C. Toussaint
BOIRE AU Jacques, jésuite français, né à Confolens (Charente) en 1608, admis au noviciat en 1625, mort en 1677. 11 a laissé trois ouvrages de controverse avec les protestants : La vie de S. Clair... dans laquelle sont traitez les principaux points de controverse entre ceux de l'Eglise romaine et ceux de la religion prétendue réformée, Paris, 1656; Le vieillard noyé ou Response à un presche imprimé par le sieur Majendie ministre de S. Gladie et intitulé l'enfant flottant, Pau, 1662; La conformité de l'Eglise romaine d'aujourd'hui avec l'Église ancienne, prouvée par le 8e chapitre du 22» livre de la Cité de Dieu, Bordeaux, 1667.
Sommervogel, Bibliothèque de la C" de Jésus, t. i, col. 1G00.
H. Dl.TOlUjl'ET.
BOISGELIN (Jean de Dieu-Raymond de Cucé de), cardinal, l'un des prélats de France les plus connus de la lin du XYIII" siècle et l'un des principaux défenseurs de l'Église dans la crise révolutionnaire. Né à Rennes le 27 février 1732, il mourut le 22 août 1804 à Angervilliers (Seine-et-Oise). Cadet d'une famille bretonne de très ancienne noblesse, il fut, selon l'usage, destiné à l'Église et dut à sa naissance une carrière brillante que justifièrent d'ailleurs ses talents. D'abord vicaire général de Pontoise, il fut nommé évèque de Lavaur en 1765, et en 1770 archevêque d'Aix. 11 occupa jusqu'en 1791 ce poste qui faisait de lui le président des Étals de Provence et le premier personnage de sa province. 11 passait alors pour l'un des prélats les plus éclairés et l'un des meilleurs orateurs du clergé de France. On le voit figurer aux assemblées du clergé et à l'Assemblée des notables de 1787. C'est lui qui prononce en 1765 l'oraison funèbre du Dauphin, fils de Louis XV (non imprimée), en 1766 celle de Stanislas Leczinski, roi de Pologne, in-8", en 1769 celle la Dauphine, Marie-Josèphe de Saxe, in-4" ; enfin c'est lui qui fait le discours officiel au sacre de Louis XVI, à Reims, le 11 juin 1775 : il est applaudi, contrairement à tous les usages. En 1776 il est élu membre de l'Académie.
Survient la Révolution. Le roi a convoqué les États généraux (août 1788). Parmi les évêques, les uns, sinon plus perspicaces, du moins plus timides, craignent pour l'Église et pour l'État l'ébranlement que cette convocation va produire; les autres, au contraire, sont heureux. M. de Boisgelin est de ces derniers. Il est, on effet, lies libéral : il a écrit sur l'Esprit des lois un commentaire où il dépasse Montesquieu par l'audace de ses
théories. 11 attend des États une rénovation politique et sociale : la religion même \ gagnera, à la condition que « le clergé ne se sépare point de la nation... La religion sera le premier intérêt du peuple, quand l'intérêt du
BOrSGELIN — BOLGENI
peuple sera la loi des ministres de la religion ». Discours au clergé d'Aix, janvier 1789.
Le clergé d'Aix choisit son archevêque pour le reprétenter. A peine les États sont-ils réunis (5 mai 1789), que la question de l'existence des ordres se pose à propos de la vérification des pouvoirs. Si libéral qu'il soit, M.deBoisgelin craintles réformes fondamentales précipitées : il s'oppose à une fusion que réclament les curés, c'est-à-dire la très grande majorité des représentants du clergé et quelques prélats comme l'archevêque de Bordeaux, de Cicé. Mais la fusion des ordres s'opère finalement le 27 juin 1789. Les évëques, déjà séparés des curés rattachés au tiers par tant de liens, ne forment plus qu'un petit groupe dans la nombreuse Assemblée; M. de Boisgelin en est le guide, souvent le porte-parole. Il ne vaut à la tribune ni l'abbé Maury, ni l'abbé de Montesquiou; son éloquence a moins de force que de grâce; mais il sait en toutes circonstances « montrer la foi, le courage qui font les évèques, le coup d'oeil, l'esprit de décision qui tont les hommes d'Etat». Sicard, L'ancien clergé de France, part. II : Les évêques pendant la Révolution, c. il, p. 154. Il ne laisse passer sans protester aucune des atteintes portées par la Constituante aux droits du clergé. Sa vigueur à défendre ces droits n'a d'égale que son esprit de conciliation. L'Assemblée reconnaît cette modération en le chargeant de répondre en son nom à une adresse des Amis de la Révolution de Londres et en l'élevant à la présidence (25 novembre- 5 décembre).
M. de Boisgelin parle donc contre la suppression sans rachat des dîmes (Il août 1789), contre la confiscation des biens ecclésiastiques proposée par Talleyrand le 10 octobre 1789 et votée par l'Assemblée le 2 novembre. Mais en même temps qu'il défend le droit de propriété du clergé, il propose, se rendant compte de la détresse de l'État, d'emprunter les 400 millions nécessaires à l'État en donnant hypothèque sur les biens du clergé, ou d'organiser une banque « dont le fonds social, gagé sur le patrimoine de l'Église, doit couvrir le déficit ». Discours du 31 octobre 1180 et du 12 avril 1100. Il n'est pas écouté. Son intervention sert du moins à prouver quel esprit anime la Constituante.
Le 24 mai 1790, Treilhard, au nom du comité ecclésiastique, présente son rapport sur la Constitution civile du clergé. La loi est votée le 12 juillet et sanctionnée par Louis XVI, le 24 août. Cette Constitution n'eut pas d'adversaire plus résolu que M. de Boisgelin. Il rédigea cotte Exposition des principes sur la Constitution du clergé, qui parut le 30 octobre, signée de trente évêques députés, à laquelle adhérèrent tous les autres évêques de France sauf quatre, et qui, dans le long silence de Rome, fixa la foi des prêtres et des fidèles. On vit l'effet de cette Exposition doctrinale quand, le 27 novembre 1790, un décret de la Constituante imposa à « tous les ecclésiastiques fonctionnaires publics » le « serment constitutionnel ».
Mais, suivant son habituelle modération, en même temps qu'il défend les principes avec vigueur, M. de Boisgelin cherche un terrain de conciliation. Ce qu'il condamne plus que tout dans la Constitution c'est qu'elle est l'œuvre du seul pouvoir civil. Au début, il demande, un concile national qui s'entendra avec l'Assemblée, et, même la loi votée, il renouvelle cette proposition. Puis quand Rome a parlé (10 mars et 13 avril 1791), que tout espoir de faire reviser la loi est perdu, il s'entend avec les autres évêques pour adresser au pape la lettre du 3 mai 1791, où tous lui demandent discrètement de sanctionner l'ensemble de la Constitution, légèrement modifiée, et, pour faciliter les choses, lui offrent leur démission. M. de Boisgelin insiste plus clairement dans des lettres particulières. Le pape repousse cet arrangement et M. de Boisgelin, qui a naturellement refusé le serment (4 janvier 1791], voit à la fin de l'Assemblée constituante
son siège occupé par un intrus. A ce moment, il ne demande plus que la liberté des cultes. Mais déjà la persécution s'élève : il émigré en Angleterre.
Il rentre en France après la signature du Concordat, quand il a donné sa démission d'archevêque d'Aix au pape qui la lui demande (août 1801). Avec quatre autres d'entre les dix-huit prélats réfugiés en Angleterre, il a résisté aux sollicitations des Bourbons qui veulent empêcher l'exécution du Concordat et entraver ainsi la marche de Bonaparte vers le pouvoir. Fn 1802, il est nommé archevêque de Tours. Il prononce à Notre-Dame de Paris, le jour de la restauration officielle du culte, 28 germinal an X, 18 avril 1802, le discours de circonstance, publié sous ce titre : Discours à la cérémonie de la prestation du serment des archevêques et évêques, in-8°. En 1803, M. de Boisgelin fut nommé membre du Sénat conservateur. Il meurt l'année suivante.
En dehors des discours et oraisons funèbres indiqués, du commentaire sur Montesquieu laissé en manuscrit par M. de Boisgelin, on a de lui : 1° des œuvres profanes : Le temple de Gnide, poème imité de Montesquieu, in-8°, Philadelphie (Paris), 1782; Recueil de poésies diverses, in-8°, Philadelphie (Paris), 1783; Traduction des Héroides d'Ovide, in-8", Philadelphie (Paris), 1786. Ces publications l'ont fait comprendre dans le Dictionnaire des athées de Sylvain Maréchal. Rien n'est plus injuste. Ces œuvres ne devaient être tirées qu'à très peu d'exemplaires destinés à des amis. Elles étaient si peu connues, que le successeur de M. de Boisgelin à l'Académie, Dureau de Lamalle, n'en parle pas; 2° Considérations sur la paix publique, adressées aux chefs de la Révolution, in-8°, Paris, 1791 ;3° Le Psalmiste, traduction des Psaumes en vers français, précédée d'une dissertation sur la poésie sacrée, in-8°, Londres, 1799, ouvrage qu'il publia pour venir au secours de quelques familles d'émigrés. On a réuni ses Œuvres, in-S°, Paris, 1818.
M. de Bausset, Notice historique sur M. de Boisgelin, in-12, Paris, 1804; Sicard, L'ancien clergé de France, 3 in-8% Paris, 1894-1903; Sciout, Histoire de la Constitution civile du clergé, 4 in-8", Paris, 1872-1881 ; 2' édit., 18S7.