‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 32 sur 114 · CUL 1G · texte numérisé non relu

CUL 1G

drons aisément à résoudre les questions que Ton a coutume de proposer touchant le culte en général. 4° Est-il permis de rendre un culte religieux à d'autres êtres qu'à Dieu? 2° La religion ne consisle-t-ellc que dans le culte intérieur ? Ne faut-il pas absolument témoigner ce culte à l'extérieur? 5° La pompe , dans le culte divin , est-elle un abus? 4° Que doit-on entendre par culte s upersiilieux, indu et superflu ?

I. Les prolestants soutiennent que tout culte religieux , rendu à d'autres êtres qu'à Dieu , est une impiété et une idolâtrie; c'est un des principaux motifs qu'ils ont allégués pour juslilier leur séparation d'avec l'Eglise romaine. Dieu, disentils , s'en est clairement expliqué, Veut., c. 6 , y. 43. o Vous craindrez le Seigneur » votre Dieu , et vous le servirez seul. » Jésus-Christ a répété ces paroles dans

» saint. » Jos., e. S s f-, 14 et suiv. Josué , pénétré de respect , se prosterne e( lui dit : a Que mon Seigneur ordonne- » t-il à son serviteur? » Josué a-t-il eu cela violé la loi ? Vainement les protestants diront que ce n'étoit là qu'un culte civil ; nous avons démontré le contraire d'avance par la simple notion des termes. Ils prétendent que, dans ces diffé-

rentes circonstances , c'étoit le Fils de Dieu qui apparoissoit aux anciens justes, cela peut être ; mais ces justes le savoient-ils? Dieu ne les en avoit pas prévenus , et ces anges ne le disent point; au contraire , Dieu , qui avoit averti les Israélites que son ange les précéderoit, Exod., c. 23 ,f. 24 , promet dans la suite à Moïse qu'il les précédera luimême , c. 53, f. 47. Il y avoit donc une différence entre Dieu et son ange. Celui qui se nomme prince de V armée du Sei-

l'Evangile , Malt., c. 4, jk 40. La loi est] gneur, ne s'attribue pas la divinité.

claire et sans réplique.

Nous répondons que cette loi défend de rendre à d'autres êtres qu'à Dieu seul le culte suprême , le culte qui atteste sa qualité de seul souverain Seigneur, mais qu'elle ne défend point de rendre à d'autres le culte inférieur et subordonné,

5° Nous ajoutons qu'il est impossible de respecter sincèrement Dieu , sans honorer des êtres qu'il a nommés ses amis, ses saints , ses élus.

Nous soutenons même que la loi du Deutéronome ne défend point de témoigner du respect pour des choses inani-

qui suppose que ce sont des créatures' niées, lorsque ce sont des symboles de la dépendantes de Dieu, parce que ce culte, | présence de Dieu ; comme étoient la nuée loin d'ôter à Dieu son titre de seul sou- ! lumineuse dans laquelle Dieu parloit 5 verain Seigneur, le lui confirme au con- Moïse , l'arche d'alliance , le tabernacle traire. Nous prouvons que tel est le sens et le temple ; Dieu, au contraire , dit aux de la loi , 4° parce que Dieu lui-même dit Israélites , Levit., c. 26 , j. 2 : a Soyez

aux Juifs, Exod., c. 23 , f. 21 : a J'en- » verrai mon angequi vous précédera,...

» respectez-le , observa eum , ne le mé- » prisez pas , parce que mon nom est en » lui. » Il est donc faux que Dieu ait défendu ailleurs tout culte quelconque adressé à d'autres êtres qu'à lui. 2° Parce que nous voyons les patriarches, les juges , les prophètes , se prosterner devant des anges, et leur rendre le plus profond respect. Abraham se prosterna devant trois anges qu'il reçut chez lui , Dalaam (il de même devant celui qui lui apparut, Josué devant un autre, Daniel devant celui qui vint lui révéler l'avenir. L'ange qui se nomme le prince de Varmée du Seigneur, dit à Josué : « Dé-

» saisis de frayeur devant mon sanc- » tuaire, » et il leur ordonne de respecter comme saint tout ce qui sert à son culte. David dit, Ps.$8,$. 5 : « Louez » le Seigneur notre Dieu, adorez l'esca- » beau de ses pieds , parce que c'est une » chose sainte. » Il est absurde de nous opposer toujours une ou deux lois , et de ne tenir aucun compte de toutes les autres.

Ainsi , rien n'est plus faux que la no tion que Beausobre a voulu donner dt culte religieux , lorsqu'il a dit que c'est celui qui fait partie de Vhonneur qae l'on rend à Dieu. Hist. du Munich., I. 9 , c. 5 , § 4 et suiv. Afin de persuader uiul n'y a point de culte religieux que

> chaussez-vous , le lieu où vous êtes est 1 celui qui est dû à Dieu , et lorsqu'il a dé-

cidé que les mêmes cérémonies qui se pratiquent innocemment dans le culte civil , à Tcgard d'une créature , ne sont plus permises pour lui rendre un culte religieux t il a formellement contredit l'Ecriture sainte.

C'étoit, dit-il, un acte d'idolâtrie de baiser sa main en regardant le soleil et en s'inclinant devant lui , Job, c. 51 , f. 26 ; cependant les païens ne le regardoient que comme un être dépendant et un instrument du Dieu suprême. Cette observation est encore fausse. Jamais les païens n'ont connu un Dieu créateur, suprême et maître du soleil ; ils croyoient cet astre animé , intelligent , puissant par lui-même , par conséquent un Dieu très-indépendant d'un Dieu suprême ; nous le verrons ci-après.

Il convient que les manichéens rendoient un honneur direct au soleil et à la lune, parce qu'ils les envisageoient comme des temples dans lesquels Jésus- Christ résidoit par ses deux attributs de vertu et de sagesse; mais il les absout d'idolâtrie , parce qu'ils ne rendoient pas à ces deux astres l'adoration suprême qui n'appartient qu'à Dieu seul.

Il allègue une citation de Fauste le manichéen , qui dit : Nous avons pour ces choses la même vénération que vous avez pour le pain et pour le calice. Or, les catholiques, dit Bcausobre, n'avoient pour le pain et pour le calice qu'un respect religieux, parce que c'étoient les figures du corps et du sang de Jésus- Christ.

Admettons pour un moment cette raison fausse. Il s'ensuit 1° qu'il n'est pas vrai que tout culte ou tout respect religieux adressé à un autre être qu'à Dieu soit une idolâtrie comme le soutiennent les protestants. 2° Que si les Pères sont coupables d'une inconséquence , en blâmant le culte des manichéens , pendant qu'ils approuvent celui des catholiques, Iteausobre y tombe lui-même , en condamnant l'idolâtrie , le culte des catholiques, pendant qu'il justifie celui des manichéens. 5° Sa décision à l'égard de ceux-ci est formellement contraire au passage de Job qu'il a cité.

Il n'est pas étonnant qu'avec ces no-

tions tausses du culte religieux, nos adversaires n'aient jamais su s'accorder entre eux. Daillé, calviniste, soutient que tout culte religieux, qui ne s'adresse pas directement et uniquement à Dieu, est une idolâtrie , ou du moins une superstition. Les sociniens , au contraire, prétendent que, quoique Jésus-Christ ne soit pas Dieu , on peut cependant l'adorer comme Dieu, parce qu'il a dit que | l'on doit honorer le Fils comme on honore le Père. Beausobre juge que l'on a | pu , sans idolâtrie , donner le nom de Dieu à des créatures; mais que l'on ne | peut pas , sans tomber dans ce crime, ; leur rendre l'honneur qui est dû à Dieu ; seul ; comme si on pouvoit leur faire plus ! d'honneur que de les appeler des dieux. I Heyde , anglican, blâme les chrétiens de j la Perse , parce qu'ils aimoient mieux s être mis à mort que d'adorer le soleil et { le feu. Derelig. vet. Pers., c. 1. Beau- | sobre les approuve ; mais il prétend que i ce culte étoit innocent de la part des Perses , des manichéens et des sabiens.

ffist. du Manich., tom. 2. 1. 9 , c. 1 , j n. 9. Sans doute, suivant son avis, ces j mécréants entendoient tous mieux la question que les chrétiens. Engel, autre ! calviniste, ne veut pas que l'on taxe d'i- ! dolâtrie le culte que les Chinois rend; ît aux esprits ou génies, aux âmes de leurs ancêtres et à Confucius. Selon la foule i des déistes, celui que les païens rendoient à leurs dieux n'étoit pas une ido- : lâlrie , parce qu'il se rapportoil indirec- | lemeni au vrai Dieu; et les honneurs rendus aux mânes des héros étoient un | hommage adressé à la vertu. Cependant, \ quoique nous honorions dans les saints . des vertus beaucoup plus pures que celles des prétendus héros , on nous en fait un crime. Vouez Paganisme , % IV et V.

Basnage, aussi peu équitable que les | autres, nous reproche d'adorer les anges | et les saints; il dit que l'on condamne à j Rome ceux qui enseignent que Yadora- ; tion est due à Dieu seul. Histoire de VE- , glise , tom. 2, liv. 18, c. 1. n. 2. Il sa- \ voit bien que ce n'est là qu'une équivoque frauduleuse, que nous ne nous servons jamais du terme d'adoration en parlant du culte des anges et des saints»

parce que dans l'usage ordinaire, ce mot signifie le culte suprême ; il n'ignoroit pas que l'Eglise romaine fait profession de rendre ce culte à Dieu seul. N'importe , il lui a paru plus utile d'en imposer aux ignorants , que de dire la vérité. Mais afin de se contredire aussi bien que les autres, il avoue, n. 7, qu'il est permis de vénérer les martyrs. Qu'il nous fasse donc voir que , dans l'Ecriture sainte, adorer et vénérer ne signiiient jamais la même chose. Ensuite il nous oppose Lactance , qui a dit qu'il ne faut avoir de vénération que pour Dieu seul. Nons verrons ci-après de quelle vénération ce Père a voulu parler.

Se critique accumule contre nous des preuves négatives ; et pour les rendre j plus fortes , il y ajoute du sien, « Les > » anciens n'exhortoient les fidèles qu'à | » honorer et à prier Dieu. » Mais ont-ils

log., c. 30 ; d'accord. Dieu seul peut les donner par lui-même; mais les anges, les saints , nos frères vivants , peuvent les obtenir pour nous. C'est pour cela que saint Jacques nous ordonne de prier les uns pour les autres , c. o , y . 1 6. Tertullien n'a pas condamné cette pratique. « Vous vous êtes approchés , dit saint » Paul , de la Jérusalem céleste , de la r> multitude des anges, de l'assemblée et » de l'Eglise des premiers-nés qui sont » écrits dans le ciel, de Dieu qui est le » juge de tous, des esprits des justes » qui sont dans la gloire, de Jésus mé- » diateur de la nouvelle alliance , clc. » Heb., c. 12, f. 22. De quoi nous sert celte société avec les anges et les saints , s'ils ne peuvent rien nous donner et si nous n'avons rien à leur demander? >

Avant de citer Origène , il au roi t dû le lire. Ce Père, selon lui , soutient contre défendu expressément d'honorer et de j Celse , que quand les génies auroient le prier les anges et les saints? Bientôt pouvoir de guérir les maladies et de nous r.ous ferons voir le contraire. Les pre- ' faire du bien , il ne faudroit encore s'amiers chrétiens, selon lui, n'adressoient I dresser qu'à Dieu. C'est une fausseté; leurs prières qu'à Dieu , puisqu'il ne ; Origène enseigne le contraire ; voici ses nous reste des premiers siècles aucune ; paroles, 1. 8, n. 13 : a Si Celse parloit prière , ni aucune hymne , qui soient ! » des vrais ministres de Dieu , qui sont adressées aux saints. Malheureusement I » les anges, et s'il disoit qu'il faut leur il ne nous en reste pas davantage de » rendre un culte, peut-être qu'après celles que l'on adressoit à Dieu ; les li- » avoir épuré les sens du mot culte } et

turgies n'ont été mises par écrit que sur la fin du quatrième siècle , et il y est fait mention de l'intercession et de l'invocat'on des saints.

Il cite Pline le jeune et Eusèbe , qui disent que les chrétiens n'adressoient qu'à Jésus-Christ leurs hymnes et leurs can-

tiques ; et c'éloit une preuve de sa divi- » Les anges regardent comme leurs as-

nité. Fausse citation. Pline rapporte que les chrétiens s'assembloient le dimanche pour chanter des hymnes à Jésus-Christ comme à un Dieu. Eusèbe dit que, dans les cantiques des fidèles, la divinité lui étoit attribuée , bonne preuve de la croyence de l'Eglise contre les ariens , mais preuve nulle contre nous ; nous convenons que des hymnes, des cantiques , des louanges de la Divinité, ne peuvent être adressés qu'à Jésus-Christ.

Selon Tertullien , continue Basnage , on ne doit demander des bienfaits qu'à celui-là seul qui peut les donner, Apo-

» les devoirs dans lesquels ii consiste , » je lui dirois à ce sujet ce qui convient ; » mais comme il appelle ministres de * Dieu les démons adorés par les gen- » lils, refusons de les honorer et de les » servir, parce que ce ne sont point de vrais ministres de Dieu, n. 54 et 36.

» sociés et leurs amis les vrais adorateurs » de Dieu : ils s'intéressent à leur salut, » ils les aident et leur font du bien;.... » l'ange gardien présente à Dieu les » prières de celui dont le soin lui est » confié, et il prie avec lui, n. GO. Au lieu » de compter sur le secours des démons 9 ou génies, il vaut bien mieux nous » confier en Dieu par Jésus-Christ, lui » demander toute espèce de secours et » l'assistance des saints anges et des «justes, afin qu'ils nous délivrent des » mauvais démons. » Est-ce là désapprouver le culte des anges et toute con-

fiance en eux? Il seroit absurde de prétendre que nous ne devons aucune reconnoissance , aucune confiance, aucun respect , aucun hommage aux esprits bienheureux, qui nous considèrent et nous assistent comme leurs associés et leurs amis ; ces sentiments n'ont-ils pas toujours pour objet principal Dieu, qui a daigné nous accorder ce puissant secours?

Mais un protestant ne démord pas ; les Pères , dit Basnage , donnoient le culte d'un seul Dieu pour la marque distinctive du christianisme; c'est pour cela que les chrétiens furent accusés d'athéisme. On soutenoit contre les ariens, que si Jésus-Christ n'étoit pas Dieu , il ne seroit pas permis de l'adorer ni de se confier en lui. Tout cela est vrai , et il ne s'ensuit rien contre nous : c'est à un seul Dieu que nous rendons notre culte, et non à plusieurs dieux; des honneurs et des respects , très-inférieurs et très -différents du culte suprême, adressés aux anges et aux saints, loin de déroger au culte divin , en sont au contraire un effet et une conséquence inséparable. Si Jésus-Christ n'étoit pas Dieu , ce seroit une impiété de l'adorer comme Dieu, et de nous confier en lui comme étant Dieu ; cet argument étoit très-solide contre les ariens ; il ne l'est pas moins contre les sociniens : mais il ne prouve rien contre nous, puisque jamais il ne nous est venu dans l'esprit d'honorer d'un culte divin les anges et les saints, ni de nous confier en eux comme étant des dieux. '*

Non-seulement les païens accusèrent les chrétiens d'athéisme ; mais par une contradiction grossière, ils leur reprochèrent d'honorer les martyrs comme des dieux ; les Actes du martyre de saint Polycarpe, Julien , Libanius , dans l'oraison funèbre de cet empereur, Porphyre et d'autres , ont forgé cette calomnie ; les protestants la répètent , et cela ne leur fait pas beaucoup d'honneur.

Us nous objectent que cette distinction que nous faisons entre deux espèces de culte religieux ne se trouve point dans les anciens Pères : voyons pourquoi, et tachons de prendre le vrai sens

ï CUL

de ce qu'ils ont dit. Il est prouvé, par tous les monuments de l'antiquité, que chez les païens tout culte religieux étoit censé culte divin, culte suprême, et qu'ils n'en connoissoient point d'autre.

Jamais les païens n'ont attribué à leurs dieux du second ordre , ni aux mânes de leurs héros, un simple pouvoir d'intercession , un pouvoir subordonné aux volontés d'un Dieu souverain ; chaque Dieu étoit indépendant et maître absolu dans son département ; souvent dans les poètes nous voyons les grands dieux et Jupiter lui-même , demander le secours des dieux du bas étage. Nous ferons voir ailleurs que l'on abuse du terme , quand on prête aux païens en général, et même aux philosophes antérieurs au christianisme , la notion d'un Dieu souverain , dont les autres n'étoient que les serviteurs et les ministres ; le prétendu Dieu suprême des anciens philosophes étoit l'âme du monde, et celte âme ne se mêloit point de gouverner les choses d'ici-bas ; on ne peut lui attribuer une providence que dans un sens faux et abusif.

Après la naissance même du christianisme, quelques philosophes changèrent de langage ; mais sans loucher au fond de leur système. Celse, qui fait semblant d'admettre une providence divine, la nie cependant, puisqu'il décide que Dieu ne se fâche pas plus contre les hommes que contre les singes et contre les mouches ; et qu'il ne leur fait point de menaces. Origène contre Celse, 1. 4, n. 99. Jamais il n'a dit qu'il faut rendre un culte au Dieu souverain; Porphyre décide formellement qu'il ne faut lui en rendre aucun, de V.Abslin., 1. 2, n. 34. Tout le culte étoit réservé pour les dieux gouverneurs du monde : a plus forte raison le commun des païens pensoientils de même. Voyez Paganisme.

Il est donc évident que tout culte étoit direct et absolu, se bornoit au personnage auquel il étoit adressé, et n'avoiî aucune relation à un Dieu souverain ; il étoit même pour tous les dieux , et il consistoit dans les mêmes pratiques. Basnage observe que les anciens ne connoissoient pas la distinction de latrie et

de duHe. Cela n'est pas fort étonnant; les païens contre lesquels ils écrivoient ne pouvoient en avoir aucune notion , puisque chez eux tout étoit latrie , ou culte divin, adoration prise en rigueur.

Conséquemmen: ies Pères ont dû être très-réservés sur i emploi du mot culte religieux, à cause du sens que les païens y altacboient. Quand ils auroient dit tous, comme Lactance, qu'il ne faut avoir de la vénération que pour Dieu seul , il ne s'ensuivroit encore rien , puisqu'entre eux et les païens , vénération , respect, honneur, etc., signifient toujours le culte divin , le culte suprême. Voilà pourquoi Origène a dit que s'il s'agissoit entre Celse et lui du culte des anges, il faudroit commencer par épurer le sens du mot culte , et voir en •quoi il doit consister.

Lorsque les protestants veulent tourner à leur avantage l'explication d'un terme , ils ont grand soin de faire attention aux circonstances, aux personnes , à la question dont il s'agit : lorsqu'il est de leur intérêt de le rendre équivoque , ils ne veulent plus d'explication. Cependant l'Ecriture sainte nous force de distinguer deux sortes de culte religieux, l'un pour Dieu seul , l'autre pour les personnes et pour les choses qui ont un rapport spécial avec Dieu; n'importe, ils n'en veulent point. Depuis deux cents ans, ils répètent les mêmes sophismes, et ils les renouvelleront jusqu'à la fin des siècles , bien sûrs qu'ils en imposeront toujours aux ignorants. Mais enfin nos preuves tirées de l'Ecriture sainte demeurent en leur entier. Voy. Akges, Saints , Martyrs , etc.

II. Le culte extérieur est -il nécessaire pour former une religion ? Il l'est absolument , et la preuve de celle vérité est sensible. Les sentiments de respect , de reconnoissance , de confiance , de soumission à l'égard de Dieu , naîtroient difficilement dans le cœur de la plupart des hommes; ils n'y dureroient pas longtemps, si l'onn'cmployoit pas des signes extérieurs pour les exciter , les entretenir et se les communiquer les uns aux autres ; ce qui ne frappe point nos

sens ne fait jamais sur nous une impression vive et durable. Il faut donc à l'homme un culte extérieur, des signes expressifs de ce qu'il sent, des symboles , des cérémonies. Nous ne pouvons témoigner à Dieu nos affections que par les mêmes signes qui servent à les faire connoître à nos semblables. ( Ne X , p. 559. )

Nous convenons qu'il n'est pas besoin d'une révélation pour comprendre que des prières et des vœux , l'action de se prosterner, des présents et des offrandes, des attentions de propreté et de décence, des signes de joie à l'aspect d'une personne, des regrets de lui avoir déplu , sont capables d'exciter sa bienveillance ; il est naturel d'en conclure que ce qui plaît aux hommes est aussi agréable à Dieu; ainsi ont raisonné tous les peuples. Mais Dieu n'a pas attendu que l'homme fit toutes ces réflexions; les livres saints nous apprennent qu'il a daigné instruire le premier homme, puisque les enfants d'Adam , qui n'avoient point eu d'autre instituteur que leur père , ont offert des sacrifices au Seigneur, Gen., c. 4 , et que les patriarches ont usé , par religion, de toutes les pratiques dont nous venons de parler.

Il est dit dans l'histoire de la création , que Dieu bénit le septième jour , et le sanctifia , Gènes., c. 2, f. 3; il le consacra donc à son culte : ce n'est pas l'homme qui est auteur de cette distinction. Le repos du septième jour étoit une profession formelle du dogme de la création , par conséquent de l'unité de Dieu ; un préservatif contre le polythéisme et l'idolâtrie : les hommes n'y sont tombés que pour avoir méconnu Dieu créateur. Caïn et Abel offrent à Dieu en sacrifice leur nourriture, c'éloit pour eux le plus précie ix des biens, Gen., c. 4, jL 5 et 4. Ils reconnoissent donc que tout vient de Dieu , que c'est à lui de nous prescrire l'usage o^ie nous devons faire de ses dons.

Il est dit d'Enos , f. 26 , qu'il commença à invoquer le nom du Seigneur; mais d'habiles interprètes jugent qu'il y a dans le texte hébreu : « Alors on com- » mit des profanations en invoquant le

» nom du Seigneur. » Le culte extérieur de religion étoit déjà établi.

En accordant pour nourriture à nos premiers parents les fruits de la terre , Dieu leur avoit interdit un fruit particulier, Gen.,c. d, jL29;c. 2,^. 17.* Dans la suite , il accorde à Noé et à ses enfants la chair des animaux, mais il leur en interdit le sang , c. 9 , f 3 et A ; Noé distingue des animaux purs et impurs, c. 7 , f. 2; c. 8 , f, 20. Nouvelle preuve de respect et de dépendance que Dieu exigeoit de l'homme. Il se laisse apaiser parles sacrifices de Noé, c. 8, f. 21. Hénoc se rend recommandable par sa

piété , et Dieu le délivre des misères de cette vie, c. 5, f. 2i.

Des leçons aussi énergiques ne pouvoient manquer de produire leur effet.

Dans le livre de Job , qui est de la plus haute antiquité, il est parlé d'holocaustes j et de sacrifices pour le péché , de prêtres

des prêtres , et s'il n'y avoit point eu de cérémonial . il n'y auroit jamais eu de sacerdoce.

Un homme qui désire ardemment de gagner les bonnes grâces d'un bienfaiteur ou d'apaiser un maître irrité , n'a pas besoin de leçons des prêtres pour imaginer comment il doit s'y prendre; les désirs ardents donnent de l'esprit et de l'adresse aux plus stupides, et un instinct naturel nous porte à faire pour Dieu ce que nous faisons pour nos semblables. D'ailleurs Dieu lui-même y avoit pourvu.

Il n'est donc pas vrai que ce soit le cérémonial qui a fait dégénérer la religion , puisqu'il est aussi ancien que la religion même. Au contraire , celle-ci n'a dégénéré que quand les hommes se sont écartés du cérémonial primitif pour suivre l'instinct des passions aveugles et capricieuses. Pendant qu'ils s'égaroient

et de victimes choisies , de vœux et de j la religion des patriarches est demeurée

prières , de pratiques de pénitence , d'expiations et d'ablutions. Dans l'histoire des patriarches , nous voyons des serments faits au nom de Dieu, des libations ou des effusions d'huile odoriférante, des promesses faites à Dieu , des honneurs rendus aux morts, qui attestent la croyance de l'immortalité , etc.

On a souvent écrit , surtout de nos jours, que le culte des premiers hommes étoit très - simple et dégagé des sens ; que le cérémonial fut de l'invention des prêtres , et fit bientôt dégénérer la religion. Autant de faits avancés au hasard , et contredits par nos livres saints.

Le cérémonial des patriarches n'est ni très-simple ni dégagé des sens , puisque nous y trouvons des prières et des prosternations, des autels et des offrandes, des sacrifices et un choix des victimes , des ablutions et des expiations, des abstinences, des vœux , des consécrations, des serments, les louanges de Dieu , et les signes de joie religieuse, les assemblées et les repas communs , les fêtes, Fusage de changer d'habits avant d'offrir un sacrifice, le soin de renoncer à tous les signes d'idolâtrie, les honneurs funèbres et le respect pour les tombeaux.

Tout cela étoit connu avant qu'il y eût

pure et constamment la même durant deux mille cinq cents ans.

Les philosophes , qui ont si mal conçu l'origine du culte extérieur, n'en ont pas mieux aperçu l'importance : elle est cependant palpable. .

4° De tout temps ce culte a été une profession solennelle des dogmes les plusessentiels , de la création , de l'unité de Dieu , de sa providence , de la chute de l'homme, delà venue d'un Rédempteur, de la vie future. Les peuples qui n'ont pas été fidèles à pratiquer le cérémonial tel que Dieu l'avoit prescrit , n'ont pas tardé de méconnoître ces mêmes vérités.

Le culte extérieur du christianisme est une profession très-claire des dogmes de notre croyance; de tout temps on s'en est servi pour montrer aux hérétiques la vraie doctrine c'e Jésus-Christ et des apôtres , et pour éclaircir au besoin le sens des passages de l'Ecriture sainte sur lesquels on contesloit. Ainsi r l'on a opposé aux ariens les cantiques des fidèles qui attribuoient à lésus-Christ la divinité; aux pélagiens, les prières par lesquelles l'Eglise implore continuel* lement le secours de la grâce divine ; et le pape CéleslinIcrrenvoyoilà ces mêmes prières pour discerner la croyance an-

tienne de l'Eglise. On a fait de même pour montrer aux protestants qu'ils se sont écartés de la foi primitive et universelle, et on a tiré des anciennes liturgies un argument contre eux, auquel ils ne peuvent rien répliquer de solide. Nous ne devons pas être étonnés de ce qu'ils ont supprimé chez eux tout cet appareil tizitérieur de culte qui les condamnoit.

2° C'est une leçon de morale qui rappelle continuellement aux hommes leurs devoirs envers Dieu, envers leurs semblables, envers eux-mêmes : devoirs qui s'ensuivent naturellement des dogmes dont nous venons de parler. En effet , si Dieu est le seul distributeur des biens de ce monde, il faut nous contenter de ce qu'il nous donne , ne pas envahir ce qu'il a daigné accorder aux autres : lorsqu'il nous les prodigue au delà de nos besoins , il est juste d'en faire part à ceux qui en sont privés. Puisqu'il est le seul arbitre de la vie et de la mort, il n'est pas permis d'attenter à la vie de personne. Il a béni et sanrufié le mariage ; la fécondité est un don de sa puissance , Gen., c. 1 , y. 28 ; c. 4, f. 1 et 25 : c'est donc un crime de souiller le lit d'autrui , etc. La conduite des anciens justes démontre qu'ils ont tiré toutes ces conséquences, ou plutôt que Dieu les leur a fait apercevoir. Il ne seroit pas difficile de faire voir que les cérémonies du j christianisme sont une leçon de morale encore plus énergique et plus éloquente que toutes les cérémonies anciennes, j Voyez Christianisme.

5" Le culte extérieur est un lien de société qui réunit les hommes au pied des autels, leur inspire les sentiments de fraternité, maintient parmi eux fordre et la paix , contribue à la civilisation ; le culte primitif a formé la société domestique , le culte mosaïque la société nationale, le culte chrétien la société universelle de tous les peuples.

4° C'est un monument des faits qui , dans la suite des siècles , ont prouvé la révélation ; ainsi la pâque et l'offrande des premiers-nés rappeloient aux Juifs leur sortie miraculeuse de l'Egypte ; la Pentecôte , la publication de la loi sur le mont Sinaï , etc. Le dimanche nous

atteste la résurrection de Jésus-Christ ; nos fêtes célèbrent les principaux événements de sa vie , etc.

Plusieurs philosophes de nos jours

ont décidé que le culte intérieur est le

| seul qui honore Dieu : mas une commode

j pour se dispenser de toute pratique de

; religion , mais maxime très-fausse. Dieu

j n'auroit pas institué le culte extérieur ,

| s'il ne s'en tenoit pas honoré , et s'il

j n'étoit pas nécessaire pour entretenir le

' culte intérieur. Nous voudrions savoir si

. ceux qui renoncent à toute pratique

sensible sont les adorateurs de Dieu les

plus fervents.

Lorsque Jésus-Christ a dit que les • vrais adorateurs rendront à Dieu un culte en esprit et en vérité , Joan., c. 4 , f, 25, il n'a pas prétendu exclure le culte extérieur , puisqu'il l'a observé lui-même. Il a institué par lui-même le baptême et l'eucharistie, par ses apôtres les autres sacrements et la forme de la liturgie. Il condamnoit, comme les prophètes, le culte permanent extérieur, auquel le cœur n'a point de part, Matth., c. 15 , y. 8 ; mais il a loué les signes de componction du publicain , l'offrande de la veuve, et a commandé la prière; | en parlant des purifications et des œuvres de charité, il a dit qu'il falloit pratiquer les unes et ne pas omettre les autres. Luc, cil, jfr.42.

Les déclamations contre les abus du culte extérieur ne sont souvent qu'un trait d'hypocrisie. Jusqu'à lalin des siècles, les hommes abuseront des choses les plus saintes; les passions savent tourner à leur avantage le frein même destiné à les réprimer. Mais le plus odieux de tous les abus est de vouloir supprimer toutes les institutions desquelles on peut abuser. Faut-il b, unir de la société civile les démonstrations de bienvcillancectd'amitié, parce que ces cigne3 sont souvent faux et perfides?

Quand il s'est agi de déterminer ce qu'il falloit approuver ou blâmer, conserver ou abolir dans le culte extérieur de l'Eglise romaine , les protestants ne se sont pas mieux accordés que sur les principes desquels il falloit partir. Les calvinistes ont réduit ie leur à la prédi-

cation, à la prière publique, au chant des psaumes, à la cérémonie du baptême et à celle de la cène , faite sans aucun appareil: ils ont jugé tout le reste abusif. Les luthériens en ont retenu un peu davantage, mais leur cérémonial n'est pas uniforme dans les différents pays.

Les anglicans en ont conservé plus que Jes autres sectes , c'est un des reproches que celles-ci leur font; elles disent que les anglicans sont encore à moitié papistes ; qu'il falloit en abolir toutes les superstitions de Rome, ou les conserver dans leur entier. Aussi un écrivain de cette nation avoue qu'il n'est pas aisé de déterminer jusqu'à quel point il convient de se prêter à l'infirmité humaine en fait de cérémonies , ni de fixer un milieu dans lequel on puisse flatter les sens et l'imagination, sans blesser la raison, et sans ternir la pureté de la véritable religion. Il est singulier que , sans savoir jusqu'où il falloit aller, ni où l'on devoit s'arrêter, on ait commencé par condamner l'Eglise romaine , et qu'on l'accuse d'avoir passé toutes les bornes, quand on ne peut pas dire où il falloit planter les bornes.

On lui reproche d'avoir établi une multitude de cérémonies ridicules qui détruisent la véritable religion, qui ne tendent qu'à enrichir le clergé, qui entretiennent les peuples dans l'ignorance et dans la superstition. Mais n'est-ce pas cette accusation même qui suppose beaucoup d'ignorance ? 1° Aux yeux des déistes, les cérémonies des protestants ne paroissent pas moins ridicules que les nôtres; ils n'en veulent point du tout: ce que les protestants diront pour justifier les leurs , nous servira pour faire l'apologie ies nôtres. 2° Le clergé n'a pu avoir aucun motif d'intérêt pour multiplier les cérémonies , puisque les rétributions manuelles ou les droits casuels n'ont été établis qu'après le huitième siècle , lorsque les biens de l'Eglise ont été pillés par les seigneurs. Peut-on prouver que la multitude des cérémonies n'a pris naissance que depuis ce temps-là ? Dans un moment nous prouverons le contraire. On a été aussi forcé d'établir en Angleterre un casuel , après

le pillage des biens ecclésiastiques fait par les protestants, et ces droits sont beaucoup plus forts qu'en France. Le clergé anglican a donc eu plus d'intérêt à inventer de nouvelles cérémonies que les prêtres catholiques. 5° Les sectes de chrétiens orientaux sont séparées de l'Eglise romaine depuis le cinquième siècle ; cependant leur cérémonial est pour le moins aussi chargé que le nôtre, et leur clergé n'en est pas plus riche pour cela. Nous cherchons vainement dans toute l'antiquité ecclésiastique des preuves de l'intérêt prétendu des prêtres à multiplier les cérémonies. Elles sont évidemment plus anciennes que les schismes des Orientaux. 4° De nouvelles cérémonies n'ont pu être établies que par les évoques : or, ceux-ci n'ont jamais pu y avoir aucun intérêt, puisque leurs richesses ont toujours été des fonds, et non des droits casuels. Voilà comme on raisonne au hasard, quand on ne prend pas la peine de consulter l'histoire. Nous connoissons plusieurs conciles ou assemblées du clergé qui ont proscrit des cérémonies nouvelles et superstitieuses; on ne peut pas en citer un qui en ait introduit.

Jamais nous ne concevrons comment les cérémonies peuvent entretenir le peuple dans l'ignorance : nous avons fait voir, au contraire, que c'est un moyen que Dieu a pris pour instruire les hommes. Une partie de l'instruction chrétienne consiste à faire concevoir au peuple le sens et les raisons des cérémonies religieuses.

Cet appareil extérieur, disent encore les protestants et les incrédules, sera toujours un piège pour le peuple; il fait plus de cas des cérémonies que des vertus, et comme les Juifs, il croit avoir rempli toute justice lorsqu'il a satisfait au culte extérieur.

Ici nos adversaires ne voient pas qu'ils se confondent encore; puisque le peuple aime les cérémonies, qu'il y attache beaucoup d'importance, qu'il les regarde comme une partie essentielle de la religion , c'est donc lui qui en a voulu , et ce ne sont pas les prêtres qui en sont les auteurs. Quand ceux-ci ne s'en seroient

pas mêles, le peuple on auroit fait malgré eux; ef, en dépit des philosophes , il y a des cérémonies et un culte extérieur quelconque dans toutes les contrées de l'univers, même chez les Sauvages.

Mais il y a plus. Dieu savoit sans doute mieux que nos censeurs les inconvénients, les abus, les erreurs auxquels les cérémonies ne manqueroient pas de donner lieu ; il en a cependant ordonné depuis le commencement du monde : il en augmenta beaucoup le nombre en donnant sa loi aux Juifs, et Jésus-Christ lui-même a daigné les observer. Il prévoyoit tout le mal que le culte extérieur pourroit produire dans son Eglise ; il a cependant donné à ses j apôtres le pouvoir de l'établir, puisqu'ils ; l'ont fait. Si ce mal étoit aussi réel et aussi grand que le prétendent nos ad- ; versaires , il seroit étonnant que Jésus- j Christ n'eût pris aucune précaution pour le prévenir , et qu'il n'eût pas donné à ce sujet les avis les plus clairs et les le- ! çons les plus expresses. Où sont -elles ' dans l'Evangile?

L'abus , s'il y en a , date de fort loin. ; Les prétendus réformateurs imaginoient j que la multitude des cérémonies avoit ! été introduite dans les bas siècles , au milieu des ténèbres de l'ignorance, j Quand on les a retrouvées chez les sectes j orientales , il a fallu convenir que le ce- j rémonial étoit plus ancien que leur schisme ; on en a placé l'origine au quatrième siècle. Mais les critiques les plus récents, par une sagacité supérieure, ont découvert que le très-grand nombre des cérémonies sont venues du platonisme des anciens Pères. Or, ils voient ce platonisme, non-seulement dans les écrits des auteurs du second siècle ; mais les sociniens et les déistes l'apcrçoi- ! vent dans l'Evangile de saint Jean ; et son apocalypse nous présente le plan d'une liturgie pompeuse. On ne peut pas remontrer plus haut. Voyez Liturgie.

Ainsi s'accordent encore nos adversaires sur l'origine du cérémonial.

III. La pompe et la magnificence dans le culte extérieur de religion sontelles un abus? < Test l'avis des incrédules et de la plupart de nos disserluleurs

Page 1