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III. HÉSITATIONS ENTRE HOME ET CONSTANTINOPLE

866-924. — Au lendemain de son baptême, Boris demandait à Photius, patriarche de Byzance, un archevêque, des évêques et le cortège obligé d'une hiérarchie régulière, mais soit qu'il méconnût la réalité de la situation, soit qu'il trouvât les Bulgares par trop dénués de culture chrétienne, celui-ci se contenta d'adresser au roi des missionnaires avec une fort jolie lettre. P. G., t. en, col. 627-696. Ce n'était pas ce que voulait Boris. Aussi, moins de deux ans après, envoyait-il une ambassade solennelle à Borne et une autre au roi de Germanie pour en obtenir ce que lui avait refusé Constantinople. Le but intéressé du souverain bulgare apparaît manifestement dans cette double ambassade. Au fond, il se souciait médiocrement d'une suprématie religieuse universelle, d'où qu'elle vint, de Constantinople, de Borne ou d'Allemagne, mais il voyait un empereur d'Orient couronné par le patriarche de Constantinople, un empereur d'Occident couronné par l'évoque de Borne, et son ilair de barbare lui suggérait qu'il ne serait empereur que lorsqu'il aurait son patriarche.

L'habileté, avec laquelle le pape saint Nicolas sut entrer dans les vues de Boris, rendit vains pour le moment tous ses calculs politiques. Une mission partit de Home ayant deux évêques à sa tête, Formose de Porto et Paul de Populania ; elle arriva vers la fin de l'année 866. Ces deux évêques devaient gouverner l'Église bulgare à titre provisoire, en attendant qu'on leur donnât des successeurs définitifs sous la haute juridiction d'un archevêque, dont l'investiture par le pallium appartiendrait au saint-siège. Saint Nicolas résolvait ensuite dans ses 106 Responsa ad Bulgarorum considta, P. L., t. CXix, col. 978 sq., une foule de questions dogmatiques, morales et disciplinaires, posées par le roi bulgare et qui, à défaut d'autre mérite, avaient au moins celui d'être claires, précises, pratiques; ce qu'on ne

saurait dire de la métaphysique byzantine. Boris s'éprit d'une véritable affection pour Formose, le chef de la mission; il lui laissa libre carrière pour organiser la chrétienté naissante et renvoyer dans leurs foyers les missionnaires allemands et byzantins qui lui déplairaient. Formose ne se fit pas faute d'user de la permission. Partout, le rite latin fut substitué au rite grec, les églises désaffectées, les chrétiens reconfirmés, au grand scandale de Photius qui dénonçait le fait à toute la chrétienté, en 867. En moins de deux ans, avec une rapidité que Photius lui-même compare à la marche de la foudre, Formose avait établi la foi chrétienne sur les ruines du paganisme. P. G., t. en, col. 721-734. A force de voir Formose à l'œuvre, Boris le réclama au pape comme archevêque, mais saint Nicolas refusa, alléguant le canon ecclésiastique qui prohibait le transfert d'un évèque d'un siège à un autre et, avant de mourir, 13 novembre 867, il mit fin à la mission du légat. Vita Nicolai, c. lxxiv, lxxv, dans le Liber ponti/icalis, édit. Duchesne, t. n, p. 165; Sententia in Formosum, P. L., t. cxxvi, col. 676.

Formose parti, Boris réclama le diacre Marin et, cette fois encore, il se heurta contre un refus. Las enfin de toutes ces tergiversations, il députa une ambassade solennelle au concile œcuménique de 869, réuni à Constantinople, afin qu'il fût tranché définitivement si la Bulgarie relevait de Borne ou de Byzance. Dans une réunion extraconciliaire, tenue en présence de l'empereur Basile Ier, des légats du pape, du patriarche Ignace, des représentants des trois patriarches orientaux et des députés bulgares, les Grecs décidèrent, malgré l'opposition des légats romains, que la direction ecclésiastique de la Bulgarie serait dorénavant accordée à l'évêque de Constantinople. Les motifs invoqués furent que la Bulgarie avait appartenu autrefois à l'empire byzantin et que, lors de la conquête, les Bulgares y avaient trouvé des prêtres grecs. Comme les envoyés du pape objectaient avec raison que l'administration de l'Église ne doit pas être subordonnée à des considérations politiques et que le pays des Bulgares formait une partie de l'Illyricum oriental, soumis jusqu'à Léon l'Isaurien aux évêques de Rome, les trois délégués orientaux, d'accord avec Basile et le patriarche Ignace, répliquèrent qu'il n'appartenait pas à des transfuges de l'empire grec, comme l'étaient les Romains, d'exercer la moindre juridiction sur les terres du basileus. Et, sur ce, les Bulgares trompés crurent qu'ils relevaient de Constantinople; les missionnaires latins, expulsés par Boris, se replièrent sur l'Italie, pendant que l'archevêque Joseph et une dizaine d'évèques grecs prenaient officiellement, au nom d'Ignace, possession de l'Église bulgare, 870. Mansi, Concil., t. xvi, col. 10-13; Epistola Hailriani II ad Basilium, P. L., t. cxxii, col. 1310; Epistola Johannis VIII, dans Neues Archiv, t. v, p. 300; Vita Basilii imperatoris, P. G., t. cix, col. 357; J. Hergenrôther, Photius, Patriarch von Conslantinopel, Batisbonne, 1867, t. n, p. 149-166. Vainement, les papes protestèrent-ils contre cet escamotage indigne et adressèrentils des menaces à Boris, à Basile et à Ignace! Le roi bulgare, content de son archevêque, fit la sourde oreille; Basile répondit presque par des insultes; quant à Ignace, il manifesta la même obstination qu'il avait jadis montrée à l'égard de l'usurpateur Photius. Enlin, le pape Jean VIII, 872-882, somma le patriarche byzantin de venir s'expliquer à Rome, et, sur son refus, envoya deux légats à Constantinople avec l'ordre formel d'excommunier et de déposer Ignace, s'il ne rappelait pas de la Bulgarie le clergé grec. Mais, à l'arrivée des légats romains, Ignace était mort, 23 octobre 877, et Photius, réconcilié avec Basile, l'avait remplacé. Jean VIII le reconnut et, au concile de 878, Photius promit de s'entendre avec l'empereur pour le règlement définitif de la question bulgare. La promesse fut tenue, puisque,

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en 880, le pape écrivait à Basile : « Je vous rends de nombreuses actions de grâces de ce que, par amour pour nous et comme le demandait la justice, vous nous avez permis de posséder le diocèse des Bulgares. » Epist., ccxLvi,i>. L.,t. cxxv, col. 909. De l'ait, à partir de ce moment, la Bulgarie cesse de figurer sur les listes épiscopales du patriarcat byzantin. 11. Gelz.er, Georgii Cyprii descriplio orbis romani, Leipzig, 1890, p. 57 sq. Cependant, si toute difficulté était levée du cûté de Constantinople, il n'en était pas de même du côté de la Bulgarie. Boris ne comprit pas ou feignit de ne pas comprendre le nouvel accord survenu entre Borne et Constantinople et il garda le clergé grec jusqu'à plus ample information.

Vers la même époque, le royaume voisin de Moravie vit se terminer une lutte engagée depuis une vingtaine d'années entre les Allemands et les Slaves, lutte qui devait exercer une influence décisive sur l'avenir religieux de la Bulgarie. On sait, sans doute, que les deux h'ères- Cyrille et Méthode avaient introduit en Moravie, avec la foi en Jésus-Christ, l'alphabet slave et la liturgie slavonne. Approuvées par le pape Adrien II en 867, ces innovations liturgiques des deux frères recevaient en 873, de la part de Jean VIII, un blâme officiel. Méthode était prié, sous menace des peines canoniques, de célébrer la messe seulement en grec ou en latin. P. L., t. cxxvi, col. 850; Jaffé-Ewald, Regesta ponti/icum, n. 2978. Comme le missionnaire byzantin ne semble avoir tenu aucun compte de cet avertissement, le pape réitéra sa défense en 879, lui enjoignant, en outre, de se rendre à Borne. P. L., t. cxxvi, col. 850. Méthode obéit et Jean VIII fut si satisfait des explications données de vive voix qu'il autorisa, non seulement « la prédication ou certaines prières en langue slave, mais encore tous les offices, les heures, les leçons, la messe, les formes les plus intimes et les plus sacrées de la liturgie chrétienne ». P. L., t. cxxvi, col. 906. Moins de six années après cette lettre de Jean VIII à Swatopluk, prince de Moravie, le pape Etienne V prenait des décisions diamétralement opposées, proscrivait la liturgie slavonne et ramenait les Moraves à un latinisme rigoureux. Wattenbach, Beitràge zur Gesckichte der christlichen Kirche in Môhren und Bôhmen, Vienne, 1849, p. 47 sq.; Ginzel, Gesckichte der Slavenapostel Cyrill und Method, p. 66-67. Pour ce faire, il s'appuyait sur la lettre de Jean VIII à Swatopluk, dont nous avons cité un fragment et qui fixe précisément le contraire. Comment expliquer cette anomalie? C'est que l'évoque allemand Wiching, l'associé de Méthode, avait, durant cet intervalle, tronqué et falsifié la lettre de Jean VIII, trompé ainsi Etienne V et servi les intérêts de sa patrie et de sa liturgie latine, sans négliger les siens propres. Voir J. Martinov, Saint Méthode, apôtre des Slaves, dans la Revue des questions historiques, t. xxvm, p. 369- 397; A. Lapùtre, Le pope Jean V11I, p. 91-170. Swatopluk abusé reconnut en 886 Wiching comme le successeur de saint Méthode, mort l'année précédente, pendant que les vrais disciples du saint, sous la conduite de Gorazd, Nahum, Clément, Sabbas et Angelar, quittaient la terre inhospitalière de Moravie pour se réfugier en Bulgarie. Le roi Boris les y reçut à bras ouverts. De 870 à 886, son royaume avait été évangélisé par des missionnaires grecs; le souverain bulgare profila de l'occasion pour confier son peuple en majorité slave à un clergé slave. Il donna le litre d'archevêque de Bulgarie à Gorazd, le chef de la mission, Du Cange, Familial byzanlinx augustes, p. 174, et, à la morl de celui-ci, ce fut Clément qui hérita du titre. Vi/a S. démentis, c. xiii, /'. (.'., t. cxxvi, col. 1218. Feu à peu, grâce à la politique sage et prudente de Uoris et de son lils Syméon, grâce surtoul à leur esprit de prosélytisme, les nombreux disciples des saints Cyrille et Méthode avaient propagé par toute la Bulgarie I œuvre et les tra-

ditions de leurs maîtres; ils y avaient surtout acclimaté la liturgie slavonne qui, de là, allait se répandre chez tous les peuples slaves.

Pourtant, les hésitations de la part des Bulgares entre les sièges de Borne et de Constantinople n'étaient pas encore terminées. Syméon, 893-927, continua sur ce point la politique indécise de son père Boris, et si, par deux fois, il prit Andrinople, si, par cinq fois, il ravagea la plaine de Thrace, assiégea Constantinople et força même le basileus Bomain Lécapène à se présenter en suppliant devant lui, 924, ce fut moins pour se donner la vaine complaisance d'humilier les Byzantins, que pour les lorcer à lui reconnaître, à lui le titre de tsar ou d'empereur, et à son Église bulgare le titre de patriarcat indépendant.

IV. Vicissitudes du premier patriarcat bulgare, 924-1019. — Que Syméon eût, à ce moment, obtenu de Borne le litre d'empereur pour lui et celui de patriarche pour le chef de son Église, c'est ce qu'affirme le roi bulgare Caloïan dans une lettre adressée au pape Innocent III, en 1202, J. Assémani, Calendaria Ecclesifc universse, Borne, 1755, t. m, p. 154-157; t. v, p. 171-174; Theiner, Monumenta historiée Slavorum meridionalium, t. I, p. 15,20, et ce que confirment les témoignages des chroniqueurs byzantins, unanimes à donner à Syméon, durant la campagne militaire de 924, le titre de basileus ou d'autocrator. Or, suivant les idées politiques et théologiques alors en cours à Byzance et dans la Bulgarie, il ne pouvait y avoir de vrai basileus sans la bénédiction d'un patriarche. Et comme nous savons pertinemment que la cour de Constantinople refusa jusqu'en 945, A. Rambaud, L'empire 'vec au xe siècle, p. 340-343, aux souverains bulgares le litre de basileus, Syméon qui le portait en 924 avait dû le recevoir auparavant du pape avec la bénédiction patriarcale. Son fils, le tsar Pierre, 927-969, hérita de cette couronne impériale, qui lui fut apportée en 928 par une légation romaine. Farlati, lllyricum sacrum, t. m, p. 103; Lettres de Caloïan à Innocent III en 1202 et 1204, dans J. Assemani, loc. cit. Malgré son mariage avec la petite-fille de Bomain Lécapène et les relations de plus en plus étroites qui s'établirent entre la famille impériale de Pereiaslavets et celle de Byzance, le tsar Pierre resla attaché à la politique romaine jusqu'en l'année 945. A cette époque, pour des motifs restés encore mystérieux, la cour de Byzance reconnut le souverain bulgare pour basileus et l'archevêque de l'Eglise bulgare, Damien, pour patriarche. Cette reconnaissance, qui tenait tant au cœur des Bulgares, enlraina-t-elle la rupture des relations qu'ils avaient nouées avec Borne et l'Eglise d'Occident? Nous ne le pensons pas, surtout si l'on veut bien tenir compte de celait que, depuis la chute définitive de Photius, en 887, jusqu'à la révolte de Michel Cérulaire, en 1054, sans être toujours bien chaudes, les marques de sympathie et les attestations de parfaite orthodoxie religieuse ne cessèrent presque pas d'exister entre l'Église de Borne et celle de Constantinople.

L'âge d'or du royaume et de l'Église bulgares, atteint sous le tsar Syméon, tut suivi d'une prompte décadence sous son lils, le tsar Pierre, 927-969, prince faible, inféodé à la politique byzantine. Muni d'un traité de paix à longue échéance avec les Grecs, Pierre négligea d'entretenir son armée, oubliant qu'une nation jeune et entreprenante comme la sienne avait besoin, pour ne pas mourir, d'être tenue sans cesse en éveil. Aussi qu'arrivat-il? C'est que les boyars, incapables de repos, fomentèrent de constantes révoltes et que les forces vi\es de l'empire s'épuisèrent en querelles intestines. Bien plus, leboyar Chichman de Tirnovo réussit, en 963, à conquérir son indépendance et à détacher, à son profil, toute la Bulgarie occidentale, comprise entre le Rhodope el l'Adriatique, pour en former un second royaume bulgare. Ce que voyant, les Byzantins, qui jusque-là payaient

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tribut à Pierre, refusèrent dorénavant de le faire. La guerre s'ensuivit, Pierre lut battu par le basileus Nicéphore Phocas et par les Russes de Sviatoslav qui envahirent ses États. G. Schlurnberger, Un empereur byzantin au Xe siècle, Nicéphore Phocas, in-8°, Paris, 1890, p. 339-343, 5Î8-576, 735-742. Après sa mort, 969, les Russes s'emparèrent de Péreiaslavets, sa capitale, et firent son fils, Boris II, prisonnier, 970. Celui-ci appela à son secours l'empereur grec Jean Tzimiscès, qui accourut en effet, reprit Péreiaslavets, délivra Boris, et, traître à sa parole, l'amena à Constantinople, 972, pour le faire renoncer à la couronne et devenir patrice byzantin. Par le fait de ces victoires et de cette trahison de Tzimiscès, la descendance d'Asparouch était à tout jamais exclue du trône et la Bulgarie orientale incorporée purement et simplement à l'empire grec. G. Schlurnberger, L'épopée byzantine, Paris, 1896, t. i, p. 585-673, 751-755.

Restait la Bulgarie occidentale ou ochridienne, séparée de l'autre depuis 963 par la révolte de Chichman et qui avait réussi à garder son indépendance. Entre elle et l'empire byzantin s'engagea un duel à mort, qui dura près de cinquante ans et se termina par la ruine définitive de l'un de ces États. Devenus les seuls maîtres du parti national, lors de la déposition de Boris II par Tzimiscès, les fils de Chichman, David d'abord, 968-977, puis Samuel, 977-1014, luttèrent sans relâche contre les Byzantins. Pendant cinq campagnes successives, le basileus Basile II, surnommé le Bulgaroclone ou tueur des Bulgares, tourna toutes les torces de son empire contre les tsars de Bulgarie. Battu en 986, il reprit en 991 les hostilités qui durèrent jusqu'en 995, G. Schlurnberger, L'épopée byzant ine à la /indu Xe siècle, Paris, 1900, t. h, p. 42-58; durant la seconde campagne, 996-999, il remporta de nombreux succès et s'empara de Durazzo, G. Schlurnberger, op. cit., t. il, p. 131-150; durant la troisième, 1001-1005, il emporta d'assaut les villes de Verria, Servia, Mogléna, Scopia et autres places de la haute et de la basse Macédoine, ainsi que de l'Albanie, G. Schlurnberger, op. cit., t. n, p. 211-232; durant la quatrième, 1006-1015, presque toute la Bulgarie fut conquise et le terrible adversaire de Basile II, le tsar Samuel, expira de douleur, 24 octobre 1014, à la vue de 15000 prisonniers bulgares que le basileus vainqueur lui renvoyait, après leur avoir crevé les yeux, G. Schlurnberger, op. cit., t. n, p. 333-366; enfin, la cinquième campagne se termina par la mort violente du tsar Gabriel Romain, fils de Samuel, 1015-1016, puis de Jean Vladistlav, son neveu, 1016-1018, et par l'annexion de toute la Bulgarie à l'empire byzantin. G. Schlurnberger, op. cit., t. n, p. 375-397.

Au milieu de ces rivalités et de ces luttes d'extermination, que devenait le patriarcat bulgare? Il changeait de siège, aussi souvent que les tsars changeaient de résidence, se fixait d'abord à Péreiaslavets, la première capitale bulgare retrouvée naguère près de Choumla, Découverte archéologique de M. Ouspenskij, dans les Échos d'Orient, t. ni (1900), p. 209-211, puis à Dorostolon ou Dristra, la Silistrie moderne, puis à Sraditza ou Sofia, puis à Viddin, puis à Mogléna, puis à Prespa, et enfin à Ochrida. Nous tenons ces renseignements d'une Notitia episcopatuum, publiée par Du Cange, Familiie augustge byzantines, citée par Le Quien, Oriens christianus, t. n, col. 289-292, et rééditée par H. Gelzer, Der Patriarchat von Achrida. Geschichle und Urkunden, Leipzig, 1902, p. 6, 7, et surtout d'une Novelle de Basile II, le Bulgaroctone, celui-là même qui mit fin à ce patriarcat. Novelle de mars 1020, publiée par H. Gelzer, Vngedruckte und wenig bekannte Bistùmerverzeichnisse der orientalischen Kirche, dans Byzantinische Zeilschrift, t. n (1893), p. 44, 45. On voit donc combien est erronée l'opinion de ceux qui fixent le siège du premier patriarcal bulgare soit à Preslav ou Péreiaslavets, soit à Ochrida.

Péreiaslavets et Ochrida ne sont que le premier et le dernier séjour de ce patriarcat nomade, ambulant, qui compte jusqu'à sept sièges différents, et encore en oubliant que saint Gorazd dirigea l'Église bulgare, sans avoir de siège fixe, et saint Clément comme évêque de Vélitza.

Les noms des titulaires de ce patriarcat ne sont pas tous également connus et surtout également sûrs. Le premier est Joseph, envoyé par saint Ignace en 870. et dont le nom est certifié par un document bulgare contemporain, Goloubinski, Précis d'histoire des Eglises orthodoxes, p. 34, 256; après lui viennent Georges, qui figure dans une lettre du pape Jean VIII à Boris, datée du 16 avril 878, P. L., t. cxxvi, col. 276; Jaffé-Wattenbach, Regesta ponti/icmn, n. 2357, et Agathon, qui assiste au concile photien de 878. Goloubinski, op. cit., p. 35 sq. Cependant, Georges et Agathon ne portent que le titre d'évêque, et rien ne nous assure que Joseph fût déjà mort à ce moment. Nous trouvons ensuite Léonce, Dimitri, Serge, Grégoire, dont les noms figurent dans un Synodicon bulgare et qui sont placés à cette époque, mais d'une manière dubitative, par Goloubinski, op. cit., p. 36. N'oublions pas saint Gorazd et saint Clément, mort en 914, qui, tous les deux, exercèrent le pouvoir d'archevêque de Bulgarie, sans en porter le titre. Enfin, nous abordons un terrain plus solide avec Damien, qui fut reconnu comme patriarche par Rome d'abord, ensuite par Constantinople. Chassé de Dorostolon ou Dristra, siège de son patriarcat, et déposé par Jean Tzimiscès en 972, lors de la prise de cette ville et de la conquête de la Bulgarie orientale, Damien se réfugia auprès de David tsar de la Bulgarie ochridienne, et fut accueilli comme le chef véritable de l'Église bulgare. Ses successeurs furent Germain ou Gabriel, qui résida à Viddin et à Prespa, Philippe, qui, le premier, se fixa à Ochrida, David, qui dut assister à la ruine de sa patrie, et Jean, qui, après la suppression du royaume bulgare occidental, fut confirmé dans sa charge par Basile II le Bulgaroctone, mais avec le simple titre d'archevêque de Bulgarie. Du Cange, loc. cit. ; G. Schlurnberger, L'épopée byzantine, t. il, p. 418-432; Zacharias von Lingenthal, Beitrâge zur Geschichle der bulgarischen Kirche, dans les Mémoires de l'Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, t. vin (1864), p. 9-11, 14-16.

Quant à l'étendue de la juridiction de ces patriarches et au nombre des sièges épiscopaux qui leur étaient soumis, nous les connaissons suffisamment, depuis qu'on a retrouvé, dans un chrysobulle de Michel VIII Paléologue, daté de 1272, trois Novelles jadis envoyées à Jean d'Ochrida par Basile II, en vue de réorganiser l'Église bulgare et de lui assigner des limites bien précises. Un fragment de ce chrysobulle fut d'abord édité par Rhallis et Potlis, Sj-Tavij.a -ràiv xotvôvuv, t. v, p. 266 sq., et reproduit par Zacharioe von Lingenthal dans son Jus grseco-ronmnum, t. ni, p. 319. Porphyre Ouspenskij retrouva dans un manuscrit du Sinaï le texte complet, qui fut édité, d'après sa copie, par E. Goloubinski, Précis d'histoire des Églises orlliodoxes, p. 259- 263, et réédité d'une manière vraiment critique p; r H. Gelzer, Vngedruckte und wenig bekannte Bistùmerverzeichnisse..., dans la Byzantinische Zeilschrift, t. n (1893), p. 42-46. On y voit tout d'abord que, tout en le maintenant sur son siège d'Ochrida, Basile II concédait à Jean la même juridiction qu'il avait possédée, ainsi que ses prédécesseurs, sous le tsar Samuel, 977-1014. Par suite de ce premier règlement, l'archevêché d'Ochrida comptait seize évêchés suffragants, Castoria, Glavinitza, Mogléna, Bitolia ou Pélagonia, Stroumnitza, Morozvisd, Vélévouzda ou Kustendil, Triaditza ou Sofia, Nich, Vranitza, Belgrade, Thromos, Scopia ou Uskub, Prizdriana ou Prizrend, Lipainion ou Lipljan, enfin Servia. H. Gelzer, op. cit., p. 42, 43, 48-55. Le métropolitain de

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Thessalonique, qui avait Servia dans «a province, ne dut pas volontiers se dessaisir de ses droits, puisque nous verrons tout à l'heure Basile II renouveler ses ordres à ce sujet dans sa troisième Novelle. Comme Jean d'Ochrida ne trouva pas cette juridiction suffisante et réclama pour son archevêché les limites que le patriarcat bulgare avait eues sous le tsar Pierre, 927-909, Basile II crut devoir satisfaire à ses exigences et, par une seconde Novelle, mars 1020, il décréta que « le très saint archevêché de Bulgarie serait constitué dorénavant, comme aux jours du tsar Pierre, avec tous les évêchés suffragants qu'il comptait à cette époque ». En conséquence aux seize évéchés concédés, il en adjoignait douze autres, ceux de Dristra ou Silistrie, Viddin, Bhasos ou Bosa près de Novi-Bazar, (iraia, Tzernik, La Chimère, Adrianopolis ou Driynopolis, peut-être Vella, Bothrotos, Janina, Cozila et Pétra, avec la juridiction sur les Valaques de Bulgarie et les Turcs du Yardar. H. Gelzer, op. cit., p. 44-46, 55-56. Enlin, la troisième ordonnance de Basile II concédait à l'archevêché d'Ochrida Févêché de Servia, déjà donné, et ceux de Stagoi et de Verria. H. Gelzer, op. cit., p. 46. Cette série de pièces extrêmement intéressantes nous offre donc le tableau le plus complet que nous connaissions du premier patriarcat bulgare. Lors de sa reconstitution par Basile II, vers 1020, il comptait trente évêchés soumis au siège d'Ochrida; il en comptait vingthuit sous le tsar Pierre, 927-969, seize sous le tsar Samuel, 977-1014, et nous savons déjà par la Vita S. démentis, n. 23, P. G., t. cxxvi, col. 1229, que sous le tsar Boris, 864-888, il en avait sept seulement.

C. Jirecek, Geschiclite der Bulgaren, p. 150-200; Th. Ouspenskij, Un discours ecclésiastique inédit sur les rapports bulgaro-byzantins dans la première moitié du r siècle, dans X Annuaire d'Odessa, t. iv b (1894), p. 48-123 (en russe); J. Markovich, Gli Slavi ed i papi, in-8°, Zagreb, 1897, t. II, p. 502-533 ; V. Grigorovicli, Rapports de l'Église de Constantinople avec les peuples voisins du Nord, surtout avec les Bulgares, au commencement du x' siècle (en russe), dans les Zapinski d'Odessa, 1866 ; D. Cuchlev, La vie religieuse et littéraire du peujile bulgare à l'époque du tsar Syméon (en bulgare), dans le Sbornik bulgarsk, t. xu (ls9ô), p. 561-614; S. Drinov, Les Slaves du Sud et Byzance au x' siècle (en russe), Moscou, 1872.

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