partie, c
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En premier lieu, il est faux que îe décret du concile de Trente , touchant l'authenticité de la vulgate , ait le sens que Mosheim lui donne malicieusement; nous prouverons le contraire au moï Vulgate. Son traducteur a eu la bonne foi d'en convenir dans une note, tome Ar pag. 216.
En second lieu , la loi dure imposée aux commentateurs par ce concile avoiê au moins déjà huit cents ans d'antiquité ; le concile in Trullo , tenu l'an 692, et dont les décrets forment encore aujourd'hui la discipline de l'Eglise orientale , ordonna, can. 20 , que s'il survenoit des disputes entre les pasteurs sur le sens de l'Ecriture , elles fussent résolues suivant le sentiment et les lumières des anciens docteurs de l'Eglise. Nous verrons au mot Tradition , qu'ils ont suivi eux-mêmes celte règle en expliquant l'Ecriture sainte.
En troisième lieu , il est faux que , dans son décret , le concile de Trente ait entendu, par la sainte Eglise notre mère, le pape qui est son chef. Indépendamment de l'enseignement du souverain pontife , il y a l'enseignement public et uniforme des différentes Eglises qui composent la société générale , que nous appelons l'Eglise catholique ; enseignement de l'uniformité duquel nous sommes assurés par la communion de foi et de croyance qui règnententre elles. Mais les protestants ne se corrigeront jamais de la mauvaise habitude de défigurer notre doctrine.
Voyons enfin les merveilles qu'ont opérées les réformateurs et leurs disciples, par leurs commentaires et leurs savantes explications de l'Ecriture sainte. Mosheim lui-même ne nous en donne pas une idée fort avantageuse ; il convient que les luthériens , dans les commencements , donnèrent plus d'application à la controverse qu'à l'explication des livres saints , qu'ils s'attachèrent trop à y rechercher des sens mystérieux , qu'ils appliquèrent à Jésus-Christ et aux révolutions de l'Eglise plusieurs des anciennes prophéties qui n'y avoient aucun rapport. Nous voyons, en effet, que, dans leurs commentaires , ils se
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sont bien moins attachés à rechercher le vrai sens des passages , qu'à en tordre le sens pour l'ajuster à leurs prétentions ; et toutes les fois qu'ils ont changé d'avis, ils n'ont pas manqué de voir dans l'Ecriture sainte le sens le plus conforme à leurs nouvelles opinions ; ainsi , ce n'est pas le sens aperçu d'abord dans les livres saints qui a réglé leur croyance; c'est celle-ci , au contraire , qui a décidé du sens des auteurs sacrés. Etoit-ce là le moyen de trouver infailliblement la vérité ?
Il reproche à Calvin et à ses adhérents d'avoir appliqué aux Juifs la plupart des prophéties qui regardent Jésus- Christ, et d'avoir ainsi enlevé au christianisme une partie essentielle de ses preuves. Peut- on imputer de pareils attentats aux commentateurs catholiques?
Cette dissension sur le vrai sens des Ecritures , qui s'est élevée d'abord entre les luthériens et les calvinistes, dure encore parmi ces derniers. Grotius , qui a trouvé un bon nombre de partisans , surtout chez les sociniens, a soutenu que la plupart des prophéties, appliquées à Jésus-Christ par les auteurs du nouveau Testament , désignent d'autres personnages dans le sens direct et littéral ; mais que , dans un sens mystérieux et caché, elles représentent le Fils de Dieu, ses fonctions, ses souffrances , etc. Coccéius , au contraire , qui a formé aussi des disciples, envisage toute l'histoire de l'ancien Testament comme un type et une figure de celle <!e Jésus-Christ et de l'Eglise chrétienne ; il prétend que toutes les prophéties regardent directement et littéralement Jésus-Christ , et prédisent toutes les révolutions qui doivent arriver dans son Eglise jusqu'à la fin des siècles. Au lieu que celui-ci a vu Jésus -Christ partout, (ïrotius ne l'a vu nulle part, du moins dans le sens direct , littéral et naturel des termes.
De leur côté , un grand nombre de théologiens anglicans n'ont fait aucun cas de ces commentateurs modernes ; ils ont soutenu que l'on ne doit interpréter les livres saints , en matière de
foi et de mœurs, que dans le sens que leur ont donné les anciens docteurs de l'Eglise naissante. A la vérité , ils ont été vigoureusement attaqués par d'autres ; on leur a reproché qu'ils abandonnoient le principe fondamental de la réforme , qui est qu'en matière de foi et d'interprétation de l'Ecriture, chacun est en droit de s'en rapporter à son propre jugement, sans être subjugué par aucune autorité humaine.
Aussi , depuis que ce merveilleux principe a été suivi , l'on a vu vingt sectes différentes s'élever dans le sein du protestantisme, faire bande à part, soutenir , la Bible à la main , que leur doctrine étoit la seule vraie. Aucune de ces sectes n'a fait un plus grand nombre de commentaires sur les livres saints que les sociniens , aucune n'a poussé plus loin les subtilités de grammaire et de critique , aucune n'a mieux réussi à pervertir le sens de l'Ecriture ; les autres protestants en conviennent.
Ainsi ce livre divin et les commentaires, loin de réunir les esprits dans une même croyance , sont devenus une source continuelle de divisions, et continueront de l'être , jusqu'à ce qu'il plaise à tous les esprits rebelles de reconnoître la sagesse et la nécessité de la loi que l'Eglise catholique a imposée à tous les commentateurs , et qu'elle a suivie dans tous les siècles. Vouez Ecriture sainte.
N'est-il pas singulier que les protestants, qui ne sont pas d'accord entre eux sur la meilleure manière d'interpréter l'Ecriture sainte, qui disputent sur une infinité de passages très -importants pour la foi , pour les mœurs , pour le culte , qui donnent souvent cinq ou six explications différentes d'une expression ou d"une phrase dans leur Synopse des critiques , s'obstinent cependant à soutenir que l'Ecriture sainte est claire, intelligible à tous les hommes, même aux plus ignorants ; que chacun est en état d'en prendre le vrai sens pour former sa foi et diriger sa conduite? Nous avons beau leur dire que , selon saint Pierre, toute prophétie de l'Ecriture ne se fait point par une interprétation particulière , II. Pétri,
COM cl, f. 20 ; qu'elle doit donc être entendue par le même esprit qui l'a dictée ; ils ont trouvé quatre ou cinq manières <ie tordre le sens de ces paroles , et ils nous tournent en ridicule, parce que, pour éviter cet abus, nous nous en tenons aux leçons de ceux que Dieu a ■établis pour nous enseigner.
COMMERCE. On accuse plusieurs Pères de l'Eglise d'avoir condamné le commerce comme criminel en lui-même, et comme opposé à l'esprit du christianisme. Barbeyrac fait ce reproche à Tertullien et à Lactance ; d'autres l'ont fait à saint Jean Chrysostome; il suffit de rapporter leurs paroles pour les disculper.
« Aucun art , dit Tertullien , aucune » profession , aucun commerce, qui sert » en quelque chose à dresser ou à former » des idoles, ne peut être exempt du » crime d'idolâtrie;.... c'est une mau- » vaise excuse de dire , je n'ai pas » autrement de quoi vivre , etc. » De Idololat., c. 11 et 12. Nous soutenons que celte décision de Tertullien est exactement vraie. Il ne sert à rien d'objecter qu'un chrétien ne peut rien vendre qui , quoique bon et utile en soi , ne puisse être un instrument de débauche ou de crime ; cette conséquence est fausse parce qu'elle est trop générale. Saint Paul a dit : « Si ma » nourriture scandalisoit mon frère , je » ne mangerois de viande de ma vie. » /. Cor., c. 8 , f. 15; Rom., c. 14, f. 21. Soutiendra-t-onque manger de la viande n'est pas une chose bonne et utile en soi?
Pourquoi, dit Lactance, un homme ajuste iroit-il sur mer, ou qu'iroit-il t> chercher dans un pays étranger, lui ■a qui est content du sien? Pourquoi o prendroit-il part aux fureurs de la » guerre , lui qui vit en paix avec tous » les hommes? prendra- t-il plaisir à t> posséder des marchandises étrangères, » ou à verser le sang humain , lui qui se s contente du nécessaire , et qui regar- » deroit comme un crime d'assister seuls lement à un homicide commis par aut> trui? » Divin. Inst., 1. 5, c. 18. Sénèque, Nalural. quœst., 1. 5, c. 18, a blâmé, evec encore plus de force que Lactance,
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la fureur de braver les dangers de la mer, soit pour faire la guerre, soit pour commercer. On ne dit rien du premier, parce que c'est un philosophe ; on censure le second , parce que c'est un Père de l'Eglise. L'un et l'autre ont jugé que le commerce maritime vient ordinairement d'une ambition déréglée de s'enrichir ; que , tout considéré , il a fait aux nations plus de mal que de bien : quand on l'envisage avec des yeux chrétiens ou philosophes , il est difficile d'en penser autrement.
On sait d'ailleurs de quelle manière se faisoit le commerce dans ces temps anciens ; il n'y avoit ni lois pour le régler, ni police pour en prévenir les abus ; et la concurrence des négociants n'étoit pas assez grande pour réprimer leur avidité. Si l'on en jugeoit par les prières qu'Ovide leur met à la boucae dans ses Fastes, ilfaudroit er« conclure que tous étoient de très -malhonnêtes gens, et que leur profession étoit infâme. Quand les Pères de l'Eglise en auraient eu la même opinion que ce poëte , faudroit-il s'en étonner? Dans les siècles grossiers, dit un écrivain moderne, le commerçant est trompeur, mercenaire, borné dans ses vues ; mais , à mesure que son art fait des progrès , il devient exact, honnête, intègre, entreprenant.
Fergusson , Essai sur VHist. de la société civile , t. 2 , c. 4.
Il en étoit de même du métier des armes pendant les troubles, les séditions, les guerres des divers prétendants à l'empire. Outre l'idolâtrie dont les soldats étoient obligés de faire profession , leur brigandage les rendoit odieux ; les Pères n'avoient donc pas tort d'inspirer aux chrétiens de l'éloignement pour cet état. Mais nos censeurs modernes trouvent qu'il est plus aisé de blâmer les Pères que d'examiner les raisons qui les ont fait parler. Pour pouvoir accuser saint Jean Chrysostome , on a cité l'ouvrage imparfait sur saint Matthieu , qui n'est pas de lui.
COMMUNAUTÉ ECCLÉSIASTIQUE , corps composé de personnes ecclésiastiques qui vivent en commun et ont les mêmes intérêts. Ces communautés sont
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ou séculières ou régulières. Celles-ci sont les chapitres de chanoines régu- , les monastères de religieux, les
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couvents de religieuses. Ceux qui les composent vivent ensemble, observent une même règle , ne possèdent rien en propre.
Les communautés séculières sont les congrégations de prêtres , les collèges , les séminaires et autres maisons composées d'ecclésiastiques qui ne font point de vœux et ne sont point astreints à une règle particulière. On attribue leur origine à saint Augustin ; il forma une communauté de clercs de sa ville épiscopale , où ils logeoient et mangeoient avec leur évoque , étoient tous nourris et vêtus aux dépens de la communauté, usoient de meubles et d'habits communs , sans se faire remarquer par aucune singularité. Ils renonçoient à tout ce qu'ils avoient en propre ; mais ils ne faisoient vœu de continence que quand ils rece voient les ordres auxquels ce vœu est attaché.
Ces communautés ecclésiastiques , qui se multiplièrent dans l'Occident, ont j quelles il vit tous les jours , par sa comservi de modèles aux chanoines régu- 'plaisance, sa douceur, ses services, liers, qui se font tous honneur de porter ! n'aime dans le fond que lui-même. Avec le nom de saint Augustin. En Espagne, [de belles maximes d'affection générale il y avoit plusieurs de ces communautés, i pour le genre humain , il ne voudroit se dans lesquelles on formoit de jeunes ! gêner en rien pour consoler un aflligé , clercs aux lettres et à la piété, comme j pour secourir un malade, pour soulager il paroît par le second concile de Tolède ; j un pauvre, pour supporter un caractère
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frais, de les soutenir dans la piété par le secours de l'exemple, de bannir le luxe qui absorbe tout dans la société civile; ce sont ordinairement des modèles du bon ordre et d'une sage économie. Quand on dit que Y esprit de corps qui y règne est contraire à l'intérêt public ei au caractère de bon citoyen , c'est comme si l'on soutenoit qu'un père ne peut être attaché au bien particulier de sa famille, sans se détacher du bien public; que le patriotisme ou l'esprit national est contraire à l'humanité ou à l'affection générale que nous devons avoir pour tous les hommes.
En détruisant l'esprit de corps , on lui substitue l'égoïsme , caractère le plus pernicieux et le plus opposé à l'intérêt général, aussi-bien qu'à l'esprit du christianisme , qui est un esprit de charité et de fraternité.
L'humanité prétendue de nos philosophes cosmopolites n'est qu'un masque d'hypocrisie sous lequel ils cachent leur égoïsme. Quiconque ne sait pas témoigner de l'amitié aux personnes avec les-
cllcs ont été remplacées par les séminaires.
V Histoire ecclésiastique fait aussi mention de communautés qui étoient ecclésiastiques et monastiques tout en-
fàcheux. Celui au contraire qui , une société particulière, telle qu'une co wmwnawf e ecclésiastique ou religieuse, s'est accoutumé de bonne heure à ménager , à supporter , à servir ses frères,
semble : tels étoient les monastères de : en est d'autant mieux disposé à traiter saint Fulgence , évêque de Kuspe en I de même tous les hommes ; ainsi ce que
Afrique, et celui de saint Grégoire le Grand.
On appelle aujourd'hui communautés ecclésiastiques toutes celles qui ne tiennent à aucun ordre ou congrégation
l'on nomme esprit de corps , n'est dans le fond que l'amour du bien général fortilié par l'habitude d'y contribuer.
Un protestant, plus judicieux que nos censeurs politiques, a reconnu l'utilité
établie par lettres patentes. Il y en a de ! des communautés en général; nous ne filles ou de veuves qui ne font point de : pouvons nous défendre de copier ses ré-
vœux., du moins de vœux solennels, et qui mènent une vie très-régulière.
L'utilité de ces différentes espèces de communautés est de faire subsister un grand nombre de personnes à peu de
ilexions. o Les travaux, dit-il, qui de- » mandent du temps et de la peine, sont » toujours mieux exécutés par des hom- » mes qui agissent en commun , que » lorsqu'ils travaillent séparément. 11 y
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» a plus de dessein , plus de constance à 9 suivre un même plan, plus de force » pour vaincre les obstacles , et plus d'év conomie. Il est des entreprises qui ne » peuvent être exécutées que par un » corps, ou par une société vivant sous » !a même règle... Ainsi, j'ai peine à » croire qu'aucune colonie puisse at- ■ teindre au même degré de prospérité » qu'un couvent.
» L'expérience prouve que les sociétés » purement civiles se négligent, et les s> négligences aperçues ne produisent » que des inquiétudes, des agitations, » deschangemenlsperpétuels de plans...
» Mais il y a une autre espèce de sociétés » où tout est réduit à un intérêt com- » mun , et où les règles sont mieux ob- » servées;ce sont les sociétés religieuses: » de là il est résulté qu'elles ont mieux
* prospéré que les autres dans les éta-
» blissements qu'elles ont entrepris
» Sans l'exactitude à suivre une règle , » les plus grandes ressources sont inef- » ficaces , leurs effets s'éparpillent, pour » ainsi dire , et ne tendent plus au bien » commun.
» La nature même de ces sociétés emt> pêche qu'elles ne puissent être très- » nombreuses, leur excès leur nuit et » les réduit. Mais on peut en tirer de » grandes leçons pour le succès et le » bien de la société générale , et je ne » puis m'empêcher de les regarder eiles- » mêmes comme un bien. Si nous remon- » lions à l'origine de la plupart des mo- » nastères rustiques , nous trouverions » probablement que leurs premiers hav> bitants ont été défricheurs , que c'est » à eux et à la bonne conduite de leurs 5 successeurs que îes couvents sont re- » devables des biens dont ils jouissent. » Pourquoi n'en jouiroient-ils pas ? Imi- » tons-les sans en être jaloux. Si leurs » possessions appartenoient à un sei- » gneur , cela n'exciteroit aucun mur- ?» mure et ne donneroit lieu à aucune sa- » tire. Pourquoi n'en est-il pas de même » à l'égard d'un couvent ? Quant à moi ,
• je vois ces établissements avec d'au- » tant plus de plaisir , que ce n'est pas » la jouissance d'un seul homme, mais » de plusieurs, et, sous ce point de vue,
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je ne saurois leur souhaiter trop de bonheur. Des religieux sont des hommes , et l'on doit souhaiter que tout homme soit heureux dans son état dès qu'il ne détruit pas le bonheur des autres.... Or , je ne vois pas en quoi les religieux empiètent sur le bonheur des autres hommes; mais je vois que dans leur état ils ont beaucoup de ce bonheur tranquille qui est prisé par un grand nombre d'hommes. La subsistance simple , mais abondante, y est assurée pour les pères , les frères , les domestiques et les laboureurs. La règle s'étend surtout, pourvoit à tout, prévient les écarts et les désordres. Ils peuvent se maintenir dans un état d'honnête abondance , parce qu'ils font plus rendre à la terre , et que rien ne se dissipe. Le pouvoir des chefs y maintient la règle , et il seroit à souhaiter pour le bonheur des hommes qu'il en fût de même partout.
» Sans le lien salutaire de la religion, l'on tenteroit vainement de former de pareilles sociétés ; celles qui ne seroient formées que par des conventions ne tiendroient pas longtemps. L'homme est trop inconstant pour s'asservir à la règle, lorsqu'il peut l'enfreindre impunément : or, il faut que dans l'enceinte où doit s'observer la règle , tout y soit soumis. La religion seule, soit par sa force naturelle , soit par le poids de l'opinion publique, peut produire cet heureux effet. Dans le cloître, qui pourroi t violer la règle est contenu par la société entière , qui a besoin de la considération publique pour relever la médiocrité de son état.
» Je suis donc charmé que les protestants aient conservé les cloîtres en Allemagne, et je voudrois voir ces établissements partout , parce que je vois partout une classe de gens qui a besoin d'un petit sort assuré que l'opinion publique relève, mais qui, par son inactivité ou son manque de ressources, est extrêmement à charge à elle-même et à la société. Il faut, en un mot^ d'honnêtes hôpitaux, et les couvent* ne sont pas autre chose.
» Il seroit aisé de corriger les défauts
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» et de réformer les abus de ceux qui » méritent des reproches ; on les attaque » non-seulement par les abus , mais en w eux-mêmes , et par des principes qui » ne peuvent faire que du mal , et on » égare les hommes en croyant parler > le langage de l'humanité. » Lettres sur Vhistoire de la terre et de l'homme, par M. JDeluc, t. 4 , p. 72 et suiv.
Les réflexions de ce sage observateur, sur l'utilité temporelle et politique des
tels sont le soin des hôpitaux et des établissements de charité, l'éducation de la jeunesse, les missions, etc. On a besoin de sujets formés d'avance , et qui soient toujours prêts à remplacer ceux qui viennent à manquer. Voy. Moïses. Monastères.
Communauté de biexs. Il est dit dans les Actes des Apôtres , c. 2 , f. 44 , que les premiers chrétiens de Jérusalem mettoient leurs biens en commun , et que les-
communautés , ne sont pas moins vraies ! pauvres y vivoient aux dépens des rià l'égard de leur utilité morale; la règle j ches ; mais cette discipline ne dura pas; est encore plus nécessaire pour diriger la j longtemps ; et rien ne prouve qu'elle ait
conduite de l'homme dans l'ouvrage du salut, que dans les travaux de la société. En général , les mœurs ont toujours été plus pures , et la piété mieux soutenue dans les monastères que partout ailleurs. Lorsqu'il y arrive des désordres , c'est une preuve que les mœurs publiques sont alors au plus haut degré de la corruption, et que la vertu n'est plus honorée dans le monde. Si elle est plus rare aujourd'hui dans les cloîtres qu'autrefois , c'est un des funestes effets qu'a produit la philosophie de notre siècle ; elle pénètre partout, infecte tous les
été imitée dans les autres Eglises. Les incrédules ont donc soutenu très-mal à propos que celte communauté de bien»
avoit contribué beaucoup à la propagation du christianisme. Quand ç'auroit été un appât pour les pauvres , ç'auroit été aussi un obstacle pour les riches; et s'il n'y avoit pas eu à Jérusalem un grand nombre de riches qui avoient embrassé la foi , ils n'auroient pas été en état de nourrir les pauvres.
D'ailleurs Mosheim , dans ses Dissertations sur l'Histoire ecclésiastique, t. 2 , p. 14, en a fait une dans laquelle
états , et fait sentir son influence dans j il nous paroît avoir prouvé assez solideles lieux mêmes qui étoient faits pour en . ment que cette communauté de biens préserver. entre les premiers fidèles de Jérusalem,
Ajoutons qu'il y a des travaux litté- ne doit pas être entendue à la rigueur , raires qui n'ont pu être bien exécutés i mais dans le même sens que l'on dit que par des communautés ; il falloit une d'un homme libéral , qu'il n'a rien à lui, riche bibliothèque, des correspondances avec d'autres savants , et plusieurs co-
opérateurs qui travaillassent de concert. Telles sont les collections d'anciens monuments, les belles éditions des Pères, les grands corps d'histoire , etc., mis au jour par les bénédictins. Dans le cloître, un écrivain , libre de tous les soins domestiques et de toutes les distractions de la société , accoutumé à une vie uniforme et dont tous les moments sont comptés, a beaucoup plus de temps à donner à l'étude que ceux qui vivent dans le monde; et c'est encore ici que les motifs de religion sont très-nécessaires pour encourager au travail.
Enfin , il y a des services essentiels qui ne peuvent être constamment rendus au public que par des communautés :
et qu'entre les amis tous biens sont communs. Ainsi ces paroles de saint Luc , Act., c. 2 , f. 44, et c. 4 , f. 52 : « La » multitude des fidèles n'avoit qu'un » cœur et qu'une âme , aucun d'eux ne » regardoit ce qu'il possédoit comme » étant à lui, mais tout étoit commun » entre eux, » signifient seulement que chaque fidèle étoit toujours prêt à se dépouiller de ce qu'il possédoit , pour assister les pauvres; plusieurs, en effet r vendoient une partie de leurs biens pour faire l'aumône.
Il est certain d'abord que les apôtres n'obligeoient personne à faire ce sacrifice. Lorsqu'Ananie et Saphire eurent vendu un champ , et apportèrent une partie du prix aux pieds dos apôtres pour la distribuer en aumône* , s;;int
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Pierre leur dit : « N'étiez-vous pas les )• maîtres de garder votre champ, ou d'en » retenir le prix après l'avoir vendu? » C. 5 , f. 4. Cette manière d'exercer la charité étoit donc absolument libre.
Vers la fin du premier siècle, saint Barnabe ; au second , saint Justin et Lucien ; au troisième , saint Clément d'Alexandrie, Tertullien , Origène, saint Cyprien ; au quatrième , Arnobe et Lactance disent encore qu'entre les chrétiens tous les biens sont communs ; il n'étoit certainement plus question pour lors d'une communauté de biens prise en rigueur.
Par là se trouvent réfutées les vaines conjectures de quelques déistes, qui ont dit que les fidèles de Jérusalem n'avoient fait autre chose qu'imiter les pythagoriciens et les esséniens , qui mettoient leurs biens en commun ; que Jésus-Christ lui-même avoit puisé chez les esséniens sa doctrine, sa morale, et avoit établi "parmi ses disciples la même discipline qu'il avoit vue en usage parmi cette secte juive , etc.
Il n'est pas douteux que la charité héroïque , si commune parmi les premiers chrétiens , n'ait contribué beaucoup à la propagation du christianisme : leurs ennemis mêmes en rendent témoignage , aussi-bien que les Pères de l'Eglise. Mais les incrédules veulent faire illusion, lorsqu'ils représentent cette vertu comme une cause toute naturelle de l'établissement de notre religion; est-il naturel que le détachement et le mépris des biens de ce monde , si rares parmi les païens et parmi les Juifs , soient devenus tout à coup une qualité commune et populaire parmi les chrétiens? Voyez Charité.
COMMUNICANTS, secte d'anabaptistes. Il furent ainsi nommés à cause de la communauté de femmes et d'enfants qu'ils avoient établie entre eux, à l'exemple des nicolaïtes. Sanderus, Hœr. 198.
Cauthier , dans sa Chronologie du seizième siècle. Voyez Anabaptistes.
COMMUNICATION D'IDIOMES , terme consacré parmi les théologiens , en traitant du mystère de l'incarnation , pour exprimer l'application des attributs des
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deux natures unies en Jésus-Christ à sa divine Personne.
En vertu de l'union hypostatique des deux natures dans une seule Personne divine , on attribue avec raison à cette Personne tous les idiomes ou toutes les propriétés de la nature humaine , qui ne sont point incompatibles avec la Divinité. Ainsi l'on dit que Dieu a souffert, que Dieu est mort , etc., choses qui , à la rigueur , ne conviennent qu'à la nature humaine; cela signifie que Dieu a souffert, quant à son humanité, qu'il est mort en tant qu'homme, parce que, selon l'axiome reçu en théologie , les dénominations qui signifient les natures ou les propriétés de nature , tombent sur le suppôt ou sur la personne. Or, comme il n'y a en Jésus-Christ qu'une seule Personne , qui est la Personne du Verbe, c'est à elle qu'il faut attribuer les dénominations des deux natures et de leurs propriétés. Mais , par la communication d'idiomes , on ne peut pas attribuer à Jésus-Christ ce qui est incompatible avec la Divinité , ce qui feroit supposer qu'il n'est pas Dieu ; ce seroit détruire l'union hypostatique qui est le fondement de la communication dHdiomes. Ainsi l'on ne peut pas dire que Jésus-Christ est un pur homme , qu'il est faillible , capable de pécher, etc. Par la même raison , l'on dit de Jésus-Christ qu'il est la sagesse éternelle, qu'il est tout-puissant, etc., attributs propres de la Divinité , parce que la Personne de Jésus- Christ est le Verbe divin.
Les nestoriens rejetoient cette communication d'idiomes ; ils ne pou voient souffrir que l'on dit, en parlant de Jésus-Christ , que Dieu a souffert , qu'il est mort , que Marie est mère de Dieu ; d'où l'on conclut qu'ils admettoient deux Personnes en Jésus-Christ quoiqu'ils ne l'affirmassent pas formellement. Les luthériens sont tombés dans l'excès opposé , en poussant trop loin la communication d'idiomes, en prétendant que Jésus- Christ , non-seulement en tant que Dieu, mais en tant qu'homme , est immortel , immense , présent partout : propriétés qui ne peuvent, en aucun sens, convenir à l'humanité. Voy. Incarnation.
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COMMUNION DE FOI , croyance uniforme de plusieurs personnes , qui les unit sous un seul chef, dans une même Eglise; sans ce caractère, l'Eglise ne peut avoir une véritable unité. Telle a été la persuasion de ses membres , dès les premiers siècles ; on le voit par les canons du concile d'Elvire, tenu vers l'an 50 , et c'est ainsi que l'on a toujours entendu le symbole de Nicée, qui appelle l'Eglise une , sainte , catholique et apostolique. Par conséquent toutes les sectes qui ont cessé d'être en communion de foi avec elle , ont cessé d'être membres de l'Eglise de Jésus-Christ. Le souverain pontife est le chef de la communion catholique ; l'Eglise de Rome , ou le saint Siège , en est le centre ; on ne peut s'en séparer sans être schismatique.
Jésus-Christ, parlant de ses ouailles, a dit qu'il en feroit un même troupeau sous un seul pasteur. Joan., cap. 10, f. 16. Saint Paul répète continuellement aux fidèles qu'ils sont un seul corps , Rom., cap. 12, f. 5 ; /. Cor., cap. 12 , j^.25, etc. Cela ne peut pas être, à moins que tous n'aient une même foi , les mêmes sacrements , la même morale, un même culte; autrement l'unité ne seroit qu'extérieure et apparente. Pour qu'elle soit réelle et constante, un centre de subordination est aussi nécessaire qu'un drapeau ou une enseigne pour rallier les soldats.
L'évidence de ce principe est confirmée par une expérience de dix - sept siècles. Tous ceux qui n'ont pas voulu se soumettre à cette constitution de l'Eglise , se sont séparés pour aller faire bande à part ; et bientôt cette première secte s'est sous-divisée en plusieurs autres , qui n'ont pas eu entre elles plus de liaison qu'avec le tronc duquel elles s'étoient séparées. Elles se sont délestées et condamnées mutuellement, comme elles étoient rejetées elles-mêmes par l'Eglise catholique. L'inconstance naturelle de l'esprit humain, l'orgueil qui se flatte de mieux penser que les autres, l'ambition d'être chef de parti , sont des maladies qui dureront autant que l'humanité; il n'y a point d'autre
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remède contre leurs ravages qu'un frein qui les retienne , et qui les force de plier sous le joug de l'enseignement commun.
Voyez Eglise, § II.
Communion des Saints. C'est l'union entre l'Eglise triomphante , l'Eglise militante et l'Eglise souffrante; c'est-à-dire, entre les saints qui sont dans le ciel, les âmes qui souffrent en purgatoire, et les fidèles qui vivent sur la terre. Ces trois parties d'une seule et même Eglise , forment un corps dont Jésus-Christ est le chef invisible ; le pape , vicaire de Jésus - Christ , en est le chef visible , et les membres sont unis entre eux par les liens de la charité, par une communication mutuelle d'intercession et de prières. De là l'invocation des saints, la prière pour les morts , la confiance au pouvoir des bienheureux auprès du trône de Dieu.
La communion des saints est un dogme de foi , un des articles du symbole des apôtres, constamment reconnu par la tradition, et fondé sur l'Ecriture sainte. « Nous sommes tous . dit saint » Paul , un seul corps, et membres l'un » de l'autre. » Rom., c. 12, jr. 5. « Qu'il » n'y ait donc point de division dans ce » corps , mais que les membres aient » soin l'un de l'autre. » /. Cor., c. 12, f. 25. a Croissons tous dans la vérité et » dans la charité , en Jésus - Christ qui » est notre chef. »Èphes.,c. 4, f. 15, etc.
De là nous concluons que tout est commun dans l'Eglise, prières, bonnes œuvres, grâces, mérites, etc.; qu'un des plus grands malheurs pour un chrétien est d'être privé de la communion des saints par l'excommunication , par le schisme; que c'est y renoncer en quelque manière que de mépriser le culte public, et de lui préférer par mollesse un culte domestique et particulier.
Tout fidèle qui se connoil lui -même et se rend justice, a peu sujet de compter sur ses vertus et ses bonnes œuvres; mais il se repose sur l'intercession , les prières , les mérites de l'Eglise, qui sont ceux de Jésus - Christ , et qui tirent de lui toute leur valeur. C'est ce qui soutient l'espérance chrétienne, et nous excite à faire le bien.
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Ce même dogme de la communion des saints devroit encore contribuer à rapprocher les cœurs , à étouffer les haines générales et particulières , à inspirer à tous les chrétiens des sentiments de fraternité. « En Jésus-Christ, dit saint Paul, » il n'y a plus ni Juif, ni Gentil, ni Grec, » ni Barbare , ni maître, ni esclave; vous » êtes en lui un même corps et une seule » famille. » Galat., cap. 7>,j. 28. Telle a été l'intention de notre divin Maître; si nous y répondons souvent très-mal , ce n'est pas la faute de notre religion.
Dans les premiers siècles , les différentes Eglises étoient dans l'usage de s'écrire mutuellement des lettres de fraternité et d'amitié , que l'on nommoit lettres de communion. Elles attestoient, par ce moyen , qu'elles étoient unies entre elles, non-seulement par les liens d'une même foi et d'un même culte , mais encore par une charité mutuelle ; qu'elles s'intéressoient à la prospérité les unes des autres, et prenoient part au bien ou au mal qui pouvoit leur arriver.
Saint Paul appelle aussi communion les secours mutuels d'aumônes et de services que les fidèles se rendoient les uns aux autres : Beneficentiœ et communionis nolite oblivisci. Heb., c. 43, y. 16. Dans quelques Chartres du treizième siècle , on a donné le nom de communion aux offrandes que les fidèles faisoient en commun.
Communion eucharistique ou sacramentelle. C'est l'action de recevoir , dans le sacrement de l'eucharistie , le corps et le sang de Jésus-Christ, action qui est évidemment la plus auguste et la plus sainte de notre religion. « La » coupe que nous bénissons , dit saint d Paul , n'est-elle pas la communion du » sang de Jésus - Christ , et le pain que ?» nous rompons , n'est-il pas la particiy pation au corps de Jésus-Christ ? Nous !» sommes tous un seul pain et un seul >• corps , nous qui participons au même 5» pain et à la même coupe. » /. Cor., c. 10. Ainsi l'apôtre nous fait sentir toute l'énergie du terme de communion.
Dans toutes les religions , l'usage a été constant de manger en commun les
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chairs de la victime que l'on avoit offerte en sacrifice; dès les premiers temps, le père de famille présidoit à la cérémo- | nie , rassembloit ses enfants, ses domesj tiques, souvent les étrangers, pour ! prendre part à ce repas fraternel. Les ! païens se flattoient , dans cette circon- I stance , de manger avec les dieux; les ! adorateurs du vrai Dieu , plus sensés , ; se regardoient comme assis à la table j du Père commun de toutes les créatures. Jésus -Christ, qui connoissoit si bien | les ressorts qui font mouvoir le cœur ; humain , et l'influence que les cérémo- \ nies ont sur les mœurs , ne pouvoit manquer d'en conserver une aussi touchante que celle-ci; mais il en a retranché ce que les anciens sacrifices avoient de trop grossier. Elle est bien froide , quand on ne l'envisage que comme un ; simple symbole destiné à nous rappeler ; le souvenir de la dernière cène de Jésus- Christ ; un repas ordinaire feroit sur ; nous plus d'impression. Mais que la comj munion est touchante , quand on croit j que ce divin Sauveur est tout à la fois ! le prêtre , la victime , la nourriture de
ses adorateurs! j La communion de foi et la commu- \ nion des saints sont une conséquence de la communion sacramentelle , qui en est j le signe. « Nous sommes un seul corps, ; » dit saint Paul, nous tous qui partici- } » pons à un même pain. » I. Cor., c. 10, \f. 17. Mais il explique la nature de ce pain , en disant que c'est la participa- | tion au corps du Seigneur. Il confirme ! cette idée en comparant les chrétiens aux Israélites, qui participoient au sacrifice , en mangeant la chair de la victime. Si l'eucharistie n'est pas un vrai sacrifice, la comparaison est fausse, la participation est imaginaire ; la chair des | victimes étoit une image beaucoup plus I sensible du corps de Jésus -Christ mort I sur la croix , que le pain et le vin. | Il n'est donc pas étonnant que les pro- ' testants , en faisant de l'eucharistie un ! signe sans réalité , aient renoncé en même temps à l'efficacité de la communion sacramentelle , à la communion de foi et à la communion des saints. Chaque particulier , dans sa famille , peut con-
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sacrer reucharistie et faire la communion dans le sens qu'ils donnent à ce erme ; il ne faut ni prêtre , ni autel, ni cérémonies; avec une foi calvinienne et un peu d'enthousiasme, toute la famille communie à chacun de ses repas. C'est mal à propos que saint Paul a tiré de la cène eucharistique une instruction qu'il pouvoit faire également sur chaque repas pris en famille , ou du moins sur celui dans lequel plusieurs familles se trouvent rassemblées.
Dès le premier siècle de l'Eglise, saint Clément; au second, saint Ignace et saint Justin ; au troisième, Tertullien et d'autres, nous montrent avec quelle pureté , quel respect , quelle ferveur , les premiers fidèles faisoient celte sainte action , et ce qu'ils en pensoient. Dans toutes les liturgies , les prières qui précèdent la communion , la formule dont elle est accompagnée , l'adoration de l'eucharistie , la manière dont on la reeevoit, l'action de grâces qui suit, démontrent que de tout temps les fidèles ont cru y recevoir non un simple symbole du corps et du sang de Jésus-Christ, mais la réalité et la substance de ces dons divins. Nos controversistes ont mis ce point de fait et de doctrine dans un degré d'évidence auquel il n'est pas possible de se refuser. Vouez Perpétuité de la Foi , tom. 4 , liv. 5 , c. 1 et suivants. On ne conçoit pas comment Bingham , malgré ses préjugés anglicans , ne l'a pas senti en rapportant les monuments de l'antiquité sur ce point. Orig. eccl., 1. 15, c. 3.
Basnage n'a pas été plus judicieux.
De la manière dont on communioit dans les premiers siècles , il prétend tirer des inductions pour prouver que l'on ne croyoit pas alors la présence réelle de Jésus - Christ dans l'eucharistie , ni la transsubstantiation. Il observe qu'on ne la recevoit pas toujours à jeun, qu'on la donnoii aux enfants immédiatement après le baptême , et on croyoit que ces deux sacrements leur étoienl également nécessaires. Les adultes la recevoient dans leurs mains , on leur permettoil de i'emporter chez eux ; quelquefois on la metloil dans la bouche des morts et on
l'enterroit avec eux. Quelques évêques la portoient dans des paniers d'osier et dans des coupes de bois ou de verre. Les diacres, non-seulement la distribuoient, mais pouvoient la consacrer; on n'en réservoit rien pour les malades ni pour les mourants. La plupart de ces usages, dit - il , seroient aujourd'hui regardés comme des crimes; sans doute on en auroit jugé de même dans les premiers siècles , si l'on avoit eu pour lors lamême idée de l'eucharistie , que l'Eglise romaine s'en est formée dans la suite des siècles. Hist. de V Eglise, liv. 14 , c. 9. Daillé avoit déjà fait à peu près les mêmes observations.
Il nous paroît que les unes ne prouvent rien , et que les autres donnent lieu à des conséquences directement contraires à celles que tirent les protestants.
4° Il n'est pas étonnant que , pendant les persécutions , l'on ait été souvent obligé de célébrer les saints mystères pendant la nuit, et que les fidèles aient été dans l'impossibilité de communier à jeun ; la disposition que l'on a toujours jugée la plus nécessaire pour cette action sainte , est la pureté de l'âme ; le cas de nécessité absolue peut dispenser des autres. On a loué saint Exupère , évêque de Toulouse , de ce qu'après avoir donné tout aux pauvres, il étoit réduit à porter l'eucharistie dans un panier d'osier et dans une coupe de verre; s'ensuit-il de là que l'on faisoit partout de même? C'étoit pendant l'irruption des Coths et des autres Barbares ; les peuples étoient alors réduits à une misère extrême ; on loueroit encore un évèquc qui imiteroit saint Exupère en pareil cas. Dans les pays où la profession du catholicisme n'est pas soufferte , les prêtres sont obligés de porter aux malades la communion dans leur poche, et sans aucun appareil extérieur; on ne croit pas pour cela manquer de respect au sacrement.
2° Les premiers chrétiens , exposés tous les jours au martyre , emportaient chez eux l'eucharistie , afin de puiser dans la sainte communion le courage dont ils avoient besoin pour endurer les
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tourments; preuve qu'ils ne pensoient pas , comme les protestants , que cette action n'est que la figure du dernier souper de Jésus - Christ, et que la communion faite en particulier n'est d'aucun mérite ; les prétendus martyrs des protestants n'ont pas fait de même , parce qu'ils n'avoient pas sur l'eucharistie la même croyance que les premiers fidèles.
5° Si l'on avoit cru pour lors , comme les protestants , que l'on ne participe au corps de Jésus-Christ que par la foi , se seroit-on avisé de donner l'eucharistie aux enfants incapables d'avoir cette foi? Nous n'entrerons pas dans la question de savoir s'il est vrai que saint Augustin et d'autres Pères ont pensé que l'eucharistie étoit aussi nécessaire aux enfants <;ue le baptême , et si la coutume de la
nage le prétend ; quand cela seroit incontestable, il s'ensuivroit toujours que la croyance de l'Eglise de ces temps-là étoit fort différente de celle des calvinistes, et que l'on ne pensoit pas, comme eux, que la foi seuie fait toute l'efficacité des sacrements.
L'abus défendu par quelques conciles,
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seule auroit dû leur interdire. Telle est l'injustice de nos censeurs ; ils blâment également les saints qu'une foi vive semble dépouiller de toutes les affections terrestres , et les chrétiens imparfaits qui n'ont pas le courage de vivre d'une manière conforme à leur croyance.
Que faudroit-il pour les satisfaire ? s'il est si difficile d'être vertueux , même quand on a la foi , le serons-nous plus aisément lorsque nous ne croirons rien?
Leur exemple n'est pas propre à nous le persuader.
Communion spirituelle. On appelle ainsi , dans l'Eglise catholique , le désir de recevoir la sainte eucharistie , et les sentiments de ferveur par lesquels un fidèle s'excite lui-même à s'en rendre digne. C'est une excellente pratique de piété que de faire la communion spiri-
leur donner étoit aussi générale que Bas- tuelîe toutes les fois que l'on assiste à la
de mettre l'eucharistie dans la bouche deux espèces, et si l'on viole le comman-
des morts , auroit encore moins pu s'introduire, si l'on avoit été dans le même sentiment que les protestants; mais celte défense ne prouve pas que cetusage abusif ait été aussi fréquent que Basnage veut le persuader.
4° Comment peut-il soutenir que l'on ne réservoit pas l'eucharistie pour les malades et pour les mourants , pendant qu'il avoue que l'on permettoit aux pénitents de la recevoir à l'heure de la mort?N'étoit-elle donc réservée que pour eux seuls? Voilà ce qu'il auroit fallu prouver.
Au mot Diacre , nous ferons voir qu'il est faux que les diacres aient eu le droit ou le pouvoir de consacrer l'eucharistie.
Parmi les incrédules , les uns ont accusé les catholiques de ne pas croire à leur religion , puisque la communion produit sur eux si peu d'effets ; les autres ont vomi contre le dogme de l'eucharistie des sarcasmes grossiers que l'honnêteté
sainte messe.
Communion sous les deux espèces; c'est-à-dire, sous l'espèce du pain et sous celle du vin. C'a été un sujet de dispute entre les théologiens catholiques et les protestants , de savoir si , pour ressentir les effets de l'eucharistie , il est absolument nécessaire de recevoir les
dément de Jésus-Christ en communiant seulement sous l'espèce du pain, comme les protestants le prétendent.
La solution de cette question dépend beaucoup de l'opinion que l'on a de l'eu* charistie. L'Eglise catholique , qui soutient que Jésus -Christ est réellement présent sous chacune des espèces eucharistiques, et que, dans l'état d'immortalité dont il jouit , son corps et son sang ne peuvent plus être réellement séparés, conclut conséquemment que l'on reçoit Jésus-Christ tout entier en communiant sous une seule espèce, et aussi parfaitement que si on recevoit toutes les deux. Les calvinistes , au contraire , qui pensent que l'eucharistie est seulement un symbole, une figure, un gage du corps et du sang de Jésus-Christ, que l'on reçoit spirituellement par la foi , soutiennent que c'est un crime de diviser ce symbole, et que c'est en altérer la signification, par conséquent lui ôter tout son
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eflct. Si le principe sur lequel ils raisonnent étoit vrai, la conséquence seroit assez bien déduite ; mais ce principe est une erreur.
Il faut convenir que la discipline de l'Eglise a varié sur ce point ; qu'autrefois les fidèles ont ordinairement communié sous les deux espèces, et que cet usage a subsisté très-longtemps. Mais il n'est pas moins certain que , dans plusieurs cas , l'on n'a communié que sous une espèce; que l'Eglise n'a jamais cru que cette communion fût criminelle ou abusive, contraire à l'intention de Jésus- Christ , ou moins efficace que l'autre. Saint Justin nous apprend que déjà dans le second siècle , l'usage étoit de porter la communion aux absents ; il n'y a aucune preuve qu'on la leur ait toujours portée sous les deux espèces ; cela eût été très-difficile dans les temps de persécution. Bientôt l'usage s'introduisit de donner l'eucharistie aux enfants immédiatement après le baptême ; ils ne pouvoient la recevoir que sous l'espèce du vin. S. Cypr., I. de lapsis , pag. 189. Tertullien et saint Cyprien attestent qu'au troisième siècle on portoit la communion aux malades en danger de mort, et aux confesseurs détenus dans les prisons ; que les fidèles recevoient l'eucharistie dans leurs mains , l'emportoicnt chez eux , la conservoient pour se com-
munier eux-mêmes , s ils se trouvoient
exposés au martyre ou à quelqu'autre
danger ; ils ne la prenoient que sous
l'espèce du pain. TertulL, l. 2, ad uxor.,
c. 5. Dans aucun temps, la communion I resse de leur gosier, avaler l'eucharistie
n'a été refusée aux abslèmes , c'est- [ sans boire le calice du Seigneur; donc,
à-dire, à ceux qui avoient une repu- j hors de cette circonstance, on ne leur
COM a communié sous les deux espèces jusqu'au neuvième siècle, que toute la terre a toujours ainsi communié. C'est une imposture. Outre les exemples contraires que nous venons de citer, Origène, au troisième siècle, parle de la communion sous l'espèce du pain , sans faire mention de celle du vin. Contra Cels., 1. 8 , n° 53. Eusèbe , Ifist. ecclés., 1. 6, n° 44, rapporte l'histoire d'un vieillard mourant, communié avec du pain consacré et détrempé d'eau. Au cinquième, les manichéens, par superstition, s'abslcnoient de recevoir la communion sous l'espèce du vin; saint Léon, serm. 4, de Quadrag., c. 5. C'est ce qui engagea le pape Gélase à faire un décret qui ordonnoit à tous les fidèles de communier sous les deux espèces. Comme le manichéisme a subsisté en Occident jusque vers le treizième siècle , il n'est pas surprenant que jusque-là l'on ait ordinairement reçu l'eucharistie de cette manière ; voilà ce que Basnage n'a eu garde d'observer. Mais , avant le décret de Gélase , il étoit libre aux fidèles de ne communier que sous une seule espèce. Au sixième siècle, l'an 566, le deuxième concile de Tours , can. 5 , ordonna que le corps de Notre-Seigneur fût gardé , non parmi les images, mais sous la croix de l'autel; pourquoi le garder, sinon pour le donner en viatique aux malades? On n'y gardoit pas de même le vin consacré. Au septième, le onzième concile de Tolède, tenu l'an 673, can. M , parle des malades qui ne pouvoient, à cause de la séchc-
gnance naturelle pour le vin. Bingham, quoique persuadé de la nécessité de ia communion sous les deux espèces , est convenu de tous ces faits. Origm. ccclcs., 1. lo, c. 4. Comment a-t-il pu faire un crime à l'Eglise romaine de L'usage dans lequel elle est, depuis plus de cinq Siècles, de ne donner aux fidèles la communion que sous l'espèce du pain?
-> Basnage , plus entêté , n'a pas été d'aussi bonne foi; il a supprimé les dont nous venons de parler. liisl. Je ï£glise,L 27, c. 11. Il dit que 1"!
donnoit que l'espèce du pain. Au huitième , dans la règle de saint Chrode- £and , il n'est fait mention de la messe que pour les dimanches et les fêles; est-il probable que l'on n'ait pas réservé du pain consacré pour communier les fidèles, et surtout les malades?
Il n'est donc pas vrai qu'en aucun temps l'Eglise ait regardé, comme un commandement de Jésus-Christ, ces paroles qu'il dit à ses apôtres, après la consécration du calice, buvez-en tous, ni la communion sous les deux espèces.
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comme une obligation imposée aux fidèles par Jésus-Christ. Si sa croyance avoit été la même que celle des protestants , jamais elle n'auroit osé dispenser personne de communier sous les deux espèces* Elle a toujours cru, au contraire, que le corps de Jésus -Christ, après sa résurrection , ne pouvant être réellement séparé de son sang , Jésus- Christ est renfermé tout entier sous l'une et sous l'autre espèce; qu'ainsi en recevant l'une ou l'autre, on reçoit tout à a fois le corps et le sang du Sauveur.
Il n'est pas plus vrai qu'en 1415, le concile de Constance, en ordonnant que désormais la communion fût donnée aux fidèles sous la seule espèce du pain , a changé l'ancienne doctrine de l'Eglise , qu'il a retranché du plus auguste de nos sacrements une partie de ce qui en fait la matière et l'essence , qu'il a condamné l'institution de Jésus-Christ et la pratique des apôtres, qu'il a privé les fidèles de la participation au sang de Jésus- Christ, etc., comme Basnage s'obstine à le soutenir. Lorsqu'une secte d'hérétiques s'est abstenue de communier sous l'espèce du vin par superstition, en conséquence d'un dogme faux et absurde
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le refus que faisoient les manichéens, ùu recevoir le vin consacré, n'auroit pas pu, servir à les faire reconnoître, comme 1© veut saint Léon. 2° Gélase dit que, puisque quelques-uns s'abstiennent du calice par je ne sais quelle superstition , les fidèles doivent ou recevoir le sacrement tout entier , ou en être privés entièrement , parce que la division d'un seul et même mystère ne se peut faire sans un grand sacrilège. Ce n'est plus là ce que pense l'Eglise romaine. 5° Il faut que la doctrine de Gélase ait encore êiô crue au douzième siècle, lorsque Graticn fit la collection du décret , autrement ce moine n'auroit pas osé y insérer le canon de Gélase. 4° Suivant son avis , les manichéens qui, au lieu de vin,consacroient l'eucharistie avec de l'eau , faisoient moins mal que ceux qui ont retranché tout à fait le calice, et ne permettent pas au peuple d'y participer.
Si l'on veut y faire attention , il s'ensuit seulement, de ce que dit saint Léon, qu'avant l'arrivée des manichéens à Rome , il y avoit peu de fidèles qui necommuniassent sous les deux espèces ; mais lorsqu'un grand nombre de ces hérétiques , persécutés en Afrique par
qu'elle soutenoit, l'Eglise a ordonné aux j les Vandales, se furent réfugiés à Rome,
fidèles la communion sous les deux espèces , afin qu'ils témoignassent ainsi qu'ils ne donnoient point dans cette er- | reur ; lorsqu'une autre secte a prétendu que cette communion sous les deux espèces étoit nécessaire au salut, que l'Eglise ne pouvoit, sans prévarication, retrancher la coupe aux laïques , l'Eglise a décidé le contraire , et la leur a retranchée en effet , afin de réprimer la témérité des sectaires. Ce changement dans la discipline , loin de prouver une variation dans la croyance, en atteste au contraire l'uniformité.
Beausobre, Ilist. du Manich., tom. 2, 1. 9, c. 7 , § 4 , a voulu tirer avantage de ce que saint Léon et Gélase ont dit des manichéens. Il s'ensuit , dit - il , i° qu'au cinquième siècle, il n'étoit permis ni au prêtre de communier les fidèles sous une seule espèce , ni à ceux-ci de n'en recevoir qu'une seule ; car , si l'usage d'une seule espèce avoit été permis,
et reçurent la communion avec les catholiques, on s'aperçut que la multitude de ceux qui refusoient la coupe étoit beaucoup augmentée, et c'est ce qui fit reconnoître les manichéens ; car enfin r si aucun des fidèles n'avoit été dans l'usage de communier sous une seule espèce, pourquoi Gélase auroit-il dit qu'il falloit , ou que les fidèles reçussent le sacrement tout entier , ou qu'ils en fussent absolument privés? Auroit-il pu soupçonner les fidèles d'imiter les manichéens?
2° Ce pape avoit raison de dire que la division d'un seul et même mystère nepeut se faire (par superstition, comme faisoient les manichéens) sans un grand sacrilège. C'en étoit un, en effet, decroire comme ces hérétiques, qu'il y avoit du mal ou du danger à recevoir l'espèce du vin, de laquelle Jésus-Christ s'est servi en instituant l'eucharistie- Mais où est le crime de ne pas la rece-
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voir, ou par une répugnance naturelle pour le vin, ou par le dégoût de boire dans la même coupe dans laquelle ont bu cent personnes , ou pour quelque autre raison ?
3° Le moine Gratien ne couroit aucun danger , au douzième siècle , en plaçant daîis sa collection le décret de Gélase ainsi entendu ; et personne, à l'exception des protestants , n'a été tenté de l'entendre autrement.
4° Les manichéens , en consacrant de l'eau et non du vin , changeoient l'institution de Jésus -Christ; LJeausobre en convient : l'Eglise catholique n'y change rien , puisqu'elle consacre de l'eau et du vin comme a fait Jésus-Christ. La question est de prouver qu'en instituant ce sacrement , le Sauveur a eu l'intention d'obliger tous les fidèles à recevoir les deux espèces. Si on le prétend , parce qu'il a dit à ses disciples : buvez-en tous, il faut soutenir aussi qu'il a imposé à tous les fidèles l'obligation de consacrer l'eucharistie, puisqu'il a dit en même temps : faites ceci en mémoire de moi. Luc, c. 22, f. 19.
Une preuve positive que l'Eglise romaine , depuis plus de douze cents ans , n'a point changé de croyance , c'est que les Grecs et les autres sectes orientales , séparées d'elle depuis cette époque , ne lui ont jamais fait un crime de la communion sous une seule espèce , quoiqu'elles aient conservé l'usage de communier sous toutes les deux ; plus équitables que les protestants, elles ont compris la sagesse des raisons qui ont dirigé sa conduite. Perpét. de la foi, t. 5, 1.8, p. loi.
Il n'y a donc eu aucune nécessité de céder aux instances qu'ont faites les hussitcs, les calixlins , les disciples de Carlostad, pour que l'on rétablit la communion sous les deux espèces; l'opiniâtreté y a^oit plus de part que la dévotion. Le retranchement de la coupe étoit une discipline établie depuis longtemps pour remédier à plusieurs abus, et pour prévenir le danger de profaner le sang de Jésus- Christ. La complaisance qu'eut l'Eglise de s'en relâcher par le compactum du concile de Constance , en faveur
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des hussites , ne produisit aucun bon effet ; ces hérétiques persévérèrent dans leur révolte contre l'Eglise, et continuèrent à inonder de sang leur patrie.
La même question fut ensuite agitée au concile de Trente. L'empereur Ferdinand et le roi de France Charles IX demandoient que l'on rendit au peuple l'usage de la coupe. Le sentiment contraire prévalut d'abord ; mais à la fin de la vingt-deuxième session, les Pères laissèrent à la prudence du pape d'accorder cette grâce ou de la refuser. En conséquence , Pie IV , à la prière de l'empereur , l'accorda à quelques peuples de l'Allemagne, qui n'usèrent pas mieux de cette condescendance que les Bohémiens. Une foule de monuments ecclésiastiques prouvent que cette manière de communier n'est nécessaire ni de précepte divin, ni de précepte ecclésiastique ; qu'il n'y a par conséquent aucune nécessité de changer la discipline actuelle, qui a été établie pour de bonnes raisons , et que les protestants n'ont attaquée que par de mauvais arguments.
Communion pascale est celle qui se fait à la fête de Pâques. Le quatrième concile de Latran , qui est le douzième général , tenu l'an 1215, a porté le décret suivant, chap. 21 : « Que tout fidèle » de l'un et de l'autre sexe , lorsqu'il » sera parvenu à l'âge de discrétion , » fasse en particuler et avec sincérité la » confession de ses péchés à son propre » prêtre, au moins une fois l'an;.... et » qu'il reçoive avec respect , au moins » à Pâques , le sacrement de l'eucha- » ristie ; à moins que , du conseil de son » propre prêtre, il ne croie devoir s'en » abstenir pour un temps, pour quelque » cause raisonnable ; autrement qu'il » soit privé de l'entrée de l'église pen- » dant sa vie, et de la sépulture chré- » tienne après sa mort. »
Par l'usage de la plupart des diocèses, il est établi que la communion pascale peut se faire pendant la quinzaine de Pâques, à commencer depuis le dimanche des Rameaux jusqu'à celui de Qtiasimodo inclusivement ; il y en a même quelques-uns dans lesquels les évèqucs étendent cet intervalle jusqu'à
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trois semaines, et permettent de commencer les communions pascales le dimanche de la Passion. Il est encore établi par l'usage que la communion pascale doit se faire ou dans l'église cathédrale ou dans l'église paroissiale , afin que les pasteurs puissent voir si leurs ouailles sont fidèles à remplir ce devoir. Par le plus ou le moins d'exactitude des peuples à y satisfaire , on peut 'uger sûrement de la pureté ou de la corruption des mœurs d'une contrée.
Dans les grandes villes, où se réunissent toutes les passions et les vices de l'humanité , on ne se fait plus de scrupule de violer la loi de l'Eglise , et à cause de la multitude des coupables , on ne peut plus les punir par les peines que le concile de Latran a décernées contre eux.
Communion fréquente. Jésus -Christ a commandé aux adultes la communion par ces paroles : « Si vous ne mangez la » chair du Fils de l'homme , et si vous » ne buvez son sang , vous n'aurez point d la vie en vous. » Joan., c. 6 , f. 45. Mais il n'a fixé ni le temps ni les circonstances dans lesquelles ce précepte oblige ; c'est à l'Eglise de les déterminer. Dans les premiers siècles, la pieté, la ferveur , l'attente des persécutions engaçeoientles fidèles à communier fréquemment. Nous voyons dans les Jetés des Apôtres que les fidèles de Jérusalem persévéroient dans la prière et la fraction du pain: paroles qui s'entendent de l'eucharistie. Pendant la persécution, les chrétiens se munissoient tous les jours de ce pain des forts , pour résister à la fureur des tyrans. Saint Cyprien, Epist. 56.
Lorsque la paix eut été rendue à l'Eglise, cette ferveur se ralentit; l'Eglise fut obligée de taire des lois pour fixer le temps de la communion. Le dix-huitième canon du concile d'Agde, tenu l'an 506 , enjoint aux clercs de communiei toutes les fois qu'ils serviront au sacrifice de la messe, tom. 4 ConciL, p. 1 586 ; mais il ne paroît pas qu'il y eût encore une loi précise pour obliger les laïques à [^communion fréquente. Saint Àmbroise, en exhortant les fidèles à s'approcher souvent de la sainte table ,
remarque qu'en Orient il y en avoit beaucoup qui ne communioient qu'une fois l'année , liv. 5 , de Sacram., c. 4. Saint Jean Chrysostome rapporte que de son temps les uns ne communioient qu'une fois l'année, les autres deux fois , d'autres enfin plus souvent. « Les- » quels approuverons-nous? dit-il : ni » les uns ni les autres , mais seulement » ceux qui communient avec un cœur » pur et une conscience nette , avec une » vie irrépréhensible. » Ilom. 17, in Epist. ad Hebr. Les Pères, en exhortant les fidèles à la communion fréquente, ne manquoient jamais de leur remettre sous les yeux les paroles de saint Paul ; » Celui qui mangera le pain ou boira la » coupe du Seigneur indignen^nt, sera » coupable du corps et du san& du Jé- » sus-Christ. »
Vers le huitième siècle, l'Eglise voyant les communions devenues très -rares, obligea les chrétiens à communier trois fois l'année , à Pâques , à la Pentecôte et à Noël. Nous le voyons par le chap. Et si non fréquentais, de Consecr.DisU 2 , et par une décrétale que Gratien attribue au pape saint Fabien , mais qui est du huitième siècle. Vers le treizième, la tiédeur des fidèles étant encore devenue plus grande, la quatrième concile de Latran leur ordonna de recevoir au moins à Pâques le sacrement de l'eucharistie , sous peine d'être privés de l'entrée de l'église pendant la vie , et de la sépulture ecclésiastique après la mort.
Nous avons cité son décret dans l'article précédent. Par ces paroles au moins, le concile montre qu'il souhaite que les fidèles ne se bornent point à la communion pascale, mais qu'ils reçoivent l'eucharistie plus souvent. Il laisse à la prudence du confesseur à décider si , dans certaines occasions, il n'est pas expédient de différer la communion , même pascale , eu égard aux dispositions du pénitent; ce qui prouve que le concile n'a pas eu moins d'attention que les Pères à la nécessité de ces dispositions.
Le concile de Trente, sess. 13, c. Il), a renouvelé le canon du concile de Latran ; c. S, il exhorte les fidèles à com-
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munier fréquemment. Sess. 22 , c. 6, il désircroit qu'à chaque messe les assistants communiassent. Il décide que , pour ne pas communier indignement , il faut être exempt de péché mortel; que pour communier avec fruit, il faut des dispositions plus parfaites ; que pour communier fréquemment , il faut une foi ferme , une dévotion et une piété sincère , une grande sainteté , sess. J5 , c. 8.
Sur la nécessité ou la suffisance des dispositions requises pour la communion fréquente, les théologiens modernes sont tombés dans des excès et des erreurs très-opposées à la doctrine des Pères et à l'esprit de l'Eglise. Les uns, uniquement occupés de la grandeur et de la dignité du sacrement, de la distance infinie qu'il y a entre la majesté de Dieu et la bassesse de l'homme, ont exigé des dispositions si sublimes , que non-seulement les justes, mais les plus grands saints , ne pourroient communier même à Pâques. Tel paroît être le résultat du livre de la fréquente communion , fait par le docteur Arnaud.
Les autres , oubliant le respect dû à Jésus-Christ présent dans l'eucharistie , et uniquement attentifs aux avantages que l'on peut retirer de la communion fréquente et journalière, n'ont cherché qu'à en faciliter la pratique, en négligeant d'insister et d'appuyer sur les dispositions que demande un sacrement si auguste. Ils ont enseigné que la seule exemption du péché mortel suffit pour communier souvent , très-souvent , et même tous les jours ; que les dispositions actuelles de respect, d'attention , de désir , et la pureté d'intention , ne sont que de conseil , etc. C'est l'excès dans lequel est tombé le père Pichon , jésuite, dans un ouvrage intitulé : l'Esprit de Jésus-Christ et de V Eglise sur la. fréquente communion.
Ces deux écrits si différents ont trouvé dans leur temps des approbateurs et des censeurs respectables , ils ont fait naître de vives contestations ; heureusement elles sont assoupies , il n'est pas nécessaire de renouveler le souvenir de ce qui a été dit de part et d'autre. Voyez
Y ancien Sacramenl., par Grancoîas, lre partie, p. 294.
Communion laïque. C'étoit autrefois un châtiment pour les clercs qui avoient commis quelque faute grave, d'être réduits à la communion laïque, c'est-àdire , à l'état d'un simple fidèle , et d'être trai tés de même que si jamais ils n'eussent été élevés à la cléricature. V. Bingham, Orig.ecclés.,\.\l , c. 2. Celte punition même prouve que l'on a toujours mis une distinction entre l'état des clercs et celui des laïques.
Communion étrangère ou përëgrine, autre châtiment de même nature, sous un nom différent, auquel les canons condamnoient souvent les évêques et les clercs. Ce n'étoit ni une excommunication . ni une déposition , mais une espèce de suspense des fonctions de l'ordre, et la perte du rang que tenoit un clerc ; on ne lui accordoit la communion que comme on la donnoit aux clercs étrangers. Si c'étoit un prêtre , il avoit le dernier rang parmi les prêtres et avant les diacres, comme l'auroit eu un prêtre étranger, et ainsi des diacres et des sous-diacres. Le second concile d'Agde ordonne qu'un clerc qui refuse de fréquenter l'église, soit réduit à la communion étrangère ou pérégrine.
Communion, dans la liturgie, est la partie de la messe où le prêtre prend et consume, sous les espèces du pain et du vin , le corps et le sang de Jésus-Christ. Ce terme se prend aussi pour le moment auquel on administre aux fidèles le sacrement de l'eucharistie ; dans ce sens , on dit que la messe est à la communion.
Communion se dit encore de l'antienne que récite le prêtre après avoir pris les ablutions , et avant les dernières oraisons que l'on nomme post-communion.
COMPAGNIE DE JÉSUS. Voyez Jésuites.
COMPASSION. Voyez Miséricorde.
Compassion de la sainte Vierge.
Dans plusieurs diocèses , on fait, le vendredi de la semaine de la Passion, l'office de la Compassion de la sainte Vierge, pour honorer les douleurs que dut ressentir celle sainle Mère de Dieu
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à la vue des ignominies, des souffrances et de la mort de son Fils. Plusieurs Pères de l'Eglise ont fait remarquer aux fidèles le courage avec lequel Marie assista sur le Calvaire à la mort du Sauveur, et les dernières paroles qu'il lui adressa. Certains critiques , peu instruits du génie de la langue hébraïque et des mœurs juives, ont cru apercevoir de la dureté dans ces paroles :. Femme, voilà votre Fils. Joan., c. 19, f. 26. Ils se sont trompés. Voyez Femme.
COMPLIES. C'est dans l'Eglise romaine la dernière partie de l'office du jour. Elle est composée de trois psaumes sous une seule antienne , d'une hymne , d'un capitule et d'un répons bref, du cantique de Siméon , Nunc dimittis, d'une oraison , etc. Elle est destinée à honorer îa sépulture du Sauveur, selon la glose, c. 10, de Celeb. Missar. Mais on ignore le temps de son institution.
Le cardinal Bona, de psalmod., c. 10, prouve, contre Bellarmin , qu'elle n'avoit pas lieu dans l'Eglise primitive. On ne trouve dans les anciens nulle trace des complies. Ils terminoient leur office à none ; selon saint Basile, major regular.,q. 57, ils y chantoient le psaume 90 , que l'on récite aujourd'hui à complies. L'auteur des Const. apostol. parle de l'hymne du soir, et Cassien , de l'office du soir en usage chez les moines d'Egypte : mais il paroît qu'on doit entendre par là les vêpres. Voy. Bingham, Jnliquit. écoles., tom. 5, 1. 13, c. 9, S 8.
COMPONCTION, regret d'avoir offensé Dieu, qui est aussi nommé contrition.
La confession n'est bonne que quand die est accompagnée d'un repentir sincère , et de la componction du cœur.
Dans la vie spirituelle , componction signifie aussi un sentiment pieux de douleur, qui a pour motif les misères de la vie , les dangers du monde , la multitude de ceux qui se perdent, etc. «
Jésus - Christ a dit : a Bienheureux » ceux qui pleurent, parce qu'ils seront » consolés. » Ces paroles ont fait trouver des douceurs aux saints dans les larmes même de la pénitence. La charité , dit saint Grégoire , notre éloignement de
Dieu, nos fautes passées, celles que nous commettons chaque jour, le poids de nos misères et de celles du prochain, nous excitent à pleurer continuellement, au moins dans le désir du cœur, si nous ne pouvons le faire autrement. Tout ce qui nous environne nous fournit un sujet de larmes , et nous devons les mêler même aux prières et aux cantiques que l'amour de Dieu nous inspire.
A la vue de l'ingratitude dont nous avons payé les bienfaits du Seigneur , pouvons-nous produire un acte de charité sans être pénétrés d'une douleur amère ? Ne faut-il pas , avant de chanter ses louanges, laver nos âmes par les larmes de la componction, et les purifier par le sang de l'Agneau sans tache, mort pour le salut des hommes ? Les plus grands saints pleurent continuellement par des motifs d'amour ; comment les pécheurs ne pleureroient-ils pas? Si les âmes fidèles et innocentes aiment à faire retentir les déserts de leurs gémissements, quelle conduite doivent tenir celles dont tous les instants on été marqués par de nouvelles infidélités?
Mor., 1. 23, c. 21.
De cette morale même , enseignée et pratiquée par tous les saints, les incrédules concluent que la religion , loin de consoler l'hommeet d'adoucir ses peines, ne sert qu'à le rendre plus malheureux ; qu'elle le rend triste et misanthrope , que la religion n'est autre chose qu'une lièvre mélancolique. Mais voyons-nous les incrédules plus gais, plus contents, plus heureux que les dévols ? Dans leurs discours et dans leurs écrits , nous ne trouvons que des plaintes, des murmures , des déclamations , souvent des fureurs. L'un se plaint des caprices de la fortune, de l'infidélité de ses amis, de la jalousie et de la malignité de ses concurrents, de l'indifférence de ses protecteurs ; l'autre , de ses infirmités personnelles , de ses chagrins domestiques , des malheurs arrivés à ses proches, des tracasseries de la société.
Celui-ci gémit des fléaux de la nature, des vices de l'humanité , de la corruption de tous les états, des injures faites à la vertu; celui-là des fautes du gouverne-
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ment, des erreurs de la politique , de la négligence des souverains , de l'asservissement des nations, etc. Tel est le sujet ordinaire de la plupart des conversations. Si l'homme est condamné à souffrir et à pleurer , les larmes de la componction sont encore préférables à celles de l'incrédulité ; les premières nous donnent au moins des espérances pour l'avenir, les secondes ne nous en laissent aucune.
COMPRÉHENSION. Ce terme signifie, en théologie , l'état des bienheureux qui jouissent de la vue intuitive de Dieu; on les appelle compréhenseurs , par opposition aux justes qui vivent sur la terre , et que l'on nomme voyageurs :
ce terme est tiré de saint Paul. /. Cor., c.9, jL24.
CONCEPTION IMMACULÉE DE LA SAINTE VIERGE. Le sentiment commun des théologiens catholiques est que la sainte Vierge Marie, mère de Dieu, a été préservée du péché originel , lorsqu'elle a été conçue dans le sein de sa mère. Cette | croyance est fondée, 1° sur le sentiment des Pères de l'Eglise les plus respectables. Nous les rapporterons ci-après.
2° Sur la précaution qu'a prise le concile de Trente, sess. 5, où, en décidant que tous les enfants d'Adam naissent souillés du péché originel , il déclare que son intention n'est point d'y comprendre la sainte Vierge. En 1459 , le concile de Bâle avoit autorisé la même croyance :
son décret fut reçu par l'université de Paris , et par un concile d'Avignon , en 4457.
5° Sur les décrets de plusieurs papes, qui ont approuve la fête de la Conception de la sainte Vierge , et l'office composé à ce sujet, et qui ont défendu de prêcher et d'enseigner la doctrine contraire. Ainsi en ont agi Sixie IV , Pie V, Paul V, Grégoire XV, Alexandre VII.
( Nc III, p. 551. ) H paroît que cette fête étoit déjà célébrée dans l'Occident au neuvième siècle, et qu'elle est encore plus ancienne en Orient. Voyez Assemani , Cal. univ., tom. 5 , pag. 435 et suiv.
Conséquemment la faculté de théologie de Paris , en 1497, statua par un
décret que personne ne seroit reçu au degré de docteur, qu'il ne s'engageât par serment à soutenir Vlmmacuh'e Conception; la plupart des autres universités ont fait de même.
Quoique ce sentiment n'ait pas été décidé formellement comme article de foi , il est si analogue à la doctrine chrétienne, au respect dû à Jésus-Christ, à la persuasion de tous les fidèles , que l'on peut le regarder comme une croyance catholique, ou presque universelle.
Les protestants se sont récriés contre cette croyance, née dans les derniers siècles ; elle est , disent-ils , formellement contraire au sentiment des anciens Pères, qui ont décidé que le péché originel a passé à tous les enfants d'Adam, à l'exception de Jésus-Christ seul. Erasme avoit cité un assez grand nombre de leurs passages ; Basnage , dans son Hist. de l'Eglise, 1. 18 , c. 11 , et 1. 20 , c. 2 , a fait tous ses efforts pour prouver qu'en cela l'Eglise romaine a changé l'ancienne doctrine , et s'est évidemment écartée de la tradition qu'elle regarde comme règle de foi.
Mais il a bien senti lui-même que tous ses arguments , qui sont les mêmes que ceux de Daillé, ne sont que négatifs, et ne forment pas une forte preuve. Les Pères, disent ces controversistes, n'ont point excepté la sainte Vierge, lorsqu'ils ont parlé de l'universalité du péché originel : donc c'est la même chose que s'ils avoient formellement enseigné que la sainte Vierge en a été atteinte comme les autres enfants d'Adam : cette conséquence n'est pas vraie. Les Pères n'ont point traité expressément la question de savoir si la sainte Vierge a été ou n'a pas été exempte du péché originel ; s'ils avoient enseigné formellement qu'elle en a été souillée, jamais les théologiens catholiques n'auroient osé embrasser l'opinion contraire. S'ils l'avoient formellement exceptée y alors sa Conception immaculée ne seroit plus une simple opinion théologique, mais un dogme de foi; et l'Eglise l'auroit ainsi décidé au concile de Trente. Or , nous convenons que ce n'est pas un dogme de foi; les papes même, Pie V, Grégoire XV et Alcxan-
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dre VII l'ont ainsi déclaré, et ont défendu de traiter d'hérétiques ceux qui ont soutenu le contraire.
Est-il vrai que la croyance actuelle soit établie sans aucune preuve tirée de l'Ecriture sainte ni de la tradition ? Dans la salutation angélique, adressée à Marie, Luc, cap. 1 , f. 28 , le mot grec, xs*apnoifisv-n , ne signifie pas seulement remplie de grâce, mais formée en grâce; Origène l'a compris , Hom. 6 , in Luc. « Je ne me souviens pas , dit-il , d'avoir » trouvé ce terme ailleurs dans l'Ecri- » ture sainte ; cette salutation n'a été » adressée à aucun homme ; elle est ré- » servée à Marie seule. » Cependant il avoit été dit de saint Jean -Baptiste , jL 15 , qu'il seroit rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère ; le privilège de Marie s'est donc étendu plus loin. Les protestants entendent-ils mieux le grec qu'Origène?
Au quatrième siècle, saint Amphiloque , évêque d'Icône , Orat. 4 , in S. Deip. et Simeon., dit que Dieu a formé la sainte Vierge sans tache et sans péché. Dans la liturgie de saint Jean Chrysostome , qui est plus ancienne que lui , Marie est appelée sans tache à tous égards, ex omni parte inculpata. Lebrun, tom. 4, pag. 408. Saint Ambroise , sur le psaume 118, dit qu'elle a été exempte de toute tache du péché.
Au cinquième, saint Proclus , disciple de saint Jean Chrysostome et son successeur , Orat. 6, Laudatio S. Genitr., dit que la sainte Vierge a été formée d'un limon pur. On lui attribue avec raison les trois sermons sur la sainte Vierge , qui passoient autrefois pour être de saint Grégoire Thaumaturge , et dans lesquels cette même doctrine est enseignée; Basnage n'en disconvient pas.
Saint Jérôme, sur le psaume 73, dit que Marie n'a jamais été dans les ténèbres , mais toujours dans la lumière.
On sait que saint Augustin même , en écrivant contre les pélagiens, L. de Nat. et Grat., c. 36, a formellement excepté la sainte Vierge du nombre des créatures coupables du péché.
Au sixième, saint Fulgence, Serm.
de Laudib. Maria? , observe que l'ange,
en appelant Marie pleine de grâce, a fait voir que l'ancienne sentence de colère étoit absolument révoquée.
Au huitième, saint Jean Damascène appelle cette sainte Mère de Dieu , un. paradis dans lequel l'ancien serpent n'a pas pu pénétrer. Hom. in Nat. B. M. F. Déjà au septième , sous le règne d'Héraclius , George de Nicomédie regardoit la Conception immaculée de la sainte Vierge comme une fête d'ancienne date ; et au moins depuis cette époque, les Grecs ont constamment appelé Marie panachrante , toute pure, sans tache, sans péché , ils n'ont pas emprunté cette croyance de l'Eglise romaine , puisqu'ils la conservent encore. Pourquoi donc les protestants n'évaporent-ils leur bile que contre nous , et ménagent-ils les Grecs ? En rapportant avec tant de soin ce qui paroît opposé à notre croyance , il ne falloit pas passer sous silence ce qui la prouve.
L'on sait qu'en 1387 la question de la Conception immaculée lit grand bruit à Paris, et que l'université exclut de son corps les dominicains , pour avoir soutenu l'opinion contraire. Hist. de VEglise gallicane, tom. 14, liv. 41, an 1387. Aujourd'hui ces religieux tiennent la croyance commune.
Les deux couvents de religieuses , qui portent à Paris le nom de la Conception, sont des franciscaines, ou des filles du tiers-ordre de saint François.
CONCILE , assemblée des pasteurs de l'Eglise pour décider les questions qui appartiennent à la foi , aux mœurs ou à la discipline. On appelle concile général ou œcuménique, celui qui est censé composé des évêques de toute l'Eglise ; concile national, celui qui est formé par les évêques d'une seule nation ; concile provincial , celui qui se tient par un métropolitain avec les évêques de sa province.
Sur cet important objet , nous avons à examiner , 1° en quoi consiste l'autorité des conciles généraux en matière de dogme. 2° Si cette autorité est la même en fait de discipline. 3° Ce qu'il faut pour qu'un concile soit censé général, et combien il y a eu de conciles gêné-
raux. 4° Qui a droit de les convoquer, d'y assister avec voix délibérative, d'y présider et de les confirmer. 5° Nous répondrons aux objections des hérétiques contre l'autorité des conciles.
I. De V autorité des conciles généraux en matière de foi. Il est certain qu'un concile auquel ont été invités tous les pasteurs de l'Eglise universelle , qui est présidé par le souverain pontife ou par ses légats, confirmé par son autorité, est la voix de l'Eglise catholique , à laquelle tous les fidèles, sans exception, sont obligés de se soumettre. L'Eglise ne peut professer sa croyance d'une manière plus authentique et plus éclatante que par la voix de ses pasteurs assemblés et réunis à leur chef. Quiconque refuse de se conformer à cet enseignement est hérétique , cesse d'être membre de l'Eglise de Jésus-Christ.
En effet , Jésus-Christ a dit à ses apôtres : a Je prierai mon Père , et il vous » donnera un autre Paraclet ( avocat, » consolateur et défenseur ) , afin qu'il » demeure avec vous pour toujours. »
Joan., c. 44 , f. 16. « Cet Esprit saint, » Paraclet, que mon Père enverra en d mon nom , vous enseignera tout ce s que je vous ai dit. » f. 26. « Lorsque r> cet Esprit de vérité sera venu , il vous » enseignera toute vérité. » C. 16. f. 15. Saint Paul nous avertit que Dieu a donné à son Eglise des pasteurs et des docteurs, afin que nous ne soyons pas comme des enfants, flottants et emportés l\ fout vent de doctrine, par la malice des hommes et par les ruses de l'erreur fjiii nous environne. E plies., c. &,f. 11. « Celui qui connoît Dieu , dit saint Jean, » nous écoute ; celui qui n'est pas de » Dieu , ne nous écoute point; c'est par » là que nous connoissons l'esprit de » vérité et l'esprit d'erreur. » Joan., c. 4, f. 6.
S'il y avoit du doute touchant le véritable sens de ces passages, il seroil levé par la conduite des apôtres. Lorsqu'il fallut décider si les Gentils, convertis au christianisme, étoient ou n'étoient pas obligés à observer les cérémonies de la loi mosaïque, les apôtres et les prèlres, qui se trouvoient à Jérusalem , s'assem-
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blèrent;- après que chacun d'eux eut donné son avis, ils décidèrent la question, et dirent : « 11 a semblé bon au » Saint-Esprit et à nous de ne point » vous imposer d'autre chose que ce qui » est nécessaire , savoir , de vous abste- » nir des viandes immolées aux idoles , » du sang, des chairs suffoquées et de » la fornication; vous ferez bien de vous » en garder. » Jet., c. 15, f. 29. Ils ont voulu que les fidèles regardassent ce décret comme un oracle du Saint-Esprit.
Pour esquiver les conséquences , les hétérodoxes ont objecté , 1° que cette assemblée de quelques apôtres n'étoit point un concile général , mais le synode d'une Eglise particulière. 2° Qu'en effet le Saint-Esprit, en descendant sur Corneille et sur toute sa maison, avoit décidé d'avance que les Gentils étoient justifiés par la foi, sans être assujettis aux cérémonies mosaïques ; saint Pierre en avoit été témoin ; c'est évidemment ce qu'il entendoit, lorsqu'il dit : il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous.
Fausses réflexions. L'assemblée n'étoit pas seulement composée des pasteurs de l'Eglise de Jérusalem , puisque non-seulement saint Pierre et saint Jacques le mineur, mais saint Paul et saint Barnabe s'y trouvoient et y donnèrent leur suffrage, et il est très-probable que le Judas dont il y est parlé est l'apôtre saint Jude. Il s'agissoit d'une question qui étoit tout à la fois de dogme et de pratique , et de faire une loi générale pour toute l'Eglise : ce n'étoit donc pas l'affaire d'un synode particulier. En second lieu , le Saint-Esprit , en descendant sur Corneille , n'avoit pas décidé que les Gentils seroient obligés de s'abstenir des viandes immolées , du sang et des chairs suffoquées ; c'est cependant ce que le concile ordonne. En troisième lieu, il auroit été fort indécent de joindre le jugement de l'assemblée à celui du Saint-Esprit, si elle n'avoit pas été persuadée que le Saint-Esprit lui-même y présidoit. Mais comme les protestants soutiennent que chaque fidèle doit régler lui-même sa foi sur l'Ecriture sainte, ils ne peuvent digérer la décision da concile de Jérusalem.
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Est-il vrai que les conciles généraux ont créé de nouveaux dogmes ou de nouveaux articles de foi, comme le prétendent les ennemis de l'Eglise ? Ce reproche n'auroit pas lieu , si l'on concevoit en quoi consiste le jugement que portent les évêques assemblés en concile. Ce sont autant de témoins qui ont caractère et mission pour attester quelle est la croyance de l'Eglise particulière à laquelle chacun d'eux préside. Lorsque trois cent dix-huit évêques , assemblés à Nicée, Tan 525, décidèrent que le Verbe divin est consubstantiel à son Père , qu'ainsi Jésus-Christ est un seul Dieu avec le Père , que firent-ils? ils attestèrent que telle étoit et avoit toujours été la croyance de leurs Eglises.
Ces témoignages réunis et comparés démontrèrent que telle étoit la foi de l'Eglise universelle. Holden, de résolut, fidei, lib. 1 , c. 9. Pour définir ce qu'il falloit croire, les Pères se bornèrent à dire : nous croyons.
Il n'est donc pas vrai qu'ils aient créé un nouveau dogme ; il attestèrent au contraire et jugèrent que la doctrine d'Arius étoit nouvelle et inouïe , qu'Arius étoit un novateur et un hérétique, qu'il pervertissoit le sens des paroles de l'Ecriture , par lesquelles il vouloit étayer son opinion.
Il en fut de même en 581 , lorsque le concile général de Constantinople décida la divinité du Saint-Esprit, qui n'avoit pas été mise en question à Nicée; en 451 , lorsque le concile d'Ephèse prononça , contre Nestorius , que Marie est véritablement Mère de Dieu : ce dogme n'est qu'une conséquence immédiate de la divinité de Jésus-Christ reconnue et proférée par le concile de Nicée. On doit raisonner de mime de tous les autres conciles qui ont successivement décidé d ts dogmes contestés par des novateurs.
a Qu'a fait l'Eglise par ses conciles , » dit à ce sujet Vincent de Lérins , Com- » monit., c. 25? Elle a voulu que ce » qui étoit déjà cru simplement , fût * professé plus exactement; que ce qui » étoit prêché sans beaucoup d'alten- » lion , fût enseigné avec plus de soin; » que l'on expliquât plus distinctement
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» ce que l'on trait oit auparavant avac » une entière sécurité. Tel a toujours fa& » son dessein. Elle n'a donc fait autre » chose, par les décrets des conciles, » que de mettre par écrit ce qu'elle avoit » déjà reçu des anciens par tradition.... » Le propre des catholiques est de garder » le dépôt des saints Pères, et de rejeter » les nouveautés profanes , comme le » veut saint Paul. » Quid unquàm aliud conciliorum decretis enisa est ( Ecclesia ) , nisi ut quod anteà simpliciter credebatur , hoc idemposteà diligentiùs crederetur; quod anteà lentiùs prœdicabatur, hoc idem posieà instanliùs prœdicaretur ; quod anteà securiùs colebatur, hoc idem posteà sollicitiùs excoleretur ? hoc, inquam , semper , neque quidquam prœlereà, hœreticorum novitatibus eœcitata, conciliorum decretis catholica perfecit Ecclesia, nisi ut quod priùs à majoribus solâ traditione susceperat , hoc deindè posterù eliam per scriplurœ chyrographum con»
signaret.... 0 Timothee ! inquit aposlolus , depositum custodi, devitans profanas vocum novitates.
A la vérité , avant qu'un dogme ait été solennellement décidé par un concile, un théologien a pu être pardonnable de le méconnoître ; il a pu ignorer quelle étoit sur ce point la croyance de l'Eglise catholique , de laquelle il n'y avoit point encore d'attestation solennelle ; il a pu se tromper innocemment sur le sens qu'il donnoit aux passages de l'Ecriture , qui lui paroissoient favoriser son opinion. Mais lorsque l'Eglise a parlé par la bouche de ses pasteurs , un homme n'est plus pardonnable de préférer son propre jugement à celui de l'Eglise ; il est hérétique s'il persévère dans son erreur.
De là même il s'ensuit que la décision d'un concile général n'est pas absolument nécessaire pour qu'un dogme soit censé appartenir à la foi catholique. Il suffit qu'il y ait une certitude suffisante que telle est la croyance de l'Eglise universelle. Lorsqu'un dogme a été décidé par un rescrit du souverain pontife adressé à toute l'Eglise , et qu'il a été reçu sans réclamation par le très-grand
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nombre des évêques, on ne peut plus douter que ce ne soit la croyance de l'Eglise catholique. Si le jugement de l'Eglise dispersée a moins de publicité que celui de l'Eglise assemblée, il n'a pas pour cela moins de poids ni d'autorité, tout fidèle n'est pas moins obligé de s'y conformer. Voyez Catholicité.
Plus l'Eglise est étendue, plus il est difficile d'assembler des conciles généraux.
II. Est -on aussi obligé de se soumettre aux règlements d'un concile général en matière de discipline , qu'à ses décisions en matière de foi? Il y a une distinction à faire. Lorsqu'un point de discipline peut intéresser l'ordre civil, donner atteinte aux lois particulières
l'acceptation des souverains , se sont trompés encore plus lourdement. Ces décisions obligent tous les fidèles, en vertu de l'ordre de Jésus-Christ même :
« Allez enseigner toutes les nations
» Celui qui ne croira pas sera con- » damné. » Malt., c. 28, y. 19; Marc, c. 16, f. 16. Cette loi regarde autant les souverains que les peuples.
III. Que faut-il pour qu'un concile soit censé général , et combien y en a-t-il eu depuis la naissance de l'Eglise ? 3n | convient unanimement , parmi les théo- ! logiens catholiques, qu'un concile n'est ; point censé œcuménique ou général , à • moins que tous les évêques de la chrétienté n'y aient été invités autant qu'il
d'un ou de plusieurs royaumes, l'Eglise, [ est possible, et que l'éloignement des toujours attentive à respecter les droits I lieux peut le permettre. Il y a cependant des souverains , n'a jamais dessein d'op- | plusieurs exemples de conciles auxquels poser son autorité à la leur ; elle pro- j il n'y avoit eu qu'un certain nombre nonce avec circonspection, elle attend d'évêques appelés, mais qui, dans la que le temps et les circonstances per- ! suite, ont été réputés généraux, parce
mettent l'exécution de ses règlements.
Par ces ménagements sages , une bonne partie des lois de discipline , portées au concile de Trente, auxquelles ons'étoit opposé d'abord, sont insensiblement devenues partie de notre droit public, en vertu des ordonnances de nos rois.
Lorsqu'une discipline, indifférente à
que les décisions en ont été reçues de toute l'Eglise, et ont acquis aiusi la même autorité que celle des conciles généraux. De même il y en a plusieurs auxquels il ne s'est trouvé qu'un assez petit nombre d'évêques, et qui n'en ont pas eu pour cela moins d'autorité. Voici la liste sommaire des conciles réputés
l'ordre civil, peut intéresser la foi ouïes j généraux ; nous parlerons plus amplemœurs , l'Eglise use de son autorité et ment de chacun dans un article parti-
tient ferme. Ainsi, elle condamna autrefois comme schismatiques les quartodécimans, qui s'obstinèrent à célébrer la pàque avec les Juifs, le quatorzième jour de la lune de mars; elle ordonna de la célébrer le dimanche suivant : il lui parut essentiel d'établir l'uniformité dans un rit qui atteste la résurrection de Jésus-Christ. Quoique la communion sous les deux espèces fût un point de discipline, le concile de Trente n'a point voulu l'accorder à ceux qui la demandoient, parce que les hérétiques en soutenoient faussement la nécessité pour l'intégrité du sacrement. C'est une observai.on à laquelle les canonistes n'ont pas toujours fait assez d'attention.
Ceux qui ont osé soutenir que les décisions des conciles , en matière de foi, Tt'avoient force de loi qu'en vertu de
culier.
Le premier est celui de Nicée, l'an 525, par lequel la consubstantialité du Verbe et la divinité de Jésus -Christ furent décidées contre les ariens. Le second est celui de Constantinople, en 581 , qui confirma la foi de Nicée, professa la divinité du Saint-Esprit contre les macédoniens , et condamna les apollinaristes. Le troisième, celui d'Ephèse, en 451 ; il décida contre Nestorius , que Marie est Mère de Dieu, et confirma la condamnation des pélagiens, faite par le pape Zozime. Le quatrième fut tenu à Chalcédoine, en 451 ; il confirma l'anathèrae lancé à Ephèse centre Nestorius , et condamna Eutychès , qui soutenoit qu'il n'y a qu'une seule nature en Jésus-r Christ. Le cinquième, tenu à Constantinople en 555 , condamna les trois cha ■
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pitres ou trois écrits qui favorisoient la doctrine de Nestorius. Le sixième fut encore assemblé à Gonstantinople l'an 680 ; il proscrivit Terreur des monothélites , qui n'admettoient qu'une seule volonté dans Jésus- Christ : c'était un reste d'eutychianisme.
En 787 , le septième se tint à Nicée contre les iconoclastes ou briseurs d'images. Le huitième, à Constantinople, l'an 869 ; Photius y fut condamné et déposé : c'a été l'origine du schisme des €recs. Depuis ce temps-là les conciles généraux ont été tenus en Occident.
On compte pour le neuvième, celui de Latran, l'an 1123 : il ne lit que des canons de discipline. Le dixième , tenu
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au même lieu l'an 1159, avoit pour objet la réunion des Grecs à l'Eglise romaine. Arnaud de Bresse , disciple d Abailard, y fut condamné aussi bien que les manichéens, nommés dans la suite albigeois. Le onzième , assemblé encore à Latran l'an 1179, réforma les abus introduits dans la discipline. Le douzième, l'an 1215, au même lieu, fit une exposition de la doctrine catholique contre les Albigeois et les Vaudois.
Dans le treizième , tenu à Lyon l'an 4245, le pape prononça une sentence d'excommunication contre l'empereur Frédéric, en présence de Baudouin, empereur de Constantinople. Le quatorzième, assemblé aussi à Lyon en 1 274, travailla de nouveau à la réunion des Grecs , et dressa une profession de foi qu'ils signèrent. Le quinzième fut tenu en 1311, à Vienne en Dauphiné , pour l'extinction de l'ordre des templiers : il condamna les erreurs des béggards ou béguins.
Nous comptons en France , pour seizième concile général, celui de Constance, tenu en 1414, pour éteindre le grand schisme d'Occident , causé par la prétention de plusieurs personnes à la papauté : concile dans lequel Jean Hus et Jérôme de Prague furent condamnés et livrés au supplice. ( Ne IV, 551 j Pour ûix-septième , celui de Bâle, en 1451 , dont le principal objet étoit la réunion des Grecs ; mais le pape l'ayant transféré a Ferrare , en 1458 , et ensuite à Flo-
rence, en 1439, plusieurs regardent ce concile de Florence comme œcuménique : les Grecs y signèrent une profession de foi avec les Latins. Le dix-huitième et dernier concile général est celui de Trente, commencé l'an 1545, et fini l'an 1563 , contre les hérésies de Luther et de Calvin.
Depuis que la foi chrétienne s'est établie au loin , qu'il y a des évêques en Amérique, à la Chine et dans les Indes, il est devenu plus difficile que jamais d'assembler des conciles généraux.
IV. A qui appartient-il de convoquer des conciles généraux , d'y présider , d'y assister avec voix délibérative ? C'est encore un point non contesté dans l'Eglise catholique , que le droit de convoquer les conciles généraux appartient au souverain pontife, comme pasteur de l'Eglise universelle. De savoir si ce privilège lui appartient de droit divin, ou seulement de droit ecclésiastique et en vertu d'une possession bien établie , c'est une question qui n'est peut-être pas aussi importante qu'elle le paroît d'abord. Toute prétention mise à part, il est clair que, de droit dnin , le souverain pontife doit pourvoir aux besoins de l'Eglise universelle autant qu'il le peut, suivant les circonstances ; Jésus- Christ en a imposé l'obligation à saint Pierre et à ses successeurs , lorsqu'il leur a dit : Paissez mes agneaux et mes brebis. Si c'est pour eux une obligation divine, c'est donc aussi un droit divin: il seroit absurde qu'ils n'eussent pas le droit de faire ce que Jésus-Christ leur a commandé : s'ils n'avoient pas le droit de convoquer les conciles généraux, qui l'auroit par préférence?
Il ne sert à rien aux protestants et aux autres ennemis du saint Siège d'objecter que , pendant les cinq ou six premiers siècles , ce ne sont point les papes, mais les empereurs qui ont convoqué les conciles ; que plus d'une fois même les papes se sont adressés aux empereurs, pour leur demander cette convocation. Les circonstances l'exigeoient ainsi , et il ne s'ensuit rien contre l'ordre établi par Jésus-Christ. Dans ces tempslà, l'Eglise chrétienne ne s'étendoit
guère au delà des limites de l'empire romain; il étoit donc naturel que les empereurs, devenus chrétiens, prissent le soin de convoquer les conciles, puisqu'eux seuls pouvoient en faire les frais. Presque tous les évêques étoient leurs sujets, et ces évêques, presque tous pauvres , n'étoient pas en état de voyager à leurs dépens , d'une extrémité de l'empire à l'autre. Ils avoient besoin du secours des voitures publiques , et cela dépendoit du gouvernement. Mais avant la conversion de Constantin , il y avoit eu près de quarante conciles particuliers , dont plusieurs avoient été nombreux; sans doute ils n'avoient pas été convoqués par les empereurs païens, et l'on n'avoit pas cru avoir besoin de leur autorité pour donner force de loi aux décisions qui y avoient été faites. Depuis que la foi chrétienne est répandue dans plusieurs royaumes différents, et qu'il y a des évêques dans les quatre parties du monde , aucun souverain n'a droit de convoquer ceux qui ne sont pas ses sujets. Il a donc été nécessaire que le souverain pontife , en qualité de chef de l'Eglise universelle, convoquât les conciles généraux , qu'il eût le droit d'y présider et d'en adresser les décisions à toute l'Eglise. Ce n'a donc pas été un effet de la condescendance des souverains , ni une cession libre de la part des évêques , mais une suite nécessaire de l'étendue actuelle de l'Eglise; et c'est ce qui démontre la sagesse de Jésus- Christ, lorsqu'il a donné à saint Pierre et à ses successeurs un pouvoir de juridiction sur l'Eglise entière.
Par la même raison , toutes les fois que le souverain pontife a assisté à un concile, personne ne lui a contesté le droit d'y présider; mais comme les premiers conciles généraux ont été tenus en Orient, et fort loin de Rome , c'a été ordinairement l'un des patriarches de l'Orient, qui a tenu la première place ; et il ne s'ensuit rien contre les droits du jaint Siège.
Quant au droit de confirmer les décrets des conciles généraux , c'est une question débattue entre les théologiens de France et ceux d'Italie. Suivant nos
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maximes, les décrets d'un concih général ont force de loi, indépendamment de l'acceptation et de la confirmation du souverain pontife; la bulle qu'il donne à ce sujet n'est censée qu'un témoignage de son adhésion à ces décrets, par lequel il certifie à tous les fidèles que ce sont véritablement des décisions censées faites par l'Eglise universelle, auxquelles par conséquent ils doivent obéissance et soumission.
L'on convient unanimement que les seuls juges nécessaires dans un concile général sont les évêques ; c'esf à eux , comme pasteurs de l'Eglise, d'instruire les fidèles , et d'enseigner quelle est la vraie doctrine de Jésus-Christ. Ordinairement néanmoins ils ont admis dans ces assemblées les abbés, les députés des chapitres et les théologiens ; et ceuxci ont eu pour le moins voix consultative ; mais suivant l'usage actuel , ils ne peuvent prétendre à la voix délibérative qu'autant que les évêques la leur accordent.
V. Objections des Protestants. On conçoit que les protestants , condamnés par le concile de Trente , ne pouvoient pas manquer de s'élever contre l'autorité de tous les conciles , et de s'attacher à la déprimer ; ils n'ont rien négligé pour y réussir. Mais comme ils ont tenu eux-mêmes des synodes , à la décision desquels ils ont donné force de loi , il n'est presque pas un seul de leurs reproches qui ne puisse être rétorqué contre eux, et qui ne l'ait été en effet par les arminiens contre le synode de Dordrecht. Voyez Arminiens.
Ils disent, 1° Jésus-Christ ni les apôtres n'ont point ordonné de tenir des conciles. Si ces assemblées étoient nécessaires, l'on n'auroit pas attendu jusqu'à l'an 525 avant d'en tenir une. Pendant le second et le troisième siècles, il s'étoit élevé plusieurs hérésies qui altaquoient les dogmes les plus essentiels du christianisme : les ébionites , les cérinlhiens, les gnostiques, les marcionites , les manichéens , etc., avoient paru; l'on ne crut pas qu'il fût besoin; d'un concile œcuménique pour étouffer leurs erreurs , ou plutôt l'on comprit
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que ce moyen ne suiïiroit pas et ne produiroit aucun effet, qu'il falloit terminer les contestations en matière de foi , uniquement par l'Ecriture sainte. Le concile de Nicée fut un effet de la politique de Constantin, et tout s'y passa par son autorité; les décisions n'eurent d'autre force que celle qu'il leur donna.
^Réponse. Il est évident que , sous le règne des empereurs païens, il n'étoit pas possible de tenir un concile général ; ç'auroit été un motif d'exciter une persécution contre les évoques , qui étoient déjà le principal objet de la haine des païens ; Licinius avoit défendu formellement aux évêques de s'assembler.
Eusèbe, Fie de Constant., 1. 1 , c. 51. Il n'est pas moins évident que l'on n'auroit pas pu en tenir un sous le règne de Constantin, si ce prince n'y avoit contribué de tout son pouvoir ; mais il y avoit eu des conciles particuliers. Nonseulement nous avons prouvé que l'assemblée tenue à Jérusalem , vers l'an 51 , étoit un vrai concile, dans lequel fut condamnée l'erreur soutenue ensuite par les ébionites ; mais on en connoît .plusieurs qui furent tenus tant en Orient qu'en Occident , pour condamner différentes hérésies. Ce que Ton appelle les Canons des apôtres, ne sont autre chose que les décrets des conciles du second et du troisième siècle , et ces canons condamnent, du moins indirectement, les marcionites et les manichéens , et prononcent des peines contre les hérétiques.
Nous ne concevons pas comment les contestations touchant la foi peuvent être terminées par l'Ecriture seule, pendant qu'elles ont précisément pour objet de savoir quel est le vrai sens de l'Ecriture. Il n'est pas une seule secte d'hérétiques qui n'ait allégué en sa faveur quelques passages de l'Ecriture, et il n'en est aucune à laquelle l'Eglise n'ait opposé d'autres passages ; s'il n'est aucun tribunal qui ait l'autorité de décider , par quel moyen la dispute pourrat-elle linir ?
Nous convenons qu'un concile général n'est pas absolument nécessaire pour proscrire et pour étouffer une hérésie,
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puisque l'autorité de l'Eglise dispersée n'est pas moindre que celle de l'Eglise assemblée ; mais il est utile , en ce qu'il montre plus promptement, et d'une manière plus sensible, quelle est la croyance universelle de l'Eglise. Les protestants eux-mêmes ont tenu non- seulement des synodes particuliers , mais des synodes nationaux; ils se proposoient de tenir à Dordrecht un synode général de toutes les Eglises réformées , elles y étoient toutes invitées ; ils ont fait, dans ces assemblées , des décisions de foi , prononcé des excommunications , et ils en ont fait appuyer les décrets par le bras séculier. Ces docteurs , sans mission et sans caractère, ont -ils eu une autorité plus légitime et plus respectable que les successeurs des apôtres. £
Il est faux que le concile de Nicée , dans ses décrets touchant la foi et la discipline , ait procédé par l'autorité de Constantin ; ce prince déclara lui-même, en pleine assemblée, qu'il laissoit aux évêques le soin de ces deux objets. Socrate, Hist. ecclésiast., liv. 1, c. 8. Mais il punit avec justice, par l'exil, ceux qui refusèrent de se soumettre à la décision du concile,
2° Ces assemblées, suivant les protêt tants, ont changé la forme primitive di gouvernement de l'Eglise , et ont priv<le peuple du droit de suffrage qu'il devoit avoir dans les délibérations. Les évêques, qui jusqu'alors s'étoient regardés comme de simples députés ou mandataires de leurs Eglises , prétendirent qu'ils avoient reçu de Jésus - Christ le droit et le pouvoir de faire des lois touchant la foi et les mœurs , et de les imposer aux fidèles sans les consulter. De là sont venus dans la suite les honneurs, les prérogatives , la juridiction que les évêques des villes principales se sont attribués sur leurs collègues.
Réponse. La fausseté de toutes ces assertions est prouvée par des monuments incontestables. Au concile de Jérusalem, les apôtres ne consultèrent point le peuple , il y est dit au contraire que la multitude garda le silence; lacuit omnis multitudo ; le décret fut formé au nom des apôtres et des pré-
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très, sans faire mention du peuple, apostoli et seniores fratres. Le peuple d'une ville dans laquelle un concile étoit assemblé , a voit-il le droit de subjuguer par son suffrage les évêques des autres Eglises , ou d'imposer des lois aux fidèles des autres villes? Les protestants eux-mêmes, dans leurs synodes, n'ont jamais consulté le peuple ; ils ont toujours prétendu que le peuple étoit obligé de se soumettre à leurs décisions , sous prétexte qu'elles étoient fondées sur l'Ecriture sainte; ils se sont ainsi attribué l'autorité qu'ils contestoient aux pasteurs de l'Eglise catholique. Le prétendu droit de suffrage, qu'ils attribuoient au peuple dans leurs écrits , n'est qu'une leurre dont ils se sont servis pour lui en imposer. Nous ferons voir en son lieu
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nous savons de quelle manière ont été traités les arminiens qui les ont faites eu effet contre le synode de Dordrecht :
Basnage l'avoit oublié, sans doute, lorsqu'il s'est avisé d'argumenter contre les conciles de l'Eglise romaine. HisU de V Eglise, liv. 10 , chap. 1 et suiv.; liv. 27, chap. 4.
Il faut que les caractères d'un concile œcuménique ne soient pas aussi difficile» à constater qu'il le prétend, puisque, | entre les dix-huit conciles généraux , il n'y en a que deux sur lesquels on conteste parmi les théologiens catholiques»
Tous conviennent que quand un concile a été convoqué par le souverain pontife ou de son consentement, lorsque cette convocation a été générale , qu'il a été confirmé par son acquiescement et par
que les évêques n'ont jamais été de j l'acceptation de toute l'Eglise , il n'y a
' plus aucun doute à former sur l'autorité de ses décrets. Les contestations que
Eglises
simples mandataires de leurs
que le gouvernement ecclésiastique n'a
jamais été démocratique; qu'il y a tou- j peuvent élever à ce sujet les hérétiques
jours eu parmi les évêques divers degrés de juridiction. Foy. Evéque, Gouvernement, Hiérarchie , Pasteur , etc.
5° Il n'y a , disent nos adversaires , aucune marque certaine pour distinguer si un concile a été ou n'a pas été général , par conséquent infaillible ; sur ce point , le doute n'est pas encore dissipé à l'égard des conciles de Bûle et de Florence, et celui de Trente n'a pas été plus universel que les autres. Quelquefois un concile, qui avoit commencé par être légitime et œcuménique, a cessé de l'être dans le cours de ses séances. Comment distinguer quels sont les décrets qui ont ou qui n'ont pas force de loi? Avant de s'y soumettre, il faut savoir si un concile a été légitimement et universellement convoqué, s'il y a eu liberté de suffrages , s'ils ont été unanimes , s'ils n'ont pas été dictés par quelque passion , par ignorance ou par prévention , etc. Qui nous rendra, sur tous ces faits , un témoignage auquel on soit obligé de se fier?
Réponse. Si les protestants avoicut fait toutes ces objections contre leurs synodes avant de vouloir en adopter les décisions, nous voudrions savoir ce que leurs docteurs auroient répondu; mais
qui ont été condamnés, ne méritent aucune considération; l'Eglise catholique n'y a jamais eu aucun égard : où a-t-on vu des plaideurs opiniâtres convenir de la justice d'un arrêt prononcé contre eux ?
4° Basnage prétend que les conciles même ne se sont pas crus infaillibles ; les évêques assemblés à Nicée n'eurent point une si haute opinion de leurs décrets ; lorsque les ariens refusèrent de s'y soumettre, on ne leur opposa point l'autorité du Saint- Esprit qui y avoit présidé. Au contraire, on crut que la décision de Nicée avoit besoin d'être confirmée ; elic le fut en effet au concile de Sardique, l'an 547; mais les évêques, assemblés de nouveau à Bimini et à Séleucie , en 559 , la révoquèrent et la changèrent ; conséquemment il a fallu la renouveler dans le deuxième concile général tenu à Constanlinople en 581.
Il n'en est pas un seul dont les décrets n'aient été sujets à révision.- Saint Augustin en jugeoit ainsi , puisqu'il dit que les premiers peuvent être corrigés par les conciles postérieurs. C'est seulement dans les derniers siècles que l'or, s'est avisé de les regarder comme infaillibles.
Réponse, Les conciles généraux se
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sont tellement crus infaillibles et revêtus de l'autorité de Jésus - Christ même , qu'ils ont déclaré hérétiques, excommuniés et indignes du nom de chrétiens , tous ceux qui se sont révoltés contre leurs décrets. Lorsque des conciles particuliers ont fait la même chose, ils ont présumé crue leurs décisions seroient adoptées par toute l'Eglise , et acquerroient ainsi la même autorité que celles des conciles généraux. Le concile d"Ephèse, art. 3 et 6, celui de Chalcédoine, art. 5 , déclarent que leur jugement est sans appel et irréformable ; que pouvoient-ils dire de plus fort ? Lorsque l'Eglise a souffert qu'un jugement semblable fût examiné de nouveau , elle a voulu démontrer qu'elle poussoit la condescendance et la charité jusqu'à l'excès envers ses enfants rebelles; qu'elle ne refusoit pas d'écouter leurs raisons ; qu'elle ne vouloit leur laisser aucun sujet ni aucun prétexte de se plaindre , et il ne s'ensuit rien. Mais tel est le génie malicieux des hérétiques ; quand on exige qu'ils se soumettent sans discussion à l'arrêt une fois prononcé, ils se plaignent de ce que l'on ne daigne pas seulement les entendre ; lorsque l'on consent à entrer avec eux dans un nouvel examen, ils en concluent que l'on a bien senti l'insuffisance du premier. Si , avant de les y admettre , on exigeoit d'eux une promesse solennelle d'acquiescer à la seconde décision , ou ils refuseroient de la faire, ou ils la violeroient.
Que firent les ariens après le concile de Nicée? Ils n'osèrent pas soutenir que la doctrine de cette assemblée étoit fausse ou contraire à celle des apôtres , ni en enseigner une tout opposée dans leurs professions de foi ; ils se bornèrent à prétendre que le terme de consubstantiel , inséré dans le symbole de Nicée , étoit susceptible d'un mauvais sens, et pouvoit donner lieu à des conséquences erronées; ils dressèrent des formules dans lesquelles , en supprimant ce terme , ils prétendoient établir, dans le fond , la même doctrine ; et pour les faire adopter, ils demandoient sans cesse de nouveaux conciles. Lorsqu'ils furent parvenus à se rendre les maîtres dans
quelques-uns , comme à Rimini et à Séleucie , à intimider et à subjuguer les évêques catholiques , ils levèrent le masque et professèrent le pur arianisme. Voyez Ariamsme.
Il suffit de lire en entier le passage de saint Augustin , pour voir ce qu'il a voulu dire. Il dit que les conciles pléniers ou généraux sont souvent corrigés par des conciles postérieurs, lorsqu'on découvre , par quelque expérience , ce qui étoit caché auparavant, et que l'on aperçoit ce qui étoit inconnu , liv. 2, de Bapt. contra Donat., c. 5. Est - ce en matière de foi que l'on peut découvrir, par expérience , ce qui étoit inconnu auparavant ? L'Eglise n'a jamais eu besoin de concile pour savoir ce que les apôtres lui avoient enseigné. C'est donc en matière de faits personnels ou autres, que cela peut arriver : or on convient que , sur de tels faits , les décisions d'un concile ne sont point infaillibles. D'ailleurs saint Augustin écrivoit pour lors contre les donatistes , et toute la contestation qui régnoit entre eux et l'Eglise n'avoit qu'un fait pour objet. Voy. Donatistes.
Les protestants ont encore mieux fait que les ariens ; dans le temps même qu'ils soutenoient de toutes leurs forces qu'aucune décision humaine n'est infaillible, ils exigeoient, pour les décrets de leurs synodes, la même soumission que si ç'avoit été les oracles de Dieu même.
5° Ils disent que plusieurs conciles généraux ont été opposés les uns aux autres. La doctrine de Nestorius , condamnée àEphèse, fut remise en honneur à Chalcédoine ; ainsi en jugea le deuxième concile tenu à Ephèse , en ' i9 , et il n'y a aucune raison de juger celui-ci moins œcuménique ou moins légitime que le premier. Le cinquième concile , assemblé à Constantinople , condamna les trois chapitres que celui de Chalcédoine avoit approuvés. En 879, un autre concile de Constantinople cassa les actes de celui qui avoit condamné Photius dix ans auparavant. Le concile de Trente a déclaré canoniques des livres que les anciens conciles avoient rejetés comme apocryphes.
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Réponse. Ce sont là autant de faussetés. Il est absurde de nous donner pour concile œcuménique l'assemblée que Dioscore , à la tète des eutychiens , tint en 449 , et qui a été nommée à juste titre le brigandage d'Ephèse. Il ne l'est pas moins d'alléguer en preuve les calomnies que ces hérétiques publièrent contre les décisions du concile de Chalcédoine, pour étayer leurs erreurs. Il est faux que ce concile ait favorisé en aucune manière la doctrine de Nestorius, et qu'il ait approuvé les trois chapitres ; il l'est que celui de Constantinople ait cassé les actes du précédent. Tous ces faits seront éclaircis chacun en son lieu. Voyez Epiièse, Chalcédoine,
EUTYCHIANISME , NeSTORIANISME, GllECS,
etc. Le concile de Trente a déclaré canoniques des livres que les anciens conciles n'avoient pas placés dans le canon, mais qu'ils n'avoient rejetés ni comme faux , ni comme apocryphes. Voyez Canon.
6° Il n'est , disent encore les protestants et leurs copistes , aucun des conciles , soit anciens, soit modernes, qui ait produit les effets que l'on en altendoit. Ces assemblées , loin de terminer les disputes , les ont rendues plus violentes ; elles ont aigri le mal au lieu d'y remédier. Le concile de Nicée n'aboutit qu'à susciter de nouveaux partisans à Farianisme, et à remplir l'Eglise de
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clamé contrela décision. Cela démontre que tous ont été de mauvaise foi; qu'ils ont été bien résolus de n'acquiescer :\ aucun jugement , à moins qu'ils ne l'eussent eux-mêmes dicté. Mais le synode de Dordrecht, assemblé par les calvinistes avec tant d'appareil , a- t- il converti les arminiens? Leur secte subsiste et a fait de nouveaux partisans en dépit de la condamnation ; celle des gomaristes n'a prévalu que par l'appui du bras séculier. Avant de censurer avec tant d'amertume les conciles de l'Eglise catholique , les protestants auroient dû. ouvrir les yeux sur ce qui s'est passé parmi eux.
Quelle conséquence peuvent en tirer les incrédules d'aujourd'hui? que les hérétiques sont inconvertibles ; que l'Eglise fait en vain ses efforts pour les ramener à résipiscence ; qu'ils la forcent enfin à les rejeter entièrement de son sein , comme des membres pourris et capables d'infecter les autres. L'anathème qu'elle prononce contre eux n'est donc pas inutile ; puisqu'il sert à distinguer ses enfants d'avec les rebelles , et sa doctrine d'avec les erreurs. Les schismes , les divisions , les haines, qui ne manquent jamais d'éclore dans les sectes même dont elle s'est séparée , ne prouvent que trop qu'elle a eu raison de s'en débarrasser.
7° Il est impossible, continuent les troubles pendant plus d'un siècle. Celui j déclamateurs , que le Saint-Esprit ait de Constantinople n'étouffa pas les er- ! présidé aux conciles ; c'étoient des asreurs de Macédonius ; celui d'Ephèse fit naître le schisme des nestoriens , et celui de Chalcédoine , le schisme des eutychiens. Le septième , touchant le culte
semblées tumultueuses où la passion animoit également les deux partis , où les évêques , la plupart très-vicieux, ne pensoient qu'à faire prévaloir leurs opides images , fut rejeté en France et en j nions , et à satisfaire leurs haines parti-
Allemagne pendant plus d'un siècle, et le huitième a été l'origine du schisme des Grecs. Enfin, celui de Trente n'a pu ramener à l'Eglise aucune des sectes qui s'en étoient séparées.
Réponse. A qui doit- on s'en prendre?
Il est singulier que les hérétiques se prévalent de leur opiniâtreté pour prouver l'inutilité des conciles. Tous ont commencé par en demander un dans lequel leur doctrine fût examinée ; lorsqu'ils ont été condamnés , ils ont dé-
culières. Rien n'est plus scandaleux que les scènes qui se sont passées à Ephèse, à Constantinople, à Nicée et ailleurs, pendant la tenue des conciles. Saint Grégoire de Nazianze en étoit si révolté, qu'il avoit résolu de ne plus assister à aucun : il n'en parle qu'avec le plus grand mépris ; saint Ambroise en pensoit de même. Les disputes ne furent ni plus décentes ni plus modérées au concile de Trente que dans tous les autres.
Réponse. Nous convenons que , dans
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plusieurs des anciens conciles, les hérétiques ont excité du tumulte ; que souvent, à l'exemple des ariens , de Nestorius et de Dioscore , ils se sont fait appuyer par des soldats , et ont employé la violence pour faire prévaloir leurs erreurs. Mais il ne faut pas rejeter sur les évêques catholiques les excès des sectaires. Lorsque saint Grégoire de Nazianze a fait un tableau désavantageux des conciles, il parloit de ceux dans lesquels les ariens avoientété les maîtres, et s'étoient prévalus de l'appui des empereurs qui les favorisoient ; il écrivoit Tan 577 , et alors il y avoit eu au moins douze assemblées dans lesquelles ces hérétiques avoient fait éclater leur génie violent et séditieux ; lui-même avoit été en butte à leurs cabales , lorsqu'il gouvernoit l'Eglise de Constantinople. Saint Ambroise parloit de ces mêmes tumultes et dans le même temps ; mais il n'y a pas eu des ariens dans tous les conciles; plusieurs ont été tenus sous les yeux , dans le palais des empereurs; et ces princes , lorsqu'ils étoient catholiques , n'ont excité ni souffert aucune dispute Jndécente.
Il peut y en avoir eu parmi les théologiens de différentes écoles, qui furent envoyés au concile de Trente ; mais ces disputes n'ont rien eu de commun avec les sessions du concile , tenues par les évêques , dans lesquelles se rédigeoient les décisions. Il y avoit à Trente des ambassadeurs de tous les souverains catholiques ; les disputes des théologiens n'avoient lieu que dans des assemblées particulières; aucun désordre, aucun tumulte n'est arrivé dans les sessions .publiques. Voxj. Trente.
8° Mosheim prétend que les controversistes et les conciles suivirent la méthode des jurisconsultes et des tribunaux romains, qui examinoient plutôt ce qui avoit été pensé par les anciens , que ce qui étoit conforme à la raison et -au bon sens. C'est , dit-il , ce qui donna lieu à des imposteurs de publier de faux ouvrages, sous les noms des auteurs les plus respectables, même de Jésus-Christ et des apôtres. Hist. eccl., cinquième siècle , 2e part., c. 3 , g 8 et 9.
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Réponse. Ici , comme dans beaucoup d'autres endroits , ce critique a été aveuglé par la haine. Il a dû savoir que, dans le christianisme, pour savoir ce qui est vrai ou faux, il ne s'agit pas de consulter la raison très-fautive et le prétendu bon sens des philosophes, mais la révélation , et de savoir ce qui a été ou n'a pas été révélé. Or c'est un fait qui ne peut être constaté que par des témoignages ou par le rapport des anciens. Il n'y a donc aucune comparaison à faire entre les théologiens et les jurisconsultes.
Que répondroit Mosheim à un incrédule qui lui diroit que c'est l'habitude de consulter des livres prétendus inspirés , plutôt que la raison et le bon sens, qui a donné lieu aux faussaires de forger des livres sous le nom de Jésus-Christ et des apôtres? Voilà comme les protestants s'enlacent toujours dans leurs propres filets.
9° Quelques incrédules ont prétendu qu'il y a un moyen par lequel la cour de Rome peut corrompre les actes des conciles; ils ont cité un protestant qui dit qu'à la bibliothèque du Vatican il y a des écrivains entretenus pour transcrire les actes et les ouvrages des Pères, en imitant le caractère des anciens livres , afin de pouvoir donner ces copies modernes pour des titres originaux. Ces impostures des protestants étoient fort bonnes pour séduire les peuples dans les deux siècles passés ; mais il y a bien de l'ineptie à les répéter aujourd'hui.
La cour de Rome nltérera-t-elle les éditions des conciles et des Pères , imprimées et répandues dans une grande partie de l'univers ? Les actes originaux du concile de Baie n'ont pas été transportés à Rome ; ils sont dans la bibliothèque de Bâle, et il y en a une copie authentique dans la bibliothèque du roi.
Les actes des conciles ont été recueillis par Labigne , et imprimés au Louvre l'an 1644, en 37 vol. in-folio : ensuite par les pères Labbe et Cossart , jésuites , et imprimés à Paris en 1672 , en 17 volumes ; enfin par le père Hardouin , et imprimés au Louvre en 1715, en 12 vol. La collection de Labbe a été réimprimée
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à Venise en 1732 , en 21 vol., et à Lucques en 1748, en 26 vol. Les actes des conciles tenus en France ont été donnés par le père Sirmond et par son neveu , en 4 vol.; ceux des conciles d'Espagne par d'Aguirre , en 4 vol.; ceux des conciles d'Angleterre et d'Irlande, par Wilkins , et imprimés à Londres en 1757 , en 4 vol. in-folio. Discours du père Richard, à la tète de Y Analyse des conciles généraux et particuliers.
CONCILIABULE, assemblée tenue par des hérétiques ou par des schismatiques, contre les règles de la discipline de l'Eglise ; les ariens , les novatiens, les donatistes , les nestoriens , les eutychiens et les autres sectaires en ont formé plusieurs , dans lesquels ils ont établi leurs erreurs et fait éclater leur haine contre l'Eglise catholique. Le plus célèbre de ces faux conciles est celui que l'on a nommé le brigandage d'Ephèse , tenu dans cette ville parDioscore, patriarche d'Alexandrie , à la tête des partisans d'Eutychès; il condamna le concile de Chalcédoine , quoique très-légitime ; il prononça l'anathème contre le pape saint Léon ; il fit maltraiter ses légats et tous les évéques qui ne voulurent pas se ranger de son parti. V. Eutychiamsme.
CONCILIATEURS (théologiens). Voy.
Syncrétistes.
CONCOMITANT , se dit du secours de la grâce que Dieu nous accorde dans le cours d'une action , pour nous aider à la continuer et à la finir. Il a été décidé , contre les pélagiens , que pour toute bonne œuvre surnaturelle et méritoire , nous avons besoin non-seulement d'une grâce concomitante , mais d'une grâce prévenante , qui excite notre volonté , nous inspire de salutaires pensées et de bons désirs. Cette grâce n'est donc pas la récompense des saints désirs que nous avons formés de nous-mêmes et par nos propres forces, elle en est au contraire le principe et la cause; conséquemment elle est purement gratuite ; elle vient uniquement de la bonté de Dieu et des mérites de Jésus -Christ. Saint Prosper dit très-bien , après saint Augustin, que désirer la grâce est déjà un commencement de grâce.