publication de la professioti de foi ; et cette Profession de foi, Paris, 1840. Les fidèles l'avaient officiellement élu pour remplacer Auzou avec le titre de premier pasteur de l'Église évangélique. Le17 mars 1841, il adressa un mémoire au garde des sceaux. 11 ne put toutefois rentrer à Clichy. Ses partisans de cette paroisse appelèrent en 1842 un ministre protestant. Considérée comme une continuation de l'Église d'Auzou, cette communauté protestante fut condamnée comme association illicite. Le 22 avril 1843, Lavardet demandait la Liberté religieuse, aux députés des départements. Le 15 novembre 1846, il publiait encore une Lettre pastorale pour l'avent de iS46. Le 19 mai 1862, il fil transférer les restes de Chatel au cimetière de Clichy; il mourut, le 10 décembre suivant.

3» L'Église chrétienne française. — Ce fut l'Église continuée par le conseil d'administration de l'Église française après sa rupture avec Chatel en 1843. Elle eut pour ministre l'abbé J.-B. Bandelier, un des derniers prêtres associés à Chatel. 11 s'était joint à lui en 1838, et avait publié un Discours sur la mission du prêtre chrétien selon l'Église /■rawfaise, Paris, 1839. Il avait rédigé

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