‹ Dictionnaire de théologie catholiqueChapitre 193 sur 400 · IV. ŒUVRES D'INSTRUCTION PASTORALE ET MORALE · texte numérisé non relu

IV. ŒUVRES D'INSTRUCTION PASTORALE ET MORALE

1° Dottrina cristiana brève, Rome, 1597; puis, Dichiarazione piu copiosa délia dottrina cristiana, 1598. — Bellarmin composa ce petit et ce grand catéchisme à la prière du cardinal Tarugi, archevêque de Sienne, et sur l'ordre de Clément VIII. Autob., §36; Epist. famil., xxxvn. Il y rapporte toute la religion chrétienne aux trois vertus théologales; à la foi se rattache le symbole des apôtres; à l'espérance, l'oraison dominicale et la salutation angélique; à la charité, les commandements de Dieu et de l'Église, les sacrements qui l'engendrent et la nourrissent, puis les vertus et, par opposition, les vices et les péchés. Le tout couronné par un

RELLARMIN

chapitre sur les fins dernières. Le développement est clair, simple, pieux et précis, sous torme de questions et de réponses ; dans le petit catéchisme, le maître interroge et le disciple répond; dans le grand, l'ordre est renversé. Clément VIII fit examiner l'œuvre de Bellarmin par la Congrégation de la Réforme et, le 15 juillet 1598, publia un bref très élogieux où il imposait ce catéchisme aux diocèses des États pontificaux et exprimait le souhait qu'il fût universellement adopté. L'ouvrage commença dès lors à se répandre d'une façon extraordinaire. Par un bref du 22 février 1633, Urbain VIII en recommanda l'usage dans les missions d'Orient; des traductions s'en firent en toute sorte de langues. Benoit XIV adressa, le 7 février 1742, à tous les évêques de la chrétienté une constitution spéciale où il formulait le même souhait que Clément VIII. La prohibition de ce catéchisme à Vienne, en 1775, et l'opposition que lui firent dans la haute Italie le P. Martin Natali, des Écoles pies, et l'évêque janséniste Scipion Ricci, n'eurent pour effet que de le recommander davantage à l'estime des catholiques attachés à Rome. Dans le projet d'un catéchisme universel qui fut proposé au concile du Vatican, le petit catéchisme de Bellarmin était désigné pour servir de modèle. Acta et décréta SS. Conciliorum recenliorum, Fribourg-en-Brisgau, 1890, t. vu, col. 663 sq. Enfin, dans l'approbation donnée par Léon XIII, le 3 décembre 1901, à une nouvelle édition de ce même catéchisme, on lit ces paroles : Quoniam de eo libro agilur, quem sœculorum usus et plurimoruni episcoporum doctorumque Ecclesise judicium comprobavit... Analecta ecclesiaslica, Rome, décembre 1902, p. 483.

2° Dichiarazione del simbolo, in-16, Rome(?), 1604. — Explication, article par article, du symbole des apôtres, que Bellarmin rédigea à Capoue, dans l'intérêt de ses prêtres. Autob., § 45. Elle fut traduite en français dès 1606, et se trouve en latin au t. vu des œuvres complètes du cardinal, Cologne, 1617.

3° Admonilio ad cpiscopum Theanensem, nepotem suum, quse. necessaria sint episcopo qui vere satutem suam selernarnin tulo ponere relit, in-8°, Paris, 1616; Cologne, 1619 (édit. plus complète). — Instruction courte et solide, adressée par le cardinal à son neveu, Angelo délia Ciaia, promu à l'évêché de Téano, sur les devoirs des évêques, ou plutôt sur ce qui leur est nécessaire pour mettre leur salut en sûreté. Neuf questions y sont traitées, dont les principales concernent la résidence et la prédication de la parole divine, la perfection exigée par l'épiscopat, les ordinations, la pluralité des bénéfices et l'emploi des revenus ecclésiastiques, les rapports avec les princes et avec les parents. Le cardinal Passionei fit lui-même réimprimer cet opuscule; une édition parue à Rome, en 1805, contient en appendice un traité jusqu'alors inédit de Bellarmin sur la manière deprècher, Deratione formandee concionis.

4° Conciones habitai Lovanii, in-4°, Cologne, 1615; Cambrai, 1617. — Ces deux éditions des sermons latins, prêches à Louvain par Bellarmin, sont à distinguer. La première, faite sur des notes prises par un auditeur, se trouva très défectueuse, et le cardinal s'en plaignit. Epist. famil., xciv, cxvm. La seconde, exécutée sur une copie qui avait été transcrite de son propre manuscrit p.ir des religieux prémontrés, ibid. , clxxxv, reçut l'approbation de l'auteur. On y compte quatre-vingt-sept sermons, dont quarante-cinq sur les dimanches et fêtes, cinq sur les fins dernières et autant sur le Missus est, douze sur la vraie foi et la véritable Église, huit sur les tribulations et douze sur le psaume Qui habitat in adjutorio. Discours méthodiques et vigoureux, mais dont on a pu dire qu'ils sont plus instructifs qu'éloquents; ce sont plutôt, selon le mot de Dupin, des leçons de théologie. Au début de sa carrière oratoire, Bcllarinin avait donné beaucoup aux ornements du style,

mais instruit par l'expérience, il avait renoncé à ce genre pour être plus apostolique. Aulob., § 16. Les sermons de Louvain ont été traduits en français par l'abbé E. Berton, 4 in-8° ou in-18, Paris, 1856.

5° De ascensione mentis in Deum per scalas rerum creatarum , in-12, Rome, 1615. — 6° De seterna feticitate sanctorum libri quinque, in-8°, Rome et Anvers, 1616. — 7° De gemitu columbse, sive de bono lacrymarum libri très, in-12, Rome; in-8°, Anvers, 1617. — 8° De septem verbis a Christo in cruce prolatis librill, in-12, Anvers, 1618. — 9° De arte bene moriendi libri duo, in-12, Rome; in-8°, Anvers, 1620. — Petits traités ascétiques dont le titre même indique l'objet. Bellarmin les composa pendant ses retraites annuelles d'un mois au noviciat de Saint-André. Dupin les déclare « pleins d'une morale très pure et d'une piété solide ». Saint François de Sales, parlant du premier, dans la prélace du Traité de l'amour de Dieu, le dit merveilleux. Aussi ces cinq opuscules ont-ils été souvent réédités et traduits en diverses langues. Le troisième, De gemitu columbse, donna lieu, après la mort de son auteur, à des plaintes, du reste exagérées, de la part de religieux qui se crurent dénigrés par les gémissements de la colombe sur le relâchement dans quelques ordres. Couderc, op. cit., t. H, p. 295 sq.

10° De officio principes christiani libri très, in-8°, Rome et Anvers, 1619. — Dans ce traité, composé sur la demande des jésuites polonais et dédié au prince Ladislas, fils du roi Sigismond III, Bellarmin développe les obligations d'un roi chrétien envers Dieu, envers ses inférieurs, envers ses égaux et envers lui-même; puis il propose comme modèles huit princes ou chefs de l'Ancien Testament et dix du Nouveau, dont il décrit la vie et les vertus dans une série de courtes biographies.

11° De cognitione Dei... opus ineditum, in-8° de 60 p., Louvain, 1861. — Considérations ascétiques, divisées en treize chapitres, sur Dieu, son essence et ses attributs, sagesse, science, providence, miséricorde et justice Presque tout se retrouve dans l'ouvrage qui suit :

12» Exhortationes domestiesc... ex codice autographobibUolliccœ rossianie S. J., in-12, Bruxelles, 1899. — Exhortations spirituelles en latin ou en italien, publiées par le P. Van Ortroy, bollandiste, d'après un autographe conservé à Vienne, en Autriche. Elles furent adressées par Bellarmin aux religieux de la Compagnie de Jésus soit au Collège romain, soit à Naples et dans quelques autres maisons. A la fin du volume, on trouve trois panégyriques de saint Ignace de Loyola, prêches par le cardinal au Gesù de Rome en 1599, 1605 et 1606.

13° Traclatus de obedientia quse cseca nominatur ; Summa responsionis ad censuram Juliani Vincentii in epislolam sanclse mémorise P. Ignatii. — Deux écrits de circonstance, composés par Bellarmin, en 1588, comme réponse à des attaques portées par un religieux brouillon contre la lettre de saint Ignace sur l'obéissance. Ils ont été publiés par le P. J.-B. Couderc dans un petit volume intitulé: La lettre de saint Ignace sut* l'obéissance commentée par Bellarmin, in-16, Limoges, 1898. Dans le Traité de l'obéissance dite aveugle, l'apologiste explique ce que le fondateur de la Compagnie de Jésus entendait par obéissance aveugle, et montre que cette sorte d'obéissance est autorisée par les saintes Écritures, les témoignages des Pères et des marques de l'approbation divine; il répond enfin à quelques objections.

v. ŒUVRES INÉDITES.— Il suffit de signaler un grand nombre de lettres et les sermons prêches à Capoue. Couderc, op. cit., t. Il, p. 143. L'opuscule De mililia ecclesiaslica, dont parle Dôllinger, 1Uc Selbstbiographie, p. 187, parait controuvé. Trois manuscrits méritent une mention spéciale.

1° Conirnentarii in Summam S. Tliom.r. — C'est le cours de théologie enseigné à Louvain, du 10 octobre 1570 au 17 avril 1576; quatre volumes petit in-4°, con-

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serves aux archives secrètes du Vatican. Dans le premier, la Ia, q. i-CXix, 618 p. ; clans le second, la Ia IIœ, q. LVcxiv, 760 p. ; dans le troisième, la IIa II", q. i-lxiii, a. 1-2, 780 p. ; dans le quatrième, la suite de la IIa IIœ, ]. lxiii, a. 3-cxlvii, 1668 p. Bellarmin nous a fait connaître lui-même le temps qu'il passa sur chaque partie de la Somme. Autob., § 22. Dans ces commentaires, il s'attarhe constamment à l'ordre des questions et des articles de saint Thomas, mais d'après une méthode qui rappelle, dans l'ensemble, le genre du P. Grégoire de Valentia. Après avoir proposé le sujet, le professeur en entreprend par lui-même l'exposition, la preuve et la discussion. Dans la suite des articles, il passe légèrement sur ceux qui sont faciles ou purement métaphysiques, mais quand une question importante se présente, il la discute ex professo, soit en la divisant en propositions ou conclusions, soit en posant des dubia qu'il résout. Divers manuscrits, dénommés .Awno/a^'o/iesiw Summam ou Rhapsodies in D. Thomam, ne sont vraisemblablement que des copies ou des extraits des Commentant répandus par les élèves de Bellarmin ; on voit, par exemple, par le Diarium secundum du collège anglais de Douai, qu'en 1577 les professeurs de théologie y dictaient dans leurs cours les Commenlaliones P. Roberti ilali, docte, breviter et perspicue elaboratas, ac non ita pridem Lovanii prœlectas. T. F. Knox, Records of ihe English Catholics under the pénal Laws, Londres, 1878, t. i, p. 117, 128. Ce qu'il y a d'important dans les leçons de Louvain se retrouve, en grande partie, dans les Controverses.

2° SenlentiiB D. Michaélis Baii doctoris lovaniensis a duobus ponlificibus damnatre et a Robcrto Bellarmino réfutâtes. — A la Bibliothèque royale de Bruxelles, mis. 4320, fol. 144 sq. Ce manuscrit comprend quinze chapitres, où les propositions de Baius sont groupées par ordre de matière, et réfutées à l'aide de passages extraits des Commentant in Summam. J'ai utilisé ce travail dans l'article Baius, col. 64 sq.

3° De novis controversiis inter patres quosdam ex ordine preedicatorum et P. Molinam, 1597 (?). — Manuscrit dont deux copies existent à Borne, aux bibliothèques Corsini, Mise, cod. 1323, et Vittorio Emmanuele, mss. Gesuitici, n. 1493 (3622). C'est, à n'en point douter, YOpusculum dilucidum dont Bellarmin parle dans son autobiographie et qu'il composa, à la demande de Clément VIII, sur la censure portée, en 1596, par des frères prêcheurs contre neuf propositions extraites du livre de Molina et une autre relative à la confession par lettres. Liévin de Meyer, op. cit., t. I, p. 197 sq. Cet écrit contient un jugement motivé sur les propositions incriminées, en même temps qu'une exposition vraiment claire des points essentiels du débat : grâce efficace, science des futurs contingents, concours de Dieu avec le libre arbitre, prédestination, providence et grâce du premier homme. Je reviendrai sur cet opuscule, en parlant de la doctrine de Bellarmin.

Éditions complètes des œuvres de Bellarmin : 7in-fol., Cologne, 1G17-1G20; Paris, 1G1'J ; Venise, 1721-1728 ; 8 in-4% Naples, 1856- 1862, 1872 ; 12 in-4°, Paris, 1870-1874. Pour les éditions, réimpressions et traductions des différents ouvrages, ou les livres publiés pour ou contre les Controverses et autres écrits du cardinal, voir la très riche bibliographie contenue dans la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, édit. C. Sommervogel, S. J., Bruxelles et Paris, 1890 sq., t. I, col. 1151-1254, avec les Addenda, p. x-xi, t. vin, col. 1797-1807.

Ct. Niceron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres, Paris, 1715, t. xxxi, p. 2 sq. ; Ellies du Pin, Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, in-4% Utrecht, 1745, t. XVII, p. 18 sq., analyse détaillée des Controverses ; Dollinger et Reusch, Die Selbstbiugraphie, beaucoup de notes utiles ; Hurler, Nomenclalor literarius, 2' édit., Inspruck, 1892, t. i, p. 228-229.

III. Caractéristique, doctrine, influence de Bellarmin. — U ne s'agira ici ni des œuvres exégétiques ou

DICT. DE THÉOL. CATIIOL

ascétiques, ni des œuvres oratoires ou pastorales, bien que toutes aient contribué pour leur part à la renommée de leur auteur; l'étude vise le théologien dans sa physionomie propre.

/. CARACTÉRISTIQUE ET TRAITS GÉNÉRAUX. — On doit

les chercher dans le rôle apologétique du cardinal, dans son œuvre et sa méthode.

1° Rôle apologétique. — Prosper Lambertini, parlant comme promoteur de la foi dans la cause du vénérable serviteur de Dieu, lui a rendu ce témoignage, qu'il a mérité le nom de marteau des hérétiques, en contondant l'erreur par ses écrits. C'est bien là ce qui parait au premier plan dans l'auteur des Controverses. Mais son rôle apologétique n'est pas tout entier dans la lutte contre l'hérésie ; Bellarmin a été encore, dans les luttes politico-religieuses auxquelles nous l'avons vu mêlé, le grand champion du siège romain et des droits inhérents à la primauté du vicaire de Jésus-Christ. Sur ce double terrain il eut un rôle de premier ordre ; amis et ennemis en conviennent. « Il est sûr, a écrit Bayle, qu'il n'y a point de jésuite qui ait fait plus d'honneur que lui à son ordre, et qu'il n'y a point d'auteur qui ait soutenu mieux que lui la cause de l'Église romaine en général, et celle du pape en particulier. Les protestants l'ont bien reconnu. » Dictionnaire historique et critique, 2e édit., Paris, 1820, t. m, p. 261. Banke l'a proclamé « le plus grand controversiste de l'Église catholique, auquel on rend la justice de dire que nul ne mena une vie plus apostolique ». Histoire de la papauté, t. Il, p. 108. II y a là pour Bellarmin un titre d'autant plus réel à la reconnaissance des catholiques, qu'il comprit de bonne heure sa mission et s'y donna sans réserve. Il fut aidé, assurément, par ses qualités naturelles, cette riche mémoire, cette facilité à tout saisir et à tout s'approprier, cette netteté de pensée et cette clarté méthodique dans l'exposition qui se manifestèrent dès son enfance ou pendant ses études. Les circonstances l'aidèrent aussi ; son enseignement et ses prédications à Louvain, dans un milieu où l'inlluence protestante cherchait à pénétrer, furent pour lui comme une première orientalion. Mais il sut mettre à profit les dons reçus et les circonstances providentielles ; ses études de patristique l'armèrent d'une érudition remarquable pour l'époque; la lecture des auteurs protestants le prépara encore plus directement à son rôle futur. Et quand il monta dans sa chaire de controverse au Collège romain, il fut à sa place et dans sa vocation. Enfin une idée apostolique le guida dans la publication de ses Disputationes ; il comprit qu'il fallait multiplier les livres pour la défense de la vraie foi: llla prima ratio me movit, dit-il dans l'avis au lecteur, quod non solumnon obesse,sedetiam prodesse censeam ecclesiasticse caussee, si plurimi hoc tempore scribant. La publication venait, du reste, à son heure.

2° L'œuvre et la méthode. — Beaucoup de doctes travaux avaient paru sur les points controversés en matière de religion, mais des travaux de détail, isolés et éparpillés dans un grand nombre d'ouvrages; Bellarmin jugea qu'il serait grandement utile de les réunir en un seul corps. On a vu comment il réalisa ce plan. L'idée apologétique se retrouve dans l'application, comme elle fut au début; partout, à côté des données traditionnelles, l'adaptation aux besoins du temps. Ainsi paraissent, dans le traité De verbo Dei, la canonicité des Livres saints, l'authenticité de la Vulgate, l'interprétation des divines Écritures qui ne pourrait être laissée à l'examen privé, mais relève de l'Église, de son magistère vivant, l'existence enfin et la nécessité de la tradition. De même, dans les autres traités; rien n'échappe au controversiste de ce que l'hétérodoxie d'alors avait avancé contre la personne du Christ, ses attributs et son rôle de médiateur, ou contre l'Église catholique, son chef, ses membres, ses usages, sou culte, ses sacrements, sa doctrine sur

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