BENOIT VIII — BENOIT XI
manique. A la mort de Serge IV, Grégoire, l'élu de la faction crescentienne, et Théophylacte, fils du comte de Tusculum, invoquèrent également la protection du roi de Germanie, Henri II. Ce prince, arrivé en Italie seulement en 1013, trouva Benoit installé et fortement soutenu dans Rome par sa famille; il se déclara pour lui et reçut de sa main, ainsi que la reine Cunégonde, la couronne impériale (14 février 1014).
L'entente des seigneurs de Tusculum avec l'empereur garantissait l'ordre dans Rome dont la gouvernement temporel, en l'absence de l'empereur, était tout entier aux mains du senator omnium Romanorum, qui n'était autre que Romain, frère du pape, deuxième fils du comte de Tusculum. Renoît eut ainsi le loisir de s'occuper des affaires ecclésiastiques : un synode tenu à Rome en présence de l'empereur confirma la déposition d'Adalbert, archevêque de Ravenne, et d'après Bernon, abbé de Reichenau, qui s'y trouvait, Henri II y obtint de Benoit VIII qu'il admit le Credo ou symbole dans la liturgie de la messe romaine, De off. missse, c. n, P. L., t. cxlii, col. 1060; un voyage du pape à Bamberg auprès de l'empereur fut l'occasion d'un renouvellement du privilège accordé par Otton à l'Église romaine; dans un synode qui réunit le pape et l'empereur à Pavie en 1022, Henri II fit adopter pour l'Italie divers projets de réforme, tels que la défense pour les prêtres de se marier et celle de dissiper les biens d'Église. La mort du pape et de l'empereur la même année (9 avril et 13 juin 1021) empêcha de donner suite au projet d'entrevue avec le roi de France Robert le Pieux et d'extension de la réforme à son royaume.
Jafïé, Regesta pontiflcum, t. i, p. 506; Duchesne, Liber pontificalis, t. H, p. 208; Watterich, Pontiflcum romanorum vitx, t. I, p. 62, 700; Hefele, Conciliengeschichte, 2' édit., t. IV, p. 670 ; Wattenbach, Geschichte des rœmischen Papsttums, Berlin, 1876, p. 102; Hauck, Kirchengeschichte Deutschlands, Leipzig, 1896, t. m, p. 518; Hirsch, Jahrb. des deutschen Reichs untèr Heinrich II, 3 vol., Berlin, 1862-1875; Sadée, Die Stellung Heinrichs II zur Kirche, léna, 1877 ; Lesètre, Saint Henri, Paris, 1901 ; Sickel, Das Privilegium Ottos I fier die rœmische Kirche, Inspruck, 1883.
H. Hemmer.
9. BENOIT IX, pape, successeur de Jean XIX, élu en 1033, démis du pontificat en 1045, mort vers 1048.
Fils d'Albéric de Tusculum, neveu par conséquent de Benoit VIII et de Jean XIX, Théophylacte avait de dix à douze ans quand son père le fit élever sur le siège pontifical sous le nom de Benoit IX. Ce fut un pape malfaisant, aussi dissolu dans ses mœurs que Jean XII. Il se procura l'appui des deux empereurs, Conrad II et Henri III, en mettant son pouvoir au service de leur politique.
Une révolte des Romains chassa Benoit dans l'automne de l'année 1044 et le remplaça en 1045 par Jean, évèque de Sabine, sous le nom de Silvestre III. Benoit réintronisé par la force, se démit, le 1er mai 1045, du pontificat qu'il vendit pour une somme d'environ mille livres d'argent à Jean Gratien, archiprétre de Saint-Jean- Porte-Latine. Le nouveau pape, Grégoire VI, fut déposé comme simoniaque par Henri III, au concile de Sutri (1046), aussi bien que Silvestre III, et fut remplacé par Clément II (Noël, 1046). Ce pape mourut àPesarodès le 9 octobre 1047, on soupçonne Benoit IX de l'avoir fait empoisonner; en tout cas il essaya de reprendre le pontificat et il se maintint à Rome du mois de novembre 1047 au 16 juillet 1048. Chassé de la ville par ordre de Henri III qui avait nommé pape l'évêque de Brixen (Damase II), Benoit disparut et l'on conjecture qu'il prit le froc ou plus probablement qu'il mourut prématurément par suite de ses désordres.
JalTé, Regesta pontiflcum, t. i, p. 519; Watterich, Pontiflcum romanorum vita". t. i, p. 71, 711; Gregorovius, Gesch. der St'idt Rom im Mittelalter, 4 édit., t. iv, p. 39; Hefele, Conciliengeschichte, i édit., t. iv, p. 7u6; Duchesne, Les premiers
IUCT. DE TllÙOL. CATIIOL.
temps de l'État pontifical, dans la Revue d'hist. et de litt. relig., 1807, p. 205-212 (tirage à part, Paris, 1898) ; Hauck, Kirchengeschichte Deutschlands, Leipzig, 1896, t. m, p. 559; Lorenz, Papstwahl und Kaisertum, Berlin, 1874, p. 69; Giesebrecht, Gesch. der deutschen Kaiserzeit, 4e édit., Brunswick, 1875, t. II.
H. Hemmer.
10. BENOIT X, pape, successeur d'Etienne IX (X), élu en 1058, déchu en 1059, mort vers 1080.
Le parti national romain s'était résigné de mauvaise grâce à accepter de la main des empereurs d'Allemagne une série de papes réformateurs. A la mort d'Etienne IX, tandis qu'Hildebrand était encore en Germanie, le parti des nobles, réunissant celte fois les Crescentius et les Tusculains, intronisa, le 5 avril 1058, l'évêque de Velletri, Jean, dit « le Mince », qui prit le nom de Benoit X. L'élection avait été faite en violation formelle du serment prêté à Etienne de n'en faire aucune avant le retour d'Hildebrand. Les chefs du clergé romain s'étaient abstenus et avaient pris la fuite. Réunis autour d'Hildebrand à Sienne, au mois de décembre, ils élurent comme pape Gérard, évêque de Florence, qui fut Nicolas II; assemblés a Sutri en janvier 1059, ils déposèrent Benoit X et bientôt après le chassèrent de Rome. Attaqué dans Galeria, Benoit se remit entre les mains de ses ennemis qui le confinèrent dans le monastère de Sainte- Agnès où il vécut, dit-on, encore vingt ans dans une étroite surveillance.
Jaffé, Regesta pontiflcum, t. i, p. 556; Duchesne, Liber pontiflealis, t. n, p. 279; Watterich, Pontiflcum romanorum vitx, t. i, p. 203, 738; Gregorovius, Gesch. der Stadt Rom im Mittelalter. 4° édit., t. iv, p. 107; Hefele, Conciliengeschichte, 2' édit., t. iv, p. 798, 828; Hauck, p. 679; Giesebrecht, t. m, p. 24, mentionnés pour Benoit IX.
H. Hemmer.
11. BENOIT XI, pape, successeur de Boniface VIII, élu le 22 octobre 1303, mort le 7 juillet 1304.
Né à Trévise en 1240, Nicolas Boccasini entra chez les dominicains à l'âge de quatorze ans, devint général des frères prêcheurs en 1296, cardinal en 1298, cardinalévêque d'Ostie en 1300. Sa fidélité à Bonitace VIII et la fermeté dont il fil preuve à Anagni lui valurent la tiare dans le conclave qui se tint au Vatican, après la mort de Boniface, sous la protection du roi de Naples, Charles II. Il fut élu à l'unanimité.
Le souci principal de son pontificat fut de mettre fin à la guerre religieuse en France. Sa bonté et son adresse naturelles lui en firent trouver le moyen sans qu'il en coûtât à la dignité du saint-siège. Les Colonna, alliés à Rome de Philippe le Bel, reçurent leur absolution et la restitution de leurs biens sinon de tous leurs honneurs ecclésiastiques, mais comme des coupables auxquels on pardonne (23 décembre 1303). Les démarches du roi de France lui-même furent accueillies avec fa'veur : le pape accorda successivement au roi l'absolution de l'excommunication qu'il avait encourue (25 mars 1304), à l'université de Paris la collation des grades, à tous les sujets du roi l'absolution des censures prononcées contre eux. Il n'excepta de cette mesure gracieuse que Guillaume de Nogaret. Ce dernier fut invité à comparaître ainsi que tous les Italiens qui avaient pris une part directe à l'attentat d'Anagni contre Boniface VIII, afin de subir le jugement du saint-siège (7 juin 1304).
La mort soudaine du pape à Pérouse (7 juillet 1304) donna lieu à des bruits d'empoisonnement qui ne manquent pas tout à fait de raisons et dont le soupçon tombe avec le plus de vraisemblance sur Guillaume de Nogaret.
Benoit XI a laissé un commentaire sur une partie des Psaumes et sur l'Évangile de saint Matthieu, un petit ouvrage sur les usages ecclésiastiques, enfin des discours. Il favorisa les ordres mendiants au profit desquels il révoqua les mesures restrictives de son prédécesseur, mais ses propres décisions furent annulées par son successeur, Clément V ', à cause des dissensions
BENOIT XI
BENOIT XII
continuelles entre les clergés séculier et régulier. Benoît XI devrait en réalité s'appeler Benoît X, le pape de ce nom ayant été intronise'1 contre toutes les règles et justement déposé. Benoit XI a été béatifié en 1733 et sa fête se célèbre à Rome le 7 juillet.
Potthast, Regesta pontifleum, t. u, p. 2025; Le registre de I oit XI. publié par Ch. Grandjean. Paris, 1883 sq. Dans Muratori, Rerum ItalicarUm scriptores : au t. xi, p. 1224, Ptolémée de Lucques. Hist. eccl.; au t. m, p. 072, Bernard Guido, Vitse pontif. roman. ; au t. IX, p. 1010, Ferrelus de Vicence, Hist. ri r. in Ital. yest.; au t. ix, p. 740, François Pippinius, Cliron. Giovanni Villani, Histor. Fiorent., t. vni, p. 66, dansl'édition de Florence, 1823, t. in, p. 114; Rayrialdt, Annal, eccl., édit. de Theiner, Turin, 1871, t. xxm, p. 333. Les ouvrages sur Ifoniface VIII, notamment de Dupuy, Drumaim (voir Boniface VIII). Grandjean, Benoit XI avant son pontificat, dans les Mélanges d'archéol. et d'histoire, 18s8, p. 210; L. Gautier, Benoit XI. Paris, 1803 ; Kindler. Benedikt XI, Posen, 1891 ; Funke, BenedUct XI. Munster, 1891.
H. Hemmer.
12. BENOIT XII, troisième pape d'Avignon, du 20 décembre 1334 au 25 avril 1342. L'article consacré au pontilicat de Benoit XII sera suivi d'une double étude : la première, sur la constitution dogmatique Benedictus Drus, publiée le 29 janvier 1336; la seconde, sur un document de moindre importance, datant de 1341, le Libellas ad Armenos transmissus.
I. BENOIT XII, son pontificat. — Né de parents obscurs à Saverdun, dans l'ancien comté de Foix, Jacques Fournier (Furnerius, de Fwno, Foumico) lut d'abord moine cistercien à l'abbaye de Boulbonne, puis à celle de Fontfroide, que gouvernait son oncle maternel, Arnaud Novelli. Envoyé à l'université de Paris, il y fit de fortes études théologiques, couronnées par le doctorat. Du Boulay, Hist. universitatis Parisiensis, Paris, 1668, t. iv, p. 991. Dans l'intervalle, il avait remplacé, comme abbé de Fontfroide, son oncle créé cardinal par Clément V, le 19 décembre 1310. En 1317, il fut promu par Jean XXII à l'évêché de Pamiers, puis transféré à celui de Mirepoix, le 26 janvier 1327. Dans ces diverses charges, Jacques Fournier se distingua par ses talents administratifs, sa science théologique et le zèle qu'il déploya contre les hérétiques. Jean XXII le créa cardinal-prêtre de Sainte-Prisque, le 18 décembre 1327; on le trouve souvent désigné sous le nom de cardinal blanc, à cause de son habit religieux qu'il conserva, ou sous celui de cardinal Novelli, sans doute en souvenir de son oncle Arnaud. Histoire générale du Languedoc, Paris, 1742, t. îv, p. 215, 561. Les années qui suivirent furent marquées, pour le nouveau prince de l'Eglise, par la part 1res active qu'il prit, comme conseiller du pape, ou comme écrivain, aux controverses dogmatiques suscitées alors soit par divers théologiens mystiques, soit par les fraticelles au sujet de la pauvreté'' du Christ, soit par Jean XXII lui-même au sujet de la vision béatifique. Les Dicta et responswnes fraliis Jacobi et le grand traité De statu animarum, indiqués plus complètement dans l;i bibliographie, sont de celte époque.
Apres la mort de Jean XXII, le 4 décembre 1334, les membres du sacré collège rassemblés à Avignon offrirent la tiare au cardinal d'Ostie, Jean de Comminges, à la condition qu'il s'engagerait à ne pas retourner à Rome; sur son refus, le nom du cardinal blanc réunit, contre toute attente, la pluralité des suffrages. Elu le 20 décembre et couronné' le 8 janvier suivant, Benoît XII se montra des le début de son pontilicat ce qu'il devait être toute sa vie, un pape d'une grande droiture et d'un zèle actif. Son premier souci fut de travailler à la réforme des nombreux abus qui s'étaient introduits à la cour pontificale et dans le gouvernement ecclésiastique. Il renvoya dans leurs diocèses tous les clercs ayant charge d'âmes dont la présence à Avignon n'était pas suffisamment légitimée; sauf quelques exceptions nécessaires, il
révoqua les commendes et les expectatives données par ses deux prédécesseurs, se réservant d'examiner attentivement toutes les demandes de bénéfices qui lui étaient adressées. De peur que, dans la multitude des expéditions, il ne se glissât des signatures supposées, il prescris it d'enregistrer les suppliques avec les brefs de grâce, et de déposer les originaux à la chancellerie apostolique; ainsi fut institué le Registre des suppliques. Par diverses constitutions, Benoit XII poursuivit surtout deux abus qu'il avait en horreur dans les ministres de l'Église et les officiers pontificaux : la corruption et l'amour du gain. Lui-même donnait l'exemple du désintéressement par son aversion pour tout ce qui aurait pu ressembler à du népotisme ; il relusa pour sa nièce de nobles alliances, et la donna en mariage à un marchand de sa condition; on eut beaucoup de peine à le décider, en 1341, à nommer archevêque d'Arles son neveu, Jean Bauzian, homme d'ailleurs fort digne de cette charge, mais il ne voulut jamais le créer cardinal. Aussi lui a-t-on prêté cette maxime : « Le pape doit être comme Melchisédech, qui n'avait ni père, ni mère, ni généalogie. »
Réformateur, Benoit XII s'occupa tout particulièrement de la discipline monastique. Le 4 juillet 1335, il défendit aux moines mendiants de passer aux ordres contemplatifs, sans une permission spéciale du pontife romain; puis il s'occupa en détail du bon gouvernement des religieux dans une série de constitutions, dont les principales se trouvent dans le bullaire romain : le 12 juillet 1335, bulle Fulgens Stella, pour les moines blancs ou cisterciens; le 20 juin 1336, bulle Summi magistri, dite bulle bénédictine, pour les moines noirs ou bénédictins; le 28 novembre 1336, bulle Redemptor noster, pour les franciscains; le 15 mai 1339, bulle Ad decorern, pour les chanoines réguliers de Saint-Augustin. Toutes ces constitutions renferment un passage remarquable sur l'instruction des jeunes religieux : Benoit XII établit qu'il y aura dans chaque pays des maisons d'étude, et il accompagne cette injonction d'une longue suite de règlements on l'on voit combien il avait à cœur que l'étude fleurit dans les monastères; il exhorte même les supérieurs à envoyer des étudiants de toutes les provinces et de toutes les maisons de leur ordre à l'université de Paris, le grand centre intellectuel à cette époque. Après six ans de théologie, les religieux pourront faire un cours de Bible, c'est-à-dire enseigner l'Écriture sainte, et, après huit ans, lire les Sentences. Voir 11. Denifle, Chartularium universitatis Parisiensis, in-4», Paris, 1891, t. n a, n. 992, 1002, 1006, 1015, 1019, 1053, 1058.
Au souci de la discipline Benoit XII joignait un grand zèle pour l'intégrité et la propagation de la foi catholique. Il continua, comme pape, la guerre qu'il avait déclarée aux hérétiques, n'étant encore qu'évêque de Pamiers ou de Mirepoix; il exhorta le roi d'Angleterre à établir l'inquisition dans ses Etals, et là ou elle existait déjà, il ranima l'ardeur des princes et des évèques. Dès les premiers temps de son pontificat, il renouvela les condamnations portées par son prédécesseur contre les erreurs de quelques franciscains fanatiques touchant la pauvreté du Christ et la perfection de l'étal religieux; aussi fut-il en butte, comme Jean XXII, à de violentes attaques de la part des chefs du parti, Michel de Cezciia, ('■uillaunie Occam, Bonagratia de Bergame et Jean de Jandun. En beaucoup d'endroits leurs partisans étalaient leur rébellion au grand jour; le pape fit procéder contre eux dans le domaine ecclésiastique el engagea Robert de Sicile à suivre son exemple. Raynaldi, Annales ecclesiastici, an. LS36, n. 63 sq., Lucques, 1750, t. vi, p. 91 sq. En Espagne, Benoit XII rendit d'éminents services à la chrétienté; après avoir amené le roi de Castille, Alphonse XI, à cesser le commerce criminel qu'il entretenait avec Éléonore de Guzman et rétabli la bonne
BENOIT XII
harmonie entre ce prince et le roi de Portugal, il fit prêcher la croisade contre' les mahométans d'Afrique qui, en 1339, avaient envahi la péninsule; la brillante victoire remportée par les croisés à Tarifa, le 30 octobre 13M), récompensa le zèle du pontife. Enfin, divers actes témoignent de l'intérêt que portait Benoît XII aux missions étrangères et aux chrétiens d'Orient. En 1338, il envoie des nonces et des lettres apostoliques au grand Khan des Tartares et à l'empereur de la Chine. L'année suivante, il reçoit de l'empereur grec Andronique une ambassade, restée célèbre par le mérite personnel du principal négociateur, le moine basilien Barlaam de Seminara. P. G., t. cli, col. 1 2 13 sq. Voir col. 407. Malgré les dispositions conciliantes de l'envoyé, cette démarche n'eut pas de résultat sérieux; le pape jugea, non sans fondement, que la réunion des Églises n'était qu'un prétexte, et que le but réel d'Andronique était d'obtenir des secours pour se défendre contre les Turcs. Raynaldi, op. cit., an. 1339, n. 19 sq., t. VI, p. 167 sq.; Hefele, Histoire des conciles, trad. Delarc, Paris, 1873, t. IX, p. 5i3 sq.
Sur le terrain politique, Benoît XII fit preuve de tendances conciliantes. Non seulement il ne renouvela pas l'anathème lancé par Jean XXII conlre Louis de Bavière, mais, dans le mois qui suivit son avènement, il fit faire à ce prince des propositions de paix. Par deux fois, au printemps de 1335 et à l'automne de 1336, des négociations s'ouvrirent; elles auraient abouti sans l'opposition formelle et même violente du roi de France, Philippe de Valois, secondé par les cardinaux qu'il tenait sous sa dépendance, et par les rois de Naples, de Bohême, de Hongrie et de Pologne. La polémique recommença, plus passionnée que jamais, entre les partisans du pape et ceux de Louis de Bavière. Bientôt de nouveaux obstacles surgirent, surtout quand les électeurs de l'empire, réunis à Rense, eurent déclaré, le 16 juillet 1338, que l'empereur tient ses droits à la couronne du seul fait de son élection ; c'était refuser au pape le droit de confirmation, sans distinguer suffisamment entre le royaume et l'empire. Excité par les franciscains schismatiques qui s'étaient réfugiés à sa cour, Louis serait même allé plus loin, le 8 août suivant, en proclamant dans la constitution Licet juris utriusque teslamenla, révoquée en doute par quelques-uns, que l'empereur ne pouvait pas être jugé par le pape, mais que le pape pouvait l'être par un concile œcuménique. Voir sur ces actes et les difficultés historiques qui s'y rattachent, .1. Ficker, Zur Geschichte des Kurvereins zu Rense, dans Sitzungsberichte der Wiener Akademie, 1853, p. 673 sq. ; ,1. Hergenrother, Kaiholische Kirche und christlicher Slaat, in-8°, Fribourg-en-Brisgau, 1872, p. '210 sq.; Hefele, op. cit., t. îx, p. 534 sq. Enfin tout espoir d'accommodement s'évanouit quand, malgré toutes les représentations du pape, l'empereur résolut de marier son fils aîné, Louis de Brandebourg, avec l'héritière de la Carinthie et du Tyrol, Marguerite Maultasch; il bravait ainsi les plus sévères lois de l'Église, car la princesse n'avait pas craint d'abandonner, pour cause d'impuissance prétendue, son mari, Jean-Henri de Bohème, et de plus il existait entre elle et le prince Louis un empêchement de parenté.
Le désir de la paix ne venait pas seulement chez Benoit XII de son caractère doux et conciliant; il se rattachait encore à deux grands desseins. Il aurait voulu secourir les saints lieux; mais il dut abandonner ce projet de croisade, quand éclata entre la France et l'Angleterre la funeste guerre dont l'avènement de Philippe de Valois fut le point de départ. L'autre dessein était de rétablir le trône apostolique au delà des monts. Dès le lendemain de son élection, Benoît avait donné des ordres pour faire restaurer, entre autres monuments, le palais de Latran et l'église de Saint-Pierre. Le 6 juillet 1335, il promit aux envoyés romains de retourner
dans leur ville. Au sortir d'une grave maladie, il se proposait enfin de donner à cette promesse un commencement d'exécution en transportant sa résidence à Bologne, quand les intrigues du roi de France, jointes à l'état de trouble où se trouvait l'Italie et aux dispositions malveillantes des Bolonais, le firent changer d'avis. En vain Pétrarque lui adressa-t-il cette célèbre épitre en vers latins où, sous les traits d'une antique matrone, Rome représentait éloquemment au pape son époux l'état d'humiliation et de misère où son abandon l'avait réduite. Benoit XII ne cessa pourtant pas de s'intéresser vivement à Rome et à l'Italie; il eut la consolation, à partir de 1339, de voir successivement revenir à l'obédience pontificale Vérone, Bologne, Milan et autres villes de Lombardie qui s'étaient ralliées à Louis de Bavière. Pour mieux assurer ce résultat et empêcher de plus graves désordres, il transmit alors une sorte de vicariat de l'empire aux chefs des plus puissantes familles de la haute Italie. Liber ponlificalis, édit. Duchesne, Paris, 1892, t. il, p. 486.
Le nom de Benoit XII reste attaché au palais des papes d'Avignon. Quand il eut renoncé définitivement à quitter cette ville, il jeta, en 1339, sur le rocher de Notre-Dame-des-Dons les fondements de ce monument grandiose, et fit appel, pour le construire, aux meilleurs ouvriers d'Italie. Le célèbre peintre Simon Martini, de Sienne, exécuta dans le nouveau palais les fresques qui représentent l'histoire des martyrs. Voir F. Ehrle, S. J., Historia bibliothecae romanorum pontificum tum bonifatianee tum avenionensis, in-4°, Rome, 1890, t. I, p. 587 sq. Fidèle aux traditions de ses prédécesseurs, le troisième pape d'Avignon ne favorisa pas moins les belles-lettres que les beaux-arts; il encouragea les littérateurs et les savants, et développa la bibliothèque des papes. Ibid., p. 182, 56i, 602 sq. On a vu plus haut combien il avait à cœur le progrés des études sacrées et en quelle estime il tenait les universités; celle de Grenoble lui doit son institution. H. Uenifle, Die Universitàlen des Miltelalters bis 4400, in-8°, Berlin, 1885, t. i, p. 365.
Benoit XII mourut le 25 avril 1341, laissant « la mémoire d'un homme savant, juste et modéré ». S. Berger, Encyclopédie des sciences religieuses, in-8°, Paris, 1877, t. il, p. 187. Sa dépendance à l'égard du roi de France ne lui laissa pas toujours, il est vrai, toute sa liberté d'action; mais, quand les sollicitations des cardinaux et des princes séculiers lui paraissaient contraires à la justice, son amour du devoir le rendait inllexible : Iste vero non timebat quemquam, quando jus et justitia non servaretur ubique per universum. Liber ponlificalis, loc. cit. Malgré sa vie notoirement irréprochable et la vénération qui s'est attachée au souvenir de ce digne pontife, la calomnie n'a pas épargné Benoit XII; mais il suffit de remarquer, avec un auteur protestant, quels ont été ses accusateurs : des franciscains schismatiques et des partisans de Louis de Bavière, des moines et des clercs mécontents des mesures réformatrices du pape cistercien, des patriotes italiens qui haïssaient en lui l'étranger. A de telles voix on peut opposer sans crainte le véritable témoignage de l'histoire. Voir Gregorovius, Geschichte der Stadt Rom im Mittelalter, in-8°, Stuttgart, 1867, t. vi, p. 223; Baluze, Vitse paparum avenionensium, Paris, 1693, t. i, notes, p. 825, 829.
I. Œuvres. — i° Théologie. — Dicta et responsiones fratris Jacobi Ut. S. Priscse presb. card. ad articulos datas per dom. Johannem XXII ex dictis fr. Ekardi, mag. Guillelmi de Ocham, fr. Pétri Johannis [Olivi], abbatis Joachim super Apocalypsin et mag. Michaelis de Sezena, cf. Ehrle, op. cit., p. 316, 499, et pour extraits, Eymeric, Directorium inquisitorum, part. II, q. xvn, Rome, 1585, p. 313 sq.; De statu atrimarum ante générale judicium, ouvrage divisé en six traités et dont il sera question plus loin, Biblioth. Vatic, ras. lat. 4006, fol. 1G-218, extraits dans Raynaldi, op. cit., an. 1335, n. 9 sq. ; an. 1336, n. 4 sq., t. vi, p. 27 sq., 53 sq. ; Qusestiones undecim ejusdern
BENOIT XII
argument!, étude relative h un opuscule de Durand dont il sera également question, Biblioth. Vatïc, ibid., fol. 225'-306, extraits dans Baynaldi, op. cit., an. 1333, n. 59 sq., t. v, p. 575 sq. — 2 Écriture sainte. — Postule super Matthseum, vaste commentaire divisé en cent trente-deux traités et formant 4 in-fol., conservés à la bibliothèque de Troycs, ms. 549. — 3° Droit canonique. — Extravagantium et Constitutionum t<i>ri iluo, in 4% Paris, 1517; Hegesta litterarum, collection inédite, Ehrle, op. cit., p. 434 sq. Toutefois, M. G. Daumet a donné un premier fascicule de ces lettres dans la série intitulée : Lettres des )>apes d'Avignon se rapportant à la France, publiées ou analysées d'après les Registres du Vatican par les anciens membres de l'École française de Rome, n. 2 : Benoit XII (1334-13'i2). Lettres closes, patentes et curiales, Paris, 1809. De même, dans les Lettres connu unes des papes tl'Ai'ignon, M. l'abbé Vidal a publié un fascicule relatif à Benoit Xlf, sous ce titre : Benoit XII (1334- 1342). Lettres communes analysées, in-4% Paris, 1902. — 4* Œuvres diverses. — Sermones fratris Jacobi, lit. S" Priscse,presb. card., papse Benedicti XII, Biblioth. Vat., ms. latin, 4006J Vita S. Joannis GualUerti, Florentini , ordinis Vallis Umbrosx fundatoris, dans les Vies des saints de Surius.au 12 juillet, mais il y a des doutes sur l'authenticité de cet ouvrage, Acta sanctorum, julii t. m, Anvers, 1723, p. 315; Sententiœ varise ; Carmina quœdam prophetica. Cf. C. de Visch, Bibliotheca scripturum sacri ordinis cisterciensis, 2" édit., in-8°, Cologne, 1056, p. 35 sq.; C. Oudin, Commenlarius de scriptoribus ecclesiusticis, in-fol., Leipzig, 1722, t. m, col. 891 sq. En dehors des constitutions imprimées dans le Bullarium romanum, on trouve un grand nombre de documents dans Raynaldi, op. cit., et dans Wadding, Annales minorum, in-fol., Lyon, 1636, t. ut, p. 424 sq., puis p. 241 sq. du Hcgestum pontificium placé à la fin de ce même volume.
II. Sources et documents biographiques. — E. Baluze, Vite paparum "t>CT?iO(?eMsi!<»j,Paris,1693,t.i,p. 197sq.,769sq., huit Vies de Benoit XII, dont les sept premières se retrouvent dans l'ouvrage suivant; Muratori, Berum italicarum scriptores, Milan, 1734, t. m b, p. 527 sq. ; Raynaldi, op. cit., t. VI, p. 21 sq. ; J. F. Boehmer, Begesta imperii... Additamentum primum, Stuttgart, 1849, p. 225 sq. ; Vatikanischen Akten zur deutschen Gescliichte in der Zeit Kaiser Ludwigs des Buyern, in-4", Inspruck, 1891, p. 577 sq. ; J. Villani, Historié Florentine, 1. XI, c. xxi, dans Muratori, ibid., Milan, 1728, t. xm, p. 706; Henri de Herford, Liber de rébus memorabilioribus, édit. Potthast, in-4", Gœttingue, 1859, p. xxil, 256 sq. ; Mathias de Neubourg, Cruuica, dans Foules rcruin germatiicarum, édit. J. F. Boehmer, Stuttgart, 1808, t. IV, p. 205 sq. ; Henri de Diessenhofen, Historia ecclesiastica, ibid., p. 21 sq. ; Henri de Rebdorf, Annales imperatorum et paparum, 129'i-i362, ibid., p. 557. Pour la critique de ces sources, cf. Forschung n zur deutschen Geschichte , in-8", Gœttingue, 1872, 1878, 1879, t. xti, p. 235 sq., 656 sq.; t. XVIII, p. 169; t. XIX, p. 497 sq.
III. Biographies et études postérieures. — Dom Ménard, Observations sur le Ménaloge bénédictin, in-8°, Paris, 1629, p. 546; F. Duchesne, Histoire de tous les cardinaux français de naissance, in-fol., Paris, 1000, t. i, p. 473 sq. ; G. Berthier, Histoire de l'Église gallicane, 1, XXXVIII, Paris, 1745, t. XIII, p. 224 sq. ; abbé J.-B. Christophe, Histoire de la papauté pendant le xiv siècle, in-8% Paris, 1853, t. n, p. 35 sq. ; F. Gregorovius, op. cit., t. vi, p. 194 sq. ; C. Mûller, Der Kampf Ludwigs des Baiern mit der rômisclœn Curie, in-8% Tubingue, 1879 sq., t. u; L. Pastor, Histoire des papes depuis la fin du moyen âge, trad. par Furcy Raynaud, in-8«, Paris, 1888, t. i, p. 97 sq.