‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 109 sur 114 · MIRACLE · texte numérisé non relu

MIRACLE

EXPIATION, action de souffrir la peine décernée contre le crime , ou de satisfaire pour une faute que l'on a commise : ainsi , un crime est censé expié par le supplice du coupable. Jésus - Christ a expié les péchés des hommes, en souffrant la peine qui leur étoit due : en vertu de ses mérites, les souffrances et la mort, qui sont la peine du péché, en sont aussi Yexpiation. Selon la croyance catholique , les âmes de ceux qui meurent sans avoir entièrement satisfait à la justice divine expient dans le purgatoire , après la mort, le reste de leurs péchés.

Expiation, se dit aussi des cérémonies que Dieu a instituées pour purifier les hommes de leurs péchés, comme sont les sacrifices, les sacrements, les œuvres de pénitence. Dans l'ancien Testament , expiation signifie ordinairement purification.

Chez les Juifs, il y avoit une expiation générale pour toute la nation, et des expiations particulières. La première se faisoit le dixième jour du mois Tisri, qui répondoit à une partie de nos mois de septembre et d'octobre; les cérémonies de cette expiation sont prescrites en détail dans le livre du Lévitique, ch. 16. La plus remarquable étoit de tirer au sort deux boucs, dont l'un étoit destiné à être immolé au Seigneur; l'autre, sur lequel le grand prêtre prioitDieu de décharger les péchés du peuple, étoit conduit hors du camp, et mis en liberté, ou, selon quelques-uns, précipité. C'est ce que l'on nommoit le bouc émissaire.

Voyez ce mot. C'étoit le seul jour au

d'effacer le péché : qu'ainsi ces cérémo^ nies n'étoient que la figure de Yexpiation des péchés , qui a été faite par le sang de Jésus-Christ. Hebr., c. 9 et 10.

Conséquemment , dans le christianisme , toute expiation du péché se fait par l'application des mérites de ce divin Sauveur ; les sacrements, le saint sacrifice de la messe, les bonnes œuvres, sont les moyens que Dieu a institués pour nous faire cette application. Les autres cérémonies , comme les aspersions d'eau bénite, les absoutes, etc., ne sont qu'un symbole et un signe de la purification que la grâce de Dieu opère dans nos âmes : signes établis pour nous avertir de demander à Dieu cette grâce.

Quant aux expiations qui étoient en usage chez les païens , elles ne nous regardent pas ( Ne LI, p. 648. )

Les incrédules modernes ont souvent déclamé contre les expiations en général ; ce sont , selon leur avis , des cérémonies absurdes et pernicieuses, des moyens commodes de contracter des dettes et de les acquitter aisément . des ressources pour calmer les remords du crime et pour y endurcir les malfaiteurs. Nous soutenons le contraire.

4° Il n'est point inutile qu'après avoir péché , l'homme atteste par un rit ex té* rieur , qu'il se reconnoit coupable , qu'il a besoin de pardon et de la miséricorde de Dieu. Seroit-il mieux qu'il perdit le souvenir de sa faute, et en étouffât les remords sans cérémonie? Le regret d'avoir péché est un préservatif contre la rechute ; une cérémoniequi excite l'homme au repentir n'est donc ni absurde , ni superflue. Elle est plus louchante lorsqu'elle se fait aux pieds des autels par

quel il fût permis au grand prêtre d'en- \ tout un peuple rassemblé ; en avouant Irer dans le Saint des Saints , où étoit ■ qu'il a besoin de pardon, l'homme est Farche d'alliance Fête du pardon.

on l'appelle encore j averti qu'il doit aussi pardonner à ses semblables. C'est la leçon que lui fait Jc-

Les expiations particulières pour les ! sus-Christ même.

péchés d'ignorance , pour les meurtres involontaires, pour les impuretés légales , se faisoient par des sacrifices, par des ablutions , par des aspersions , etc. Au sujet des unes et des autres , saint Paul observe que le sang des boucs et des autres animaux n'étoit pas capable

2° Si un malfaiteur se persuade que la rémission d'un péché passé lui donne le droit d'en commettre impunément de nouveaux ; si les païens ont imaginé qu'un meurtre pouvoit être effacé par une simple ablution, la grossièreté de ces erreurs ne prouve rien contre la né-

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cessîté des expiations. Parce qu'un remède peut être tourné en poison par un insensé ou par un furieux , il ne s'ensuit pas que ce remède soit pernicieux en luimême.

5° L'homme naturellement inconstant et foible , sujet à passer fréquemment de la vertu au vice et du vice à la vertu , a besoin de moyens pour se relever de ses chutes et de préservatifs contre le désespoir. Où en seroit la société , si celui qui a une fois péché n'avoit plus de ressources pour obtenir le pardon ? Il con- •cluroit que vingt crimes de plus ne rendront son sort ni plus triste ni plus incurable.

4° Nos censeurs mêmes citent avec éloge Montesquieu , qui dit qu'une religion telle que le christianisme ne doit pas avoir de crimes inexpiables , puisqu'elle est fondée sur la croyance d'un Dieu qui pardonne : elle doit donc fournir des moyens pour expier tous les crimes.

5° Par les expiations de l'ancienne loi , l'homme étoit averti qu'il a voit besoin d'un Rédempteur dont le sang pût effacer les péchés du monde ; c'est ce que saint Paul nous fait remarquer. Les leçons des prophètes prévenoient l'abus que les Juifs pouvoient en faire ; ils ont enseigné aussi clairement que saint Paul, que le sacrifice des animaux, les offrandes, etc., n'étoient pas capables d'effacer les péchés, ni d'apaiser la justice divine. Isaïe , ch. 55 , a prédit trèsdistinctement que la principale fonction du Messie seroit d'effacer le péché , en disant que Dieu a mis sur lui l'iniquité de nous tous ; que s'il donne sa vie pour le péché , il verra une nombreuse postérité , etc.

Il n'a même jamais été inutile d'expier les fautes d'ignorance et d'inadvertance, les meurtres involontaires , les délits imprévus; c'étoit un moyen d'exciter la vigilance et d'augmenter l'horreur du crime. Pour la même raison , lorsqu'il est prouvé qu'un meurtre a été involontaire , on oblige encore, selon nos lois, celui qui l'a commis à demander et à obtenir des lettres de grâce.

EXPLICITE, clair, formel , distinct ,

développé. On distingue la foi explicite, par laquelle nous croyons en Jésus- Christ avec une connoissance claire de ce qu'il est et de ce qu'il a fait, d'avec la foi implicite ou obscure, qu'ont pu avoir les patriarches et les Juifs , auxquels Dieu avoit simplement révélé qu'un jour l'homme seroit racheté , sans leur en apprendre la manière.

Comme le degré de clarté de la foi est nécessairement relatif au degré de clarté de la révélation , les théologiens pensent communément qu'une foi implicite et obscure en Jésus-Christ a suffi pour le salut à ceux auxquels Dieu n'a pas accordé une connoissance claire et distincte du mystère de l'incarnation et de la rédemption. Le concile de Trente , sess. 6, can. 2 , dit qu'avant la loi et sous la loi, Jésus-Christ , Fils de Dieu , a été révélé et promis à plusieurs saints Pères , il ne dit pas à tous. De savoir en quoi consistoit précisément la connoissance obscure et la foi implicite en Jésus-Christ nécessaire à tous , c'est ce qu'il est impossible de déterminer.

Par la même raison , l'on peut distinguer une volonté de Dieu explicite et clairement énoncée dans sa parole, d'avec une volonté implicite que nous en déduisons par voie de conséquence.

Dieu a formellement déclaré qu'il veut sauver tous les hommes; donc il a implicitement révélé qu'il veut donner à tous des moyens de salut , et qu'il leur en donne effectivement. La volonté de donner des moyens est implicitement renfermée dans la volonté de sauver ; autrement celle-ci ne seroit pas sincère.

Selon la doctrine des théologiens catholiques, un simple fidèle , sincèrement soumis à l'enseignement de l'Eglise , croit par là même implicitement tout ce qu'elle enseigne. Il ne s'ensuit pas de là que cette docilité soit suffisante pour le salut ; il y a plusieurs vérités sans la connoissance desquelles un homme ne peut pas être censé chrétien.

Il n'en est pas de même de la prétendue foi implicite d'un protestant qui se croit dans la voie du salut, parce qu'il croit en général tout ce qui est révélé dans l'Ecriture sainte. Colle foi ne le

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gêne en rien , puisqu'il se réserve le droit d'entendre l'Ecriture comme il lui plaira. Un fidèle catholique , au contraire, no se croit point le maître d'entendre comme il voudra la doctrine de l'Eglise. C'est elle qui explique sa doctrine et qui apprend aux fidèles la manière dont ils doivent l'entendre.

EXTASE, ravissement de l'esprit, situation dans laquelle un homme est comme transporté hors de lui-même , de manière que les fonctions de ses sens sont suspendues ; le ravissement de saint Paul au troisième ciel éloit une extase. L'Histoire ecclésiastique fait foi que plusieurs saints ont été ravis en extase pendant des journées entières.

C'est un état réel, trop bien attesté pour que l'on puisse douter de son existence.

Mais le mensonge et l'imposture peuvent copier la réalité et abuser de choses d'ailleurs innocentes-, de faux mystiques, des enthousiastes, des fanatiques, ont supposé des extases pour autoriser leurs rêveries. Le faux prophète Mahomet persuada aux Arabes ignorants que les accès d'épilepsie auxquels il ctoit sujet, étoient des extases dans lesquelles il rccevoitdes révélations divines.

On ne doit donc pas ajouter foi , sans précaution, aux extases de personnes qui paroissent d'ailleurs pieuses et vertueuses; il s'en est trouvé chez lesquelles c'éloit une maladie naturelle : les femmes y sont plus sujettes que les hommes.

C'est le cas de pratiquer à la lettre l'avis que donne saint Jean : o Mettez les es- » prits à l'épreuve, pour savoir s'ils sont » de Dieu. » /. Joav., c. 4, f. 1.

EXTIŒME-ONCTION, sacrement de l'Eglise catholique , institué pour le soulagement spirituel et corporel des malades. On le leur donne en leur faisant différentes onctions d'huile bénite par Pévêque, accompagnées de prières qui expriment le but et la fin de ces onctions.

C'est dans les écrits des apôtres que l'Eglise a puisé ce qu'elle croit et ce qu'elle pratique à l'égard de ce sacrement. Nous lisons dans l'épi tre de saint Jacques, c. 5, jL 14: «Quelqu'un d'entre j> vous est-il malade? qu'il fasse venir » les prêtres de l'Eglise , et qu'ils prient

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» sur lui , en lui faisant des onctions » d'huile au nom du Seigneur; la prière, * jointe à la foi , sauvera le malade, le » Seigneur le soulagera, et s'il a des pé- » chés, ils lui seront remis; confessez » donc vos péchés les uns aux autres. »

Conformément à celte doctrine, le concile de Trente , sess. 14. c. 1 cl suiv., a décidé que Vexlreme-onclion est un sacrement, puisqu'il en produit les effets ; il y a lieu de penser que Jésus- Christ l'a institué et l'a prescrit , puisque les apôtres n'ont rien fait que par ses ordres et par l'inspiration de son Esprit. Il n'est pas moins évident que les onctions d'huile sont la matière de ce sacrement , et que les prières relatives à cette action en sont la forme ; l'effet qu'il opère est la rémission des péchés et le soulagement du malade. Saint Jacques en désigne clairement les ministres, qui sont les prêtres, et fait comprendre qu'il ne doit être administré qu'aux malades.

Malgré la profession que font les protestants de s'en tenir à l'Ecriture sainte, ils ne laissent pas de rejeter ce sacrement; ils disent que l'épitre de saint Jacques n'a pas toujours été comprise dans le canon des Ecritures ; que l'on a douté de son authenticité dans les premiers siècles ; que l'onction , pratiquée sur les malades par les apôtres, avoit uniquement pour but de leur rendre la santé ; qu'ainsi ce rit ne doit plus avoir lieu depuis que les guérisons miraculeuses ont cessé dans l'Eglise.

Au mot saint Jacques, nous ferons voir que son épitre est véritablement canonique , et que les prolestants ont tort de contester sur ce point. C'est une dérision de prendre pour règle de foi l'Ecriture sainte, en se réservant le droit d'en retrancher ce que l'on juge à propos. Quand l'auteur de celle lettre ne seroit pas l'un des apôtres, ce seroit du moins un de leurs disciples, puisque c'est un écrivain du premier siècle, trèsinstruit de la doctrine chrétienne. Personne n'est donc plus en étal que lui de nous apprendre quelle étoil l'intention elle motifdesapôlres quand ilsoignoient les malades : or, il nous allesle que ce n'étoit pas seulement pour leur rendro

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la santé , mais pour leur remettre les péchés; sans cela, pour quelle raison saint Jacques leur ordonneroit-il de confesser leurs péchés?

N'importe, disent encore les protestants ; dans le style du nouveau Testament, remettre les péchés ne signifie souvent rien autre chose que guérir une maladie ; c'est dans ce sens que Jésus- Christ dit au paralytique , Matlh., chap. 9 , jL 2 : « Ayez confiance , mon fils, vos » péchés vous sont remis. »

Mais la fausseté de celte explication

et on le donnoit avant le viatique , usage que l'on a conservé ou rétabli dans quelques églises, comme dans celle de Paris. Il fut changé au treizième siècle, selon le père Mabillon, parce qu'il s'éleva pour lors plusieurs opinions erronées qui furent condamnées dans quelques conciles j d'Angleterre. On se persuada que ceux | qui avoient une fois reçu ce sacrement , s'ils recouvroient la santé , ne dévoient plus avoir commerce avec leurs femmes, {ni prendre de nourriture, ni marcher ! nu-pieds. Quoique toutes ces idées fus-

est évidente, puisque , suivant le récit sent fausses et ridicules, on aima mieux,

<]c l'évangéliste , Jésus-Christ opéra la guérison du paralytique afin de convaincre les Juifs qu'il avoit le pouvoir de remettre les péchés ; ce pouvoir n'étoit donc pas le même que celui de guérir , puisque l'un servoit de preuve à l'autre. Les paroles par lesquelles Jésus-Christ ■donna aux apôtres le pouvoir de guérir les maladies, ne sont pas les mêmes que celles par lesquelles il leur donna la puissance de remettre les péchés., Matlh., c. 10, f. 1 ; Joan., c. 20, }. 25.

Mosheim dit que saint Jacques ordonne aux malades de confesser leurs péchés, parce que l'on étoit persuadé que la plupart des maladies étoient une punition des péchés. Si c'étoit là le vrai motit, toutes les fois que les apôtres ont voulu guérir des malades , ils leur auroient ordonné de même la confession :

il n'y a aucune preuve qu'ils Paient fait.

Il observe que saint Jacques attribue îa guérison du malade à la prière faite avec foi , et non à l'onction ; d'où il conclut que l'on a tort d'attribuer à cette cérémonie une vertu sanctifiante. Mais si l'onction ne contribuoit en rien à l'effet quidevoit s'ensuivre , elle étoit inutile; saint Jacques ne devoit pas la recommander. Voilà comme les protestants tournent et retournent à leur gré l'Ecriture sainte. Jnstit. Hist. christ., sœc. 4,2e partie, c. 4 , § 16.

Comme le sacrement de Vextrêmemiction est le dernier que reçoit un chrétien , on ne le donne qu'à ceux qui sont à l'extrémité , ou du moins dangereusement malades. Avant le treizième siècle, on le nommoit Fonction des malades,

pour ne pas scandaliser les simples , attendre à l'extrémité pour conférer ce sacrement, et cet usage prévalut. Voxj.

les conciles de ff'orcester et d' Exester, en 1287 ; celui de Winchester, en 1308; Mabillon, Acl. S. Bened., saec. 5, p. 1.

Autrefois la forme de Vexlrême-onalion étoit indicative et absolue, comme il paroît par celle du rit ambrosien citée par saint Thomas , saint Bonaventure, Richard de Saint- Victor , etc.; actuellement elle est déprécative, depuis plus df» six cents ans. On la trouve ainsi dans uti ancien rituel manuscrit de Jumiége, qui a au moins cette antiquité : Per istam unctionem et suam piissimam misericordiam,indulgeat libi Dominus quidquid peccasii per visum, etc. Elle est la même dans tous les rituels.

Ce sacrement est en usage dans toute l'Eglise grecque , sous le nom d'huile sainte, avec quelques rites différents de ceux de l'Eglise latine. Les Grecs n'attendent pas que les malades soient en danger ; ceux-ci vont eux-mêmes à l'église recevoir l'onction toutes les fois qu'ils sont indisposés. C'est ce que leur reproche Arcudius, liv. 5, de Extrem.

Unct., c. ult. Mais le père Dandini, dans son Voyageait Mont-Liban . distingue deux sortes d'onction chez les maronites: l'une se fait avec l'huile de la lampe , bénite par le prêtre, elle se donne même à ceux qui ne sont pas malades , et ce n'est pas même un sacrement; l'autre , qui n'est que pour les malades, se fait avec de l'huile que l'évèque seul consacre le jeudi saint, et c'est, à ce qu'il paroi t , leur onction sacramentelle.

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