‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 16 sur 114 · CO · texte numérisé non relu

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Cela n'empêche pas que Dieu ne récompense souvent notre fidélité à une première grâce , par une seconde plus abondante ; alors celle-ci n'est pas moins gratuite que la première, puisqu'elle n'a été méritée et obtenue que par le secours de la première. C'est encore le sentiment de saint Augustin , liv. 4 , contra duas Epist. Pelag., c. 6, n° 13. a. Lorsque les pélagiens, dit-il , sou tien- » nent que Dieu aide le bon propos de » chacun , l'on recevroit volontiers cette » proposition comme catholique, s'ils » avouoient que ce bon propos , qui est » aidé par une seconde grâce, n'a pu être » dans l'homme sans une première grâce » qui l'a précédé. »

11 y a des catéchismes dans lesquels il est dit que le corps et le sang de Jésus- Christ se trouvent sous chacune des espèces consacrées , par concomitance ou par accompagnement ; on a voulu dire par là que le corps de Jésus-Christ, dans l'eucharistie, étant un corps animé, il ne peut pas plus y être sans avoir son sang que sans avoir son âme ; qu'ainsi le sang de ce divin Sauveur ne peut pas y être non plus séparé du corps. D'où il s'ensuit que le corps , le sang et l'âme de Jésus-Christ sont ('gaiement sous l'espèce du vin et sous l'espèce du pain. Voyez Eucharistie.

CONCORDANCE, est un dictionnaire de la bible où l'on a mis , par ordre alphabétique , tous les mots de l'Ecriture sainte, afin de pouvoir les comparer ensemble, et voir s'ils ont le même sens partout où ils sont employés. Les concordances ont encore un autre usage r qui est d'indiquer précisément les passages dont on a besoin , lorsqu'on veut les citer exactement.

Ces dictionnaires ou tables de mots, servent à éclaircir beaucoup de difficultés, à faire disparoitre les prétendues contradictions que les incrédules croient trouver dans les livres saints, à citer exactement le livre, le chapitre , le verset dans lequel se trouve tel passage , etc. Aussi a-t-on fait des concordances en latin , en grec et en hébreu.

La concordance latine, faite sur la vulgate , est la plus ancienne ; l'on s'ac-

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corde assez à l'attribuer à Hugues de Saint-Cher, qui, de simple dominicain, devint cardinal, et qu'on appelle communément le cardinal Hugues ; il mourut en 1162. Ce religieux avoit beaucoup étudié l'Ecriture sainte, il avoit même fait un commentaire sur toute la bible ; cet ouvrage l'avoit engagé à en faire une concordance sur la vrlgate ; il comprit qu'une table complète des mots et des phrases de l'Ecriture sainte seroit d'une très-grande utilité , soit pour aider à la faire mieux entendre, en comparant les phrases parallèles , soit pour citer exactement les passages. Ayant formé son plan, il employa un nombre de religieux de son ordre à ramasser les mots et à les ranger par ordre alphabétique ; avec le secours de tant de personnes , son ouvrage fut bientôt achevé. Il a été perfectionné depuis par plusieurs mains , surtout par Arlot Thuscus et par Conrad Halberstade. Le premier étoit un franciscain , le second un dominicain , qui vivoient tous deux vers la fin du même siècle.

Comme le principal but de la concordance étoit de faire trouver aisément le mot ou le passage dont on a besoin , le cardinal Hugues vit qu'il falloit d'abord partager chaque livre de l'Ecriture en sections , et ensuite ces sections en subdivisions plus courtes, afin de faire dans sa concordance des renvois qui indiquassent précisément l'endroit , sans qu'il fût besoin de parcourir une page entière. Les sections qu'il fit sont nos chapitres ; on les a trouvés si commodes, qu'on les a conservés depuis. Dès que sa concordance parut , on en vit si bien l'utilité, que tout le monde voulut en avoir ; et pour en faire usage , il fallut mettre ses divisions à la bible dont on faisoit usage , autrement ses renvois n'auroient servi à rien ; mais les subdivisions de Hugues n'étoient pas des versets. 11 partageoit chaque section ou chaque chapitre en huit parties égales, quand il étoit long, et en moins de parties, quand il étoit court ; chacune étoit marquée à la marge parles premières lettres capitales de l'alphabet , A , B , C , D , E , F , G , à distance égale l'une de l'autre.

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Les versets , tels que nous les avons aujourd'hui , sont de l'invention d'un Juif.

Vers l'an 1450, un fameux rabbin, nommé rabbi Mardochée Nathan, qui avoit souvent disputé avec les chrétiens sur la religion , s'aperçut du grand service qu'ils tiroient de la concordance latine du cardinal Hugues , et avec quelle facilité elle leur faisoit trouver les passages dont ils avoient besoin; il goûta cette invention , et se mit aussitôt à faire une concordance hébraïque pour l'usage des juifs. Il commença cet ouvrage l'an 4438 , et l'acheva l'an 1445. Il s'en est fait plusieurs éditions : celle qu'en a donnée Buxtorf le fils , à Baie , en 1632, est la meilleure.

Rabbi Nathan, en composant ce livre , trouva qu'il étoit nécessaire de suivre la division des chapitres que le cardinal Hugues avoit introduite; mais il imagina des subdivisions plus commodes , savoir celle des versets , et il eut soin de les coter par des nombres mis à la marge. Pour ne pas trop charger les marges, il se contenta de marquer les versets de cinq en cinq ; et c'est ainsi que cela s'est pratiqué depuis dans les bibles hébraïques , jusqu'à l'édition d'Athias , juif d'Amsterdam , qui , dans les deux belles et correctes éditions qu'il a données de la bible hébraïque , en 1661 et 1667 , a coté chaque verset. Vatable ayant fait imprimer une bible latine , avec les chapitres ainsi divisés en versets, distingués par des nombres , son exemple a été suivi dans toutes les éditions postérieures ; tous ceux qui ont fait des concordances, et en général tous les auteurs qui citent l'Ecriture , l'ont citée depuis ce temps-là par chapitres et par versets. Mais la division des pages d'un livre, par les lettres majuscules de l'alphabet, imaginée par le cardinal Hugues, a été mise en usage pour la plupart des autres livres , soit des écrivains ecclésiastiques , soit des auteurs profanes ; et c'est par ce moyen que l'on est parvenu à en faire des tables très-commodes, qui sont aussi des espèces de concordances»

La concordance hébraïque du rabbin Nathan a été beaucoup perfectionnée par Marius de Calasio , religieux fran-

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ciscain , dont l'ouvrage fut imprimé à Rome en 1621 , et ensuite à Londres, l'an 1747, en 4 vol. in-folio. C'est un livre très-utile à ceux qui veulent bien entendre l'ancien Testament dans l'original ; outre que c'est la concordance la plus exacte , c'est aussi le meilleur dictionnaire que l'on ait pour cette langue. On peut voir, dans la préface de cet ouvrage , en quoi consistent les additions et les corrections que Calasio a faites au travail du rabbin Nathan.

Aiî mot Bible , à la fin , nous avons remarqué que la division du texte grec du nouveau Testament en chapitres et en versets, est beaucoup plus ancienne, puisqu'elle date du cinquième siècle ; mais elle n'avoit pas été suivie dans la plupart des manuscrits. Les premières éditions grecques du nouveau Testament, données par Robert Estienne, n'étoient pas distinguées par versets ; mais comme il voulut donner une concordance grecque de ce texte, qui fut en effet imprimée par Henri son fils , il fut obligé de le coter par versets. Erasme Schmid, professeur de langue grecque à Wurtemberg , donna , en 1658, une concordance grecque du nouveau Testament, plus exacte que celle d'Henri Estienne. Prideaux, Hist . des Juifs, tom. 1 , iiv. 5 , pag. 208.

La première concordance grecque de la version des Septante fut faite par Conrad Kircher, théologien luthérien d'Ausbourg , imprimée à Francfort en 1667 , en 2 vol. m-4° ; mais elle a été effacée par celle qu'a donnée Abraham Trommius, professeur à Groningue, en 2 vol. in-folio , et qui a été imprimée à Amsterdam en 1718.

CONCORDE ou HARMONIE DES EVANGILES, ouvrage destiné à montrer la conformité de la doctrine enseignée , des faits et des circonstances rapportés par les quatre évangélistes. On voit que ce n'est pas la même chose qu'une concordance ; celle-ci est une table alphabétique de tous les passages de l'Ecriture sainte , dans lesquels tel mot se trouve : une concorde est la comparaison des dogmes, des préceptes, des faits écrits par différents auteurs, pour

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en faire une histoire suivie , selon l'ordre des événements.

Comme la narration des actions et des leçons de Jésus-Christ a été écrite par quatre auteurs différents , il a fallu les rapprocher et les comparer, afin de montrer que l'un ne contredit pas l'autre ; que ces quatre histoires forment une chaîne qui se soutient très-bien , et réfuter ainsi les incrédules , qui prétendent y trouver des contradictions. De même , l'histoire des rois du peuple juif est contenue non-seulement dans les quatre livres des Rois , mais encore dans les deux livres des Paralipomènes , et il y a des variétés dans ces deux narrations

, qui n'ont pas été écrites par le même auteur ; il a donc fallu les confronter et les concilier.

La première concorde ou harmonie des Evangiles est attribuée à Tatien, disciple de saint Justin , qui vivoit au second siècle ; il l'intitula Diatessaron , c'est-à-dire , par les quatre , et c'est ce que l'on a nommé dans la suite V Evangile de Tatien et des encratites. Cet auteur n'a point été accusé d'avoir altéré le texte des Evangiles ; mais son ouvrage n'a pas laissé d'être mis au nombre des évangiles apocryphes, parce que Tatien pouvoit s'être trompé dans la comparaison des faits et des dogmes. Saint Théophile d'Antioche, qui vivoit à peu près dans le même temps, avoit fait aussi une concorde des Evangiles , au rapport de saint Jérôme, qui , cependant, fait plus de cas de celle d'Ammonius d'Alexandrie. On en attribue encore une à Eusèbe de Césarée ; mais il ne nous reste rien de ces anciens ouvrages : nous avons seulement les trois livres de saint Augustin, de consensu Evangelistarum.

Dans le siècle passé et dans le nôtre , plusieurs écrivains ont fait des concordes ou harmonies : Toinard , Whiston , le docteur Arnaud , etc. Celle qui nous a paru la plus commode pour l'usage , est celle de M. Le Houx, curé d'Andeville, au diocèse de Chartres, imprimée in-8° à Paris, en 1699. On trouvera dans la Bible d'Avignon , tom. 5 , pag. 22 et 1 49 , la concorde de l'histoire des rois , tom. 13, p. 27 et 561 , celle des Evangiles.

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Les protestants ont aussi nommé concorde, ou formulaire d'union, deux écrits différents , célèbres parmi eux. Le premier fut l'ouvrage d'un théologien luthérien, intitulé , Formula consensus, composé l'an 1576, par ordre d'Auguste, électeur de Saxe ; ce prince et les ducs de Wirtemberg et de Brunswick vouloient la faire adopter par les théologiens de leurs états, dont plusieurs penchoient vers les opinions de Calvin touchant l'eucharistie. Mais cette tentative, quoique appuyée par la force du bras séculier , loin de calmer les disputes, les anima davantage ; la prétendue concorde fut attaquée , non-seulement par j les calvinistes , mais par plusieurs docteurs luthériens ; il y eut des écrits violents de part et d'autre. Le second , qui parut chez les calvinistes en 1675 , sous le même titre, fut composé par M. Henri Heidegger, professeur de théologie à Zurich, dans le dessein de conserver, parmi les théologiens de la Suisse, la doctrine du synode de Dordrecht, et d'en bannir les -opinions d'Amiraut et de quelques autres ministres françois. Ce formulaire d'union ne produisit pas de meilleurs effets que celui qui avoit révolté les luthériens ; il fut supprimé , en 1 686, dans le canton de Bâle et dans la république de Genève , sur les instances de Frédéric-Guillaume, électeur de Brandebourg. En 171 8, les magistrats de Berne voulurent le faire signer par tous les ministres , surtout par ceux de Lausanne ; ils n'y réussirent point : le roi d'Angleterre et les états de Hollande employèrent leur médiation pour le faire supprimer.

Enfin , l'on appelle concorde le livre que Molina , jésuite , avoit intitulé Concordia liberi arbitrii, cum auxiliis divinœ gratiœ, ouvrage qui a excité de vives contestations parmi les théologiens.

fbl/ejsMOLINISME.

CONCOURS de Dieu aux actions des créatures. C'est une vérité de foi que la grâce, qui est l'action immédiate de Dieu lui-même, nous est nécessaire pour toute action surnaturelle et utile au salut, que cette grâce est non-seulement concomitante ou coopérante, mais prévs-

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nante. Ce dogme a donné lieu de demander si nous avons besoin d'un pareil concours immédiat de Dieu pour les actions naturelles. Comme cette question est purement philosophique , nous ne devons pas y toucher. Nous remarquerons seulement que nous ne connoissons aucun passage formel de l'Ecriture , ni aucune raison théologique qui puisse nous engager à prendre parti dans cette dispute. Il n'y a aucune comparaison à faire entre les actions naturelles et les actes surnaturels.

CONCUBINAGE , commerce habituel entre un homme et une femme , qui demeurent libres de se quitter quand il leur plaît. II est évident que ce désordre est criminel en lui-même , et contraire au bien de la société , par conséquent , défendu , non-seulement par la loi positive du christianisme , mais par la loi naturelle. Ceux qui en sont coupables ne souhaitent point d'avoir des enfants , ils le craignent plutôt ; ce seroit une charge pour eux quand ils viendroient à se séparer. On ne préfère cet état à un mariage légitime , que pour se dispenser de remplir les devoirs de père et de mère; et lorsqu'il en provient des enfants , ils sont ordinairement abandonnés.

Dans les écrits des censeurs de l'histoire sainte , il est souvent parlé du concubinage des patriarches ; ce terme est déplacé, il ne faut pas confondre le désordre qu'il exprime avec la polygamie.

Nous n'en voyons point d'exemple chez les patriarches , mais seulement la polygamie : à cet article , nous prouverons qu'alors elle n'étoit pas contraire au droit naturel.

Les deux femmes de Lamech sont nommées ses épouses. Gen., c. 4, f. 1& et 25. II est dit que les enfants de Dieu prirent des épouses parmi les filles des hommes, qu'ils avoient choisies; ce dernier terme ne signifie point qu'ils les avoient prises d'abord pour concubines, comme on affecte de le supposer. Sara, stérile , donne à son époux Agar , sa servante ou son esclave, afin qu'il en ait des enfants , résolue elle-même de les adopter : c'étoit une espèce de mariage. En effet , Ismaël fut regardé comme en-

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faut légitime. Il n'est éloigné de la maison paternelle , avec sa mère , que par un ordre exprès de Dieu , et pour des raisons particulières ; il se réunit à Isaac, pour donner la sépulture à leur père commun. Gen., c. 25 , f. 9. Les enfants que Jacob eut de ses servantes , furent réputés aussi légitimes que ceux de ses épouses , etc.

Dans l'état de société purement domestique , où les servantes étoient esclaves, mais pouvoient hériter, où la polygamie étoit à peu près inévitable et permise , il ne faut pas donner aux ter- j mes le même sens que l'on y attache ] dans l'état de société civile , où le droit j naturel n'est plus le même. Voyez Droit

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