VI. ÉCRITS APOCRYPUES OU DOUTEUX. — 1° Écrits
exegétiques. — 1. Expositio Threnorum, t. vu, p. 610- 652. L'auteur est probablement Jean Peckham, disciple de saint Bonaventure. Cf. t. vu, p. xi sq. — 2. Expositio orationis dominiese, t. vu, p. 652-655. L'ouvrage qui est emprunté en grande partie à un livre du pape Innocent III, De sacro altaris muslerio,c. xvi-xx, et à la Glossa ordinaria, Mat th., vi, 8, plus probablement n'est pas de saint Bonaventure. Cf. t. vu, p. xv sq.
2° Ecrits mystiques. — 1. Spéculum disciplinas, t. vm, p. 583-622. Cet ouvrage a été attribué à plusieurs auteurs. Il a probablement été composé par Bernard de Bessa sur l'ordre de saint Bonaventure. Cf. t. vm, p. xcv sq.; t. x, p. 19. — 2. Spéculum conscienti.v, t. VIII, p. 623-645. Cet écrit intitulé aussi : De arbore mala; De arbore vitiorum ; Arbor cupiditalis ou iniquitatis; Spéculum animas, ne serait pas indigne de Bonaventure. Cependant on manque d'arguments soit intrinsèques soit extrinsèques en faveur de son authenticité. Cf. t. vm, p. xcvm sq. — 3. Summa de gradibus virtutum, t. vm. p. 646-654. Oudin et les éditeurs de Venise considèrent cet ouvrage comme ridicule. Ils se fondent sur des parties interpolées. Cependant même sous la forme originale, l'authenticité est très douteuse. Cf. t. vm, p. xcix sq. — 4. Collatio de contempla sseculi, t. vm, p. 655-657. C'est plutôt un fragment d'un auteur inconnu. Cf. t. VIII, p. ci; t. x, p. 19 sq. — 5. Compendium de virlute humilitatis, t. vin, p. 658-662. Il est probablement composé d'extraits des écrits de saint Bonaventure. Cf. t. vm, p. en. — (i. Epistola ad quentdam novitium, t. vm, p. 663-666. Elle est probablement de Bernard de Bessa. Cf. t. VIII, p. cm. — 7. Rhyllimica, t. vm, p. 667-678. Sous ce titre on trouve dans la nouvelle édition cinq hymnes (carmina) dont l'authenticité est difficile à établir. Cf. t. vm, p. cm sq. Ces hymnes sont : Latidismus de S. Cruce; l'Itilomcna; De septem verbis Domini in cruce; Planctus de passione Domini ; Corona li. M. Virginis. — 8. Ars pnvdicandi, t. ix, p. 1-21. L'ouvrage, dont les lacunes ont été signalées dans la dernière édition, est attribué à saint Bonaventure par Bonelli el Sbaralea. Cependant les arguments en laveur de l'authenticité ne sont pas convaincants. Cf. t. ix, p. 7.
III. Doctrine. — La doctrine de saint Bonaventure a mérité les plus grands éloges non seulement des savants mais encore des souverains pontifes. Le célèbre Gerson n'hésite pas à lui donner la préférence sur les autres. « Si on me demande, dit-il, à quel docteur il convient de donner la préférence, je réponds : au maître llonaveiituiv. n La raison qu'il allègue C'est « que dans mii enseignement il est solide, BÛr, pieux, juste et ,1
et qu'il évite toute curiosité [u'il s'efforce de faire
servir l'illumination île l'intelligence à la piété et à la dévotion du cœur ». Gerson, De examinatione dochi-
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narum, dans Opéra omnia, Paris, 1606, t. i, p. 553. Le même auteur regrette que la doctrine de Bonaventure ait été abandonnée « par les scolastiques sans pitié dont le nombre, hélas! est trop grand, bien que pour des théologiens nulle doctrine ne soit plus sublime, plus divine, plus salutaire et plus suave ». Loc. cit. Au témoignage de Sixte IV, Bonaventure a écrit des choses divines, de telle sorte que l'Esprit-Saint semble avoir parlé par sa bouche. Ea namque de divinis rébus scripsit, ut in eo Spiritus Sanctus loquutus videatur. Bulle Superna cselestis patria, § 3.
Le jugement de Sixte-Quint est plus explicite. « Il a laissé à la postérité, dit ce pape, des monuments de son esprit vraiment divin, où des questions très difficiles et enveloppées de beaucoup d'obscurité sont exposées avec une grande abondance d'arguments excellents, avec ordre et méthode, avec clarté et lucidité; des monuments où la vérité de la foi catholique brille avec éclat, où les pernicieuses erreurs et les profanes hérésies sont terrassées, et les esprits des pieux fidèles sont merveilleusement enflammés et de l'amour de Dieu et du désir de la céleste patrie. En effet, ce qu'il y a de remarquable et de particulier en saint Bonaventure, c'est que non seulement il brillait par la subtilité de la discussion, la facilité dans l'enseignement, la sagacité dans les définitions, mais qu'il excellait à toucher les âmes avec une vertu toute divine. Dans ses écrits il joint à un immense savoir l'ardeur d'une piété non moins grande, et ainsi en instruisant son lecteur il l'émeut, il pénètre ■dans les replis les plus profonds de son âme, il transperce son cœur d'aiguillons séraphiques et le remplit d'une douceur merveilleuse de dévotion. » Bulle Triumphanlis Ilierusalem, § 3.
Après ces témoignages nous croyons superflu de rapporter les autres qui sont cités par Bonelli, Prodromus, Bassano, 1767, p. 83-111, et dans la nouvelle édition des œuvres de saint Bonaventure, t. x, p. 34-37. |"?WïLfl.iC2'£ii.E's de sa doctrine. — 1° Le caractère fondamental de la doctrine bonaventurienne est qu'elle est traditionnelle.
« Mon intention n'est pas, dit-il, de contredire les opinions nouvelles, mais de reproduire les plus communes et les plus autorisées. » Non enim intendo novets opiniones adversare, sed communes et approbatas retexere. In IV Sent., 1. II, pra'loc. Ni ce respect pour la tradition et l'opinion commune, qu'il exprime d'ailleurs en plusieurs passages, ni l'autorité spéciale qu'il reconnaît à Alexandre de Halès, n'empêchent saint Bonaventure de suivre généralement les thèses de saint Augustin. En effet, jusqu'à son époque l'autorité du docteur d'Hippone avait été considérée comme suprême tant pour les questions philosophiques que pour les questions théologiques.
Une nouvelle tendance cependant venait de se manifester. L'inlluence de la philosophie aristotélicienne se faisait sentir de plus en plus. Déjà Alexandre de Halès avait pris uneautreattitude que ses devanciers vis-à-vis des ouvrages du Stagirite, en invoquant assez fréquemment ses écrits, voir Alexandre de Halès, t. i, col. 779; mais tandis qu'Alexandre ne les invoque le plus souvent qu'en passant et pour confirmer des doctrines établies par ailleurs, tandis qu'il ne les applique pas aux questions théologiques, Albert le Grand et Thomas d'Aquin allaient plus loin. C'est surtout dans les écrits de saint Thomas qu'on voit l'application de la philosophie péripatéticienne. Les théories nouvelles ne manquaient pas de provoquer des discussions. Cf. De Wulf, Histoire de philosophie médiévale, Louvain, 1900, p. 301 sq. Parmi les adversaires on trouve JeanPeckham et plusieurs disciples de saint Bonaventure.
Quant à Bonaventure lui-même, appelé au généralat de son ordre en 1257, c'est-à-dire avant l'époque de ces controverses, il délendit toujours les thèses augusti-
niennes des raisons séminales, de la pluralité des formes substantielles et autres, sans qu'aucun témoignage nous autorise à croire qu'il ait été en opposition directe avec saint Thomas. Cependant il semble qu'il se montrait moins favorable à la nouvelle tendance. En effet, après avoir appelé Aristote excellenliorem inter philosophos, In IV Sent., 1. II, dist. I, p. i, a. 1, q. n, il lui reproche plusieurs erreurs dans son dernier ouvrage, à savoir dans les Collationes in Hexaemeron, coll. vi, vu. Notons que saint Bonaventure ne donnait pas la préférence aux thèses augustiniennes, par l'unique motif qu'elles étaient accréditées dans les écoles. Il considérait Augustin comme le docteur le plus excellent. « Parmi les philosophes, dit-il, Platon a reçu le langage de la sagesse, Aristote celui de la science. Le premier considérait principalement les raisons supérieures, le second les inférieures. Mais le langage de la sagesse aussi bien que celui de la science, ont été donnés par l'Esprit-Saint à saint Augustin comme au principal commentateur de toute l'Ecriture. » S^rmo de Christo uno omnium magistro, Opéra omnia, t. v, p. 572. Bonaventure se sentait plus incliné vers la synthèse d'Augustin que vers l'analyse d'Aristote par le caractère propre de son esprit et une sorte de parenté intellectuelle avec le docteur d'Hippone. On reconnaît en effet, en saint Bonaventure, les principaux traits caractéristiques d'Augustin. « Il en a la prodigieuse facilité, les superbes envolées, la poésie débordante, la sublime et communicative éloquence. Comme lui, il aime à habiter les hautes cimes, comme lui il s'essaie à regarder le soleil divin en l'ace. » Évangéliste de Saint-Béat, Le séraphin de l'école, Paris, 1900, p. 39.
Quoique Bonaventure montrât le respect le plus grand pour l'autorité des théologiens antérieurs, surtout pour celle d'Alexandre de Halès, de Pierre Lombard et d'Augustin, il ne suivait servilement aucun d'eux. Il ne voulait pas porter préjudice à la vérité pour l'amour d'un homme. Ne amore hominis veritati fiât prœjudicium. Opéra omnia, t. il, p. 1016. C'est pour cette raison qu'il réprouva d'abord huit thèses du Maître des Sentences, loc. cit., p. 2, 1016, et plus tard, le nombre des thèses rejetées s'éleva jusqu'à quinze. Cf. Denille, Chartular., Paris, 1889, t. i, p. 221, note. Aussi il avertit ses lecteurs de ne pas admettre comme certaine la tradition, si elle est douteuse, nam ita falsum dicit qui certum proponit ut dubium, sicut qui dubium asserit ut certum. In IV Sent., 1. II, dist. XXX, q. I, ad lum. Bonaventure, en réalité, savait juger par soimême. Il examine les autorités, il pèse les raisons d'un sentiment et il ne l'embrasse pas, s'il n'est appuyé sur un fondement solide. Aussi c'est l'humilité seule qui a pu l'autoriser à se dire un simple et chétif compilateur, fateor quod suni pauper et tenuis compilator. In IV Sent., 1. II, praeloc, n. 2.
Le motif pour lequel il s 'attachait à l'opinion commune était d'éviter l'erreur avec plus de sûreté. Communi sententiœ pro viribus meis in omnibus prsecedentibus libris adhsesi, tanquam vise securiori, et sicut scio et possum, mihi et aliis consimilibus, parum intelligentibus, persuadeo adhserendum. In IV Sent., 1. III, à la fin, Opéra, t. m, p. 8C6. Il cherchait à enseigner une doctrine solide, évitant toute question inutile ou curieuse. Aussi il ne se prononce pasdans les questions douteuses. « Dans les questions douteuses et difficiles, dit-il, où je ne pouvais pas découvrir quelle était la voie commune parce qu'il y avait désaccord entre les savants, j'en ai soutenu une comme plus probable sans pour cela réprouver l'autre. Dans les questions douteuses il suffit de savoir ce qu'ont pensé les maîtres et il n'y a aucune utilité à favoriser les disputes. » Loc. cit.
Aussi Bonaventure n'avait pas l'esprit de contradiction. Dans ses livres on ne trouve aucune trace d'arrogance ou de prétention. Il procède toujours avec calme, mo-
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deslic et modération. Sa doctrine a un caractère extrêmement pacifique et conciliateur. Avec une sagesse et un art admirable il arrive souvent à concilier les théories des maîtres, mém'e celles qui, à première vue ou considérées superficiellement, semblent absolument contraires. S'il ne peut pas concilier parfaitement deux opinions, tout en gardant un juste milieu, il cherche la part de vérité qui peut être renfermée dans l'une et dans l'autre et il donne un sens juste aux expressions inexactes. Il ne peut croire, en effet, que les grands chercheurs de la vérité aient émis sans raisons leurs plus célèbres théories. A son avis, ce qui se présente avec une apparence de fausseté, est souvent reconnu vrai quand on remonte à l'intention de celui qui a parlé. Cf. Opéra omnia, t. I, p. lxiii.
Saint Bonaventure avait donc toujours le respect le le plus grand pour les sentiments d'autrui. On ne peut que louer cette condescendance d'un si illustre génie. Aussi ces qualités de modestie, de modération, de douceur et cet esprit de paix et de concorde dans la recherche de la vérité nous tont facilement concevoir que le but suprême de ses investigations n'était autre que Dieu. Pour lui, la fin de toute science est l'union de l'âme avec Dieu, une union qui s'ell'ectue par l'amour, terme unique de toute l'Écriture sainte. Cf. De reductione artium ad iheologiam, n. 26. 11 considère la théologie comme une science principalement affective, quia pour terme de nous rendre meilleurs et de nous conduire à l'amour. Cf. //( IV Sent.,l. I, pi'oœm., q. m, in corp. etadlum. C'est pourquoi nous comprenons aisément que de toutes les facultés de l'âme il développe surtout le rôle de la volonté, laquelle il considère comme la puissance la plus noble, Voluntas est nobilissimum et su prémuni substantif rationalis, In IV Sent., I. III, dist. XVII, p. i, q. v, ad3"lD, et qu'il s'attache de préférence aux opinions qui favorisent davantage la piété, ou qui lui paraissent donner une plus haute idée de Dieu et de ses perfections et qui dévoilent la vanité et le néant des créatures.
C'est ainsi, par exemple, qu'il enseigne que la béatitude formelle consiste non seulement dans l'acte de l'intelligence, mais surtout dans l'acte de la volonté. Lorsqu'il admet que le motif principal de l'incarnation est la rédemption du genre humain, c'est en vue de favoriser la piété. Cf. In IV Sent., LUI, dist. III, p. i, a. 1, q. II. A ses yeux, Dieu seul est immatériel, et il ne veut pas accorder ce privilège aux anges. Cf. In 1 V Sent., 1. II, dist. III, p. i, a. 1, q. i; Coll. in llexaem., collât, iv. Il n'admet pas la possibilité' d'un monde éternel pour ne pas accordera une créature une perfection qui ne convient qu'au créateur, cf. In IV Sent., 1. II, dist. I,p. I, a. 1 , q. i, ad 5um, et il n'ose pas se prononcer en faveur de l'immaculée conception, alors qu'il y était porté par sa tendre dévotion envers lasainte Vierge, parcrainte mal fond e de diminuer les excellences du Fils en exagérant celles de la Mère. In IV Sent., 1. III, dist. III, p. I, a. 1 , q. n
Les caractères spéciaux de saint Bonaventure et de sa doctrine, quoiqu'ils ne rendent pas ses écrits infaillibles, suffisent cependant en général à leur assurer une grande solidité et sûreté. D'autre part, ils manifestent sa sainteté et ses vertus; ils démontrent que le saint docteur était pénétré de l'esprit vraiment franciscain et qu'en tout il n'a eu il .mire guide que son père séraphique. Sans indiquer en détail tout ce qu'il tient de saint Françoi disons cependanl qu'il doit à ses conseils et à son exemple la concision du style, l'humble soumission à l'autorité, la vénération des théologiens, le respect pour les opinions d'autrui et son tempérament pacifique. Cf. i angéliste de Saint-Béat, Le séraphin de l'école, p. 95-106. Toutefois il a imité sain) François surtoul par la contemplation de la beauté suprême el son amour de Dieu, don mie lui, il poursuivait son bien-aimé partout où i! trouvait imprimée une trace de sa pré ence, el chaque créature lui Bervail comme d'un d< ré nouveau pour
arriver à la possession du bien infini, et souverainement désirable. Personne mieux que lui n'a exprimé l'exclamation ordinaire de François d'Assise : Deus meus el omnia! « Mon Dieu et mon tout! » Personne ne l'a répétée avec plus d'amour. Personne aussi n'a mérité plus que lui le surnom de séraphique.
//. objet. — L'objet de la doctrine de saint Bonaventure embrasse la scolastique dans toute son étendue. Il ne comprend pas seulement la théologie spéculative, la mystique et l'exégèse, il comprend aussi la philosophie. Les principaux points de doctrine qu'il enseigna sur les diverses questions de ces sciences seront indiqués dans les articles spéciaux de ce dictionnaire. Aussi nous croyons inutile de parler de sa théologie spéculative et de son exégèse, après ce que nous avons dit de ses œuvres et des caractères généraux de sa doctrine. Nous nous bornerons donc à quelques considérations sur sa philosophie et sa mystique.
1° Philosophie. — Le nom de Bonaventure, un des plus illustres parmi les philosophes chrétiens du moyen âge, est tombé dans l'oubli durant les siècles suivants. On a considéré le saint docteur plutôt comme un mystique dédaignant la science. En effet, à prendre à la lettre quelques-unes de ses expressions, telles que celleci : Descendere ad philosophiam est maximum periculum, Collât., xix, in Hexaem., n. 12, on pourrait croire qu'il est l'adversaire de la philosophie. Cependant ce serait une erreur de le penser. Saint Bonaventure blâmait, il est vrai, l'usage immodéré, que quelques docteurs de son temps faisaient de la philosophie; il ne permettait pas d'exagérer le rôle de cette science. Pour lui, la philosophie par elle-même suffit pour faire parvenir à la connaissance de quelques vérités, qusedam sunt quse non pri us creduntur quam intelligantur, sicut sunt antecedentia ad fidem, et ea quee sunt de du lamine juris naturalis sicut Deum e*se, etc., In 1 V Sent., 1. III, dist. XXV, dub. m, mais elle ne peut pas connaître ton tes les vérités sans une illumination plus haute. Ainsi elle ne peut pas parses seules lumières connaître parfaitement le créateur. Cernere ipsum divinum esse et ipsam Dei unitatem et qualiter illaunitas none.ccludal personarum pluralitatem, nonpotest, nisi per justiliam /ideiemundelur. lnIVSent.,].U\,dis\.. XXVI, a. 2, q. m. La philosophie doit être subordonnée à la théologie, theologia substernens sibi philosophicam cognitionem. Breviloquiuru, prolog., § 3. La philosophie indépendante mène nécessairement à l'erreur. Necesseest pliilosophantem inaliquem errorem labi, nisi adjuvetur per radium fidei. In 1 V Sent., 1. II, dist. XVIII, a. 2, q. i, ad 6um. Mais ces restrictions mises à part, saint Bonaventure parle en termes élogieux de cette science. Cf. Itinerarium mentis in Deum, cm. Il la défendmême contre ses adversaires, parce qu'elle est un précieux auxiliaire de la foi. Il suffit pour s'en convaicre de lire YEpislola de tribus quxslionibus, n. 12, Opéra omnia, t. vin, p. 335, où il dit, par exemple : Si verba philosophorum aliquando plus valent ad confutationeni errorum, non deviat a purilate aliquando in liis Studere. Aussi dans ses écrits Bonaventure se montre versé dans toutes les questions philosophiques. Il n'écrivit, il est vrai, aucun ouvrage directement philosophique, mais dans ses oeuvres théologiques, il fait une très large part à l'étude des problèmes de la philosophie. Les tables des sentences philosophiques ajoutées, dans la nouvelle édition, à celle des quatre livres des Sentences, Indice* in libros Sent.,}}. Î05-502, en sont la preuve évidente,
Les livres qui font le mieux connaître la philosophie de saint Bonaventure sont VItinerarium mentis m Deum e| le commentaire sur les Sentences qui « contient une (les plus excellentes lleoilieees qu'ail produites jusqu'ici l'alliance de la foi el (le la raison », A. de \l irgertC,
Essai su»1 /*' philosophie de saint Bonaventure, Paris,
1S5Ô, p. 118, et qui même « peut fournir à lui nul un
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cours de philosophie des plus considérables ». Évangéliste de Saint-Béat, Le séraphin de l'école, Paris, 1900, p. 57.
Conformément à ses principes, saint Bonaventure, dans les questions philosophiques, s'attache de préférence aux opinions généralement admises. Son système philosophique, comme celui qui de son temps était accrédité dans les écoles, peut être appelé à bon droit un péripatétisme nuancé d'augustinisme. C'est en [vain qu'on a voulu taire de saint Bonaventure un disciple de Platon. Nous ne pouvons, il est vrai, nier tout point de contact entre lui et ce philosophe. « Comme Platon, il se distingue par l'élévation, la variété, l'ingéniosité des vues, l'enthousiasme et le libre essor de l'âme, » Évangéliste de Saint-Béat, Le séraphin de V école, p. 35; mais quand il s'agit de la doctrine, on remarque que l'opposition est flagrante. Sans doute, Bonaventure donne le titre de sage à Platon plutôt qu'à Aristote, à qui il reproche de s'être arrêté trop à l'ordre sensible, cf. Serrno de Christo uno omnium magistro, dans Opéra omnia, t. v, p. 572, mais il n'en blâme pas moins le premier d'être tombé dans l'excès contraire. « Platon, dit-il, a ramené toute certitude au monde intelligible ou idéal, et c'est pourquoi il a été justement réprimandé par Aristote. » Unde quia Plato lotam cognitionem cerlitudinalem convertit ad mundum intelligibilem sive idealem, ideo merito reprehensus fuit ab Arislotele. Loc. cit. En ce qui concerne les universaux, tandis que Platon enseigne qu'ils existent en dehors de toute matière, saint Bonaventure soutient qu'ils ne peuvent être connus de nous que par la voie des sens. Indubitanler verum est, quod dicit philosop/ms, cognitionem generari in nobis via sensns, mémorise et experienliee, ex ijnilius colligitur universale in nobis. Loc. cit. Aussi saint Bonaventure réprouve-t-il la théorie de la réminiscence des idées, quam reprobal tam philosophus quam Auguslinus. In IV Sent., 1. II, dist. XXXIX, q. n,concl. Ces quelques points sufiisent à démonlrer l'opposition essentielle des systèmes. Aussi les modernes renoncentils à faire du docteur séraphique un disciple de Platon. C'est pourquoi M. de Wulf n'hésite pas à affirmer que, « malgré des sympathies augustiniennes non dissimulées, saint Bonaventure, lui aussi, est péripatéticien dans le sens scolastique du mot. » Histoire de la pltilosophie médiévale, p. 291. Sans doute on ne peut pas le ranger parmi les péripatéticiens sans restriction. Quoique Aristote soit le philosophe dont il fait le plus fréquent usage dans ses écrits, ainsi qu'il ressort des tables des auteurs cités, Opéra omnia, t. x, p. 266, quoiqu'il lui ait emprunté la méthode logique, les classifications, qui mettent de l'ordre dans les idées, et les formules, qui expriment avec profondeur et concision les principes dont l'application est fréquente, pour le fond cependant il s'écarte quelquefois de lui, et préfère les doctrines de Platon, qui ne lui sont pas moins familières. Cf. de Margerie, Essai sur la philosophie de S. Bonaventure, p. 40 sq. Il emprunte à tous les systèmes, il les complète l'un par l'autre, et loin de se laisser dominer par eux, il les rend tous tributaires de la philosophie chrétienne. Au-dessus de toute philosophie humaine, il reconnaît l'autorité infaillible de la révélation. « Seule la science des Ecritures peut offrir une satisfaction réelle. » In hac sola scientia est delectalio non in aliis. Coll., xvn, in Hexaetneron, Opéra omnia, t. v, p. 410.
Le système pbilosophique de saint Bonaventure a été en quelques points faussement interprété. On l'a souvent invoqué en faveur de l'ontologisme et des idées innées, en se basant sur les textes de Vllinerarium mentis in Deum. Ces objections cependant ont été suffisamment réfutées. Une question inédite : Utrum quidquid certitudinaliter cognoscitur cognoscatur in rationibus seternis, Opéra omnia, t. v, p. 17 sq., a contribué beaucoup à démontrer l'erreur. Cf. à ce sujet, De humaine cogni-
tionis ralione anecdota qusedam S. Bonaventurœ et nomdloritm ipsius discipulorum, Quaracchi, 1883, p. 1- 47, et S. Bonaventure, Opéra omnia, t. v, p. 313-316.
2° Mysticisme. — L'étude de la vie spirituelle est la partie dans laquelle saint Bonaventure, de l'avis de tous, a excellé davantage. « Après avoir touché au sommet de la spéculation, dit Léon XIII, il écrivit de la théologie mystique avec une telle perfection que les plus capables l'ont jugé le prince des mystiques. » Is postrjuam maxime arduas speculationis summitates conscendit, demystica theologia tant a prrfcctione dissertât, ut inea communi hominumperilissitnorum suffragiis habealur facile princeps. Allocution prononcée devant les professeurs du collège de Saint-Antoine, le 20 novembre 1890, dans Acta ordinis fratrum minorum, 1890, p. 177.
Tout en reconnaissant son caractère de mystique, plusieurs écrivains ont cherché à diminuer ou ils ont même méconnu sa valeur comme scolastique. Ils l'ont considéré comme s'étant occupé exclusivement de mysticisme, dédaignant la science ; tout au moins ils ont pensé que son mysticisme a nui à sa doctrine spéculative. Que faut-il penser de ces accusations ? Après ce que nous avons dit de ses écrits et de sa doctrine, il est clair que c'est une grave erreur de le considérer exclusivement comme un mystique. Une preuve évidente, c'est que, dans la nouvelle édition, cinq volumes entiers ont été nécessaires pour contenir ses ouvrages théologiques, tandis que ses œuvres mystiques occupent seulement la moitié du vme volume. La distinction de ses œuvres en théologiques, ascétiques et concernant l'ordre des mineurs, n'est pas, il est vrai, absolument exclusive. On pourrait ranger parmi les ouvrages purement ascétiques VEpistola continens t'5 memorialia, et YEpisiola de imitatione Christi ; on pourrait aussi dire de Vllinerarium mentis in Deum qu'il traite ex professo d'ascétisme, néanmoins ces constatations n'enlèvent pas la force de l'argument précédent.
Toutefois, quoique saint Bonaventure se soit occupé ordinairement de philosophie et de théologie, nous pouvons concéder, et nous le faisons très volontiers, que sous un double point de vue, le mystique l'emporte en lui sur le scolastique, soit que l'on envisage les conditions qu'il requiert dans celui qui s'adonne à l'étude des sciences, cf. Collaliones in Hexaetneron; Collationes de seplcm donis Spiritus Sancti, soit que l'on considère le but qu'il se propose en écrivant.
Mais peut-on lui faire un reproche de cette prédominance du mysticisme dans ses œuvres? Nous le nions absolument; nous affirmons, au contraire, qu'elle constitue son plus grand titre de gloire.
Nous nions donc que son mysticisme ait nui à sa doctrine spéculative. Sans doute, le procédé mystique et le procédé scolastique sont distincts. En effet, tandis que le scolastique tend à s'unir à Dieu par la réllexion et le raisonnement, le mystique, comprenant que la connaissance intellectuelle est, de sa nature, une opération abstraite et froide, cherche à s'unir à Dieu par toutes les facultés de son âme à la fois. Il comprend que cette union s'effectue surtout par l'amour qui doit diriger toutes ses actions. C'est pourquoi il recherche les traces de l'action de Dieu partout dans l'univers; il prend pour devise la belle formule de Bonaventure : Vita conleinplationis est per ardentem amorem crucifixi. 1 tine rarium mentis in Deum, prolog. Néanmoins, les deux procédés ne sont nullement opposés; l'amour et la pensée peuvent se soutenir mutuellement et concourir à un même but. Le mystique, pour traiter et résoudre toutes les questions philosophiques, peut se servir de l'expérience, de la raison, de tous les moyens par lesquels un esprit calme et maître de soi s'eiforce de parvenir à la science ; il peut donner, pour les devoirs de la vie active, les règles les plus saines et les plus éloignées d'un quiétisme fanatique. D'autre part, la
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science scolastique peut devenir plus aimante, plus complète et plus profonde grâce au souille mystique qui sort de l'âme. Et, de fait, l'histoire constate cette heureuse union dans quelques âmes d'élite; elle nous ollre, comme le prouve A. de Margerie, Essai sur la pliilosop/iie de saint Bonaventure, un des plus beaux exemples de celte union dans le docteur séraphique, qui, employant les deux procédés, n'a, à proprement parler, qu'un seul système (une seule philosophie), dont son surnom indique admirablement le caractère.
Le mysticisme de saint Bonaventure n'a rien d'un visionnaire. Emprunté aux Pères, au pseudo-Denys et à saint Bernard, il est surtout le développement de la doctrine des Victorins; il n'est donc qu'une expression vivante de la science des Pères et de l'ancienne tradition de l'Église sur la vie contemplativer et il a pour parant toute l'antiquité. <i Son mysticisme est l'incarnalion la plus parfaite du mysticisme au xme siècle. » De Wulf, Histoire de la philosophie médiévale, p. 291.