XI. BAPTÊME DES INFIDÈLES, D'APRÈS BENOIT XIV
— Théologiens et canonistes dissertaienl depuis le moyen âge sur la validité, la licéité et les conséquences du baptême des enfants d'infidèles. Au milieu du
xviif siècle, l'accord complet n'était pas encore réalisé. D'autre part, les missions chez les peuples infidèles se multipliaient; de nombreux cas de conscience étaient posés à l'occasion du baptême des enfants de païens ou de juifs. Déjà, les souverains pontifes et la S. C. du Sainl-Ofiîce avaient rendu plusieurs décisions. En 174 i, Benoît XIV fut amené à discuter cette question : doiton baptiser les enfants d'un père turc et d'une mère chrétienne, si cette dernière le désire ? Le pape y répond dans un paragraphe de la lettre lutcr omnigenas. Trois ans plus tard, nouvelle consultation : un chrétien avait baptisé des enfants juifs, malgré la volonté de leurs parents. Cette fois, Benoit XIV ne se contenta pas d'étudier le fait particulier : il résolut de donner l'enseignement définitif dont le besoin s'accusait toujours davantage : car, il l'avait constaté, les décisions particulières des tribunaux étaient ignorées ou peu connues, le désaccord des théologiens jetait dans l'indécision ceux qui les consultaient, parfois d'ailleurs on se dispensait de le faire. Le pape écrivit donc la longue lettre Postremo mense, du 28 février 1747, afin de résoudre les cas de conscience les plus fréquemment soulevés à l'occasion du baptême des juifs enfants et adultes. Mais il n'avait pas prétendu épuiser la question. Aussi, en 1751, un fait nouveau sollicitait une nouvelle solution : devait-on accorder le baptême à un enfant d'infidèles présenté par son aïeule paternelle? La lettre Probe te meminisse, du 15 décembre 1751, non seulement résout le cas posé, mais rappelle, précise et complète les déclarations antérieures.
Benoit XIV ne parle pas en théologien privé, il rend des décisions, il « enseigne », comme dit saint Alphonse de Liguori, Theologia moralis, 1. VI, tr. II, c. I, n. 126, et comme l'ont compris tous les théologiens. D'autre part, si ses décisions sont données à l'occasion de cas particuliers, elles ont, lui-même le déclare, une valeur universelle. La principale lettre, celle de 1747 que résume d'ailleurs celle de 1751, est adressée à l'archevêque de Tarse faisant fonctions de vicaire du souverain pontife à Borne, mais elle est destinée à toute l'Église. Lettre Postremo mense, n. 2. Ce n'est donc pas seulement des enfants de juifs que parle Benoit XIV, mais aussi des fils d'infidèles. 11 applique aux uns ce qu'il a affirmé des autres, il emploie indifféremment les deux locutions. Dans la lettre Postremo mense, cependant, plusieurs affirmations conviennent exclusivement aux juifs des États pontificaux : ce sont des déclarations sur la manière de leur appliquer les règles communes. Ainsi, l'enseignement de Benoit XIV sur la validité et la licéité de la collation du baptême à des infidèles est absolument général. Mais le pape ne traite pas dans toute son ampleur cette question : est-il toujours prudent, convenable d'accorder le sacrement Iorsqu'en droit strict il n'est pas défendu de le faire? Dans les deux lettres de 1747 et de 1751, il ne s'occupe guère que de l'opportunité de la collation du sacrement aux juifs des États pontificaux : les règles qu'il donne à ce sujet peuvent donc ne pas convenir à toute époque et à tout lieu.
Les trois lettres de Benoît XIV sont insérées dans Sanctissimi doniiui nostri Benedicli papœ XIV Builarium, Venise, 17(38, t. i, p. 135; t. il, p. 85-10'.!; t. m, p. 187-198. Elles sont reproduites dans la collection de Raphaël de Martinis, Juris pontificii de Propagandap.de, part. I, Rome, 1890, t. in, p. 132, 321-342, 471-482. L'Enchiridion de Denzinger contient, n. 1333-1842, les principales affirmations de la lettre Postremo mense sur le baptême îles enfants des infidèles. Dans cet article, pour la commodité des citations, la lettre de 1744 sera désignée par A, celle de 1747 par I!, et celle de 1751 par C. — I. Baptême des enfants, II. Baptême des adultes.