‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 14 sur 114 · COM U · texte numérisé non relu

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On nous en impose, d'ailleurs , quand on veut nous persuader que les Pères se sont bornés à des explications allégoriques. Les livres de saint Jérôme , des ■Vorns hébreux, des Lieux hébreux , ies Questions hébraïques sur la Genèse , ses Commentaires sur les prophètes , un très-grand nombre de ses lettres; \o Traité de saint Epiphane ,des poids et des mesures des Hébreux; les Réponses de saint Augustin aux objections des manichéens , etc., sont des ouvrages d'érudition , qui pourroient faire honneur à des savants de notre siècle, et ceux-ci devroient être plus reconnoissants des secours qu'il en ont tirés. Un grand nombre d'autres ouvrages des premiers siècles, non moins estimables, ont péri par le malheur des temps. Les Hexaples d'Origène auroient plus contribué à l'intelligence del'Ecrilure sainte, que le plus savant commentaire.

Il y a du ridicule à reprocher aux anciens Pères leur respect pour la version des Septante, puisqu'alors il n'y en avoit point d'autre qui fût connue; à la réserve de saint Matthieu, les évangélistes et les apôtres s'en étoient servis. Dès le troisième siècle , Origène sentit qu'il ne falloit pas s'y borner, puisque, dans ses Hexaples et dans ses Octaplcs , il la mit en comparaison avec le texte hébreu , et avec toutes les autres versions grecques qu'il put trouver. Il est encore plus absurde de leur savoir mauvais gré de n'avoir pas appris l'hébreu dans un temps où l'on manquoit absolument de secours pour l'étudier , et lorsque les Juifs faisoient tous leurs efforts pour en dérober la connoissance aux chrétiens:

on sait combien il eu coûta de soins et de peines à saint Jérôme, pour en recevoir des leçons.

Pour entendre l'Ecriture sainte, les Pères des premiers siècles avoient un guide plus infaillible que les règles de grammaire hébraïque; savoir, la tradition des Eglises apostoliques , conservée par les disciples immédiats des apôtres, et transmise sans interruption à leurs successeurs. Voilà ce qui a donné lieu xlc composer les chaînes des Pères , de rassembler et de comparer les cxpli-

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cations que ces auteurs respectables avoient données des passages dont le sens étoit contesté par les hérétiques. Et en quel temps ? Sur la fin du cinquième siècle ou pendant le sixième , immédiatement après les premières irruptions des Barbares. Les plus connus de ces ouvrages sont celui d'Olympiodore, moine grec du cinquième ou du sixième siècle, sur le livre de Job; on le trouve dans la Bibliothèque des Pères ; celui de Victor , évoque de Capoue , de l'an 515, sur les quatre Evangiles ; celui de Primasius , évoque d'Adrumètc en Afrique, en 553, sur les épîtres de saint Paul ; celui de Procope de Gaze , rhéteur et sophiste grec, qui a écrit vers l'an 5G0, sur Isaïe et sur d'autres livres de l'Ecriture sainte.

On craignoit alors avec raison que la plupart des monuments ecclésiastiques ne fussent bientôt détruits par la fureur des Barbares : on s'eiTorçoil d'en sauver les débris , et l'événement a prouvé que cette crainte n'étoit que trop bien fondée. La multitude des hérésies qui avoient paru dans les siècles précédents, faisoit sentir la nécessité de s'attacher à la tradition , et d'en avoir toujours la preuve sous les yeux. L'imperfection de ces ouvrages ne vient donc pas du mauvais goût des auteurs , mais de la nécessité des circonstances. Quoi qu'en disent les protestants, ces compilations ne sont pas inutiles, puisque ce sont des chaînes de tradition ; d'ailleurs nous y trouvons quelques fragments de livres anciens qui ne subsistent plus. Nous devons faire aussi peu de cas de l'opinion qu'en ont nos adversaires , qu'ils en font eux-mêmes des monuments de l'antiquité ; ils ne chercheroient pas à nous ôler nos guides, s'ils n'avoient pas envie de nous égaior

Mosheim prétend que dans les bas siècles, jusqu'à la naissance de la réforme , les papes s'étoient opposés de toutes leurs forces à ce que les laïques pussentlire etentendre l'Ecriture sainte.

Comme nous ne pouvons pas attribuer cette calomnie à l'ignorance de ce critique , nous sommes forcés de nous en prendre à sa malignité. Il est de toute

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notoriété que jusqu'au dixième siècle , la langue latine fut dans toutes les

Gaules le langage non-seulement de la religion , mais encore de tous les actes publics et de tous les livres ; que le peuple l'entendoit pour le moins aussi bien que les habitants des diverses provinces de France , qui ont des jargons particuliers, entendent aujourd'hui le îïançois. Il est donc incontestable que , du moins jusqu'alors , la vulgate latine pouvoit être lue et entendue par tous ceux qui savoient lire. Peut-on citer un seul décret des papes qui leur ait interdit cette lecture?

Il n'est pas moins certain qu'à cette époque , et dans les trois ou quatre siècles suivants, les clercs seuls savoient lire et écrire ; que l'usage des lettres étoit regardé par les nobles comme une marque de roture : attribuerons -nous cette mouille barbare aux papes , qui n'ont pas cessé de faire des efforts pour la dissiper? Ils y avoient le plus grand intérêt , puisque c'est l'ignorance grossière des siècles dont nous parlons , qui fit éclore la multitude de sectes fanatiques qui troublèrent en même temps l'Eglise et la société , aussi bien en Italie qu'ailleurs. Sans une aveugle prévention, l'on ne peut pas nier que le clergé n'ait fait tout ce qui étoit en son pouvoir pour conserver et pour renouveler l'usage des lettres. V. Lettres, Arts, Science, etc.

Pour faire illusion aux ignorants, Mosheim soutient que , de concert avec les papes, le concile de Trente a mis un obstacle invincible, parmi les catholiques , à la véritable intelligence de l'Ecriture sainte, en déclarant la vulgate authentique, c'est-à-dire, selon lui, fidèle, exacte, parfaite, à couvert de tout reproche ; en imposant aux commentateurs la dure loi de n'entendre jamais l'Ecriture sainte , en matière de foi et de mœurs , que conformément au sentiment rommun de l'Eglise et des Pères; en déclarant enfin que l'Eglise seule , c'est-à-dire, le pape, qui est son chef, a le droit de déterminer le vrai sens et la vraie signification de l'Ecriture. JJist. ecclèsiasl., seizième siècle,

sect.

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