NATUREL
CONCUPISCENCE, dans le langage théologique, signifie la convoitise ou le ] désir immodéré des choses sensuelles effet du péché originel.
Le père Malebranche attribue l'origine <de la concupiscence aux impressions faites par les objets sensibles sur le cerveau de nos premiers parents au moment de leur chute, impressions qui se sont transmises, et continuent de se communiquer à leurs descendants. De même, dit-il, que les animaux produisent leurs semblables et avec les mêmes traces dans le cerveau , les mêmes sympathies ou antipathies , ce qui produit la même conduite dans les mêmes circonstances :
ainsi nos premiers parents, qui reçurent par leur chute une impression profonde des objets sensibles , la communiquèrent à leurs enfants. 11 ne seroit pas difficile de montrer le peu de justesse de cette comparaison; l'on doit se borner à croire le péché originel et ses effets , sans vouloir les expliquer.
Les scoiastiques nomment appétit concupiscible , le désir naturel déposséder un bien, et irascible, le désir d'écarter et de fuir le mal.
Saint Augustin , L. 4, contra Julian., c. 14, n° 65, dislingue quatre choses dans la concupiscence , la nécessité, l'utilité , la vivacité et le désordre du sentiment ; il soutient avec raison que ce désordre est un vice , au lieu que les pélagiens en blàmoicnl seulement l'excès ;
mais indépendamment de l'excès , ce penchant est un mal , puisqu'il faut y résister et le réprimer. Il reste dans les baptisés et dans les justes comme une suite et une peine du péché originel, pour servir d'exercice à la vertu ; c'est ce qui nous rend la grâce nécessaire pour faire le bien.
Saint Paul donne souvent à la con* cupiscence le nom de péché, parce que c'est un effet du péché originel, et qu'elle nous porte au péché ; ainsi l'explique saint Augustin. L. 1, contra duas Epist. Pelag., c. 13, n° 27 : Op. im perf., 1. 2 , n° 71 , etc. Conséquemment, lorsque le saint docteur soutient que la concupiscence est un péché , l'on doit entendre un vice, un défaut, une tache, et non une faute imputable et punissable.
En effet, ce saint docteur a retenu constamment la définition qu'il avoit donnée du péché proprement dit , en réfutant les manichéens, a C'est, dit-il, » la volonté de faire ce que la ioi défend, » et ce dont il nous est libre de nous abs- » tenir. » Mais il observe que cela ne nous est pas aussi libre qu'il étoit à Adam. Rétract., 1. 1 , c. 9 , 15 et 25. Il ne s'ensuit pas de là que la tache originelle ne soit un péché proprement dit ; mais cette tache ne consiste pas dans la concupiscence seule. Voyez Originel. Si Beausobre y avoit fait plus d'attention, il n'auroit pas accusé saint Augustin d'avoir raisonné sur la concupiscence, comme les manichéens , et d'avoir soutenu qu'elle est vicieuse et criminelle en elle-même.
CONDIGNITÉ. Les théologiens scoiastiques appellent mérite de condignité, meritum de condigno, celui auquel Dieu, en vertu de sa promesse , doit une récompense à titre de justice; et mérite de congruité, meritum de congruo, celui auquel Dieu n'a rien promis , mais auquel il accorde toujours quelque chose par miséricorde.
Le premier exige des conditions de la part de Dieu , de la part de l'homme , et de la part de facte méritoire. De la part de Dieu , il faut une promesse formelle , parce que Dieu ne peut nous rien
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devoir par justice , sinon en vertu d'une promesse. De la part de l'homme, il faut, 1° qu'il soit en état de justice ou de grâce sanctifiante ; 2° qu'il soit encore vivant et sur la terre. L'acte méritoire doit être libre , moralement bon , surnaturel dans son principe , c'est-à-dire , fait par le mouvement de la grâce, et rapporté à Dieu.
De ces principes , les théologiens concluent qu'un juste peut mériter , de con~ digno , l'augmentation de la grâce et la vie éternelle ; mais que l'homme ne peut mériter de même la première grâce sanctifiante, ni le don de la persévérance finale : il peut cependant obtenir l'un et l'autre par miséricorde, et il doit l'espérer. Voyez Mérite.
CONDITIONNEL. Les théologiens, aussi bien que les philosophes , se sont trouvés dans la nécessité de distinguer les futurs conditionnels , d'avec les futurs absolus. David demande au Seigneur, /. lieg., c. 25, f. 11 : « Si je det> meure dans la ville de Ceïla , Saûl » viendra-t-il pour me prendre , et les » habitants me livreront-ils entre ses » mains ?» Le Seigneur répond : a Saûl » viendra, et les habitants vous livre- » ront. » David se retira , Saul ne vint point , et David ne fut point livré. Jésus- Christ dit aux Juifs dans l'Evangile , Malth., cil, ,v. 21 : « Si j'avois fait à » Tyr et à Sidon les miracles que j'ai v faits parmi vous, ces villes auroient » fait pénitence sous la cendre et le ci- * lice. » Ces miracles ne furent point faits à Tyr , et les Tyriens ne firent point pénitence. A l'égard de ces sortes de futurs conditionnels , qui n'arriveront jamais , les théologiens demandent si Dieu les connoit par la science de simple intelligence , comme il connoît les choses simplement possibles ; ou s'il les connoît par la science de vision , comme les futurs absolus.
Les uns tiennent pour la science de simple intelligence , les autres prétendent qu'il faut admettre , pour ces sortes de futurs, une science moyenne entre la science de simple intelligence et la science de vision. Celte dispute a fait
la matière de la grâce ; ce n'est point à nous de la terminer. Voyez Science de Dieu.
Conditionnels ( décrets ). Les calvinistes rigides ou gomaristes prétendent que tous les décrets de Dieu , relatifs au salut ou à la damnation des hommes, sont absolus; les arminiens soutiennent que ces décrets sont seulement conditionnels ; que quand Dieu veut réprouver tel homme , c'est qu'il prévoit que cet homme résistera aux moyens de salut qui lui seront accordés. Parmi les théologiens catholiques, plusieurs admettent un décret absolu de 'prédestination; mais ils n'admettent aucun décret absolu de réprobation.
Les pélagiens et les semi-pélagiens prétendoient que le décret ou la volonté de Dieu d'accorder la grâce aux hommes, est toujours sous condition que l'homme se disposera de lui-même , et par ses forces naturelles, à mériter la grâce.
Cette erreur a été justement condamnée; elle suppose que la grâce n'est pas gratuite , qu'elle peut être la récompense d'un mérite purement naturel : supposition contraire à la doctrine formelle de l'Ecriture sainte , qui nous enseigne que de nous-mêmes nous ne sommes pas seulement capables de former un bonne pensée , mais que toute notre suffisance ou notre capacité vient de Dieu. II. Cor., c. 3 , f. 5.
Mais il y a des décrets conditionnels d'une autre espèce et fort différents.
Quand on dit : Dieu veut sauver les hommes s'ils le veulent, cette proposition peut avoir un sens catholique et un sens hérétique. Dieu veut les sauver s'ils le veulent, c'est-à-dire, si, par leurs désirs et par leurs efforts naturels , ils préviennent la grâce et la méritent : voilà le sens pélagien et hérétique. Dieu veut les sauver s'ils le veulent, c'est-àdire , s'ils correspondent à la grâce qui les prévient , qui excite leurs désirs et leurs efforts , mais qui leur laisse la liberté de résister : voilà le sens catholique. Souvent on les a confondus malicieusement, pour avoir lieu d'accuser de pélagianisme des théologiens ortho-
beaucoup de bruit, parce qu'elle lient à | doxes. Voyez Volonté de Dieu.
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CONDORMANTS , nom de secte ; il y en a eu deux ainsi nommées. Les premiers infectèrent l'Allemagne au treizième siècle ; ils eurent pour chef un homme de Tolède. Ils s'assembloient dans un lieu près de Cologne; là ils adoroient , dit-on , une image de Lucifer , et y recevoient ses oracles ; mais ce fait n'est pas suffisamment prouvé. La légende ajoute qu'un ecclésiastique y ayant porté l'eucharistie, l'idole se brisa en mille pièces ; cela ressemble beaucoup à une fable populaire. Ils couchoient dans une même chambre, sans distinction de sexe, sous prétexte de charité.
Les autres , qui parurent au seizième siècle , étoient une branche des anabaptistes ; ils tomboient dans la même indécence que les précédents , et sous le même prétexte. Ce n'est pas la première fois que celte turpitude a paru dans le monde. Voyez Adàmites.
CONFESSEUR, chrétien qui a professé publiquement la foi de Jésus- Christ ; qui a souffert pour elle , et qui étoit disposé à mourir pour cette cause; il est distingué d'un martyr, en ce que celui-ci a souffert la mort pour rendre témoignage de sa foi. Dans Y Histoire ecclésiastique, ces deux noms sont souvent confondus; mais plus ordinairement l'on nomme confesseurs ceux qui, après avoir été tourmentés par les tyrans , ont survécu et sont morts en paix , et ceux qui , sans avoir souffert des tourments, ont vécu saintement et sont morts en odeur de sainteté.
On n'appeloit point confesseur, dit saint Cyprien , celui qui se présentoit lui-même au martyre sans être cité, on le nommoit professeur; mais ce zèle n'étoit pas approuvé par l'Eglise, « Nous » n'approuvons pas , disoient au second » siècle les fidèle de Smyrne , ceux qui * s'offrent d'eux-mêmes au martyre, » parce que l'Evangile ne l'enseigne » point ainsi. » Epist. Ecclesiœ Smyrncn., n° 4. En effet, Jésus-Christ dit à ses apôtres : « Lorsque vous serez pcr- » sécutés dans une ville , fuyez dans une v autre. » Matt., c. 40 , f. 23.
Saint Clément d'Alexandrie dit que
celui qui va de lui-même se présenter aux juges , imite la témérité de ceux qui provoquent un animal féroce, et se rend aussi coupable du crime de celui qui le condamne à la mort, Strom., 1. 4, c. 10, p. 597 et 598. Un concile de Tolède défendit d'accorder les honneurs du martyre à ceux qui s'y étoient allés présenter eux-mêmes. Il n'est donc pas vrai que les Pères aient soufflé aux chrétiens le fanatisme du martyre, comme les incrédules ont osé le leur reprocher.
Si quelqu'un , par la crainte de manquer de courage et de renoncer à la foi , abandonnoit son bien, son pays, etc., et s'exiloit lui-même volontairement , on l'appeloit extorris , exilé.
Confesseur est aussi un prêtre séculier ou régulier, qui a le pouvoir d'entendre la confession des pécheurs et de les absoudre dans le sacrement de pénitence. On l'appelle en latin confessarius , pour le distinguer de confessor, nom consacré aux saints.
On comprend assez combien la fonction de confesseur est délicate , périlleuse , redoutable , à l'égard de tous les fidèles sans exception ; combien elle exige de lumières et de vertus : on doit reconnoître la sagesse des précautions que prennent les évêques, pour n'y admettre personne qu'après un rigoureux examen.
CONFESSION AURICULAIRE et SACRAMENTELLE : c'est une déclaration qu'un pécheur fait de ses fautes à un prêtre , pour en recevoir l'absolution.
Les protestants ont fait les plus grands efforts pour prouver que cette pratique n'est fondée ni sur l'Ecriture sainte , ni sur la tradition des premiers siècles.
Daillé a fait un gros livre sur ce sujet; il a été réfuté par plusieurs de nos controversistes , en particulier par D. Denis de Sainte-Marthe , dans un Traité de la confession , contre les erreurs des calvinistes, imprimé à Paris enl685,î7i-d2.
Cet auteur a rapporté les passages de l'Ecriture sainte et ceux des Pères de tous les siècles , à commencer depuis les apôtres jusqu'à nous : il a fait voir qu'il n'y a aucun point de foi ou de discipline
sur lequel la tradition soit plus constante et mieux établie.
Dans l'Evangile , Matth., c. 1 8 , f. 1 8, Jésus-Christ a dit à ses apôtres : « Tout » ce que vous lierez ou délierez sur la » terre , sera lié ou délié dans le ciel. » Joan., c. 20 , f. 22. « Recevez le Saint- » Esprit ; les péchés seront remis à » ceux auxquels vous les remettrez , et » ils seront retenus à ceux auxquels » vous les retiendrez. » Les apôtres ne pouvoient faire un usage légitime et sage de ce pouvoir, à moins qu'ils ne connussent quels étoient les péchés qu'ils dévoient remettre ou retenir, et Se moyen le plus naturel de les connoître étoit la confession.
En effet , nous lisons dans les Jetés ies ap., c. 19 , f. 18, qu'une multitude de fidèles venoient trouver saint Paul , confessoient et accusoient leurs péchés.
«Si nous confessons nos péchés, dit 9 saint Jean , Dieu juste et fidèle dans » ses promesses nous les remettra. »
/. Joan., cl, f. 9. Lorsque saint Jacques dit aux fidèles, c. 5, f. 16 : Confessez vos péchés les uns aux autres, nous ne pensons pas qu'il les ait exhortés à s'accuser publiquement et à toutes sortes de personnes indifférentes. Nous verrons ci-après de quelle manière les prolestants entendent ces passages.
Au premier siècle, saint Barnabe dit , dans sa lettre, n° 19, vous confesserez vos péchés. Et saint Clément , Epist.% , n° 8 : a Convertissons - nous.... Car, » lorsque nous serons sortis de ce monde, * nous ne pourrons plus nous confesser 9 ni faire pénitence. »
Au second siècle, saint îrénée , adv.
îlœr., 1. 1 , c. 9, parlant des femmes qui avoient été séduites par l'hérétique Marc, dit qu'étant converties et revenues à l'Eglise, elles confessèrent qu'elles s'étoient laissé corrompre par cet imposteur. L. 5, c. 4-, il dit que Cerdon revenant souvent à l'Eglise et faisant sa confession, continua de vivre dans une alternative de confessions et de rechutes dans ses erreurs.
Tcrtullien , L. de Pœnit., c. 8 et suiv., parle de la confession comme d'une partie essentielle de la pénitence ; il
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blâme ceux qui, par honte, cachent leurs péchés aux hommes , comme s'ils pouvoient aussi les cacher à Dieu.
Origène , Homil. 2, in Levit., n° 4-, dit qu'un moyen pour le pécheur qui veut rentrer en grâce avec Dieu , est du déclarer son péché au prêtre du Seigneur , et d'en chercher le remède. Il répète la même chose , Hom. 2, in Ps, 37, f. 19. (fl*V,p.66l.)
Au troisième siècle l'Eglise condamna les monlanistes , et ensuite les novatiens, qui lui refusoientle pouvoir d'absoudre des grands crimes; comment pouvoit-on les distinguer d'avec les fautes légères , sinon par la confession ? Saint Cyprien, de Lapsis, p. 190 et 191 , fait mention de ceux qui confessoient aux prêtres la simple pensée qu'ils avoient eue de retomber dans l'idolâtrie ; il exhorte les fidèles à faire de même , pendant que la rémission accordée par les prêtres est agréée de Dieu. Lactance , Divin. Instit., 1. 4 , c. 17, dit que la confession des péchés, suivie de la satisfaction , est la circoncision du cœur que Dieu nous a commandée par les prophètes. Chap. 50 , il dit que la véritable Eglise est celle qui guérit les maladies de l'âme par la confession et la pénitence.
Nous nous abstenons de citer les Pères du quatrième siècle et des suivants ; on peut voir leurs passages , non-seulement dans D. de Sainte-Marthe , mais dans le père Drouin,de re Sacramentarid, tome 7. L'essentiel est de prouver la fausseté de ce qui a été soutenu par les protestants, savoir, qu'il n'y a aucun vestige de confession sacramentelle dans les trois premiers siècles de l'Eglise.
Ils prétendent que, dans les textes de l'Écriture et des Pères que nous alléguons, il n'est point question de confession auriculaire ni d'absolution mais d'un aveu que les fidèles se faisoient l'un à l'autre par humilité, pour obtenir le secours de leurs prières mutuelles; que, quand les anciens se servent du termes ityuMfkait confession ils entendent la confession publique, qui faisoit partie de la pénitence canonique.
lo Cela est faux : dès le second siècle,
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Origène parle d'une confession faite au prêtre , et non au commun des fidèles. Au troisième, saint Cyprien s'explique de même , des péchés secrets confiés aux prêtres , et de la rémission accordée par les prêtres : donc il l'entend de la confession sacramentelle et de l'absolution.
2° Supposons , pour un moment , qu'il est question d'une con fession publique; les Pères la jugent nécessaire ; pouvoitelle l'être, si Jésus-Christ et les apôtres ne l'avoient pas commandée ? les pasteurs de l'Eglise auroient-ils prescrit, de leur propre autorité, une pratique aussi humiliante , et les fidèles auroientils voulu s'y soumettre? Donc toute l'antiquité a cru qu'en vertu des paroles de Jésus-Christ et des apôtres il falloit, pour la pénitence , une confession faite aux prêtres, soit en public, soit en particulier. De quel droit les protestants n'en veulent-ils admettre aucune ? Que l'Eglise , après avoir reconnu les inconvénients de la confession publique, n'ait plus exigé qu'une confession secrète et auriculaire , c'a été un trait de sagesse ; la conduite des protestants , qui rejettent toute confession, et tordent à leur gré le sens de l'Ecriture sainte , est une folle témérité.
Les apôtres et leurs disciples ont dit : Confessez vos péchés ; quinze cents ans après, les réformateurs leur ont dit :
N'en faites jien; la confession est une invention que les papes ont mise en usage pour asseoir les fidèles au clergé: et Ton a écouté les réformateurs plutôt que les apôtres.
4» Bingham , qui a tant étudié l'antiquité , après avoir rapporté les trente arguments que Daillé a faits contre la confession auriculaire, est forcé de convenir que les anciens tels qu'Origène, saint Cyprien, saint Grégoire de Nysse, saint Basile , • saint Ambroise , saint Paulin, saint Léon, etc., parlent souvent d'une confession faite aux prêtres seuls ; mais il en imagine différentes raisons , et ne veut pas convenir que c'a été afin de recevoir des prêtres l'absolution sacramentelle. Origin. ecclés., 1. 18 , c. 5 , g 7 et suiv. Dans ce cas , nous deman-
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dons de quelle manière les prêtres ont donc exercé le pouvoir que Jésus-Christ leur a donné de remettre les péchés. Si les fidèles n'avoient pas eu confiance à ce pouvoir, pourquoi se seroient-ils confessés aux prêtres plutôt qu'aux laïques?
Dans le fond, les trente arguments de Daillé se réduisent à Bn seul, qui consiste à faire voir que, dans les premiers siècles , l'on n'a pas parlé de la confession aussi souvent et aussi expressément qu'on l'a fait dans les derniers.
Mais qu'importe , pourvu que l'on en ait dit assez pour nous convaincre que l'on reconnoissoit alors la nécessité d'une confession quelconque? Il en résulte toujours que les protestants ont tort de n'en admettre et de n'en pratiquer aucune.
Si Daillé avoit eu la bonne foi de citer les passages des Pères que nous venons d'alléguer , il auroit vu que c'est la réfutation complète de ses trente arguments.
Ce théologien en impose encore, quand il avance que tes Grecs , les jacobites , les nestoriens , les armi nions , ne croient point la confession nécessaire ; le contraire est prouvé d'une manière incontestable, par les livres et parla pratique de ces différentes sectes. Voyez Perpétuité de la Foi , tom. 4 , pag. 47 et 85 ; tom. 5, 1. 5 , c. 5. Assémani , Bill, orient., tom. 2, préf., § 5. Ces sectes , séparées de l'Eglise romaine depuis douze cents ans , n'ont certainement pas emprunté d'elle l'usage de la confession. Il faut donc que cet usage ait été celui de toute l'Eglise dans le temps de leur séparation , et non une nouvelle discipline introduite dans l'Eglise romaine au treizième siècle, comme le prétendent les protestants.
Bingham convient que les novatiens furent traités comme schismatiques , parce qu'ils contestoient à l'Eglise le pouvoir de remettre les péchés , Ibid., c. 4 , § 5 ; mais il ne nous apprend pas de quelle manière et par qui l'Eglise exerçoit ce pouvoir qu'elle s'est constamment attribué en vertu des paroles de Jésus-Christ; si elle donnoit ou refiisoit l'absolution des péchés qu'elle ne
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connoissoit pas, et qui n'étoient pas confessés. Or , nous soutenons que , dans tous les temps , un des préliminaires indispensables de l'absolution a toujours été la confession; que l'on s'est confessé aux évêques et aux prêtres , et non à d'autres.
Cela est prouvé par un fait du troisième siècle, dont les protestants ont voulu tirer avantage. Socrate , Hist.
ecclés., 1. 5, c. 19, rapporte qu'après la persécution de Dèce , par conséquent vers l'an 250 , les évêques établirent un prêtre pénitencier, pour entendre les confessions de ceux qui étoient tombés après leur baptême. Il dit que cet usage avoit subsisté jusqu'à son temps, excepté chez les novatiens, qui ne vouloient pas que l'on admît ces tombés à la communion; mais qu'à Constantinople , le patriarche Nectaire , placé sur ce siège Tan 381 , supprima la pénitence , parce que l'on sut , par la confession d'une femme , qu'elle avoit pé-
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été usitée par les autres évêques , si l'oit n'avoit cru que la confession étoit commandée par Jésus-Christ ou par les apô« très. Cette prétention est certainement fausse. En premier lieu, Socrate et Sozomène ne disent point que Nectaire abolit toute confession; et quand ils l'auroient dit, nous ne serions pas obligés de les croire , dès qu'il y a des preuves positives du contraire. Ils disent , à la vérité, que Nectaire laissa chaque fidèle dans la liberté de se présenter à la communion selon sa conscience ; cela signifie que l'on n'exigea plus, comme autrefois, de chaque fidèle , une confession quelconque , mais qu'on lui laissa la liberté de juger s'il en avoit besoin ou non. Ils disent que le changement de discipline causa du relâchement dans les mœurs, et l'on ne peut pas douter que la confession publique n'ait été un frein puissant pour les mœurs , lorsqu'elle étoit en usage. En second lieu , nous voyons, par les canons du concile de Cartilage
ché avec un diacre ; qu'ainsi Nectaire i et par le témoignage des Pères du cinlaissa chaque fidèle dans la liberté de se quième siècle, que l'on continua d'exiger présenter à la communion selon sa con- au moins la confession secrète ou auriscience , et qu'il fut imité par les autres j culaire, et qu'elle n'a jamais cessé d'être évêques homousiens. C'est le nom que ! pratiquée. Encore une fois, personne les ariens donnoient aux catholiques, j n'auroit voulu s'y soumettre , si l'on Sozomène, Hist. ecclés., liv. 7, c. 1G , i n'avoit pas été persuadé que Jésus-Christ raconte la même chose , avec de légères j l'avoit commandée, variétés dans les circonstances. Lorsque les nestoriens se sont sépa-
De là nous concluons, 1° qu'avant rés de l'Eglise catholique au cinquième l'an 250, ce n'étoient pas ordinairement j siècle, et les euty chiens au sixième, ils les prêtres , mais les évêques , qui en- ont emporté avec eux Pusa'ge de la contendoient les confessions des fidèles. \ fession auriculaire; il y subsiste encore, L'an 590, le concile de Carthage, can. 3 j quoiqu'il y ait été quelquefois intérêt 4 , n'accorda encore aux prêtres le \ rompu. Vainement nos adversaires ont pouvoir de réconcilier les pénitents que j voulu contester ce fait, il est prouvé par dans l'absence de l'évêque. 2° Que l'on j des témoignages et par des monuments jugeoit la confession nécessaire avant i irrécusables. De quel front peuvent-ils de recevoir la communion. 5° Que l'on \ soutenir que c'est une invention noun'exigeoit pas une confession publique , | velle de la politique des papes et de autrement l'établissement d'un péni- j l'ambition du clergé? tencier auroit été inutile. 4° Que Nectaire j Plus d'une fois les protestants se sont ne fit autre chose, en supprimant le pénitencier, que rétablir la discipline telle qu'elle étoit avant l'an 250.
repentis d'avoir aboli l'usage de la confession. Ceux de Nuremberg envoyèrent une ambassade à Charles-Quint, pour le Les protestants , au contraire , sou- j prier de la rétablir chez eux par un
tiennent que Nectaire abolit toute es- , pèce de confession , chose qu'il n'au-
édit. Solo , in 4e dis. 18, q. 1, art. 1. Ceux de Strasbourg auroient aussi voulu
voit pas osé faire et qui n'auroit pas j la remettre en usage. Lettres du père
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Si c'étoit un attrait pour des cœurs gâtés, les ecclésiastiques les plus vicieux seroient aussi les plus empressés à exercer la fonction de confesseur: en est-il ainsi? A moins qu'une personne n'ait perdu toute honte et toute crainte de Dieu , il est impossible que le récit de ses désordres ne serve à l'humilier et à lui causer du repentir; celles qui veulent y
Schefmacher, 4e lettre , § 3. Elle a été
conservée en Suède , parce que c'est un
des articles dont on étoit convenu dans
la Confession d'Augsbourg. Bossuet ,
Hist. 'des Variai., liv. 3, n° 46. Mos-
heim nous apprend qu'elle est encore
pratiquée dans la Prusse , et il blâme
un ministre de Berlin, qui , en 1697 ,
s'avisa de prêcher contre cet usage.
Hist. ecclés. du dix- septième siècle , j persévérer ne se confessent plus.
sect. 2, 2e part., c. 1 , § 55. Quelques j Pour rendre la doctrine catholique
incrédules d'Angleterre ont accusé le ! odieuse , ils affectent de supposer que
clergé anglican d'en souhaiter le réta- | nous attribuons à la confession toute
blissement , et d'y travailler. Etat pré- \ nue le pouvoir de remettre les péchés :
sent de l'Eglise romaine, Epîlre au \ c'est une fausse imputation. Suivant la
pape, pag. 50 et 51. Vaines tentatives: \ croyance catholique, la confession n'a
dès que l'on est parvenu à persuader j de vertu que comme partie du sacre-
aux protestants que la confession sacra- ■ ment de pénitence , et qu'autant qu'elle
mentelle n'est pas une institution de est jointe à la contrition ou au repentir
Jésus-Christ, jamais ils ne consentiront à d'avoir péché, à la résolution de n'y
en reprendre le joug ; et jamais les pre- ; plus retomber et de satisfaire à Dieu et
miers fidèles ne s'y seroient assujettis , j au prochain.
s'ils avoient été dans la même opinion. Par ces mêmes faits , il est prouvé que les protestants modérés rougissent aujourd'hui des invectives que leurs réformateurs ont vomies contre la confession auriculaire ; ce fut cependant un des principaux sujets de leur schisme , et un des attraits par lesquels ils séduisirent les peuples. Mais les incrédules ,
D'un côté , les protestants exagèrent la difficulté de la. confession, elle leur paroît une pratique capable de bourreler la conscience ; de l'autre , les incrédules tournent en ridicule la facilité avec laquelle les plus grands pécheurs sont absous , dès qu'ils se confessent : contradiction palpable.
Puisque la confession est humiliante
peu délicats sur le choix de leurs argu- j et difficile, un pécheur ne peut guère ments , n'ont pas dédaigné de répéter ; s'y résoudre , à moins qu'il ne soit déjà les plus faux et les plus aisés à réfuter. f repentant et résolu de se réconcilier Ils disent, avec Bayle, que la con- j avec Dieu; mais cette difficulté est bien fession est dangereuse pour le confes- \ adoucie par l'espérance d'être absous seur et pour la plupart des pénitents ; ! et purifié; donc c'est un abus d'envisager que c'est une tentation terrible pour le j la confession seule , comme séparée des premier d'entendre le récit de certains ; dispositions essentielles dont elle doit désordres , et qu'il y a , surtout pour j être accompagnée , et de l'absolution
les jeunes personnes , beaucoup de danger à entrer dans ce détail. Nous soutenons , au contraire , que , pour tout homme sensé, le meilleur préservatif contre les désordres, est de voir à quels j excès ils conduisent. Dans un siècle où la corruption des mœurs est à son comble, y a-t-il rien de plus mortifiant et de plus douloureux pour un homme qui croit en Dieu, que de voir jusqu'à quel point l'oubli de la morale chrétienne , le mépris de toutes les lois , la dépravation de tous les principes régnent dans le monde?
dont elle est suivie.
Nos adversaires soutiennent que ceux qui se confessent n'ont pas les mœurs plus pures que les autres ; qu'il y a moins de vices chez les protestants depuis qu'ils ont aboli la confession. Double fausseté. Tous ceux qui se livrent au désordre , commencent par abandonner la confession, et ils y reviennent lorsqu'ils veulent se convertir. Le motif qui a engagé plus d'une fois les protestants à désirer le rétablissement de la confession parmi eux , est le dérèglement des mœurs donf
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l'abolition de cette pratique a été suivie. Plusieurs de leurs écrivains sont convenus de ce fait essentiel , et ont avoué que leur prétendue réforme auroit grand besoin d'être réformée.
On objecte que plusieurs scélérats se sont confessés avant de commettre des forfaits , que d'autres se confessent afin de pallier leurs désordres sous une apparence de piété , et de conserver leur réputation. Outre l'incertitude de tous ces faits, qui ne sont rien moins que prouvés, nous répondons qu'il en résulte seulement que les scélérats peuvent abuser de tout, et que, dans aucun genre, l'exemple des monstres ne peut servir de règle. A-t-on comparé le nombre de ceux qui ont abusé de la confession avec la multitude de ceux qui y ont renoncé afin de pécber plus librement? Ceux qui se sont confessés avant de commettre une mauvaise action , ne la regardoient pas comme un crime, donc ils n'en ont pas fait confidence à leur confesseur.
Le quatrième concile de Latran, tenu Tan 4215 , sous Innocent III , can. 21 , ordonne à tous les fidèles de l'un et de l'autre sexe , parvenus à l'âge de discrétion , de confesser tous leurs péchés, au moins une fois l'an , à leur propre prêtre.... Que si quelqu'un, pour une juste cause, veut confesser ses péchés h un prêtre étranger, il en demandera et en obtiendra la permission de son propre prêtre , parce qu'autrement cet étranger ne pourroit le lier ni le délier. C'est de ce canon que les protestants ont pris occasion de soutenir que la confession sacramentelle est une invention du pape Innocent III , et qu'elle ne remonte pas plus haut que le treizième siècle ; le contraire est suffisamment prouvé.
Mais on a disputé , même parmi les catholiques , pour savoir ce que le concile de Latran a entendu par propre prêtre et prêtre étranger. Plus d'une fois les religieux ont voulu soutenir que le propre prêtre est non-seulement le curé , mais tout confesseur approuvé ; ils ont obtenu plusieurs bulles des papes qui le déclaroient ainsi. En 4521 , Jean XXII condamna Jean de Poilly, docteur de
Paris , qui avoit soutenu le contraire , à se rétracter publiquement. Fleury. Hist, ecclés., liv. 92 , § 54.
Cependant l'an 1280, un synode de Cologne , et l'an 1284 , un concile de Paris , composé de vingt-quatre évêques, et d'un grand nombre de docteurs, avoient déjà décidé la contestation en faveur des curés. Aussi , en 1451 et 1456, la faculté de théologie de Paris , en 4478 , le pape Sixte IV , confirmèrent cette décision ; et elle a toujours été suivie dans le clergé de France. C'est évidemment le sens du concile de Latran, puisqu'il exige que celui qui voudra se confesser à un prêtre étranger, en obtienne la permission de son propre prêtre. Certainement, tout prêtre approuvé ne peut pas donner cette permission , et sous le nom de prêtre étranger, le concile n'a pas entendu un prêtre non approuvé ; aucune permission ne pourroit suppléer au défaut d'approbation. Mais cela n'ôte point aux évêques le droit d'accorder à tout prêtre approuvé pour leur diocèse, le pouvoir d'entendre les confessions pascales, sans qu'il soit besoin d'une permission expresse des curés.
Ce même concile de Latran a déclaré que le secret de la confession est inviolable dans tous les cas , et sans aucune exception. Il l'est en effet de droit naturel , puisque le bien de la société chrétienne l'exige ainsi ; sans cette sûreté , quel est le pécheur coupable de grands crimes , qui voudroit les accuser à un confesseur ? Quoique l'on ne connoisse aucune loi divine positive qui ordonne ce secret inviolable, on ne peut pas croire que Jésus-Christ ait imposé aux pécheurs le joug de la confession, avec le danger de se diffamer eux-mêmes; il n'a pas même exigé l'aveu formel de ceux auxquels il accordoit le pardon , parce qu'il connoissoit leur intérieur. Quant à la loi ecclésiastique, qui prescrit aux confesseur un silence absolu, elle est très»ancienne, puisqu'au quatrième siècle on supprima les pénitenciers, parce qu'un crime accusé a celui de Constantinople étoit devenu public , et avoit causé du scandale.
II est donc étonnant que , dans le Dictionnaire de Jurisprudence , on ait décidé qu'il faut excepter du secret de la confession le crime de lèse-majesté au premier chef, c'est-à-dire les conspirations tramées contre le roi ou contre Pétat, et que le confesseur se rendroit coupable en ne les révélant pas. Nous soutenons avec tous les théologiens,
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sion, même par un autre, ils exigent que ce confesseur oblige sa pénitente à révéler aux supérieurs ecclésiastiques le crime du confesseur coupable , mais ils ne prescrivent pas au confesseur de faire cette révélation lui-même ; il ne peut et ne doit la faire dans aucun cas. La loi qu'ils imposent est donc établie contre la sûreté des confesseurs . et non
qu'au contraire il se rendroit très-cou- j contre celle des pénitents ; mais le phipable en les révélant. Où est le criminel j losophe a confondu malicieusement la qui voudroit accuser , dans le tribunal j révélation faite par une nénitente, avec de la pénitence, un pareil crime, s'il j la révélation faite par un confesseur, savoit que le confesseur doit le révéler ; afin d'avoir occasion de dire qu'il y a une au magistrat? C'est le sceau inviolable ; contradiction absurde et horrible entre de la confession qui seul peut l'engager \ cette décision des papes et celle du con-
à s'accuser , qui met le confesseur à portée de le détourner de ce forfait , de l'obliger même, par le refus de l'absolution , à en prévenir l'exécution par des avis indirects ou autrement. L'opinion du jurisconsulte que nous réfutons, loin de pourvoir à la sûreté des rois et de l'état, les met en plus grand danger. Henri IV le comprit très-bien , lorsque
cile de Latran , et une opposition formelle entre nos lois ecclésiastiques et nos lois civiles. Il n'y a rien ici d'absurde ni d'horrible que la mauvaise foi du philosophe, de laquelle un jurisconsulte a été la dupe.
On sait qu'en 1383 , saint Jean-Népomucène aima mieux endurer des tourments cruels et la mort , que de révéler
le père Colton , son confesseur, lui al- à l'empereur Vencesîas la confession de
légua cette raison.
L'auteur du Dictionnaire s'en est laissé imposer par un de nos philosophes, qui a écrit qu'en 1640 , trois mois après le meurtre de Henri IV , le parlement de Paris décida, par un arrêt, qu'un prêtre qui sait , par la confession, une conspiration contre le roi et l'état , doit la révéler aux magistrats. Si cet arrêt étoit réel , il faudroit l'attribuer à un défaut de réflexion et à la consternation dans laquelle tout le royaume fut plongé par la mort funeste de ce bon roi.
Mais comment ajouter foi à un écri-
Fimpératrice son épouse. Dès le sixième siècle, saint Jean Climaque a dit : a II » est inouï que les péchés, dont on a » fait l'aveu dans le tribunal de la péni- » tence , aient été divulgués. Dieu le » permet ainsi, afin que les pécheurs » ne soient pas détournés de la con- » fession, et qu'ils ne soient pas privés » de l'unique espérance de salut qui » leur reste. » Epist. ad Paston., c. 13. Voyez Pénitence.
Confession de foi , déclaration publique et par écrit de ce que Ton croit. Les conciles ont dressé des confessions
vain aussi célèbre par ses mensonges, ; ou professions de foi, que l'on a aussi et qui ajoute en même temps une autre * nommées symboles , pour distinguer la imposture? Il dit que Paul IV, Pie IV, j doctrine catholique d'avec les erreurs; Clément VIII et , en 1622, Grégoire XV, | les hérétiques en ont fait de leur côté , ont obligé les confesseurs à dénoncer j pour exposer leur croyance. Au concile aux inquisiteurs ceux que leurs péni- de Rimini , les ariens présentèrent aux
tentes accusoient en confession de les avoir séduites et sollicitées au crime dans le tribunal de la pénitence. C'est une fausseté calomnieuse; voici ce que ces papes ont ordonné. Lorsqu'une pénitente déclare à son confesseur, qu'elle a clé sollicitée au crime dans la confes-
évêques catholiques une formule ou confession de foi :, qui portoit en tète, le 22 mai 559, sous le consulat de.#... et ils vouloient que l'on s'en contentât, sans avoir égard aux décrets des conciles, ni aux formules précédentes. Par l'inscription ou la date, les évoques
CON
catholiques reconnurent que c'étoit la dernière formule de Sirmich, qui étoit mauvaise; ils la rejetèrent et se moquèrent de l'inscription. Socrate, Hist.
ecclésiastique , liv. 2, chap. 57.
La plupart des hérétiques ont varié , comme les ariens, dans leurs confessions de foi ; jamais ils n'ont pu contenter tous leurs sectateurs, ni se satisfaire eux-mêmes ; on a souvent fait ce reproche aux protestants en particulier.
Ils ont fait un recueil de leurs confessions de foi, divisé en deux parties :
la première partie en contient sept ; savoir , 1° la confession helvétique , dressée par les églises protestantes de la Suisse. Il y en avoit déjà une faite à Baie en 1556; mais comme elle ne parut pas assez ample , on en dressa une seconde en 1566, à laquelle ils prétendent que toutes les églises calvinistes , non-seulement de la Suisse et des Grisons, mais encore de l'Angleterre, de l'Ecosse, de la France et de la Flandre, souscrivirent ou acquiescèrent.
2° Celle que les calvinistes de France présentèrent à Charles IX au colloque de Poissy , l'an 4561 , qui avoit été dressée par Théodore de Bèze; elle fut souscrite par la reine de Navarre , par Henri IV son fils , par le prince de Condé, par le comte de Nassau , etc.
5° La confession anglicane , rédigée dans un synode de Londres , l'an 1562, et publiée sous la reine Elisabeth , l'an 1571.
4° Celle des Ecossois , faite en 1 568 , dans une assemblée du parlement de ce royaume.
5° La confession belgique, dressée en 1561, pour les églises de Flandre, approuvée dans un de leurs synodes, en 1579, et confirmée au synode de Dordrecht, en 1619.
6° Celle des calvinistes polonois, composée dans un synode de Gzenger , i'an 1570.
7° Celle que l'on nomma des quatre villes impériales, savoir: Strasbourg, Constance, Memmingue et Lindau, présentée à Charles-Quint, l'an 1550, en même temps que celle d'Augsbourg.
La seconde partie du recueil renferme
les confessions de foi des églises luthériennes , et celles qui y ont le plus de rapport. En premier lieu , la confession d'Augsbourg, dressée par Mélancthon, en 1550, et présentée à Charles -Quint par plusieurs princes de l'empire , dans la diète tenue dans cette ville.
2° La confession saxonne , faite à Wirtemberg en 1551, pour être présentée au concile de Trente.
5° Une autre, dressée dans la même ville, en 1552 , et qui fut en effet présentée au concile de Trente par les ambassadeurs du duc de Wirtemberg.
4° Celle de Frédéric, électeur palatin, mort l'an 1566 , et publiée en 1577, comme il l'avoit ordonné par son testament.
5° La confession des bohémiens ou des vaudois, approuvée par Luther, par Mélancthon et par l'académie de Wirtemberg , en 1552, publiée parles seigneurs, et présentée à Ferdinand, roi de Hongrie et de Bohême , en 1555.
6° La déclaration intitulée Consensus in Fide, etc., dressée par les ministres des églises de Pologne , dans un synode de Sendomir, en 1570.
On a mis à la suite les décrets du synode de Dordrecht, tenu en 1618 et 1619. Enfin , la confession de foi que les protestants reçurent de Cyrille-Lucar, patriarche grec de Constantinople , en 1651. Cette multitude de confessions de foi, données parles protestants dans un espace de quarante ans, fournit matière à plusieurs réflexions.
En premier lieu, nous ne voyons pas de quoi elles peuvent servir à des sectes qui soutiennent toutes que l'Ecriture sainte est la seule règle de foi; que les hommes n'ont droit d'y rien ajouter ; qu'aucune décision de concile ni de synode n'a par elle-même aucune autorité; que l'on n'est obligé d'y déférer qu'autant qu'elle paroît conforme à l'Ecriture sainte; qu'après l'avoir signée r l'on est encore en droit de la contredire , dès que l'on s'apercevra que cette doctrine ne s'accorde pas avec la parole de Dieu. En obligeant les particuliers à y souscrire, et les ministres à s'y conformer , les protestants ont évidemment
renversé le principe fondamental de la réforme. Vainement nous voudrions argumenter contre eux sur leur prétendue profession de foi , ils seroient toujours en droit de nous répondre :
Ainsi pensoient nos pères, mais nous ne croyons plus de même aujourd'hui.
En second lieu , si l'Ecriture sainte est claire, formelle, suffisante sur tous les points de foi, comme le prétendent les protestants, c'a été de leur part un attentat d'oser y ajouter quelque chose, ou de vouloir en réformer les expressions ; se sont-ils flattés de mieux parler que le Saint-Esprit? une explication quelconque n'est plus la parole de Dieu , mais celle des hommes. 11 est étonnant qu'aucune de ces sectes n'ait voulu se borner à mettre bout à bout les passages de l'Ecriture sainte, pour rendre témoignage de sa foi. Si les premiers qui ont dressé leur confession, en 1550, ont bien pris le sens de l'Ecriture sainte, pourquoi aucune secte n'a-t-elïe voulu s'y tenir, et pourquoi a-t-il fallu sans cesse y revenir sur nouveaux frais?
En troisième lieu, quiconque prendra la peine de comparer ces confessions , verra que , loin d'avoir établi l'uniformité de croyance entre les différentes sectes protestantes, elles ne servent qu'à démontrer l'opposition de leurs sentiments. Aussi , depuis cette époque, les luthériens n'ont pas été mieux d'accord avec les calvinistes ; les uns ni les autres ne se sont pas rapprochés davantage des anglicans ; les sociniens et d'autres sectes n'en ont pas moins fait bande à part. Si toutes pensoient de même , une seule profession de foi suffîroit pour toutes, de même que les décisions du concile de Trente ont suffi et sulliscnt encore pour réunir tous les catholiques dans la même croyance.
Inutilement l'on nous répondra que tous les protestants sont unanimes dans la croyance des articles fondamentaux ; si cela suffit, l'on a eu tort de mettre d'autres articles dans les confessions de foi ; il falloit se borner à dire : chacun croira ce qui lui paroilra clairement révélé dans l'Ecriture sainte. Dossuet, dans son Histoire des Variations , a
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fait voir l'inconstance, les équivoques, les contradictions de toutes ces confessions de foi.
En quatrième lieu , puisqu'il a été permis à chacune des sectes de faire sa déclaration de foi particulière, nous ne voyons pas pourquoi le concile de Trente n'a pas eu aussi le droit de dresser une ample profession de la croyance catho- Jique. Si les protestants se sont vantés de fonder leur doctrine sur l'Ecriture sainte , ce concile y a de même fondé la sienne, il en a cité les passages aussi bien que les protestants ; il reste à savoir si ces derniers ont été mieux éclairés que lui par le Saint-Esprit, pour en prendre le vrai sens. A la vue de treize ou quatorze confessions de foi , il nous paroît qu'un simple particulier protestant ne doit pas être peu embarrassé à juger quelle est la meilleure.
31s ont fait, contre celle du concile de Trente, des reproches contradictoires.
Ils disent d'un côté , que l'on y a décidé, comme article de foi , plusieurs opinions sur des points obscurs et difficiles , sur lesquels il étoit permis à chacun de croire ce que ce bon lui sembloit. D'autre part, ils se plaignent de ce qu'on y a exprimé plusieurs choses d'une manière ambiguë , à cause des débats qui régnent parmi les théologiens. Ainsi , les protestants sont mécontents de ce que le concile a décidé trop d'articles , et de ce qu'il en a décidé trop peu ; ils trouvent encore mauvais , que les papes aient expliqué par des bulles ce qui n'étoit pas exprimé assez clairement dans Icj décrets du concile. Mosheim , Histoire ecclésiast., seizième siècle, section 3 , première partie, c. 1, § 25 et 2i. Comment contenter de pareils censeurs?
Quant à la confession de foi de Cyrille - Lucar, que les protestants ont pompeusement intitulée confession de foi orientale, on sait que cette alfaire ne leur a pas fait beaucoup d'honneur. Ce patriarche , qui avoit étudié en Italie et voyagé en Allemagne , avoit pris du goût pour les opinions des protestants, et
voulut les introduire dans son Eglise, lorsqu'il fut placé sur le siège de Conslantinoplc. Son clergé même et les
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autres évêques grecs s'y opposèrent.
Après avoir été chassé et rétabli cinq ou six fois, il fut mis en prison et étranglé par ordre du Grand-Seigneur, en 1658. Ses erreurs furent désavouées et con-
mettre en question si c'est pour nous un devoir de nous confier en la miséricorde infinie de Dieu , et de bannir toute inquiétude par rapport à notre salut.
En nous imprimant l'auguste caractère
damnées par Cyrille de Bérée , son suc- j d'enfants de Dieu , notre religion ne cesseur, dans un concile de Constan- j tend à autre chose qu'à nous inspirer, tinople , tenu cette même année , auquel assistèrent Métrophane, patriarche grec d'Alexandrie, et Théophane, patriarche de Jérusalem. Elles le furent dans un synode de Jassy en Moldavie; dans un autre concile de Constantinople , en 4642; dans un synode de Leucosie , ville de l'île de Chypre, en 1668; dans un synode de Jérusalem , sous les patriarches Nectaire et Dosithée, en 1672; et plusieurs théologiens grecs les ont réfutées dans des ouvrages composés exprès.
A peine la confession de Cyrille-Lucar fut-elle imprimée à Genève, en 1653, j
envers ce souverain bienfaiteur, la même confiance que des enfants bien nés ont pour leur père , dont ils n'ont jamais cessé d'éprouver la tendresse.
Pour remplir ses apôtres de courage, Jésus-Christ leur dit : Ayez confiance, j'ai vaincu le monde. Joan., cl 6, h 33. Saint Paul exhorte les fidèles à ne jamais perdre leur confiance, à laquelle une grande récompense est attachée. Heur., c. 10, jh 55. Il représente la crainte comme le caractère distinctif du ju- I daïsme, Rom., c. 8, j. 15. Saint Jean dit que celui qui a l'espérance en Dieu se sanctifie, comme Dieu est saint lui-
que Grotius et plusieurs théologiens j même. /. Joan., c. 3, f. 3. C'est donc luthériens s'en moquèrent , parce que j se tromper étrangement que de prél'on vit qu'elle avoit été copiée sur les j tendre sanctifier les âmes en leur inspi- Tnstitutions de Calvin. Plus de cinquante ans auparavant, Jérémie , prédécesseur de Cyrille-Lucar, avoit refuté la confession d'Augsbourg, qui lui avoit été envoyée par les théologiens de AVirtemberg. On peut voir , par les divers monuments rassemblés dans la Perpétuité de la ]oi> que jamais les Grecs n'ont été dans les mêmes sentiments que les pro-
rant une frayeur excessive des jugements de Dieu, plutôt qu'une ferme confiance en sa bonté.
Jésus-Christ , les apôtres , les anciens Pères , les hommes apostoliques de tous les siècles, n'ont pas cherché à épouvanter les pécheurs, mais à les gagner par la confiance ; ils ont fait beaucoup de promesses et peu de menaces ; ils ont
.estants , sur aucun des articles pour i pardonné à tous et n'ont rebuté per-
sonne ; ils ont parlé avec force et trèssouvent de la bonté de Dieu, de sa
lesquels ceux-ci se sont séparés de l'Eglise romaine. Ployez Grecs.
Confession , en termes de liturgie et I patience envers les pécheurs , de la d'histoire ecclésiastique , étoit un lieu , ] charité de Jésus-Christ , de l'efficacité dans les églises , ordinairement placé ] de la rédemption , du pardon promis sous le grand autel, où reposoient les corps des martyrs ou des confesseurs.
au genre humain, de la récompense
éternelle, rarement de la damnation.
La confession de saint Pierre , placée j Ceux qui sont chargés d'instruire peu-
dans l'Eglise qui porte son nom à Rome, est célèbre.
CONFESSIONNISTES. Les catholiques allemands nommèrent ainsi , dans les actes de la paix de Westphalie , les luthériens qui suivoient la confession d'Augsbourg.
CONFIANCE EN DIEU. A proprement parler , c'est la même chose que l'espérance chrétienne ; ainsi , l'on ne peut pas
vent- ils suivre de meilleurs modèles?
On dira sans doute que, dans un siècle pervers à l'excès , ce n'est pas le temps d'inspirer la confiance, mais la crainte. Sans comparer le tableau de notre siècle avec celui que les Pères de l'Eglise ont tracé du leur , nous demandons si la crainte convertit les pécheurs plus efficacement que la confiance; si , parmi ceux qui persévèrent dans le
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■crime, le plus grand nombre y est retenu par la présomption et non par le désespoir; si les prédicateurs les plus rigides sont ceux qui gagnent le plus grand nombre d'âmes à Dieu.
Nous connoissons un Judas perdu par le désespoir , l'Ecriture ne nous montre aucun pécheur endurci par un «ïxcès de confiance en Dieu. Saint Pierre tomba parce qu'il s'étoit fié à ses propres forces , et non à la bonté de son maître. Jésus - Christ le fit rentrer en lui-même par un regard te tendresse , et non par un coup d'œil d'indignation. Saint Augustin demeura dans le désordre , tant qu'il se défia de la grâce ; il en sortit , dès qu'il fut animé par la confiance. Saint Paul nous apprend que les païens se sont livrés à Fimpudicité par désespoir. Eph., c. 4, f. 19.
Sur ce point de morale très - important, il faut consulter les hommes blanchis dans les travaux du saint ministère ,' et non les docteurs qui ne connoissent que leurs livres et leur cabinet. Lorsque l'un d'entre eux aura converti autant de pécheurs par ses écrits , que saint François de Sales par la douceur de ses maximes et par l'attrait invincible de sa charité, il méritera d'être pris pour maître. Mais Jésus-Christ nous ordonne de nous défier des pharisiens , qui mettent sur les épaules des autres un fardeau insupportable , et ne veulent pas seulement le remuer du doigt.
Matth.s c. 23, f. 4.
CONFIRMATION , sacrement de la loi nouvelle , qui donne à un fidèle baptisé, non-seulement la grâce sanctifiante et les dons du Saint-Esprit, mais des grâces spéciales pour confesser courageusement ïa foi de Jésus-Christ. Il est administré par l'imposition des mains , et par Ponction du saint chrême sur le front du baptisé.
De là, les théologiens disputent pour savoir laquelle de ces deux actions est la matière essentielle et principale de ce sacrement : les uns ont pensé que c'était la première, d'autres que c'étoit la seconde; le senliment le plus suivi est que l'une et l'autre sont nécessaires pour l'intégrité du sacrement, conséquem-
ment que la prière qui accompagne l'imposition des mains , et les paroles jointes à l'onction , font également partie de la forme. La confirmation est un des trois sacrements qui impriment un caractère.
Dans l'Eglise grecque , et dans les autres sectes orientales , on donne ce sacrement immédiatement après le baptême, et on l'administre, comme dans l'Eglise romaine, par l'onction du saint chrême ; au lieu que chez nous, l'évêque dit au confirmé : Je vous marque du signe de la croix , et je vous confirme par le chrême du salut, au nom du Père, etc.; les Grecs disent : C'est ici le signe, ou le sceau du don du Saint- Esprit.
Les protestants qui rejettent ce sacrement comme une institution nouvelle , prétendent qu'il n'en est pas question dans l'Ecriture sainte ; ils se trompent. Jésus-Christ, Joan., c. 14, j. 16, dit à ses apôtres : « Je prierai mon Père, et » il vous donnera un autre consolateur, » afin qu'il demeure avec vous pour » toujours ; c'est l'Esprit de vérité, etc. » C. 17, f. 20, il dit à son Père, en parlant des apôtres : a Je ne prie pas sea- » lement pour eux , mais encore pour » tous ceux qui croiront en moi , par » leur parole. » Dans les .Actes , c. 2 , f. 58, saint Pierre dit à ceux qui Fécoutoient : « Que chacun de vous reçoive le » baptême , et vous recevrez le don du » Saint - Esprit ; car la promesse vous » regarde, vous et vos enfants, et tous » ceux qui sont encore éloignés , mais » que le Seigneur notre Dieu appellera. » En effet, c. 8, f. 17, et c. 19, Ï. 6, « les » apôtres imposoient les mains sur les » baptisés , et leur donnoient le Saint- » Esprit. » Voilà donc la promesse du Saint-Esprit faite par Jésus-Christ à tous les fidèles , suivie de l'exécution , et un rit mis en usage par les apôtres pour en produire l'effet.
Il n'est pas vrai que le Saint - Esprit , donné par l'imposition des mains des apôtres, ait été seulement le don des langues, de prophétie et des miracles.
.1 rsiis-Christ avoit promis V Esprit de venir. Saint Pierre promettoit à tous les fidèles le Saint-Esprit , et tous ne rece-
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voient pas les dons miraculeux. L'onction de laquelle parle saint Jean est la connoissance de toutes choses , et non le pouvoir de faire des miracles. Selon saint Paul , les fruits ou les effets du Saint-Esprit sont toutes les vertus chrétiennes. Galat., c. 5, f. 22.
Les protestants en ont encore imposé, lorsqu'ils ont assuré qu'il n'y a aucun vestige du sacrement de confirmation dans la tradition des premiers siècles.
Mosheim , mieux instruit que le commun de leurs écrivains, convient que , dès les premiers siècles , les évêques, en permettant aux anciens ou prêtres de baptiser les nouveaux convertis , se réservèrent le droit de confirmer le baptême. Hist. ecclés. du premier siècle, 2e part, c. 4, § 8. Il falloit dire , de confirmer dans la foi les fidèles baptisés. Saint Jérôme , Dial. contra Lucifer, témoigne que tel étoit Tusage de son temps ; et le concile d'EIvire , tenu à la fin du troisième ou au commencement du quatrième siècle , l'ordonna ainsi.
Au second, saint Théophile d'Antioche, L. 1 , ad Autol.y n. 12 , dit que nous sommes nommés chrétiens , parce que nous recevons l'onction d'une huile divine. Saint Irénée , Adv. hœr., liv. 1 , c. 21 , n. 5 , dit des valentiniens , qu'après avoir baptisé à leur manière leurs néophytes, ils leur faisoient une onction de baume ; c'étoit une imitation de ce qui se faisoit dans l'Eglise catholique.
Au troisième , Tertullien, L. de BapL, c. 7, dit : « Au sortir des fonts baptis- » maux , nous recevons l'onction d'une » huile bénite , suivant l'ancien usage de » consacrer les prêtres par une onction; » cette onction ne touche que la chair , » mais elle opère un effet spirituel. En- » suite on nous impose les mains, en » invoquant , par une bénédiction , le » Saint-Esprit. L. de Resurr. carnis ,
* c. 8. La chair est baptisée , afin que
* l'âme soit purifiée ; la chair reçoit une -» onction , un signe , une imposition des » mains , afin que l'âme soit consacrée , » fortifiée , éclairée par le Saint-Esprit. » L. de Prœscript., c. 40, il dit que le démon , singe de la Divinité , fait imiter par les idolâtres les divins sacrements ,
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qu'il les fait baptiser, signer au front, et célébrer l'offrande du pain. L. 1, contra Marcion.jC. 14, il joint encore l'onction des fidèles au baptême et à l'eucharistie, et les nomme sacrements.
Saint Cyprien , Epist. 73 , ad Jubaianum} pag. 151 et 132 , dit que « si quel- » qu'un , dans l'hérésie et hors de l'E- » glise , a pu recevoir la rémission de » ses péchés par le baptême, il a pu » recevoir aussi le Saint-Esprit , et qu'il » n'est plus besoin, lorsqu'il revient, » de lui imposer les mains et de le signer, » afin qu'il reçoive le Saint-Esprit. Or , » notre usage , dit-il , est que ceux qui » ont été baptisés dans l'Eglise soient » présentés aux évêques , afin que , par » notre prière et par l'imposition des » mains , ils reçoivent le Saint-Esprit , » et soient marqués du signe du Sei- » gneur. » Il le répète , Epist. 74 , ad Pompeium, pag. 159.
Le pape Corneille, dans une de ses lettres , dit de Novatien , qu'après son baptême il ne fut point signé par l'évèque ; que , par le défaut de ce signe , il n'a pas pu recevoir le Saint-Esprit. Dans Eusèbe, 1. 6 , c. 43 , p. 515.
Nous pourrions citer, au quatrième siècle, les conciles d'EIvire, de Nicée et de Laodicée, Optât de Milève , saint Pacien de Barcelone , saint Cyrille de Jérusalem , saint Ambroise et saint Jean Chrysostome ; au cinquième , saint Jérôme , le pape Innocent Ier , saint Augustin, saint Cyrille d'Alexandrie, Théodoret , etc. Le père Drouin , de re Sacram., tom. 5, a rapporté leurs passages et ceux des siècles suivants.
Les protestants prétendent que ces Pères parlent d'une onction qui faisoit partie des cérémonies du baptême , et non d'un sacrement différent; mais outre que le contraire est évident, par la seule force des termes, quand cela seroit vrai , les protestants seroient encore condamnables d'avoir retranché du baptême une cérémonie à laquelle on attribuoit la vertu de donner le Saint-Esprit. N'est-il pas absurde de supposer que le baptême pouvoit être administré par un prêtre , par un diacre, par un laïque ; et qu'une simple céré-
monie ne ponvoit être faite que par » force , de charité et de modération. »
l'évêque , quoique ce ne fût pas un sacrement différent ?
De là même il est. évident que le concile de Trente a suivi la tradition primitive , lorsqu'il a décidé , sess. 7, can. 5 , que le ministre ordinaire de la confirmation est Tévêque seul, et non le simple prêtre. Cette tradition n'est pas moins constante que celle qui établit la matière , la forme , les effets du sacrement, le caractère qu'il imprime au chrétien , etc.
Quand on a examiné cette question , que peut -on penser des assertions fausses, des impostures et des puérilités que Basnage a rassemblées sur ce sujet? Hist. de l'Eglise, 1. 27, c. 9. Ce n'éloit
II. Tim.j cap. 4 , f. 7. C'est donc trèsinjustement que plusieurs incrédules ont dit que le sacrement de confirmation étoit institué pour inspirer aux chrétiens un zèle fanatique, intolérant et persécuteur.
CONFRÈRE , nom que l'on donne aux personnes avec lesquelles on forme une société particulière par motif de religion. Dans l'origine du christianisme, les fidèles se nommoient les fréi*es ; une association , formée pour pratiquer les mêmes bonnes œuvres de piété ou de charité, établit entre eux une nouvelle fraternité.
CONFRERIE , société de plusieurs personnes pieuses , établie dans quel-
pas la peine , après deux cents ans , de ques églises pour honorer particulière-
•Tenouveler les preuves de l'ignorance j ment un mystère ou un saint, et pour
Ifiectée et de la mauvaise foi de Calvin, pratiquer les mêmes exercices de piété
et de charité. Il y a des confréries du Saint-Sacrement, de la sainte Vierge, de la Croix ou de la Passion , des Agonisants, etc. Plusieurs sont établies par des bulles de papes , qui leur accordent des indulgences; toutes ont pour but d'exciter les fidèles aux bonnes œuvres, de cimenter entre eux la paix et la fraternité.
Comme les bonnes œuvres font la
Dans l'Eglise grecque, le même prêtre qui donne le baptême donne aussi la confirmation , et, selon Luc Holstenius, cet usage de l'Eglise orientale est de la plus haute antiquité. Selon les théologiens catholiques, les prêtres ont pu donner la confirmation comme délégués des évêques ; mais ceux-ci en sont les ministres ordinaires. Le concile de Rouen prescrit que celui qui donne la con-
firmation , et celui que la reçoit, soient gloire du christianisme, et en sont la à jeun. Les cérémonies et les prières meilleure apologie, les incrédules de qui accompagnent l'administration sont notre siècle n'ont rien omis pour rendre
édifiantes ; on peut le voir dans le pontifical et dans les rituels. Voy. Vancien
Sacram., par Grancolas, 2e part. p. 1 14 multiplier
et 495.
Ce sacrement étoit surtout nécessaire dans le temps des persécutions, lorsque tous les chrétiens dévoient être prêts à répandre leur sang pour attester leur toi ; il n'a pas cessé de l'être depuis que le christianisme est établi. La foi a toujours été combattue par les hérétiques, par les incrédules, par les chrétiens scandaleux : elle l'est encore. Mais la grâce que Dieu nous accorde pour résister, ne nous est pas donnée pour attaquer ; le vrai zèle de religion n'est ni inquiet, ni ombrageux, ni malfaisant, c Dieu , dit saint Paul , ne nous a point » donné un esprit de crainte , mais de
suspectes et odieuses , toutes les confréries ou associations qui tendent à les
CONGREGATION. L'on appelle ainsi à Rome une assemblée formée par des théologiens nommés consulteurs , et présidée par un ou plusieurs cardinaux, pour s'occuper de divers objets relatifs au gouvernement de l'Eglise. Quelquesunes sont établies pour toujours , d'autres seulement pour un temps. Il y a eu une congrégation du concile de Trente, destinée à résoudre les doutes qui pouvoient survenir sur le sens ou sur la manière d'exécuter les décrets de ce concile; elle subsiste encore ; une congrégation de auxiliis, chargée d'examiner si le système de Molina sur la grâce étoit orthodoxe ou hérétique. Foy. Mollmsaie.
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Il y a une congrégation des rites, pour juger si telle pratique introduite dans le culte est louable ou superstitieuse, pour permettre ou rejeter les offices ou les cérémonies que Ton veut mettre en usage, pour procéder à la béatification et à la canonisation des saints. La congrégation de propagande f\de, s'occupe des missions et des missionnaires qui travaillent à la conversion des infidèles , etc. Voyez Propagande.
Congrégation, société de prêtres séculiers, qui, sans faire de vœux, se sont réunis pour s'employer à des services d'utilité publique , tels que le soin des collèges et des séminaires, les missions de la ville ou de la campagne , etc. Les eudistes , les joséphites , les lazaristes , les oratoriens , ceux de Saint- Sulpice, etc., sont de ce nombre. L'utilité de ces congrégations est de rendre les établissements solides et les services plus constants , parce qu'elles ont toujours des sujets préparés pour remplir les places vacantes. Plusieurs ont été établies pendant le dernier siècle ; mais comme le goût du nôtre est de détruire , si l'on écoutoit nos philosophes politiques , on n'en laisseroit peut-être subsister aucune.
Congrégation de religieux. Lorsque le relâchement s'est glissé dans les ordres monastiques , un certain nombre de religieux , qui vouloient embrasser la réforme et revenir à la faveur du premier institut , se sont séparés des autres, ont formé entre eux une nouvelle association sous des supérieurs particuliers.
Ainsi les bénédictins , les augustins , les chanoines réguliers, etc., se sont divisés en différentes congrégations.
Congrégation de piété. Dans plusieurs paroisses , soit de la ville, soit de la campagne , l'on a formé des associations de différents âges et des deux sexes, des hommes, des femmes , des garçons, des filles , pour leur faire pratiquer ensemble des exercices de piété, pour leur donner en particulier les avis et les instructions qui leur conviennent , pour les engager à se surveiller les uns les autres. Cet arrangement donne aux pasteurs
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plus commodément, entretient dans ces différentes sociétés une émulation louable , et contribue beaucoup au bon ordre des paroisses. Ordinairement ces congrégations sont établies à l'honneur de la sainte Vierge.
Par la même raison , l'on a formé dan» les collèges une congrégation des écoliers , et dans les couvents une congregation des pensionnaires , pour les exciter à la piété. Comme un article essentiel de la foi chrétienne est la communion des saints , il est bon d'accoutumer de bonne heure les jeunes gens de l'un et de l'autre sexe à en prendre l'esprit, afin de les prémunir contre le culte isolé et , pour ainsi dire, clandestin , que la plupart des chrétiens, surtout les grands, affectent pour leur commodité.
Congrégation de Notre-Dame, ordre de religieuses institué par le B. Pierre Fourier , chanoine régulier de saint Augustin, curé de Mataincourt en Lorraine ; c'est lui qui en adressé les constitutions. Cet ordre a beaucoup de rapport à celui des ursulines , il a été établi dans le même temps, pour l'éducation des jeunes filles et pour l'instruction gratuite des enfants des pauvres. En 1515 et 1516 , Paul V permit à la mère Alix et à ses compagnes de prendre l'habit religieux, d'ériger leurs maisons en monastères , et d'y vivre en clôture sous la règle de saint Augustin. Ces religieuses furent
des facilités pour remplir leurs devoirs celui de Molina.
agrégées a l'ordre des chanoines réguliers de la congrégation de notre Sauveur , par une bulle d'Urbain VIII, l'an 1628. Elles ont un grand nombre de monastères en Lorraine , dans quelques autres provinces de France, et en Allemagne. La feue reine Marie, princesse de Pologne, leur a fait bâtir à Versailles un superbe monastère , dans lequel la communauté de Compiègne a été transférée et confirmée par lettres patentes du roi en 1772. Ces religieuses y remplissent leur destination . sous la protection de Mesdames , héritières de la piété de la reine leur mère.
CONGRUISME, système sur l'efficacité de la grâce , imaginé par Suarez , Vasquez , et quelques autres , pour rectifier
Voici la manière dont ces théologiens aidée par la grâce. Si l'on entend la con-
conçoivent la suite des décrets de Dieu. i° De tous les ordres possibles des choses, Dieu a choisi librement celui qui existe et dans lequel nous nous trouvons.
2° Dans cet ordre , Dieu veut, d'une volonté antécédente, mais sincère , le salut de toutes ses créatures libres , sous condition qu'elles le voudront elles-mêmes, c'est-à-dire, qu'elles correspondront aux
secours qu'il leur donnera. 5° Il donne lina disoit que l'efficacité de la grâce ve-
en effet à toutes, sans exception , des secours suffisants pour acquérir le bonheur éternel. 4° Avant même de donner
nexion qu'il y a entre la grâce et le consentement de la volonté , elle vient de l'une et de l'autre. Si enfin l'on entend l'infaillibilité de cette connexion , elle vient de la science moyenne, qui ne peut pas se tromper.
On demandera sans doute quelle différence il y a entre ce système et celui de Molina. Elle consiste, ï° en ce que Mo-
noit uniquement du consentement libre de la volonté , au lieu que , selon les congruistes, cette efficacité vient de la
ces grâces , il connoît par la science ; congruité de la grâce , par conséquent moyenne ce que chacune de ces créa- j de la force et de la nature de cette grâce tures sera, quelle que soit la grâce qu'il ; même. 2° Molina prétendoit que le bon lui donnera ; il voit quelle grâce sera s usage de la grâce , considéré comme congrue ou incongrue, aura ou n'aura i l'effet de la volonté ou du libre arbitre pas un rapport de convenance avec les j de l'homme , n'étoit pas un effet du dédispositions de la volonté de chacune des \ cret ou de la prédestination de Dieu ; les créatures en particulier-, par conséquent, \ congruistes pensent que cette abstracquelle grâce sera efficace ou inefficace. I tion est fort inutile : Puisque la grâce, 5° Par une volonté purement gratuite , \ disent-ils , est donnée en vertu du décret par un décret absolu et efficace, il choisit j de Dieu , et que le consentement de un nombre de ses créatures , et leur \ l'homme est principalement l'effet de la donne par préférence des grâces con- j grâce, aussi bien que de la volonté ou grues, ou dont il a prévu l'efficacité, j du libre arbitre , il est clair que ce con- 6° Par la science de vision, il prévoit j sentement vient au moins médiatement quelles seront les créatures qui mérite- \ du décret de Dieu. 5° Molina soutenoit ront d'être sauvées, et quelles sont celles | que l'homme , sans la grâce , peut faire qui mériteront d'être réprouvées. 7° En \ une action moralement bonne, et un conséquence de leurs mérites ou de leurs [ acte de foi naturel; que, quoique ces démérites prévus , il décerne aux unes j actes ne soient point tels qu'il les faut
la récompense éternelle, aux autres les supplices de l'enfer.
Selon les partisans de ce système, l'homme aidé par une grâce congrue, ou qui a un rapport de convenance avec les dispositions de sa volonté , choisira infailliblement, quoique librement et sans nécessité, le meilleur; l'effet de la grâce et le consentement de l'homme sont donc infaillibles , puisque la science moyenne, par laquelle Dieu les a prévus, est infaillible.
Lorsqu'on demande aux congruistes en quoi consiste ['efficacité de la grâce , ils répondent : Si par efficacité l'on entend la force que la grâce a de mouvoir et de déterminer la volonté , elle vient de la grâce même. Si l'on entend l'effet qui s'ensuivra , il partira de la volonté
pour la justification, et ne la méritent point, Dieu cependant y a égard, en considération des mérites de Jésus-Christ.
Or, les congruistes pensent que celte doctrine se rapproche trop de celle de Pelage ; que puisque Dieu donne des | grâces à tous , plus ou moins , il y a de la témérité à vouloir deviner ce que l'homme peut ou ne peut pas sans le secours de la grâce. Voyez Mollms.me.
Selon l'opinion que nous soutenons > disent encore les congruistes , tout ce que saint Paul et saint Augustin enseignent , louchant la grâce et son pouvoir sur l'homme, est exactement vrai. C'est Dieu qui opère en nous te vouloir et faction ; puisque sa grâce nous prévient , c'est elle qui nous excite au bien , qui donne à notre volonté une force
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qrfelle n'auroit pas sans ce secours , et qui coopère avec elle ; la grâce est donc cause efficiente du bien, non cause physique, mais cause morale. Quand l'homme fait le bien , ce n'est pas lui qui se discerne d'avec celui qui ne le fait pas ; c'est Dieu qui , par pure bonté , discerne celui auquel il donne une grâce congrue , et par là même efficace, d'avec celui auquel il ne donne qu'un secours inefficace ; avec ce dernier secours, l'homme auroit pu faire le bien , mais il ne l'auroit pas fait. Il ne peut donc se glorifier de l'avoir fait , toute la gloire en est due à Dieu. La bonne œuvre n'est pas venue de ce que l'homme a voulu et a couru s mais de la miséricorde de Dieu ; il a été prévenu , excité , soutenu par la grâce , sans l'avoir méritée , sans s'y être disposé par ses propres forces. Dieu a prévu d'avance que l'homme consentiroità cette grâce, et en suivroit le mouvement ; mais ce n'est pas cette prévision qui a déterminé Dieu à donner la grâce , ni à donner telle grâce plutôt que telle au-re ; il l'a donnée par pure miséricorde , parce qu'il lui a plu , et en considération des mérites de Jésus-Christ.
Cela ne se peut pas , répondent les adversaires des congruistes ; nous ne concevons pas qu'une cause morale puisse avoir l'influence que vous prétendez. Tant pis pour vous, répliquent les congruistes ; nous ne concevons pas mieux comment une cause physique n'a pas une connexion nécessaire avec son effet, et ne détruit pas la liberté. Voilà où la question est réduite depuis deux cents ans, après des volumes entiers écrits de part et d'autre , et il y a bien de l'apparence qu'elle y est pour longtemps.
On pourroit peut-être la terminer, si l'on commençoit par convenir de part et d'autre du sens qu'il faut donner au mot grâce congrue. Quelques théologiens distinguent deux sortes de congruités; l'une intrinsèque, c'est la force même de la grâce, et son aptitude à incliner le consentement de la volonté ; cette congruité, disent-ils, est l'efficacité de la grâce par elle-même ; l'autre extrinsèque , c'est la convenance qu'il y
a entre les dispositions actuelles de la volonté et la nature de la grâce. Cette dernière espèce de congruité , ajoutent-ils, est la seule qu'admet Vasquez , et qui est la base de son système.
Si cela est vrai , Vasquez a mai raisonné, et cette distinction n'est pas juste. En effet , puisque la congruité est un rapport de convenance , elle renferme nécessairement deux termes, savoir, telle nature et telle force dans la grâce , et telles dispositions dans la volonté ; l'analogie ou la convenance doit être mutuelle, autrement elle ne subsiste plus.
Cela n'est pas difficile à démontrer. Avant de donner une grâce , Dieu voit qu'un sentiment ou un motif d'amour , de reconnoissance , de désir des biens éternels , de confiance , est plus propre à loucher la volonté de tel homme, qu'un sentiment de crainte , de dégoût du crime , de honte , etc. ; il voit que ce sentiment ne sera efficace qu'autant qu'il aura tel degré de force ou d'intensité. Si Dieu le donne tel qu:il le faut pour le moment , peut-on dire que k congruité de cette grâce et son efficacité , viennent uniquement des dispositions dans lesquelles la volonté de cet homme se trouve? La grâce ne seroit pas congrue, si elle inspiroit un motif de crainte où il faut de la confiance, et si le sentiment qu'elle donne étoit trop foible. Or , une grâce de confiance n'est-elle pas essentiellement et par sa nature , différente d'une grâce de crainte ? Une grâce forte n'est-elle pas aussi différente par ellemême d'une grâce foible ? Il n'est donc pas vrai que la congruité de la grâce vient uniquement ab extrinseco, des circonstances ou des dispositions dans lesquelles se trouve la volonté de l'homme à qui elle est donnée. Il n'est guère probable que Vasquez ait commis cette faute de logique.
La congruité bien entendue renferme donc essentiellement trois choses: 1° telle nature dans la grâce , 2° telles dispositions dans la volonté , 5° la connoissance infaillible que Dieu a de l'effet qui s'ensuivra. Si on laisse de côté l'une de ces pièces , on pèche par le principe.
Cela supposé , dira-t-ou , qui empêche
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les congruistes de dire , comme leurs adversaires , que la grâce est efficace par elle-même et par sa propre nature , puisque sa congruilé est une conséquence de sa nature? C'est que, pour admettre la grâce efficace par elle-même , il faut l'envisager comme cause physique de l'action qui s'ensuit ; et conséquemment, selon les congruistes , il faut admettre entre la grâce et l'action une connexion nécessaire ; au lieu qu'ils ne reconnoissent dans la grâce qu'une
système , ce n'est pas aux derniers qu'il faut s'en prendre , mais peut-être euxmêmes ne se sont-ils pas toujours exprimés avec toute la précision nécessaire.
CONGRUITÉ. Les théologiens admettent une espèce de mérite de congruilé, de congruo, par opposition au mérite de condignité, de condigno. Voyez CON- DIGNITÉ.
CONJURATION, exorcisme, paroles et cérémonies par lesquelles on chasse causalité morale, et n'admettent entre les démons. Dans l'Eglise romaine, pour la grâce et l'action qu'une connexion faire sortir le démon du corps des poscontingenle. Voyez Grâce, § 4. sédés, l'on emploie certaines formules
Le terme de grâce congrue est em- ou exorcismes , des aspersions d'eau héprunté de saint Augustin , 1. 1 , ad Sim- nite , des prières et des cérémonies insti plician. q. 2 , n° 43 , où le saint doc- tuées à ce dessein. Voy. Exorcisme. leur dit : Mi electi , qui congruenter] Entre conjuration et sortilège, ou mavocali , cujus miseretur ( Dcus , ) sic [ gie, il y a celte différence, que dans la cum vocal , quomodo scit ei congruere, ut vocantem non respuat.
Quelques littérateurs , qui ont voulu
conjuration l'on agit au nom de Dieu , par des prières, par l'invocation des saints , pour forcer le démon à obéir ; le parler de théologie sans y rien entendre, ministre de l'Eglise commande au dédifficile d'assigner la dif- mon au nom de Dieu ; dans le sortilège ,
ont dit qu'il est dilticiie d'assigné îérence entre le système des congruistes et celui des semi-pélagiens. Cette différence n'est cependant pas fort difficile à saisir. Selon les semi-pélagiens, le consentement futur de la volonté à la grâce, consentement que Dieu prévoit, est le motif qui le détermine à donner la grâce ; d'où il s'ensuit que la grâce n'est pas gratuite. Selon les congruistes , au contraire , ce prétendu motif est nonseuiement faux » mais absurde. En effet , en même temps que Dieu prévoit que l'homme consentira à telle grâce, s'il la lui donne , il prévoit aussi que l'homme résistera à telle autre grâce qui lui seroit donnée. Si le consentement , prévu pour la première , étoit un motif de la donner, la résistance , prévue pour la seconde , seroit aussi un motif de ne donner ni l'une ni l'autre ; ce qui est absurde. Donc le choix que Dieu fait de
au contraire , et dans la magie , on prie le démon lui-même ; on suppose qu'il agira en vertu d'un pacte fait avec lui , qu'il s'entendra avec le sorcier pour faire ce que celui-ci désire.
L'un et l'autre sont encore différents des enchantements et des maléfices ; dans ces derniers , sans s'adresser directement au démon , l'on suppose qu'il agira en vertu de telles paroles, de tels caractères, de telles pratiques, qui ont la force de le faire agir. Voyez Magie, Enchantement , etc.
CONONITES, hérétiques du sixième siècle qui suivoient les opinions d'un certain Conon , évêque de Tarse ; ses erreurs sur la sainte Trinité étoient les mêmes que celles des trithéistes ou trithéites. Il disputoit contre Jean PIùloponus, autre sectaire , pour savoir si , à la résurrection des corps , Dieu en réta-
donner une grâce congrue, plutôt qu'une bliroit tout à la fois la matière et la
grâce incongrue , est absolument libre et gratuit de la part de Dieu, c'est un effet de bonté pure, et Molina lui-même le soutenoit ainsi.
Si les adversaires des congruistes ont souvent mal conçu ou mal exposé leur
forme , ou seulement l'une des deux ; Conon soutenoit que le corps ne perdoit jamais sa forme, que la matière seule auroit besoin d'être rétablie : ou cet hérétique s'expliquoit mal, ou il ensei-
gnoit une absurdité.
CONSANGUINITÉ ou PARENTÉ.
Voy. Mariage.
CONSCIENCE , jugement que nous portons nous-mêmes sur nos obligations morales , sur la bonté ou la méchanceté de nos actions , soit avant de les faire, soit après les avoir faites. « Dans toutes » vos œuvres, dit l'Ecclésiastique, écou- » tez votre âme et soyez-lui fidèle ; c'est » ainsi que l'on observe les commande- » ments de Dieu. » Eccli., cap. 52, f. 27. C'est par ce sentiment intérieur que Dieu nous intime sa loi , nous fait connoître nos devoirs, nous reproche nos fautes.
Lorsque nous ne sommes aveuglés par aucun intérêt, par aucune passion , ordinairement notre conscience est droite ; mais un vif intérêt , une passion violente, des préjugés ou des habitudes contractées depuis longtemps , rendent souvent la conscience erronée et fausse.
Saint Paul , Rom., c. 14, f. 23, dit : « Tout ce qui n'est pas selon la foi est » un péché. » Il est clair que par la foi, saint Paul entend le jugement de la conscience; qu'ainsi nous sommes obligés de suivre, dans nos actions, le dictamen de notre conscience, de faire ce qu'elle nous prescrit, d'éviter ce qu'elle nous défend , mais il y a sur ce sujet plusieurs observations à faire.
Bayle , dans son Commentaire philosophique, 2e part., ch. 8 , 9 et 10, a rassemblé un bon nombre de sophismes, pour prouver que la conscience erronée et fausse nous impose la même obligation que la conscience droite ; que nous devons également suivre le jugement de l'une et de l'autre. Ce principe est faux, parce qu'il est trop général ; Bayle luimême a été forcé d'y mettre plusieurs restrictions.
Après avoir décidé que l'obligation est la même , soit que la conscience nous trompe en matière de droit ou en matière de fait , il ajoute , pourvu que l'erreur soit absolument innocente et ne vienne d'aucune passion criminelle.
Quand on lui objecte qu'il s'ensuivroit, de son principe , que les magistrats ne peuvent légitimement punir un malfaiteur qui a jugé qu'il lui étoit permis de
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] voler ou de commettre un meurt edans | telle ou telle occasion, ni un athée qui l dogmatise , ni un insensé qui enscignej roit que la prostitution , l'adultère , ne
• sont pas des crimes, dès qu'il se l'est I persuadé ; Bayle répond que ces consé« j quences sont fausses, 1° parce qu'il ne ! peut point y avoir d'erreur innocente ! sur des points de morale aussi clairs que ; ceux-là ; 2° parce que , si un malfaiteur 1 a négligé de s'instruire de ce que l'on S doit faire eu éviter, il sera punissable
• pour avoir suivi une fausse conscience ; | 3° parce que les magistrats sont obligés | de punir tout malfaiteur qui trouble la ; société , sans s'embarrasser de savoir si | sa conscience a été vraie ou fausse, ; droite ou erronée.
| De même , après avoir dit que , quand \ Dieu nous ordonne de suivre la vérité, ] cela doit s'entendre de ce qui nous pa- I roit vrai , de la vérité apparente et pu- \ tative, aussi-bien que de la vérité abj solue , il ajoute , pourvu toutefois que I l'on ait apporté toute la diligence nécessaire pour ne s'y tromper pas , et sauf à voir quelle est la cause qui fait que le mensonge paroît quelquefois la vérité.
Enfin , après s'être objecté que , si j son principe général est vrai , il excuse ] les persécuteurs qui suivent les mouvei ments de leur conscience; il convient j d'abord de cette conséquence , ensuite il | la rétracte , en disant qu'il ne s'ensuit ; pas que l'on fasse sans crime ce que j l'on fait selon sa conscience ; qu'un droit peut être mal acquis, et que Ton peut en abuser en le poussant à l'excès. Il n'est pas possible de se contredire d'une manière plus frappante. v
Barbeyrac , qui a répété la plupart des" sophismes de Bayle , Morale des Pères, ch. 12, § 55 , a poussé l'entêtement encore plus loin : « Que l'erreur • d'un homme, dit-il, soit vincible ou » invincible, il auroit toujours péché en » ne la suivant pas , tant qu'il en serait » prévenu.» Suivant cette décision, voilà tous les malfaiteurs dont nous venons de parler pleinement justifiés , et c'est ainsi que Barbeyrac corrige les erreurs de la morale des Pères de l'Eglise.
Il est évident, par les aveux de Bayle
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lui-même, que pour qu'une fausse con- [laisser instruire, on les oblige d'agir
science nous excuse devant Dieu , il faut, 1° que nous n'ayons rien négligé pour nous instruire, et que l'erreur dans laquelle nous sommes soit invincible; 2° que cette erreur ne vienne d'aucun motif blâmable, d'aucune passion criminelle, d'aucun préjugé opiniâtre; 3° que , quant à ce qui regarde les hommes, tout crime qui trouble la société est digne de châtiment et doit être puni , quelle qu'ait été la conscience de celui qui l'a commis de propos délibéré.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que ces deux auteurs ont voulu faire usage de leur principe pour prouver que les hérétiques ont droit de suivre et de professer leurs erreurs, dès qu'elles leur paroissent être la vérité; que l'on pèche contre la justice quand on emploie la force pour les réprimer; que vouloir les faire changer de religion, c'est les forcer d'agir contre leur conscience , leur ôter tout respect pour la vérité et la vertu , les précipiter dans le pyrrhonisme en fait de morale, dans l'athéisme et dans le libertinage , etc.
Mais, selon les réflexions évidentes que nous venons de faire , avant de décider que les hérétiques peuvent et doivent , en conscience , professer leurs opinions , et que l'on a tort de les gêner , il faut commencer par prouver que leur erreur est involontaire et invincible,
contre leur conscience ; on les contraint seulement à l'éclairer et à la réformer ; le refus qu'ils en font n'est pas délicatesse de conscience, mais opiniâtreté pure : ce qui le démontre, c'est qu'ils ne sont pas scrupuleux sur les moyens d'écarter l'instruction et de se débarrasser des missionnaires. On ne les oblige donc point à fouler aux pieds la vérité et la vertu , mais à chercher la vérité et à respecter la vertu. Il est singulier que les hérétiques et leurs apologistes ne connoissent point de plus grande vertu que l'obstination malicieuse. Comme , dans toute cette discussion, il est principalement question des calvinistes , nous verrons en son lieu de quelle manière ils ont formé leur conscience, par quels motifs ils ont embrassé ce qu'ils nomment la vérité, de quels moyens ils se sont servis pour la propager, le cas qu'ils ont fait des instructions et des voies de douceur , comment ils ont observé la tolérance qu'ils exigeoient pour eux , etc. Ceux de nos incrédules modernes, qui ont voulu forger une morale indépendante de toute notion de Dieu , ont aussi raisonné sur la conscience à leur manière. « La conscience, dit l'un d'entre » eux, est dans l'homme la connois- » sance des effets que ses actions pro- » duiront sur les autres. Pour le super- » stilieux ( c'est-à-dire pour celui qui
qu'ils n'ont rien négligé pour s'instruire, | » croit un Dieu ), c'est la connoissance qu'ils ont cherché la vérité de bonne foi, qu'ils n'ont été poussés par aucune passion, ni par aucun motif suspect.
Il faut démontrer que , dans leur doctrine , il n'y a rien qui puisse inquiéter le gouvernement, et dans leur conduite , rien de contraire au repos et au bon ordre de la société. 11 faut être assuré qu'ils ne porteront pas trop loin leurs prétentions, qu'ils n'abuseront point de la tolérance qu'on leur accordera , qu'ils l'observeront eux-mêmes à l'égard des autres. Si quelqu'une de ces conditions manque, toutes les belles dissertations faites en faveur des hérétiques portent à faux , et ne sont que du
verbiage.
Il n'est pas vrai qu'en les forçant à se
» qu'il croit avoir des effets que ses » actions produiront sur la Divinité :
» mais comme il n'a que des idées » fausses, sa conscience erronée lui per- » met souvent de faire le mal , d'être • intolérant, persécuteur, cruel, tur- 9 bulent , insociable. La conscience ne » nous reproche, pour l'ordinaire, que » les choses que nous voyons désap- » prouvées par nos semblables ; nous » n'éprouvons de la honte et des re- » mords que pour les actions que nous » croyons devoir paroître ridicules, mé- » prisables ou punissables aux yeux des
» hommes Quand l'opinion publique
» est viciée , nous finissons par tirer
p gloire
du vice et de l'infamie ; les » hommes craignent plus les yeux de
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» leurs semblables que les regards de la » Divinité. » Système social, lre part., chap. 15.
De cette belle théorie, il s'ensuit, 1° que la conscience d'un athée n'a point d'autre règle que le jugement des autres hommes; que quand un vice quelconque cesse d'être blâmé et puni , il le commet sans honte et sans remords. Où sont donc les prétendues notions de bien et de mal moral , de vice et de vertu , que quelques spéculateurs ont soutenu être immuables, indépendantes de toute loi divine et humaine? 2° Que quand un athée ose professer sa doctrine , il est assuré qu'elle ne paroîtra ni blâmable , ni punissable aux yeux des hommes; autrement c'est un forcené qui agit contre sa conscience. 5° Que, dans le secret , et loin des yeux des hommes, un athée peut en conscience commettre tel crime qu'il lui plaira.
4° L'auteur contredit sa propre doctrine, par l'exemple de tous ceux qu'il nomme superstitieux , puisqu'ils craignent plus les yeux de la Divinité que ceux des hommes. Combien d'hommes ne peuton pas citer d'ailleurs qui ont mieux aimé souffrir le mépris , l'ignominie , ies tourments et la mort, que de faire une action contraire à la loi de Dieu et à leur conscience ? Ils ne faisoicnl donc aucun cas du jugement des hommes , ils le bravoient pour suivre le jugement de leur conscience. 5° Combien de fois les malfaiteurs eux-mêmes ne sont-ils pas convenus qu'ils résistoient à la voix de leur conscience 9 en commettant des crimes pour lesquels ils savoient bien qu'ils n'avoient rien à redouter de la part des hommes? 6° Au milieu même des mœurs les plus corrompues, que l'on demande à un homme si telle action, qu'il s'est peut-être permise plus d'une fois èsi bonne ou mauvaise , il décidera sans hésiter que c'est un crime ; il condamnera ainsi tout à la fois et le jugement de ses semblables, et sa propre conduite. Il y a donc une autre règle de conscience que le jugement des hommes, et nous soutenons que c'est la loi de Dieu qu'il a lui-même gravée dans tous les cœurs , mais qui est souvent ob-
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scurcie par la stupidité, parles passions, par une mauvaise éducation, par la corruption des mœurs publiques.
Les remords de la conscience sont une grâce que Dieu fait au pécheur pour l'exciter à la pénitence. Le premier homme en fit l'expérience immédiatement après son péché ; il s'aperçut de sa nudité, se cacha, n'osa plus paroître aux yeux de son créateur. Dieu dit à Caïn , lorsqu'il méditoit un crime : « Si tu fais bien , n'en recevras-tu pas » le salaire? Si tu fais mal, ton péché » s'élèvera contre toi. » Gen., c. 4 , f. 7. David dit en gémissant : « La vue de » mes péchés ne me laisse point de re- » pos. » Ps. 57, f. 4. Un malfaiteur, qui seroit parvenu à ne plus sentir de remords , seroit un monstre redoutable.
Conscience ( Liberté de ). On a étrangement abusé de ce terme dans le siècle passé et dans celui-ci. Si ceux qui la réclamoient n'avoient demandé que la liberté de croire ou de ne pas croire ce qu'ils jugeoient à propos , celte demande auroit été absurde; personne, dans ce sens, ne peut forcer la conscience d'un autre. Mais , sous le nom de liberté de conscience, les protestants vouloient la liberté de professer publiquement, et d'exercer avec tout l'éciat possible une religion différente de la religion dominante , de s'emparer des églises , d'en bannir les catholiques , de chasser et d'exterminer les prêtres ; c'est ce qu'ils ont fait dans tous les lieux où ils ont été les maîtres. Aujourd'hui les incrédules, en prêchant la tolérance, en soutenant que l'on ne doit forcer la conscience de personne, prétendent qu'il leur est permis de déclamer et d'écrire contre la religion , d'insulter impunément ceux qui sont chargés de l'enseigner; c'est ce qu'ils ont fait dans tous leurs livres.
Pour fortifier leurs prétentions , ils ont fait cause commune avec les protestants , ils ont renouvelé leurs plaintes et leurs anciennes calomnies. Pourquoi ne pas appeler encore à leur secours les juifs, les turcs et les païens? Ceux-ci , sans doute , ont aussi une conscience, par conséquent le droit incontestable de
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Tenir prêcher et professer leur religion parmi nous.
Lorsque les premiers chrétiens demandoient aux empereurs païens la liberté de conscience, ils étoient plus modestes; ils demandoient de ne pas être traînés aux pieds des autels pour offrir de l'encens aux idoles , de ne pas être envoyés au supplice pour le nom seul de chrétiens. On peut s'en convaincre par les Apologies de saint Justin et de Tertullien. Ce dernier dit que c'est une impiété de contraindre la religion et de forcer un homme d'adorer un dieu qu'il ne veut pas. Jpolog., c. 24. Nous ne voyons pas quel avantage l'on peut tirer de là en faveur de la prétention des protestants et des incrédules.
Les premiers chrétiens, livrés aux supplices dès leur naissance, n'ont point pris les armes pour obtenir par force la liberté de conscience ; ils ne sont entrés dans aucune des conjurations formées contre la vie ou contre l'autorité des empereurs ; ils n'ont point tenté de se saisir de leur personne , afin de leur donner des chrétiens pour ministres et pour conseillers. Ils n'ont point mis à leur tête des grands de l'empire , ambitieux et mécontents ; ils n'ont point cherché à se procurer de l'influence dans les affaires de politique et de gouvernement; ils n'ont point publié d'écrits séditieux contre le prince ni contre les magistrats ; ils auroient pu cependant alléguer d'aussi fortes raisons , pour le moins , que les calvinistes.
Lorsque Constantin et Licinius , tous deux païens , eurent donné un édit de tolérance, les chrétiens ne s'avisèrent point de demander des villes de sûreté , ni de s'en emparer pour y mettre garnison de soldats chrétiens, ni des chambres miparties dans les tribunaux ; jamais ils n'ont eu l'insolence de traiter avec leur souverain comme d'égal à égal; jamais ils n'ont adressé aux empereurs ni aux magistrats des mémoires menaçants , des plaintes contre les abus du gouvernement, des insultes contre l'ancienne religion, afin d'en faire défendre l'exercice.
Devenus les maîtres par la conversion
des empereurs, ils n'ont pas pillé, démoli , brûlé les temples des païens, de leur propre autorité ; à peine peut-on en citer un ou deux exemples; ils n'ont point massacré les prêtres des idoles r forcé les païens à fréquenter les assemblées chrétiennes et à se faire baptiser. Ils ne les ont point chassés des villes, ni dépouillés de leurs biens ; ils ne se sont pas emparés par violence des fonds ni des édifices qui avoient appartenu aux idolâtres.
Julien , après avoir renoncé au cîirii stianisme , rendit de nouveau le paganisme dominant ; cependant les chrétiens ne lui présentèrent pas des mémoires , dans le style de ceux que les calvinistes adressèrent à Henri IV , après sa conversion ; ils ne cherchèrent point à l'intimider par des menaces; ils ne tentèrent point de s'allier avec des princes étrangers ; ils n'introduisirent point de troupes ennemies dans l'empire; ils ne s'emparèrent point des revenus du fisc pour les soudoyer. Ils ne livrèrent aux Perses aucune des places frontières , ils ne formèrent point le projet d'établir une république dans le sein de la monarchie; les soldats chrétiens continuèrent à servir dans les armées romaines avec aulant de fidélité qu'auparavant.
Aucun décret des conciles n'a jamais enjoint ni permis aux chrétiens d'avoir recours à la force et aux voies de fait > sous prétexte de se faire rendre justice; aussi , n'ont-ils jamais eu besoin d'édits d'abolition , d'amnistie , ni de pardon de leurs révoltes passées. «
Il en fut de même , lorsque quelques empereurs se déclarèrent protecteurs de l'arianisme. Plusieurs évoques catholiques furent dépossédés , exilés , emprisonnés, tourmentés, mais aucun ne prêcha la révolte à ses ouailles ; plusieurs refusèrent de livrer de gré à gré des églises aux ariens, mais ils ne formèrent aucun attentat contre l'autorité civile.
Les peuples ne furent pas moins soumis aux nouveaux conquérants barbares, qu'ils ne l'avoient été à leurs anciens maîtres. Dans les siècles suivants , les missionnaires , qui sont allés prêcher le
christianisme
les infidèles , lVnt
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établi par l'instruction , par la persuasion , par l'ascendant de leurs vertus , et non par la violence ; les protestants ont fait de vains efforts pour noircir le zèle et les travaux de ces hommes apostoliques.
Les excès contraires des calvinistes sont consignés non-seulement dans notre histoire, mais dans les fastes des nations qui nous environnent ; ils ont été les mêmes en France , en Suisse , en Hollande, en Angleterre et en Ecosse.
Nulle part ils ne se sont établis sans répandre du sang ; c'étoit l'esprit du fondateur de leur secte ; tous les crimes qu'ils se sont permis ont été justifies et consacrés par les décrets de leurs synodes , et par les écrits de leurs théologiens.
CONSÉCRATION , action par laquelle on destine au culte de Dieu une chose commune ou profane , par des prières, <Ics cérémonies , des bénédictions. C'est ïc contraire du sacrilège et de la profanation, qui consiste à employer à des usages profanes une chose qui étoit consacrée au culte de Dieu.
La coutume de consacrer à Dieu les hommes destinés à son service, les lieux, les vases, les instruments qui doivent servir à son culte , est de la plus haute antiquité. Dieu l'avoit ordonné dans l'ancienne loi, et en avoit prescrit les cérémonies.
Dans la loi nouvelle, lorsque ces consécrations regardent les hommes , et se font par un sacrement , on les appelle ordinations ; mais on nomme sacre l'ordination des évêques et l'onction des rois. Quand elles se font seulement par une cérémonie instituée par l'Eglise, ce sont des bénédictions ; la consécration des temples et des autels est appelée dédicace; celle-ci est la plus solennelle et la plus longue des cérémonies ecclésiastiques ; nous en parlerons au mot Eglise.
Un incrédule anglois , qui a fait un livre d'invectives contre le clergé , a tourné en ridicule les consécrations qui se font dans l'Eglise romaine ; il les regarde comme des superstitions , des impostures , des fraudes pieuses du clergé
catholique. Il demande qui a chargé les prêtres de faire toutes ces belles choses ; s'il y a dans le nouveau Testament un seul passage qui nous apprenne qu'un être inanimé ou un lieu est plus saint qu'un autre, qu'un homme peut le rendre sacré ou lui communiquer une sainteté qu'il n'a pas lui-même.
Nous n'aurons pas beaucoup de peine à le satisfaire. Indépendamment des passages de l'ancien Testament , dans lesquels Dieu avoit ordonné de consacrer par des cérémonies le tabernacle , les autels, les vases destinés à son culte, les prêtres même , leurs mains et leurs habits , et de ceux où toutes ces choses sont appelées saintes, sacrées, sanctuaire, etc., le nouveau Testament nous en fournit assez d'autres. Dans saint Mathieu , c. 7,^.6, Jésus-Christ dit :
« Ne donnez point les choses saintes » aux chiens. » Il est question là de choses inanimées. Ch. 25, jL 17, il demande aux pharisiens , lequel est le plus grand , l'or offert dans le temple , ou le temple qui sanctifie V or; le don placé sur l'autel , ou l'autel qui sanctifie le don. Les pharisiens auroient donc pu demander à leur tour , comme l'auteur anglois, de quelle sainteté étoient susceptibles l'or et les offrandes présentés dans le temple. Dans ce même Evangile , c. 27 , f. 55 ; dans l'Apocalypse aussi bien que dans les livres de l'ancien Testament, Jérusalem est appelée la cité sainte. Saint Pierre, //. Petr., c. 1 , jL 15, parlant de la montagne sur laquelle arriva la transfiguration du Sauveur , la nomme la montagne sainte.
Saint Paul, /. Tim., c. 4 , f. 4 , dit que les aliments des fidèles sont sanctifiés par la parole de Dieu et par la prière. Il appelle les chrétiens en général les saints, non-seulement à cause de leurs vertus, mais à cause de leur consécration faite à Dieu par le baptême ; il les avertit que leurs corps même et leurs membres sont les temples du Saint-Esprit. /. Cor., c. 6, f. 19.
Nous n'avons pas besoin des leçons du critique anglois pour savoir que saint, sacré , sanctifié , etc., sont des termes équivoques. Dieu est saint, parce
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qu'il défend et punit toute espèce de mauvaise action , qu'il commande et récompense tout acte de vertu , qu'il exige
que dans la tête de nos incrédules. Mais les prêtres soutiennent que, dès qu'une chose quelconque est consacrée au culte
un culte pur, sincère, exempt d'indé- j de Dieu , on doit la respecter, ne plus cence, de superstition et d'hypocrisie, j la regarder comme une chose profane,
ne plus l'employer à des usages vils et communs, parce que cette marque de mépris seroit censée retomber sur Dieu lui-même. Il n'est pas vrai non plus quece soit là un usage futile et superstitieux, puisque Dieu l'a ainsi ordonné dès le commencement du monde. Une céré- » gneur. » Et cette expression est appli- i monie sensible , une consécration puquée à Jésus-Christ lui-même, Luc, c. 2, j blique est nécessaire, afin d'inspirer aux Jr, 25. Lorsqu'il dit à son Père, en par- j hommes du respect pour ce qui sert au lant de ses disciples, Joan., c. 11, f. 19: i culte de Dieu , et afin de frapper leur
Un homme est saint, non-seulement lorsqu'il aime Dieu et pratique la vertu constamment , mais encore lorsqu'il est dévoué , consacré , destiné particulièrement au culte de Dieu. C'est dans ce sens qu'il est dit : « Tout enfant mâle » premier -né sera consacré au Sei-
Je me sanctifie pour eux , afin qu'ils » soient aussi sanctifiés en vérité, » cela signifie évidemment : Je me dévoue pour eux à votre culte et à votre service, afin qu'eux-mêmes s'y dévouent et s'y destinent aussi sincèrement ; il est clair que Jésus-Christ , saint par essence, ne pouvoit acquérir une nouvelle sainteté inférieure.
Dans le même sens , une chose inanimée est sainte et sacrée, c'est-à-dire , destinée au culte de Dieu ; dès ce moment elle est respectable , et ne doit
esprit du souvenir de la présence de Dieu.
Il est encore faux que notre culte soit aussi agréable à Dieu dans un lieu que dans un autre. Dieu avoit commandé à Moïse de lui construire un tabernacle , ou une tente , et à Salomon , de lui bâtir un temple ; longtemps auparavant, Jacob avoit consacré la pierre sur laquelle il avoit eu une vision mystérieuse, et l'avait appelée la maison de Dieu; c'est là qu'il éleva un autel par ordre de Dieu même , et qu'il offrit un sacrifice. Gen., c. 28
plus être employée à des usages pro- ! f. 16 ; c. 53 , f. 1. Déjà ce lieu avoit été fanes. L'action par laquelle elle est ainsi destinée , dévouée , et, pour ainsi dire,
consacré par Abraham , c. 12, y. 7 ; il fut constamment nommé Béthel, maison mise à part, est nommée consécration , ] de Dieu, et fut respecté dans toute la bénédiction , sanctification , selon !e suite des siècles, jusqu'à ce qu'il fut profané par Jéroboam. III. Jieq., c. J 2 , f. 29. Lorsque le temple fut bâti , dédié ou consacré , Dieu dit à Salomon : « J'ai » exaucé votre prière, j'ai sanctifié cette » maison , mes yeux et mon cœur y se- » ront pour toujours. » ///. lleg., c. 9, f. 5.
Dieu , sans doute , est présont partout , en tout lieu il entend nos prières et agrée notre culte , lorsque nous l'adorons en esprit et en vérité. Joan., c. i, y. 23. Mais de tout temps il a voulu qu'il y eût des lieux consacrés spécialement à son culte, dans lesquels ses adorateurs se rassemblassent , pour lui rendre leurs hommages et lui adresser leurs prières en commun, comme des enfants se rassemblent autour de leur père ; et ce culte est plus agréable quun cuite
style même de l'Ecriture sainte : où est l'inconvénient? Dans l'origine, et selon l'étymologie du terme , consécration ne signifie rien autre chose que choix, destination, séparation d'avec les choses communes; au contraire , ^/c/., c. 10, f, 1 i, commun est la même chose qu'/mpur;d Marc.,c. 7, v. 1 S, communicare, rendre commun, signifie souiller. Il est triste que nous soyons réduits à faire aux protestants et aux incrédules des ieçons de grammaire. Voyez Saint.
II n'est donc pas vrai que , par des consécrations , les prêtres prétendent changer l'essence des choses, leur communiquer une vertu divine, y faire descendre quelqu'une des qualités du Très-Haut, comme le censeur angiois les en accuse ; cette absurdité n'a pu entier
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isoié et particulier. Jésus -Christ a confirmé cette croyance par ses leçons et par son exemple ; il prioit partout, mais il alloit aussi prier dans le temple ; il a répété ce que Dieu avoit dit par un prophète : « Ma maison sera un lieu de » prière. » Matth., c. 21, f. 15. Il a puni 'es profanateurs , et il a dit : « Lorsque » deux ou trois personnes sont assem- » blées en mon nom , je suis au milieu «d'elles. »Chap. 13,?. 20.
Défions-nous d'une philosophie perude et hypocrite, qui veut nous détourner du culte extérieur et public, sous prétexte d'adorer Dieu en esprit et en vérité ; ceux qui la prêchent n'adorent plus Dieu ni en esprit, ni en corps, ni en vérité , ni en apparence. Foy. Culte , Eglise , etc.
Consécration; ce terme, pris dans un sens plus étroit que le précédent, signifie l'action par laquelle un prêtre, qui célèbre le saint sacrifice de la messe, change le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ. On comprend d'abord que les hétérodoxes, qui ne croient point la présence réelle de Jésjs-Christ dans l'eucharistie , ont dû bannir de leur liturgie le terme de consécration.
Le sentiment commun des théologiens catholiques, après saint Thomas , est que la consécration du pain et du vin se fait par ces paroles de Jésus-Christ: Ceci est mon corps , ceci est mon sang, etc. On ne peut pas prouver qu'avant saint Thomas il y ait eu là-dessus une opinion différente dans l'Eglise latine.
Mais on a disputé pour savoir quel est aujourd'hui et quel a été de tout temps le sentiment de l'Eglise grecque sur les paroles de la consécration. Pour comprendre l'état de la question, il faut savoir que dans la liturgie romaine , avant de prononcer les paroles de Jésus- Christ, le prêtre fait à Dieu une prière, par laquelle il le supplie de changer le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ. Dans la liturgie grecque et dans les autres liturgies orientales , outre cette première prière , il y en a une seconde qui se fait en mêmes termes, après que le prêtre a prononcé les paroles de Jésus-Christ. C'est cette dernière
que les Grecs nomment V invocation du Saint-Esprit; quelques-uns la croient essentielle à la consécration. D'où plusieurs théologiens ont conclu que , selon les Grecs , la consécration ne se fait pas par les paroles de Jésus-Christ; sentiment qu'ils ont taxé d'erreur.
Pour justifier les Grecs, le père Lebrun , après l'abbé Renaudot , avoit fait un ouvrage pour prouver que la consécration se fait non -seulement par les paroles de Jésus-Christ, mais encore par ^invocation. Explication de la messe, tom. 5, p. 212 et suiv. Bingham, théologien anglican, avoit été de même avis. Orig. ecclés., 1. 15 , c. 3 , g 12. Le père Bougeant, jésuite, soutint, contre le père Lebrun, qu'elle se fait par les seules paroles de Jésus - Christ. Un troisième théologien a fait, dans une dissertation imprimée à Troyes , en 1733, le résumé de la dispute , et a conclu par adopter l'opinion du père Bougeant.
Il observe qu'avant le quatorzième siècle , ou avant le concile de Florence , les Grecs et les Latins n'avoient entre eux aucune dispute sur les paroles essentielles à la consécration, quoique les théologiens latins fussent très-bien instruits des termes dont se servent les Grecs , dans leur seconde invocation.
Par conséquent les scolastiques, qui ont attaqué les Grecs sur ce point, sont allés plus loin que leurs prédécesseurs.
Il ne fut point question de cette dispute au second concile de Lyon, l'an 1274 , ni dans les temps postérieurs , si ce n'est entre quelques théologiens.
Mais au concile de Florence, en 1459, la contestation fut vive sur ce point entre les Grecs et les Latins. On voit, par les actes du concile, que les Grecs, à la réserve de Marc d'Ephèse , convinrent que la consécration se fait par les paroles de Jésus-Christ ; mais ils ne voulurent pas que cette décision fût mise dans le décret d'union , de peur qu'elle ne parût être une condamnation de leur liturgie.
Dans le décret du pape Eugène , pour les arminiens , il est dit que l'eucharistie se fait par les paroles de Jésus-Christ ; de là plusieurs théologiens ont conclu que le concile de Florence avoit décidé
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ia question. Mais alors les Grecs n'étoient plus au concile , ils étoient partis. Ce décret a décidé d'autres articles , sur lesquels les théologiens ont cependant conservé la liberté des opinions, comme la matière de l'ordre , le ministre de la confirmation , etc.
Depuis cette époque même , les Grecs ] ne sont pas d'accord entre eux sur la forme essentielle de la consécration; les uns tiennent pour les paroles de Jésus- Christ ; les autres pour l'invocation ; plusieurs pour l'une et l'autre. Mais aucun d'entre eux n'a nié la nécessité des paroles de Jésus-Christ pour consacrer ;
Dans les liturgies orientales , aussi bien que dans celle de l'Eglise latine , il y a une invocation qui précède la consécration ; celle-ci est donc parfaite avant la seconde invocation, autrement les Latins ne consacreroient pas. Les Grecs ont donc tort de supposer la nécessité de leur seconde invocation ; mais il ne s'ensuit pas qu'elle soit erronée et abusive.
Elle ne suppose pas que la consécration et la transsubstantiation ne soient pas faites , puisqu'il y a des termes semblables dans les liturgies gallicane et mozarabique; jamais cependant les théo-
la dispute, sur ce point , n'est donc ; logiens gallicans ni les espagnols n'ont
m inconciliable , ni aussi essentielle que le prétendent quelques théologiens.
Les Latins eux-mêmes ont disputé pour savoir si Jésus-Christ , après la cène, a consacré par sa bénédiction, ou par ces paroles : Ceci est mon corps; Salmeron est témoin que cette question fut agitée au concile de Trente , mais ce concile ne voulut rien décider là-dessus. Le père Lebrun pense que le Sauveur consacra par sa bénédiction, avant de dire : Ceci est mon corps.
pense que la consécration ne fût pas faite par les paroles de Jésus-Christ, qui ont précédé. On doit donc entendre cette seconde invocation dans le même sens que les prières par lesquelles l'évêque demande la grâce du sacrement de confirmation pour ceux qu'il vient de confirmer, et comme l'on entend les exorcismes du baptême à l'égard d'un enfant qui vient d'être ondoyé ou baptisé sans cérémonie.
L'invocation qui suit la consécration
Les Pères les plus anciens se servent j n'opère pas plus d'effets que celle qui
les uns du terme d'invocation , les au très des termes de bénédiction , d'eucharistie ou d'action de grâces , ou de prières; mais presque tous assurent que la consécration se fait par les paroles de Jésus-Christ.
On sait d'ailleurs qu'ils ont souvent nommé prière et invocation les formes même des sacrements , qui sont purement indicatives , comme l'a fait voir le père Merlin, Traité des formes des Sacrements , c. 4 , 9 et 14.
11 est incontestable qu'un prêtre qui , hors delà liturgie, proféreroit les paroles de Jésus-Christ sur du pain et du vin, ne consacreroit pas, parce que le sens de ces paroles ne seroit pas déterminé par la suite d'actions qui doivent les accompagner ; l'invocation ou la prière qui les précède est donc nécessaire. Ainsi le supposent les rubriques, qui exigent que , dans le cas d'effusion du calice, etc., on recommence les paroles qui précèdent la consécration.
la précède ; mais elle sert à déterminer le sens des paroles de Jésus-Christ, elle fait comprendre que ces paroles ne sont pas purement historiques , mais sacramentelles et opératives. Quant à l'adoration de l'eucharistie , qu'elle se fasse plus tôt ou plus tard , cela est égal ; elle prouve seulement que Jésus-Christ est présent, et que telle est la croyance de ceux qui l'adorent.
On ne voit pas quel avantage Dingham ou d'autres protestants peuvent tirer de la dispute qui a eu lieu entre quelques théologiens catholiques et les Grecs , touchant les paroles de la consécration. La question entre les protestants et nous est de savoir si les Orientaux ont toujours cru , comme nous , que , par ces paroles, le pain et le vin sont réellement changés au corps et au sang de Jésus- Christ : or, leurs liturgies témoignent qu'ils l'ont toujours cru ainsi cl qu'ils le croient encore. Peu importe de savoir si ce changement s'opère par ces
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mots seuls: Ceci est mon corps, ceci est mon sang , ou par l'invocation qui suit , ou par l'un et l'autre indistinctement.
Nous pensons unanimement qu'il faut une invocation avant ou après, pour déterminer le sens des paroles de Jésus- Christ , pour marquer que le prêtre ne les prononce pas comme une histoire , mais comme une forme sacramentelle efficace , et qui opère ce qu'elle signifie. Nous convenons encore de part et d'autre que , par une invocation réunie aux paroles de Jésus-Christ , la consécration est parfaite, et l'effet opéré.
D'où il résulte que, sur ce mystère, la croyance des Orientaux , la même que la nôtre , est très-opposée à celle des protestants.
Il en résulte encore que les anglicans, ni les autres protestants , ne consacrent point. Dans la liturgie anglicane , imprimée à Londres en 4606,pag. 208, l'invocation qui précède les paroles de Jésus-Christ , se borne à demander à Dieu , qu'en recevant le pain et le vin nous puissions être faits participants de son corps et de son sang précieux.
Mais les anglicans sont persuadés que ce pain et ce vin ne sont réellement ni le corps ni le sang de Jésus-Christ, que l'on peut seulement participer au corps et au sang de Jésus -Christ , par la foi , en recevant les symboles. Ainsi , les paroles de Jésus-Christ qu'ils prononcent n'ont qu'un sens historique et ne produisent rien.
Ce n'est pas là ce que pensent les Orientaux , puisque l'invocation qu'ils ajoutent exprime le contraire; pourquoi les anglicans Font-ils changée, s'ils ont la même croyance que ces chrétiens séparés de l'Eglise romaine? Ce n'est pas là non plus le sentiment des Pères qui disent que les paroles de Jésus- Christ sont efficaces , opératives , douées du pouvoir créateur : Sermo Christi vivus et efficax , opifex , operatoriuz , efficienliâ plenus, omnipotentiâ verbi, etc. Bingham lui-même en a cité plusieurs passages qui auroient dû lui dessiller les yeux, il a vu que saint Justin , Apol. 1, n. 66 , compare les paroles eucharistiques à celles par les-
quelles le Verbe de Dieu s'est fait chair. Il a lu dans saint Jean Chiysostome, Hom. I. in prodit. Judœ , n. 6 , Op., tom. 2, p. 584 : « Ce n'est pas l'homme » qui fait que les dons offerts deviennent » le corps et le sang de Jésus-Christ, » mais c'est Jésus-Christ lui-même cru- » cifié pour nous. Le prêtre fait l'action » extérieure ( s^ua, ) et prononce les » paroles , mais la puissance et la grâce » de Dieu y est. Ceci est mon corps , » dit-il ; cette parole transforme les dons » offerts , de même que ces mots :
» croissez, -^multipliez , peuplez la » terre, une fois prononcés , donnent » dans tous les temps, à notre nature , » le pouvoir de se reproduire; ainsi les » paroles de Jésus -Christ, une fois » dites , opèrent depuis ce moment jus- » qu'à son avènement , à chaque table » de nos églises , un sacrifice parfait. » Cela signifie seulement , dit Bingham , que Jésus-Christ , en prononçant une fois ces paroles , a donné aux hommes le pouvoir de faire son corps symbolique , c'est-à-dire , la figure de son corps. Mais pour faire une figure , une image, une représentation, est -il besoin du pouvoir de Jésus -Thrist, de la puissance et de la grâce de Dieu? Selon saint Chiysostome, c'est Jésus -Christ lui-même qui, à la parole prononcée par le prêtre , transforme les dons offerts, produit son corps et son sang.
Dans une simple figure, où est la transformation ? Le pain et le vin , par euxmêmes, sont une nourriture corporelle; ils sont donc par eux-mêmes la figure d'une nourriture spirituelle, par conséquent du corps et du sang de Jésus- Christ : un pouvoir divin n'est pas nécessaire pour leur donner cette signification.
Aussi , les nouveaux écrivains protestants , devenus plus sincères , ne font grand cas ni des passages des Pères , ni des liturgies orientales ; ils ont vu que la forme de la consécration y est trop claire , et que le sens en est encore fixé par les marques d'adoration rendue à l'eucharistie. Ployez la Perpétuité de la foi, tom. 4 , 1. 1 , c. 9 ; tom. 5 , Préface. Autant les anciens controversisles pro-
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testants ont témoigné d'empressement pour obtenir le suffrage des Orientaux , autant ceux d'aujourd'hui le dédaignent.
Dans la messe romaine , après la consécration, le prêtre dit à Dieu : « Nous s offrons à votre majesté suprême, « l'hostie pure , sainte , sans tache , le » pain sacré de la vie éternelle , et le » calice du salut perpétuel; sur lesquels » daignez jeter un regard propice et » favorable , et les agréer comme il vous » a plu d'avoir agréahles les présents » du juste Àhel , le sacrifice d'Abraham » et celui de Melchisédech, saint sa- » crifice, hostie sans tache. Nous vous » en supplions , ô Dieu tout-puissant , » commandez qu'ils soient portés sur » votre autel céleste , en présence de » votre divine majesté, par les mains » de votre saint ange, afin que nous tous » qui , en participant à cet autel , aurons » reçu le saint et sacré corps et le sang » de votre Fils , soyons remplis de toute d bénédiction céleste et de toute grâce , 9 par le même Jésus-Christ Notre-Sei- » gneur. »
Bingham argumente encore sur cette prière : si les dons consacrés, dit-il, sont véritablement le corps et le sang de Jésus-Christ, il est ridicule de prier Dieu de les agréer , de les comparer aux sa- ] crifices des patriarches, qui n'étoient que ] des figures ; sûrement cette prière a été j composée avant l'invention du dogme J de la transsubstantiation. Orig. ecclés., 1. 15, c. 5, § 51. Nous soutenons au j contraire que celte prière suppose la I transsubstantiation, puisqu'elle nomme les dons eucharistiques le saint et sacré corps et le sang du Fils de Dieu, qu'elle ! les appelle une hostie pure et sans tache, ! un saint sacrifice; expressions con- ' damnées et rejelées par les protestants. Le prêtre ne demande pas simplement à Dieu d'agréer ces dons , mais de les accepter , afin que ou de manière que ceux qui y participeront, reçoivent les mêmes bénédictions célestes que les patriarches : on ne compare donc point ce sacrifice aux leurs, quant à la valeur, mais relativement aux grâces accordées à ceux qui les ont offerts.
Mais telle a toujours été la méthode
des protestants; lorsque dans l'Ecriture, ou dans les anciens monuments , ii y a des expressions qui les incommodent, iis les tordent , ils leur donnent un sens vague , ils les regardent comme des façons de parler abusives ; s'il s'y trouve seulement un mot qui semble tes favoriser, ils le pressent, ils le prennent à la lettre et dans la dernière rigueur.
CONSEILS ÉVANGÉLIQUES, ou MAXIMES DE PERFECTION. Jésus- Christ les dislingue évidemment d'avec les préceptes, a Un jeune homme lui de- » mandoit ce qu'il faut faire pour obtenir » la vie éternelle; Jésus lui répondit : » Gardez les commandements. Je les ai » observés dès ma jeunesse, répondit ce » prosélyte ; que me manque-t-il encore ? » Si vous voulez être parfait, répliqua » le Sauveur , allez vendre ce que vous » possédez , donnez - le aux pauvres , » vous aurez un trésor dans le ciel ; alors » venez et suivez-moi. » Malt., c. 19, y. iQ;Marc.,c. JO, ^. \1; Luc, c. 18, f. 48. Selon ces paroles, ce que Jésus- Christ lui proposoit n'étoit pas nécessaire pour obtenir la vie éternelle , mais pour pratiquer la perfection et pour être admis au ministère apostolique.
Plusieurs censeurs de l'Evanile ont dit que la distinction entre les préceptes et les conseils est une subtilité inventée par les théologiens pour pallier l'absurdité de la morale chrétienne. Il est clair que ce reproche est très- mal fondé.
La loi ou le précepte se borne à défendre ce qui est crime, à commander ce qui est devoir; les conseils ou maximes doivent aller plus loin, pour la sûreté même de la loi ; quiconque veut s'en tenir à ce qui est étroitement commandé, ne tardera pas de violer la loi.
D'autres ont été scandalisés du terme de conseils; il ne convient pas à Dieu , disent -ils, de conseiller, mais d'ordonner. Cette observation n'est pas plus juste que la précédente. Dieu , législateur sage et bon, ne mesure point l'étendue de ses lois sur celle de son souverain domaine, mais sur la foiblessc de l'homme ; après avoir commandé en rigueur, sous l'alternative d'une récompense ou d'une peine éternelle , ce qui
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est absolument nécessaire au bon ordre de l'univers et au maintien de la société, il peut montrer à l'homme un plus haut degré de vertu , lui promettre des grâces pour y atteindre , lui proposer une plus grande récompense. C'est ce qu'a fait Jésus-Christ.
En général, on ne peut donner à l'homme une trop haute idée de la perfection à laquelle il peut s'élever avec le secours de la grâce divine. Dès qu'il est pénétré de la noblesse de son origine, de la grandeur de sa destinée , des pertes qu'il a faites , des moyens qu'il a de les réparer , du prix que Dieu réserve à la
vertu , il n'est rien dont il ne soit capable ; l'exemple des saints en est la preuve.
Au reste, la prévention des incrédules contre les conseils évangéliques leur vient des protestants , ceux-ci n'en ont pas parlé d'une manière plus sensée. Ils ont dit que Jésus-Christ avoit prescrit à tous ses disciples une seule et même règle de vie et de mœurs; mais que plusieurs chrétiens, soit par le goût d'une vie austère , soit pour imiter certains philosophes , prétendirent que le Sauveur avoit établi une double règle de sainteté et de vertu, l'une ordinaire et commune, l'autre extraordinaire et plus sublime : la première , pour les personnes engagées dans le monde ; la seconde , pour ceux qui , vivant dans la retraite, n'aspiroient qifau bonheur du ciel ; qu'ils distinguèrent conséquemment, dans la morale chrétienne , les préceptes obligatoires pour tous les hommes, et les conseils qui regardoient les chrétiens plus parfaits. Cette erreur, dit Mosheim , vint plutôt d'imprudence que de mauvaise volonté , mais elle ne laissa pas d'en produire d'autres dans tous les siècles de l'Eglise, et de multiplier les maux sous lesquels l'Evangile a souvent gémi. De là, selon lui, sont nées les austérités et la vie singulière des ascètes, des solitaires, des moines, etc. Ilist. ecclésiast. du second siècle, 2e part., ch. 3, §12.
Mais nous demandons aux piotestants si Jésus-Christ imposoit un précepte à tous les chrétiens , lorsqu'il
CON disoit : « Quiconque d'entre vous ne » renonce pas à tout ce qu'il possède, » ne peut pas être mon disciple. » Luc, » c. 14, ji. 55. Heureux les pauvres, » ceux qui ont faim , ceux qui pleurent : » donnez à quiconque vous demande, » et s'il vous enlève ce qui vous appar- » tient , ne le répétez pas. » Ch. 6, y. 20 et 50. a Si quelqu'un veut venir après » moi , qu'il renonce à lui-même , qu'il » porte sa croix tous les jours, et qu'il » me suive. » Ch. 9, jL 23. a 11 y a des » eunuques qui ont renoncé au mariage » pour le royaume des cieux ; que celui » qui peut le comprendre, le com-
» demeure » conseil :
» prenne. » Matth., c. 19 , f. 12. Les commentateurs , même protestants, ont été forcés de reconnoître dans ce passage un conseil et non un précepte.
Voyez la Synopse sur cet endroit.
Saint Paul a dit, /. Cor., c. 7, i. 40 : « Une veuve sera plus heureuse si elle dans cet état , selon mon or, je pense que j'ai aussi » l'Esprit de Dieu. » En exhortant les Corinthiens à des aumônes, il leur dit : « Je ne vous fais pas un commande- » ment,.... mais je vous donne un con- » seil , parce que cela vous est utile. » IL Cor., c. 8, f. 8 et 10. Et aux Galates, c. 5 , f. 24 : a Ceux qui sont à Jésus- » Christ ont crucilié leur chair avec ses » vices et ses corruptions. » Si les chrétiens du second siècle se sont trompés en distinguant les conseils d'avec les préceptes, c'est Jésus -Christ et saint Paul qui les ont induits en erreur. Pour estimer et pour pratiquer des austérités, des mortifications, des abstinences , et le renoncement aux commodités de la vie, ils n'ont pas eu besoin de consulter l'exemple des philosophes , le goût des Orientaux, ni les mœurs des Esséniens ou des Thérapeutes ; il leur a suffi de lire l'Evangile.
Quant aux maux prétendus qui en ont résulté, sont-ils si terribles? Nos anciens apologistes nous attestent que la mortification , la chasteté , le désintéressement des premiers chrétiens, aussi bien que leur douceur, leur charité, leur palionce, ont causé de l'admiration aux païens, et ont produit une infinité de
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conversions. Dans les siècles suivants, les mêmes vertus, pratiquées par les solitaires, ont fort adouci la férocité des barbares ; si les missionnaires qui ont converti les peuples du Nord , n'avoient pas pratiqué les conseils évangéliques , ils n'auroient pas attiré, peutêtre, un seul prosélyte. Voilà les malheurs qui, au jugement des protestants, ont fait gémir l'Eglise dans tous les siècles, et que les incrédules déplorent svec eux. Heureusement, les réformateurs sont venus au seizième siècle réparer tous ces maux ; ils ont formé des sectateurs, non par des exemples de vertus, mais par des déclamations et par des arguments , ils ont fondé une nouvelle religion , non sur la perfection des mœurs , mais sur l'indépendance et sur le mépris des usages religieux ; aussi n'ont-ils converti ni des païens , ni des Barbares; ils ont perverti des chrétiens.