‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 19 sur 114 · S CON · texte numérisé non relu

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en instituoit de nouveaux qui n'avoient jamais existé, et qu'elle changeoit l'étendue juridictionnelle des autres, l'agrandissant ou la diminuant selon l'étendue et la circonscription du département dans lequel ils se trouvoient.

L'Assemblée nationale avoit-elle l'autorité nécessaire pour faire un changement si radical dans l'état de l'Eglise de France , alors surtout que les membres du clergé qui se trouvoient dans son sein étoient unanimes ou à peu près pour s'y opposer et le condamner? N'avoit-elle pas besoin, pour légitimer un acte aussi important, de l'accession et du concours de l'Eglise elle-même , non-seulement de l'Eglise de France en particulier, mais encore de l'Autorité suprême qui régit l'Eglise universelle !

2° Elle confioit la nomination des évoques , des curés , des vicaires et de tous les ministres du culte en général aux élections populaires , au mépris de l'autorité de l'Eglise et des lois qui depuis des siècles régloient cette matière et particulièrement la nomination des premiers pasteurs.

Des nominations ainsi faites , sans le consentement ou plutôt malgré l'opposition et la condamnation positive de l'autorité spirituelle, pouvoient-elles être vaîides et légitimes?

5° Elle imposoit aux évêques un conseil , celui des vicaires épiscopaux , et les obligeoit à se régler sur l'avis de la majorité de ce conseil , dans l'administration de leurs diocèses. De plus, l'évèque mourant , ce n'étoient plus les chapitres qui pourvoyoientpar leurs délégués au gouvernement du diocèse , mais des hommes désignés par les décrets , les vicaires de l'évoque défunt. Cela n'étoit-il pas destructif de l'autorité épiscopale et des canons qui étoient en vigueur depuis un temps immémorial?

NY'loit-cc pas établir l'organisation de L'Eglise de France sur les principes du presbytérianisme, réprouvés et anathématisés par le concile de Trente en particulier? Foy. l'art. Pkesbytëribh et le concile de Trente , Sess. 2".

4° Les curés et les vicaires , nommés par des électeurs laïques, pouvoient ad-

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rîninistrer leurs paroisses et exercer toutes les fonctions du ministère ecclésiastique en vertu du seul fait de cette élection , sans qu'ils fussent obligés de la faire confirmer par l'autorité de l'évêque diocésain.

5° Les évêques eius dévoient demander leur confirmation au métropolitain , ou, à son défaut , à un évêque désigné à cet effet par les directoires de département. Ils n'avoient nul besoin de s'adresser au souverain pontife pour en obtenir l'institution canonique. Seulement ils dévoient lui écrire , en entrant en fonctions, pour lui déclarer qu'ils étaient dans sa communion et dans celle de l'Eglise catholique.

6° Enfin tous les évêques et tous les prêtres qui avoient un bénéfice et qui refusèrent de prêter le serment exigé par la Constitution , furent déclarés démissionnaires, privés par conséquent de toute autorité et juridiction sur leurs diocèses bl leurs paroisses ; et l'on pourvoyoit à leur remplacement par la nouvelle voie des élections.

Or rien de plus évident, de plus manifeste , que l'opposition de ces décrets avec les doctrines fondamentales de l'Eglise catholique et les canons qui forment sa discipline.

1° Dès le commencement, l'Eglise s'est posée comme une puissance spirituelle divinement établie et indépendante de tout pouvoir humain, tant dans son enseignement que dans son gouvernement.

Nul n'est admis au nombre de ses enfants et de ses membres, nul n'est compté parmi les fidèles, s'il ne lui reconnoît cette indépendance qui résulte immédiatement de sa divine origine ; et quiconque, dans la suite des ,?ix-huit siècles qui se sont écoulés depuis »a fondation, a voulu l'attaquer sous ce rapport, a cessé par là même de lui appartenir. Elle l'a toujours rejeté de son sein, comme un apostat comme un hérétique.

De quoi s'agit-il en effet pour l'Eglise, c'est-à-dire pour les pasteurs? De prêcher et de transmettre, en fidèles échos, la parole reçue dans l'origine de la bouche ^e Jésus-Christ par ses apôtres; d'admi-

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nistrer les sacrements aux fidèles, selon les règles et aux conditions posées par le Sauveur ; de perpétuer le ministère ecclésiastique conformément à l'ordre qui leur en fut donné ; en un mot de j gouverner l'Eglise formée par Jésus- Christ et les apôtres, de manière à con- | server intact le dépôt de la foi et des ! mœurs confié à leur sollicitude, et d'asj surer par ce moyen pour tous les fidèles, j les espérances de la vie future fondées | sur les mérites et sur l'enseignement | de Jésus - Christ. Or, on ne voit pas à ; quel titre , sous quel prétexte , la puis- : sance civile pourroit intervenir dans ces j choses-là. Toute l'autorité des pasteurs | prenant sa source dans ces paroles et j dans cette mission de Jésus- Christ : Allez, enseignez toutes les nations et apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai enseigné, il est évident que nul [ ne sauroit avoir la moindre parcelle de cette autorité, s'il n'a reçu lui-même : cette mission divine, soit immédiatement comme les apôtres, soit médiatement, comme les pasteurs envoyés par eux et par leurs successeurs légitimes , au nom de leur maître. Tout pouvoir concernant ; l'Eglise, doit être divin dans son origine et dans sa transmission. Celui qui seroit purement humain sous ce double rapport, ne seroit pas un pouvoir véritable, puisqu'il seroit une usurpation sur l'œuvre même de Dieu.

C'est pourquoi il est de foi que Jésus- Christ a établi un ordre de pasteurs pour enseigner et gouverner l'Eglise , et qu'il leur a donné à cet effet une puissance spirituelle entièrement indépendante de l'autorité et de la puissance temporelle ; que pour exercer le ministère ecclésiastique, il ne suffit pas d'avoir été ordonné, mais qu'il faut encore avoir reçu la mission de l'autorité de l'Eglise ; que les actes de juridiction exercés par des prêtres et par des évêques qui n'ont pas reçu cette mission, sont radicalement invalides et de nul effet ; qu'il existe une hiérarchie spirituelle instituée par Jésus-Christ; que le pape, évêque de Rome , a une primauté d'honneur et de juridiction à laquelle les évêques, les prêtres et les fidèles doivent obéissance

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et soumission dans les limites tracées par les Canons; enfin que les évêques, dont le pape est le chef, sont établis pour gouverner l'Eglise , qu'ils sont supérieurs aux simples pré* très de droit divin, et par conséquent que l'exercice de leur autorité, dans l'administration et le gouvernement de leurs diocèses, ne peut, en aucune façon, être assujetti aux délibérations d'un conseil composé de prêtres qui leur sont inférieurs. Voy. le concile de Trente, sess. 23, ch. 4, can. 5 ; sess. 14 , ch. 7 , et la profession de foi prescrite par le même concile. Ces principes incontestables prouvent

et de ses pasteurs étoit nécessaire pour légitimer, en ce qui pouvoit l'être, le nouvel ordre de choses décrété par l'As

pour obtenir la confirmation canonique; que plus d'une fois la puissance civile avoit elle-même réglé et déterminé l'étendue juridictionnelle des diocèses, et que l'Eglise, dans les premiers temps, n'avoit fait qu'adopter pour cela les divisions civiles existantes; enfin que les libertés de VEglise gallicane l'aulorisoient à se soustraire en particulier an droit nouveau introduit par le concordat de 4516, contre lequel les parlements, l'université et les chapitres s'étoient élevés pendant longtemps, quoique sans succès.

Nous ne répondrons qu'un mot à cha-

que le consentement positif de l'Eglise cunc de ces objections , attendu qu'elles

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se trouvent d'ailleurs suffisamment réfutées dans d'autres parties de ce dictionnaire, et notamment aux articles Elcc-

semblée constituante. Cependant lesjan- ! lion,. Juridiction, Eglise, ljresl)])lérien> sénislcs et les Constitutionnels soute- [ Evêques, etc.

noient que ce nouvel ordre de choses Et d'abord en ce qui concerne les avoit tout ce qu'il falloit pour être légi- j élections de saint Mathias etdessept pretime , et qu'il n'étoit contraire à aucun \ miers diacres , il ne s'ensuit pas , de ce dogme essentiel , à rien de divin en un ! qu'ils ont été introduits de celle mamot, dans les différents règlements qu'il nière dans le ministère évangéiiquc , instituoit. Selon eux, l'élection et l'élec- que les apôtres et saint Pierre en parlion populaire , puisqu'elle se faisoit par '. ticulier n'aient pu faire seuls ces choix, tout le corps des fidèles, avoit été le j et sans demander, sans attendre le conmode primitif employé pour la nomina- i sentement des fidèles. Tous les saints tion des évêques et des ministres de tous Pères et l'Eglise universelle ne l'ont pas les ordres : témoin l'élection de saint entendu autrement. Aussi, à mesure Mathias et celle des sept diacres rap- que la foi s'étendoit et que le nombre portée tout au long dans les Actes des des chrétiens s'augmentoit, les élections se resserroient dans un cercle plus étroit, et bientôt elles en vinrent à n'avoir plus lieu que par les membres du clergé des églises particulières et des divers diocèses. Et il en de voit être ainsi. Dans les premiers temps, le bon témoignage exigé par l'Eglise pour celui qu'elle admet au nombre de ses

apôtres : témoin aussi toute l'histoire ecclésiastique depuis le commencement jusqu'à l'époque où le pontife romain et les évêques s'attribuèrent dans ces nominations une part exclusive qui ne leur avoit pas appartenu d'abord , que les apôtres n'avoient point revendiquée et par conséquent n'avoient pu leur

transmettre, et qui devenoit ainsi une I ministres, ne pouvoit èlw rendu qu» véritable violation du droit ancien. Ils j par l'assemblée si peu nombreuse, mais disoient encore que dans l'origine et si unie, de tous les fidèles. Plus tard, an pendant une longue suite de siècles la ; contraire , ce n'étoit plus l'universalité confirmation des évêques élus apparie- des membres de l'Eglise qui pouvoit

noit aux métropolitains et non au souverain pontife , et que l'Assemblée constituante ne faisoit que détruire un abus et une usurpation en décrétant que désormais en France on ne s'adresseroit plus au pape, mais au métropolitain,

connoilre les candidats , les juger et en rendre témoignage ; c'éloient seulement ceux au milieu desquels ils vivaient, c'est-à-dire principalement et avant tout, le clergé. Et d'ailleurs ces premières élections n'étoient-elles pas provoquées,,

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dirigées et confirmée s ensuite dans leurs résultats , par les pasteurs , les évêques , les apôtres ? En étoit-il ainsi des élections ordonnées par l'Assemblée constituante et exécutées sans concours aucun de la part des pasteurs légitimes ?

Les chapitres des cathédrales ont conservé longtemps dans toute l'Eglise un pouvoir qu'ils n'exercent plus que dans un bien petit nombre de diocèses , celui d'élire l'Evêque diocésain ; mais ce sont les abus eux-mêmes et les fâcheux résultats de ces élections, qui ont amené avec le temps un mode plus simple et comparativement meilleur de choisir des hommes ayant un bon témoignage, bonum habens tcstimonium. On a attribué les Concordats, et celui qui fut conclu enl51 6 entre LéonXetFrançois Ier en particulier, à des motifs et à des intérêts tout humains. Mais il n'en est pas moins vrai , pas moins évident pour qui lira l'histoire ecclésiastique avec attention et impartialité , que l'introduction de ce nouveau droit fut un bien ; que les choix faits de cette manière remédièrent à la corruption et aux intrigues qui avoient depuis longtemps vicié les élections capitulaires ; et qu'après tout, il est presque toujours dans l'intérêt comme dans la pensée des souverains, de ne confier les grandes dignités de l'Eglise qu'à des hommes vertueux et capables.

On peut également soutenir avec vérité que la confirmation des évêques par le Métropolitain , qui fut en effet le premier mode de conférer aux élus l'institution canonique , auroit fini par ne plus donner assez de garanties en faveur de leur orthodoxie et de leur attachement à l'unité , qui est l'essence même de l'Eglise catholique. La centralisation devint nécessaire , alors que les mœurs du clergé s'étoient si prodigieusement relâchées , que l'ambition avoit pénétré dans tous ses rangs depuis la tiare jusqu'à la houlette du curé de campagne , et que -le schisme avoit divisé l'Eglise d'une extrémité de l'Europe à l'autre. Il appartenoit d'ailleurs à l'Eglise, qui a exclusivement le droit de se gouverner elle-même , de modifier sa discipline sur

cet article , comme elle la fait pour tant d'autres, à des époques différentes ; et une fois ce changement opéré, il ne se pouvoit pas faire qu'une assemblée, exclusivement séculière, détruisît légitime- | ment un droit qui ne tomboit pas sous sa juridiction. On ne montrera jamais, par aucun fait de l'histoire ecclésiastique, non plus que par aucun dogme de la religion, qu'il appartienne aux puissances séculières de réformer de cette manière la discipline de l'Eglise. Quelques princes pieux et zélés ont entrepris de ramener, en divers temps, le clergé à l'esprit deson état et au respect des règles canoniques ; mais ils l'ont toujours fait avec le concours du clergé lui-même qui, par son approbation et son consentement, a j donné force de lois à des prescriptions qui sans cela n'eussent été que des règlements sans valeur et sans efficacité.

■ Nous ne disons rien de l'article spé- ! cial de la Constitution qui assujettissoit ; l'exercice de l'autorité de Tévêque à la ' sanction et à l'approbation des hommes qui composoient son conseil. Nous aimons mieux renvoyer le lecteur à la ! session 25 du concile de Trente, où celte ! indépendance , attaquée par les nova- I tours , se trouve décrétée et mise au rang 1 des dogmes qui font partie de la foi ca- | tholique.

Reste l'objection tirée des libertés de V Eglise gallicane.

On a beaucoup parlé des libertés de V Eglise gallicane, et au milieu de ! tout ce qu'on en a dit, en des sens trèsl divers , on aperçoit clairement ces deux I choses : 1° que ces libertés sont en effet quelque chose, qu'elles ont existé et qu'elles existent, comme il existe, de temps immémorial, des libertés pour les Eglises de la plupart des Etats particuliers ; et 2° que nos libertés ont toujours été comprises , expliquées et appliquées , d'une manière tout-à-fait différente, par le clergé, et par les parlements ou les. représentants de la puissance civile. Il y a pourtant un point commun dans lequel le clergé et les parlements s'accordoient ; c'est que ces libertés consistent , comme le dit Bossuet , dans le droit, dont a toujours joui l'Eglise galli-

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^ane, de se gouverner selon les anôieiu canons, et partant, de n'accepter que librement un droit nouveau , contraire à ces canons , de ne s'y soumettre que de son plein gré, de l'adopter enlin, en tout ou en partie , selon ses convenances et ses intérêts. Lorsque en 1516 parut le concordat entre Léon X et François Ier, les parlements, l'université et une partie du clergé le combattirent par des motifs exclusivement fondés sur ces considérations ; mais enfin il prévalut, malgré cette opposition, et en 1789 il régissoit l'Eglise de France depuis près de deux cents ans.

Mais que pouvoient avoir de commun, avec ces libertés, les prétentions et les règlements de l'Assemblée constituante? Ces anciens canons , n'étoit-ce pas l'Eglise qui les avoit faits ? L'Eglise gallicane les avoit-elle reçus primitivement de l'autorité laïque? De quel droit cette autorité laïque venoit-elle, seule et malgré les réclamations, malgré l'opposition de l'Eglise universelle, se prononçant par la bouche de son chef, et spécialement par celle des pasteurs légitimes de l'Eglise gallicane elle-même , la soustraire à des règles reçues, établies et régnant depuis si longtemps, pour lui rendre, sans son aveu, et sans se soucier si elle lui convenoit , une discipline qu'elle avoit abandonnée? N'étoit-ce pas d'ailleurs une amère dérision , que l'on voulût rendre libre l'Eglise gallicane, d'une liberté qui blessoit également et les dogmes de la religion , et la constitution générale de l'Eglise , qu'elle reprouvoit avec tant d'unanimité , et qui, en définitive, n'eût fait que l'asservir à la puissance civile?

Quoique les Constitutionnels aient fait, à proprement parler, une véritable secte de schismatiques et d'hérétiques, niant plusieurs des vérités essentielles de la religion catholique, on peut dire qu'aujourd'hui cette secte est complètement éteinte, et que le très-petit nombre d'adhérents qu'elle conserve encore dans quelques vieillards, n'auront point de successeurs.

CONSUBSTANTIALITÉ. Voyez Con-

SUBSTANÏ1EL.

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CONSUBSTANTIATEURS. Pélisson prétend qu'après le concile de Nicée, les ariens donnèrent aux catholiques , qui soutenoient la consubstantialité du Verbe , le nom de consubstantiateurs ; mais cette dérivation eu traduction du mot homoousiens , n'est pas naturelle.

Ce sont les théologiens catholiques qui ont appelé consub stantiateurs les luthériens , qui admettent dans l'eucharistie la consub stantiation.

CONSUBSTANTIATJON, tenus par lequel les luthériens expriment leur croyance sur la présence réelle de Jésus- Christ dans l'eucharistie. Ils prétendent qu'après la consécration , le corps et le sang de Jésus-Christ sont réellement présents avec la substance du pain , et sans que celle-ci soit détruite. C'est ce que Ton nomme encore impanation.

Luther disoit : « Je crois , avec Wiclef, » que le pain demeure ; et je crois , avec » les sophistes, que le corps de Jésus- » Christ y est. » L. De captiv. Babyl., t. 2. Tantôt il prétendoit que le corps de Jésus-Christ est avec le pain comme le feu est avec le fer brûlant ; tantôt qu'il est dans le pain et sous le pain , comme le vin est dans et sous le tonneau; in, sub, cum. Mais comme ii sentit que ces paroles , ceci est mon corps , signifient quelque chose de plus , il les expliqua ainsi: ce pain est substantiellement mon corps ; explication inouïe et plus absurde que la première.

Zwingle, et les défenseurs du sens figuré , démontrèrent clairement à Luther qu'il faisoit violence aux paroles de Jesus-Christ. En effet , ce divin Sauveur n'a pas dit : mon corps est ici , ou mon corps est sous ceci et avec ceci, ou ceci contient mon corps ; mais ceci est mon corps. Ce qu'il veut donner aux fidèles n'est donc pas une substance qui contienne son corps, ou qui raccompagne, mais son corps sans aucune substance étrangère. Il n'a pas dit non plus : ce pain est mon corps , mais ceci est mon corps, par un terme indéfini, pour montrer que ce qu'il donne n'est plus du pain, mais son corps.

On peut bien dire, avec l'Eglise ca-

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tholiquc , que le pain devient le corps de Jésus-Christ, dans le même sens que Veau fut faite vin aux noces de Cana, par le changement de l'un en l'autre. On peut dire que ce qui est pain en apparence , est réellement le corps de Notre- Seigneur ; mais que du pain, demeurant tel , fût en même temps le corps de Jésus-Christ , comme le vouloit Luther , c'est un discours qui n'a point de sens. D'où l'on concluoit contre lui , ou qu'il faut admettre , comme les catholiques , un changement de substance , ou qu'il faut s'en tenir au sens figuré, et ne supposer qu'un changement moral. Voyez Y Histoire des variations , tom. 1, liv. 2.

Aujourd'hui , il paroît que les luthériens ne soutiennent plus la consubstantiation ; la plupart croient que Jésus- Christ est présent dans l'eucharistie, seulement dans l'usage , ou dans l'action de le recevoir. Voyez Luthériens.

CONSUBSTANTIEL , qui est de même substance et de même essence ; c'est la traduction du grec b^ouzloc, , dont s'est servi le concile de Nicée pour décider la divinité du Verbe.

La divinité de Jésus-Christ avoit été attaquée , dans le premier siècle , par les ébionites et par les cérinthiens ; dans le second, par les théodotiens ; dans le troisième, par les artémoniens, et ensuite par les samosatiens ou samosaténiens , sectateurs de Paul de Samosate. L'an 269, l'on assembla un concile à Antioche , pour décider ce dogme ; Paul et l'évêque d' Antioche qui pensoit comme lui, furent déposés. Mais , dans son décret , ce concile n'employa point le mot consubslantiel ; les Pères craignirent que l'on n'en abusât pour confondre les Personnes, ou pour supposer que le Père et le Mis Soient formés d'une même matière préexistante. C'est la raison qu'en donne saint Athanase.

L'an 325, lorsque les ariens nièrent de nouveau la divinité de Jésus-Christ , le concile général de Nicée jugea que l'abus de ce terme n'étoitplus à craindre, qu'il n'y en avoit point de plus propre à prévenir les équivoques et les subterfuges des ariens; conséquemment il décida que le Fils de Dieu est consubstan-

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ticlk son Père , et il l'exprima ainsi dans le symbole que l'on récite encore aujourd'hui à la messe.

Les ariens firent grand bruit de ce que l'on consacroit à Nicée un mot qui avoit été rejeté par les Pères du concile d'An- | tioche ; ils l'interprétèrent malicieusement dans le sens que ces Pères avoient voulu éviter. Ils dressèrent successivement vingt formules de foi, dans lesquelles ils déclaroient que le Fils de Dieu est semblable au Père en toutes choses, qu'il lui est semblable, selon les Ecritures, qu'il est Dieu, etc. Ils protestoient que si l'on vouloit supprimer le terme de consubstantiel , il n'y auroit plus ni disputes, ni divisions. L'empereur Constance , leur prolecteur , employa toutes sortes de violences pour forcer les évêques à le supprimer.

Mais les orthodoxes tinrent ferme; ils comprirentque les ariens étoient de mauvaise foi , qu'ils rejetoient le terme pour anéantir le dogme ; ils regardèrenteomme captieuses toutes les formules dans lesquelles le terme de consubstantiel étoit supprimé.

Aujourd'hui les sociniens renouvellent les clameurs des ariens ; ils disent que le concile de Nicée a innové dans la doctrine , qu'il a établi un dogme inouï jusqu'alors, puisqu'il a employé un terme que le concile d'Antioche avoit rejeté cinquante-trois ans auparavant. On leur a prouvé, parles témoignages formels des Pères des trois premiers siècles, que l'on avoit décidé à Antioche le même dogme qu'à Nicée ; que les ariens ne faisoient que répéter l'erreur condamnée dans Paul de Samosate et dans ses partisans.

De leur côté , les incrédules disent que l'on a troublé l'univers pour un mot, pour une question grammaticale ; mais ce mot emportoit un dogme fondamental du christianisme. Si ce dogme étoit faux, il faudroit conclure que la vraie doctrine de Jésus-Christ a été méconnue dès l'an 269, et que depuis celte époque, le christianisme est une religion fausse.

Si la consubstantialité du Verbe étoit une nouvelle doctrine, pourquoi les ariens ne purent-ils jamais s'accorder?

Les purs ariens ou uhotiniens ensei-

gnoicnl sans détour, comme Arius , que le Fils de Dieu étoit dissemblable à son Père , que c'étoit une pure créature tirée du néant. Les semi-ariens disoient qu'il étoit semblable au Père en nature et en toutes choses; quelques-uns avouoient qu'il étoit Dieu. Pourquoi ces disputes, ces condamnations mutuelles, cette opposition entre les différentes sectes des ariens? Il eût été plus court pour eux de s'accorder, de parler tous comme Arius et comme font aujourd'hui les sociniens. Mais on sentoit que , pour en venir là , il falloit contredire l'Ecriture et la tradition des trois premiers siècles ; on cherchoit à pallier l'erreur pour la faire adopter aux fidèles avec moins de répugnance.

Le patriarche d'Alexandrie le fait déjà observer dans la lettre qu'il écrivit aux évéques avant le concile de Nicée , pour leur donner avis de la condamnation qu'il avoit faite d'Arius et de ses partisans. Voyez Socrate , JJist. eccl., liv. 1 , c. 6.

Parmi les protestants , plusieurs de ceux qui penchoient au socinianisme , ont soutenu que les Pères de Nicée , en décidant que le Fils de Dieu est consubstanliel au Père, entendoient seulement que la nature divine est parfaite- | ment semblable et égale dans ces deux Personnes , mais non qu'elle y est numériquement une et singulière. Cudworlh , Syst. intell. , tom. 1, c. 4, g 26, prétend que ce dernier sens ne se trouve point dans les auteurs chrétiens avant le quatrième concile de Latran , tenu l'an 1215, qui le décida ainsi contre l'abbé Joachim. Les Pères , dit-il, ont souvent répété que la nature divine est une dans les trois Personnes de la sainte Trinité , comme l'humanité est une dans trois hommes ; ils parloient donc d'une unité d'espèce , et non d'une unité de nombre. Il s'attache à le prouver par plusieurs passages des Pères : Le Clerc étoit dans la même opinion, et Mosheim , dans ses Notes sur Cudworth , n'a pas pris la peine de la réfuter. D'où nous devons conclure que, suivant ces critiques, les Pères , qui ont soutenu avec tant de zèle la consubstantialité du Verbe, n'etoient, dans le fond , pas plus orlho-

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doxes sur ce mystère que les ariens.

Mais, \ ° ces Pères , qui montrent d'ailleurs tant de pénétration et de sagacité, ont-ils pu être assez stupides pour comparer en rigueur la nature divine avec la nature humaine , l'unité réelle de la première avec l'unité improprement dite de la seconde , qui n'est qu'une abstraction? Ils auroient été forcés d'avouer que , comme trois personnes humaines sont trois hommes, les trois Personnes divines sont trois dieux. C'est l'argument que leur faisoient les sabelliens, et contre lequel les Pères se sont défendus. 2° Il y a plus : les Pères ont dit que la génération du Fils de Dieu est hors de tout exemple et de toute comparaison ; donc ils n'ont pas regardé les comparaisons qu'ils en ont faites comme exactes et rigoureuses. Euseb.^ adv. Marcell.

Ancyr., 1. 1, p. 73 , etc. 3° Ils ont enseigné que l'unité de la nature divine en trois Personnes est un mystère : or , l'unité spécifique de la nature humaine dans les divers individus n'est certainement pas un mystère; donc les Pères n'ont pas cru que ces deux unités sont la même chose. 4° Us ont affirmé constamment que la nature divine est indivise dans les trois Personnes ; conséquemmenl que ces trois sont un seul Dieu : mais aucun ne s'est avisé de dire que la nature humaine est indivise dans trois hommes , et que ces trois sont un seul homme.

5° Cudworth insiste sur ce qu'en disant que la nature divine est une , les Pères n'ont pas ajouté qu'elle est singulière; mais nous le défions de trouver dans h langue grecque un terme qui réponde exactement au mot singularis des Lalins. Quand ils ont dit qu'elle est une et indivise, ils n'ont pas cru que cela pût s'entendre seulement d'une unité spécifique , puisque celle-ci emporte division. G° Lorsque les ariens ont mis dans leurs professions de foi que le Fils de Dieu est parfaitement semblable à son Père, en nature, en substance, en toutes choses , les Pères ont rejeté ces expressions comme insuffisantes ; elles emportaient cependant l'unité spécifique de nature ; donc, par le mot consubstantiel , ils entendoient quelque chose de

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plus , c'est-à-dire, l'unité numérique et singulière. 7° Les ariens ne vouloient point admettre de génération en Dieu :

Toute génération , disoient-ils , se fait ou par l'écoulement de quelque partie qui se sépare du tout, ou par l'extension, par la dilatation de la substance qui l'engendre : or , la substance divine ne peut

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ni s'étendre , ni se resserrer , ni se di-

vres et les propositions déférées à son tribunal ; ils en rendent compte dans les congrégations, où ils n'ont point voix délibéralive. Dans quelques ordres monastiques , on nomme de même des religieux chargés de transmettre des avis au général , et qui sont comme son conseil. CONTEMPLATION, selon les mystiques, c'est un regard simple et alfec-

viser. Les Pères répondoient que Dieu j tueux sur Dieu, comme présent à notre

engendre

sa propre substance son mais sans partage , sans

de Fils unique,

altération , sans changement, sans écoulement, sans éprouver rien de ce qui arrive dans les générations animales.

Saint Hil., L. o, de Trinit., n° 8; L. de Synodis, n° 17 et 44 , etc. Donc ils ont admis entre le Père et le Fils une unité numérique de nature , et non simplement une unité spécifique, telle qu'elle se trouve entre un homme et son fils.

On demande : Mais pourquoi vouloir expliquer ce qui est inexplicable? pourquoi ne pas se borner à dire , comme les auteurs sacrés, que Jésus-Christ est le Fils de Dieu , sans entreprendre de décider comment il l'est? Nous répondons qu'il n'étoit pas possible de s'en tenir là, et que les Pères ont été forcés de donner une explication. 1° Il faut avoir quelque idée d'un dogme que l'on croit et que l'on professe ; parce que la foi n'a pas pour objet des paroles , mais les choses signifiées par ces paroles. 2° Cette proposition : Jésus-Christ est le Fils de Dieu , pouvoit avoir différents sens ; et les hérétiques lui donnoient plusieurs sens faux ; il falloit donc fixer le vrai et exclure le faux. 3° Dire aux païens que Jésus-Christ est Fils de Dieu , c'étoit leur donner lieu de demander pourquoi donc ies chrétiens rejetoient les généalogies des dieux , pendant qu'ils enseignoient eux-mêmes que Dieu a un Fils. On étoit donc obligé de montrer aux païens la différence qu'il y avoit entre la théologie chrétienne et les fables de la mythologie. Il en est de même de tous les autres mystères. Beausobre , Histoire du manichéisme, tome 1,1. 3, c. 6.

CONSULTEURS. A Rome , l'on donne ce nom à des théologiens , chargés par le souverain pontife d'examiner les li-

âme. La contemplation, disent-ils, consiste dans des actes si simples, si directs, si uniformes, si paisibles, qu'ils n'ont rien par où l'on puisse les saisir pour les distinguer.

Dans l'état contemplatif, l'âme doit être entièrement passive par rapport à Dieu ; elle doit être dans un repos continuel , exempte du trouble des âmes inquiètes qui s'agitent pour sentir leurs opérations ; c'est une prière de silence et de repos. Ce n'est point, ajoutent-ils , un ravissement , une suspension extatique de toutes les facuités de l'âme, mais c'est un état passif, une paix profonde , qui laisse l'âme parfaitement disposée à être mue par les impressions de la grâce , et dans l'état le plus propre à en suivre les mouvements.

Les personnes chargées de diriger ies contemplatifs , ne sauroient avoir trop de prudence pour connoître l'esprit de Dieu , et le distinguer des illusions de l'amour-propre.

CONTEXTE , mot usité parmi les théologiens, et qui a plusieurs sens. Souvent il signifie simplement le texte de l'Ecriture sainte , ou d'un auteur quelconque. Ordinairement il signifie ce qui précède ou ce qui suit un passage ; ou il désigne un autre endroit qui y a du rapport : dans ce sens , on dit que , pour bien entendre le texte, il faut consulter le contexte.

CONTINENCE , état de ceux qui ont renoncé au mariage. Jésus-Christ en a témoigné de l'estime, lorsqu'il a dit qu'il y a des eunuques qui ont renoncé au mariage pour le royaume des cieux , que tous ne le comprennent point , mais seulement ceux qui en ont reçu le don.

Matt., c. 19, f. 11 et 12. A f article Célh>a'ï » nous avons cité les paroles de

con 126 cors

saint Paul. Il n'est point de subterfuges Jeur foyer pour porter la lumière de que l'on n'ait employés pour tordre le l'Evangile aux extrémités du monde, sens de ces passages. pour aller racheter les captifs et sou- Nos philosophes , réunis aux protes- lager les esclaves chez les infidèles, tants ; soutiennent que la continence pour remplir les fonctions des ignorann'est point estimable par elle-même , tins , et des frères de la charité. Sans qu'elle ne le devient qu'autant qu'elle l'estime que la religion catholique inimporte accidentellement à la pratique spire pour l'état de continence et de vir-

de quelque vertu , ou à l'exécution du quelque dessein généreux ; que, hors de ces cas , elle mérite plus de blâme que d'éloges.

Il nous paroît que le nom de vertu signifie la force de l'âme, qu'il est besoin de force pour résister à un penchant impérieux , tel que le désir des

ginité , trouveroit - on des tilles pour soigner les hôpitaux , pour soulager les malades , pour élever les enfants-trouvés et les orphelins, pour instruire ceux des pauvres , pour tenir des maisons d'éducation , pour recueillir les pénitentes et les tirer du désordre? etc. Celles qui aspirent au mariage ne se consacrent

plaisirs sensuels ; que ce courage est point à ces fonctions pénibles ; aussi ces toujours estimable par lui - même , à bonnes œuvres sont-elles fort négligées moins qu'il ne soit empoisonné par un ; dans les communions protestantes : la mauvais motif. | charité héroïque n'y a pas survécu à la

Il y a , sans doute , des hommes qui ; continence. On aura beau salarier des renoncent au mariage par des motifs personnes des deux sexes , l'argent ne blâmables, et qui vivent dans le célibat j fera jamais ce que fait la religion. Et sans observer incontinence; assez sou- i l'on nous dit froidement que la contivent ce sont eux qui veulent décrier -, nence ne sert à rien , que c'est une vertu cette vertu. de laquelle il ne résulte rien !

Quiconque , dit-on , est conformé de \\ ne convient pas d'appeler institumanière à pouvoir procréer son sem- tions humaines ce qui a été institué , blable , a droit de le faire, c'est le droit i ioué , consacré , pratiqué par Jésusou la voix de la nature. Soit. L'homme | Christ. Lorsque nos philosophes disserpeut renoncer à son droit sans violer tent sur les vertus et sur les vices , ils aucune loi ; lorsqu'il le fait par un motif : devroient se souvenir que les notions louable, c'est un acte de vertu. Celui j puisées dans l'Evangile, valent bien qui , sans nuire à sa santé ni à ses de- ! celles qu'ils empruntent de la philosovoirs , peut boire et manger plus qu'un j phie païenne.

autre , en a aussi le droit : sera-t-il blà- j On dit que les Pères ont fait des éloges mable, s'il s'en abstient par tempérance,

ou afin d'avoir du superflu à donner aux pauvres?

On ajoute qu'il n'y a point de raison qui oblige à une continence perpétuelle, qu'il en est tout au plus qui la rendent nécessaire pour un temps. Mais , le dessein généreux de se consacrer au culte de Dieu et au salut des hommes, if estil pas une bonne raison d'embrasser la continence perpétuelle? Il faut employer les premières années de la vie à s'en rendre capable, et consumer le reste dans les travaux attachés à celte fonction charitable.

Nous ne voyons point les hommes mariés cl chargés de Êamillfl, quitter

outrés de la continence, qu'ils. l'ont estimée et louée à l'excès. Ne sont-ce pas plutôt leurs censeurs qui poussent à l'excès l'indifférence et le mépris pour cette vertu ? Quand on sait à quel point a été portée l'impudicité chez les païens, on comprend que ce désordre ne pouvoit être réformé que par une morale très-sévère , et en portant fort loin les éloges de la vertu opposée ; on n'est pas étonné du langage des Pères, qui est celui de l'Ecriture sainte. Ils trou voient beau de pouvoir dire du christianisme ce que Tite-Live met à la bouche d'un ancien Romain : Et focerc et pati forlia christianum est. Ployez Célibat , Chasteté , Virginité.

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CONTOBARDITES. Voy. Eutyciiiexs.

CONTRADICTION. Les incrédules, dans le dessein de prouver que nos Livres saints ne son* rien moins que des ouvrages divins , se sont appliqués à y chercher des contradictions , et ils se sont flattés d'y en avoir trouvé un grand nombre. Mais, en se servant de leur méthode , il n'est aucune histoire ni aucun livre dans lequel il ne soit aisé d'en montrer encore davantage.

Si l'un des quatre évangélistes rapporte un fait ou une circonstance de laquelle les autres n'aient pas parlé , nos subtils critiques disent qu'il est en contradiction avec eux , comme si le silence d'un historien étoit la même chose qu'une îéclamation et une opposition formelle ; aucun des évangélistes ne s'est proposé d'écrire exactement tout ce que Jésus- Christ a dit et a fait , ni de garder scrupuleusement l'ordre des événements, mais seulement d'en donner une connoissance suffisante aux fidèles pour fonder leur foi. Les Evangiles , dit un célèbre incrédule , nous ont été donnés pour nous enseigner à vivre saintement et non pas à critiquer savamment. Il est fâcheux qu'il ait souvent oublié luimême cette sage réflexion.

Lorsque deux ou plusieurs auteurs contemporains ont fait une même histoire , ont parlé d'un événement chargé de circonstances, leur est-il jamais arrivé de le raconter précisément de même, sans aucune variété? Dans ce cas, on penseroit que l'un a copié l'autre, ou qu'ils ont usé de collusion. Ceux qui ont voulu composer un corps complet de l'histoire romaine, ont été obligés de rapprocher et de comparer ensemble tous les anciens historiens, de suppléer au silence de l'un par la narration de i'autre ; et , quand ils ont cru y apercevoir de l'opposition , ils ont cherché le moyen de les concilier : nous ne voyons pas que les incrédules aient blâmé cette conduite. Voilà aussi ce que l'on a fait en dressant la concorde ou l'harmonie des quatre évangiles ; on en a ainsi rendu la narration plus suivie et plus aisée à entendre , et l'on voit qu'il n'y a point ae contradiction* Il a fallu de même

comparer les livres des Rois avec ceux des Paralipomènes , qui rapportent les mêmes faits, mais avec quelques variétés; il a fallu enfin rapprocher l'un de l'autre les deux livres des Machabées, dont les auteurs n'ont pas suivi exactementl'ordre chronologique. Maisdèsqu'it est question des écrivains sacrés , les incrédules ne veulent plus de conciliation , ils ne cherchent pas à savoir la vérité , mais à l'obscurcir tant qu'ils peuvent.

Une seule circonstance omise , et qui paroît minutieuse à celui qui écrit , suffira dans la suite des temps pour jeter de l'obscurité et de l'embarras dans son récit ; il paroîtra contradictoire à ceux qui le liront sans être suffisamment instruits de ce qui se passoit pour lors. Dans le temps que les évangélistes ont pris la plume , cet inconvénient n'avoit pas lieu, parce qu'ils écrivoient des faits publics dont la mémoire t?toit encore toute récente. Il n'en est plus de même après un grand nombre de siècles ; nous ne connoissons plus assez les mœurs , les usages , les habitudes , le langage des habitants delà Judée, leur état civil et politique , la tournure de leur esprit, la situation des lieux , etc. Ce qui étoit fort clair pour eux , est devenu obscur pour nous.

Les commentateurs del'Ecriture sainte n'ont passé sous silence aucune des contradictions prétendues dont les incrédules font trophée ; c'est dans les écrits des premiers que nos savants critiques sont souvent allés les prendre, en laissant de côté les éclaircissements et les réponses. Ils se sont ensuite copiés les uns les autres , et se sont transmis leurs arguments par tradition. Nous les examinerons en particulier dans les articles qui y ont rapport , et nous ferons voir que la narration des auteurs sacrés ne se contredit point.

Souvent aussi on a reproché aux théologiens l'esprit de contradiction, l'amour de la dispute, la promptitude avec laquelle ils prennent feu sur tout ce qui choque leurs opinions. Nous convenons que ce défaut , si c'en est un , est l'apanage universel de l'humanité ; il ne règnepas moins parmi ceux qui cultivent les

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autres sciences , et ceux qui s'en plaignent en sont quelquefois attaqués sans s'en apercevoir. Mais en cela les théologiens sont peut-être les moins blâmables. La nécessité de veiller de près sur tout ce qui peut donner atteinte aux vérités révélées, la multitude d'erreurs

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Luther s'est beaucoup écarté de ces notions , lorsqu'il a réduit toute la pé-

nitence au changement de vie, sans exiger aucun regret pour le passé, aucune confession du péché. Outre les exemples du contraire que nous voyons dans l'Ecriture, on pouvoit lui opposer

qui ont troublé l'Eglise , la facilité avec la croyance et la pratique constante de

laquelle on saisit l'occasion d'attaquer j l'Eglise attestées par les Pères , et fon-

la religion, doivent rendre attentifs j dées sur ces exemples mêmes. Le concile

ceux qui sont chargés de la défendre. Il J de Trente a donc justement condamné

ne faut donc pas condamner leur exac- j cette erreur de Luther, sess. 14, can. 5.

ti tude à relever les plus légères fautes; ] Comment ce sectaire a-t-il pu soutenir

ils ont appris , par une longue expé- j que la crainte des peines éternelles et la

rience , que la moindre étincelle peut j contrition ne servoient qu'à rendre

causer un embrasement. j l'homme hypocrite et plus grand pé-

CONTRAINTE. Voyez Persécution. \ cheur. Isaïe, c. 57, pr. 25, dit : « Que

CONTRAT SOCIAL. Voyez Société. ; » Dieu demeure avec ceux qui ont l'es-

CONTRE-REMONTRANTS ou GOMA- \ » prit humble et contrit , et qu'il leur

RISTES. Voyez Arminiens. | » rend la vie Sur qui jetierai-je les

CONTRITION , regret d'avoir péché, j » yeux , dit le Seigneur , sinon sur le Ce terme , dérivé de conterere , broyer , I » pauvre qui a l'esprit contrit , et qui briser, exprime l'état d'une âme dé-; » tremble à ma parole? » c. 66,^. 2. chirée et pénétrée de douleur d'avoir . Jésus-Christ s'applique ces paroles : a Le offensé Dieu , qui désire ardemment de : » Seigneur m'a envoyé pour guérir les se récoucilier avec lui et de recouvrer \ » cœurs contrits , et mettre les captifs en

la grâce. Il est tiré de l'Ecriture sainte. Joël , c. 11 , f. 15 , disoit aux Juifs : Déchirez vos cœurs et non vos vêtements ; et David, Ps. 50: Vous ne rejetterez pas , Seigneur, un cœur brisé de douleur et humilié.

Le concile de Trente , sess. 14, c. 4 , définit la contrition,, une douleur de l'âme et une détestation du péché commis , avec un propos de ne plus pé-

» liberté. » Luc, c. 4, f. 18. Après la première prédication de saint Pierre , les Juifs furent touchés de repentir :

compuncti sunt corde , et demandèrent :

Que ferons-nous? Faites pénitence, répondit l'apôtre , et recevez le baptême , Act., c. 2 , f. 57. Ce n'étoit là ni de l'hypocrisie, ni une augmentation de péché.

Pour être efficace, la contrition doit être sincère , libre , surnaturelle , vive

cher à l'avenir; il déclare que cette con- et véhémente. Sincère, puisque Dieu îrition a été nécessaire dans tous les exige la douleur du cœur. Libre, et non temps pour obtenir la rémission des forcée ou extorquée par la crainte et les péchés. Cela est prouvé par les exemples remords. Surnaturelle, non-seulement de David pénitent, des Ninivites , d'A- dans son principe ,qui est la grâce, sans chah , de Manassès , de la pécheresse de ; laquelle nous ne pouvons nous repentir

Naïm , etc.

| sincèrement, mais dans son motif, et

Sous la loi évangélique, la contrition ■ avoir Dieu pour objet. Conséqucmment , exige de plus le désir de remplir tout ce l'assemblée du clergé de France, en <jue Jésus-Christ a ordonné pour la ré- j 1700, condamna comme hérétique la mission des péchés, par conséquent la ; proposition de quelques casuistes , qui volonté de les confesser et de satisfaire disoient que Vattrition , conçue par un

à la justice divine : aussi les théologiens, après saint Thomas, définissent la contrition, une douleur du péché, accompagnée du propos de le confesser et de satisfaire.

motif naturel, pourvu qu'il soit honnête, suffit dans le sacrement de pénitence.

Enfin, la contrition doit être vive, véhémente, ou souveraine; un cœur vrai-

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ment pénitent doit être dans la disposition de préférer Dieu à tout, de mourir, s'il le faut , plutôt que de l'offenser ; se porter à Dieu aussi vivement qu'il déteste le péché , haïr tous ses péchés sans exception.

Les théologiens distinguentdeux sortes de contrition : l'une parfaite, l'autre imparfaite , qu'ils nomment attrition.

La première est celle qui a pour motif l'amour de Dieu , ou la charité proprement dite ; elle réconcilie déjà le pécheur avec Dieu, avant la réception du sacrement de pénitence ; mais elle doit toujours renfermer le désir et la volonté de le recevoir. Ainsi s'exprime le concile de Trente , sess. 14 , can. 4.

La seconde , selon le même concile , est la douleur ou la détestation du péché , conçue par la considération de la turpitude du péché , et par la crainte des peines de l'enfer. Il déclare que , si elle exclut la volonté de pécher , et renferme l'espérance du pardon , non-seulement elle ne rend point l'homme hypocrite et plus grand pécheur , mais qu'elle le dispose à obtenir la grâce de Dieu dans le sacrement de pénitence. Il décide que cette attrition est un don de Dieu et un mouvement du Saint-Esprit, qui n'habite pas encore dans l'âme du pénitent, mais qui l'excite à se convertir ; qu'elle ne le justifie point par elle-même sans le sacrement , mais qu'elle y sert de disposition.

Sur celte décision du concile , les théologiens disputent pour savoir en quoi consiste précisément la différence entre la contrition parfaite et Y attrition. Les uns veulent que le motif de l'une et de l'autre soit absolument le même, savoir, l'amour de Dieu; que toute la différence soit en ce que cet amour est plus vif dans la contrition parfaite , et plus foibie dans l'altrition. Les autres soutiennent que le motif de l'attrition est différent ; que c'est , selon le concile , la turpitude du péché, la crainte de l'enfer, l'espérance du pardon; que toute douleur du péché, conçue par le motif de l'amour de Dieu , quelque foibie qu'il soit , est la contrition parfaite.

rt.

Conséquemment les premiers prétendent que l'attrition seule ne suffit pas dans le sacrement de pénitence ; ils se fondent sur ce que le concile de Trente, en parlant de la justification , exige , comme une disposition essentielle, que le pécheur commence à aimer Dieu comme source de toute justice. Sess. 6 , can. 6. Ce commencement d'amour, disent-ils, ne peut être autre chose qu'une charité encore foibie , mais pure , par laquelle on aime Dieu pour lui-même.

Les seconds répondent que ce commencement d'amour est un amour d'espérance ou de concupiscence, par lequel nous nous portons à Dieu comme à l'objet de notre bonheur éternel; qu'en comparant les deux décisions du concile , on voit que tel en est le sens. Ils s'appuient de l'autorité de saint Thomas, 2. 2. q. 17, qui décide que l'espérance et tout mouvement de désir vient d'un sentiment d'amour, et qui distingue ainsi la charité parfaite d'avec l'amour imparfait. Il est impossible , disent-ils , qu'un chrétien , qui croit l'efficacité du sacrement qui espère d'en obtenir l'effet par la miséricorde de Dieu , ne soit pas touché d'un sentiment de reconnoissance de ce que Dieu veut bien pardonner au repentir. Si la reconnoissance n'est pas un amour du bienfaiteur , qu'est-ce donc?

En 1700 , le clergé de France a condamné la proposition qui disoit, que l'attrition qui naît de la crainte de l'enfer suffit sans aucun amour de Dieu. Le clergé exige donc, comme le concile de Trente , un commencement d'amour de Dieu ; mais de quel amour? Est-ce de la charité pure par laquelle on aime Dieu pour lui-même , ou de l'amour d'espérance par lequel on aime Dieu comme bienfaiteur ? Le concile ni le clergé ne le décident point : il y a donc de la témérité à vouloir le décider.

Il y en a encore davantage à soutenir que la charité pure, lorsqu'elle est foibie, ne suffit pas pour justifier le pécheur et le réconcilier avec Dieu, avant le sacrement.

Le parti le plus sûr est donc de s'en tenir à la décision du clergé , conçue en ces termes : « Voici , selon le concile de

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» Trente , les deux avis ou points de » doctrine que nous avons jugés néces- » saires. Le premier, que pour les sacre- » ments de baptême et de pénitence , il » n'est pas absolument besoin d'avoir la » contrition, conçue par le motif de la » charité parfaite , et qui , avec le vœu » du sacrement, réconcilie l'homme avec » Dieu avant la réception actuelle du sa- » crement. Le second , que pour l'un et » l'autre de ces mêmes sacrements , un » homme ne doit pas se croire en sûreté, » si , outre les actes de foi et d'espé- » rance, il ne commence pas à aimer » Dieu comme source de toute justice. » Il est difficile de ne pas entendre ces dernières paroles de l'amour de reconnoissance.

Les partisans de la proposition condamnée, que l'on a nommés les aitritionnaires, n'étoient fondés que sur un raisonnement absurde. Si , pour obtenir le pardon de nos fautes , disoient-ils , il faut absolument aimer Dieu , quel avantage avons-nous sur les Juifs? A quoi sert le sacrement de pénitence, s'il ne supplée pas au défaut de l'amour, et ne nous décharge pas de l'obligation pénible d'aimer Dieu actuellement ?

A Dieu ne plaise que l'obligation de l'aimer puisse paroître pénible à un chrétien , ou que le privilège de la Ici nouvelle au-dessus de l'ancienne soit la dispense d'aimer Dieu. La différence entre ces deux lois , selon saint Paul, est que l'ancienne étoit une loi de crainte , et que le nouvelle est une loi d'amour. Un chrétien qui reçoit des grâces plus abondantes qu'un Juif, est sans doute plus obligé à être reconnoissant et à aimer son bienfaiteur. Y a-t-il un bienfait plus précieux que le pardon du péché accordé au repentir par les mérites de Jésus-Christ?

Mais en voulant pousser trop loin la perfection et la sublimité des sentiments, il est dangereux de tendre un piège aux âmes timorées, et d'étouffer en elles l'amour de Dieu par la crainte , en voulant faire le contraire. Voy. l'ancien Sacramentaire par Grancolas, 2e part., pag. 458 , 465.

CONTROVERSE, dispute de vive voix

ou par écrit sur les matières de religion. Ces sortes de disputes sont inévitables , parce que .e christianisme a toujours eu des ennemis, et qu'il en aura toujours. Elles sont nécessaires , parce qu'on ne doit rien négliger pour ramener dans la bonne voie ceux qui se sont égarés. Si elles troublent la paix , il faut s'en prendre à ceux qui en sont les premiers auteurs , et qui lèvent l'étendard contre l'enseignement de l'Eglise. Pour qu'elles produisent de bons effets, il faut que de part et d'autre elles soient nonseulement libres, mais toujours retenues dans les bornes de la politesse et de la modération.

Jl nous paroît quren général les controversistes catholiques , surtout ceux du dernier siècle , ont mieux observé cette règle que leurs adversaires. Bossuet, Nicole, Pélisson, Papin , etc., sont des modèles en ce genre : nous ne pouvons mieux faire que de les imiter dans nos disputes actuelles avec les incrédules.

Lorsqu'une controverse commence, il est rare qu'elle prenne d'abord la tournure qu'il faudroit lui donner pour la terminer promptement. Comme les novateurs sont tous des sophistes , ils ne manquent jamais de dénaturer la question ; les théologiens catholiques qui veulent les suivre pour les réfuter, s'exposent à faire beaucoup de chemin hors de la vraie route , et sans avancer d'un pas vers le terme.

Ainsi, lorsque les prétendus réformateurs parurent, si on avoit commencé par leur demander des preuves de lonr mission , ils auroient été fort embarrassés. Ils n'étoient envoyés par aucun pasteur légitime ni par aucune société chrétienne ; il falloit donc qu'ils prouvassent par des miracles une mission surnaturelle, extraordinaire, comme Moïse; Jésus-Christ et les apôtres avoient prouvé la leur : ils n'étoient rien moins que des thaumaturges.

Selon eux , l'Ecriture sainte doit être la seule règle de foi ; la première question à décider étoit donc de savoir quels sont les livres que l'on doit regarder comme Ecriture sainte. Il* rejeloient une

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partie des livres reçus par l'Eglise catholique ; est-ce encore par l'Ecriture qu'il falloit terminer cette contestation? Si chaque fidèle doit en juger selon ses lumières et son goût particulier, pourquoi le goût d'un catholique étoit-il moins sûr que le goût d'un prédicant? Tout homme sensé pouvoit lui dire : Puisque

l'Ecriture est ma seule règle de foi , je allègue pour appuyer son opinion; comn'ai besoin ni de vos leçons ni de vos ex- ment cette même Ecriture peut-elle faire piications; je sais lire aussi bien que la fonction déjuge, et terminer la con-

vous; c'est à moi de voir dans l'Ecriture

ce que Dieu y a révélé, et non à vous de particulier qui récuse toute espèce de

me le montrer. La bible est mon seul docteur ; la fonction d'enseigner que vous usurpez , est déjà une contradiction avec votre propre principe.

A la vérité , nos controversistes leur ont fait cet argument , mais ce n'a été qu'après de longues disputes ; il auroit été mi-eux de commencer par là , et de ne pas donner le temps à ces hommes sans aveu de séduire les ignorants par l'étalage de leur doctrine.

La même faute avoit été commise dans les contestations que l'on avoit eues

sites , ies wicléfites , les vaudois , les manichéens nommés albigeois. Dans les ouvrages qui ont été écrits contre eux , nous ne voyons pas que l'on ait insisté sur le défaut de mission de ces novateurs , ni sur la contradiction de leurs principes.

Dès le commencement du troisième siècle, Tertuilien avoit tracé dans son Traité des Prescriptions contre les hérétiques , la manière de les réfuter tous ; il leur demande des preuves de leur mission , refuse de les admettre à disputer sur l'Ecriture , leur oppose la tradition des Eglises apostoliques , les confond par leurs propres dissensions , et par l'opposition constante de leurs divers systèmes. Un théologien catholique xie peut mieux faire que de suivre toujours cette méthode ; elle est non-seulement invincible , mais respectable par son antiquité.

Après avoir décidé que l'Ecriture sainte est la seule règle de foi , les protestants ont encore prétendu qu'elle est le seul juge des controverses. Mais c'est

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d'abord abuser du terme que d'appeler juge la loi selon laquelle le juge doit prononcer ; et de laquelle il doit déterminer le vrai sens. Dans toutes les controverses , la question est de savoir si tel dogme est révélé dans l'Ecriture sainte, ou s'il ne l'est pas; quel est le vrai sens des passages que chaque parti

testation ? Il est évident que le simple

tribunal, se rend lui-même juge de ce qu'il doit croire.

Pour terminer, par exemple, la controverse touchant l'eucharistie , il s'agit de savoir quel sens il faut donner à ces paroles de Jésus- Christ, ceci est mon corps. Selon la croyance de l'Eglise catholique , elles signifient que le corps de Jésus -Christ est véritablement présent sous les apparences du pain ; que ce n'est plus du pain , mais le corps de Jésus-Christ. Suivant l'opinion de Luther , ce corps y est à la vérité , mais dans les siècles précédents avec les hus- j avec le pain, dans le pain ~ ou sous le

pain ; il ne s'y fait aucun changement.

Si nous écoutons Calvin , ces paroles signifient seulement , ce pain est la ligure de mon corps ; mais le fidèle , en mangeant ce pain, recevra parla foi et spirituellement le corps de Jésus -Christ.

Chacun de ces trois disputants allègue d'autres passages de l'Ecriture pour confirmer son explication. C'est donc au simple fidèle de juger lequel des trois a raison , et de s'en tenir à son propre jugement.

Le fidèle catholique ne fait point ainsi la fonction de juge. Lorsque l'Eglise a décidé, par la bouche de ses pasteurs, soit dispersés, soit rassemblés, que tel est le sens de tel passage de l'Ecriture , il soumet son propre jugement à celui de l'Eglise , et croit humblement ce qu'elle a prononcé. Dans le fond, un protestant fait de même, sans vouloir en convenir , ou sans s'en apercevoir ; avant de lire l'Ecriture sainte , il étoit déjà déterminé, parle catéchisme qu'on lui a enseigné dans son enfance , à donner aux passages sur lesquels on dis-

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pute le sens adopté par la société dans laquelle il est né.

Il est bon de savoir quel jugement les protestants ont porté de nos controversistes et de leurs différentes méthodes ; ce qu'en a dit Mosheim nous paroît mériter quelques réflexions.

En parlant de la naissance du luthéranisme, et des disputes touchant la confession (TAugsbourg, Histoire ecclés., seizième siècle, sect. 3 , c. 2 , § 4 , il dit qu'il n'y avoit que trois moyens de les terminer : le premier , et le plus raisonnable à son gré , étoit d'accorder aux protestants la liberté de suivre leurs sentiments particuliers , et de les laisser servir Dieu selon les lumières de leur conscience ; pourvu qiCils ne troublassent point la tranquillité publique.

Mais le protestantisme pouvoit-il s'établir sans troubler la tranquillité publique? Il s'agissoit non -seulement d'embrasser de nouvelles opinions spéculatives , mais d'abolir les pratiques , le culte extérieur et toute la discipline de l'Eglise y de déposséder les évêques et les prêtres , de chasser les moines et les religieuses , etc. Aucun prédicant , lorsqu'il s'est trouvé le maître, n'a laissé aux catholiques la liberté de servir Dieu selon les lumières de leur conscience; Luther à Wirtcmberg , Zwingle à Zurich , Calvin à Genève , ont - ils toléré l'exercice du catholicisme? En 4550, lorsque l'électeur de Saxe et les autres princes protestants présentèrent leur confession de foi à la diète d'Augsbourg, commencèrent-ils parjurer et promettre qu'ils accorderoient aux catholiques la même liberté qu'ils demandoient pour eux? Déjà la religion catholique n'existoit plus dans leurs états.

Le second moyen étoit de forcer les protestants, l'épée à la main, de rentrer dans le sein de l'Eglise. Cette méthode , dit Mosheim , étoit la plus conforme à l'esprit du siècle , surtout au génie despotique et aux conseils sanguinaires de la cour de Rome. Mais il réfute lui-même cette calomnie. En proposant un troisième expédient, qui étoit d'engager les deux parties contendantes à modérer leur zèle, à rabattre quelque

chose de leurs prétentions respectives , il dit que ce moyen fut généralement approuvé; que le pape lui-même ne parut ni le rejeter, ni le mépriser ; aucun des théologiens qui entrèrent en conférence avec les novateurs ne fut blâmé : où sont donc les preuves de l'esprit oppresseur du siècle, du génie despotique et sanguinaire de la cour de Rome? Mosheim convient, g 5 , que les moyens de conciliation n'ayant produit aucun effet , l'on eut recours à la force du bras séculier et à l'autorité impérieuse des édits. Donc on n'en vint là qu'à îa dernière extrémité ; l'on y fut forcé , non-seulement par l'opiniâtreté avec laquelle les protestants se refusèrent à toute instruction , mais par les voies de fait et les violences qu'ils employèrent pour exterminer la religion catholique.

En exposant les différentes méthodes dont les controversistes de l'Eglise romaine se sont servis pour ramener les protestants , Mosheim n'a eu garde de dire qu'ils commencèrent toujours par prouver nos dogmes par l'Ecriture sainte. Pourquoi ce silence affecté? C'est que ce procédé de nos controversistes satisfait pleinement aux plaintes, aux reproches , aux clameurs des protestants.

Ils ne réclamoient que l'Ecriture sainte, et , quand on la leur opposoit , ils ne l'écoutoient pas.

Il parle avec modération du jésuite Bellarmin et de ses controverses , section 5 , première partie , c. \ , % 29; il rend justice, non-seulement aux talents de cet écrivain , mais à la candeur et à la sincérité avec laquelle il propose les raisons et les objections de ses adversaires dans toute leur force ; ensuite , par un trait de malignité pure , il ajoute que ce théologien auroit eu plus de réputation parmi ceux de sa communion , s'il avoit eu moins d'exactitude et de bonne foi. Où est la preuve? Parmi les rivaux même des jésuites , y en a-t-il un seul qui ait blâmé Bellarmin de son exactitude et de sa bonne foi? On lui a reproché peut-être de n'avoir pas su profiter assez de ses avantages , de n'avoir pas donné à ses réponses autant de force que l'ont fait les controversistes

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postérieurs; cela est fort différent. Quelques lignes plus haut , Mosheim avoit dit que les controversistes jésuites surpassèrent tous les autres en subtilité , en effronterie et en invectives ; l'exemple de Bellarmin n'est certainement pas propre à justifier ce reproche.

Il n'a pas été plus équitable envers les controversistes du siècle dernier , dix-septième siècle, sect. 2 , lre partie, c. 4 , g 13. Sans oser déprimer leurs talents , il les accuse d'avoir eu recours aux fraudes pieuses , parce qu'ils s'attachèrent à faire voir que les protestants déguisoient les dogmes catholiques pour les rendre odieux ; qu'en les exposant tels qu'ils sont , ils ne se trouvent plus aussi opposés aux sentiments des protestants, que ceux-ci le prétendent.

C'est ce qu'a fait en particulier M. Bossuet, dans son Exposition de la Foi catholique, qui parut en 1671. Mosheim observe d'abord que ces théologiens conciliateurs agissoient en leur propre et privé nom, sans y être autorisés par les chefs de l'Eglise : remarque trèsridicule. Faut-il donc , pour traiter la controverse , être muni d'une procuration de l'Eglise universelle? Dans une note du traducteur , il est dit que le pape n'approuva cette Exposition de la Foi qu'au bout de neuf ans ; que Clément XI refusa de l'approuver ; qu'en 1685 l'université de Louvain la condamna comme un livre scandaleux et pernicieux.

Voilà les fables par lesquelles on abuse de la crédulité des protestants, j Le bref d'approbation de ce livre , donné par Innocent XI , est du 4 janvier 1679 , et il le donna pour fermer la bouche aux protestants , qui publioient que M. Bossuet n'exposoit pas fidèlement la foi de l'Eglise romaine. Déjà, en 1672, il avoit été approuvé par onze évêques de France , par les cardinaux Bona et Chigi, par le maître du sacré palais; il le fut ensuite par l'évêque de Paderborn , et par deux ou trois consulteurs du saint office. Il a été traduit en plusieurs langues ; et l'on ose écrire qu'en 1685 l'université de Louvain l'a condamné ; que Clément XI , placé sur le saint Siège en 4700 , a refusé de l'approuver. Après un

siècle entier d'éloges prodigués à cet ouvrage, on ne rougit pas de dire que c'est une fraude pieuse, imaginée pour en imposer aux protestants. On leur a dit cent fois : Voulez -vous signer une profession de foi conforme à celle-là ? l'Eglise catholique vous recevra dans son sein et vous absoudra de toute hérésie. Aucun d'eux ne voudroit le faire , et ils persistent à dire que ce n'est point là ce que croient les catholiques.

Ajoutons que cette exposition de notre doctrine est précisément la même que celle qu'avoit déjà faite François Véron, curé de Charenton, mort en 1649, et qui est intitulée , Régula Fidei calholicœ. Aussi Mosheim range ce controversiste, avec les frères de Wallembourg et d'autres , parmi ceux qui ne disputoient pas de bonne foi. Nous voudrions savoir en quoi ils ont été convaincus de mauvaise foi.

Mais il ne donne pas une meilleure idée des conciliateurs , même prolestants, tels que Le Blanc, d'Huisseaux, La Muletière, Forbes, Grotius, George Calixte. Il n'ose décider s'ils agirent par amour de la paix, ou par des vues d'intérêt et d'ambition. C'étoient, dit-il, des médiateurs imprudents, qui ne s'ae* cordoient pas entre eux , qui n'avoient pas assez de génie ni de dextérité pour éluder les sophismes des catholiques.

Aussi ne retirèrent -ils point d'autre fruit de leurs travaux que de mécontenter les deux partis , et de s'attirer le reproche de leurs Eglises. Ibid., § 14- Ceux qui ont voulu rapprocher les lu» thériens des calvinistes , ou concilier les anglicans avec Jes deux autres sectes , n'ont pas eu un meilleur succès. Vouez Syncrétistes.

Il est donc démontré que les protestants n'ont jamais voulu la paix , mais la guerre. Tout moyen d'instruction , toute voie de conciliation, toute méthode de découvrir la vérité leur a toujours déplu. Toujours ils se sont plaints du ton de hauteur et du despotisme de la cour de Rome , et toujours ils se sont défiés des démarches qu'elle a faites pour les regagner ; parce qu'ils ont rc~

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connu , disent-ils , que son but étoit bien moins de se réconcilier avec eux , que de procurer à ses évêques l'empire despotique qu'ils exerçoient jadis sur le monde chrétien. Ainsi , au défaut de griefs extérieurs , ils noircissent les

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motifs et les intentions, vrai langage d'enfants ingrats et révoltés contre leur mère.

Cependant , les controversistes catholiques n'ont pas laissé de faire , de temps en temps , des conversions ; mais Mosheim, fidèle au génie de sa secte, les attribue à des motifs vicieux. Voyez Conversion.

Nos littérateurs modernes disent que quiconque se consacre au genre polémique et à la guerre de plume, sacrifie l'avenir au présent ; qu'en voulant amuser ou occuper ses contemporains , il consent à être indifférent à ceux qui viendront après lui. Soit. II s'ensuit déjà que les controversistes préfèrent les intérêts de la vérité et de la religion à la gloriole que cherchent uniquement la plupart des autres écrivains. Ce n'est pas là un sujet de blâme. Mais la réflexion de leurs censeurs est fausse en elle-même.

Les ouvrages de controverse de Bossuet

d'hui moins de réputation que dans le siècle passé, ni que les écrits des auteurs qui ont traité d'autres matières.

La plupart de ceux des Pères ont été faits pour réfuter les païens, les juifs ou les hérétiques; ils seront lus et estimés tant qu'il y aura des chrétiens zélés pour leur religion ; le mépris qu'en font les protestants ne leur est pas fort honorable.

CONVENTUEL. Voyez Franciscain.

CONVOI FUNÈBRE. Voyez Funérailles.

CONVERSION, changement. Il se dit non-seulement du pécheur qui sercpcnt de ses fautes , et se détermine sincèrement à les expier et à s'en corriger , mais encore d'un homme qui abandonne l'erreur pour faire profession de la vérité. Quelquefois l'Ecriture sainte semble nous enseigner que notre conversion est notre propre ouvrage; souvent aussi elle nous fait comprendre

que ce doit être l'ouvrage de la grâce. Un prophète dit aux Juifs de la part de Dieu : Convertissez- vous à moi, et je retournerai à vous. Malach., c. 5,^. T. Convertissez -nous, Seigneur, et nous retournerons à vous,77imi.,c. 5, ^.11 ; parce que la conversion est tout à fa fois l'effet de la grâce qui nous prévient ., et de la volonté qui correspond librement à la grâce. Mais , l'invitation que Dieu fait aux pécheurs de se convertir seroit illusoire , s'il refusoit de les prévenir par la grâce.

Il y a des théologiens qui regardent la conversion d'un pécheur comme un miracle aussi grand et presque aussi rare que la résurrection d'un mort ; conséquemment ils sont très-réservés à accorder aux pécheurs l'absolution et la communion, persuadés que l'une et l'autre sont seulement pour les justes ou pour les pécheurs convertis depuis longtemps. Il est aisé dans cette matière de pécher par l'un des deux excès, soit en se fiant trop aisément aux moindres signes de conversion y soit en poussant trop loin la défiance, soit en se persuadant que les sacrements sout des-

tinés à nous faire persévérer dans lo et de quelques autres n'ont pas aujour- bien, et non pour nous fortifier ontre

le mal.

Il faut toujours se souvenir que la pénitence est le tribunai de la miséricorde de Dieu , et non celui de sa justice; que l'homme, toujours foible et inconstant , ne tient pas mieux les résolutions qu'il a faites dans une maladie de conserver sa santé , qu'il n'exécute celles qu'il a faites dans la pénitence de ne plus pécher; qu'ainsi les rechutes ne sont pas toujours une preuve du peu de sincérité des résolutions. Le meilleur modèle à suivre dans la manière de traiter les pécheurs est la conduite de Jésus-Christ notre divin maître.

Il n'est pas étonnant que les incrédules tournent en ridicule toute espèce de conversion. Lorsque, dans une maladie , un mécréant renonce à son impiété, ils tâchent de persuader qu'il a eu l'esprit affaibli par la crainte de la mort ; comme si l'obstination dans Terreur et dans l'irréligion, pour n'avoir

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pas la honte de se dédire , étoit la marque d'un grand courage. Rien n'est plus détestable que la perversité de ceux qui ont obsédé leurs confrères dans les derniers moments , qui ont écarté d'eux non-seulement les prêtres, mais tous ceux qui auroient pu les engager à rentrer en eux-mêmes. Ils triomphent quand ils ont réussi à faire mourir un prétendu philosophe avec l'insensibilité d'un animal. Lorsque , sur le retour de l'âge , les femmes commencent à mener une vie plus régulière et plus chrétienne que dans leur jeunesse, ils publient qu'elles se convertissent, non parce qu'elles sont dégoûtées du monde, mais parce que le monde est dégoûté d'elles.

Quand cela seroit vrai , elles montreroient encore plus de sagesse que celles qui s'obstinent à s'y attacher, malgré l'indifférence et le mépris que l'on y a pour elles. Mais, en général, c'est une injustice absurde de vouloir pénétrer les motifs intérieurs et les intentions secrètes de nos semblables, et déjuger qu'elles sont vicieuses , lorsqu'elles peuvent être bonnes et louables.

On a droit de reprocher celte iniquité aux protestants. \° Ils ont suspecté les motifs par lesquels les peuples barbares, les Goths, les Francs , les Bourguignons , les Vandales , les Lombards , ont embrassé le christianisme , ou se sont réunis à l'Eglise après avoir professé l'arianisme. Leurs conjectures viennent

l'empire de la superstition sur les esprits foibles , ont engagés à cette démarche , le nombre de ces prosélytes sera trop petit pour exciter l'envie des Eglises protestantes. Jurieu , Spanheim et d'autres en ont parlé avec encore moins de modération.

Pourquoi donc nous accusent- ils de calomnier, lorsque nous attribuons à ces mêmes motifs l'apostasie de ceux qui ont embrassé la prétendue réforme à sa naissance? Des princes qui pilloient les biens ecclésiastiques et se rendoient plus indépendants , des moines et des religieuses qui désertoient les couvents pour se marier, des prédicants qui se mettoient à la place des évèques et des pasteurs , des aventuriers qui acquéroientle droit d'exercer le brigandage, des ignorants excités par les déclamations fougueuses des nouveaux docteurs , avoient-ils des motifs plus purs et plus respectables que les princes et les savants dont nos adversaires dépriment la conversion ? Il y a du moins en faveur de ceux-ci un préjugé bien fort; les sectaires secouoient le joug des lois de l'Eglise dont ils n'ont pas cessé d'exagérer la pesanteur ; ceux qui sont venus le reprendre renonçoient à une liberté qui leur paroissoit très -douce et trèscommode. Depuis que la première fougue du fanatisme à été calmée , on n'a pas vu des catholiques abandonner une fortune considérable , un état honnête, une de pure malignité et de l'intérêt de leur ! famille bien unie, pour se faire protes-

système , puisqu'elles n'ont aucun fondement raisonnable. Par là , ils ont autorisé les incrédules à jeter les mêmes soupçons sur les motifs de la conversion des Juifs et des païens dans les premiers temps du christianisme ; et c'est à quoi les incrédules n'ont pas manqué. Voyez Mission.

2° Ils ont traité de même le changement de ceux qui ont renoncé au protestantisme pour rentrer dans le sein de l'Eglise romaine , soit en France , soit

tants ; au lieu que l'on peut citer un bon nombre de protestants qui ont fait tous ces sacrifices pour revenir à l'ancienne religion. On ne connoît aucun apostat du catholicisme qui soit devenu plus homme de bien pour l'avoir quitté ; on a vu, au contraire , un bon nombre de protestants convertis , mener jusqu'à la mort une vie très-édifiante. Or, l'Evangile nous autorise à juger des hommes par les actions, et de l'arbre par ses fruits : A fruclibus eorum cognoscetis

ailleurs ; ils n'ont épargné ni les princes, j eos. Matt., c. 7 , f. 16.

ni les savants qui ont eu ce courage, j CONVULSIONNAIRES , secte de fana-

Mosheim dit que si l'on retranche ceux que l'adversité, l'avarice, l'ambition, la légèreté, les attachements personnels,

tiques qui a paru dans notre siècle, et qui a commencé au tombeau de l'abbé Paris. Les appelants de la bulle Unige-

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nitus vouloient avoir des miracles pour appuyer leur parti : bientôt ils prétendirent que Dieu en opéroit en leur faveur au tombeau du diacre Paris , fameux appelant ; une foule de témoins prévenus, trompés ou apostés, les attestèrent. Plusieurs prétendirent éprouver des convulsions sur ce même tombeau ou ailleurs ; on voulut encore les faire passer pour des miracles : cette nouvelle espèce décrédita la première et couvrit leurs partisans de ridicule. Jamais les appelants n'ont pu répondre à cet argument si simple : où sont nées les convulsions , là sont nés vos miracles ; les uns et les autres viennent donc de la même source. Or , de l'aveu des plus sages d'entre vous, l'œuvre des convulsions est une imposture , ou l'ouvrage du diable : donc il en est de même des miracles.

En effet, les plus sensés d'entre les appelants ont écrit avec force contre ce fanatisme ; ce qui a causé parmi eux une division en anticonvulsionnistes et en convulsionnistes. Ceux-ci se sont redivisés en augustinistcs , vaillantistes, secouristes , discernants , figuristes , mélangistes , etc. : noms dignes d'être placés à côté de ceux des ombilicaux, des iscariolistes, des stercoranistes, des indoiiiens , des orébites , des éoniens , et autres sectes aussi illustres.

Arnaud, Pascal, Nicole, appelants sensés et instruits , n'avoient point de convulsions , et se gardoient bien de prophétiser. Un archevêque de Lyon disoit , dans le neuvième siècle , au sujet de quelques prétendus prodiges de ce genre : « A-t-on jamais ouï parler de » ces sortes de miracles qui ne gué- » rissent point les maladies, mais font » perdre à ceux qui se portent bien la » santé et la raison? Je n'en parlerois » pas ainsi , si je n'en avois été témoin » moi-même ; car , en leur donnant bien » des coups , ils avouoient leur im- » posture. » Voyez Abrégé de Vllistoire ecclés., en deux volumes iw-12, Paris ,1752, sous l'année 8 H. C'est en effet un étrange thaumaturge que celui qui estropie au lieu de guérir.

Il est peut-être encore plus étrange

que les partisans d'un fanatisme si scandaleux et si absurde se soient parés d'un prétendu zèle de religion, aient voulu faire croire qu'ils en étoientles seuls défenseurs ; rien n'a contribué davantage à faire éclore l'incrédulité. Heureusement cet accès de démence paroît fini.

Il y a eu en Angleterre des réfugiés convulsionnaires ; c'étoient les mêmes que les prophètes des Cévennes. Sshaftsbury, Lettres sur l'Enthousiasme, sect. 5 , p. 25. On sait que le docteur Hecquet, dans un ouvrage intitulé le Naturalisme des Convulsions , a démontré l'illusion de ce prétendu prodige.

COPHTES ou COPTES, chrétiens d'Egypte, de la secte des jacobites ou monophysites, qui n'admettent qu'une seule nature en Jésus-Christ. Ils sont soumis au patriarche d'Alexandrie. On dérive ordinairement leur nom , de Copte ou Coptos, ville d'Egypte; mais ce n'est peut-être qu'une altération du mot Aïyvnroç , nom grec de l'Egypte.

Comme cette Eglise schismatique est séparée de l'Eglise romaine depuis plus de douze cents ans , il est à propos d'en connoître l'origine , la croyance et la discipline.

Après la condamnation d'Eutychès , au concile de Chalcédoine en 451 , Dioscore , patriarche d'Alexandrie , homme accrédité et très-respecté des Egyptiens, demeura opiniâtrement attaché au parti et à la doctrine d'Eutychès ; il eut le talent de persuader à son. clergé et à son peuple que le concile de Chalcédoine, en condamnant Eutychès , avoit adopté et consacré l'hérésie de Neslorius, quoique ce concile eût ditanathème à l'un et à l'autre. Les vexations et la violence qu'employèrent les empereurs de Constantinople , pour faire recevoir en Egypte les décrets du concile de Chalcédoine , aliénèrent les esprits ; on y envoya de Constantinople des patriarches, des évêques, des gouverneurs, des magistrats; les Egyptiens , exclus de toutes les dignités, civiles , militaires et ecclésiastiques, conçurent une haine violente contre les Grecs et contre le catholicisme; un grand nombre se retirèrent

dans la haute Egypte avecleur patriarche schismatique. t

Vers l'an 660 , lorsque les Sarrasins ou mahométans Arabes vinrent attaquer l'Egypte, les cophtes ou Egyptiens schismatiques leur livrèrent les places qu'ils auroient dû défendre , et obtinrent , par des traités, l'exercice public de leur religion ; ainsi , sous la protection des mohométans , les cophtes se virent en état d'opprimer à leur tour les Grecs catholiques qui se trouvoient en Egypte, et de les rendre suspects à leurs nouveaux maîtres. Dès ce moment, les cophtes ont prévalu ; ils prétendent avoir conservé jusqu'à présent la succession de leurs patriarches depuis Dioscore, et il en résulte que leurs ordinations sont valides.

Mais , lorsque les mahométans se virent paisibles possesseurs de l'Egypte , et n'eurent plus rien à craindre de la part des empereurs grecs, ils violèrent les promesses qu'ils avoient faites aux cophtes, ils défendirent l'exercice public du christianisme ; ce n'est qu'à force d'argent que les cophtes sont parvenus à se faire tolérer et à conserver leur religion. Ces chrétiens sont la partie la plus pauvre des Egyptiens ; c'est à eux que les mahométans ont confié la recette des deniers publics de l'Egypte. On prétend que , dans le temps de la conquête , ils étoient au nombre de six cent mille , et qu'à présent ils sont réduits à quinze mille tout au plus.

Depuis quel'arabe est devenu la langue vulgaire de l'Egypte, les naturels du pays n'entendent plus la langue cophte, qui est un mélange de grec et d'ancien égyptien ; ils ont cependant continué de célébrer l'office divin dans cette langue , et ils ont traduit en arabe leur liturgie , afin que les prêtres aient connoissance de ce qu'ils disent en cophte. Pour les leçons de l'office, les épîtres et les évangiles, après les avoir lu en cophte, ils les lisent dans une bible arabe, pour entendre ce qui a été lu. t'oyez Bible cophte. Leur bréviaire est fort long.

En général, le clergé cophte est pauvre et ignorant. Il est composé d'un patriarche, et des évèques au nombre de

dix ou douze. Le patriarche est élu pai les évèques , par le clergé et par k î principaux laïques ; on le prend toujours parmi les moines du monastère de Saint-Macaire , au désert de Scété. Il nomme seul les évèques, et les choisit entre les séculiers qui sont veufs; la dime est tout leur revenu , et ils la recueillent dans leur diocèse pour eux et pour le patriarche. Les prêtres sont ordinairement de simples artisans; quoiqu'ils aient la liberté de se marier , plusieurs s'en abstiennent, observent la continence , sont très-respectés du peuple , et ils ont sous eux des diacres ; parmi les cophtes . il y a des religieuses aussibien que des moines ; les uns et les autres font des vœux.

Ils ont trois liturgies , l'une de saint Basile , l'autre de saint Grégoire do Nazianze, la troisième de saint Cyrille d'Alexandrie ; elles ont été traduites en cophte sur l'original grec. La dernière est la plus seroWable à celle de saint Marc, que l'on croit être l'ancienne liturgie dont se servent l'Eglise d'Alexandrie avant le schisme de Dioscore , ou avant le cinquième siècle ; les catholiques d'Egypte continuèrent à s'en servir pendant qu'ils subsistèrent ; mais les schismaliquespréférèrent celle dontnous venons de parler, et ils y ont inséré leur erreur touchant l'unité de nature en Jésus-Christ. Voyez Liturgie, §2.

C'est la seule erreur que l'on puisse leur reprocher sur le dogme ; dans tous les autres articles de la doctrine chrétienne , ils ont la même croyance que l'Eglise romaine. On voit par leurs liturgies, par leurs autres livres et parleurs confessions de foi, qu'ils admettent sept sacrements ; mais ils diffèrent le baptême des enfants mâles à quarante jours, et celui des filles à quatre-vingts. Ils ne l'administrent jamais qu'à l'église , et en cas de danger , ils croient y suppléer par des onctions. Us le donnent par trois immersions, l'une au nom du Père , la seconde au nom du Fils . la troisième au nom du Saint-Esprit , en adaptant à chacune les paroles de la formule ordinaire: Jeté baptise, etc. Ils donnent la confirmation à l'enfant, et la commu-

nion sous l'espèce du vin seulement , aussitôt après le baptême.

Sur l'eucharistie , ils croient , comme les catholiques , la présence réelle de Jésus-Christ , la transsubstantiation , le sacrifice ; c'est un fait prouvé démonstrativement par leur liturgie. Ils communient les hommes sous les deux espèces, et portent aux femmes l'espèce seule du pain , humectée de quelques gouttes de vin consacré ; jamais ils ne portent le calice consacré hors du sanctuaire , dans lequel il n'est pas permis aux femmes d'entrer. Quand il faut administrer un malade , la messe se dit à quelque heure que ce soit; ils ne donnent le viatique que sous l'espèce du pain.

La confession est assez rare parmi eux , puisqu'ils se confessent tout au plus une ou deux fois par an ; mais ils attribuent à la pénitence et à l'absolution le pouvoir de remettre les péchés , et ils y joignent ordinairement des onctions.

Rien ne paroît manquer à la manière dont ils font l'ordination pour être un vrai sacrement; celle du patriarche se fait très-solennellement et avec beaucoup de prières. Ils regardent aussi le mariage comme un sacrement; mais ils usent du divorce assez fréquemment.

Ils administrent l'extrême -onction dans les indispositions les plus légères ; ils oignent d'huile bénite , non-seulement le malade, mais tous les assistants. Comme ils ont une huile bénite différente de celle dont ils se servent pour les sacrements , ils en font des onctions aux morts.

On trouve dans leurs liturgies l'invocation des Saints, la prière pour les morts, et on ne les accuse point de blâmer le culte des images et des reliques. On ne peut pas leur reprocher d'avoir changé ou altéré ces liturgies, excepté sur l'article d'une seule nature en Jésus- Christ ; puisque sur tout le reste elles se trouvent conformes aux liturgies des Grecs, des Syriens, des Arméniens et des nestoriens , avec lesquels les cophtes n'ont pas eu plus <le liaison qu'avec l'Eglise romaine.

Leurs jeûnes sont longs, fréquents et

| rigoureux. Ils observent quatre carêmes : le premier , avant la pâque , commence neuf jours plus tôt que celui des Latins ; le second, après la semaine de la Pentecôte , et avant la fête de saint Pierre et de saint Paul, est de treize jours ; le troisième, avant l'Assomption, de quinze jours ; le quatrième , avant Noël, est de quarante-trois jours pour le clergé, et de vingt-trois jours pour le peuple.

11 est donc évident qu'à la réserve d'un seul article de doctrine, l'Eglise cophte a exactement conservé la même croyance que l'Eglise romaine; qu'ainsi , avant le concile de Chalcédoine et le schisme de Dioscore, cette croyance étoit celle de l'Eglise universelle. C'est injustement que les protestants ont soutenu que cette doctrine est nouvelle , a été inventée dans les siècles postérieurs.

Nous la retrouvons chez les Grecs schismatiques, chez des Syriens jacobites, chez les nestoriens ,- dans la Perse et dans les Indes, aussi-bien que ckes le? Egyptiens et les Ethiopiens. Ces différentes Eglises ne se sont pas concertées entre elles, ni avec l'Eglise romaine, pour changer leur foi , leur liturgie, leur discipline. Dieu semble les avoir conservées pour attester l'antiquité des dogmes dont les protestants ont pris prétexte pour faire un schisme. Ces derniers sont les seuls dans l'univers qui professent la doctrine qu'ils soutiennent être la croyance ancienne et primitive.

Ajoutons que les cophtes ne rejettent du canon des Livres saints aucun de ceux que l'Eglise romaine reçoit comme canoniques. Voyez la Perpétuité de la foi, tome 4, 1. d , chap. 9 etlO , la Collection des liturgies orientales, par l'abbé Renaudot; le père Le Brun, tom. 4, pag. 469 et suiv.

On a tenté plusieurs fois , mais inutilement , de réunir les cophtes à l'Eglise romaine. •

Les protestants font remarquer avec affectation la résistance de ces hérétiques aux instructions des missionnaires catholiques ; mais ils ne disent rien touchant la conformité de la croyance de l'Eglise cophte avec celle de l'Eglise ro-

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