EXALTATION DE LA SAINTE CROIX
Voyez Croix.
EXAMEN DE LA RELIGION. Les incrédules ont souvent insisté sur la nécessité d'examiner les preuves de la religion; ils ont reproché à ses sectateursde croire, sans examen , tout ce qui la favorise, ou de ne l'examiner qu'avec un esprit fasciné des préjugés de l'enfance et de l'éducation.
Nous pourrions les accuser , à plus juste litre, de n'avoir examiné la religion que dans les écrits de ceux qui l'attaquent , et jamais dans les ouvrages de ceux qui la défendent; de croire aveu-
core aujourd'hui l'opinion des peuples | glémcnt , et sur parole , tous les faits et.
idolâtres. Nos philosophes modernes se sont donc trompés, ou plutôt ils ont voulu en imposer, lorsqu'ils ont soutenu que le culte ou le respect rendu par les païens à une idole ne s'adressoit point à la statue , mais au dieu qu'elle représen'oit ; que le dieu étoit censé résider dans le ciel et non dans l'idole. Il est évident que le culte étoit adressé au prétendu dieu comme présent dans l'idole , et à l'idole, comme demeure du dieu , ou comme gage de sa présence. Suivant la doctrine d'Homère, Jupiter se transporloit en Ethiopie, pour recevoir les offrandes, les respects et l'encens des Ethiopiens ; et si nous en croyons Virgile , Junon se plaisoit à Cartilage plus que partout ailleurs.
C'est donc malicieusement que l'on a comparé le culte que nous rendons aux images de Jésus - Christ et des saints à celui que les païens rendoient aux statues de leurs dieux. Jamais un catholique doué de bon sens n'a rêvé que Jésus- Christ ou les saints venoient résider dans leurs images ; jamais il n'a voulu adresser ses prières à la statue , comme si elle étoit animée, ou comme si un saint y étoit renfermé; jamais, en bénissant les images, on n'a demandé aux
tous les raisonnements qui paroissent lui être contraires ; d'apporter à leur examen prétendu un désir ardent de la trouver fausse, parce que l'incrédulité leur paroît plus commode quelareligion*.
Souhaiter que la religion soit vraie, parce que l'on sent le besoin d'un motif qui nous porte à la vertu , d'un frein qui réprime les passions et nous détourne du vice , d'un motif de consolation dans les peines de cette vie ; c'est assurément une disposition louable. Désirer que la religion soit fausse, afin d'être délivré de plusieurs devoirs incommodes, de jouir de la funeste liberté" de satisfaire ses passions sans remords^ de se donner un vain relief de philosophie et de force d'esprit, est-ce la preuve d'une tête bien faite et d'un cœur ami de la vertu? Laquelle de ces deux dispositions est la meilleure pour discerner sûrement la vérité ?
Loin de nous interdire Yexamen de ses preuves , la religion nous y invite. Saint Pierre veut que les fidèles soient, toujours prêts à rendre raison de leur espérance à ceux qui la demanderont ; mais il exige pour ce sujet la modestie r la défiance de soi- même , et une conscience pure. /. Pelri , c. 5, i. 15 et 16V
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Saint Paul les exhorte à être enfants de lumière , à ne faire aucun choix imprudent, à éprouver quelle est la volonté de Dieu , Ephes., c. 5, j. 8 et 17. Les Juifs, avant de se convertir, examinoient avec soin les Ecritures , pour voir si ce que les apôtres préchoient étoit conforme à la vérité, Act.s c. 17, JrAi. Jésus -Christ même les y avoit invités , Joan., c. 5, f. 59. Il dit que s'il n'avoit pas prouvé sa mission par des miracles, les Juifs n'auroient pas été coupables d'être incrédules , c. 15, f. 24. La question est donc uniquement de savoir comment Ton doit procéder dans cet examen.
Selon les incrédules, il faut examiner et comparer toutes les religions et tous les systèmes , pour savoir quel est le plus vrai. L'ont - ils fait ? La plupart en sont incapables. Ce conseil est aussi insensé que celui d'un médecin qui exhorteroit un homme à essayer de tous les «égimes et de tous les aliments possibles, sains ou malsains , pour savoir quel est le meilleur. Le plus fort tempérament Dourroit bien succomber à celte épreuve. Si , avant de croire en Dieu , il faut avoir discuté toutes les objections des athées, il faut aussi , avant de croire au témoignage de nos sens , avoir résolu tous les arguments des pyrrhoniens.
Une fois convaincus qu'il y a un Dieu, comment saurons-nous quel culte nous devons lui rendre, quelle religion il faut embrasser ? Si Dieu en a révélé une , sans doute il faut la suivre ; ce n'est point à nous de lui disputer le droit de prescrire aux hommes une religion.
Toute la question est donc réduite à examiner le fait de la révélation. Si ce fait est prouvé , entreprendrons - nous d'indiquer à Dieu ce qu'il a dû ou n'a pas dû révéler ? Voilà cependant ce que prétendent les incrédules. Ils soutiennent que tout homme doit commencer par voir si tel dogme est vrai ou faux en lui-même , pour juger si Dieu l'a ou ne l'a pas révélé. Nous soutenons que ce procédé est encore absurde, puisque Dieu a droit de nous révéler des dogmes incompréhensibles, desquels nous ne sommes pas en état d'apercevoir par
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nous-mêmes la vérité ou la fausseté. En soutenant le contraire, les déistes ont fait triompher les athées, qui prétendent que nous ne devons pas admettre l'existence d'un Dieu , duquel nous ne pouvons ni concevoir, ni concilier ensemble les divers attributs. Voyez Mystères.
Le seul examen possible au commun des hommes , est de voir si tel dogme est révélé ou non révélé; il est révélé si le christianisme nous l'enseigne , et si cette religion est elle-même l'ouvrage de Dieu. Il y a de l'entêtement à soutenir que les hommes peu instruits ne sont pas plus capables de vérifier le fait delà révélation du christianisme , que de discuter des dogmes. Voyez Fait. Les preuves de la divinité de cette religion, que nous appelons motifs de crédibilité, sont tellement sensibles , que le fidèle le plus ignorant peut en avoir autant de certitude que le docteur le mieux instruit. Voyez Crédibilité.
Celte réflexion, qui renverse le déisme par le fondement, nous fait rejeter de même la méthode d'examen toujours proposée par les hérétiques. Pour savoir si un dogme est révélé ou non révélé r ils veulent qu'un fidèle voie par luimême s'il est enseigné ou non dans l'Ecriture sainte. Nous soutenons que les fidèles du commun en sont incapables.
Non-seulement plusieurs ne savent pas lire, mais tous sont hors d'état de consulter les originaux, de décider si tel livre est authentique ou apocryphe, si le texte est entier ou altéré , si la version est exacte ou fautive, si tel passage esj ou n'est pas susceptible d'un autre sens.
Le seul examen qui soit à leur portée est de voir s'ils doivent ou ne doivent pas écouter l'Eglise catholique, s'en rapporter à l'enseignement unanime des sociétés particulières qui la composent, à la profession solennelle qu'elle fait de ne pouvoir et ne vouloir pas s'écarter de ce qui a été constamment cru , enseigné et pratiqué depuis les apôtres jusqu'à nous. Quand un ignorant n'auroit point d'autre motif de s'en tenir là que l'impuissance dans laquelle il se sent de faire autrement , nous soutenons que sa foi seroit sage , prudente , ecr-
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taine , solide, telle que Dieu l'exige de lui; plus sage et plus raisonnable que l'entêtement d'un hérétique ou d'un incrédule. Poijez Analyse de la Foi.
Il y a quinze cents ans que Tertullien nous a prévenus contre leur langage. Ils disoient de son temps , comme aujourd'hui, qu'il faut chercher la vérité, examiner, voir entre les différentes doctrines quelle est la meilleure. « Cela est faux, y> reprend Tertullien; celui qui cherche
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ses bienfaits; 2° à lui demander les lumières et les grâces nécessaires pour connoître et distinguer nos fautes ; 5° à nous rappeler en mémoire nos pensées, nos paroles, nos actions, nos occupations , nos devoirs , pour voir en quoi nous avons offensé Dieu ; 4° à lui demander pardon et à concevoir un regret sincère d'avoir péché ; 5° à former une résolution sincère de ne plus l'offenser à l'avenir, de prendre toutes les pré-
» la vérité ne la tient pas encore , ou il j cautions nécessaires pour nous en préy> l'a déjà perdue ; quiconque cherche le » christianisme n'est pas chrétien ; qui s> cherche la foi est encore infidèle. Nous » n'avons plus besoin de curiosité après
» Jésus - Christ, ni de recherche après
» l'Evangile ; le premier article de notre ! de faire tous les jours un examen parti-
server, et d'en fuir les occasions.
Outre cet examen général , nécessaire pour nous préparer au sacrement de pénitence , ils conseillent encore , à ceux qui veulent avancer dans la vertu,
» foi est de croire qu'il n'y a rien à trou- ■» ver au delà. S'il faut discuter toutes » les erreurs de l'univers , nous cher- • cherons toujours et ne croirons ja- » mais. Cherchons , à la bonne heure , » non chez les hérétiques, ce n'est point » là que Dieu a placé la vérité, mais » dans l'Eglise fondée par Jésus-Christ. » Ceux qui nous conseillent les recher- » ches veulent nous attirer chez eux , » nous faire lire leurs ouvrages , nous » donner des doutes et des scrupules ; i> dès qu'ils nous tiennent , ils érigent » en dogmes et prescrivent avec hau-
culier sur chacun des devoirs du christianisme et de l'état de vie dans lequel on est engagé , sur une vertu ou sur un vice, sur une pratique de piété, etc., pour voir en quoi l'on peut avoir besoin de se corriger.
EXCOMMUNICATION , censura ou sentence d'un supérieur ecclésiastique , par laquelle un iidèle est retranché du nombre des membres de l'Eglise.
Une société quelconque ne peut subsister sans lois ; ces lois n'auroient aucune force , si ceux qui les violent n'encouroient aucune peine ; la peine la plus
» tour ce qu'ils avoient feint d'abord de ; simple qu'une société puisse infliger à » soumettre à notre examen. » De Prœ- \ ses membres réfractaires , est de les pri-
ser//?/., c. 8 et suivants.
V examen , tel que le prescrivent les hérétiques , conduit au déisme , celui dont se vantent les déistes engendre l'athéisme , et celui qu'exigent les athées enfante le pyrrhonisme. Foy. ERREURS.
Examen de conscience , revue que fait un pécheur de sa vie passée, afin d'en connoître les fautes et de s'en confesser.
Les Pères de l'Eglise , les théologiens, les auteurs ascétiques qui traitent du sacrement de pénitence, montrent la nécessité et prescrivent la manière de faire cet examen, comme un moyen d'inspirer au pécheur le repentir de ses fautes cl la volonté de s'en corriger. Ils le réduisent à cinq points : 1° à se mettre en la présence de Dieu et à le remercier de
ver des biens qu'elle procure à ses enfants dociles. Ces notions , dictées par le bon sens, sufliroient déjà pour faire présumer que Jésus-Christ , en établissant son Eglise, lui a donné le pouvoir de rejeter hors de son sein les membres qui refuseroient d'obéir à ses lois.
Mais l'Evangile ne laisse aucun doute sur ce point; il nous apprend que Jésus-Christ a donné aux pasteurs de son Eglise l'autorité législative et le pouvoir d'imposer des peines. Il dit à ses apôtres : « Au temps de la régénération, ou » du renouvellement de toutes choses, » lorsque le Fils de l'Homme sera placé » sur le trône de sa majesté , vous serez » assis vous - mêmes sur douze sièges » pour juger les douze tribus d'Israël. » AJadh., c. 19, y. 28. Dans le style ordi-
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naire des livres saints , le pouvoir de juger emporte celui de faire des lois, le nom de juge est synonyme à celui de législateur ; l'autorité de ce dernier seroit nulle , s'il n'avoit pas le pouvoir de punir.
En prescrivant la manière de corriger les pécheurs , Jésus - Christ ordonne
ger; les réfractaires qui refusoient de se soumettre à un point de discipline générale, telle que la célébration d« la pâque ; mais encore les pécheurs scandaleux , dont l'exemple pouvoit infecter les mœurs et troubler l'ordre public.
Vainement quelques opiniâtres lui ont disputé son autorité ; elle a tenu ferme,
d'employer d'abord les remontrances et les a regardés comme des membres
secrètes, ensuite la correction publique, enfin V excommunication. « Si votre » frère a péché , reprenez-le en secret ; » s'il ne vous écoute pas, dites-le àl'E- » glise ; s'il n'écoute pas l'Eglise , re- » gardez - le comme un païen et un pu- » blicain. Je vous assure que tout ce que » vous lierez ou délierez sur la terre » sera lié ou délié dans le ciel. » Matth., c. 18, ^. 17.
Saint Paul, informé d'un scandale qui régnoit dans l'Eglise de Corinthe, où l'on souffroit un incestueux public, écrit aux Corinthiens : « Quoique absent, j'ai » jugé cet homme comme si j'étois » présent; j'ai résolu que dans votre as » semblée , où je suis en esprit , au nom » et par le pouvoir de Notre -Seigneur » Jésus-Christ, le coupable soit livré à » Satan , pour faire mourir en lui la » chair, et sauver son âme. » /. Cor., c. 5, y. 4.
Nous ne savons pas sur quoi Mosheim s'est fondé pour soutenir que le pouvoir d'excommunier appartenoit au corps des fidèles , de manière qu'ils
retranchés de son corps.
Ce pouvoir étoit reconnu et autorisé par les empereurs. Le premier concile d'Arles, convoqué par Constantin qui en confirma les décrets , ordonna, can.
7, aux gouverneurs des provinces , de prendre des lettres de communion, aux évêques de veiller sur leur conduite, et de les retrancher de la communion des fidèles s'ils violoient la discipline de l'Eglise. Synésius, évêque de Ptolémaïde en Egypte , usa de ce pouvoir à l'égard d'Andronicus , gouverneur de cette province. Synes, Epist. 58, ad episropos. On peut en citer d'autres exemples. Voyez Bingham, Origin. ecclés., liv. 2, c. 4, §3, 1. 1.
Selon la croyance de l'Eglise , l'effet de Vexcommunication est de priver un chrétien de la participation aux sacrements , aux prières publiques, aux bonnes œuvres, aux honneurs qu'elle rend aux fidèles après leur mort : avantages spirituels dont Jésus-Christ lui a confié la dispensation.
De nos jours , quelques écrivains ont étoient les maîtres de déférer ou de ré- j prétendu que , comme Vexcommunica-
sister au jugement de l'évêque qui avoit désigné ceux qui lui paroissoient dignes d'excommunication. Le jugement que prononce saint Paul , et la réprimande qu'il fait aux Corinthiens , nous paroissent prouver le contraire. Ce n'est donc pas sans raison que l'on a censuré la proposition dans laquelle il est dit que le pouvoir d'excommunier doit être exercé par des pasteurs , du consentement au moins présumé de tout le corps des fidèles.
L'Eglise , instruite par ses leçons , a usé de son droit dans tous les siècles ; «lie a séparé de sa communion , nonseulement les hérétiques qui s'élevoient contre sa doctrine et vouloient la chan-
tion emporte une note d'infamie , et peut dépouiller un citoyen de ses droits civils, c'est à la puissance civile déjuger de la validité on de l'invalidité d'une excommunication. Ceux qui ont avancé cette doctrine , en faisant semblant d'accorder à l'Eglise le pouvoir d'excommunier , le lui ôtoient réellement, et rendoient ses censures illusoires ; ils donnoient à tous les coupables une sauve - garde contre l'autorité dont Jcsus-Christ a revêtu son Eglise.
Saint Paul n'ignoroit pas les suites de Vexcommunication , lorsqu'il disoit, /. Cor., c. 5 , i. A : « Je vous ai déjà » écrit de n'avoir point de commerce » avec celui de vos frères qui seroit im-
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» pudique, avide du bien d'aulrui, ido- » lâtre calomniateur, ivrogne ou ravis- » seur , et même de ne pas manger avec » lui. Si quelqu'un n'a point d'égard à » ce que je vous écris, notez-le, et » n'ayez ooint de commerce avec lui , » afin qu'il rougisse de sa conduite.
» II. Thess., c. 3, f. 14. Je vous prie, » mes frères, de vous garder de ceux » qui excitent des disputes et des scan- » dales contre la doctrine que vous avez » apprise 7 et de vous séparer d'eux. » Rom., cap. 16, jL 17. Saint Jean impose la même obligation aux fidèles, a Si » quelqu'un, leur dit-il, vient à vous avec » une autre doctrine que celle-ci , ne le » recevez point chez vous, ne le saluez » même pas, afin de n'avoir point de s» oart à sa malice. » Joan., c. 5 , f. 10.
Les anciens conciles se sont fondés sur ces leçons des apôtres, en menaçant de Y excommunication ceux qui entretiendroient commerce avec les excommuniés. Voy. Bingham,1.16, c. 2,n. 11.
Les protestants , qui cherchent à rendre odieux tous les articles de la dis-
sonnes dont il auroit fallu respecter la dignité. Mais, si l'on y veut faire attention, l'on verra que dans ces temps de désordres , de scandale , d'anarchie et de brigandage , les censures étoient le seul épouvantail capable de contenir des princes très-licencieux et très-déréglés ; que cet abus même a prévenu plus de maux qu'il n'en a causé. ( Ne XUX , p. 647. )
Aujourd'hui, que ces anciens abus ont été sagement retranchés, ce n'est plus le temps de vouloir encore répandre des nuages sur une matière suffisamment éclaircie.
Dans les premiers siècles de l'Eglise , les chrétiens rougissoient du crime, et non de la peine par laquelle il falloit l'expier. On a vu des dames romaines du plus haut rang, prendre, de leur plein gré , l'habit de la pénitence publique, et en subir toutes les humiliations, pour des fautes pour lesquelles les chrétiens d'aujourd'hui ne voudroient pas seulement s'imposer la moindre privation. Ce courage ne déshonoroit cipline ecclésiastique, ont attribué la j point, il édifioit tout le monde , il faisoit
crainte que l'on avoit des excommunications dans le huitième siècle , à l'ignorance et au préjugé des Barbares qui avoient embrassé la foi. Ces nouveaux prosélytes, dit -on, confondirent X excommunication qui étoit en usage chez les chrétiens, avec celle qu'avoient employée sous le paganisme les druides et les prêtres de leurs dieux. Ces critiques ont ignoré, sans doute, qu'encore aujourd'hui les Grecs redoutent cette censure autant qu'on la craignoit autrefois, et ils ont oublié la rigueur avec laquelle les anabaptistes l'ont souvent employée parmi eux. 11 suffit d'avoir lu les passages de l'Ecriture que nous avons cités, pour comprendre que, dans tous les temps, Y excommunication a dû inspirer la crainte à tous ceux qui avoient de la religion. *■
Nous convenons que, dans les siècles de ténèbres et de trouble , les pasteurs de l'Eglise ont quelquefois abusé de Y excommunication, qu'ils l'ont lancée pour des sujets qui n'avoient aucun rapport à la religion , et contre des per-
respecter davantage ceux qui en étoient capables. Parmi nous , ce n'est plus le crime qui donne de la houle, c'est la peine, quelque modérée qu'elle soit. Si les censeurs de la discipline ecclésiastique étoient les maîtres, ils dépouilleroient absolument les paslcurs de l'Eglise du pouvoir que Jésus-Christ leur a donné de retrancher de la société des fidèles les pécheurs publics , scandaleux , opiniâtres; ils ôteroientaux malfaiteurs toutes les espèces de frein que la religion veut opposer à leur perversité.
Ce qui regarde les différentes espèces d1 'excommunication , les sujets pour lesquels l'Eglise peut porter cette censure, la manière dont on peut l'encourir ou être absous, etc., tient de plus près au droit canonique qu'à la théologie.
EXODE, livre canonique de l'ancien Testament, le second des cinq livres de Moïse. (Ne L, page 647. ) Il a été nommé Èfo<îô«, sortie ou voyage, parce qu'il contient l'histoire de la sortie miraculeuse des Israélites hors de l'Egypte , et de leur arrivée dans le désert ; c'est la
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narration de ce qui leur est arrivé depuis | facilement ceux qui sont tombés dans la la mort de Joseph jusqu'à la construction ; persécution , et que sans pénitence, ni du tabernacle, pendant un espace de 145 exomologése, ni imposition des mains , ans. Il a été écrit en manière de journal, ; on leur donne l'eucharistie. On ne sait et à mesure que les événements sont ] pas si cette confession , qu'exige saint arrivés.
Les Hébreux le nomment Veelle Sche-
Cyprien, devoit être secrète ou publique, quoique la faute des tombés fût trèsmoth, ce sont ici les noms, etc., parce j publique ; mais il est constant que l'Eque ce sont les premiers mots de ce glise n'a jamais exigé une confession livre; et c'est ainsi qu'ils désignent les | publique pour des fautes secrètes Foy.
divers livres du Pentateuque
Pour peu d'attention que Ton apporte à la lecture de Y Exode, on sent évidemment qu'il n'a pas pu être écrit dans un temps postérieur à Moïse, ni par un autre auteur que lui ; non-seulement il falloitèlre témoin oculaire de cequis'étoit passé en Egypte, pour pouvoir le décrire dans un aussi grand détail, avoir parcouru le désert, pour tracer aussi exactement la marche des Israélites ; mais savoir parfaitement l'histoire d'A- j entière.
braham, de Jacob et de Joseph , pour j On ne peut pas disconvenir que les mettre une liaison aussi étroite entre la \ exorcismes n'aient été en usage dans Genèse et Y Exode. La narration de la ! les fausses religions aussi bien que dans mission de Moïse, tracée dans le chap. j la vraie. Chez toutes les nations poly- 5 , est tout à la fois d'un sublime et d'une 1 théistes , non-seulement le peuple, mais naïveté que tout autre écrivain n'auroit ; les philosophes , ont cru que l'univers
Confession.
EXORCISME , conjuration , prière à Dieu , et commandement fait au démon de sortir du corps des personnes possédées ; souvent il est seulement destiné à les préserver du danger. Ordinairement on regarde exorcisme et conjuration comme synonymes ; cependant la conjuration n'est que la formule par laquelle on commande au démon de s'éloigner; Yexorcisme est la cérémonie
jamais pu mettre dans son style.
étoit peuplé d'esprits , de génies ou de
II en est de même de l'institution de ] démons , les uns bons, les autres maula pâque, du passage de la mer Rouge, ] vais ; que tout le bien et le mai qui arri-
de la publication de la loi sur le mont Sinaï , etc. Quiconque est assez stupide pour ne pas reconnoitre dans ces divers morceaux le caractère original du législateur des Juifs, ne mérite pas d'être sérieusement réfuté. Voy. Pentateuque.
EXOMOLOGÉSE, confession. Ce terme grec paroît employé en différents sens dans les écrits des anciens Pères; quelquefois il se prend pour toute la pénitence publique, pour les exercices et les épreuves par lesquels on faisoit passer les pénitents, jusqu'à la réconciliation que leur accordoit l'Eglise ; il est pris dans ce sens par Tertullien , L. de Pœnit., c 0. Les Grecs ont souvent fait <le même.
Les Occidentaux l'ont restreint ordinairement à la partie de la pénitence que i'on nomme confession. Saint Cyprien , dans une lettre aux prêtres et aux diacres , se plaint de ce que l'on reçoit trop
voit à l'homme étoit leur ouvrage. Conséquemment on a regardé les maladies , surtout les plus cruelles , et dont on ne connoissoit pas la cause, comme un effet de la colère ou de la malice des génies malfaisants. On a encore imaginé que l'on pouvoit les mettre en fuite par des odeurs , par des fumigations , par des noms et des paroles qui leur déplaisoient ou les épouvantoient, par la musique, par des enchantements , par des amulettes. L'on a donc employé des conjurations et des exorcismes pour se délivrer de leurs poursuites, pour guérir les maladies pour lesquelles on ne connoissoit point de remèdes naturels.
Les philosophes orientaux , les disciples de Pythagore et de Platon, n'étoient pas moins persuadés que les vices, les mauvaises inclinations, les mœurs corrompues de la plupart des hommes leur étoient inspirés par de mauvais dé-
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mons. On trouve les preuves de toutes ces opinions dans les écrits de ces anciens , dans ceux deCelse, de Porphyre, de Jamblique , de Plotin , etc. Notes de Mosheim sur Cudworth, 1. 1 , c. 4, § 34 ; tom.2,c.5,§82et85.
Les Juifs étoient dans la même croyance, du moins dans les temps voisins de la venue de notre Sauveur : l'avoient-ils empruntée des Chaldéens , pendant leur captivité à Babylone,ou des Egyptiens attachés à la doctrine des Orientaux ? De savants critiques le prétendent, mais sans preuve; ils disent que la manière dont il est parlé du démon dans le livre de Tobie est analogue aux opinions des Chaldéens : qu'im-
païcns la divinité du christianisme , par la puissance que les chrétiens exerçoient sur les démons : c'est donc à l'exemple de Jésus-Christ et des apôtres que l'usage des exorcismes s'est introduit et a persévéré dans l'Eglise.
Quelquefois, sans doute , il y a eu de l'illusion dans cette pratique , et l'on a employé les exorcismes contre des maladies purement naturelles , que l'on auroit pu guérir par des remèdes. Mais a-t-on droit d'en conclure qu'il en a toujours été de même, et que la pratique des ex orcismes n'est fondée que sur une erreur? Leibnitz, quoique protestant, est convenu que les exorcismes ont toujours été pratiqués dans l'Eglise, et qu'ils
porte? Job , l'auteur du quatrième livre peuvent souffrir un très-bon sens. Esa.™ t>^;^ 1« DcîilmîctP Ipc nrnnhptp<s nW/ ri p. T.pihviilr. trnm.2. nasr. 52. Mns-
des Rois , le Psalmiste, les prophètes , qui ont écrit avant la captivité , parlent des opérations du démon tout aussi clairement que Tobie. Voyez Démon , Démoniaque. Les Juifs n'ont donc pas eu besoin de puiser leur croyance chez les Chaldéens ni chez les philosophes égyptiens. Josèphe nous apprend qu'il y avoit des exorcistes chez les Juifs, et que l'on attribuoit à Salomonles formules tf exorcismes dont ils se servoient; l'Evangile suppose qu'ils chassoient véritablement les démons. Matth., c. 12, jL 27. Sans doute, ils le faisoient au nom de Dieu, puisque Jésus-Christ ne blâme point leur conduite.
Loin de corriger l'opinion des Juifs , qui attribuent au démon certaines maladies , ce divin Maître l'a confirmée; il dit qu'une femme , courbée depuis dixhuit ans, avoit été liée par Satan, Luc. chap. 45, f. 16, qu'un maniaque éloit possédé d'une légion de démons , et il permit à ces malins esprits d'entrer dans les corps d'une troupe de pourceaux, c. 8 , f. 30 , etc. De même il attribue au démon ia stérilité de la parole de Dieu dans le cœur des pécheurs , ibid., j*.J2, l'incrédulité des Juifs, Joan.,c. 8, y. 1 1; la trahison de Judas, etc. Non-seulement il chassoit les démons du corps des possédés , mais il donna le pouvoir à ses disciples de les chasser en son nom. Souvent ils en ont fait usage , et nos plus anciens apologistes ont prouvé aux
prit de Leibnitz, tom. 2, pag. 52. Mosheim , dans son Hist. ecclés. du seizième siècle , sect. 3 , 2e partie , chap. 1 , g 43 , nous apprend que chez les luthériens , les exorcismes du baptême furent supprimés par quelques-uns qui étoient calvinistes dans le cœur, mais qu'ils furent rétablis dans la suite.
Parmi les exorcismes dont l'Eglise catholique fait usage , il y en a d'ordinaires , comme ceux que l'on fait avant d'administrer le baptême et dans la bénédiction de l'eau ; et d'extraordinaires, que l'on use pour délivrer les possédés , pour écarter les orages , pour faire périr les animaux nuisibles , etc. Nous prétendons qu'il n'y a rien de faux , de superstitieux ni d'abusif dans les uns ni dans les autres.
1° 11 est certain que, dans l'origine, les exorcismes du baptême furent institués pour les adultes qui avoient vécu dans le paganisme , qui avoient été souillés par des consécrations , des invocations , des sacrifices offerts aux démons. On les conserva néanmoins pour les enfants, parce que ce rit étoit un témoignage de la croyance du péché originel , et parce qu'il avoit pour objet non-seulement de chasser le démon, mais de lui ôter tout pouvoir sur les baptisés: C'est pour cela qu'on les fait encore sur les enfants qui ont été ondoyés ou baptisés sans cérémonies dans le cas de nécessité. C'est d'ailleurs une leçon qui apprend aux
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chrétiens qu'ils doivent avoir horreur de tout commerce , de tout pacte direct ou indirect avec le démon, qu'ils ne doivent donner aucune confiance aux impostures et aux vaines promesses des prétendus sorciers, devins ou magiciens; et cette précaution n'a été que trop nécessaire dans tous les temps. Si Le Clerc avoit fait ces réflexions , il n'auroit pas blâmé avec tant d'aigreurles eœorcismes du baptême. Histoire ecclés., an 65, g 8, n. 6 et 7.
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Pour les mêmes raisons , l'on bénit , par des prières et des eœorcismes , les eaux du baptême, et cet usage est trèsancien. Tertullien, l. de Bapt., c. 4, dit que ces eaux sont sanctifiées par l'invocation de Dieu. Saint Cyprien, Epist. 70, veut que l'eau soit purifiée et sanctifiée par le prêtre. Saint Ambroise et saint Augustin parlent des eœorcismes , de l'invocation du Saint-Esprit, du signe de la croix , en traitant du baptême.
Saint Basile regarde ces rites comme une tradition apostolique, l. de Spirilu Sancto, c. 27. Saint Cyrille de Jérusalem et saint Grégoire de Nysse en relèvent l'efficacité et la vertu. Lebrun, Eœplic. des cérém., tom. 1 , p. 74. Que peut-il donc y avoir de superstitieux dans des cérémonies qui ont pour but d'inculquer aux fidèles les effets du baptême, le prix de cette grâce , les obligations qu'elle impose ? Saint Augustin s'en est servi avec avantage contre les pélagiens, pour leur prouver que tous les enfants d'Adam naissent souillés du péché originel et sous la puissance du démon. C'est ainsi que l'Eglise a toujours professé sa croyance par les cérémonies qu'elle observe.
La sagesse de cette conduite ne l'a pas mise à l'abri des reproches des pro lestants ; ils disent que les eœorcismes n'ont été ajoutés dans le troisième siècle aux cérémonies du baptême , qu'après que les chrétiens eurent adopté la philosophie de Platon : en effet , saint Justin, dans sa seconde Apologie, et Tertullien, dans son livre de Coronâ , rapportent les cérémonies que l'on obseï voit dans le baptême au second siècle, sans faire aucune mention des eœorcismes. Donc c'est des platoniciens que les chrétiens
empruntèrent l'opinion dans laquelle ils étoient. que les mauvais penchants et les vices des hommes leur étoient inspirés par des esprits malins qui les obsédoient. Mosheim, ubi suprà. Hist. ec~ clés., troisième siècle, 2e partie, c. 4, § 4. Dissert, de turbatâ per récent, Platon. Ecclesiâ , % 50. a
Il est fort singulier que les chrétiens aient été obligés de prendre dans la philosophie de Platon une doctrine qui leur est enseignée formellement dans l'Evangile par Jésus-Christ et par les apôtres; il l'est bien davantage que les prolestants osent taxer de superstition un rit duquel Jésus-Christ et les apôtres se sont servis. Et sur quel fondement ? Sur le silence supposé de deux Pères de l'Eglise , preuve négative et qui ne conclut rien. Ils ont oublié , sans doute, que les eœorcismes ne faisoient pas partie des cérémonies du baptême , mais que c'étoit un préparatif pour y disposer les catéchumènes ; le baptême étoit administré par l'évêque ou par un prêtre , et les eœorcismes étoient faits auparavant par les exorcistes, qui n'étoient que des clercs inférieurs.
Nous ne concevons pas comment ces savants critiques ont eu l'imprudence de citer saint Justin et Tertullien ; personne n'a enseigné plus formellement que ce* deux Pères la doctrine sur laquelle sont fondés les eœorcismes. Saint Justin, Apol. 2, n. 62, parlant du baptême, dit que, pour le contrefaire d'avance, les démons ont suggéré à leurs adorateurs les aspersions et les lustrations d'eau avant d'entrer dans les temples. Il attribue aux instigations du démon la haine que les païens avoient pour les chrétiens, les calomnies qu'ils forgeoient contre eux , la cruauté des persécuteurs, etc. Tertullien, l. de anima, ch. 57, dit qu'il n'y a presque aucun homme qui ne soit obsédé par un démon, mais que par les eœorcismes toutes ses fraudes sont découvertes. L. de Bapt., c. 4 , il dit que, par l'invocation de Dieu, le Saint-Esprit descend dans les eaux, les sanctifie, et leur donne la vertu de sanctifier; c. 9 , il ajoute que les nations sont sauvées par feau, et laissent
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ctou (Ter dans Feau le démon leur ancien peuples. Comme nous sommes condominatcur. Aucun des Pères du troi- j vaincus du contraire par expérience, sième siècle a-t-il dit quelque chose de; nous soutenons que cela est faux. En plus fort pour faire établir les exor~\ général, les ignorants sont opiniâtres; cismes? Mais ceux dont nous parlons se ils prêtent difficilement l'oreille aux véfondentsur l'Ecriture sainte, et non sur ; rites qui attaquent leurs préjugés; s'ils la philosophie de Platon. \ sont forcés de les entendre, ils n'y croient
Il est ridicule, disent nos adversaires, j pas, au lieu qu'ils ajoutent foi aux contes d'exorciser l'eau et le sel que l'on y i d'une vieille , parce que ces fables sont mêle, comme si le démon en éloit en j analogues à leurs idées. Plusieurs fois possession, et comme si ces êtres inani- j les curés ont essuyé des avanies, pour niés entendoient les paroles qu'on leur j n'avoir pas voulu déférer aux visions de adresse. Cela peut paroitre ridicule, | leurs paroissiens, quand on ignore ce que pensoient les 2°I1 vaut mieux que le peuple ait conpaïens ; ils préposoient des esprits ou j fiance aux prières et aux cérémonies de des démons à tous les corps ; ils prélcn- ! l'Eglise, qu'à la prétendue science des doient que toutes les choses usuelles devins, des sorciers, des magiciens : étoîent des dons et des bienfaits de ces or , cette alternative est à peu près inéinlelligences imaginaires; ils croyoient : vi table. Chez les protestants de la Suisse être en société avec elles par l'usage et du pays de Vaud, il n'est plus quesqu'ils faisaient de leurs dons : c'est ce tion ù* exorcismes; mais la divination, que Celse soutient de toutes ses forces les sortilèges, la magie, y sont trèsdans son ouvrage contre le christia-j communs, et les catholiques du voisinisme ; les exorcismes sont une profes- ■ nage ont souvent la tentation de les aller sion de foi du contraire. S consulter. Un déiste célèbre est convenu
2° Tliiers, dans son Traité des su- J que les peuples du pays de Vaud sont perstitions , rapporte différentes for- j très-superstitieux. mules tf exorcismes ;'\\ pense avec raison ] 5° Il seroit très -bon de donner au que l'on peut s'en servir encore au- j peuple des leçons de physique , s'il étoit jourd'hui contre les orages et les ani- ; capable de les comprendre et incapable nuisibles , pourvu qu'on le fasse d'en abuser : or, il n'est ni l'un ni l'autre. ss précautions que l'Eglise prescrit | Quand il saura que tous les phénomènes
' de la nature sont l'effet nécessaire des causes physiques, il en conclura, comme les incrédules, que le monde s'est fait et se gouverne tout seul, qu'il n'y a ni
maux avec les
et selon la forme qu'elle autorise , et qu'alors ce n'est ni un abus , ni une superstition.
Néanmoins , dans plusieurs ouvrages modernes, on a blâmé les curés de campagne, qui, par un excès de complaisance pour les idées superstitieuses de leurs paroissiens , font des adjurations et des exorcismes contre les orages , contre les insectes destructeurs et les autres animaux nuisibles; c'est, dit-on, un abus et une extravagance dangereuse, qui ne devroit plus avoir lieu dans un siècle de lumière tel que le nôtre; il faut apprendre au peuple que ces sortes de fléaux sont un effet nécessaire des causes «ihysiques. Cette censure n'est rien moins que sage.
i° Elle suppose que les superstitions populaires sont un effet de la négligence des pasteurs, cl non de l'opiniâtreté des
Dieu , ni providence : y aura-t-il beaucoup à gagner pour lui? Si les censeurs des curés connoissoient mieux le peuple, ils seroient moins prompts à les condamner. Voyez Superstitions.
EXORCISTE, clerc tonsuré qui a reçu celui des ordres mineurs auquel on donne ce nom : il est aussi donné à Tévèquc,ou au prêtre délégué par Té vêque, qui exorcise un possédé.
Il paroit que les Grecs ne regardoient pas la fonction (ïexorciste comme un ordre , mais comme un simple ministère , et que saint Jérôme a pensé de même. Cependant le pèreCoar, dans ses notes sur l'Eucologc des Crées, prouve, par des passages de saint Denis et de
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saint Ignace, martyrs, que c'étoit un ordre. Dans l'Eglise latine, c'est le second des ordres mineurs. La cérémonie de leur ordination est marquée dans le quatrième concile de Carthage, et dans les anciens rituels. Ils reçoivent le livre des exorcismes de la main de l'évêque, qui leur dit : « Recevez et apprenez ce » livre , et ayez le pouvoir d'imposer les » mains aux cnergumènes, soit baptisés, » soit catéchumènes. »
Dans l'Eglise catholique, il n'y a plus que les prêtres qui fassent les fonctions d'exorciste, encore n'est-ce que par une commission particulière de l'évêque.
Cela vient, dit M. Fleury , de ce qu'il est rare qu'il y ait des possédés , et qu'il se commet quelquefois des impostures sous prétexte de possession : ainsi il est nécessaire de les examiner avec beaucoup de prudence. Dans les premiers temps, les possessions étoient fréquentes, surtout parmi les païens : pour témoigner un plus grand mépris du pouvoir des démons , on employa, pour les chasser , un des ministres inférieurs de l'Eglise. C'étoient eux aussi qui exorcisoient les catéchumènes. Selon le pontifical, leurs fonctions étoient d'avertir ceux qui ne communioient point de faire place aux autres , de verser l'eau pour le ministère , d'imposer les mains sur les possédés et sur les malades. Voyez Démoniaque.
EXPÉRIENCE , connoissance acquise par le sentiment intérieur ou par le témoignage de nos sens. Les incrédules ont abusé de ce terme pour attaquer la certitude des miracles opérés en faveur de la religion. Nous n'avons point , disent-ils , de connoissances plus certaines que celles que nous avons acquises par expérience : or , celle-ci nous convainc que le cours de la nature ne change point , qu'il demeure constamment le même; donc aucune attestation ne nous oblige à croire un miracle , qui est une interruption du cours de la nature , ou une dérogation à ses lois ; X! expérience d'autrui ne peut prévaloir à la mienne.
Mais il est faux que notre expérience nous convainque de l'immutabilité du cours de la nature ; elle nous assure seu-
lement que nous ne l'avons jamais vu changer. Or, d'autres peuvent avoir vu des phénomènes desquels nous n'avons pas été témoins; par là ils ont acquis une expérience positive de l'interruption du cours de la nature , au lieu que notre expérience n'est que négative; c'est un défaut de connoissance, une pure ignorance; et il est absurde de vouloir que notre ignorance l'emporte sur la connoissance positive d'autrui.
Je n'ai jamais éprouvé en moi une guérison miraculeuse; mais, si je tombois malade , et qu'un thaumaturge me rendit subitement la santé, ne pourroisje pas ajouter foi au sentiment intérieur de ma guérison, parce que, jusqu'alors, je n'aurois encore rien senti de semblable? Si je voyois ce miracle opéré dans un autre en ma présence , ne devrois-je pas me lier au témoignage de mes yeux? Or, en fait de miracle, mon expérience négative ne prouve pas plus contre l'attestation de témoins dignes de foi, qu'elle ne prouveroit dans les deux cas supposés contre mon sentiment intérieur, ou contre le témoignage de mes yeux.
Lorsqu'un homme , attaqué de la goutte ou de la gravelle, se plaint de sentir des douleurs horribles, si un philosophe venoit lui dire gravement : Je n'ai jamais éprouvé ce que vous dites, mon expérience me défend d'ajouter foi à vos plaintes , on le regarderoit comme un insensé. On ne traiteroit pas mieux un Nègre, nouvellement arrivé dans nos climats, qui diroit : J'ai vu constamment l'eau toujours liquide, donc il est impossible qu'elle se durcisse par le froid. En raisonnant sur le même principe, un aveugle-né prouveroit doctement qu'une perspective est impossible, parce qu'il a toujours vérifié, par le tact, qu'une superficie plate ne produit point une sensation de profondeur.
Inexpérience positive que nous avons faite d'un phénomène est une preuve solide du fait , surtout lorsqu'elle a été répétée plus d'une fois, elle nous rend capables d'en rendre témoignage ; mais le défaut de cette expérience ne prouve rie** que notre ignorance, et il est ab-
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surde de nommer expérience le défaut même d'expérience. Voy. Certitude ,