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son, et ne le salues pas. ( 2 Joan., c. 9 , V. 10. j Les protestants conviennent , et ji leur seroit impossible de le nier, que la défense faite par saint Jean de recevoir et de saluer, est la séparation de communion prononcée contre les hérétiques : il s'agit donc ici seulement de savoir quelle est l'erreur doctrinale qui entraîne cette excommunication. Il est clair que l'apôtre ne parle pas d'une partie de la doctrine sainte , de tels ou tels articles de cette doctrine ; il parle indéfiniment , généralement : il parle de la doctrine de Jésus- Christ. Les articles, traités par nos adversaires de non fondamentaux, font partie , comme les autres , de la doctrine de Jésus-Christ ; ils ont été comme les autres révélés par lui : ainsi ils sont compris dans l'expression générale, doctrina Christi : ils sont donc, comme les autres, appelés fondamentaux, l'objet de l'intention de saint Jean : et soit qu'on erre sur les uns ou sur les autres, on doit , selon lui, ou plutôt selon l'Esprit saint qui l'inspiroit , être retranché de la communion.
II. Passons aux premiers siècles de l'Eglise , dont les protestants reconnoissent la doctrine pure. Leur autorité est d'autant plus considérable sur ce point, que, dans le temps où l'Eglise venoit d'être formée , on ne pouvoit pas ignorer ce qui constitue sa formation.
Saint Irénée, parlant de la prédication évangélique et de la foi , dit que « l'Eglise , » quoique répandue sur toute la terre , la conserve avec un soin et un zèle extrême , » comme si elle n'habitoit qu'une seule maison ; qu'elle y adapte sa foi de la même ma- » nière , comme n'ayant qu'un même esprit et qu'un même cœur ; et que , par un con- » sentement admirable , elle professe , enseigne ces vérités, comme si elle n'avoit qu'une » seule bouche. Car, quoique les langues du monde soient ditlerentes, la force de la tra- » dition est partout une et la même. Les églises de Germanie, d'Espagne , des Gaules , de » l'Orient, de l'Egypte, celles des régions méditerranées , ne pensent pas , n'enseignent » pas de différentes manières. » ( Adv. hœres., lib. 1, c. 10, n. 2.) C'est de la totalité de la foi que parle le saint docteur , c'est la prédication apostolique entière , et non une partie ou une autre de cette prédication , qui est crue unanimement , enseignée uniformément par toutes les églises du monde. Les églises luthérienne, calviniste , et autres, qui communiquent entr'elles, malgré leur dissonance sur divers points de foi , peuventelles prétendre que leur unité de foi , qui n'est que la tolérance réciproque de leurs erreurs sur la foi , est celle que saint Irénée attribue à toute l'Eglise? Soutiendroientelles qu'elles adaptent toutes, de la même manière, leur foi aux prédications apostoliques ? His aque (idem accommodant; qu'elles sont , sur les vérités révélées, comme n'ayant qu'une âme et qu'un cœur ? Velul animam unam idemque cor habens : qu'il y a entr'elles toutes un merveilleux consentement , en sorte qu'elles parlent toutes comme si elles n'avoient qu'une seule bouche : Miro consensu , quasi uno oreprœdita hœc prœdicat. L'Eglise catholique seule, après seize siècles, peut tenir le même langage que saint Irénée, parce qu'il n'y a qu'elle qui ait conservé constamment et sans interruption l'unité de foi universelle sur tous les points , comme elle l'est dans tous les pays dont parle le saint docteur : parce qu'il n'y a qu'elle qui ait conservé ce merveilleux accord sur tous les points de foi , et qui les professe partout de la même manière ; parce qu'il n'y a qu'elle qui , sur la foi qu'elle professe , n'ait dans toutes les parties de la terre qu'un esprit et qu'un cœur; et qui , de tous ces lieux si distants , fasse entendre le même enseignement , comme si elle parloit par une seule bouche.
Tertullien dit que « ce que Jésus-Christ a institué , il faut le chercher, et qu'il est nécessaire de le croire. » {De Prœcript., c. 10. ) Ce n'est donc pas, selon lui , une partie de l'enseignement du divin Maître, dont la croyance est nécessaire; c'est un enseignement tel que Jésus-Christ l'a donné, et tout entier. Dans un autre endroit que j'ai déjà cité, parlant des variations de doctrine parmi les hérétiques, il dit qu'elles sont telles « qu'ils ne respectent pas même les principes de leurs chefs; ce qui fait qu'entre les » hérétiques il n'y a en quelque sorte point de schismes. Car, quoiqu'il y en ait réelle- » ment , il ne paroît pas y en avoir , et tout cela forme une sorte d'unité. » ( lbid.9 c. 13.) Ce tableau des hérésies du temps de Tertullien ne représente-t-il pas au naturel celles du nôtre? et l'unité que les protestants se vantent d'avoir , n'est-elle pas précisément la même que Tertullien reproche aux hérétiques , et qu'il dit être de véritables senisrnes ?
« La véritable doctrine , dit saint Athanase , est celle que les Pères ont transmise. La » marque des véritables docteurs est lorsqu'ils s'accordent tous entr'eux , mais non ■ lorsqu'ils sont en dispute, soit entr'eux , soit avec leurs pères. • ( De decr. syn. Nie,
n. 4. ) Ainsi , selon ce saint docteur comme selon nous, l'unité de doctrine, l'accord unanime sur la foi , est la note de la vraie doctrine, de la vraie foi. Au contraire, ceux qui , comme les protestants , disputent entr'eux sur des points de foi , n'ont pas la foi enseignée par les Pères. Saint Athanase ne distingue pas les dissensions sur les points fondamentaux de celles sur les points non fondamentaux. Son expression est générale et absolue. °
Saint Grégoire de Nazianze est plus précis encore. Selon lui , « les hérétiques les plus » dangereux sont ceux qui , conservant sur tout le reste l'intégrité de la doctrine par » un seul mot, comme par une goutte de venin , tuent la vraie et simple foi catholique » reçue des apôtres par tradition. ( Tract, de fide. ) En vain, sur presque tous les points, protessera-t-on la vraie doctrine, une seule goutte, un seul mot, une seule erreur sur la loi , est une goutte de venin qui tue toute la foi. Ce grand théologien, c'est le nom que 1 antiquité lui avoit donné par excellence , étoit donc bien éloigné de croire que la vraie foi , que la foi nécessaire pour être membre de l'Eglise militante sur la terre, et pour le devenir de l'Eglise triomphante dans le ciel, subsiste avec la tolérance réciproque des erreurs sur quelques articles de foi.
Saint Basile, au rapport de Théodoret , disoit « que ceux qui sont instruits dans les •> saintes lettres, ne souffrent pas que l'on abandonne une seule syllabe des dogmes » divins; mais que, pour leur défense , ils n'hésitent pas , s'il est nécessaire, de se livrer » à tout genre de mort. >» ( Hist. eccles., lib. 4, cap. 19. ) S'il n'est pas permis d'abandonner une seule syllabe des dogmes divins, la croyance entière et sans exception de tous ces dogmes, est donc indispensable pour le salut. SI c'est un devoir d'affronter la mort , plutôt que d'abandonner une syllabe de ces dosrnes , c'est donc une obligation stricte de les croire absolument tous. On n'est pas obligé de mourir pour une doctrine r: u'on n'est pas obligé de croire.
Saint Jérôme, consulté sur des observances de simple discipline, répond : «Qu'à » son avis les traditions ecclésiastiques, surtout celles qui ne contrarient point la foi, » doivent être observées telles qu'elles ont été transmises par les prédécesseurs, et que » la coutume des uns n'est pas détruite par l'usage des autres. » ( Epist. 38, ad Lucia num. ) Dire qu'on doit observer diversement certains points de discipline , pourvu qu'ils ne contrarient pas la foi , c'est évidemment dire que , dans tout ce qui touche à la foi , il ne doit pas y avoir de diversité ; que par conséquent toutes les vérités de foi doivent c're crues uniformément, et qu'il n'y en a pas sur lesquelles on soit libre d'adopter un sentiment ou un autre : ce qui est la doctrine catholique et la condamnation de la ductrine protestante.
Saint Augustin établit encore plus formellement le même principe. Il veut « qu'il d n'y ait qu'une seule et même foi dans l'Eglise répandue sur toute la terre , et que » cette unité de foi ne soit point altérée par quelques observances diverses, qui n'at- » taquent en aucune manière ce qu'il y a de vrai dans la foi. » ( Epist. 30, al. 80, ad Calasanum, cap. 9. n. 22. ) Tout ce qu'il y a de vrai dans la foi, voilà ce qui forme une seule et même foi dans l'Eglise : tout ce qui contrarie ce qu'il y a de vrai dans la foi , altère l'unité de foi. Les articles que les protestants appellent non fondamentaux, selon eux-mêmes 1° sont vrais, 2° font partie de la foi. Ainsi d'abord , saint Augustin enseigne, comme nous , que l'unité de foi consiste à croire tous les articles de foi, sans distinction , sans exception ; ensuite , il établit contre les protestants , que l'unité de foi est détruite quand on attaque quelque article de foi que ce soit.
o Ceux , dit ce saint docteur , qui , dans l'Eglise de Jésus-Christ , ont des sentiments » erronés et mauvais , si, ayant été avertis de revenir à des idées saines et droites, ils ré- » sistent opiniâtrement et défendent leurs erreurs au lieu de s'en corriger , deviennent » hérétiques , et , sortant de l'Eglise , sont regardés comme ses ennemis. » ( De Civit. Dei, lib. 18, cap. 51.) 11 n'y a point là de distinction entre les articles fondamentaux ou non fondamentaux. C'est , ainsi que nous le professons, toute opinion contraire à la foi opiniâtrement soutenue, qui rend hérétique et fait déclarer ennemi de l'Eglise.
Dans son livre à Quod vult Deus , saint Augustin fait l'énumération de quatre-vingt huit hérésies. Avant lui, saint Epiphane n'en avoit compté que soixante-dix; et depuis, Théodoret fait mention seulement de cinquante-deux. Les protestants ne prétendront certainement pas que toutes ces erreurs eussent pour objet des articles qu'ils regardent comme fondamentaux. L'inspection seule de ces catalogues montre un grand nombre •de ces sectes , errant sur des points moins importants en eux-mêmes que ceux malgré
lesquels ils se reçoivent réciproquement à la communion. Cependant tous ces Pères traitent formellement d'hérétiques, et regardent comme étant hors de l'Eglise, tons ceux qui adoptoient ces erreurs. Après avoir fait son détail des hérésies, saint Augustin ajoute : « L'homme qui ne croit pas ces erreurs, ne doit pas pour cela se dire chrétien eatbo- » lique; car il peut y avoir où se former d'autres hérésies, qui ne sont pas mentionnées » dans cet ouvrage. Quiconque en adopte quelqu'une , n'est point chrétien catholique. » (De Hœres., ad Quod vult Dcus , in fine. )
Vincent de Lérins semble avoir prévu, dès le cinquième siècle, les inconvénients qui résultent nécessairement du système protestant, et montre le danger évident de laisser introduire une seule fausseté en matière de foi. « Une fois admise , dit-il, cette licence impie » de la fraude , j'ai horreur de dire quel grand danger s'ensuivra de mettre en pièces et » de détruire la religion. Car si on abandonne une partie quelconque du dogme catho- » lique , bientôt une autre , puis une autre, après cela encore une autre , et toujours une » autre, seront abandonnées , comme par coutume et avec permission. Mais toutes les » parties étant ainsi délaissées en détail , que restera-t-il à la fin , sinon que tout le sera ? » Si on commence une fois à mêler les choses nouvelles aux anciennes , les étrangères » aux domestiques , les profanes aux sacrées , cet usage se propagera nécessairement » sur tout ; en sorte qu'il ne restera plus dans l'Eglise rien d'intact , rien de sain , rien » d'entier , rien d'immaculé; mais on verra désormais un infâme repaire d'impies et de » honteuses erreurs, où étoit auparavant le sanctuaire de la chaste et incorruptible » vérité. » (Commonit., cap. 23. ) Je demande à tout homme de foi si ce n'est pas là l'histoire fidèle, racontée onze siècles d'avance, de ce qui est arrivé dans la prétendue réforme? Quand Luther se fut une fois emporté à contester la validité des indulgences, il fut conduit, par cette première erreur , à nier la réalité du purgatoire ; de là , amené à se soulever contre l'autorité du souverain pontife ; de là , entraîné à se révolter contre celle de l'Eglise; et successivement à toutes ses autres assertions contraires à la doctrine catholique. Ceux qui le suivirent, imitant son exemple, enchérirent sur ses innovations. Calvin nia la présence réelle , les anabaptistes l'utilité du baptême aux enfants , les sociniens tous les mystères ; et de degré en degré la foi chrétienne se trouve, dans les mains des novateurs , réduite à rien comme l'avoit annoncé Vincent de Lérins. Telle a été la suite prévue et infaillible du système protestant, d'articles de foi les uns nécessaires les autres non nécessaires, qu'on n'a jamais pu discerner les uns des autres.
Je ne pousserai pas plus loin ce détail. Voilà, je crois, plus d'autorités qu'il n'en faut pour établir que, dans les premiers siècles du christianisme, reconnu par les prolestants purs dans la doctrine, il étoit admis que, pour être membre de l'Église, et avoir droit au salut éternel, il étoit nécessaire de croire absolument tous les articles de la foi sans distinction d'articles plus ou moins importants ; et que l'erreur opiniâtre sur un point de fui quelconque rend hérétique, exclut de l'Église et du paradis. — M. de la Luzerne. Dissert, sur les é<j lises catholique et protestante, tom. l.cb.ap. 4.
III. Les protestants n'ont aucun fondement sur lequel ils se tranquillisent dans leurs principes anti- chrétiens. Ce n'est pas sur l'Écriture, ce n'est pas sur l'autorité des premiers siècles, nous l'avons prouvé; ce n'est pas non plus sur la raison, -comme nous allons le faire voir, en considérant sous un point de vue plus philosophique ou plus général, le système des articles fondamentaux. Nous citons M. de la Mennais.
Que font les partisans de ce système pour démontrer contre les déistes, la nécessité d'une révélation? S'appuyant des aveux des déistes mêmes, ils prouvent qu'une religion est nécessaire, et qu'il existe, par conséquent, une vraie religion. Les annales de la philosophie à la main, ils montrent ensuite qu'on ne sauroit, par la raison seule, s'assurer pleinement d'aucun dogme; qu'en la prenant pour unique guide, on nefait qu'errer de doutes en doutes, d'incertitudes en incertitudes; et que, loin de parvenir à une croyance fixe, on est contraint de tolérer l'athéisme même , ou la négation de tout dogme, l'exclusion de tout culte, la destruction de toute morale. Si donc, concluentils, une vraie religion est nécessaire, il est nécessaire aussi que Dieu révèle cette vraie religion.
Mais voici une chose étrange : Dieu révélera aux hommes des vérités nécessaires à l'homme, et les hommes ne seront pas obligés de croire Dieu, et ils resteront maîtres de rejeter les vérités que Dieu leur révèle? Alors à quoi bon une révélation? Mieux valoit que Dieu gardât le, silence, si l'on est libre de démentir, de réformer ses enseignements, de lui dire : Nous te connaissons mieux que Ui ne te connois toi-même. Or telle
est la liberté que consacre la tolérance. Car de s'étayer du prétexte d'obscurité , pour tenir en suspens l'autorité de la révélation , ou d'une partie de la révélation , dont l'objet est de dissiper les doutes de l'esprit humain sur les vérités qu'il doit croire, c'est visiblement se contredire, c'est se moquer des hommes et de leur auteur.
J'entends les disciples de Jurieu qui me répondent : « Nous ne prétendons pas qu'on » puisse nier, sans s'exclure du salut, tous les dogmes révélés, mais seulement ceux » de ces dogmes qui ne sont pas fondamentaux. » On verra bientôt que cette distinction est complètement illusoire. Mais je veux bien l'admettre en ce moment, et prendre le système tel qu'on nous l'offre , avec les restrictions arbitraires qu'une sorte de pudeur chrétienne s'efforce d'y apporter. Toujours est-il vrai que nos objections conservent toute leur force à l'égard des dogmes non fondamentaux , c'est-à-dire à l'égard de la plus grande partie des dogmes révélés. De plus , demanderai-je aux indifférents mitigés : Comment savez-vous que Dieu ait révélé des vérités non nécessaires ? Cette hypothèse gratuite répugne à la sagesse de Dieu , et renverse le principe sur lequel vous avez établi la nécessité d'une révélation. Mais ce n'est pas tout, et je soutiens qu'il est infiniment plus absurde de prétendre qu'il soit permis de nier une partie seulement de la révélation , que la révélation tout entière; ou , en d'autres termes, que le système des points fondamentaux est plus déraisonnable , plus inconséquent , plus injurieux à la Divinité , et plus désespérant pour l'homme que le déisme.
Le déiste rejette la révélation , parce qu'il ne croit pas que Dieu ait parlé ; le chrétien de Jurieu permet de rejeter une partie de la révélation qu'il croit divine. L'un, se persuadant que le christianisme est fondé sur une autorité purement humaine, ne l'admet qu'autant qu'il le juge conforme à la raison; l'autre, convaincu que le christianisme repose sur l'autorité de Dieu , nie l'obligation de se soumettre en tout et toujours à cette autorité. 11 attribue à l'homme le droit de préférer, en une foule de circonstances, sa propre raison à la raison du souverain Etre, et de désobéir à ses lois. Le déiste enfin, sentant lui-même l'insuffisance de la raison peur établir inébranlablement un dogme quelconque , ne fait dépendre le salut de la croyance d'aucun dogme. Jurieu déclare, au contraire, que la foi des dogmes fondamentaux est d'une indispensable nécessité; et comme ni lui , ni ses disciples , n'ont jamais pu définir nettement quels sont ces dogmes fondamentaux, comme il n'est pas un point de doctrine sur lesquels les protestants soient moins d'accord , il n'est pas non plus un seul d'entre eux qui puisse être certain de croire tout ce qu'il est nécessaire de croire pour être sauvé : incertitude si affreuse , en supposant la foi dans la révélation , qu'on ne sauroit concevoir d'état plus désespéra l t.
Or, voilà où l'on arrive inévitablement dèsqu'on veut forcer le christianisme de capituler avec la raison humaine , avec ses caprices inconstants et ses dédaigneuses répugnances. On ignore ce qu'on peut céder et ce qu'on doit retenir. Les principes manquent pour faire une distinction , je ne crains point de le dire , sacrilège : car s'imaginer que Dieu parle en vain , qu'il révèle des dogmes superflus , c'est outrager sa sagesse , et s'accuser soi-même de folie, en censurant les décrets de son impénétrable conseil. Qui ne voit d'ailleurs que tous les points de la foi chrétienne s'enchaînent étroitement l'un à l'autre? Or, où tout se tient , tout est essentiel. L'objet de la religion est de montrer à l'homme sa place dans l'ordre des êtres , et de l'y maintenir , en réglant ses pensées , ses affections , ses actions , par les deux grandes lois de la vérité et de la justice , dont ies dogmes et les préceptes sont l'expression. Que peut-il donc y avoir d'indifférent dans ces lois? et à quel titre la vérité seroit-elle moins inviolable que la justice ? Elles se confondent dans leur source , et les séparer c'est les détruire; car la justice n'est que la vérité même rendue sensible dans les actions, suivant cette profonde parole d'un apôtre : a Celui qui fait la vérité, agit à la lumière , afin qu'il soit manifeste que ses œuvres » viennent de Dieu. » ( Joan., c. 3, v. 21. ) Dieu ne peut donc pas plus tolérer l'erreur qu'il ne peut tolérer le crime ; et la tolérance du crime est le résultat nécessaire de toute doctrine qui consacre la tolérance de l'erreur.
Remarquez cependant l'inconséquence de ses partisans : admettre la révélation, c'est croire les vérités révélées sur l'autorité de Dieu qui nous les révèle : or , cette autorité étant la même, quelle que soit l'importance relative des vérités révélées, l'obligation de croire est aussi la même ; et rejeter une seule de ces vérités divines, c'est nier l'autorité sur laquelle elles sont toutes fondées, c'est renverser la base de la révélation , ei la livrer sans défense aux déistes.
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Mais , pour mieux faire sentir l'intime liaison de la doctrine de Jurieu avec le déisme , examinons les principes et les conséquences de l'un et de l'autre système.
Puisqu'il y a des dogmes qu'on peut nier sans s'exclure du salut , et d'autres dogmes ■qu'on e=t absolument obligé de croire pour être sauvé , la première chose que doivent faire les protestants est de donner « une règle sûre, pour juger quels sont les points » fondamentaux, et les distinguer de ceux qui ne le sont pas : question, ajoute naïve- » ment Jurieu, si épineuse et si difficile à décider. » (Le vrai Système de l'Eglise, p. 237. ) Ainsi , dès les premiers pas , il se voit arrêté par une difficulté terrible ; car enfin le salut dépend, au moins pour un grand nombre d'hommes, de la solution de cette question si épineuse et si difficile à décider. Les articles fondamentaux se trouvent dans l'Ecriture, je le veux; mais, « outre les vérités fondamentales , l'Ecriture contient » cent et cent vérités de droit et de fait dont l'ignorance ne sauroit damner; » ( Jurieu, Axis Tr. 1, art. 1, p. 19 , Tabl. Ictt. 3. ) et nulle part elle ne spécifie ce qui est fondamental et ce qui ne l'est pas , nulle part elle ne donne de règle pour faire ce discernement. Il faut donc que les protestants s'en forment eux-mêmes d'arbitraires, et les voilà déjà maîtres de leur foi, puisqu'ils le sont des règles par lesquelles ils la déterminent.
Jurieu en propose trois entièrement inadmissibles, et qu'aussi la réforme a depuis longtemps mises au rebut. La première peut s'appeler une règle de sentiment. Selon Claude et Jurieu , on sent les vérités fondamenlales « comme on sent la lumière quand » on la voit , la chaleur quand on est auprès du feu , le doux et l'amer quand on mange.» ( Le vrai syst. de l'Eglise , liv. 2 , ch. 25, p. 453. ) Les déistes en disent autant ; écoutez Rousseau : « C'est le sentiment intérieur qui doit me conduire. (Emile, tom. 3,pag. » 129. )Ma règle est de me livrer au sentiment plus qu'à la raison. ( Tbid., p. 42. ) J'a- » perçois Dieu partout dans ses œuvres , Je le sens en moi , je le vois autour de moi, » ( Lbid., p. G3. ) Je sens mon âme , je la connois par le sentiment et par la pensée. • ( lbid., p. 87. ) La différence est que les déistes ne sentent que la religion naturelle , et que Jurieu sentoit de plus la religien révélée. L'athée , qui ne sent rien du tout , peut être à plaindre ; mais enfin l'on ne sauroit le condamner selon cette règle, car personne n'est maître de se donner un sentiment qu'il n'a pas. Dans le sein même de la réforme, chacun ayant sa manière de sentir, l'arminien, par exemple, ne sentant point la nécessité de la grâce, le socinien ne sentant point la Trinité ni la divinité de Jésus-Christ, le luthérien sentant la présence réelle que le calviniste ne sentoit point , il fallut bientôt abandonner cette règle extravagante , et propre seulement à nourrir un fanatisme insensé.
La seconde règle de Jurieu , pour discerner les articles fondamentaux , se tire de leur liaison avec le fondement du christianisme. Or, jamais les protestants n'ont pu convenir entr'eux de ce qui constitue le fondement du christianisme. Ainsi cette règle devient inutile; car qui peut juger de la liaison d'un dogme avec un autre dogme qu'on ne connoît pas? De plus, il est évident que Jurieu se fait à lui-même, ou veut faire aux autres une illusion grossière. Qu'est-ce en effet que le fondement du christianisme, si ce n'est certaines vérités de foi qu'il est nécessaire de croire pour être chrétien ? Le fondement ou les vérités fondamentales ne sont donc qu'une seule et même chose , et la règle du ministre se réduit à cet aphorisme : on reconnoît le fondement par sa liaison avec le fondement.
Cette règle n'ayant pas paru, même à Jurieu, d'un fort grand secours dans la pratique, il en propose une troisième en ces termes : « Tout ce que les chrétiens ont cru » unanimement et croient encore partout, est fondamental et nécessaire au salut. Je crois. » dit-il, que c'est encore ici la règle la plus sûre. » ( Le vrai Système Cs l'Eglise, p. 237. ) Le plus sûr alors est de ne croire rien , ou de ne croire que ce qu'on veut; car , comme il n'est pas un seul dogme qui n'ait été nié par quelque hérétique , il s'en ^uit qu'il n'existe point de vérités fondamentales, et que c'est perdre le temps que de les chercher. Le plus sûr est de penser qu'où peut faire son salut dans toutes les sectes, même dans le mahométisme ; car puisque les mahométans ne sont, suivant Jurieu, qu'une secte du christianisme , ( lbid., p. 148. ) rien de ce qu'ils nient ne sauroit être fondamental ; et le déiste Chubb a raison de soutenir que « passer du mahométisme au •> christianisme , ou du christianisme au mahométisme , c'est uniquement abandonner » une forme extérieure de religion pour une autre forme.» (Chubb's Posthumous Works, vol. 2, p. 40. )
Quand on ne seroit point effrayé de ces conséquences , la règle d'où elles se déduisent n'en seroit pas moins inadmissible dans les principes des protestants. Leur maxime
principale est de ne reconnoître sucune autorité humaine en matière de foi. Or , le consentement de tous les chrétiens , de quelque façon qu'on l'entende , ne forme qu'une autorité humaine, par conséquent sujetie à l'erreur , et dès lors insuffisante pour déterminer avec certitude ce qui est fondamental et ce qui ne l'est pas, et pour servir de base à la foi.
II y a dans tous les esprits une rectitude naturelle qui , lors même qu'ils s'égarent , les force à s'égarer , si on peut le dire rigoureusement. 11 n'étoit donc pas possible que !a réforme, restant ce qu'elle étoit, adoptât les règles arbitraires de Jurieu. Elle s'en forma de différentes, qui ont universellement prévalu, parce qu'elles sortent du fond même de sa doctrine. Jurieu les vit s'établir , et Bossuet lui prouva qu'il ne pouvoit en contester aucune. ( Sixième Avertiss. aux protest., 3e part., n. 17 et suiv. )
La première , c'est qu'il ne faut reconnoître d'autre autorité que l'Ecriture interprétée par la raison. Cette règle étant le fondement même du protestantisme , on ne peut la rejeter sans cesser d'être protestant.
La seconde, c'est que l'Ecriture, pour obliger, doit être claire. Le bon sens favorise cette règle; car autrement on croiroit sans savoir ce qu'on croit , ce qui est absurde ; ou sans être certain que l'Ecriture oblige à croire, c'est-à-dire sans raison, contre la première règle.
La troisième , c'est qu'où l'Ecriture paroît enseigner des choses inintelligibles , et où la raison ne peut atteindre, il faut la tourner au sens dont la raison peut s'accommoder , quoiqu'on semble faire violence au texte. Cette règle est encore une conséquence ou un développement delà première. Dès que la raison est le seul interprète de l'Ecriture, elle ne sauroit l'interpréter contre ses propres lumières , et lui attribuer un sens dont l'esprit seroit choqué. En un mot, les interprétations de la raison doivent être évidemment raisonnables ; car si elles étoient à la fois claires , d'après la seconde règle , et absurdes par supposition , ii en résulteroit l'obligation de croire une claire absurdité.
Le principe fondamental du protestantisme étant admis, il faut donc admettre nécessairement les règles que les indifférents en déduisent. Mais aussi qui ne voit qu'alors l'autorité de l'Ecriture devient l'autorité de la raison seule , de sorte qu'au fond ces règles se réduisent à celle-ci : chacun doit croire ce que sa raison lui montre clairement être vrai.
Pour éviter qu'on ne me soupçonne d'exagérer les conséquences du système que je combats, j'ajouterai , à l'autorité du raisonnement , l'incontestable autorité des faits.
Jurieu , le moins tolérant des hommes par caractère , et le plus tolérant par ses maximes, refusa d'admettre les sociniens au nombre des sectes qui ont conservé le fondement du christianisme. Mais aussitôt on lui demanda de quel droit il excluoit du salut des hommes qui recevoient comme lui l'Ecriture? De quel droit il mettoit sa raison audessus de leur raison? De quel droit enfin il décidoit ce que l'Ecriture ne décidoit pas , en déterminant les dogmes qu'il falloit nécessairement croire pour être sauvé? 11 n'étoit pas facile de répondre à ces questions. La réforme le sentit, et les sociniens furent admis à la tolérance ? 11 fut permis de nier la divinité de Jésus-Christ , la Trinité , l'éternité des peines, tout ce qu'on voulut.
Dès lors à quoi servoient les confessions de foi , qu'à gêner la raison et la liberté qu'ont tous les hommes d'interpréter par elle l'Ecriture? l'enseignement même le plus simple, en préoccupant de certaines opinions l'esprit des peuples, tendoit à substituer l'autorité des ministres à l'examen particulier, absolument indispensable, selon les maximes protestantes. Frappés de ces inconvénients, les brownistes ou indépendants rejetèrent toutes les formules, les catéchismes, les symboles , même celui des apôt: es, pour s'en tenir , disoient-ils, à la seule parole de Dieu. C'étoient , sans contrent , les plus conséquents des réformés.
Cependant le fanatisme, abusant du texte sacré, multiplioit les religions au gré de «es folles rêveries , et la réforme se peuploit de mille sectes bizarres qui , quelque absurdes , quelque contradictoires qu'elles fussent , avoient toutes un droit égal à la tolérance. Ainsi s'établit peu à peu le latitudinarisme le plus excessif. Ses progrès étoient encore singulièrement favorisés par une disposition d'esprit devenue générale parmi ceux des protestants que leur caractère éloignoit des excès du fanatisme. La chaleur avec laquelle certains sectaires soutenoient des dogmes évidemment impies ou insensés , leur inspirait un secret dégoût pour toute espèce de dogmes. Incapable de porter seule le poids des mystères, la raison abaissoit toutes les hauteurs du christianisme, et à force
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de creuser pour en découvrir le fondement , elle finit par n'y pas laisser pierre sur pierre. En retranchant toujours, la réforme en est venue à cette religion de plain-pied que Jurîeu accusoit ies indifférents de vouloir introduire , et qui, sous un autre nom , n'est qu'un déisme timide et mal déguisé. Tel est l'état auquel Hoadly et ses disciples ont réduit le christianisme en Angleterre. Contraints par leur principe de tolérer même les mahometans (Voyez Milners) , même les déistes , même les païens , ils ont ouvert un ahîme où toutes les religions viennent se réunir , ou plutôt se perdre ; car aucune religion ne peut subsister qu'en repoussant toutes les autres : elles expirent en s'embrassant. Aussi , en renversant la barrière qui sépare le christianisme des cultes inventés par l'homme, on a détruit jusqu'au signe distinctif du chrétien. Le baptême, dont l'Evangile enseigne si clairement la nécessité ( Joan.,c. 3, v. 5.) , n'est , aux yeux d'Hoadly, qu'un vain rit, une puérile cérémonie: et, en quelques états protestants , l'autorité civile a été forcée d'intervenir pour en empêcher l'entière abolition. Si l'enfant , dans ces étals , est encore un être sacré , si la religion environne encore son berceau de sa protection puissante, il faut en rendre grâces à la politique, qui a défendu l'humanité contre l'inexorable indifférence d'une barbare théologie. Ces doctrines antichrétiennes ont passé d'Angleterre en Amérique. La jeunesse va les puiser à l'université de Cambridge, d'où elle les rapporte dans toutes les provinces de ce vaste continent. Elles y germent, elles s'y développent avec une telle promptitude , que déjà la vieille réforme semble presque étouffée sous leur ombre. Là, comme en Europe, les ministres des diverses sectes évitent de se choquer mutuellement en préchant des dogmes contestés ; et comme tous les dogmes sont contestés , l'on n'enseigne plus aucun dogme : on se. contente de disserter vaguement sur la morale, qu'à l'exemple des déistes, on regarde comme seule essentielle; la Bible , dégagée de toute explication , est mise à grands frais entre les mains du peuple , dernier juge des controverses qui ont épuisé la sagacité et lassé la patience de ses docteurs ; et en lui donnant un livre qu'il ne lit point , ou qu'il lit sans le comprendre , on croit lui donner une religion.
L'Allemagne protestante offre un spectacle peut-être encore plus déplorable. On semble y avoir pris spécialement à tâche de détruire toute l'Ecriture , sans néanmoins cesser de la reconnoitre en apparence pour l'unique règle de foi. On soutient que Jésus- Christ n'eut jamais dessein d'établir une religion distincte du judaïsme; que l'Eglise, ouvrage du hasard , ne fut d'abord qu'une aggrégation fortuite d'individus ,ou de petites sociétés particulières, dont quelques hommes ambitieux, secondés par les circonstances, formèrent une confédération générale. A l'aide de ce qu'on appelle Vexégèse biblique , c'est-à-dire d'une critique sans frein , on nie les prophéties, on nie les miracles , on nie la vérité ciu récit de Moïse; et la Genèse , au jugement de ces doctes interprètes, devient un tissu d'allégories, ou , pour parler leur langage , de mythes ou de pures fables.
Or, qui prouvera que ces interprétations commodes, aujourd'hui presque universellement reçues, blessent le fondement du christianisme ? Elles paroissent opposées à l'Ecriture , il est vrai; mais si on les rejetoit sous ce prétexte , il faudroit rejeter en même temps la règle qui prescrit , en certains cas , de faire violence au texte sacré. On ne sauroil donc refuser de les tolérer , et même , si l'on est conséquent , de les admettre comme plus claires et plus satisfaisantes pour la raison.
C'est ainsi qu'on arrive au christianisme rationnel , si vanté en Allemagne et en Angleterre. On élague de la religion tout ce que la raison ne conçoit pas , par conséquent tous les mystères , par conséquent tous les dogmes ; car il n'est pas un seul dogme qui ne renferme quelque mystère, parce qu'il n'en est point qui ne tienne à l'infini par quelque côté. Alors que reste-t-il que le déisme? Mais on ne s'arrête pas même au déisme, le principe entraîne au-delà ; on est forcé de faire violence, non-seulement à l'Ecriture, mais à la raison , à la conscience, au témoignage unanime du genre humain ; on est forcé de nier Dieu , puisqu'on est contraint d'avouer que des mystCrcs inconcevables V environnent. (Emile, t. 3 , p. 133. ) Parvenu à ce point , les divisions cessent , non par l'accord des doctrines, mais par leur anéantissement. La discordance des opinion! , la diversité infinie des croyances, remplissent tout l'espace qui sépare la religion catholique de l'athéisme : l'unité ne se rencontre qu'à ces deux termes extrêmes :*nù< de foi, dans la religion catholique, parce qu'elle renferme la plénitude de la vérité; dans l'athéisme, unité d'indifjércnce , parce que l'athéisme n'est au fond que la plénitude de l'erreur. — Essai sur l'indifférence, etc., t. 1 , c. 7. Voyez aussi les notes sur Calvinisme et Déisme.
NOTES. 6o:>
NOTE XXXII. INFAILLIBILITÉ DE L'ÉGLISE. ( Pag. 392.)
Le dogme de l'infaillibilité de l'Eglise enseignante a été reconnu dans tous les temps. D'abord, si nous n'en apercevons pas autant de traces dans les trois premiers siècles que dans les suivants , on peut en donner trois raisons particulières : la première, c'est qu'il nous reste moins de monuments des siècles reculés ; la seconde, c'est qu'il n'étoit pas nécessaire de recourir au jugement des évêques pour condamner les hérésies des premiers siècles ; elles étoient si évidemment contraires à ia foi, qu'on ne sait de quoi s'étonner davantage, de l'audace ou de l'extravagance de leurs auteurs. Il étoit bien simple et bien facile à chaque docteur de réfuter de pareilles opinions, par leur opposition manifeste à la doctrine que les apôtres venoient récemment d'enseigner. Tout le premier siècle étoit rempli de leurs disciples, le second même en possédoit beaucoup, et ceux qui ne l'étoient point alors avoient été pour la plupart instruits par les successeurs immédiats de ces derniers. Ainsi le inonde retentissoit encore de la. voix et de l'enseignement des apôtres; la mémoire en étoit fraîche et présente dans les esprits. Leurs chaires, suivant l'expression de Tertullien, étoient, pour ainsi dire, parlantes; ilsuffisoit de dire aux novateurs : « Ainsi n'enseignoient point les apôtres , ainsi n'ont-ils pas » écrit. Votre doctrine n'est point la leur ; nous l'entendons pour la première fois : elle » est impie. » La troisième raison est l'impossibilité qu'il y avoit pour les évêques , durant le feu des persécutions, de s'assembler et de prononcer un jugement en commun , et de donner alors au monde des preuves éclatantes de leur autorité. Dans ces jours oe recherches et de sang , il n'y avoit pas d'autre moyen d'obvier aux nouveautés que par des condamnations particulières r où cependant les évêques laissent apercevoir des traces non équivoques du sentiment de leur infaillibilité. Tout homme qui s'avisoit alors de dogmatiser et de vouloir accréditer ses folles idées, étoit noté par l'évéque diocésain qui l'avertissoit , le reprenoit charitablement , le réfutoit t le menaçoit et le condamnoit enfin. L'affaire alloit ensuite de proche en proche, et suivant les facilités des circonstances , aux évêques voisins , à ceux de la province , à ceux des églises apostoliques , et avec plus d'empressement et de déférence encore à celui qui présidoit sur la chaire éminente du prince des apôtres. Pour la plupart du temps , c'étoit de cette chaire principale que partoit la condamnation, et que , du centre de l'unité , elle parvenoit dans tous les sens jusqu'aux extrémités. Les évêques y adhéroient par un consentement exprès ou tacite ; et leurs approbations partielles formoient , par leur grande réunion , le jugement irréfragable de l'Eglise dispersée : le dogme en étoit affermi, et le novateur vétractaire signalé désormais à tous les fidèles , comme il seroit de nos jours, après une pareille sentence , sous le nom diffamant d'hérétique. Ainsi furent condamnés au second siècle et flétris comme corrupteurs de la foi , Saturnin, Basilide, Yalentin, Carpocrate, Cerdon et Marcion.
Dans les époques moins orageuses, et lorsque l'Eglise respiroit sous des empereurs plus doux et plus humains, les évêques se réunissoient autant que le permettaient les circonstances, et prononçoient avec autorité sur les affaires qui intéressoient la foi. Eusèbe observe, en parlant des premiers siècles, « qu'à la naissance d'une hérésie, tous » les évêques du monde accouroient pour éteindre le feu. » L'ambitieux Montan aspire à se faire passer pour le Paraclet promis par Jésus-Christ ; il séduit par l'austérité de ses mœurs , de ses préceptes , et par le ton imposant de ses prophéties. Les évêques d'Asie s'assemblent plusieurs fois à Hiérapolis, et après des ménagements et un long examen, déclarent fausses et profanes les prophéties de Montan et celles de Priscilla , de Maximilla , qui avoient quitté leurs maris pour s'attacher aux extravagances de l'imposteur, condamnent leur doctrine , leurs erreurs , et les retranchent eux-mêmes de la communion de l'Eglise.
En 255, lorsque la paix fut rendue aux chrétiens, sous l'empereur Gallus , plusieurs de ceux qui étoient tombés dans les dernières persécutions , demandèrent la paix et la communion de l'Eglise , et y furent reçus après avoir subi les rigueurs de la pénitence publique. Novatien, prêtre d'un caractère dur et farouche, s'indigne de la condescendance qu'on avoit montrée pour ces foibles et lâches chrétiens , soutient qu'on ne peut accorder l'absolution à ceux qui sont tombés dans l'idolâtrie , et se sépare du pape Corneille dont même il veut usurper le siège : un synode de soixante évêques le condamne à Rome et le chasse de l'Eglise.
Paul de Samosate, évêque d'Antioche en 2G2, pour attirer à la religion la reine Zcnobie, essaie de réduire les mystères à des notions intelligibles, attaque celui de la Trinité en niant la divinité de notre Sauveur. Les évoques de la province prennent l'alarme, accourent pour une seconde fois à Antioche , condamnent les erreurs de Paul , le dé posent de son siège, et l'excommunient d'une voix unanime. Paul, protégé par Zénobie , s'obstine à ne pas quitter son siège , jusqu'à ce qu'Aurélien, devenu maître d'Antioche, ordonne que la maison épiscopale appartiendroit à celui auquel les évéques de Kome adresseroient leurs lettres .jugeant , ajoute Théodoret , que celui qui ne se soumettoit pointa la sentence de ceux de sa religion, ne devoitplus rien avoir de commun ivec eux.
Ces exemples , auxquels il seroit facile d'en ajouter d'autres , prouvent que , dès les premiers siècles , les évoques prononçoient péremptoirement sur les choses de la foi , ;léclaroient ce qui étoit révélé , ce qui ne l'étoit pas, retranchoient de l'Eglise ceux qui refusoient de leur obéir , les reléguoient parmi les hérétiques et les infidèles , en les dévouant à l'anathème. Et ce n'étoil point parce que ces hommes avoient enseigné des opinions erronées, mais parce qu'ils ne se rendoient pas à l'autorité de leurs supérieurs ecclésiastiques , parce qu'ils persistoient dans leurs opinions, après qu'elles avoient été condamnées, et qu'ils se constituoient contumaces et rebelles à la décision épiscopale. « Les superbes et les contumaces sont frappés à mort par le même glaive spirituel, disoit » saint Cyprien , alors qu'ils sont retranchés de l'Eglise. » Or, pour frapper d'une mort spirituelle les esprits superbes , et dévouer les contumaces à une damnation éternelle, il falloit bien que les évéques connussent tous leurs droits , qu'ils fussent convaincus qu'ils ne pouvoient se tromper dans leurs jugements; il falloit bien qu'ils se tinssent assurés que Jésus-Christ étoit avec eux , que l'esprit de vérité ne les abandonneront jamais , et que , suivant l'ordre du maître , quiconque ne les écoutoit pas, méritoit d'être traité en publicain, en païen. Loin de soupçonner ces vénérables évéques d'avoir méconnu leur autorité, on seroit plutôt tenté de les accuser de l'avoir exagérée, de l'avoir étendue au delà de ses bornes, en s'attribuant, dans des synodes trop peu nombreux, une infaillibilité qui n'avoit été donnée qu'au corps entier des évéques. Mais il faut observer que les opinions condamnées, dans ces premiers synodes, l'avoient peut-être déjà été par les apôtres ; que peut-être aussi ce petit nombre d'évèques assemblés connoissoit avec certitude la doctrine de leurs confrères absents, et qu'en tout cas l'acceptation de ces derniers devoit arriver en son temps , et finir par ajouter au poids des sentences synodales le dernier sceau de l'infaillibilité.
Les faits que je viens de rapporter parlent assez d'eux-mêmes. Les évéques ont déployé l'autorité dans toute l'étendue qu'elle pouvoit avoir : les fidèles l'ont reconnue , en se conformant aux sentences lancées contre les hérétiques , avec lesquels ils ont cessé dès lors toute communication. Ainsi l'usage et la pratique de la primitive Eglise prouve suffisamment que le dogme de l'infaillibilité y étoit très-connu. Discussion amicale, etc., tom. 1.
D'ailleurs nous trouvons le dogme de l'infaillibilité dans les écrits des plus anciens docteurs de l'Eglise. « Il ne faut pas , dit saint Irénée, chercher chez d'autres la vérité » qu'il est aisé de recevoir de l'Eglise; les apôtres y ayant pleinement déposé, comme » dans un riche trésor, tout ce qui appartient à la vérité : en sorte que quiconque le » veut y puise la source de la vie. Mais tous les autres sont des voleurs et des larrons : » c'est pourquoi on doit les éviter. Mais on doit chérir ce qui vient de l'Eglise , et >» saisir d'elle la vérité de la tradition... Il faut obi'.r aux prêtres qui sont dans l'Eglise, » à ceux qui , comme nous l'avons montre , tirent leur succession des apôtres, et qui, » avec cette succession d'épiscopat, ont reçu le don certain de la vérité , selon le bon » plaisir du Père... Où sont placés les dons du Seigneur, c'est là qu'il faut apprendre » la vérité ; c'est-à-dire de ceux qui tirent dans l'Eglise leur succession des apôtres, » et chez lesquels il est constant que réside la discipline saine et irréprochable , et la » parole inaltérable et incorruptible : car ces hommes conservent notre Foi en un seul » Dieu qui atout créé, et augmentent notre amour pour le Fils de Dieu qui a fait en » notre faveur de si admirables dispositions, et nous expliquent les Ecritures. » ( Contra hœres., lib. 3, c. 1. )
A ces passages de saint Irénée il seroit possible d'en ajouter encore d'autres ; mais ceux-là sont suffisants pour montrer la doctrine de ce saint docteur sur l'infaillibilité de l'Eglise. Selon lui , l'Eglise est un riche trésor où les apôtres ont déposé tout ce qui
appartient à la vérité ; on y puise la source de la vie , on reçoit d'elle la vérité de la tradition. Tout cela seroit-il applicable à une église qui pourroit entraîner dans l'erreur? Les évëques , avec la succession des apôtres , auroient-ils reçu le don , et le don certain de la vérité, s'ils étoient exposés à se tromper? S'ils étoient sujets à erreur, seroientils certains que la parole divine reste , dans leurs mains , inaltérable et incorruptible ? Ne courroit-elle pas, au contraire, le plus grand risque de s'altérer et de se corrompre? Conserveroient-ils notre foi , s'ils pouvoient la changer ? Seroit-ce sans péril qu'ils nous expliqueroient les Ecritures, s'ils étoient en péril de s'y méf rendre? Il n'y a presque aucune des expressions de ces passages qui ne soit la confirmation évidente de la foi catholique.
Tertullien n'est pas moins précis que saint Irénée. Je n'en citerai que deux passages. « Si Jésus -Christ, dit- il dans le premier , a envoyé ses apôtres prêcher , on ne doit » point recevoir d'autres prédicateurs que ceux qu'il a institués. Car personne ne con- » noît le Père , sinon le Fils , et ceux à qui le Fils l'a révélé; et on ne voit pas que le » Fils l'ait révélé à d'autres qu'à ceux qu'il a envoyés pour prêcher. Mais ce qu'ils ont » prêché , c'est-à-dire ce que Jésus-Christ leur a révélé , (et c'est la prescription que » je présente ) ne doit pas être prouvé autrement que par les églises que les apôtres » ont fondées , en les préchant d'abord de vive voix , et ensuite par leurs Epîtres. Les » choses étant ainsi , il est par conséquent certain que toute doctrine conforme à celle » de ces églises mères et originaires de la foi , doit être réputée la vérité ; puisqu'elle » retient , sans qu'on puisse en douter , ce que l'Eglise a reçu des apôtres, les apôtres » du Christ , le Christ de Dieu. Mais aussi toute doctrine doit être jugée d'avance men- » songère, qui professe contre la vérité des églises, des apôtres, du Christ et de Dieu. » 11 ne nous reste donc plus qu'à démontrer que notre doctrine vient de la tradition » des apôtres , et que par cela même, toutes les autres sont mensongères. Nous com- » muniquons avec les églises apostoliques, notre doctrine n'en diffère en rien; voilà le » témoignage de la vérité. » ( De Prœscript., c. 21. ) Selon Tertullien , la saine doctrine ne doit pas être prouvée autrement que par les églises apostoliques, parce que la doctrine qu'elles enseignent est, sans qu'on puisse en douter, celle qu'elles ont reçue des apôtres , les apôtres de Jésus-Christ, Jésus-Christ de Dieu. Toute doctrine professée contre la vérité qu'enseignent ces églises , doit être par cela même jugée mensongère. La communication avec ces églises est le témoignage de la vérité ; la collection de ces églises ne peut donc pas , dans les principes de ce Père , être dans l'erreur ; leur enseignement unanime est donc infaillible.
Dans un autre endroit , Tertullien fait une supposition : c'est que l'apôtre se soit trompé dans le témoignage qu'il a rendu ; c'est que le Saint-Esprit n'ait pris aucun soin pour conduire l'Eglise à la vérité; c'est qu'envoyé par le Fils, demandé au Père, précisément pour être le docteur de la vérité , il ait négligé son office ; c'est que ce messager de Dieu et vicaire de Jésus-Christ ait permis que les églises comprissent autrement , crussent autrement que ce que lui-même avoit prêché par les apôtres. Comment, dans cette hypothèse même , sera-t-il vraisemblable qu'un si grand nombre d'églises aient erré dans la même foi? Entr'elles toutes il n'y a qu'une foi ; l'erreur sur la doctrine eût dû varier entre tant d'églises. Et il finit par cette maxime célèbre qu'on a opposée, dans tous les temps, aux hérésies qui successivement s'élevoient : Ce que l'on trouve dans l'universalité unanimement établi, n'est pas une erreur; c'est une tradition. ( DePrœscr.,c. 28. ) Non-seulement Tertullien énonce ici l'infaillibilité de l'Eglise universelle, mais il en présente deux preuves. La première est l'assistance du Saint-Esprit,, envoyé précisément pour être le docteur de la vérité , et qui auroii négligé son office s'il avoit laissé l'Eglise croire une doctrine contraire à son enseignement. La seconde est l'impossibilité que tant d'églises se réunissent dans une erreur commune.
Origène dit, qu'en traduisant les saintes Ecritures, les hérétiques ont l'air de dire que la parole de vérité est dans leurs maisons. «Mais, ajoute-t-il, nous ne devons pas » leur ajouter foi, et nous éloigner de la primitive tradition ecclésiastique, et croire » autre chose que ce que les églises de Dieu nous ont transmis par tradition. » ( Tract, 29 in Mallh., versus finem. ) Si nous devons croire ce que les Eglises nous enseignent , leur enseignement est donc certain. Croirons-nous que Dieu, pour régler notre foi, nous présente une autorité capable de nous apporter une loi fausse ? C'est la même autorité divine qui m'impose la double obligation , et de croire les Ecritures saintes , et de les croire selon le sens que l'universalité des églises me présente. Je dois être persuadé que
la même 'assistance infaillible qui a préservé de toute erreur les écv:vains sacres, en garantit les églises qu'elle constitue leurs interprètes.
Saint Cyprien déclare que « l'eau ûdèle , et salutaire, et sainte de l'Eglise, ne peut pas » être corrompue et altérée , comme l'Eglise elle-même est incorruptible, et ehaste, et »> pudique. » ( Epist. 73 ad Jubaianum. ) Cette eau de l'Eglise est évidemment la doctrine qu'elle enseigne. Si cette doctrine ne peut pas être corrompue et altérée, l'Eglise est donc infaillible dans son enseignement. Déplus, l'Eglise est déclarée par saint Cyprien incorruptible ; ne seroit-elle pas corrompue du, moment où elle adopteroit une erreur sur la foi ?
« La bonté divine , dit ailleurs le même saint docteur , daignera faire en sorte que , » conjointement avec nos collègues, nous administrions avec stabilité et sécurité, et o que nous conservions la paix de l'Eglise catliolique ,par l'unanimité de la concorde. « Le Seigneur , qui a daigné se choisir et établir dans son Eglise des prêtres , protégera » de sa volonté et de son assistance ceux, qu'il a choisis et établis , inspirant ceux qu'il » a chargés du gouvernement , et leur donnant la vigueur qui réprime l'audace des mé- » chants, et la douceur qui anime la pénitence de ceux qui sont tombés. » ( Ep. 45 ad Cornel. ) Quoiqu'il s'agisse dans ce passage principalement du maintien de la discipline , on y voit saint Cyprien compter que Dieu inspire en général le corps épiscopal dans le gouvernement de l'Eglise. D'ailleurs , il n'est pas tellement ici question de discipline, que le saint docteur ne comprenne dans l'inspiration céleste l'unanimité de la concorda, c'est-à-dire l'unité de doctrine. Il croyoit donc que le corps établi pour juger et enseigner la doctrine est inspiré de Dieu : ce qui suppose l'infaillibilité.
Saint Athanase traite de scélérats ceux qui pensent contradictoirement à un aussi grand et aussi œcuménique concile que celui de Nieée. ( De decretis syn. Nicœnœ , n. 4. ) Si ce concile avoit pu se tromper, quelle seroit la scélératesse de penser autrement que lui !
Saint Epiphane dit que la profession très-certaine de la vraie foi s'est conservée sans interruption dans l'Eglise catholique jusqu'à son temps, depuis les temps de la loi , des prophètes , des Evangiles et des apôtres. 11 ajoute que , tandis que diverses hérésies excitées dans tous les temps contre la foi vraie et une , l'ont attaquée et combattue, cette foi , qui fait notre salut , est restée stable dans sa vérité , et qu'au contraire ces hérésies se sont souillées elles-mêmes de leur vice , et ont été séparées de la société de l'Eglise. ( Tn Ancoriaco, n. 13. ) Si ce Père ne dit pas en propres termes qu'il est impossible à l'Eglise d'errer , il déclare au moins de la manière la plus positive, que ce malheur ne lui est jamais arrivé , au milieu de toutes les occasions et les tentations qu'elle n'a cessé d'en avoir : ce qui montre assez clairement son sentiment sur la question de l'infaillibilité de l'Eglise.
Saint Théophile d'Alexandrie, contemporain de saint Epiphane, lui écrivoit que «Dieu » dans tous les temps accorde à son Eglise la grâce de conserver le corps entier , et a de ne laisser prévaloir en rien les poisons des hérétiques. » ( Theoph. Alex., epist, 77 ad S. Epiph., Bibl. palrum , tom. 5 , pag. 858. ) Si une grâce spéciale préserve constamment l'Eglise du poison de l'hérésie , elle lui confère incontestablement l'infaillibilité.
Je ne citerai de saint Jérôme qu'un seul passage, mais il est aussi positif qu'il soit possible. « Je pourrois , dit-il, en combattant les lucifériens, dessécher tous les ruis- » seaux de leurs assertions, par le seul soleil de l'Eglise; mais , puisque nous avons déjà » longuement raisonné, et que la prolixité de la dispute a pu lasser l'attention des audii> teurs , je dirai mon sentiment en peu de mots, mais clairement. C'est qu'il faut rester »> dans l'Eglise qu> , fondée par les apôtres , dure jusqu'à ce jour. » ( Dial. contra Luoferianum, in fine. ) Dessécher, par le soleil de l'Eglise, les ruisseaux des assertions hérétiques , c'est détruire ces assertions par la seule autorité de l'Eglise. Mais cette manière de trancher la question suppose évidemment que l'Eglise ne peut pas se tromper. Une autorité dont on pourreit appeler , à qui on pourroit disputer la vérité de sa décision , ne seroit pas capable de terminer ainsi par elle-même la controverse.
Ecoutons ce que dit sur cette matière saint Jean Chrysostome : « Rien ne fut jamais • plus fort que l'Eglise. 0 homme, gardez-vous de lui faire la guerre, vous épuisericx » en vain votre force ! Ne faites pas la guerre au ciel. Si vous attaquez un homme, vous » pourrez ou vaincre, ou être vaincu; mais, au contraire, si vous combattez contre » l'Eglise, sachez qu'aucun art ne peut vous donner sur elle Ja victoire; car Dieu est
» infiniment plus fort que tous vos moyens. Rivaliserions-nous Dieu ? Sommes- nous » plus forts que lui? Dieu a rendu fixe; qui peut avoir la prétention d'ébranler? Vous » ne connoissez donc pas quelle est sa puissance ? 11 regarde la terre, et il la fait trem- » Lier; il ordonne , et les choses ébranlées s'affermissent ; il ordonne à la cité trem- » Liante de se consolider ; combien plus il peut rendre l'Eglise stable ! Certes , l'Eglise est » plus forte que le ciel , puisque le ciel et la terre doivent passer , mais que la parole » divine ne passera pas. Entre ces paroles est celle-ci : Tu es Pierre , et sur cette pierre » 'j'édifierai mon Eglise; et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Si cette » parole vous paroît suspecte , croyez du moins les faits. » (Homil. cùm de expulsione ejus ageretur. ) Il est impossible d'énoncer plus clairement , de prononcer plus fortement que l'Eglise est inexpugnable ; qu'aucune force ne peut remporter sur elle aucun avantage ; que la parole divine l'affermit et la rend inébranlable ; que Dieu lui-même qui la défend, la rendra toujours victorieuse de ses ennemis : mais ses ennemis sontles erreurs, les schismes , les hérésies. Or dire qu'elle doit constamment , d'après la parole de. Jésus- Christ, triompher de toutes les erreurs , ou déclarer que , par l'institution divine, elle est dans l'heureuse impuissance d'errer, et qu'elle est par conséquent infaillible , n'estce pas évidemment une seule et même chose ?
Saint Augustin , dans un grand nombre d'endroits , établit l'autorité irréfragable de l'Eglise. Je me contente d'en rapporter quelques-uns. Dans son Traité du baptême, contre les donatistes .- « Ce qu'il y a de sûr r dit-il , c'est de ne pas s'avancer témérairement à » affirmer une opinion qui n'a pas été traitée dans un concile plénier; mais de soutenir , » avec toute la confiance d'une voix assurée, ce qui, selon le gouvernement de Notre- » Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, est confirmé par le consentement de l'Eglise uni- » verselle. » ( Lib. 11, n. 102. )
Dans d'autres endroits du même ouvrage, il excuse saint Cyprien de son opinion au su^et du baptême des hérétiques , sur ce que le jugement du concile plénier n'avoit pas encore fixé ce qu'il falloit croire sur cette matière. ( Lib. 1, c. 18, n. 28. Vid. lib. ll,c. 9, n. 14, et alibis)
Au contraire, dans son ouvrage contre Cresconius , parlant de la même opinion que les donatistes réchauffoient , malgré les décisions des conciles d'Arles et de Nicée , il dit: « Quoique nous ne rapportions aucun passage des Ecritures canoniques , nous suivons » cependant , en ce point, la vérité enseignée dans ces saintes Ecritures ; puisque nous » faisons ce qu'a décidé l'Eglise universelle, dont l'autorité est établie par l'Ecriture. » Puisque la sainte Ecriture ne peut tromper , quiconque craint d'être induit en erreur » par l'obscurité de cette question , doit consulter cette Eglise que démontre sans » ambiguïté la sainte Ecriture. Et si vous doutez que l'Eglise qui s'étend dans toutes les » nations par une abondante diffusion , soit véritablement recommandée par la sainte » Ecriture, je vous accablerai d'une multitude de témoignages évidents, tirés de cette » autorité sacrée. » ( Contra Crescon., lib. 1, cap. 33 , n. 39. )
Dans son livre sur l'Utilité de croire : «Hésiterons-nous, dit-il , à nous jeter dans le » sein de cette Eglise , qui , depuis le siège apostolique jusqu'à la confession universelle » du genre humain, a acquis par les successions de ses évêques le faîte de l'autorité, » malgré les aboiements des hérétiques , condamnés tantôt par le jugement de tout le » peuple même , tantôt par le poids imposant des conciles , tantôt par la majesté des » miracles. Ne pas donner à celte Eglise le premier rang, est certainement le comble de » l'impiété ou de l'arrogance. » ( De Util, credendi, cap. 17, n. 75. )
fl n'est par nécessaire, je crois, d'expliquer des textes aussi clairs, et d'en déduire les conséquences qui sautent aux yeux.
Au cinquième siècle, le pape saint Célestinreconnoissoit certainement l'infaillibilité du concile d'Ephèse, lorsqu'il lui écrivoit: «L'assemblée des évêques atteste la présence du » Saint-Esprit ; car il est saint, à raison de la vénération qui lui est due , le concile dont » la nombreuse assemblée nous fait voir la respectable autorité des apôtres. Jamais le » Maître qu'ils avoient été chargés de prêcher ne leur manqua ; il fut toujours avec ev* » leur Seigneur et leur Maître : et dans leur enseignement, ils n'ont pas été abandonnés » par leur Docteur ; il les enseignoit , celui qui les avoit envoyés ; il les enseignoit , celui » qui leur avoit appris ce qu'ils dévoient enseigner ; il les enseignoit, celui qui assuroit » que dans ses apôtres c'étoit lui que l'on entendoit. » Le saint pontife fait ensuite auî évêques l'application de ce qu'il a dit des apôtres. «Ce ministère de la prédication est » parvenu en commun aux évêques du Seigneur ; nous sommes tenus , par droit héré-