‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 27 sur 114 · CM · texte numérisé non relu

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D'autres dissertateurs ont soutenu que les pasteurs de l'Eglise n'ont point le droit de retrancher de la société des fidèles un citoyen , ni de le priver des sacrements, parce que cette peine emporte l'infamie et la perte de certains avantages civils. D'où il résulte , en dernière analyse , que les crimes qui attaquent directement la religion, ne doivent être punis par aucune peine.

Cette rare jurisprudence mériteroit plus d'attention, si elle étoit proposée par d'autres que par des coupables intéressés à l'établir. Quelques réflexions suffiront pour en démontrer l'absurdité.

1° La religion est le premier soutien des lois, sans elles les lois sont très-impuissantes ; quiconque attaque la religion : sape le fondement de la législation même; il mérite donc d'être puni par toutes les espèces de peines que les lois peuvent infliger , suivant la diversité des cas. La religion est d'ailleurs autorisée par les lo4s , elle en fait partie ; les coups frappés sur l'une retombent nécessairement sur les autres.

2° Les crimes qui attaquent directement la religion , troublent la tranquillité publique. 11 est naturel à tout homme qui croit à la religion, de l'aimer, d'y prendre intérêt, de se croire blessé luimême lorsqu'elle est attaquée ; les insultes qu'on lui fait, retombent sur ceux qui l'enseignent et la professent , tout comme les invectives contre les lois retombent sur les magistrats. Si les lois n'avoient pas pourvu au châtiment, tout particulier se croiroit en droit de venger l'honneur de la religion; ce ne seroit pas l'avantage des coupables.

5° Lorsqu'un impie se sera fait un plan de braver les exécrations , les anathèmes, les excommunications lancées contre lui par les fidèles, où sera la punition? ce sera i'excès du crime qui en procurera l'impunité.

4° Chez toutes les nations policées , les crimes qui attaquent la religion ont été jugés punissables par les lois et par les peines afllictives; les législateurs modernes n'ont pas été plus sévères à ce sujet que les anciens; nos lois, sur ce point, sont plus douces et plus mo-

ocrées que celles des Grecs et des Romains.

Quant au pouvoir des pasteurs de l'Eglise, il est fondé sur l'Ecriture sainte et sur l'usage constamment observe depuis les apôtres. Voyez Excommunication.

CRITIQUE , art de découvrir et de prouver l'authenticité ou la supposition , l'intégrité ou l'altération, le sens vrai ou faux des livres et des monuments anciens, et de fixer le degré d'autorité que l'on doit leur attribuer. Critique est dérivé du grec xpho , je juge.

Cet art est nécessaire sans doute : avant d'ajouter foi à un titre quelconque, il fautsavoir d'où il vient , s'il est parti de la main à laquelle on l'attribue , s'il est entier , s'il n'a été ni mutilé ni interpolé , quel peut être le sens des expressions dont l'auteur s'est servi , si c'est un original ou seulement une version. On est obligé d'user de cette précaution à l'égard des livres saints, des ouvrages des Pères , et des monuments de l'histoire ecclésiastique. Faute de l'avoir observée dans les siècles passés, on a souvent cité avec confiance des livres dont la supposition a été reconnue dans la suite, ou des auteurs qui ne méritoient aucune croyance.

Dans le siècle dernier et dans celui-ci, l'art de la critique a fait de grands progrès , et a rendu à la religion des services importants; on a examiné, comparé, discuté tous les anciens monuments avec toute l'exactitude et la sagacité possibles. La question est de savoir si , pour éviter un excès, l'on n'est pas tombé dans un autre , et si, en voulant faire du bien , l'on n'a pas fait aussi un très-grand mal.

Quelques écrivains , après avoir examiné les règles de critique établies par les savants qui ont acquis le plus de réputation par ce genre de travail , ont cru y apercevoir des défauts , et ont entrepris de montrer que ceux même qui y ont eu le plus de confiance, n'ont pas toujours été fidèles à les suivre dans la pratique.

C'est ce qu'a fait le père Honoré de Sainte-Marie, canne déchaussé, dans un uiivragc intitulé : Réflexions sur les

règles et l'usage de la critique, en trois vol. in-A°. Après avoir observé la marche de nos critiques les plus estimés, il leur reproche :

1° De faire l'éloge d'un auteur, de vanter son mérite et ses talents , lorsqu'ils ont besoin de son témoignage ; de le déprimer ensuite et d'en faire peu de cas , lorsqu'il n'est pas de leur avis. 2° De préférer ordinairement le sentiment d'un hérétique, qui n'a d'autre mérite que beaucoup de témérité, à celui des écrivains catholiques les plus respectables. 5° De recevoir comme authentique un ancien ouvrage lorsqu'il leur est favorable, de le rejeter comme supposé lorsqu'il les incommode. 4° De faire usage de l'argument négatif toutes les fois qu'il leur est utile, de le regarder comme nul quand on le leur oppose.

5° Pour savoir si un ouvrage est ou n'est pas de tel auteur , ils font beaucoup de fond sur la ressemblance ou la différence du style qui se trouve entre cet écrit et les autres du même auteur; mais , outre qu'un auteur n'a pas toujours le même style , a des ouvrages plus travaillés les uns que les autres, il faut beaucoup de discernement, de goût, d'expérience , pour être en état d'en juger ; et les méprises en ce genre sont très-communes. 6° Quelques-uns se sont trop livrés à des conjectures , ont chicané sur toutes les circonstances d?un fait , n'ont travaillé qu'à faire naître des doutes, ont mieux réussi à embrouille!

qu'à éclaircirles événements importants de l'histoire ecclésiastique.

Il fait voir , qu'en observant à la lettre toutes les règles établies par nos critiques, on peut prouver la vérité de plusieurs faits qu'ils ont cependant regardés comme faux ou douteux , et l'authenticité de plusieurs ouvrages qu'ils ont réprouvés comme supposés et apocryphes, ou au contraire. Eux-mêmes ne se sont point accordés dans le jugement qu'ils ont porté d'un fait ou d'un écrit; les uns l'ont admis , les autres l'ont rejeté ; tous cependant ont fait profession de suivre les mêmes règles. Ils ne sont seulement pas convenus entre eux de ce qu'ils cntendoient par authentique , apocryphe,

canonique, supposé , etc.; tous n'ont pas attaché à ces termes la même idée.

C'est par ces règles prétendues , que les protestants ont attaqué les livres de l'Ecriture sainte et les monuments ecclésiastiques qui ne leur étoient pas favorables. Les incrédules ont encore enchéri sur cette audace, et ont voulu renverser tous les titres de la révélation. Il seroit fâcheux que l'on pût reprocher à des écrivains catholiques de leur avoir fourni des armes. Déjà le père Laubrussel , jésuite , avoit montré les funestes conséquences de celte conduite, dans un Traité des aous de la critique en matière de religion, en 2 vol. î'n-12, imprimé à Paris en d711.

L'abbé Renaudot a aussi fait voir que l'on a eu tort de vouloir juger de l'autorité des anciennes liturgies comme l'on juge de l'authenticité des écrits d'un auteur quelconque ; que l'autorité de ces liturgies ne vient point du personnage dont on leur a fait porter le nom , mais des Eglises qui s'en sont servies de tout temps. Liturg. orient, collect., 1. 1 , pag. 2 , etc.

Do toutes ces observations , il s'ensuit que l'on ne doit pas déférer aveuglément au jugement de nos meilleurs critiques , puisque leurs décisions ne sont rien moins qu'infaillibles, et qu'il faut comparer et peser leurs raisons. Un des grands reproches que les protestants font continuellement aux Pères de l'Eglise , est de dire que ces auteurs respectables ont manqué de critique ; nous leur répondrons au mot Pères de l'Eglise.

Critique sacrée, connoissance des règles sur lesquelles on doit juger de l'authenticité , de l'intégrité , de l'autorité des livres saints , et du sens dans lequel il faut les entendre. Nous ne pouvons donner de cette science une idée plus exacte , qu'en copiant le plan qu'avoit tracé M. Mallet, d'un traité complet sur celte matière , et qu'il avoit placé dans V Encyclopédie , au mot Bible.

Il faudroit, dit-il, diviser cet ouvrage en deux parties. Dans la première , on traiteroit des livres et des auteurs de VEcrilure sainte; dans la seconde, on

rassembleroit les connoissances générales qui sont nécessaires pour l'intelligence de ce qui est contenu dans ces livres.

On partageroit la première partie en trois sections. On parleroit \° des questions générales qui concernent tout le corps de la bible , 2° de chaque livre en particulier et de son auteur ; 3° des livres cités , perdus , apocryphes , et des monuments qui ont rapport à l'Ecriture.

Six questions rempliroient la première section. La première, des différents noms donnés à la bible, du nombre des livres qui la composent , des différentes classes qu'on en a faites. La seconde , de la divinité des Ecritures : on la prouveroit contre les païens et contre les incrédules. De l'inspiration et des | prophéties : on y examineroit en quel | sens les auteurs sacrés ont été inspirés, I si les termes sont inspirés aussi bien | que les choses , si tout ce que ces livres j contiennent est de foi , même les faits historiques et les propositions de physique. La troisième , de l'authenticité des | livres sacrés ; du moyen de distinguer j les livres canoniques d'avec ceux qui ne le sont pas : on traiteroit la question si | souvent agitée entre les catholiques et ■ les protestants, savoir si l'Eglise juge \ V Ecriture; on expliqueroitla différence ' entre les livres protocanoniques et les | livres deutérocanoniques. La quatrième, j des différentes versions de la bible et des diverses éditions de chaque version, I de l'antiquité des langues et des caraci tères , et de leur origine : on examij neroit si l'hébreu est la première langue, | jusqu'à quel point l'on peut compter sur | la fidélité des copies, des manuscrits, j des versions, des éditions, et sur leur intégrité; si la vulgate est la seule version authentique , et en quel sens; si la lecture des versions en langue vulgaire doit être permise ou défendue. La cinquième, du style de l'Ecriture, des sources de son obscurité, des divers sens qu'elle peut avoir, et dans desquels elie a été citée; de l'usage que l'on peut faire de ces divers sens, soit dans la controverse , soit dans la chaire , soit dans la théologie mystique : on exami-

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ncroit s'il est permis d'en faire l'application à des objets profanes. La sixième question traiteroil de la division des livres en chapitres et en versets , des concordances et des harmonies des commentaires , de l'usage que l'on doit faire des rabbins , du Talmud , de la Gémare, de la cabale : on verroit de quelle autorité doivent être les commentaires et les homélies des Pères sur l'Ecriture , de quel poids sont les explications des commentateurs modernes, quels sont les plus utiles pour l'intelligence de l'Ecriture sainte.

La seconde section seroit divisée en autant de petits traités qu'il y a de livres dans l'Ecriture : on en feroit l'analyse, on en éclairciroit l'histoire ; on recherchent t qui est l'auteur de chacun de ces livres , en quel temps , de quelle manière il a écrit.

La troisième contiendroit trois questions. La première , des livres cités dans l'Ecriture sainte, et qui n'existent plus : on examineroit quels étoient ces livres, I ce qu'ils pouvoient contenir, qui en ! étoient les auteurs, autant qu'on peut ; le conjecturer. La seconde , des livres j apocryphes que l'on a voulu faire passer i pour canoniques , soit qu'ils subsistent j encore , ou qu'ils aient été perdus. La j troisième , des ouvrages qui peuvent avoir rapport à l'Ecriture, comme ceux : de Philon, de Josèphe , de Mercure Trismégiste , des sybilles , des canons des \ apôtres , etc.

La seconde partie comprendroit huit j traités , 1° la géographie sacrée ; 2° l'origine et la division des peuples, ou un ] commentaire sur le dixième chapitre de j la Genèse ; 3° la chronologie de l'Ecri- j ture, à laquelle il faudroit comparer i celle des Egyptiens , des Assyriens , des j Babyloniens ; 4° l'origine et la propagation de l'idolâtrie; 3° l'histoire naturelle relative à l'Ecriture : on y parleroit des animaux , des plantes, des pierres précieuses , etc., dont il y est fait mention ; 6° des poids , des mesures , des monnoies qui ont été en usage chez les Hébreux ; 7° des idiolismes , ou pro- I priétés des langues dans lesquelles les J livres saints ont été écrits , des phrases i

poétiques et proverbiales, des figures, des allusions, des paraboles. Le huitième seroit un abrégé historique des divers états du peuple hébreu jusqu'au temps des apôtres, des changements survenus dans son gouvernement , dans ses mœurs , dans ses usages , dans ses opinions.

Tout ce que l'on diroit sur ces divers objets ne seroit pas nouveau pour le fond , mais pourroit l'être quant à la manière de le présenter; ce seroit un travail utile , surtout pour les jeunes théologiens, que de rassembler dans un seul ouvrage , et avec méthode , des matériaux épars dans les écrits d'un grand nombre de savants. La bibliothèque sacrée du père Lelong indiqueroit, à celui qui voudroit l'entreprendre , les principales sources dans lesquelles il devroit puiser.

Ajoutons qu'il est de l'équité naturelle de traiter la critique sacrée avec autant d'impartialité que la critique profane ; que, de la part des incrédules , c'est une injustice déjuger les livres des Juifs et des chrétiens autrement que l'on ne prononce sur ceux des Chinois , des Indiens , des Perses , des mahométans ; et d'établir, pour les premiers , des règles de critique dont on n'oseroit faire usage pour attaquer les seconds. Si, lorsque ceux-ci ont paru pour la première fois en Europe , un censeur quelconque avoit fait contre leur authenticité les mêmes objections que l'on répète depuis un siècle contre nos livres saints, il auroit excité le mépris et l'indignation des savants.

Mais il faut toujours se souvenir que l'autorité de ces saints livres n'est pas uniquement fondée sur la certitude des règles de critique, comme les incrédules le supposent en copiant les protestants, mais sur l'autorité de l'Eglise, qui les a reçus de Jésus -Christ et des apôtres , et qui nous les donne tels qu'ils lui ont été confiés : autorité établie sur les mêmes preuves que la divinité de la religion chrétienne. Les discussions de critique sur ce point ne sont donc pas nécessaires pour nous, mais pour vaincre l'opiniâtreté des hérétiques et des iucré-

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dulcs ;la foi du simple fidèle est appuyée sur de meilleurs fondements. Voxj. Foi.

CROISADES, guerres entreprises pour conquérir la Terre- Sainte. Dans plusieurs écrits partis de la main de nos philosophes, ils ont censuré les croisades avec beaucoup d'aigreur ; ils ont cherché à rendre la religion responsable des maux réels ou supposés dont elles furent la cause. Ces guerres , disent-ils , inspirées par un zèle de religion mal entendu , ont coûté à l'Europe deux millions d'hommes ; elles n'ont abouti qu'à transporter en Asie des sommes immenses, à enrichir le clergé et les moines, à ruiner la noblesse , à augmenter la puissance des papes. Tout cela est-il vrai?

Il y périt, si l'on veut, deux millions d'hommes libres , mais qui opprimoient vingt millions d'esclaves : des sommes immenses furent transportées en Asie , mais on y apprit le secret d'en faire entrer en Europe de plus considérables par le commerce ; le clergé et les moines s'enrichirent en rachetant les fonds qui leur avoient été enlevés et qui seroient demeurés en friche ; la noblesse se ruina , mais elle perdit l'habitude du brigandage et de l'indépendance. Si la puissance des papes augmenta pour quelque temps, celle des mahométans, plus redoutable , fut réprimée et mise hors d'état d'abrutir l'Europe entière.

•Quand on aura pesé ces différentes considérations, l'on verra de quel côté la balance penchera.

Déjà plusieurs écrivains, qui n'avoient aucun dessein de favoriser la religion , sont convenus des faits que nous venons d'exposer. De leur aveu, les croisades furent moins l'effet du zèle de religion que d'une passion désordonnée pour les armes , et de la nécessité d'une diversion pour suspendre les troubles intestins qui duroient depuis longtemps, et pour faire cesser les guerres particulières qui recommençoient tous les jours.

Ces motifs sont clairement indiqués dans le discours que le pape Urbain II adressa aux seigneurs françoisau concile de Clcrmont, l'an 1095. « C'est un crime , * leur dit-il, de piller les chrétiens » comme vous faites , mais c'est un mé-

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» rite de tirer l'épée contre les Sarra- » sins. » Aussi, le concile défendit rigoureusement les guerres particulières que les seigneurs se faisoient les uns aux autres, et mit sous la protection de l'Eglise la personne et les biens des croisés. Hist. de l'Eglise gallicane, tom. 8, liv. 22, an. 1095.

Ces expéditions épuisèrent , en Asie toutes les fureurs de zèle et d'ambition, de jalousie et de fanatisme qui eirculoient dans les veines des Européens ; mais elles rapportèrent parmi eux le goût du luxe asiatique ; elles rachetèrent, par un germe de commerce et d'industrie ; le sang et la population qu'elles avoient coûté ; elles préparèrent la découverte de l'Amérique et la navigation des Indes.

Les grands vassaux de la couronne, ruinés par ces voyages, devinrent moins turbulents et moins prompts à se révolter, il fut plus aisé de retirer de leurs mains les domaines aliénés; avec la puissance de nos rois , la police se rétablit. Les premiers affranchissements des serfs furent faits par les seigneurs qui avoient besoin d'argent pour passer la mer :

l'Europe doit ainsi aux croisades les commencements de sa liberté.

Dès ce moment, l'on pensa à établir des manufactures , on peupla les villes, on augmenta leur enceinte, on y fit couler des fontaines publiques. D'après ce que l'on avoit vu en Orient, nos maçons, devenus architectes, exécutèrent ces monuments dont nous admirons encore la hardiesse et la légèreté : l'Europe se remplit d'hôpitaux et d'hospitaliers.

Une partie du patrimoine des nobles passa entres les mains des ecclésiastiques ; mais ceux-ci faisoient moins d'ombrage à l'autorité souveraine que des vassaux toujours prêts à prendre les armes. Souvent nos rois, inquiétés par des seigneurs rebelles, demandèrent du secours aux évoques; ceux-ci leur procurèrent l'assistance des communes.

Les rois, de leur côté, protégèrent les communes contre les violences des seigneurs , et augmentèrent le pouvoir du clergé qui leur devenoit si utile.

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Il n'est donc pas vrai que les croisades aient été totalement funestes à la religion et à la société. De tous les fléaux , l'ignorance est le plus redoutable , il traîne tous les autres à sa suite ; or, les croisades ont contribué beaucoup à le dissiper. Si elles ont causé un mal passager , elles ont produit des biens durables. Pendant les quatre cents ans qui se sont écoulés depuis les dernières croisades , les sciences, les arts, le commerce, l'industrie, la civilisation , ont fait plus de progrès parmi nous , que pendant les huit siècles qui les avoient précédées.

Nous ne faisons ici que copier sommairement les réflexions de divers écrivains; nous laissons aux historiens le soin de les développer et de les rendre plus sensibles.

C'est ce qu'a déjà fait un savant académicien , dans une dissertation sur ce sujet. Mém. de VAcad. des In script., tom. 68, t'n-12, p. 429. 11 prouve que l'intérêt du commerce des Européens dans le Levant fut un des principaux motifs des croisades, et qu'il y eut beaucoup plus de part que la religion ; qu'en effet , ces entreprises ont infiniment contribué, non-seulement au progrès du commerce maritime , et aux expéditions qui en ont été la suite , mais encore au rétablissement des suences en Occident, particulièrement en France.

Dès l'an 1285, le pape llonorius IV, dans le dessein de convertir au christianisme les Sarrasins et les schismatiques de l'Orient, vouloit que l'on établit à Paris des maîtres pour enseigner l'arabe et les autres langues orientales , conformément, dit-il, aux intentions de ses prédécesseurs. Dans le concile général de Vienne , tenu en 131 1 et 1312 , Clément V ordonna que l'on ctabliroit à Rome, à Paris, à Oxford, à Boulogne eî à Salamanque , des maîtres pour enseigner l'hébreu, l'arabe et le chaldéen , deux potk\ chacune de ces langues ; qu'ils seroient entretenus à Rome par le pape, à Paris par le roi, et dans les autres villes par les prélats, les monastères et les chapitres du pays ; qu'ils traduiroient en latin les bons ouvrages

qui étoient dans ces langues. C'est ce qui a donné lieu à la fondation du collège royal, et à l'usage d'envoyer dans l'Orient des missionnaires , dont les relations nous ont été souvent très-utiles.

En nous exerçant à la marine, continue l'auteur , les croisades nous ont accoutumés à tenter par mer de grandes entreprises, et ont occasionné la découverte de la boussole; elles nous ont fait connoître les pays lointains sur lesquels nos ancêtres ne débitoient que des fables ; elles ont diminué en France la puissance excessive des grands qui vexoient les peuples. Nous leur sommes redevables du goût pour les sciences et de quantité d'arts , ou au moins d'un certain degré de perfection , que nous avons acquis par le commerce avec le Levant et avec les arabes d'Espagne.

Les protestants, qui ont représenté ces expéditions comme des entreprises absurdes , injustes , malheureuses , suggérées par l'ambition des papes ou par un fanatisme insensé; qui ont dit qu'elles avoient été non moins funestes à la religion qu'aux intérêts civils et politiques de l'Europe , ne méritoient pas d'avoir des imitateurs ; mais les incrédules , charmes de trouver une occasion de déplorer les maux que la religion a faits au monde, ont copié servilement les déclamations des protestants. Pendant assez longtemps , c'a été une espèce de combat parmi nos écrivains , pour savoir qui diroit le plus de mal des croisades. Il faut espérer que , quand ces grands politiques auront pris la peine de se mieux instruire, ils seront plus modérés.

Il est évident que des motifs divers ont fait entreprendre les croisades.

1° Le récit qu'avoit fait Pierre L'ermite et d'autres pèlerins , des maux que souffroient , de la part des Turcs ou Sarrasins, les chrétiens de la Palestine , surtout ceux que cette nation barbare réduisoit à l'esclavage par violence. 2° La nécessité d'arrêter le cours de ses conquêtes, et d'afïoiblir une domination qui menaçoit l'Europe entière ; il n'y avoit point de moyen plus efficace que d'aller l'attaquer chez elle. 3° Le désir d'étendre le commerce , de le faire in>

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métliatemefit , et non par l'entremise des étrangers , qui y faisoient des profits immenses. 4° La misère des peuples qui gémissoient sous le gouvernement féodal , et qui se flattoient de trouver un sort moins malheureux hors de leur patrie. 5° La curiosité de voir des pays dont les pèlerins racontoient des merveilles , et la légèreté naturelle qui a toujours porté les François à voyager.

6° L'espérance de faciliter le pèlerinage de la Terre-Sainte. Ce sont , sans doute , ces trois derniers motifs qui entraînèrent aux voyages d'outre-mer ces troupeaux de gens de la lie du peuple et des deux sexes qui allèrent y périr ; mais les rois, les princes , les militaires , furent certainement déterminés par les trois premiers.

On s'exprime donc fort mal , quand on dit que ces expéditions furent entreprises par superstition et par un zèle fanatique de religion; si ce motif influa sur le peuple , il y en eut d'autres plus puissants qui firent agir les grands. On ne raisonne pas mieux quand on décide qu'il étoit injuste d'aller attaquer une nation parce qu'elle étoit infidèle ; il n'étoit point question de punir son infidélité , mais d'arrêter son ambition, sa rapacité , son brigandage ; de lui ôter l'envie de tenter des conquêtes en Italie et en France, et de l'empêcher de s'y établir , comme elle avoit fait en Corse , en Sardaigne et en Espagne. Seroit-il donc injuste aujourd'hui d'aller attaquer les corsaires de Barbarie , pour les forcer de renoncer à leurs pirateries? Mais les protestants ni les incrédules n'écouteront jamais la raison ; éternellement ils répéteront les mêmes absurdités. Mosheim a disserté ridiculement sur ce sujet. Hist. eccl. du onzième siècle, première part., eh. 1, § 8, etc. Il trouvera toujours des copistes et des admirateurs.

e CROISIER. Il y trois ordres ou congrégations de chanoines réguliers auxquels on a donné ce nom : l'une en Italie , l'autre dans les Pays-Bas , la troisième en Bohème.

Les premiers prétendoient venir de saint Clct , et dater de l'invention de la sainte croix sous Constantin ; c'est une

I tradition fabuleuse. Ce qu'il y a de cerl tain, c'est qu'ils ont commencé avant le j milieu du douzième siècle , puisqu'A •• | lexandre III , persécuté par l'empereur [ Frédéric Barberousse , se réfugia dans S un monastère de croisiers, les prit sous sa protection, en 1169, et leur donna la règle de saint Augustin. Pie V approuva | de nouveau cet institut; mais la disci- I pline régulière s'y étant affaiblie, Alexandre VII les supprima en 1656. On prétend qu'il y en avoit deux ou trois monastères en Angleterre, et quatorze en Irlande , et qu'ils étoient venus de ceux d'Italie. Ilsportoient un bâton surmonté d'une croix.

Les croisiers de France et des Pays- Bas furent fondés en 1211 , par Théo- | dore de Celles, chanoine de Liège, qui | avoit servi en Palestine l'an 1188, et y avoit vu des croisiers. A son retour, il t s'engagea dans l'état ecclésiastique, alla, en qualité de missionnaire, à la croisade contre les albigeois , et, l'an 1211 , rej venu dans son pays, il obtint de l'évêque j de Liège , l'église de Saint-Thibaut, près | de la ville d'Hui , où , avec quatre com- | pagnons , il jeta les fondements de son ordre. Innocent IV et Honoré III le con- | fumèrent, Théodore envoya de ses reli- | gieux à Toulouse, qui se joignirent à j saint Dominique pour prêcher contre les albigeois ; cette congrégation s'établit | et se multiplia en France. Ceux de Saintej Croix de la Bretonnière à Paris furent j réformés par le cardinal de la Roche- ! foucauld : mais ils ont été supprimés de- I puis peu.

Les croisiers ou porte-croix avec l'e- | toile de Bohême , disent qu'ils sont ve- | nus de Palestine en Europe ; cela n'est pas certain. C'est Agnes , fille de Primislas, roi de Bohême, qui institua cet ordre à Prague , en 1254. Ils ont actuellement deux généraux, et sont en grand nombre.

CROIX. Le supplice de la croix étoit en usage chez les Juifs , puisqu'il en est parlé, Veut., c. 21 , f. 22; mais on ne sait pas s'ils attachoient le patient à la croix avec des clous. Quoi qu'il en soit, le supplice ordinaire des blasphémateurs cloit la lapidation; la loi fordoimoit

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ainsi : aussi les Juifs lapidèrent saint Etienne, comme coupable de blasphème selon leurs préjugés.

Jésus Christ, condamné à mort par le conseil des Juifs pour avoir blasphémé, en disant qu'il étoit le Fils de Dieu , Matlh., c. 26, f. 65 et 66, fut livré aux Romains pour être exécuté à mort. Il avoit distinctement prédit que les Juifs le livreroient aux gentils pour être flagellé et crucifié. Malth., c. 20, f. 19. Celte circonstance ne pouvoit être prévue naturellement ; les Juifs auroicnt pu le lapider , comme ils avoient voulu le faire plus d'une fois , et comme ils firent pour saint Etienne ; ils auroicnt pu demander à Pilate ce supplice plutôt que celui de la croix.

Dans le Deutéronome , il est dit qu'un crucilié est maudit de Dieu ; de là saint Paul conclut que Jésus-Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi , en devenant lui-même un objet de malédiction. Gai., c. 3 , f, 13. L'on conçoit quelle horreur les Juifs ont dû avoir d'un crucifié , quels miracles il a fallu pour engager un grand nombre de Juifs à reconnoitre Jésus-Christ pour Messie et Fils de Dieu. Saint Paul n'a pas tort de dire que Dieu a voulu démontrer à l'univers sa sagesse et sa puissance, en convertissant les hommes par le mystère de la croix. I. Cor., c. 1 , jr. 24. Ce qu'il y a de singulier , c'est que , selon Tantienne tradition des docteurs juifs, fondée sur les prophéties, le Messie devoit être crucifié. Voyez Galalin , 1. 8, c. 17.

Les protestants blâment comme une superstition le culte religieux que nous rendons à la croix; ils disent que ce culte n'a aucun fondement dans l'Ecriture sainte , et qu'il n'y en a aucun vestige dans les trois premiers siècles de l'Eglise. Daillé, adv. cultum Jielig. Latinor.j Mb. 5 , etc. C'est à nous de prouver le contraire.

Suivant la réflexion de saint Paul , FhiLipp.y c. 2 , f. 8, parce que Jésus- Christ s'est rendu obéissant jusqu'à la mort sur une croix, Dieu veut que tout genou fléchisse au nom de Jésus-Christ.

Nous demandons quelle différence il y a entre fléchir le genou à ce nom sacré, ou

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à le fléchir à la vue du signe ae Ta mort du Sauveur. Si l'un est un acte de religion, pourquoi l'autre est-il un acte de superstition? Les protestants ne nous l'ont pas encore appris. Ils diront que le premier de ces signes de respect se rapporte à Jésus-Christ lui-même ; n'est-ce pas aussi à lui que se rapporte le second?

Dans Minutius-Félix , qui a écrit sur Lt fin du second siècle , ou au commencement du troisième , le païen Cécilius dit, en parlant des chrétiens, ch. 9 : « Ceux qui prétendent que leur culte consiste » dans l'adoration d'un homme puni du » dernier supplice pour ses crimes, et » du funeste bois de sa croix, attribuent » à ces scélérats des autels dignes d'eux ; » ils honorent ce qu'ils méritent. Ch. 12, » tout ce qui vous reste , c'est des med naces , des supplices , des croix ou des » gibets, non pour les adorer, mais » pour y être attachés. » Octavius lui répond, ch. 29 : a Vous êtes loin de la » vérité, quand vous nous attribuez pour » objet de culte un criminel et sa croix, » quand vous pensez que nous avons pu » prendre pour Dieu un coupable, ou un » mortel.... Nous n'honorons ni ne dési-

9 rons les gibets ; c'est vous plutôt qui » consacrez des dieux de bois , et adorez » peut-être des croix de bois comme t> des portions de vos dieux. »

ïertullien répond au même reproche, Apolog., c. 16 : a Celui qui pense que » nous adorons la croix, a dans le fond » la même religion que nous. Quand on » consacre du bois, que failia forme, » lorsque la matière est la même ; qu'im- » porte la figure , lorsque c'est le corps » d'un dieu ? La Minerve athénienne, la » Cërès de Pharos , ne sont qu'un tronc » de bois informe... Vous adorez les vio » toires avec leurs trophées chargés de 9 croix , les années adorent leurs en- » soignes , sur lesquelles brillent les 9 croix au milieu des idoles , etc. »

Idem , ad ISationes , lib. 1, c. 12.

Voilà , disent les protestants , deux au tcurs du troisième siècle , qui soutiennent que les chrétiens ne rendent point de culte à la croix. Point du tout. Minutius-Félix nie que les chrétiens hono-

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rent les croix ou les gibets auxquels on les attache pour les faire mourir ; mais il ne se défend pas plus d'honorer la croix de Jésus-Christ que d'adorer Jésus-Christ lui-même , puisqu'il joint l'un à l'autre. Tertullien ne nie pas le fait non plus , il se borne à démontrer que les païens font de même.

Au quatrième siècle , Julien renouvela encore ce reproche : « Vous adorez, dit— » il, le bois de la croix, vous formez » ce signe sur votre front , vous le gra- » vez sur la porte de vos maisons. » Saint Cyrille répond que Jésus-Christ en mourant sur la croix , a racheté, converti , et sanctifié le monde : « La croix , dit- » il , nous en fait souvenir ; nous l'hono- » rons donc parce qu'elle nous avertit » que nous devons vivre pour celui qui » est mort pour nous. » Contra Julian., lib. 6, page 194.

Les protestants n'oseroient nier que les chrétiens du quatrième siècle aient rendu un culte religieux à la croix; mais ils disent que c'étoit une superstition nouvelle. Cependant elle leur a été reprochée au troisième siècle aussi-bien qu'au quatrième ; si ceux du troisième l'avoient rejetée et s'en étoient défendus, ceux du siècle suivant auroient-ils osé l'adopter? Nous verrons dans l'article suivant que ce culte est encore supposé par l'habitude des chrétiens de faire le signe de la croix.

Ces mêmes critiques soutiennent que les Pères ont mal dissipé l'ignominie que l'on jeloit sur les chrétiens , à cause du supplice de Jésus -Christ. Au second siècle , saint Justin , Apol., i , n° 55 , représente que la croix du Sauveur est le signe le plus éclatant de son pouvoir, et de l'empire qu'il exerce sur le monde entier ; il rappelle les paroles d'Isaïe qu'il avoit citées, n° 55 , où le prophète, parlant du Messie , dit qu'il portera ta marque de son empire sur son épaule ; c'est la croix , dit saint Justin , que Jésus-Christ a portée avant d'y être attaché. Il observe, aussi bien que Minutius- Féiix et Tertullien, que cet objet prétendu de malédiction se voit néanmoins partout sur les mâts des vaisseaux , sur les instruments du labourage , sur les

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enseignes militaires , auxquelles les soldats rendent un culte religieux.

Pour trouver matière à une censure, Le Clerc et Barbey-ac suppriment la première réflexion de saint Justin ; ils disent que la seconde n'est qu'une déclamation puérile. Où est donc le ridicule de dire aux païens : Si la croix étoit par elle-même un objet d'horreur , vous ne devriez la souffrir nulle part, surtout avec les images des dieux auxquels vous rendez un culte ? L'horreur et le scandale des païens , répond Barbeyrac , ne venoit pas de la figure de la croix, mais de ce qu'elle étoit l'instrument du supplice des criminels , et en particulier de celui de Jésus-Christ. Nous le savons.

Cependant cet instrument de supplice paroissoit sur les enseignes militaires avec les figures des dieux. Par la croix, Jésus-Christ a racheté le genre humain ; par la prédication de ce -mystère, le monde a été converti et sanctifié , et les prophètes l'avoient prédit. Saint Justin n'insiste pas sur cette raison en parlant aux païens , parce qu'il auroit fallu leur développer le mystère de *a rédemption ; mais il presse cet argument lorsqu'il dispute contre le juif Tryphon , qui étoit mieux instruit , n° 94 et suiv. Tertullien le fait aussi valoir, adv. Judœos, c. 10 et suiv. Origène l'a répété dix fois au philosophe Celse , qui se vantoit de connaître parfaitement le christianisme.

Les Pères n'ignoroient donc pas les vraies raisons qui font disparoître le scandale de la croix , mais ils ne vouloient pas les placer hors de propos.

Quand la croix , disent les protestants , seroit respectable à cause de ce qu'elle représente et à cause des idées qu'elle nous donne , il seroit encore ridicule de lui adresser la parole , de lui supposer du sentiment, de l'action, de la vertu, de la puissance ; de dire qu'elle a entendu les dernières paroles de Jésus- Christ mourant , qu'elle opère des miracles , qu'elle met en fuite les démons, qu'elle est la source du salut et notre unique espérance , etc. Ce langage des catholiques est celui de l'idolâtrie la plus grossière. Quand il seroit supportable, en parlant de la croix à laquelle Jésus-Chrisf

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a été attaché, il seroit encore absurde à Tégard de toute autre figure de la croix,

JRéponse. Si , en matière de religion , le langage figuré et métaphorique est un crime, il faut commencer par condamner Jésus-Christ, qui veut qu'un chrétien porte sa croix; il faut réformer saint Paul , qui ne veut pas que Ton rende vide la croix de Jésus-Christ, qui appelle sa prédication la parole de la croix, qui se glorilie dans la croix, etc. Quand on a objecté aux protestants un passage d'Origène, Comment. in Epis t. ad Jlom., lib. 6 , n° 1 , où il relève le pouvoir de la croix de Jésus-Christ , ils ont répondu que ce Père parle , non de la croix matérielle , mais de la pensée, du souvenir, de la méditation de la mort de Jésus- Christ. Ainsi ils expliquent le langage des Pères dans un sens figuré , lorsqu'ils y trouvent leur avantage , et ils prennent tout à la lettre., lorsque cela peut leur fournir un sujet de reproche. Ils nous demandent quelle vertu peut avoir une croix de bois ou de métal ; nous leur demandons à notre tour , quelle vertu peut avoir le signe de la croix formé sur nous : si les calvinistes en ont perdu la pratique, les luthériens du moins et les anglicans l'ont conservée , et nous allons voir qu'elle date des temps apostoliques.

Us ont encore beaucoup argumenté sur le terme <¥ adoration dont nous nous servons communément à l'égard de la croix ; nous avons fait voir ailleurs que l'équivoque de ce mot, et l'abus que l'on en peut faire , ne prouvent rien.

Voyez Adoration.

Beausobre prétend que l'honneur rendu à la croix ne fut d'abord qu'un respect extérieur , tel qu'on le rend en général aux choses saintes, et Ton n'honora d'abord que la croix à laquelle Jésus-Christ avoit été attaché ;ensuite cet honneur fut adressé à toutes les images de celle croix. Les mêmes monuments qui nous parlent de l'adoration de la croix, font aussi mention de l'adoration des saints lieux. Ilist. du Manich., liv. 2,ch. 6,§l,n° 6.

Nous soutenons que si le respect rendu aux choses saintes n'étoit qu'extérieur, ce scroil une momerie et une hypocrisie

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