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vine et la nature humaine ; on ne peut plus dire avec saint Jean , que le Verbe s'est Tait chair , que Jésus-Christ est vrai Dieu , que le Fils de Dieu a souffert pour nous, est mort, nous a rachetés, etc.
Voyez Nestoiiiasisme.
Si , au contraire, il n'y a qu'une seule nature en Jésus-Christ, comme le soutenoii Eutychès , si la nature humaine est absorbée en lui par la Divinité et ne subsiste plus, Jésus-Christ n'est pas vrai homme, il a eu tort de se nommer Fils de V homme; la Divinité seule subsistante en lui n'a puni souffrir, ni mourir, ni satisfaire pour nous; tout cela ne s'est fait qu'en apparence , comme le prélendoient les hérétiques du second siècle.
Ces deux hérésies anéantissent donc , chacune à sa manière, le mystère de l'incarnation et de la rédemption du monde. Les Pères et le concile de Chalcédoine ont donc eu raison de dire anathème à Nestoriusetà Eutychès, de décider qu'il y a dans Jésus-Christ une seule personne, qui est le Verbe, et deux natures , sans être changées , confondues, ni divisées.
Si les critiques dont nous parlons avoient été bons théologiens et non simples littérateurs, s'ils avoient pris la peine de lire les Pères qui ont réfuté Nestorius et Eutychès , ils auraient senti que
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Quand ils auroient eu raison pour le fond , Ton ne pourroit encore excuser ni les fureurs de Dioscore, ni le brigandage d'Ephèse, ni la sédition des moines de la Palestine, ni le soulèvement de l'Egypte. On blâme aujourd'hui les empereurs d'avoir employé la violence pour les réprimer; mais ils y étoient forcés, ils ne s'obstinoient à faire recevoir le concile de Chalcédoine, que pour arrêter les progrès du fanatisme des eutychiens.
5° Les eutychiens prétendoient soutenir la doctrine de saint Cyrille d'Alexandrie , approuvée et adoptée par le concile général d'Ephèse en 431 , et, si nous en croyons les critiques protestants , saint Cyrille avoit parlé à peu près comme Eutychès. Ils se trompent. Autre chose étoit de dire, comme saint Cyrille, saint Athanasc et d'autres , qu'il y a en Jésus-Christ une nature du Verbe incarnée, una naturel Fcrbi incarnata, et autre chose de soutenir, comme Eutychès , qu'il y a une seule nature du Verbe incarné , una tantùm natura Verbi incarnati. Dans la première de ces propositions , le mot nature est évidemment pris pour la personne du Verbe ; puisqu'cnlin ce n'est point la nature divine abstraite de ia personne qui s'est incarnée , mais la nature subsistante par la personne. Dans la seconde le ce n'étoit point là une dispute de mots , j mol nature est pris dans le sens abstrait ;
mais une erreur grossière de part et d'autre, dont chacune entraînoit les conséquences les plus contraires à la foi , et qu'il étoit absolument nécessaire de proscrire.
2° Que les partisans d'Eutychès ne se
elle exprime que le Verbe incarné n'a plus qu'une seule nature, qui est la nature divine, parce que la nature humaine en Jésus-Christ est absorbée par la Divinité. Le sens de l'une de ces propositions est donc très-différent de l'autre;
soient pas entendus, cela n'est que trop ] si les eutychiens ne Pont pas senti, ils
prouvé par les divisions et les schismes qui se sont formés parmi eux. De quel droit se sont-ils donc élevés contre la décision du concile de Chalcédoine, qui étoit la voix de l'Eglise universelle, de l'Orient et de l'Occident réunis? Furieux au seul nom de Nestorius, ils n'ont jamais voulu comprendre qu'il y avoit un milieu entre sa doctrine et celle d'Eutychès ; que le concile avoit saisi ce milieu en condamnant l'une et l'autre , et en décidant qu'il y a en Jésus-Christ deux natures et une seule personne.
ont mal raisonné : s'ils Tout compris , ils | dévoient se soumettre à la décision du j concile de Chalcédoine.
4° Une simple dispute de mots n'au- ! roit pas fait tant de bruit; de part et ; d'autre il se seroit trouvé quelqu'un qui i auroit démêlé les équivoques ; un simple , mal-entendu n'auroil pas causé un i schisme de douze cents ans, et qui subi sislc encore. Mous verrons que les jaco- ! biles, qui y persévèrent aujourd'hui, j n'hésitent point de dire anaihème à ! Eutychès, et de convenir qu'il a con-
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fondu les deux natures en Jésus-Christ.
Il est clair que la principale cause de tout le mal fut le caractère ambitieux , hautain, fougueux de Dioscore ; furieux d'avoir été condamné et déposé dans le concile de Chalcédoine , il osa prononcer on anathème contre ce concile et contre le pape saint Léon , dont la doctrine y avoit été suivie comme règle de foi. Les
dans toutes les églises ; à ces mots : Dieu saint , Dieu fort, Dieu immortel, il lit ajouter , qui avez souffert pour nous , ayez pitié de nous. Comme cette formule sembloit enseigner que les trois Personnes divines ont souffert pour nous , elle fut constamment rejelée par les Occidentaux , et Ton appela ceux qui l'adoptèrent théopaschites , gens qui
protestants, qui affectent de comparer j croient que la Divinité a souffert.
Dioscore à saint Cyrille, son prédéces- j ;eur, qui disent que le premier ne fit
Dans cette môme année 482 , l'empereur Zenon, sollicité par Acace, pa-
qu'imiter, contre saint Flavien , la con- ; triarche de Constantinople , et sous pré-
duite que saint Cyrille avoit tenue contre Nestorius vingt ans auparavant, sont évidemment injustes. Dans le concile général d'Ephèse , en 451 , l'autorité impériale , la force , les soldats , tenoient
texte de concilier tous les partis, publia un décret d'union , nommé énotique, âverûcov, adressé aux évéques, aux clercs, aux moines et aux peuples de l'Egypte et de la Libye. Il y faisoit profession de
pour Nestorius ; dans le conciliabule recevoir le symbole de foi dressé à Nicée, de 449, la violence fut du côté deDios- ; et renouvelé à Constantinople, et reje-
core et de son parti. Il n'avoit que trop mérité sa déposition et l'exil dans lequel il mourut en 458.
L'empereur Zenon s'étant laissé séduire par les euiychiens t les trois principaux sièges de l'Orient se trouvèrent occupés , en 482 , par trois partisans de cette secte; celui d'Alexandrie, par Pierre Mongus ; celui d'Antioche , par Pierre le Foulon ; et celui de Constantinople, par Acace. Aucun de ces trois hommes ne suivoit exactement l'opinion d'Eutychès, du moins ils ne s'exprimoient pas comme lui. Ils ne soulenoient pas qu'en Jésus-Christ la nature divine avoit absorbé la nature humaine, ni que ces deux natures étoient confondues ; ils disoient qu'en lui la nature divine et la nature humaine étoient si intimement unies , qu'elles ne formoient qu'une nature, et cela sans changement, sans confusion et sans mélange des deux ; qu'ainsi il n'y avoit en lui qu'une nature, mais qu'elle étoit double et composée. Doctrine inintelligible et contradictoire, qui *i cependant été adoptée par la foule des ■euiychiens ; dès lors ils prirent le nom de monophysites , firent également profession de rejeter la doctrine d'Eutychès et celle du concile de Chalcédoine.
Pierre le Foulon , pour répandre l'erreur dans tout le patriarcat d'Antioche, lit changer le trisagion qui se chantoit
toit tout autre symbole ; il souscrivoit à la condamnation de Nestorius, à celle d'Eutychès , et aux douze articles de la doctrine de saint Cyrille. Après avoir exposé ce que l'on doit croire touchant le Fils de Dieu incarné, sans parler d'une ni de deux natures , il ajoutoit : « Nous » disons anathème à quiconque pense ou » a pensé autrement, soit à présent , soit » autrefois, soit à Chalcédoine, soit dans » quelque autre concile que ce soit. » Ce décret fut accepté par Pierre Mongus et par Pierre le Foulon : mais comme il donnoit à entendre que le concilede Chalcédoine étoit digne d'anathème, ce même décret fut rejeté par tous les catholiques, et condamné parle pape Félix III, en 185. Moshcirn a blâmé cette fermeté avec aigreur ; il dit que ce décret fut approuvé par tous ceux qui se piquoient de candeur et de modération; mais que des fanatiques fougueux et opiniâtres s'opposèrent à ces mesures pacifiques.
Hist. ecclés.j 5e siècle, 2e part., c. 5? g 19. Mais ce n'est pas en taisant la vérité que l'on étouffe l'erreur. Plusieurs monophysites même désapprouvèrent la conduite de Pierre Mongus , et se séparèrent de sa communion ; ils furent nommés acéphales , ou sans chef; bientôt ils eurent pour protecteur l'empereur Anastase , qui pensoit comme eux , et qui plaça sur le siège d'Antioche un
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moine nommé Sévérus, duquel ils prirent le nom de sévériens. Justin , successeur d'Anastase, en 518, fut catholique; il fit son possible pour éteindre toute la secte des monophysites , mais ce parti reprit de nouvelles forces quelques années après.
Un petit nombre d'évêques qui y étoient encore attachés, mirent sur le siège d'Edesse un moine nommé Jacob ou Jacques , et surnommé Baradœus ou Zanzale , homme ignorant , mais actif et zélé pour sa secte. Il parcourut l'Orient, il réunit les diverses factions d'eutychianisme, et ranima leur courage ; il établit partout des évêques et des prêtres , de sorte que sur la fin du sixième siècle celle hérésie se trouva rétablie dans la Syrie , dans la Mésopotamie , l'Arménie l'Egypte , la Nubie et l'Ethiopie. Un certain Théodose , évêque d'Alexandrie , y avoit travaillé de son côté. Depuis cette époque, les monophysites ont regardé Jacques Zanzale comme leur second fondateur, et c'est de lui qu'ils ont pris le nom de jacobites ; protégés d'abord par les Perses, ennemis des empereurs de Conslantinople , ensuite par les mahométans , ils se remirent en possession des églises, et ils s'y sont conservés jusques aujourd'hui. Nous verrons quel est leur état actuel , au mot Jacodites.
Avant cette espèce de renaissance , ils avoient été divisés en dix ou douze factions ; vers l'an 520, Julien, évoque d'Halicarnasse, et Caïanus, évêque d'Alexandrie, enseignèrent qu'au moment de la conception du Fils de Dieu dans le sein de la Vierge Marie , la nature divine s'insinua tellement dans le corps de Jésus-Christ, qu'il changea de nature, devint incorruptible ; les partisans de cctle opinion furent nommés caïanistes, incorrupticoles , aphtarlodocétes, phantasiastes , etc. Sévère d'Antiochc et Damianus prétendirent que le corps de Jésus-Christ, avant sa résurrection, étoit corruptible ; ils eurent aussi des sectateurs que l'on nomma sévériens, da~ mic.nilcs, phartolâtres , corruplicoles.
Quelques-uns deceux-ci enseignèrent que toutes choses étoient connues à la nature divine de Jésus-Christ , mais que plu-
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sieurs choses étoient cachées à sa nature humaine ; ils furent appelés agnoëtes.
C'est encore parmi les monophysites que se forma la secte des tri théistes. Jean Acusnage , philosophe syrien , et Jean Philoponus, autre philosophe et grammairien d'Alexandrie , imaginèrent dans la Divinité trois substances ou Personnes parfaitement égales , mais qui n'avoient pas une essence commune ; c'étoit admettre trois dieux. Les philoponistes furent en dispute avec les cononistes , disciples de Conon , évêque de Tarse, touchant la nature des corps après la résurrection future, etc. On ne connoît aucune hérésie qui ait formé autant de divisions que celle d'Eutychès.
Le savant Assémani , dans sa Bibliothèque orientale, tome 2, en a donné une histoire plus exacte que tous ceux qui l'avoient précédé , et un catalogue raisonné des auteurs jacobites ou monophysites,
Mosheim , toujours protecteur des hérétiques , nous fait remarquer que le zèle imprudent et la violence avec laquelle les Crées défendirent la vérité , ont fait triompher les monophysites, et leur ont procuré un établissement solide j ffist. ceci., 6e siècle, 2e partie, c. 5, g 7. Falloit-il donc laisser anéantir la foi du mystère de l'incarnation , qui est la base du christianisme , de peur d'augmenter l'opiniâtreté des monophysites? Les empereurs grecs ne pouvoient pas les empêcher de s'établir dans la Perse , ni dans l'Ethiopie \ où ils n'avoient aucune autorité. D'ailleurs, qu'ont gagné ces sectaires à préférer la domination des mahomélans à celle des empereurs grecs? Ils sont tombés dans uncy espèce d'esclavage , dans une ignorance grossière, dans un état de mépris er d'opprobre; et cette secte, autrefois si étendue , diminue tous les jours , au grand regret des protestants , par les travaux des missionnaires catholiques.
Foyez Jacomtes.
Eutychiens , est encore le nom d'une autre secte d'hérétiques , qui étoient une branche des ariens eunomiens , et de laquelle nous avons parlé sous le nom
d'EUNOMlO-EUPSYCMEXS.
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comparoit ce que Suétone.
ÉVANGÉLISTE, nom donné aux quatre disciples que Dieu a choisis et inspirés pour écrire l'Evangile , ou l'histoire de Notre-Seigneur Jésus-Christ :
ce sont saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean.
Saint Matthieu et saint Jean étoient apôtres , saint Marc et saint Luc étoient disciples; on ne sait pas positivement si ces deux derniers ont été du nombre des soixante -douze disciples qui suivoient Jésus-Christ, et s'ils l'ont entendu prêcher lui-même , ou s'ils ont été seulement instruits par les apôtres.
Dans l'Eglise primitive , on donnoit j ]1 cite aux Juifs les prophéties selon le aussi le nom tfév ange liste s à ceux qui j sens qu'y donnoient leurs docteurs, et alloient prêcher l'Evangile de côté et j en tire ainsi un argument personnel.
Si Ton
Florus, Plutarque , Dion-Cassius, ont écrit sur le règne d'Auguste , on y trouveroit bien plus de différence et de contradictions apparentes qu'il n'y en a entre nos quatre évangélistes.
Il paroît que chacun des évangélistes a eu un dessein particulier et analogue aux circonstances dans lesquelles il se trouvoit. Celui de saint Matthieu étoit de prouver aux Juifs que Jésus-Christ est véritablement le Messie : conséquemment il montre , par sa généalogie , qu'il est né du sang de David et d'Abraham.
d'autre , sans être attachés a aucune Eglise particulière. Quelques interprètes pensent que c'est dans ce sens que le diacre saint Philippe est appelé évangéliste, AcL, c. 21 , jL 8; et que saint Paul recommande à Timothée de remplir les fonctions d'évangéliste, I. Tim.y c. 4, f. 5. Le même apôtre , dans son Epître aux Ephésiens , c. 4 , f . 21 , met les évangélistes après les apôtres et les prophètes.
Plusieurs incrédules ont fait tous leurs
Saint Marc semble n'avoir eu d'autre
! intention que de faire une histoire
j abrégée des actions et des discours de
j Jésus - Christ , pour en instruire , du
] moins en gros , les fidèles. Saint Luc
s'est proposé de rendre cette histoire
] plus détaillée , de rassembler tout ce
qu'il avoit appris des témoins oculaires,
de suppléer à tout ce qui avoit été omis
dans les deux Evangiles précédents.
Saint Jean a eu principalement en vue
de réfuter les hérésies qui commençoient
efforts pour prouver que les évangélistes j à éclore sur la divinité de Jésus-Christ , ne s'accordent point dans l'histoire qu'ils j et sur la réalité de sa chair : c'est encore font des actions de Jésus-Christ; que, sur j le sujet de ses lettres. Conséquemment
plusieurs laits ou plusieurs circonstances, ils sont en contradiction. Pour y réussir,
il rapporte plus exactement que les autres les discours dans lesquels Jésus-
ces critiques ont fait usaged'uneméthode j Christ parle de sa personne et de son
que l'on rougiroit d'employer pour attaquer une histoire profane. Lorsque saint Matthieu, par exemple, rapporte un fait ou une circonstance de laquelle les autres évangélistes ne parlent pas , on dit qu'ils sont en contradiction avec lui. Mais en quel sens un auteur qui se tait contredit-il celui qui parle? L'omission d'un
union avec son Père. Mais aucun des quatre n'a eu le dessein de tout rapporter, et de ne rien omettre : saint Jean témoigne assez le contraire à la
fait en prouve-t-elle la fausseté? Si cela se propose; en les confrontant, l'on
étoit , de toutes les histoires qui ont été faites par divers auteurs , il n'y en auroit pas une seule qui ne fût remplie de contradiction. Quand on veut prendre la peine de consulter une concorde ou harmonie des Evangiles , on voit que les quatre textes rapprochés s'éclaircissent l'un l'autre , forment une histoire exacte et suivie.
fin de son Evangile.
Ainsi , sans qu'il y ait eu entre eux un concert prémédité, chacun d'eux dirige son ton et sa manière au but qu'il
aperçoit pourquoi l'un omet une chose que l'autre rapporte; on voit surtout qu'aucun des quatre n'a eu peur d'être contredit sur les faits qu'il raconte, parce qu'ils étoient fondés sur la notoriété publique.
Dans les articles suivants, nous verrons en quel temps chacun des évangélistes a écrit , et nous ferons quelques obser-
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valions sur leur caractère personnel.
EVANGILE, du grec hmyyètov, heureuse nouvelle : c'est le nom que l'on donne, dans le sens propre, à l'histoire des actions et de la prédication de Jésus- Christ; e. dans un sens plus étendu à tous les livres du nouveau Testament, parce que ces livres nous annoncent Vheureuse nouvelle du salut des hommes , et de leur rédemption par Jésus- Christ. \2 Evangile peut être considéré comme un livre dont il faut savoir l'origine, comme une histoire dont il est bon d'examiner la vérité , comme une doctrine dont on doit peser les conséquences : nous allons le considérer sous ces trois rapports.
Évangile , livre. Les sociétés chrétiennes , quoique divisées sur plusieurs points de croyance , reçoivent quatre Evangiles comme authentiques et canoniques, savoir : ceux de saint Matthieu, de saint Marc, de saint Luc et de saint Jean.
Celui de saint Matthieu fut écrit l'an 36 (d'autres disent 41 ) de l'ère chrétienne, par conséquent trois ans ou huit ans après l'ascension de Jésus-Christ, dans un temps où la mémoire des faits éloit toute récente : il fut composé dans la Palestine, peut-être à Jérusalem, en hébreu ou syriaque, langue vulgaire du pays, par conséquent pour les Juifs; soit pour confirmer dans la foi ceux qui étoienl déjà convertis , soit pour y amener ceux qui ne l'étoient pas encore. Le texte original fut traduit en grec de très-bonne heure , et la version latine n'est guère moins ancienne : on ignore qui furent les auteurs de l'un et de l'autre. L'hébreu subsisloit encore du temps de saint Epiphane et de saint Jérôme ; quelques auteurs ont cru qu'il avoit été conservé par les Syriens ; mais en comparant le syriaque qui existe aujourd'hui avec le grec , on voit que le premier n'est qu'une traduction du second , comme MiL\ l'a prouvé. Prolog., p. 1257 et suiv.
Plusieurs critiques ont pensé que saint Marc avoit écrit son Evangile en latin, parce qu'il le lit à Home, sous les yeux et selon les instructions de saint Pierre ,
vers l'an 44 ou 45 de Jésus-Christ. Mais il est plus probable qu'il l'écrivit en grec, langue alors très- familière aux Romains : c'est le sentiment de suint Jérôme et de saint Augustin. La dispute seroit terminée , si les cahiers de cet Evangile , que l'on conserve à Prague , et ce même Evangile entier , que l'on garde à Venise , en latin , étoient l'original même écrit de la main de saint Marc. Mais ce n'est qu'en 1555 que l'empereur Charles IV ayant trouvé dans les archives d'Aquilée un prétendu autographe de saint Marc, en sept cahiers , en détacha deux qu'il envoya à Prague.
Celui de Venise n'y est conservé que depuis l'an 1420.
Saint Luc, né à Antioche, et converti par saint Paul, écrivoit en grec, langue aussi commune dans celte ville que le syriaque; ce fut vers l'an 55 ou 55 de l'ère chrétienne. Son style est plus pur que celui des autres évangélistes ; mais il a encore conservé des tours de phrases qui tiennent du syriaque. Comme il fut attaché à saint Paul, et le suivit dans ses voyages , quelques auteurs ont cru que saint Paul lui-même avoit fait cet Evangile ; d'autres ont pensé que saint Pierre y avoit présidé : ce sont de simples conjectures.
On pense communément que saint Jean composa son Evangile après son retour de l'île de Palmos , vers l'an 9G ou 98 de Jésus-Christ, la première année de ïrajan , G5 ans après l'ascension du Sauveur, saint Jean étant alors âgé d'environ 95 ans : il le fit pour l'opposer aux hérésies naissantes de Cérinihe, d'Ebion et d'autres, dont les uns nioierJ la divinité de Jésus-Christ, les autres la réalité de sa chair. L'original grec, on Vaulographe de saint Jean , étoit encore conservé à Ephèsc au septième siècle , ou du moins au quatrième , selon le récit de Pierre d'Alexandrie. Il fut traduit en syriaque, et la version latine remonte à la plus haute antiquité.
Ces quatres Evangiles sont authentiques : ils ont été véritablement écrits par les quatre auteurs dont ils portent les noms. Nous le prouvons : ( N« XLV , p. G30. )
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1° Parla comparaison de ces ouvrages entre eux , et avec les autres écrits du nouveau Testament. L'auteur des Actes des apôtres a été certainement compagnon des voyages de saint Paul ; il se donne pour tel, et on le voit par l'exactitude avec laquelle il les raconte ; saint Paul , dans ses lettres , lui donne le nom de Luc. Or, en commençant les Actes , saint Luc dit qu'il a déjà écrit l'histoire de ce que Jésus-Christ a fait et enseigné ; et en commençant son Evangile , il dit que d'autres ont écrit avant lui. Il est donecertain que les trois premiers Evangiles, aussi-bien que les Actes, ont été écrits avant la mort des apôtres, et avant la ruine de Jérusalem, l'an 70. Les dates, les faits , les circonstances , les personnages , tout se tient et se confirme. V autographe de saint Jean, conservé au moins pendant trois cents ans dans l'Eglise qu'il avoit fondée , et dans laquelle il est mort, n'a pu laisser aucun doute sur son authenticité.
2° Par le ton, la manière, le style de ces quatre histoires ; il n'y a que des témoins oculaires , ou des hommes immédiatement instruits parces témoins, qui aient pu écrire dans un aussi grand détail les actions et les discours du Sauveur , rendre sa doctrine d'une manière aussi tidèle et aussi conforme à ce qui est rapporté dans les lettres de saint Pierre, de saint Paul et de saint Jean. Ce sont évidemment quatre écrivains juifs. L'uniformité des faits , malgré la variété de la narration , prouve qu'ils ont été instruits à la source.
5° Par l'usage constant dans lequel ont été les sociétés chrétiennes, dès l'origine, de lire dans leurs assemblées les Evangiles. Saint Justin, qui a écrit cinquante ou soixante ans après saint Jean, atteste cet usage , Apol. i , nos 66 et 67. Saint Ignace, plus ancien, en parle, ad Philad., n° 5, et il subsiste encore dans l'Eglise. Ces sociétés différentes ont-elles pu conspirer à recevoir, comme écrits des apôtres, des livres qui n'en étoient pas?
4° Au troisième siècle , Terlullien dépose de la fidélité des Eglises, fondées par les apôtres , à conserver les écrits
qu'elles en avoient reçus; c'est par leur témoignage qu'il prouve l'authenticité de tous les livres du nouveau Testament. Contra Marc., 1. A , c. 5. Avant lui , saint Irénée avoit fait la même chose. Contra Hœr., I. 5, c. 8. Aussi Eusèbe atteste, Iiist. ecclés., 1. 5, c. 25, que jamais l'on n'a douté de l'authenticité de nos quatre Evangiles.
5° Les Pères apostoliques, qui ont vécu avec les apôtres ou immédiatement après; saint Barnabe , saint Clément de Rome, saint Ignace, saint Polycarpe, Hermas, auteur du Pasteur, ont cité dans leurs écrits près de quarante passages tirés de nos Evangiles. C'est sur ces citations, jointes au témoignage des Eglises, qu'Origène, Eusèbe, saint Jérôme, les conciles de Nicée, de Cartilage, de Laodicée, se sont fondés pour discerner les livres authentiques d'avec les pièces apocryphes.
6° Les hérétiques du premier et du second siècle, Cérinthe, Carpocrate, Yalenlin , Marcion , les ébionites, les gnostiques, assez téméraires pour contredire la doctrine des Evangiles , n'ont cependant pas osé en attaquer l'authenticité, nier que ces écrits fussent des apôtres mêmes : ainsi l'attestent saint Irénée, 1. 5, c. M , n° 7, saint Clément d'Alexandrie, Tertullien , Eusèbe, etc.
II falloit donc que cette authenticité fût invinciblement établie et hors de tout soupçon.
L'on comprend que ce n'est pas ici le lieu de donner à toutes ces preuves le développement nécessaire.
Aucun des incrédules modernes, qui ont écrit contre l'authenticité des Evangiles , ne paroit les avoir connues, du moins aucun ne s'est donné la peine de les réfuter.
Quelques-uns ont écrit au hasard que ces livres n'ont paru qu'après la ruine de Jérusalem, lorsqu'il n'y avoit plas de témoins oculaires de la vérité ou de la fausseté des faits . et que l'on ne pouvoit plus les vérifier; tantôt ils ont dit que les Evangiles n'ont été connus que sous Trajan, tantôt qu'ils n'ont vu le jour que sous Dioclétien.
Outre les preuves que nous venons
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déjà de donner du contraire, il y a d'autres remarques à faire. 1° Suivant le témoignage de toute l'antiquité, saint Matthieu a écrit en hébreu : or, après la ruine de Jérusalem , les Juifs , bannis de la Palestine et dispersés , ont été forcés d'apprendre le grec ; il n'auroit plus servi à rien d'écrire un Evangile en hébreu : c'est pour cela même que celui dont nous parlons fut promptement traduit. 2° Les mêmes témoignages attestent que saint Marc a écrit sous les yeux de saint Pierre: or cet apôtre a été mis à mort trois ans avant la ruine de Jérusalem. 5° Saint Luc a certainement
qui avoient été guéris ou ressuscites par lui, avoient vécu jusqu'à son temps.
Etoit-ce là des témoins suspects? Ce fait n'est pas incroyable , puisque la fille du chef de la synagogue de Capharnaum et le fils de la veuve de Naïm étoient jeunes , lorsque Jésus-Christ les ressuscita ; s'ils ont vécu quatre-vingts ans ou davantage, ils ont vu les commencements du second siècle. Il est probable d'ailleurs que Jésus-Christ en avoit encore ressuscité d'autres , desquels les évangélistes n'ont pas parlé. Evangiles apocryphes. On a ainsi
nommé quelques histoires composées à composé les Actes des Apôtres avant j l'imitation de nos Evangiles , ou par cette époque, puisqu'il finit son histoire j des chrétiens mal instruits , ou par des à la seconde année de l'emprisonnement hérétiques qui vouloient en imposer à de saint Paul à Rome; il ne fait aucune \ leurs sectateurs; et ce nom signifie que mention ni du martyre de saint Pierre j l'on ignoroit l'origine et les auteurs de et de saint Paul , ni de la ruine de Jéru- ; ces écrits. Quelques-uns sont parvenus salem. Or, nous venons de remarquer j jusqu'ànous,dumoinsenpartie, d'autres qu'en commençant les Actes, saint Luc \ ont entièrement péri ; l'on n'en connoît déclare qu'il a déjà écrit son Evangile. J que le titre , et il n'y a pas lieu de les
11 faut d'ailleurs qu'il ait été témoin oculaire des actions de saint Paul, pour les décrire dans un aussi grand détail. 4° Saint Jean est évidemment le seul qui ait écrit postérieurement au sac de la Judée ; c'est pour cela qu'il n'a pas fait mention de la prédiction que Jésus- Christ en avoit faite ; il ne vouloit pas qu'on l'accusât d'avoir supposé une prédiction après l'événement. 5° Les Juifs, chassés de la Judée, se retirèrent les uns en Egypte , les autres en Syrie , dans la Grèce et en Italie; ils virent les Eglises d'Alexandrie, d'Antioche, d'Ephèse , de Corinthe, de Rome , etc., déjà établies, et l'on y publioit hautement les faits évangéliques. Voilà autant de témoins qui pouvoient les contredire, s'ils avoient été faux. 6° Eusèbe , Hist., 1. 5 , c. 2 i , nous apprend que , suivant la tradition établie parmi les fidèles, saint Jean,
regretter.
On met de ce nombre, i° Y Evangile selon les Hébreux ; 2° selon les Nazaréens ; 5° celui des douze apôtres ; 4° celui de saint Pierre. On conjecture que ces quatre Evangiles sont le même sous différents noms, c'est-à-dire celui de saint Matthieu, corrompu par les hérétiques nazaréens et par les ébionites.
C'est ce qui lit abandonner le texte hébreu ou syriaque de saint Matthieu, et conserver la version grecque , moins susceptible de falsification. .
5° \2 Evangile selon les Egyptiens ; 6° celui de la naissance de la sainte Vierge : on l'a en latin ; 7° le Prolevangile de saint Jacques, qui est en grec et en latin; 8° Y Evangile de l'enfance, en grec et en arabe ; 9° celui de saint Thomas est le même.
10° UEvangileâe Nicodème, en latin ; avant d'écrire son Evangile , avoit vu 11° V Evangile éternel ; 12° celui de saint ceux de saint Matthieu, de saint Marc et André ; 13° de saint Barthélemi ; 14°d'A-
de saint Luc, et qu'il en avoit confirmé la vérité par son témoignage. L. 4, c. 5, il cite Quadralus, qui vivoit au commencement du second siècle, et qui attestoit que plusieurs de ceux qui non-seule-
pcllès; 45°deBasilides; d6°deCérinthe; 17° des ébionites, peut- être le même que celui des Hébreux; 18° des encratites ou de ïatien ; 19° d'Eve ; 20° des gnostiques; 21° de Marcion ; 2:2° de
ment avoient vu Jésus - Christ , mais i saint Paul , le même que le précédent.
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23° Les petites et les grandes interrogations de Marie ; 24° le livre de la naissance de Jésus , le même que le Protévangile de saint Jacques ; 25° celui de saint Jean ou du trépas de la sainte Vierge ; 26° de saint Malhias ; 27° de la perfection ; 28° des simoniens ; 29° selon les Syriens ; 50° selon Talien , le même que celui des encratites.
51° V Evangile de Thadée ou de saint Jude; 52° de Vaîentin ; 55° de vie ou du Dieu vivant ; 54° de saint Philippe ; 55° de saint Barnabe; 56° de saint Jacques le Majeur; 57° de Judas Iscariote ; 58° de la vérité, le même que celui de Vaîentin ; 59° ceux de Leucius, de Séleucus,de Lucianus, d'Hésychius. Voyez Fabricius , Cod. Jpocryph. novi Testam.
Il est clair que plusieurs de ces prétendus Evangiles ont porté plusieurs noms différents , et que l'on pourroit peut-être les réduire à douze ou quinze tout au plus; mais comme il n'en reste que les noms , l'on ne peut assurer certainement ni leur identité ni leur différence. Il paroît que la plupart étoient plutôt des catéchismes ou des professions de foi des hérétiques, que des histoires, des actions et des discours de Jésus- Christ. Le plus grand nombre n'a paru qu'au quatrième ou au cinquième siècle, et les plus anciens ne remontent qu'à la fin du second , puisque saint Justin n'en a connu aucun. Voyez la Dissertation de Dom Calmet sur ce sujet, Bible d'Avignon, t. 15, p. 528.
Les incrédules qui ont prétendu tirer avantage de ces écrits supposés , pour faire douter de l'authenticité de nos Evangiles , ont commencé par en donner une idée odieuse qui n'est pas applicable à tous ; ils ont dit que c'étoient des fraudes pieuses, qui prouvent que la plupart des premiers chrétiens étoient des faussaires. Il n'en est rien. En effet, rien n'étoit plus naturel à un chrétien, bien ou mal instruit des actions du Sauveur , que de mettre par écrit ce qu'il en savoit , soit pour en conserver la mémoire, soit pour les faire connoître à d'autres; celui qui avoit été instruit par un disciple de saint Pierre , nommoit l' Evangile qu'il composoit Y Evangile de saint Pierre ; celui
qui avoit eu pour maître un disciple de saint Thomas faisoit de même, sans avoir aucun dessein d'en imposer à personne»
Quelques-uns peut-être , qui se nommoient Pierre ou Thomas, n'y avoient mis que leur propre nom , et des ignorants se sont imaginés faussement dans la suite que c'étoit l'ouvrage de l'un ou. de l'autre de ces apôtres. Combien n'y a-t-il pas eu d'erreurs semblables touchant les ouvrages profanes? Il n'est pas difïicile de concevoir que la plupart deces histoires étoient très-mal digérées r et qu'il s'y est aisément glissé des fables fondées sur de simples bruits populaires ; il en résulte seulement que ceux qui les ont faites étoient des ignorants crédules, et on le voit assez par le style grossier dans lequel ils ont écrit. Loin d'être étonnés du grand nombre de ces narrations , l'on doit être plutôt surpris de ce qu'il n'y en a pas eu davantage, puisque l'on a eu tout le temps de les multiplier dans les divers pays du monde pendant deux ou trois cents ans. La vérité est cependant qu'il y en a eu beaucoup moins que l'on ne pense , puisque le même Evangile apocryphe a souvent porté sept ou huit noms différents : bonne preuve que l'on n'en connoissoit ni l'origine, ni le véritable auteur. Beausobre, Histoire du manichéisme , t. d, page 4o5.
Nous ne prétendons pas disculper par là les sectaires qui ont forgé, de dessein prémédité , de faux Evangiles , pour en imposer aux ignorants : tel a été un certain Leuce , ou Lucius Carinus, hérétique de la secte des docètcs , auquel on attribue trois ou quatre faux Evangiles et d'autres écrits de même espèce, dans lesquels il n'avoit pas manqué de mettre ses erreurs. Sûrement il n'a pas été le seul faussaire qui ait vécu au second siècle , puisque dans cet intervalle il est né au moins neuf ou dix hérésies qui ont eu toutes des sectateurs, et que les chefs de ces divers partis appeloienl Evangiles les livres dans lesquels ils exposoient leur doctrine, et la même méthode a encore régné au troisième siècle.
Mais supposons pour un moment que
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tous les Evangiles apocryphes ont été de même espèce , et tous forgés dans le dessein de tromper: peut-on en tirer quelque préjugé contre l'authenticité et ia vérité de nos quatre Evangiles, comme les incrédules le prétendent?
Aucun.
1° Les Evangiles apocryphes n'ont été cités par aucun des Pères apostoliques ; les efforts qu'ont fait les incrédules pour persuader le contraire, n'ont abouti à rien. Saint Justin, mortl'an 167, n'a cité que les nôtres ; saint Clément d'Alexandrie, qui écrivoit au commencement du troisième siècle , est le premier qui en ait parlé; mais il a soin de les dinlinguer des nôtres , et de montrer qu'il ne leur attribue aucune autorité.
Origène , Tertullien , saint Irénée et les Pères postérieurs, ont fait de même.
Ainsi les mêmes témoignages, qui établissent L'authenticité de nos Evangiles, prouvent la supposition et la fausseté des Evangiles apocryphes.
A la vérité , plusieurs critiques modernes ont pensé que saint Clément , pape , dans sa deuxième lettre , n° 12 , avoit cité un passage de V Evangile des Egyptiens; mais en confrontant ce passage avec celui que saint Clément d'Alexandrie a tiré de ce même Evangile , Slrom., livre 5, n° 43, pag. 552, on voit une interpolation ou addition faite par l'auteur de cet Evangile, pour favoriser l'erreur des gnostiques-docètes , erreur contraire à la doctrine de saint Clément, pape. Preuve certaine que l'auteur de Y Evangile des Egyptiens est un hérétique postérieur à ce saint pontife , et qui en a falsifié le passage.
C'est donc très-mal à propos que, sur une supposition aussi hasardée, Ton a conclu que YEvangile des Egyptiens étoit très-ancien, qu'il paroît être antérieur à celui de saint Luc, que cetévangélisle semble y avoir fait allusion , etc. 11 n'y a aucune preuve que cet Evangile ait été connu avant le commencement du troisième siècle, f^oy. Egyptiens.
2° Nous ne fondons pas l'authenticité de nos Evangiles sur le simple témoignage des Pères , mais sur celui des JEgliscs apostoliques qui nous paroit en-
core plus fort, puisqu'elles n'ont jamais cessé de lire les Evangiles dans leur liturgie; or ces mêmes sociétés, qui attestent l'authenticité de nos Evangiles, ont rejeté les autres comme apocryphes; Tertullien l'a observé.
3° Les hérétiques ont été forcés d'admettre nos Evangiles comme authentiques , malgré l'intérêt qu'ils avoient de les suspecter : mais aucun catholique n'a voulu avouer l'authenticité des Evangiles apocryphes ; tous les Pères qui en ont parlé , ont témoigné le peu de cas qu'ils en faisoient.
A0 Par le peu qui nous reste , l'on voit que ces ouvrages n'étoient qu'une copie informe et maladroite de nos vrais Evangiles, ou que nos Evangiles même tronqués et interpolés : tel est le jugement qu en ont porté les Pères qui les ont vus. Quel préjugé peut-on donc en tirer contre les titres originaux de notre foi? L'on voit déjà, par ces réflexions, ce que l'on doit penser de la candeur des incrédules modernes, qui ont osé affirmer et répéter qu'avant saint Justin les Pères n'ont allégué que les faux Evangiles, que jusqu'au règne de Trajan Ton ne trouve que des apocryphes cités, que le christianisme n'est fondé que sur de faux Evangiles. Ici le fait et les conséquences sont également contraires à l'évidence. Le christianisme est fondé sur la certitude des faits qui sont rapportés tout à la fois dans les vrais et dans les faux Evangiles. Si ces faits n'avoient pas été vrais et universellement connus, il seroit impossible que tant de différents auteurs se fussent avisés de les mettre par écrit , les uns dans la Judée ou en Egypte , les autres dans la Grèce ou en Italie ; les uns avec une pleine connoissance, les autres avec des notions peu exactes ; les uns dans des vues innocentes , les autres dans le dessein de travestir la doctrine de Jésus-Christ. Car enfin a-t-on connu quelque faux /évangile dans lequel il ne soit pas dit ou supposé que Jésus-Christ a paru dans la Judée sous le règne de Tibère, qu'il y a prêché, qu'il y a fait des miracles, qu'il y est mort et ressuscité, qu'il a envoyé ses apôtres prêcher sa doctrine ? Dès