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XV, XVI, XVII

Après ces diverses conséquences de principes déjà posés, vient un traité important, divisé en trois livres : De charitate, justifia et justijicatione. Le premier livre est comme une introduction aux deux autres, la connaissance de la charité étant nécessaire pour comprendre la justification; car la justice n'est autre chose que la charité, ou du moins, il y a entre les deux une liaison si étroite que l'une est inséparable de l'autre. Par charité, Baius entend, non le Saint-Esprit, mais l'acte même de la volonté aimant Dieu et le prochain : ipse aninii motus, quo Deum diligimus et proximum, qui accidens est et qualitas. L'acte suppose-t-il en nous un principe distinct, appelé communément charité habituelle? Question secondaire, dont Baius se désintéresse, c. i-ii, sur laquelle il laisse même planer un certain doute. C. vu. Tout acte de charité a nécessairement pour principe le Saint-Esprit; il faut absolument rejeter la distinction philosophique d'un double amour de Dieu, dont l'un aurait pour objet Dieu béatificateur et serait l'œuvre du Saint-Esprit, tandis que l'autre aurait pour objet Dieu créateur et serait le fruit du libre arbitre. Bien plus, l'étude attentive de saint Augustin mène à cette conclusion : « Tout amour de la créature raisonnable est ou cette cupidité vicieuse par laquelle on aime le monde et que saint Jean réprouve, ou cette louable charité par laquelle on aime Dieu et qui nous vient uniquement de lui et par la médiation de Jésus-Christ. » C. iii-vi. Principe essentiel dans la doctrine de Baius ; par là s'explique pourquoi, en dehors de la charité, ce théologien ne reconnaît ni véritable obéissance à la loi, ni bonnes œuvres, ni moralité quelconque. Mais la charité a des degrés ; elle a ses commencements, qui sont les premiers désirs du bien, elle a ses progrès et sa perfection. EUe peut, dans les catéchumènes et les pénitents, précéder la rémission des péchés. C. vn-ix.

La justice parfaite se trouve dans l'accomplissement intégral de la loi ou de la charité ; Jésus-Christ seul l'a possédée ici-bas dans toute sa plénitude. Pour nous, la justice a deux parties : la rémission des péchés, qui s'obtient par les sacrements, et la nouveauté de vie, qui consiste dans la pratique des vertus ou l'obéissance intérieure et extérieure à la loi. De justifia, c. I-IH, Cette dernière seule est proprement la justice; cependant, comme la rémission des péchés produit en partie le même effet devant Dieu, la sainte Écriture la comprend aussi sous le nom de cette vertu. Aussi, bien que les catéchumènes et les pénitents puissent surpasser beaucoup d'enfants adoptifs par la justice des œuvres, on ne peut pas les dire justes, tant qu'ils n'ont pas reçu la rémission des péchés dans les sacrements de baptême ou de pénitence. C. iv-vn. Baius réfute longuement l'erreur des protestants, qui font consister la justice dans la seule rémission des péchés. C. x.

La justification n'est pas autre chose qu'un continuel progrès dans la pratique des vertus et la rémission des péchés. De justificalione, c. I. Dieu pourrait opérer l'œuvre de la conversion en un instant, mais il ne le tait ordinairement que pas à pas et par degrés. Il commence par frapper le cœur de la crainte de ses jugements et inspire ainsi au pécheur l'esprit de crainte servile, qui l'empêche de s'opposer aux vues providentielles avec autant de hardiesse qu'auparavant. Cet esprit de crainte est un don du Saint-Esprit; il ne fait cependant pas partie de la justice, et sans la charité il conduit au désespoir

et à la damnation. La foi, jointe à un commencement de charité, est le vrai principe de la justice. C. n-iv.

A ces vues sur la charité, la justice et la justification se rattachent diverses applications de détail, relatives au mérite des bonnes œuvres et à l'effet des sacrements ou des indulgences; nous les retrouverons parmi les propositions condamnées par Pie V. Ce qui précède suffit pour laire connaître, dans son ensemble, la doctrine de Baius. S'il n'a été rien dit de la prédestination, c'est que 1 le point n'a pas été traité par ce théologien; plus tard i nous le verrons prendre parti dans la controverse entre | Lessius et l'université de Louvain.

4° Genèse de la doctrine de- Baius. — Quelle fut, pour notre théologien, l'idée-mère ? Suivant les uns, par exemple, Tournely et Kilber, ce serait le principe, énoncé dans le livre De charitate, que tout amour de la créature raisonnable se partage entre la cupidité vicieuse et la charité méritoire. Que le principe soit capital dans la doctrine baianiste, c'est un fait; mais il n'en est pas le tondement premier. Une question antérieure se pose : d'où vient que pour Baius il n'y a de vraie moralité que dans la charité méritoire, et méritoire de la vie éternelle? D'autres, plus récents, ont vu à la base du système un faux dualisme et un faux mysticisme : le théologien de Louvain aurait mis d'un côté le corps et l'âme, mais l'âme principe de vie purement végétative et animale, sans volonté ni moralité; de l'autre, l'Esprit-Saint, vie de l'àme elle-même et principe de l'activité morale et religieuse de l'homme. Celui-ci, pour être complet, devait donc posséder l'Esprit et les dons de la justice primitive; ils appartenaient à son être, étaient de son essence, étaient une partie intégrante de sa nature. Kuhn, au mot Baij (Michel de), dans le Dictionnaire encyclopédique de la théologie catliolicjuc, par Wetzer et Welte, trad. Goschler, Paris, 1858, t. n, p. 425; F. X. Linsenmann, Michacl Baius und die Grundlegung des Jansenismus , in-8°, Tubingue, 1867, p. 97 sq. Mais cette interprétation dépasse incontestablement la pensée de Baius ; il n'a pas considéré les dons primitifs comme appartenant à l'être même de l'homme, mais seulement comme des perfections exigées pour son état normal; le mot integritas naturœ a, dans ses écrits, un tout autre sens que celui de parties intégrantes de la nature. De plus, il n'a pas réduit l'inlluence de l'àme sur le corps à la communication d'une vie purement végétative et animale ; car dans l'homme destitué du Saint-Esprit et de la justice originelle, il reconnaît une volonté raisonnable et même une réelle liberté dans l'ordre physique.

Il y a pourtant du vrai dans ce prétendu dualisme : pour Baius, ni la liberté morale à l'égard du bien, ni la moralité n'ont leur source dans la nature'; l'une et l'autre viennent du Saint-Esprit, principe de la charité. Mais ce n'est là qu'une conséquence d'une idée plus générale et foncière ; le vrai point de départ du théologien lovaniste se trouve dans sa conception optimiste de l'état normal de la créature raisonnable; conception optimiste qui a pour pendant naturel, on l'a vu, sa conception pessimiste de l'état de nature tombée. En réalité, l'homme a été appelé dès le début à la « vie éternelle », à l'union parfaite avec Dieu et à la moralité d'ordre spécial qui seule est proportionnée à cette fin sublime ; Baius a vu là une destination non pas seulement de fait, niais de droit; à ses yeux, l'homme, comme créature raisonnable, avait une dignité native telle qu'il pouvait par le fait même prétendre à tout ce qui rentrait dans sa vocation effective. De là son obstination à n'admettre que la notion historique et théologique de la nature humaine, et à nier le caractère surnaturel des dons primitifs; de là, dans son système, l'aptitude exclusive de la charité théologale à nous procurer la vie morale ou l'union avec Dieu.

Si maintenant nous faisons abstraction de ce qui peut

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être considéré comme l'idée-maîtresse de Bains, pour envisager sa doctrine d'un point de vue purement Historique, la solution nous est fournie par ce que nous savons déjà de sa méthode et de l'exclusivisme avec lequel il l'appliqua. C'est en lisant et en interprétant par luimême les écrits de saint Augustin que le docteur lovaniste s'est formé l'ensemble de ses idées; habituellement il se sert, pour les exprimer, des propres expressions de l'évêque d'Hippone. Extérieurement le système se présente donc comme augustinien. Toute la question était de savoir si le disciple avait compris et bien rendu le maître ; s'il n'avait pas interprété en dehors de leur base historique des formules susceptibles de plusieurs sens, par exemple, cette expression de justitia naluralis appliquée par saint Augustin et les anciens Pères aux dons de la nature innocente.

Question d'autant plus grave que sur des points de grande importance, Baius était arrivé à des conclusions inconciliables avec la doctrine du concile de Trente, et que, sur d'autres points, il laissait dans l'ombre, pour ne rien dire de plus, ce que les Pères de ce concile avaient au contraire mis en relief; telle, par exemple, dans le traité de la justification, l'existence de la grâce habituelle, considérée comme principe intérieur de rénovation spirituelle et réalité distincte du Saint-Esprit et de nos propres .actes. Notion difficile à retrouver dans Baius, qui s'arrête à l'acte de charité, et laisse non seulement à l'arrière-plan, mais même en question, la charité habituelle entendue d'un Iiabitus ou principe permanent.

Circonstance aggravante, sur plusieurs de ces points le théologien augustinien se trouvait en contact avec Luther et Calvin, ou du moins se rapprochait beaucoup de leurs positions. Sans doute, il est souvent en désaccord formel avec eux; il maintient l'existence du libre arbitre et des mérites, établit longuement que la justice ne consiste pas dans la seule rémission des péchés, et défend l'eucharistie et les autres sacrements de l'Église catholique. Mais il n'en est plus de même, quand il nie le caractère surnaturel de l'état primitif, quand il place l'essence du péché originel dans la concupiscence et voit dans les mouvements indélibérés de la chair de vraies désobéissances à la loi, quand il soutient que l'homme tombé n'a plus de puissance pour le bien dans l'ordre moral et ne peut que pécher.

Nous retrouverons plus tard d'autres points de contact entre Baius et les novateurs, mais ce qui précède suffit pour expliquer que les théologiens traditionnels ne pouvaient rester indifférents en face des doctrines baianistes et que tôt ou tard le magistère ecclésiastique devrait nécessairement intervenir.

III. Première condamnation de Baius par saint Pie V. — Après la publication des écrits de Baius, le feu mal éteint se ralluma plus vivement; un grand nombre de propositions furent relevées et attaquées. Josse de Ravestein, appelé aussi Tiletanus, celui-là même qui avait été député au concile de Trente avec Buard Tapper, écrivit à ce sujet à fray Lorenço de Villavicencio, de l'ordre des ermites de saint Augustin. Dans cette lettre, partie de Louvain à la date du 20 novembre 1564, il signale particulièrement la doctrine relative au fondement du mérite, aux dons de l'état primitif et à la concupiscence; en terminant il émet l'idée d'une démarche auprès de Sa Majesté Catholique. Fray Lorenço répondit à cet appel; le 25 novembre, il écrivit de Bruxelles au roi d'Espagne pour dénoncer le livre de Baius et demander qu'il fût déféré aux universités d'Alcala et de Salamanque. Gachard, Correspondance de Philippe 11 sur les affaires des Pays-Bas, Bruxelles, 1851, t. il, p. xx. On sait par deux lettres postérieures, l'une du cardinal de Granvelle, l'autre de Morillon, et par une allusion de Baius dans sa letlre au cardinal Simonetla, qu'il y eut réellement censure; mais on n'a point de détails sur

les propositions atteintes ni sur la nature du jugement. Il semble cependant que, dans son Augustimanum systema, diss. II, c. i, Berti nous ait conservé une partie de la censure des deux universités; elle a rapport aux dons de la première création et aux mérites dans l'état d'innocence. Opus de theologicis doctrinis, in-4°, Bassano, 1792, t. vin, p. 377.

Ravestein crut aussi le moment venu d'attirer l'attention du saint-siège, sur les nouvelles doctrines; il lit porter à Rome par le P. Godefroy, cordelier de Liège, un certain nombre de propositions. Pie IV étant mort en 1565. et saint Pie V lui ayant succédé, le 7 janvier 1566, de nouvelles propositions furent dénoncées, en même temps que le roi d'Espagne insistait auprès du pape pour obtenir un jugement décisif. La cause fut instruite, et le 1er octobre 1567, saint Pie V signa la bulle Ex omnibus af/lictionibus,où se trouvaient proscrites soixante-seize ou, suivant la division actuelle, soixante-dix-neuf proposilions, « comme hérétiques, erronées, suspectes, téméraires, scandaleuses et offensives des oreilles pies, le tout respectivement. » Pour comprendre avec quelle modération on procéda en toute cette affaire, il suffit de lire la lettre écrite, le 13 novembre de la même année, par le cardinal de Granvelle qui se trouvait alors à Borne ; elle explique et justifie ce jugement porté sur l'acte de saint Pie V par dom Thuillier, dans une histoire, en partie inédite, de la constitution Unigenilus : « Bulle respectable par la sainteté de son auteur, par la grande réputation de l'école dans laquelle il avait été élevé et par les matières qu'elle renferme. Elle l'était encore plus, s'il était possible, par la sagesse, la prudence et la bonté qui l'avaient dictée. Baius n'était point nommé; s'il y est désigné, il l'est, comme étant d'une probité et d'une capacité reconnue. Ses ouvrages n'étaient point cités; les propositions n'étaient condamnées que respectivement, et cette condamnation était adoucie par les traits les plus marqués. Elle ne fut point imprimée, quoique ce fut l'usage ordinaire. »

Les propositions condamnées dans cette bulle feront l'objet d'une étude spéciale. Quelques remarques seulement sont nécessaires dès maintenant, pour bien saisir le développement historique de la controverse. La principale a trait à la fameuse clause qui suit les propositions et précède leur qualification : Quas quidem sentenlias stricto coram nobis examine pondcratas quanquant nonnullse atiquo pacto sustineri possent in rigore et proprio verborum sensu ab asserloribus intcnto hœreticas erroneas suspectas temerarias scandalosas et in pias aures offensionem imminentes respective... damnamus... Ainsi lit-on dans la copie de la bulle qui fut envoyée plus tard à Louvain. Voir Les llexaples ou les six colonnes sur la constitution Unigenitus, Amsterdam, 1721, t. il, p. 891. Écrite sans ponctuation, suivant l'usage de la chancellerie apostolique, cette phrase donnera lieu à la fameuse controverse sur la virgule ou comma pianum. Coupée en effet, après ces mots : sustineri possent, ou après ces autres mots : sensu ab asserloribus intento, la phrase prend un sens tout à fait différent :

1» Virgule après les mots : 2* Virgule après le mot :

sustineri possent. i>itcutt>.

Toutes ces propositions, nous Toutes ces propositions, nous les condamnons prises à la les condamnons comme hérérigueur des termes et dans le tiques, erronées, etc., bien quesens propre des mots tel que quelques-unes puissent d'une, l'ont eu en vue ceux qui les ont certaine façon se soutenir à la avancées, comme hérétiques, rigueur dos termes et dans lo erronées, etc., bien que quel- sens propre des mots tel que ques-unes puissent se soutenir l'ont eu en vue ceux qui les d'une certaine façon. ont avancées.

Les mots in sensu ab asserloribus intento montrent que les proposilions censurées ne sonl point attribuées à un seul auteur. C'est ce que confirme le préambule où

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saint Pie V exprime la douleur dont il a été saisi « en voyant plusieurs personnes d'une probité et d'une capacité d'ailleurs reconnues, répandre de vive voix ou par écrit diverses opinions très dangereuses et très scandaleuses ».

Enfin la date de la bulle suggère à dom Thuillier une réflexion que je crois utile de lui emprunter : « Tel est, dit-il, le système condamné, ce qui est bien digne de remarque, vingt et un ans avant que le jésuite Louis Molina rendit public son livre de la Concorde où il établit le système qu'on appelle moliniste, système que lui-même donnait comme nouveau; vingt ans avant que Lessius, autre jésuite, eût été censuré par les universités de Louvain et de Douai; dix-neuf ans avant que Jansénius vînt au monde, et soixante-treize ans avant que YAitgustinus de ce prélat sortit de dessous la presse, ouvrage qui n'est, à proprement parler, qu'un commentaire de ceux de Baius. La conséquence qui sort naturellement de ces différents calculs et qui sautera aux yeux de tout homme équitable, c'est que l'on ne peut dire, sans choquer également le bon sens et la vérité, que lorsque le pape et les évêques ont condamné la doctrine de Baius et de Jansénius, ils ne l'ont fait que pour appuyer les opinions de Molina et par la sollicitation de ses partisans. Ce ridicule paradoxe a cependant été débité et l'est encore tous les jours par les défenseurs de Jansénius. » Cette réllexion d'un auteur du xviif siècle a-t-elle perdu tout son à propos?Qu'on lise, sur la question du baianisme, les récentes histoires du dogme faites par des auteurs protestants.

IV. Apologies de Baius. — Le cardinal de Granyelle, archevêque de Malines, avait été chargé par le pape saint Pie V de faire exécuter la bulle ; il transmit ses pouvoirs à son vicaire général, Maximilien Morillon, prévôt de l'église collégiale d'Aire en Artois et depuis évèque de Tournai. Le 13 novembre 1567, il lui adressa deux lettres; dans l'une, destinée à passer sous les yeux de Baius, il résumait toute la suite de l'affaire et racontait ce qui s'était fait à Borne, en insistant surtout sur les preuves de bienveillance données par le souverain pontife aux théologiens atteints par la censure ; dans l'autre lettre, il recommandait lai-même à son mandataire d'avoir les plus grands ménagements à l'égard de Baius qui, depuis la mort de Hessels, survenue en novembre 1566, restait seul en cause : « Que l'on y procède, écrivait-il en propres termes, avec charité chrétienne pour rhabiller doucement la faute qu'il y a. » Morillon se conforma de tout point aux instructions du cardinal. Le 29 décembre, il réunit à Louvain les docteurs qui composaient l'étroite faculté, c'est-à-dire le chancelier de l'université et les huit professeurs de théologie, et leur donna lecture de la bulle Ex omnibus affliclionibus. Tous protestèrent de leur soumission à l'acte pontifical, et la séance se termina par un acte signé des docteurs, y compris Baius, où ils attestaient que le vicaire général de Malines leur avait notifié la bulle. Peu après, Morillon obtint le même résultat auprès des cordeliers; dans un chapitre, réuni à Nivelle pat un nouveau provincial, les gardiens et les députés des différentes maisons abjurèrent les doctrines de Baius.

Le calme ne revint pas complètement. Sur la demande des docteurs de Louvain, le vicaire général de Malines leur avait accordé un extrait des propositions censurées, mais en leur recommandant de n'en rien laisser transpirer au dehors. Pour diverses raisons, le secret fut mal gardé; grand sujet de chagrin pour Baius qui, dans une nouvelle entrevue avec le prévôt Morillon, au mois de mai suivant, donna libre cours à ses plaintes : on l'avait condamné sans l'avoir entendu; on avait mal extrait les articles, on lui en imputait qui n'étaient pas les siens; on avait décidé des points qui ne devaient pas être tranchés, au moins si légèrement, puisqu'ils étaient aupa-

ravant controversés; on ne tenait pas compte de la doctrine de saint Augustin et de saint Prosper. Sans entrer dans une discussion de fond, le grand-vicaire ramena peu à peu le docteur ulcéré aux sentiments de filiale obéissance qu'il avait toujours professés à l'égard du souverain pontife; mais il n'osa pas parler, comme il comptait le faire, de rétractation formelle, et il partit sans être pleinement rassuré sur l'avenir.

En effet, le 8 janvier 1569, Baius adressa au pape une apologie dont le titre seul indique suffisamment son état d'esprit : Sententise per sanctissimum Dominum nostruni Pium V, Rom se, calendis octobris anni 1561 , damnatse : adjecta explicationc, tum earum, quse non tantum verbis, sed etiam in alio sensu expresses sunt, quam in Us libellis habenlur, ex quibus significantur ecccerptse : tum quse ad alium sensum torquentur quam habent libelli ; tum etiam quse forte cuipiam non immerito videantur non satis fuisse discussse. Dans cet écrit, le docteur de Louvain reconnaissait comme siennes un certain nombre de propositions, une trentaine environ, mais en prétendant qu'elles contenaient la pure doctrine de l'Ecriture, des saints Pères, et surtout de saint Augustin. Une lettre accompagnait l'apologie; elle est assez caractéristique pour mériter d'être rapportée : « Il y a déjà un an, disait-il, qu'on nous a intimé un décret de Votre Sainteté en date du premier jour d'octobre de l'an 1567, et muni du sceau de plomb. Ce décret proscrit soixante-seize propositions, et nous n'avons pu encore en obtenir une copie ni ici, ni à Borne : cependant les articles censurés sont déjà répandus dans tous les Pays-Bas. Nous craignons que l'honneur de Voire Sainteté n'en souffre, non seulement à cause des calomnies manifestes que cette censure contient, mais encore parce que le langage et les sentiments des saints Pères y paraissent flétris. Elle sera un sujet de scandale pour un grand nombre de docteurs de nos contrées que la nécessité de combattre les hérétiques a infiniment plus attachés aux expressions des saintes Lettres et des Pères, qu'à celle des scolastiques. Ils se persuaderont peut-être qu'en faveur de cens qui sont accoutumés à penser et à parler comme les scolastiques, on a proscrit des sentiments contenus dans les écrits des saints Pères. Ainsi nous avons jugé à propos d'envoyer à Votre Sainteté ces propositions, et de lui exposer le sujet de nos alarmes, soumettant le tout à votre jugement; afin que, les ayant mûrement pesés, vous prononciez si nous devons regarder la censure de ces propositions comm'e légitime et suffisamment réfléchie, ou comme subreptice et arrachée par les importunités de ceux qui persécutent les gens de bien, plutôt qu'obtenue pour de justes raisons. »

Baius ne se contenta pas de cette apologie; il en composa une autre, beaucoup plus courte, mais conçue dans le même esprit; il y apostille toutes les propositions censurées et les proclame ou supposées, ou mal compilées,- ou injustement condamnées, puisqu'elles sont des saints Pères. Le 16 mars, il adressa ce nouvel écrit au cardinal Louis Simonetta, dont il avait fait la connaissance à Trente. Dans une lettre, tenantlieu de préface, il racontait ses antécédents, la méthode à laquelle il s'était attaché et les raisons qui l'avaient guidé. Quand ce second envoi parvint à Rome, le destinataire venait de mourir; l'apologie et la lettre furent remises à Sa Sainteté en personne. Ces démarches de Baius avaient fait relever la tête à ses partisans. Morillon écrivait au cardinal de Granvelle, le 20 mars : « Aucuns cordeliers se pourvantent que notre saint père le pape serait assez incliné de rétracter les censures données contre le livret de Me Michiel le Bay. » L'illusion ne fut pas de longue durée; car, le 13 mai, saint Pie V fit adresser au théologien de Louvain un bref où, après avoir dit que le premier jugement n'avait pas été rendu sans mûre délibération, il parlait du nouvel examen qu'il avait fait faire et concluait : « Tout considéré avec maturité, nous avons jugé

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que si nous n'avions point encore donné notre décret sur cette affaire, il faudrait le donner, comme en effet nous le faisons de nouveau. Ainsi nous vous imposons, et à tous les autres défenseurs desdites propositions, un silence perpétuel avec défense de les avancer ou de les soutenir. »

Le cardinal de Granvelle, qui était toujours à Rome, envoya le bref à son vicaire général pour qu'il le transmit à Baius ; il ajoutait que ce docteur devait abjurer les erreurs condamnées et recevoir l'absolution des censures encourues. Cette dernière exigence venait sans doute de ce que, malgré la prohibition portée, l'auteur des propositions avait continué, en partie du moins, à les soutenir. Morillon se rendait bien compte des difficultés qu'il rencontrerait; il écrivait le 4 juin à son archevêque au sujet du prévenu : « Tout le mal est que, comme jugent par delà les savants de lui, qu'il n'est d'érudition fondée en scholastique ni de bon jugement, et il y a longtemps que je m'aperçois de ce dernier point. » La rencontre eut lieu le 20 du même mois, et la négociation fut, en effet, difficile, surtout quand Morillon parla d'une rétractation formelle, comme condition préalable à l'absolution des censures. Baius « se leva et dit qu'il ne le pouvait faire, s'il n'avait copie de la bulle, pour être par icelle dit, que aucunes propositions seraient soutenables in rigore et proprio verborurn sensu ». Le grand-vicaire n'entra point dans la discussion de ce moyen de défense; il se contenta d'alléguer son mandat et de rappeler le théologien catholique à l'obéissance due au saint-siège. Secondé par le curé de Sainte-Gudule, il réussit enlin à taire abjurer toutes les propositions contenues dans la bulle, suivant le décret, censure et intention de Sa Sainteté. L'acte de cette soumission fut dressé et envoyé à Rome, mais sans porter la signature de Baius, Morillon n'ayant pas osé l'exiger de ce docteur dans l'état de trouble où il le voyait. Quelques mois plus tard, le P. Julien du Chesne, provincial des cordeliers, prit des mesures énergiques pour bannir définitivement de son ordre les nouveautés. Par un décret, rendu à Nivelle le 1er septembre, il enjoignit aux gardiens d'assembler leurs communautés, de lire les propositions et les censures dont elles étaient flétries, de les faire abjurer à haute voix par chaque religieux, et d'obliger ceux-ci à promettre que dans l'espace de vingt-quatre heures ils livreraient tous les écrits de Baius qu'ils auraient chez eux ou ailleurs et qu'ils ne diraient désormais rien en faveur des articles censurés ou de ceux qui les avaient avancés. Mesures qui lurent suivies d'un heureux succès.

A Louvain, la paix n'était pas définitive. Josse de Ravestein mourut le 7 février 1570; Baius devint doyen de la faculté, n'ayant plus guère pour collègues que d'anciens élèves. Mais il avait aussi des adversaires qui ne se faisaient pas faute de l'attaquer, soit dans leurs prédications de carême, comme le P. Godefroy de Liège, soit dans leurs thèses de classe, comme Cunerus Pétri. Ce fut ce dernier docteur qui, fait évèque de Leeuwarden, dans la Frise, publia l'année suivante (1571) un commentaire sur les propositions condamnées, pour montrer que toutes avaient été légitimement censurées. Bellarmin avait aussi commencé à réfuter la doctrine de Baius, mais avec beaucoup de ménagements. Devenu, après la fin de ses études et son ordination en 1570, professeur de théologie au collège des jésuites à Louvain, le grand controversiste profitait des occasions qui se présentaient dans son cours, où il expliquait la Somme de saint Thomas, pour signaler et relever l'erreur; tout en suivant Baius sur son propre terrain, la doctrine des Pères et de saint Augustin en particulier, il ne le nommait jamais et ne le mettait pas directement en cause. Ces détails sont donnés par un manuscrit conservé à la Bibliothèque royale de Bruxelles, sous la cote 330! I et intitulé Uisquisilio historica de cerliludine et slabili-

tate censuras apostohese trium snmmorum Pontificum PU V, Gregorii XIII et Urbani VIII, adversus assertiones theologicas Michaelis Bay ; ils sont pleinement confirmés par l'autobiographie de Bellarmin, publiée par Dollinger, Die Sclbstbiographie des Cardinals Bellarmins, in-8°, Bonn, 1887, p. 33. Ils réduisent à leur juste valeur certains récits fantaisistes, empruntés à Melchior Leydecker par dom Gerbcon et copiés ensuite par d'autres auteurs, protestants ou même catholiques.

Baius s'était soumis extérieurement, mais son cœur restait ulcéré et son esprit Drévenu. Il y avait en lui lutte intime et douloureuse entre le respect pour l'autorité du saint-siège, dont il désirait ne pas se départir, et l'attachement à ses propres idées qui, dans son jugement, s'identifiaient avec la véritable doctrine de saint Augustin. De là, des incertitudes et des variations qui donnaient prise aux défiances et à de nouvelles accusations. Dans les premiers mois de 1570, les évêques d'Ypres, de Bois-le-Duc et de Gand l'engagèrent à s'expliquer publiquement. Il le fit en deux séances, les 17 et 19 avril, et voici comment il débuta : « Je vais vous déclarer ce que j'ai jusqu'ici tenu caché. Vous savez que, depuis environ deux ans, il est venu de Rome une bulle qui condamne un certain nombre d'articles, dont quelques-uns sont faux et justement censurés, d'autres mal entendus ou mal extraits, d'autres enfin seulement odieux, parce qu'ils ne sont pas exprimés dans le langage de l'école, bien que conçus dans des termes dont les Pères se sont parfois servis. » La suite n'était que le développement de ces idées; en particulier, Baius déclarait qu'il y avait environ quarante des articles qui lui étaient étrangers. Explicatio articulorum aPio V damnatorum,ab ipsoMicliaele Baio Lovanii inscltolis tlieotogorum facla. Voir, pour la traduction de ce document, ['Histoire ecclésiastique de Fleury, Paris, 1779, t. xxxv, p. 14 sq.

Par cette déclaration, le docteur de Louvain revenait à la position qu'il avait prise dans les apologies adressées au pape saint Pie V et au cardinal Siinonella. Saisi d'une plainte formelle, le duc d'Albe, gouverneur des Pays- Bas, jugea que les ménagements n'étaient plus de saison; il écrivit aux évêques de Flandre, réunis à Malines en concile provincial, et leur enjoignit de faire publier authentiquement à Louvain la bulle de Pie V et d'obliger les docteurs et les professeurs de la faculté de théologie à y souscrire. Les évêques députèrent Morillon pour l'exécution de ces ordres. Arrivé à Louvain, le prévôt notifia sa commission aux docteurs assemblés le

16 novembre et lit une seconde fois lire la bulle. Tous les docteurs protestèrent de leur soumission; acte en fut dressé par le greffier. Toutefois le délégué n'obtint pas alors la souscription désirée. L'année suivante, sur de nouvelles instances du pape et du duc d'Albe, les docteurs, réunis en assemblée plénière, décidèrent, le

17 avril, que les soixante-seize propositions seraient tenues pour condamnées, que tous les membres de la faculté s'abstiendraient de les enseigner et que tous les livres où elles se trouveraient soutenues seraient ôtés aux étudiants. Les livres de Jean Hessels furent expurgés, notamment son Catéchisme, publié à cette époque par Henri Gravius; ce qui déplut fort à Baius. Voir Berti, Augustinianuni systema, diss. I, c. I, S "'i op. cit., t. vin, p. 335. Enfin, sur une nouvelle injonction du gouverneur des Pays-Bas, les docteurs se rassemblèrent de nouveau le 29 août et dressèrent un acte des plus formels pour assurer la soumission demandée; Bains devait attester qu'il recevait avec respect la bulle de Pie V, qu'il la regardait connue dûment et suffisamment publiée, qu'il était résolu de s'y soumettre sans aucune restriction, et que si Sa Sainteté souhaitait de lui quelque chose de plus, il obéirait au premier ordre. Quatre docteurs furent députés pour porter cet acte à Baius, qui l'approuva et de lui-même y souscrivit.

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La faculté prit de nouvelles conclusions, le 4 juillet 1572 : les articles condamnés par la bulle Ex omnibus af/Iiclionibus seraient mis au rang des opinions suspectes et rigoureusement prohibées parles statuts, cette clause serait lue à tous ceux qui se présenteraient aux degrés théologiques, avec ordre de s'abstenir d'enseigner, de défendre ou de répandre les propositions censurées. Baius assistait à la délibération et souscrivit, comme les autres docteurs, aux conclusions. Cette conduite ne fit que le grandir aux yeux de tous ; loin de le tenir en suspicion, on le revêtit, en 1575, de deux dignités considérables, celle de chancelier de l'université et celle de doyen de la collégiale de Saint-Pierre de Louvain. Trois ans plus tard, il fut encore nommé conservateur de l'université, et parvint ainsi au sommet des honneurs académiques.

V. Deuxième condamnation de Baids par Grégoire XIII. — A la suite des actes qui viennent d'être rapportés, il y eut quelques années de calme relatii. Baius attira cependant bientôt l'attention en prenant parti contre deux sentiments récusa Louvainde temps immémorial. Dans un discours prononcé aux mois de mai et d'août 1575, il soutint que tous les évêques tiennent immédiatement leur juridiction de Dieu et non pas du pape : Oratio, an soins Romanus Pontifex immédiate a Deo suam jurisdictionis potestatem habeat. Il avança en même temps que ces paroles de Notre-Seigneur à saint Pierre : J'ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille point, ne prouvent pas suffisamment l'infaillibilité doctrinale du pape. Attaqué vivement, il se défendit dans l'opuscule intitulé Tractatus apologeticus circa quœstionem, utrum ex isto Cliristi verbo : Ego rogavi pro te, etc., salis clare ostendilur, Rom an uni Ponlificem in definiendo non posse errare. L'affaire, du reste, n'eut d'autre effet immédiat que de mécontenter les adversaires du nouveau chancelier et de réveiller leurs défiances; si Baius mettait en question l'infaillibilité du pape, n'était-ce pas pour s'assurer le droit de penser et de dire que la bulle de Pie V ne tranchait pas le débat relatif aux propositions censurées?

Les défiances s'accrurent encore à l'occasion d'une controverse qui commença deux ans après. Philippe Marnix de Sainte-Aldegonde, grand champion du calvinisme dans les Pays-Bas, adressa par écrit au chancelier de Louvain une série de questions sur l'autorité de l'Eglise en matière de foi et sur l'eucharistie. Baius répondit, et la polémique se poursuivit; il y eut, jusqu'à sa mort, un échange d'écrits qui forment la moitié du volume où ses œuvres ont été réunies. Quelle fut l'intention de Marnix en provoquant ce débat? On a soupçonné qu'il rêvait une réunion des calvinistes et des catholiques, grâce à des concessions mutuelles dont le germe se serait trouvé dans les opuscules du docteur lovaniste. Baius n'en était pas là : il détendit avec talent la doctrine de l'Église sur les points soulevés, mais il inquiéta et indisposa les théologiens orthodoxes en prenant une position générale qui leur parut préjudiciable à l'autorité de l'Église et à la tradition considérée comme source partielle et règle de la foi. De là, en 1580, une attaque du cordelier François Horantius; le professeur incriminé fit une réponse qui ne nous est pas parvenue. On releva également, dans une réponse à Marnix sur le sacrement de l'autel, un passage où Baius semblait admettre que dans saint Jean, vi, 54 : Nisi manducaverilis carnem Filii hominis, etc., il s'agissait d'une manducation non sacramentelle mais spirituelle. Baii opéra, Cologne, 1696, p. 281.

Cette accusation se trouve, avec huit autres, dans deux censures des universités de Salamanque et d'Alcala qu'on rapporte souvent à une époque ultérieure en les attribuant à l'intervention du jésuite François Tolet, devenu cardinal. (Il ne le fut qu'en 1593!) En réalité, les propositions furent dénoncées à ces universités par

le cardinal de Tolède, grand inquisiteu- de la foi en Espagne ; en outre, il est question de ces censures dans une relation manuscrite en langue castillane qui lut composée avant la bulle Provisionis nostrae, car on y sollicite l'intervention du pape Grégoire XIII, et on lui propose un plan de conduite qu'il agréa de fait et réalisa peu après par la publication de cette bulle. Relation del negocio de Michel Baij, y Juanes de Lovanio, y de lo que conviene para el remedio, pièce conservée à la Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 4318. Parmi les neuf articles contenus dans les censures espagnoles, trois méritent d'être signalés. Dans le 7e, on note cette proposition, prêtée à Baius, qu'il y aurait dans le concile de Trente des assertions inconsidérées, qusedam inconsiderate posita. Dans le 8e, on incrimine l'attitude de l'inculpé : « Depuis la publication de la bulle du pape qui condamne les articles dénommés ailleurs, ce docteur n'a cessé de répandre, d'enseigner et de soutenir, dans ses leçons et dans les disputes, ses nouvelles doctrines et autres erreurs qui avaient été déjà prohibées. » Accusation qui pouvait s'appuyer, en partie du moins, sur ce fait que, dans les exercices et réunions académiques, le chancelier attaquait toujours les dogmes opposés à ses erreurs, sous prétexte d'argumenter contre les candidats. Enfin, le 6e article des censures de Salamanque et d'Alcala nous apprend incidemment que Baius avait adressé au successeur du pape saint Pie V une apologie de ses opinions : In apologia ad Gregorium Xlll pro suis condamnatis articulis habet... C'était sans doute l'ancienne apologie, retouchée et augmentée.

Toutes ces circonstances, jointes à l'état de trouble et de contusion que causaient en Belgique la continuation et l'aggravation des discordes politiques, contribuèrent à relever le courage et les espérances des partisans de Baius. Ils commencèrent à taire courir des bruits défavorables à la bulle Ex omnibus af/lictionibus ; bulle supposée, disaient les uns, car on n'en a jamais vu de copie; bulle obtenue par obreption, disaient les autres, aussi sera-t-elle bientôt révoquée par le nouveau pape. Le roi d'Espagne, inquiet de voir cette affaire recommencer, fit solliciter Grégoire XIII, par le marquis de Castel-Bodrigo, son ambassadeur à Borne, de publier et de confirmer la décision de son prédécesseur. La faculté de théologie de Louvain adressa elle-même au saintsiège, par l'intermédiaire du P. Tolet, une supplique semblable. Bipalda, Adversus Baium et baianos, disp. I, sect. il, n. 14. Grégoire XIII se rendit à ces instances, et le 29 janvier 1579, il signa la bulle Provisionis nostrse. Elle contient, intégralement reproduites, les propositions condamnées par Pie V ; un court préambule et une clause finale donnent à l'acte sa signification : « Il est de notre prévoyance, particulièrement quand il s'agit de la foi catholique, de mettre les décisions émanées de nos prédécesseurs entre les mains des fidèles toutes les lois qu'ils en ont besoin. C'est pour cela que nous avons inséré dans ces présentes la teneur des lettres de Pie V, notre prédécesseur d'heureuse mémoire, telles que nous les avons trouvées dans son Regeste. » Ces paroles, rapprochées des circonstances qui avaient précédé l'acte pontifical et de celles qui suivirent, montrent clairement que Grégoire XIII voulait mettre horsde doute et, en réalité, confirmer la condamnation précédemment portée.

Le P. François Tolet reçut la mission de porter la bulle à Louvain et de l'y publier au nom de Sa Sainteté. Arrivé dans l'Athènes brabançonne au mois de mars 1580, il eut d'abord avec Baius une conférence fructueuse, puis, dans une première réunion de la faculté, il produisit ses lettres de créance et exposa les motifs qui avaient porté le souverain pontife à publier la bulle de saint Pie V et à la confirmer de sa propre autorité. Dans une seconde réunion, tenue le 21 mars, le commissaire apostolique

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fit lire officiellement la bulle Provisionis nostrœ ; s'adressant ensuite au chancelier, il lui demanda s'il ne reconnaissait pas, dans le décret pontifical, la condamnation de beaucoup d'articles contenus dans ses opuscules imprimés et dans le sens même où le décret les condamnait, etiam in co sensu quo in bulla danïnarentur. Je le reconnais, répondit Baius. Condamnez-vous, poursuivit Tolet, ces mêmes articles et tous les autres dont vous venez d'entendre la lecture? Je les condamne, répliqua le docteur, selon l'intention de la bulle et de la manière dont elle les condamne. Ce fut ensuite le tour des autres docteurs, puis des licenciés, des bacheliers et des simples étudiants; tous répondirent par une sorte d'acclamation : Articulos damnamus , bullam reverenter suscipimus, atque obcdientiam pollicemur. Sur le désir exprimé par le chancelier d'avoir une copie du décret apostolique, le commissaire promit de laire son possible auprès du souverain pontife pour le satisfaire.

Le P. Tolet eut encore avec Baius plusieurs conférences particulières qui furent couronnées du plus heureux succès; on peut en juger par l'acte suivant, désigné communément sous le titre de Confessio Micliaelis Baii : «Je, Michel de Bay, chancelier de l'université de Louvain, reconnais et déclare que par les différents entretiens et les rapports que j'ai eus avec le révérend père D. François Tolet, prédicateur de Sa Sainteté, envoyé spécialement pour cela, touchant diverses opinions et propositions autrefois condamnées et prohibées par N. S. P. le pape Pie V, d'heureuse mémoire, l'an 1567, et depuis condamnées de nouveau par le pape Grégoire XIII, gouvernant actuellement l'Église, en date du 4 des calendes de février 1579, j'ai été tellement touché que j'en suis venu à me convaincre pleinement que la condamnation de toutes ces propositions est très juste et très légitime, et qu'elle n'a été faite qu'après une mûre délibération et un examen très soigneux. Je confesse de plus que dans quelques-uns des opuscules que j'ai écrits autrefois et publiés avant que la censure fût émanée du saint-siège, un grand nombre de ces propositions, plurinias ex iisdem sententiis, sont contenues et soutenues dans le sens même où elles sont réprouvées, etiam in eo sensu in quo reprobanlur. Enfin, je déclare que présentement je renonce à toutes ces opinions et que j'acquiesce à la condamnation que le saint-siège en a portée, et que je suis résolu à n'en plus jamais enseigner, ni soutenir aucune. Fait à Louvain le 24 mars 1580. Michel de Bay. »

On rapporte qu'avant de repartir, le commissaire apostolique fit du chancelier ce bel éloge, qu'il ne le cédait à personne en fait de science et d'humilité. Nihil liaio doctius, nihil humilius. De retour à Rome, il parla de lui dans les meilleurs termes au pape Grégoire XI11, et celui-ci voulut donner au docteur lovaniste un témoignage de sa grande satisfaction, en lui adressant, en date du 15 juin, un bref très bienveillant. Le P. Tolet obtint aussi pour l'université un exemplaire de la bulle, qui fut déposé dans les archives, après qu'on en eut délivré au chancelier une copie collationnée. Il n'y avait dans cet exemplaire ni ponctuation, ni division des propositions, quoique la bulle eût été imprimée au Vatican le 4 février de l'année précédente avec ponctuation et division des propositions et que Tolet eût porté à Louvain un de ces imprimés. Le fait, comme on le verra plus tard, a son explication dans un usage de la chancellerie romaine.

Une nouvelle intervention fut bientôt nécessaire. Quoique soumis de volonté, Baius n'était pas tellement dégagé de ses anciens préjugés qu'il ne lui arrivât de laisser échapper des paroles compromettantes. Ainsi, dès le mois de novembre 1580, présidant à des thèses sur les actions méritoires, il avança que l'homme avait été' créé pour faire des bonnes œuvres, comme les oiseaux pour voler, et que d< puis la ruine de ses forces, il ne lui était pas moins impossible de bien agir qu'aux oiseaux de

voler lorsqu'ils ont les ailes brisées. Assertion suspecte, que son auteur n'expliqua pas nettement. Divers bruits coururent ensuite sur le chancelier; il aurait refusé de faire prêter aux candidats le serment d'obéissance à la bulle de saint Pie V, aurait même proposé la suppression de celte formalité. Ses partisans, de leur coté, émettaient des idées qui tendaient à éluder les condamnations portées ; déjà commençait à s'élaborer la théorie du silence respectueux, sans obligation d'embrasser les sentiments contraires à ceux qui étaient soutenus dans les propositions censurées. Grégoire XIII voulut couper court à ces nouveaux subterfuges; ayant envoyé, en 1584, l'évêque de Verceil, Jean-François Bonhomme, comme nonce en Allemagne, il le chargea de concerter avec l'archevêque de Malines les mesures qu'il y aurait à prendre pour déraciner complètement l'erreur. Les deux prélats estimèrent que le mieux serait de faire dresser par la faculté de théologie de Louvain un corps de doctrine qui ferait désormais loi dans les matières controversées. Les docteurs acquiescèrent à la demande; le professeur Jean de Lens, Lensscus, fut chargé de rédiger le document. Achevé et authentiquement approuvé, en 1586, il fut présenté par l'archevêque de Malines au nonce apostolique, qui s'en montra satisfait. C'est une pièce importante où, pour se conformer au jugement rendu par le saint-siège sur les soixante-seize propositions, les théologiens lovanisles énoncent clairement et établissent solidement la doctrine contradictoire à celle des articles flétris. De là ce titre : Doctrinse ejus quant eertorum artiadorum damnatio postulare visa est, brevis et quoad fieri potuit ordinala et cohœrens explicatio, a veneranda facultate sacrée theologiee in lovaniensi Academia, etc. Cette fois, il n'y avait plus d'équivoque possible.

Baius souscrivit-il à ce corps de doctrine? On 'n'en a pas de preuve péremptoire; cependant, la présomption est pour l'affirmative, car on lit dans les actes de la faculté, que la formule rédigée par Jean de Lens reçut l'approbation commune des autres maîtres requis à cet effet, communi cseterorum magistrorum ad hoc requisitorum judicio probata est. Il est du moins certain que personne n'a jamais accusé le chancelier d'avoir contredit l'acte en question. La paix semblait acquise, quand un incident vint de nouveau la troubler pour longtemps, et fournir aux partisans du baianisme une arme dont ils ne manquèrent pas ensuite d'abuser. Dans ses cours de théologie au collège des jésuites de Louvain, Lessius réiutait, à l'occasion, les erreurs de Baius, comme l'avait fait avant lui Bellarmin; en même temps, il soutenait, sur la prédestination et sur la nature de la grâce, des propositions où les docteurs de l'université virent une attaque à la doctrine et à l'autorité de saint Augustin. De là, en 1587, la fameuse Censure de Louvain contre Lessius. Le récit de cette affaire n'appartient pas à l'étude présente; cette censure portait sur des points de doctrine que liaius n'a pas traités dans ses opuscules et qui sont en dehors des propositions condamnées par les papes Pie V et Grégoire XIII. Il suffit de remarquer, que, si le rédacteur désigné d'office par la faculté fut Henri Gravius, l'instigateur de la censure parait bien avoir été le chancelier, aidé de son neveu Jacques Baius et d'un disciple dévoué, Jacques Janson, Disquisitio hisloricade rcctitudine et stabilitate censurée apostolicte trium summorum ponti/icum, c. ix, manuscrit déjà cité, fol. 7; détails confirmés par une autre pièce contenant des notes sur les faits du baianisme. Biblioth. royale de liruxelles, n. 1758, fol. 11. De même, dans l'article De Buy de la Biographie nationale, publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 18715, t. iv, p. 774, on rapporte que liaius ne fut pas des derniers à provoquer à l'égard de Lessius une sentence delà faculté, et l'on ajoute cette réflexion : « Agit-il par esprit de vengeance contre les jésuites ou, poussé par un zèle excessif, jugea-t-il que son abstention

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serait repréhensible? Toujours cst-il qu'il déploya beaucoup d'activité dans cette afîaire, et qu'il siégea parmi les juges de Lessius. »

La part que prit Baius à l'affaire de la censure de Louvain, en 1587, et de celle de Douai l'année suivante, fut le dernier acte important de sa vie. Il mourut dans la paix de l'Église le 16 septembre 1589, âgé de soixante-dix-sept ans, dont il avait passé quarante dans l'enseignement. Jacques Baius fit l'éloge funèbre de son oncle Michel; et celui-ci, a-t-on raconté depuis, l'aurait favorisé d'une apparition, afin de l'assurer qu'il n'était point puni dans l'autre monde pour ses doctrines. Mais un auteur remarque que la crédulité dont le neveu fait preuve dans l'oraison funèbre de son oncle, permet au lecteur de faire des réserves. P. L. Danes, Generalis temporum nolio, édit. Paquot, in-8», Louvain, 1773, p. 490. Baius fut assurément respectable par les beaux côtés de son caractère, la dignité de sa vie, sa piété, sa charité, son ardeur au travail; il fut remarquable par les dons de l'esprit; mais il se lança dès le début dans une voie périlleuse et, dans celte voie, il eut trop d'attachement à ses propres idées. De là, chez cet homme sincèrement attaché à la foi C:>tbolique et au saint-siège, ces alternatives continuelles de soumission et de demi-révolte, qui mettaient ses adversaires en état de lui attribuer un caractère d'artifice, de déguisement et de mauvaise foi, et qui déconcerteraient, s'il n'était pas facile de comprendre avec quelle force un esprit tenace se trouve ramené, par ses études et les habitudes contractées, à son point de départ et à ses idées dominantes. On peut s'en tenir à ce jugement porté sur Baius : « Il n'était ni un hérésiarque ni un sectaire, mais il y avait en lui de l'étoffe pour ces deux rôles, si, dans son cœur, la foi ne l'eût emporté sur l'orgueil. » Crétineau-Joly, Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus, Paris, 1846, t. il, p. 183.

VI. Le baianisme après Baius. — Les erreurs du docteur lovaniste ne finirent pas avec lui. Son disciple préféré, Jacques Janson, devint le chef du parti; sous son influence et celle de Jacques Baius, peu à peu, diverses atteintes furent portées aux actes pontificaux qui prohibaient la doctrine censurée, et bientôt on les éluda en rattachant les mots in rigore et proprio verborum sensu ab assertoribus intento à ces autres sustineri possent; ce qui permettait de soutenir dans le sens même de Baius toutes les propositions qu'on voulait. Dans une réunion publique, tenue en 1618, quatre ans après son élévation à la dignité de chancelier, Janson lança même l'accusation de (aux contre ceux qui plaçaient une virgule après les mots sustineri possent, en s'appuyant sur ce fait qu'il n'y en avait point dans l'exemplaire de la bulle envoyé à Louvain par le pape Grégoire XIII. Jansénius se trouvait présent à cette réunion, et il sut en tirer parti, plus tard, dans son Augustinus. De statu nalurse lapsse, 1. IV, c. xxvn, in-fol., Louvain, 1640, t. n, col. 672 sq.

Mais l'œuvre par excellence de Jacques Janson consiste dans la formation tbéologique de ce même Jansénius, l'homme qui devait relever de ses cendres la doctrine foudroyée et mettre la dernière main au système que le précurseur n'avait fait qu'ébaucher. Ce fut en 1621 que le disciple de Jacques Janson et de Jacques Baius mit sur le métier son Augastinus. « Il avait entrepris, dit Dupin, de composer un ouvrage pour expliquer la doctrine de ce saint Père (saint Augustin), afin de l'opposer aux sentiments que les jésuites avaient soutenus dans la congrégation De auxiliis, et défendre la doctrine des Censures des facultés de théologie de Louvain et de Douai contre les écrits des professeurs jésuites. » Histoire ecclésiastique du xvne siècle, Paris, 1727, t. Il, p. 6-7. La pensée intime de Jansénius allait plus loin; dans un manuscrit qui fut cité au procès de Quesnel, il avait lui-même indiqué que le but de son livre était de faire

l'apologie des propositions de Baius : ad ercusandas apophases magistri nostri Muitaelis. Voir V Histoire du, baianisme, par le P. Jean-Baptiste Duchesne, p. 300 sq.; Pluquet, Dictionnaire des hérésies, édit. Migne, Paris, 1847, t. I, col. 838 sq. Au reste, rien de plus évident que la concordance de doctrine entre les deuxdocteurs de Louvain. Le traité' De statu naturse innocentis et les trois livres De statu naturse purie de Jansénius ne sont qu'un fidèle commentaire des opuscules de Baius De prima hominis justifia et De meritis operum. Les quatre livres De statu naturse lapsse reprennent et développent la doctrine que nous avons rencontrée dans les traités De peccato originis, De libero hominis arbitrio et Devirtutibus impiorum. Enfin, les dixlivres De gratia Christi salvatoris présentent les vues de Jansénius sur la grâce et la prédestination; c'est là qu'il complète son précurseur et qu'il se pose tout particulièrement en défenseur des censures de Louvain et de Douai.

Aussi, quand le 6 mars 1641 (au civil 1642), le pape Urbain VIII proscrivit par la bulle In eminenti Y Augastinus de l'évêque d'Ypres, il donna comme considérant que ce livre contenait plusieurs des propositions déjà condamnées, et conclut ainsi : « Nous confirmons et approuvons en tout et pour toujours par la présente constitution qui aura force de loi à perpétuité, la teneur desdites constitutions des papes Pie, Grégoire et Paul, nos prédécesseurs, en général et en particulier, comme si elles étaient ici exprimées et insérées tout entières... Et de la même autorité nous défendons absolument par les présentes, et voulons qu'on tienne pour défendu le livre intitulé Augustinus contenant et renouvelant, comme nous l'avons reconnu, les articles, les opinions et sentiments réprouvés et condamnés par les susdites constitutions. »

Ce n'est pas le lieu de raconter les difficultés de toute sorte que les partisans de Baius et de Jansénius élevèrent contre la bulle d'Urbain VIII. Il en est cependant une qui se rapporte plus spécialement au baianisme, et qui provoqua de la part du saint-siège un éclaircissement juridique sur lefameux comma pianum. Le nonce apostolique Eabio Chigi avait fait imprimer la bulle à Cologne; la constitution de Pie V Ex omnibus af/Iictionibus s'y trouvait reproduite avec ponctuation, et dans la clause finale, la virgule venait immédiatement après les mots sustineri possent. Aussitôt les adversaires de crier à l'interpolation et d'invoquer l'exemplaire envoyé à Louvain par Grégoire XIII. Deux docteurs de l'université, zélés partisans de Jansénius, Jean Sinnich et Corneille de Paepe, furent députés à Borne, en septembre 1643, avec des lettres de créance et de recommandation du conseil de Brabant. Urbain VIII profita de la circonstance pour faire procéder à une enquête rigoureuse. Sur son ordre, on rechercha dans les archives du Saint-Office les originaux mêmes des constitutions Ex omnibus af/!ictionibus, Provisionis nostrsc et In eminenti; une copie enfut tirée, collationnée et imprimée, puis remise entre les mains des députés lovanistes par les cardinaux Spada, Pamphili et Falconieri. Voir dans l'appendice au traité de Bipalda Advcrsus Baium, le décret du Saint-Office et l'attestation du notaire Thomasius, 16 juin et 31 juillet 1644. Or, dans l'exemplaire remis à Sinnich, la virgule se trouvait après les mots sustineri possent. Le 2 octobre suivant, le cardinal de Lugo rendit le même témoignage, en attestant qu'il avait vu lui-même la bulle originale et la minute du cardinal qui, par ordre de Pie V, l'avait rédigée. Doctrina theologicaper Belgium manans ex academia lovaniensi ab anno 1644 usque ad annum 1611 , part. II, c. i, § 4, Mayence, 1681, p. 96 sq.

Par là s'explique que les copies des bulles contre Baius soient les unes ponctuées, et les autres non ponctuées. On gardait à Rome deux exemplaires de eba-

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que bulle; l'un restait dans les archives du Saint-Office, l'autre se transcrivait immédiatement sur le registre pontifical, in Regesto; le premier portait points et virgules, le second n'en avait pas. C'est de celui-ci qu'on tirait les copies envoyées au dehors, à moins que le pape n'en ordonnât autrement. Conformément à cet usage, les copies envoyées à Morillon en 1567 et à l'université de Louvain en 1580 étaient sans ponctuation. Cette circonstance servit en quelque sorte de prétexte à Baius d'abord, puis à ses partisans, à Janson en particulier, pour mettre en avant et soutenir l'interprétation de la clause Quas quidem sententias qui était favorable à leurs vues, et de cette interprétation sortit la ponctuation arbitraire et illégitime des manuscrits invoqués par dom Gerberon, dans ses Baiana, p. 236 sq. Cependant les rétractations imposées à Baius, le corps de doctrine de 1586 et le bon sens lui-même auraient dû suffire pour résoudre le cas. Ne serait-il pas injuste et absurde de proscrire des propositions à cause d'un sens étranger qu'elles n'auraient ni dans les ouvrages ni dans l'esprit des auteurs, mais que d'autres pourraient leur donner? Voir, pour plus de détails sur cette question du comma pianum, J.-B. Duchesne, Histoire du baianisme, 1er éclaircissement; Conférences ecclésiastiques du diocèse d'Angers, sur la grâce, Besançon, 1823, 5e confér., t. I, p. 279 sq.

La décision de Rome ne fit aucune difficulté à l'université de Douai. Ses docteurs avaient accepté purement et simplement la bulle In eminenti. Quelques années plus tard, trois d'entre eux, Georges Colvenerius, Théodore vanCouverden et Valentin Randour, publièrent une défense des actes pontificaux contre Baius : Veritas et xquitas censurée pontificise PU V, Gregorii X11I, Urbani VIII, super articulis lxxvi damnalis, propugnala constante)' ac illustrata a facultate theologica duacena antiquiore ac recentiore ; sive antithèses deprompt.se digestseque admentemS. Augustini exluculentiscommer.lariis eximiorum DD.ac MM. NN. Guilielmi Estii et Francisci Sylvii, Douai, 1649. Cet ouvrage, dédié au pape Innocent X, est comme le pendant du corps de doctrine lovaniste de 1583; les docteurs de Douai ydémasquent le baianisme et justifient les anathèmes dont il a été frappé, en lui opposant saint Augustin et saint Tbomas d'une part, et de l'autre Estius et Sylvius, leurs deux plus célèbres théologiens. Après avoir démontré que la censure frappe les propositions dans leur sens propre, ils s'élèvent contre les opposants et s'écrient : « Que ces anonymes comprennent donc qu'aucun des soixante-seize articles ne peut être soutenu dans la rigueur des termes et dans le sens propre des auteurs, et que c'est là un point tranché par Urbain VIII!» Dom Gerberon ne manque pas de voir dans cet acte la main d'un jésuite. Histoire générale du jansénisme, Amsterdam, 1700, t. I, p. 296.

Les choses n'allèrent pas si vite à l'université de Louvain. L'opposition continua, dirigée et entretenue par Sinnich, Libert Fromond et autres docteurs. Le jésuite Ripalda ayant fait paraître en 16i8 sa grande réfutation du baianisme, Adversus Baium et baianos,\d faculté de tbéologie lui fit répondre, l'année suivante, par un pampblet : J oannis Mar liriez de Ripalda esocielate nominis Jesu vui.pes capta per theologos sacrée facultatis Academiœ lovaniensis : de mandata ejusdem sacrai facultatis, in-i° de 63 p., qui fut mis à l'index le 23 avril 1654. Libert Fromond attaqua pareillement l'apologie Veritas et xquitas des docteurs de Douai dans deux écrits intitulés Lucemula Fulgentii et Emunctorium lucernulœ ; mais trois lettres de Valentin Bandour éteignirent la Petite lanterne de Fulgence et endommagèrent les Mouchettes de la petite lanterne. Pour se rendre compte dis iiiliuences baianistes qui régnaient alors à l'université de Louvain, il suffit de se reporter à l'ouvrage cité plus haut : Duclrina theologica per lielyium munuiis

ex academia loraniensi ab anno 1G44 usque ad annum 1617 , ouvrage largement utilisé dans le présent dictionnaire, t. I, col. 751 sq. La condamnation, portée par Alexandre VIII contre trente et une propositions, le 7 décembre 1690, atteignit plusieurs docteurs lovanistes, comme Jean Sinnich, Libert Fromond, François van Vianen, Gérard van Werm, Christian Lupus. Voir, en particulier, le commentaire des propositions lre, 7e, 8e, 11e, 31e. Dans cette période de trouble, le corps de doctrine de 1586 ne comptait plus; on en avait même fait disparaître les exemplaires, à tel point que Martin Steyaert ne put se procurer le texte qu'après de sérieuses recherches, comme il nous l'apprend dans ses Annotationes in propositiones damnatas, 4e édit., Louvain, 1753, p. 193. Ce docteur publia le document et donna des bulles pontificales un commentaire franc et modéré, où il soutient la condamnation des propositions de Baius dans le sens propre de l'auteur. Il eut la joie de voir un puissant mouvement de réaction se développer à Louvain et aboutir, en 1701, à cette déclaration de la faculté de théologie relative au même objet : « Nous affirmons que ces propositions ont été légitimement condamnées par Pie V et ses successeurs, et condamnées de manière que, prises à la rigueur et dans le sens propre des auteurs, elles sont respectivement hérétiques, erronées, etc., et toutes fausses, les contradictoires étant par là même vraies, ce que nos anciens ont partaitement démontré dans l'excellente exposition qu'ils ont faite jadis de leurs sentiments. » Declaratio plenior facultatis theolog. lovan., anno 1701.

En dehors des Pays-Bas, l'opposition vint des jansénistes de France, qui, pendant la seconde moitié du xvne siècle et la première moitié du xvine, ne cessèrent d'attaquer violemment les bulles contre Bàius, ou d'en fausser la vraie signification et la portée. Récriminations contre la constitution Ex omnibus afflictionibus qu'on trouve informe et irrégulière dans toutes ses parties, ou d'une façon plus générale, contre les censures in globo et le terme respective, qui laisse le jugement ambigu et par suite le rend inutile; chicanes de toute sorte, puériles parfois, pour s'arroger le droit de proclamer les bulles obreptices ou subreptices; thèses interminables pour démontrer que ces bulles, n'ayant pas été suffisamment publiées ou acceptées, ne sauraient constituer une décision ou une loi de l'Eglise universelle, qu'elles sont même abusives par leurs clauses opposées aux libertés gallicanes; surtout, plaintes amères sur le préjudice que peuvent causer à la vérité et à l'Église catholique ces censures qui, prises à la lettre, condamnent les expressions des anciens Pères et la doctrine même de saint Augustin, et donnent ainsi aux protestants un spécieux prétexte de calomnier l'Église, en lui imputant l'abandon de l'antique croyance ; tels sont les moyens d'attaque, empruntés pour la plupart à Jansénius, qu'on trouve dans les ouvrages baianistes et jansénistes de cette époque, et qui ont eu pour principaux défenseurs Antoine Arnauld, Gerberon, Quesnel, l'auteur des Hexaples, le P. de Gennes et l'abbé Coudrette. Voir la bibliographie, à la lin du présent article.

Ces mêmes écrivains reviennent sur la question, pourtant tranchée, du comma pianum; s'appuyant sur l'interprétation baianiste et sur divers principes subsidiaires, ils font si bien qu'à les entendre, aucune des propositions condamnées ne serait de Baius dans le sens où elles ont été condamnées, et même presque toutes lui seraient complètement étrangères. Dom Gerberon fournit un modèle du genre dans les Vindiciee Ecclesiœ romanœ qu'un trouve à la fin de ses Baiana, p. 210 sq. Il avait même composé, sous le pseudonyme de l'r. van de Sterre, un ouvrage spécial sur le fantôme du baianisme, où il avançait ces diverses assertions : les (envies de liaius ne contiennent qu'un très petit nombre, paucissimas, des propositions condamnées; toutes celles

BAIUS

qui sont de Baius, quatorze à peine, ont chez lui le même sens que dans saint Augustin et les autres Pères; aucune n'a été condamnée dans le sens de Baius, puisque l'Église n'a pas prétendu atteindre la doctrine de saint Augustin ; toute l'affaire a été montée par les adversaires de Baius, scolastiques à outrance et teintés de pélagianisme; ils lui ont faussement attribué ces propositions ou, pour celles qui sont de lui, dénaturé sa pensée. D'où il résulte, et la chose estclaire comme le jour, que tout le baianisme est un fantôme, dû à l'imagination de ces gens-là : itaque meridiana lace clarius est bajanismum omnem esse phantasma ab Baii «mu- Us excogilatum. Et pour mieux le prouver, ut phantasma bajanismi clarius appareat, l'auteur fait suivre ces assertions d'une sorte de commentaire explicatif dont voici le titre : Explicatio apologetica 16 articulorum qui Michaeli Baio falso adficti sunt et a Pio V damnati. Ubi ostendilur ex una parle in quo sensu censurant meruere : et ex altéra quse genuina sit Michaelis Baii circa singulos doctrina, et quantum distet a damnalo illorum sensu. L'ouvrage ne parut pas, mais il fut cité au cours du procès fait à l'auteur à Malines, et on le trouve à la Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. il, il 8, sous cette rubrique ; Phantasma Bajanismi revolutum ac dissipatum.

Quoi d'étonnant dès lors que, dans les Réflexions morales, Quesnel ait renouvelé nombre de propositions condamnées par Pie V, et repris la doctrine de Baius sur les dons de l'état primitif, sur le péché originel et ses suites, sur la liberté dans l'état de nature tombée, sur la charité et l'observation de la loi, etc.? La constitution Unigenitus, émise par Clément XI le 8 septembre 1713, fut la réponse de Rome. Denzinger, Enchiridion, n. 1216 sq. La lutte continua, pour aboutir à une nouvelle et dernière condamnation. Le synode janséniste de Pistoie avait inséré, dans ses articles 16e, 17e, 19e, 23e et 24e, diverses doctrines baianistes. sur l'état d'innocence en particulier et sur le principe fondamental de la cliarité ou de la cupidité se partageant tous nos actes. Le 28 août 1794, le pape Pie VI foudroya ces articles dans la constitution Auclorem fidei. Denzinger, Enchiridion, n. 1379 sq. Depuis cette époque, le baianisme, pris dans son ensemble, n'a pas reparu, mais sur tel ou tel point de détail, en particulier sur la notion du surnaturel ou le rapport des dons de la justice originelle à la nature angélique ou humaine, il n'est pas rare de saisir son influence persistante ou de trouver des conceptions voisines chez des théologiens même catholiques; fait qui tient soit à l'ignorance des décisions rendues contre Baius, soit aux malentendus qui existaient autrefois touchant ces décisions, comme le remarque Scheebendans sa Dogmatique, § 161, trad. Bélet, Paris, 1881, t. m, n. 651. Voir aussi Schàzler, Natur und Uebernatur. Das Dogma von der Gnade und die theologische Frage der Gegenwart, in-8°, Mayence, 1865.

Parmi ces auteurs, il en est qui se rattachent directement à un groupe de théologiens des xvne et xvme siècles, désignés habituellement sous le nom d'augustiniens. Les principaux représentants sont trois religieux de l'ordre des ermites de saint Augustin : le cardinal de Noris, Vindicise augustinianœ, Padoue, 1673, ouvrage inséré par Migne dans son supplément aux œuvres de saint Augustin, P. L., t. xlvii, col. 571 sq.; Fulgence Bellelli, Mens Augustini de statu creaturœ rationalis ante peccatum , in-8°, Anvers, 1711; Mens Augustini de modo reparationishumansenalurx post lapsum,*?. in-4°, Rome, 1737 ; Laurent Berti, Opus de theologicis disciplinis, 1. XII, appendice. Le trait le plus caractéristique de ces théologiens et le point de départ de leur système se trouvent dans leur doctrine sur Dieu fin naturelle de toute créature raisonnable. Dieu, vu et possédé en luimême, est notre fin naturelle, non pas en ce sens que nous puissions y parvenir par nos propres forces ou

par des moyens naturels, mais en ce sens que nous sommes portés vers cette fin par une inclination et un désir fondés sur notre nature. Dieu devait donc à la créature raisonnable de l'aider, au moins par un secours actuel, à mener une vie digne de la béatitude éternelle, sous peine de laisser tomber cette créature dans le dernier excès de la misère. Ce n'est pourtant pas là une dette rigoureuse par rapport à la nature ; c'est plutôt Dieu qui se doit à lui-même d'agir ainsi, ex decentia solius creatoris, comme dit Noris ou, comme dit Bellelli, attenta suprema lege providentise sicse, c'est-à-dire en tenant compte des convenances qu'imposent à Dieu son rôle de créateur et la loi souveraine de sa providence. De ce principe fondamental découle, comme conséquence immédiate, l'impossibilité de l'état de nature pure, quand on considère la puissance de Dieu non pas d'une façon absolue, abstraction faite de la sagesse et des autres attributs divins, potentia absoluta, mais d'une façon pratique, comme puissance réglée dans ses opérations par la sagesse et la bonté, potentia ordinaria sive ordinata. Viennent ensuite diverses conséquences sur la relation de nos actes à Dieu (in dernière, sur le rôle de la charité, sur la nécessité de la grâce pour éviter le péché, sur les vertus et les œuvres des infidèles, etc.

Cette doctrine avait, sur tous ces points, beaucoup d'affinité avec celle de Baius et de Jansénius; aussi donna-t-elle lieu à de grandes controverses. Les Vindicige augustinianœ furent soumises par le saint-siège à un double examen, sans qu'il en résultât aucune condamnation. Hurter, Nomenclator literarius, 2e édit., Inspruck, 1893, t. n, col. 829. Plus tard, Bellelli et Berti furent attaqués dans un ouvrage anonyme en deux parties, dont l'auteur était M" Jean d'Yse de Saléon, alors évêque de Rodez : Baianismus et Jansenismus redivivus in scriptis PP. FF. Bellelti et Berti, in-4°, s. 1., 1744. Berti riposta par son Augustinianum systema de gratia ab iniqua bajani et janseniani erroris insimulalione vindicatum, Rome, 1747. Devenu archevêque de Vienne, M<Jr de Saléon publia contre cette apologie une Instruction pastorale ou Documentum pastorale, in-4°, Vienne, 1750. La même année, M^Languet, archevêque de Sens, se prononça officiellement contre les doctrines des deux théologiens augustiniens : Judicium de operibus theologicis FF. Bellelli et Berti. Ce dernier répondit par une nouvelle apologie : In opusculum inscriptum RR. J. Languet archiep. senon. Judicium de operibus theologicis FF. Bellelli et Berti œquissima expostulatio, in-4», Livourne, 1756. Sur les instances de M9r Languet qui lui écrivit deux lettres à ce sujet, le pape Benoit XIV fit examiner les écrits incriminés par deux théologiens, devenus plus tard cardinaux; ils rendirent un jugement favorable aux accusés. Hurter, op. cit., Inspruck, 1895, t. ni, col. 3. L'ouvrage Baianismus redivivus et le Judicium de l'archevêque de Sens se trouvent dans les Œuvres de Berti, t. vin et ix de l'édition citée, Bassano, 1792.

Sans entrer dans d'autres détails sur cette controverse, qui dépasse le baianisme, contentons-nous de constater les faits qui précèdent. Ils nous serviront dans le commentaire sur la bulle de Pie V, pour réduire à sa juste valeur la censure de certaines propositions et ne pas aller plus loin que le saint-siège. Toutefois n'oublions pas que la constitution Auctorem fidei, signée par Pie VI, est postérieure aux faits que nous venons de rappeler.

I. Éditions. — M. Baii... opuscula théologien. Ejusdem apologia hactenus inedita, in-12, Louvain, 1566; M. Baii... Opéra, cum bullis pontifteum, et aliis ipsius causant spectantibus, jam primum ad Bomanam Ecclesiam ab conviliis protcslanlium, simul ac ab Arminianorum exterorumque hujusce temporis Pelagianorum imposturis vindicandam collecta, expurgata et plurimis qux hactenus delituerant opr.sculis

BAIUS

aucta : studio A. P. theologi, in-4*, Cologne, 1696. Cette édition posthume, due aux soins de dom Gerberon, contient deux parties, d'abord les œuvres de Baius, puis suus le titre de Baiana, toute une série de documents très précieux pour l'histoire du baianisnie ; mais il faut se servir de cette seconde partie avec discernement, car l'éditeur prend résolument parti pour Baius. L'édition fut mise à l'index le 8 mai 1697. Sont restés inédits : un traité De communione sub utraque specie, que Baius aurait achevé en 1578, Baiana, p. 205 ; des commentaires sur le Maître des Sentences et sur les Psaumes, dont parle Gerberon dans la préface de son édition. —

II. Biographies. — J.-B. Duchesne, S. J., Histoire du baianisme ou de l'hérésie de Michel Baius, avec des notes liistoriques, chronologiques, critiques, etc.,' suivie d'éclaircissemenls théologiques, et d'un recueil de pièces justificatives, in-4", Douay, 1731. Cet ouvrage constitue, avec les Baiana de dom Gerberon, la principale source de renseignements pour l'histoire de Baius et de ses doctrines. Mais l'auteur se montre sévère dans ses appréciations et confond des questions très distinrtes ; il eut surtout la malencontreuse idée de prétendre trouver dans le dominicain Pierre de Soto « l'oeuf du baianisme et du jansénisme ». Le P. Augustin Orsi, O. P., plus tard cardinal, composa pour le réfuter tout un ouvrage : De Pétri a Soto et Judoci Ravesteyn, de Concordia graiise et liberi arbitra cum Ruardo Tappero epistolari disputatione. Liber apologeticus quo Soti doctrina a recentis historici censuris udseritur, in-4", Borne, 1734. Tout en reconnaissant qu'il y a dans Soto quelques passages délicats, aliqua prœrupta et aspera loca quse complanare oportuit, le P. Orsi montre qu'il serait injuste de faire de ce théologien, le précurseur de Baius, et ce fut sans doute cette réfutation qui fit mettre à l'index le livre du P. Duchesne. A la même controverse appartient l'ouvrage suivant de Louis de Lomanise (pseudonyme de Billuart, selon Quérard) : Apologie du B. P. Pierre Soto, dominicain, et des anciennes censures de Louvain et de Douay, contre l'Histoire du baianisme, composée par le B.P. Duchesne jésuite, et condamnée à Rome le il mars 1734, in-12, Avignon, 1738.

Voir aussi les documents spéciaux cités au cours de l'article, en particulier ['Histoire de la constitution UnigenitusDei Filius, par dom Thuillier, en partie publiée récemment par M. Ingold et dont le livre I", encore manuscrit, contient un résumé judicieux et mesuré de l'affaire de Baius. Biblioth. nation, de Paris, fonds français, »??s. il 131. Article substantiel, mais présentant plus d'une fois les choses sous un jour trop favorable à Baius, dans Ellies du Pin, Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, 3* édit., Utrecht, 1730, t. xvi, p. 139 sq.. Les lettres du cardinal de Granvelle et du prévôt Morillon se trouvent plus complètes et accompagnées de notes utiles dans les collections suivantes : Papiers d'État du cardinal de Granvelle, publiés sous la direction de M. Ch. Weiss, Paris, 1846, t. VI ; Correspondance du cardinal de Granvelle, 1565-1583, publiée par MM. E. Poullet et Ch. Piot, faisant suite aux Papiers d'État, Bruxelles, 1881, 1886, t. III, v. Un grand nombre des documents relatifs au baianisme ont été traduits dans l'Histoire ecclésiastique pour servir de continuation à celle de M. l'abbé Fleury, Paris, 1779 sq., t. xxxi-xxxvi, passim.

III. Doctrine de Baius. — Traité historique et dogmatique sur la doctrine de Baius, et sur l'autorité des bulles des papes qui l'ont condamnée, ouvrage anonyme du docteur sorboniste Fr. Ilharart de la Chambre, 2 in-12, s. 1., 1739 ; Scheeben, art. Bajus, dans le Kirchenleœikon, de Wetzer et Welte, 2' édit., Fribourg-en-Brisgau, 1882; Schwane, Dogmengeschichte der neueren Zcit, S '-7, Fribourg-en-Brisgau, 1890; F.-X. Linsenmann, Michael Bajus und die Gruiidlegung des Jansenismus, in-8% Tubingue, 1867, monographie utile, mais qui appelle bien des réserves; cf. Scheeben, Zur Geschichte des Bajanismus, dans la revue Der Katholik, de Mayence, mars 1868, p. 281 sq.

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