‹ Dictionnaire de théologie catholiqueChapitre 79 sur 400 · II · texte numérisé non relu

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qui ne partageraient pas son avis; en estimant que la divergence d'opinions sur ce point particulier ne doit entraîner personne à rompre l'unité, semble autoriser à croire qu'il s'est placé à un point de vue exclusivement disciplinaire; d'autant plus que ce qu'il désire par-dessus tout c'est le maintien de l'unité, de l'union et de la paix : Servetur a nobis patienter et leniter cltaritas animi, collegii honor, dilectionis vinculum, concordia sacerdotii. Epist., lxxiii, 26, P. L., t. ni, col. 11-27. Et, quand on allègue que la coutume des hérétiques est de ne point baptiser ceux qui, déjà baptisés, viennent à eux, il répond que l'Église n'a pas à prendre modèle sur les hérétiques ni à leur emprunter leur discipline. Epist., lxxiv, 4, P. L., t. ni, col. 1131. Mais, d'autre part, il n'est pas moins incontestable que les arguments qu'il fait valoir, soit pour soutenir son opinion, soit pour attaquer l'opinion contraire, indiquent qu'il y voit quelque chose de plus qu'une simple question de discipline. Toutefois, on peut penser que, s'il avait vu, engagée dans le débat, une question appartenant clairement et exclusivement à la régula (idei, son langage aurait été moins hésitant et plus catégorique ; car, devant la règle de foi, les divergences d'opinion ne sont point tolérées ; il n'est permis à aucun évèque de s'en affranchir ou de s'en écarter; chacun doit s'incliner. C'est dire que l'ambiguïté de son langage provenait de la difficulté même de la question, qui n'avait pas encore été pleinement élucidée. De là ces paroles de saint Augustin : Nec nos ipsi taie aliquid auderemus asscrere nisi universœ Ecdcsiœ concordissima auctorilate firmati;cui et ipse sine dubio cederet, sijam Mo tempore quœslionis hujus veritas eliguata et declarata per plenarium concilium solidaretur. De bapt., H, 4,5, P. L., t. xliii, col. 129. Cf. P. von Hoensbroech, dans la Zeilschrift fur katholischc Tlienlogie, 1891, p. 727-736; J. Ernst, Zur Auffassung Cyprians von der Ketzertaufe, ibid., 1893, p. 79-103.

On en peut dire autant de Firmilien. Lui aussi argumente comme Cyprien. Mais, bien qu'il connaisse l'autorité du xavwv iy./.>r,Tia'7Tiy.éç, pourquoi juge-t-il que la divergence des coutumes sur la pratique en question n'est pas incompatible avec l'unité? C'est que, comme saint Cyprien, il pèche par défaut de lumière et a droit aux mêmes circonstances atténuantes. A vrai dire, ni l'un ni l'autre n'ont placé le débat sur le terrain unique et exclusif de la foi.

III. Décret du pape Etienne. — 1° Nous ne possédons pas dans son intégrité la réponse que fit Etienne à la communication de saint Cyprien au sujet du baptême des hérétiques. Mais ce qui nous en a été conservé permet de constater que le pape, dans la collation du sacrement, fait abstraction du ministre, qu'il place la validité du baptême dans l'emploi de la formule trinitaire, Epist., i.xxv, 9, P. L., t. m, col. 1162, dans la présence et l'intervention sanctifiante du Christ, Epist., LXXIII, 4; lxxv, 12, ibid., col. 1112, 1166, qu'il reçoit en conséquence comme enfants de l'Église ceux qui ont été baptisés au dehors par des hérétiques, Epist., lxxv, 1 i, ibid., col. 1167, et qu'au lieu d'innover il reste fidèle à l'antique tradition, mon aligna novitate institulu , comme dit saint Augustin, sed anliguitate roborata. De bapt., y, 22, 30, P. L.,i. xliii, col. 192. Etienne se trouva ainsi avoir raison sur tous les points. De là son décret : Si guis a guacunque Itœresi venerit ad vos nihil innovetur nisiguod traditum est, ut manus Mi imponatur in psenilentiarti. Epist., lxxiv, 1, P. L., t. ni, cul. 1128. Ce décret exige quelques explications. Cf. Dissert. quavera Sh'pliani cirrn rerrptioncm li.vrclicurum setir tentiu r.rplii iitur, /'. L., t. m, col. 1249 sq.

2° Qu'entendre par ces mots : Si quis a guacungue hœresi venerit? Impliquent-ils, dans la pensée du pape, la validité de tout baptême conféré par n'importe quel hérétique, quel que soit le mode de collation'.' Nullement. Car il faut d'abord remarquer que le fond du dé-

bat ne roulait pas sur l'emploi de la formule baptismale, mais sur le rôle du ministre et du sujet. Néanmoins, à l'encontre des rebaptisants, Etienne plaçait la validité du baptême dans l'emploi régulier de cette formule, abstraction laite du ministre et du sujet. Il y a, disait-il, rémission des péchés et seconde naissance dans le baptême des hérétiques, Epist., lxxv, 8, P. L., t. ni, col. 1161, par le seul fait qu'il est conféré au nom de la Trinité. Epist., lxxv, 91, ibid., col. 1162. Sa validité provient de l'efficacité de la formule trinitaire, de la vertu du nom de Jésus-Christ. Par suite, partout où s'emploie cette formule, où intervient le nom de Jésus- Christ, il y a la présence et la sanctification de Jésus- Christ, Epist., lxxv, 12, 18, ibid., col. 1166, 1170; rénovation et justification. Epist., lxxiii, 16 ; lxxiv, 5, ibid., col. 1119, 1131. Le baptême des hérétiques, quels qu'ils soient, est dès lors juste et légitime. Epist., lxxiv, 2, ibid., col. 1129. Du reste les hérétiques ne conféraient pas le baptême avec une autre formule que celle de l'Église; la difficulté ne portait pas alors sur la tonne du baptême. Mais il pouvait arriver, et il arriva qu'un doute pût planer sur la fidélité des hérétiques à l'emploi de la formule consacrée. On dut donc se préoccuper de la question de savoir si le baptême avait été régulièrement conféré d'après la formule trinitaire. De là, dès le commencement du ive siècle, le canon du concile d'Arles prescrivant une enquête préalable. D'après le résultat de cette enquête, ou bien on recevait les hérétiques, baptisés dans l'hérésie, par la seule imposition des mains, ou bien on exigeait la collation du baptême catholique. Et cette dernière prescription s'appliqua en particulier aux paulianistes et à quelques autres. C'était l'exception; car, en général, les hérétiques restèrent fidèles à la formule usitée dans l'Église catholique. C'est ce qui permettait de dire à saint Augustin, au commencement du ve siècle : Facilius inveniuntur hœretici qui non baptizent, quam qui non verbis islis baptizent. De bapt., vi, 25, 47, P. L., t. xliii, col 214.

3° Etienne, au dire de Cyprien, Epist., lxxiii, 4, de Firmilien, Ejiist., lxxv, 18, de l'auteur du De rebaptismate, 1, P. L., t. m, col. 1112, 1170, 1183, parle du baptême donné au nom de Jésus-Christ. Ce baptême du Christ indique-t-il le baptême ordinaire conféré, d'après l'Évangile, selon la formule trinitaire, ou un baptême spécial? Rien dans la controverse ne permet de croire qu'il s'agisse d'un baptême particulier. Car c'était l'usage de désigner le baptême ordinaire sous le nom de baptême du Christ. Saint Hilaire remarque, au IVe siècle, que les passages des Actes des apôtres, où il est question du baptême du Christ, ne sont pas en contradiction avec ceux où il est parlé du baptême conféré selon la formule trinitaire. De synodis, 85, P. L., t. x, col. 538. On disait, aux temps apostoliques, le baptême du Christ pour le distinguer du baptême de Jean; on continua dans la suite à se servir de la même expression pour désigner le baptême dont Jésus-Christ avait donné la formule dans l'Évangile. Par conséquent prétendre que saint Etienne regardait comme valide le baptême conféré au seul nom de Jésus-Christ, sans aucune mention des deux autres personnes divines, c'est forcer le sens des textes, ainsi qu'ont eu le tort de le faire, parmi les modernes, Gieseler, Kirclwngescltichte, Bonn, 1824-1857, t. i, p. 397, et Néander, Allgem. Gesch. der christl. Relig., Hambourg, 1825, t. i, p. 177. Rien De prouve, en effet, dans les documents qui nous restent, que Cyprien, Firmilien ou l'auteur du De rebaptismalr aient compris que, dans la pensée d'Etienne, il se soit agi d'un baptême particulier, autre que le baptême ordinaire.

4° Dans la question du baptême des hérétiques, le pape Etienne estimait qu'au sujet de la validité il faut faire abstraction du ministre, mais pas de celui qui reçoit le sacrement. Car, de l'aveu même îles opposants, il requérait

chez le baptisé adulte, des conditions indispensables de foi; secundum quodcredidit, dit Cyprien, Epist. ,IXXIU, 4; mente et fide sua, remarque Firmilien, Epist., lxxv, 9, P. L., t. m, col. 1112,1163; toutefois, l'absence de ces dispositions ne rendait pas le baptême invalide, à ses yeux, mais simplement illicite. De là son décret : pas de réitération ; le baptême restait valide, il n'y avait qu'à l'accepter et à ratifier ce qui était acquis. Mais, d'autre part, il importait de corriger ce que la collation de ce sacrement avait eu d'irrégulier et d'illicite, soit de côté du ministre, soit du côté du sujet; de là, comme condition indispensable d'admission, l'imposition des mains in psenitentiam.

5° Quelle était la nature de cette imposition des mains in psenitentiam ? Faut-il rejeter l'expression et y voir une faute de transcription, comme le prétend Morin ? Comment, hist.de discip. in admin. sacr. psenitentiœ, 1. IX, c. vu, 13, Paris, 1654, p. 630. S'agit-il du sacrement de la confirmation?

Sans doute les rebaptisants prétendaient que le baptême et la confirmation ne peuvent aller l'un sans l'autre et que là où il y a le baptême doit nécessairement se trouver la confirmation. Cyprien, Epist., lxxii, 1 ; Némésianus de Thubunis, Conc. Carth. de bapt., III, P. L., t. m, col. 1046, 1057. Ils connaissaient bien l'expression in psenitentiam, mais ils parlent de la réception du Saint-Esprit. D'où cette objection : si les hérétiques peuvent baptiser, pourquoi ne pourraient-ils pas confirmer? A quoi bon, dès lors, l'imposition des mains ad Spiritum Sanctum ? Réitérer celle-ci, c'est donner droit à réitérer le baptême : non est necesse ei venienti manus imponi ut Spiritum iSanctum consequatur et signetur. Epist., lxxiii,6, P. L., t. m, col. 1113; lxxiv, 5; lxxv, 12, 18, ibid., col. 1131, 1166, 1170. L'auteur du De rebaptismate remarquait avec raison que, dans l'Évangile et même dans la pratique ecclésiastique, ces deux sacrements étaient parfois conférés isolément, De rebapt., 3, P. L., t. m, col. 1187, bien qu'il les jugeât indispensables l'un et l'autre pour être baptisé in totum. De rebapt., 6, ibid., col. 1191. De telle sorte que la mesure prescrite par le pape viserait bien la confirmation, à titre de complément nécessaire pour les hérétiques, déjà baptisés hors de l'Église mais non confirmés. Il y a là une méprise.

Déjà Corneille avait décidé, selon la coutume des anciens, de ne procéder à l'admission des hérétiques qu'après avoir obtenu d'eux la répudiation de l'hérésie et la confession de la foi orthodoxe, en faisant uniquement sur eux la prière qui suit l'imposition des mains; [jlo'vï) i-îj ôtà yeipàiv imbiaiuii; eù^r). Eusèbe, H. E., vu, 2, P. G., t. xx, col. 641. Il n'est pas question de la confirmation. Etienne n'en parle pas davantage : ce qu'il exige comme condition indispensable d'admission, ce n'est pas l'imposition des mains ad Spiritum Sanctum , mais simplement celle in psenitentiam.

L'imposition des mains in psenitentiam était la règle ordinaire pour réconcilier les chrétiens convertis après leur chute dans l'hérésie ou leur passage au schisme. Sur ce mode particulier de réconciliation, pas de difficulté. Cyprien et ses partisans la connaissaient bien. Epist., lxxi, 2; lxxiv, 12; Conc. Carth. de bapt., III, P. L., t. m, col. 1106, 1136, 1059. En pareil cas, la pénitence était accompagnée d'œuvres satisfactoires assez pénibles et constituait une irrégularité canonique. Ce n'était pas celle qu'Etienne songeait à imposer à ceux qui avaient été baptisés dans l'hérésie. Le cas n'était pas le même et ne pouvait pas comporter une pénalité aussi grave. Il l'appelle pourtant comme l'autre une imposition des mains in psenitentiam , pour marquer son caractère spécial, qui était la correction d'une faute. C'était plutôt, comme le remarque Innocent Ier, une image de la pénitence que la pénitence proprement dite, Epist., xxiv, 3, P. L., t. xx, col. 550; une sorte de satisfaction

et de pénalité qui n'avait pas la rigueur de la pénitence ordinaire et ne différait point l'admission dans l'Église de l'hérétique converti. C'est ainsi que Vigile, au vie siècle, distinguant bien les convertis baptisés dans l'hérésie de ceux qui avaient été baptisés dans l'Église catholique, dit que la réconciliation de ces derniers se fait, non per illam imposilionem manus quse per invocalionem Sancti Spiritus fit, sed per illam qua psenitentise fructus acquiritur et sanclse communioni restiluilur. Ad Euther. epist., n, 3, P. L., t. lxix, col. 18.

Il y a donc lieu, semble-t-il, de distinguer une double imposition des mains in psenitentiam : l'une, appliquée aux catholiques, coupables d'hérésie ou de schisme, entraînant avec elle une série d'œuvres satisfactoires et différant la réconciliation jusqu'à l'achèvement complet de ces œuvres; l'autre, exclusivement réservée à ceux qui ont été baplisés dans l'hérésie, simple image de la pénitence laborieuse, mais condition nécessaire de leur admission immédiate. Celle-ci, prescrite par le pape Etienne pour régulariser une situation fausse, parce qu'il fallait, comme dit saint Augustin, corrigere quod pravum est, non iterare quod datum est ; sanare quod vulneratum est, non curare quod sanum est. De bapt., il, 7, 12, P. L., t. xliii, col. 133. Et c'est ce caractère de correction qui lui a valu le titre d'imposition des mains in psenitentiam. Cette imposition des mains était accompagnée d'une prière. Manus imposilio... quid est aliud nisi oratio super hominem? S. Augustin, De bapt., m, 16, 21, P. L., t. xliii, col. 149. La formule de la prière qui accompagnait cette imposition spéciale des mains in psenitentiamne différait pas de celle qu'on employait dans la collation du sacrement de la confirmation; elle renfermait la même invocation du Saint-Esprit septiformis, Martène, De ant. Eccl. ritibus, t. i, p. 249 sq. ; mais, dans une partie de l'Occident du moins, il n'y était pas fait mention de la consignatio qui servait à caractériser le sacrement de la confirmation.

A partir du concile d'Arles, en 314, l'expression du pape Etienne in psenitentiam ne parait plus. Dans l'Église romaine, l'imposition des mains est dite ad Spiritum Sanctum, Conc. Arelat., can. 8, dans Ilardouin, t. I, col. 265; Sirice, Epist., 1, 1T dans Ilardouin, t. I, col. 847; Epist., v, 8, P. L., t. xm, col. 1160; Innocent I", Epist., n, 8; xvn, 4, P. L., t. xx, col. 475, 531. Léon Ier nous en donne la raison : quia formant tantum baplismi sine sancti fi cationis virtute susceperunt , Epist., clix, 7, P.L., t. liv, col. 1139; invncata virtute Spiritus Sancti, quam ab hœreticis accipere non potuerunt. Epist., clxviii, 18, P. L., t. liv, col. 1200. Cf. Epist., clxvi, 2, ibid., col. 1194. En Orient, à l'imposition des mains on joignit la chrismatio ; c'est-à-dire on donna le sacrement de la confirmation. Quœst. ad orthod., xiv, dans saint Justin, P. G., t. vi, col. 1261 ; Conc. Laodic, can. 7, dans Hardouin, 1. 1, col. 781 ; Conc. Constant., I, can. 7. Il en fut de même en Gaule et en Espagne. Gennade, De Ecoles. dogm.,LU, P. L., t. lviii, col.993; Conc. Araus.,

I, can. 2, dans Ilardouin, t. i, col. 1784; Conc. Arelat.,

II, can. 17, dans Hardouin, t. n, col. 774; Fauste de Riez, De grat. Dei et lib. arb., i, 15, P. L., t. lviii, col. 807; Walafrid Strabon, De reb. Eccl., xxvi, P. L., t. exiv, col. 958; Grégoire de Tours, Hist., n, 31, 31; iv, 27, 28; îx, 15, P. L., t. lxxi, col. 227, 230, 291, 292,493; Conc. Tolet., III, dans Hardouin, t. m, col. 471. Enfin, un troisième changement se fit à partir du concile général d'Éphèse, en 451 ; on exigea de la part des hérétiques une profession de foi orale et écrite. Léon Ier, Epist., i, 2; xxviii, 6, P. L., t. liv, col. 594, 780. Et saint Grégoire le Grand résume ainsi les divers modes employés pour la réception des hérétiques : aut unctione chrismatis, aut impositione manus, aut sola professione fidei, distinguant la confirmation de la simple imposition des mains; unde arianos per imposilionem manus Occidens, per unelionem vero chrismatis Oriens; mono-

pliqsitas et alios cxsola confessione fidei. L. XI, ind. iv, Episl., lxvii.P. /.., t. lxxvii, col. 1205, 1206.

Il est à remarquer qu'il n'est plus question du baptême; et si la primitive imposition des mains in pœnitentiam du décrel d'Etienne a cédé la place soit à l'imposition des mains ad Spiritum Sanctum, soit à la confirmation, soit à une proiession de foi orthodoxe, c'est là une mesure disciplinaire que l'Église a adaptée aux diverses circonstances de temps, de lieux et de personnes. Il n'en reste pas moins que le pape Etienne a eu raison contre les rebaptisants.

IV. Le baptême des hérétiques après saint Cyprien. — La controverse entre saint Cyprien et le pape saint Etienne relativement à la validité du baptême des hérétiques s'acheva sans schisme, mais aussi sans réussir à introduire l'uniformité dans la pratique ecclésiastique. Chacun des partis continua à admettre les hérétiques convertis, soit par la simple imposition des mains, soit par la collation du baptême, selon qu'il regardait le baptême donné et reçu dans l'hérésie comme valide ou comme nul. C'était là ce qu'il aurait fallu décider tout d'abord; après quoi il importait de bien caractériser la nature du rôle du ministre, dans la collation de ce sacrement, et du sujet, dans la réception du baptême. A Rome, on tenait pour valide tout baptême conféré avec la formule trinitaire, quelle que fût la toi ou la dignité de ministre; et on estimait que, même dans l'hérésie, on pouvait recevoir la rémission des péchés, secundum quod credidit. Episl., lxxiii, 4, P. L., t. m, col. 1112. Tout opposé était le point de vue des rebaptisants. Ce n'est que peu à peu que ces divers points devaient se préciser et que la notion du sacrement devait se dégager.

Dès le début du ive siècle, les donatistes, tirant des principes de saint Cyprien la conséquence qu'ils renfermaient, déclarèrent nul tout baptême conféré par un ministre indigne, fut-il orthodoxe; ils se mirent à baptiser quiconque venait à leur parti, même de l'Église catholique, parce que les ministres catholiques, étant traditeurs, ne pouvaient conférer validement le .baptême. Ils furent condamnés. Saint Optât de Milève reconnaît la validité du baptême des donatistes, qu'il tient non pour hérétiques mais seulement pour schismatiques; il n'admet pas le baptême conféré par les hérétiques. De schism. donatist., 1. I, n. 10, 12; 1. V, n. 3, P. L., t. xi, col. 903, 10i8. Il condamne le baptême des hérétiques parce qu'ils n'avaienl pas la vraie foi sur la divinité. En 314, le concile d'Arles eut à se prononcer sur la coutume africaine. Plaçant la question sur son vrai terrain, les Pères de ce concile tinrent pour valide le baptême conféré selon la forme indiquée par l'Évangile cl pratiquée par l'Église, abstraction faite de l'orthodoxie ou de la moralité du ministre. Ils exigèrent qu'on interrogeât les hérétiques sur le symbole; s'il était acquis qu'ils avaient été baptisés selon la formule trinitaire, l'imposition des mains suffisait pour les admettre; dans le cas contraire, la collation du baptême était requise. Can. S, Hârdouin, t. i, col. 265. Or, pour certains hérétiques, la question à poser devenait inutile, car il était certain qu'ils n'employaient pas la formule baptismale requise ou qu'ils la défiguraient complètement; pour eux, la collation du baplé catholique s'imposait. Ce fut en particulier le cas dis disciples de Paul de Samosate, spécialement visés par le canon 19 du concile de Nicée, Ilardouin, t. i, col. 331, et dont, un siècle plus tard, Innocent I" dis, ut qu'ils ne baptisaieni pas au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Epist., xxn,.r>, Hârdouin, 1. 1, col. 1018, ou Epist., xvn, 5, P. L., t. xx, col. 533. Le cas des paulianistes ne resta pas isolé; car le concile de Laodicée, cm. 8, Hârdouin, t. i,col. 781, soumit au baptême certains montanistes qui ne conservaient plus la formule orthodoxe que Terlullicn leur reconnaissait de son temps. Adv. Prax., 2, P. L., t. il, col. 157. Dans d'autres cas,

on hésita sur la validité du baptême conféré. Saint Athanase, quand on lui oppose que les ariens baptisent selon la formule trinitaire, réplique : ils la faussent; leur baptême est vain et inutile. Cont. arian. orat., n, 42, P. G., t. xxvi, col. 237. Il en est d'autres qui ne l'entendent pas davantage dans le sens de l'Église; tels, les manichéens, les phrygiens, les paulianistes. lbid. Saint Basile le Grand connaît les décisions prises contre les cathares, les encratites et les hydroparastates; il sait que certains évêques d'Asie n'en acceptent pas moinsleur baptême; il rejette le baptême des pépusiens et des encratites, Epist., clxxxviii, can. 1, P. G., t. xxxn, col. 664-669; au sujet des femmes qui, après avoir fait vœu de virginité dans l'hérésie, l'ont violé en se mariant, il dit : to-jto'jç... aveu Paim'<7|j.oc:oç y] 'Ey.xXY)<rt'a o-j 7rapaôs-/ETat, Epist., cxcix, can. 20, P. G., t. xxxii, col. 720; il signale enfin l'usage de Césarée vis-à-vis des encratites, des saccophores et des apotactites : nous ne les recevons pas sans leur avoir conféré notre baptême. La raison en est que ces hérétiques n'ont pas la véritable foi en Dieu. Basile n'ignore pas l'usage contraire de Rome et de quelques provinces d'Asie; il ne le blâme pas, mais il désirerait qu'un synode réduisit toutes ces divergences à l'unité. Ibid., can. 47, col. 732. Saint Cyrille de Jérusalem, Procatech., 7, P. G., t. xxxm, col. 345, déclare qu'à Jérusalem on ne rebaptise que les hérétiques, parce que leur premier baptême n'est pas un véritable baptême.

Un canon du concile de Constantinople de 381, le 7e, bien que d'addition postérieure, mais reconnu et accepté plus tard par le concile in Trullo, constate l'usage de l'Église à la réception des hérétiques : ariens, macédoniens, sabbatiens, novatiens, quartodécimans, appollinaristes ne sont pas soumis au baptême, parce qu'ils l'ont reçu validement; il en est autrement pour les eunomiens, les montanistes et les sabelliens. Hârdouin, t. i, col. 813. Gennade dit clairement : lllos qui non sanctse Trinitatis invocatione apud Itxreticos baptizali sunt et veniunt ad nos, baptizari debere pronuntiamus, non rebaptizari. Car le baptême des disciples de Paul de Samosate, de Proclus, des borborites, des photiniens, des montanistes, des priscillianistes est nul. De dogm. Eccl., lu, P. L., t. lviii, col. 993. Bref, à partir du ve siècle, grâce surtout à saint Augustin, la validité du baptême, de l'aveu général, dépendait de la fidèle observation de la formule trinitaire. Il ne fut plus question de le réitérer, mais de le conférer à quiconque ne l'avait pas reçu validement; mais comme le seul fait d'avoir reçu le baptême de la main d'un hérétique ou d'un schismatique constituait un acte illicite, il resta entendu, dans la pratique de l'Église, qu'on ne devait admettre les convertis, qu'en leur imposant les mains ou en leur donnant la chrismatio. Cf. J. Ernst, Der /il. Augustin ùber die Enlscheidung der Kelzertauffrage durch ein Plenarconcil, dans la Zeitschrift fur kat/iolische Théologie, 1900, p. 282-325; Id., Die Ketzertaufangelegenheit in der altchristlichen Kirche nach Cyprian [Forschungen zur christlichen Litteratur und Dogmengeschichle, de Ehrhard et Kirsch, Mayence, 1901, t. II, fasc. 4).

Sources. — S. Cyprien, Epist. ad Januariwn, ad Quintum. ad Steplianum, ad Jubaianum, ad Pompeium, i.xx-lxxiv, P. L., t. m, col. 1036, 1103, 1046, 1100, 1128; Concilia Carthaginensia, I, II, III, de baptismo, P. L., t. ni, col. 1030, 1046,1052; Firmilîen, Epist., lxxv, inter Cypriani epist., P. L.. t. m, col. 1 154; Anonyme, De rebaptismate, P. I... t. m, col. 1183 sq. ; Eusèbe, //. E., vu, 2-9, P.C. t. xx, col, 640 sq.; S. Jérôme, Dialogus adv. Luciferianos, /'. /.., t. xxm, cul. 163 sq. ; S. Au- : i! tin, De baptismo contra donatistas, P. /.., t. xi.m, col. 107 sq.; Contni Cresconium, n, 81; ni, /'./... t. xi.ui, cet. 489 sq.; Contra Gaudentium, n./'. /... t. m.iii, col. T'it sq. ; Evist., xciii, 10, P. L-, t. xxxm, col. 338 sq.; S.Basile, Ad Ampnilochium,

ICl>ist. eau., i, n, CLXXXVIII, CXCIX, J'- G., t. xxxu, col. 668

sq. ; Vincent de Lérins, Gommonit., vi, /'. /.., t . i., cul. 045, 0'a>.

BAPTÊME D'APRÈS LES MONUMENTS DE L'ANTIQUITÉ

Travaux. — Baronius, Annales, ad ann. 258, n. 11 sq. ; Pagi, Critica in Baronium, ad ann. 255, n. 9-16, ad ann. 256, n. 3- 17; Bellarmin, De romano pontiflce, iv, 7; Maran, Prse/atio ad opéra sancli Cypriani, P. L., t. IV, col. 9 sq. ; Thomassin, In concilia, diss. II, P. L., t. m, col. 1219 sq. ; Coustant, Dissertatio qua vera Stephani circa receptionem hsereticorum sententia explicatur, P. L., t. m, col. 1249 sq. ; Anonyme, Auctoritas pontificia a quibusdam neotericis acriter impugnata sedasapientissimis Gallioe theologis solide vindicata,Dissertatio historico-dogmatica, P. L., t. m, col. 1273 sq. ; Schelstraete, Antiquit. illustr., part. II, diss. I, c. v, 1678; Du Pin, Bibliothèque..., t. i, p. 151, 176; Tillemont, Mémoires..., t. IV, saint Cyprien, a. 42-52 et notes 42-44; Noël Alexandre, Hist. eccles., saec. m, diss. XII, XIII, XIV, avec les notes de Roncaglia et de Mansi; Suyskenus, De S. Cypriano comment, prxv., 38 sq., dans les Acta sanctorum, sept., t. IV, p. 295 sq. ; Chicanot, Dissertation sur la célèbre dispute entre le pape Etienne et Cyprien évèque de Carthage, Paris, 1725; Marchetti, Esercitazioni ciprianiche, Rome, 1787; Rettberg, Cyprian, Gœttingue, 1831; L. Roche, De la controverse entre S. Etienne et S. Cyprien au sujet du baptême des hérétiques, Paris, 1858; J.-B. Tliibaud, Question du baptême des hérétiques, discutée entre le pape saint Etienne I" et saint Cyprien, évèque de Carthage, Paris, 1863; Schwane, Controversia inter D. Stephanum et D. Cyprianum, Munster, 1860; Tizzani, La célèbre contesa fra San Stefano e san Cypriano, Rome, 1862; Peters, Der h. Cyprian, Ratisbonne, 1877 ; Freppel, Saint Cyprien et l'Église d'A/rique au m' siècle, Paris, 1865; Hefele, Histoire des conciles, trad. Leclercq, Paris, 1907, t. i; Duchesne, Les origines chrétiennes (lithog.), p. 412-431 ; P. Monceaux, Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne, Paris, 1902, t. il, p. 36-39,45-47, 56-64. 78-80, 226-232; Diction, apolog., 1909, t. I, col. 390-418.

Bibliographie dans de Smedt, Dissertationes selectse..., Paris, 1876, p. 219-221, 236-237 ; Blanc, Cours d'histoire ecclésiastique, t. i, p. 303.

G. Bareille.

IV. BAPTÊME D'APRÈS LES MONUMENTS DE L'AN- TIQUITÉ CHRÉTIENNE. — I. Les monuments. II. Leur valeur théologique.

I. Les monuments. — L'idée de la résurrection glorieuse domine l'art chrétien primitif. Pour arriver à cette félicité suprême, le baptême était nécessaire. Joa., m, 5. Il était donc naturel que ce sacrement fût représenté dans les anciens monuments. Les nombreuses représentations qu'ils reproduisent sont de deux sortes: elles sont soit réelles ou mixtes, soit symboliques.

/. REPRÉSENTATIONS RÉELLES OU MIXTES. — 1° Il y

en a une de la fin du IIe siècle dans la chapelle des sacrements a'2 : Moïse fait sortir l'eau du rocher; à côté, un pêcheur, assis sur le bord du bassin dans lequel l'eau tombe, retire un poisson avec l'hameçon, et un homme verse de l'eau en abondance sur un garçon tout nu. De Rossi, Roma sotter., t. H, pi. xvi, 5; et mieux Wilpert, Malereien der Sakramentskapellen, p. 7, tig. 6. Dans la chapelle a3, qui est voisine de la précédente, les mêmes scènes sont représentées, avec cette différence qu'à la place du chrétien ordinaire, c'est le Christ qui est baptisé par saint Jean, symbole de notre propre baptême; la scène du paralytique emportant son grabat y est encore ajoutée. De Rossi, op. cit., pi. xv, 6; et mieux Wilpert, op. cit., p. 18, lig. 11. Une peinture plus ancienne, du commencement du IIe siècle, existe à la chapelle grecque, dans la catacombe de Priscille : elle représente Moïse frappant le rocher, le paralytique, et, d'après ce qui reste encore de peinture à la voûte presque complètement détruite, la collation du baptême. Wilpert, Fractio partis, édit. franc., Paris, •1896, p. 60 sq., pi. vi. — 2° Après Constantin, les scènes réelles du baptême deviennent plus nombreuses. Les suivantes méritent une attention particulière : 1. La pierre funéraire d'Aquilée (fig. 1), publiée, entre autres, par De Rossi, Bullett., 1876, pi. i, 2; Garrucci, Sloria dell'arte, t. vi, pi. 487, n. 26; Martigny, Dictionnaire, 2e édit., p. 322, et plus exactement par Wilpert, Die altchrisll. Inschriften Aquileias, dans l'Ephemeris Salonitana, 1894, fasc. iv, p. 39. — 2. La cuiller d'argent émaillée, du IVe siècle, trouvée aussi à Aquilée, en 1792.

Garrucci, pi. 462, 8; Martigny, op. cit., p. 82; De Rossi, Bullel., édit. franc., 1868, p. 83, etc. On y voit, debout dans un bassin, un enfant nu; l'eau descend sur lui du bec

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i. — Inscription d'Aquilée. D'après une photographie.

d'une colombe; à droite et à gauche sont divers personnages. — 3. Un fragment de verre orné de figures en creux, trouvé en 1876 sur le mont dit délia Giustizia, à Rome, près de la gare actuelle. De Rossi, Bullett., 1876, pi. I, 1. Au milieu est une jeune lille, du nom d'ALBA..; sur sa tête s'appuie la main d'un personnage disparu par suite d'une brisure du verre. « D'un vase suspendu en l'air par une espèce d'encarpe globuleux, une chute d'eau tombe en abondance sur la tête de la baptisée et s'égoutte tout à l'entour de sa personne. » A gauche, on voit la colombe portant le rameau d'olivier. A droite, un homme nimbé, du nom de Mirax, revêtu de la tunique et du pallium, montre de la main gauche la baptisée à quelqu'un qui s'approche en venant de droite. D'après M. De Rossi, loc. cit., p. 17, le baptême étant accompli, la jeune fille sort du bain salutaire, et le prêtre Mirax la remet à ses parents. — 4. Un sarcophage de Mas-d'Aire, Le Blant, Sarcophages chrét. de la Gaule, Paris, 1886, p. 98-99, pi. xxvi, 1 ; Pératé, Archéologie chrétienne, p. 323, nous montre, « avec Lazare ressuscité et Daniel orant, d'une part Adam et Eve et le baptême d'un adolescent, de l'autre une jeune fille... » — 5. Une autre scène du baptême existait sur une peinture plus récente de Sainte-Pudentienne. Martigny, op. cit., p. 83, et ailleurs, d'après Ciampini, Vetera monimenta..., Rome, 1690-1699, t. n, p. 20, pi. vi, 1.

;/. représentations SYMBOLIQUES, — Les symboles du baptême dans l'art chrétien se divisent en deux classes, selon qu'ils ont ou qu'ils n'ont pas de prototypes bibliques. — 1° Prototypes bibliques. — 1. Le déluge et l'arche de Noé. — D'après Corblet, Histoire du sacrement de baptême, t. n, p. 514, ce symbole signifie le salut procuré par le baptême, tandis que la colombe et l'olivier indiquent la paix communiquée par le Saint-Esprit dans ce sacrement. En raison de la présence de certains détails, nous doutons que l'artiste ait visé directement le baptême. C'est plutôt l'Eglise qu'il avait en vue.

2. Le passage de la mer Rouge. — Cette scène ne se rencontre que sur les sarcophages (et les mosaïques) postérieurs à l'an 300. Garrucci en a publié une douzaine de représentations. Cf. Le Blant, Étude sur les sarcophages d'Arles, Paris, 1878, n. 36, 42, 43, etc. D'après l'enseignement des Pères (voir plus haut), elle symbolise le baptême. Une autre signification directement funéraire, la sortie de l'âme de ce monde, est plus souvent visée par l'artiste, d'après Le Blant, op. cit., p. xxx, du moins, sur les monuments funéraires.

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