‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 44 sur 114 · DEI 205 DEI · texte numérisé non relu

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rhoniens ? Non , disent les déistes ; un j venus de la nécessité d'une révélation en ignorant ne comprend rien à ces objec- . général ; on peut citer à ce sujet les tions , il est dispensé de s'en occuper. J aveux de Platon, de Socrate , de Marc- Mais un simple fidèle, convaincu de la! Antonin, de Jamblique, de Porphyre, vérité du christianisme par des preuves de Celse et de Julien : croirons-nous les de fait , ne comprend pas mieux les ob- déistes modernes plus éclairés que tous jections des mécréants ; il est donc aussi i ces anciens ?

dispensé de s'en occuper.

Il est faux d'ailleurs qu'un ignorant ne comprenne rien aux objections des

5° Le déisme ou la prétendue religion naturelle des déistes n'a existé nulle part, n'a été la religion d'aucun peuple.

athées ; leur plus forte objection contre ■ Tous ceux qui ont adoré le vrai Dieu l'existence de Dieu et contre sa provi- j l'ont fait ou en vertu de la révélation pridcnce est tirée de l'origine du mal : or , j mitive , ou par le secours de celle qui a celte difficulté vient d'elle-même dans' été donnée aux Juifs, ou à la lumière du l'esprit des hommes les plus grossiers, j flambeau de l'Evangile. Les polythéistes Un nègre, à qui l'on vouloit prouver ont été tous égarés par de faux raisonnequc Dieu est bon, répondoit : Mais si j ments , et ensuite par de fausses tradi- Dicu est bon, pourquoi ne fait-il pas j tions. Selon le système des déistes, ce venir des patates, sans que je sois obligé \ seroit le polythéisme qui seroit la seule de travailler? Nous prions les déistes de j religion naturelle, donner à ce nègre une réponse plus aisée 6° La prétendue religion des déistes à comprendre que son objection. est impossible; ceux qui ont voulu en

Mais ils ne répondent à rien, ils ne sa- construire le symbole n'ont jamais pu vent faire autre chose que rassembler! s'accorder, et ils ne s'accorderont jamais des doutes, accumuler des difficultés ; il ni sur le dogme , ni sur la morale , ni sur nous est donc permis de leur en opposer leculle. Il est impossible deconcilier tous

a notre tour.

1° Dès que l'on admet sincèrement un Dieu , il est absurde de lui prescrire un plan de providence , de vouloir décider de ce qu'il peut accorder ou refuser aux hommes ; nos foibles idées sont-elles la mesure de sa puissance, de sa sagesse, de sa bonté , de sa justice ?

2° Si Dieu a donné une révélation , c'est un fait ; il est ridicule d'argumenter contre les faits par des conjectures , par des convenances ou des inconvénients , par de prétendues impossibilités; cette philosophie est celle des ignorants et des opiniâtres.

Z° Quand la révélation ne seroit pas absolument nécessaire aux philosophes, aux hommes dont la raison est éclairée et droite , elle seroit encore nécessaire à ceux dont la raison n'a pas été cultivée, ou a été pervertie par une mauvaise éducation. Les premiers ne sont qu'une trèspclite partie du genre humain; ce que disent les déistes de la suffisance de la raison et de la lumière naturelle pour tous les hommes, est une vision ridicule.

4° Les anciens philosophes sont cou-

les hommes par le secours de la raison seule.

7° Le déisme n'est qu'un système d'irréligion mal raisonné , un palliatif d'incrédulité absolue. Il autorise tous les sectateurs des fausses religions à y persévérer , sous prétexte qu'elles leur sont démontrées , et que la raison leur en fait sentir la vérité. C'est aussi ce que prétendent les incrédules ; ils approuveront volontiers toutes les religions , excepté la véritable , afin d'être autorisés à n'en avoir aucune.

8° Les athées même leur ont prouvé que , dès qu'ils admettent un Dieu , ils sont forcés d'admettre des mystères , des miracles , des révélations. Ils leur ont objecté que leur prétendue religion naturelle est sujette aux mêmes inconvénients que les religions révélées , qu'elle doit faire naître des disputes, des sectes, des divisions, par conséquent l'intolérance , et qu'elle doit nécessairement dégénérer. Les déistes n'ont pas osé entreprendre de prouver le contraire.

9° Nous ne devons donepas être surpris

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de ce que les partisans du déisme sont presque tous tombés dans l'athéisme ; ce progrès de leurs principes étoit inévitable , puisque l'on ne peut faire contre la religion révélée aucune objection qui ne retombe de tout son poids sur la pré-

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sance ni aucune soumission ; dans ce cas, en quoi consistera la religion? S'il a été libre , il faut faire un acte de foi sur la sagesse et la justice de cette distribution : les raisons nous en sont inconnues.

6° Ou l'homme est libre , ou il ne l'est pas. Dans le premier cas , il faut expliquer comment Dieu peut prévoir avec certitude nos actions libres; dans le second , il faut nous faire comprendre comment l'homme peut être digne de

tendue religion naturelle. Aussi tous nos philosophes incrédules , après avoir prêché le déisme pendant cinquante ans , ont professé encore l'athéisme dans presque tous leurs ouvrages.

Lorsqu'à toutes ces objections, accablantes pour les déistes , nous joignons i récompense ou de châtiment, les preuves directes et positives de la 7° Suivant l'opinion des déistes, il est révélation , un esprit sensé peut-il être j indifférent de savoir quel culte nous deencore tenté de donner dans le déisme? j vons rendre à Dieu : qu'un homme ad-

Les partisans de ce système ne con- mette un seul Dieu ou plusieurs , qu'il viendront pas , sans doute , qu'ils sont j soit sagement religieux ou follement obligés de croire des mystères; il faut) superstitieux, cela est égal; dès qu'il

donc le leur démontrer.

1° S'ils admettent un Dieu en réalité, et non en apparence , ils sont obligés de lui attribuer une providence , de juger qu'il y a en lui des décrets libres et

suit le degré de lumière qu'il a reçu de la nature, il est irrépréhensible. 11 est indifférent à Dieu de sauver l'homme par des vertus réfléchies, ou par des crimes involontaires; conséquemment

des actions contingentes; que cependant j c'est un bonheur pour l'homme d'être il est éternel et immuable : c'est un mys- ! né sauvage , stupide , abruti ; il a moins tere rejeté par les sociniens. I de devoirs à remplir et moins de dan-

2° Ou Dieu est créateur, ou la matière gers à courir pour son salut que lesaest éternelle : d'un côté, la création pa- | vant le plus éclairé : cela est plus qu'inroît inconcevable aux déistes, et les j concevable.

athées soutiennent qu'elle est impos- j 8° Suivant un autre principe , Dieu siblc; de l'autre, une matière éternelle ' n'exige de l'homme que la religion naseroit un être immuable comme Dieu ; ; turelle, c'est-à-dire , une religion telle cependant elle change continuellement j que chaque particulier est capable de la de forme. I forger. Cependant tous les peuples ont

5° Que Dieu soit créateur , ou seule- j eu la fureur de supposer des révélations, ment formateur du monde, il faut con- I et d'y croire ; comment Dieu, qui n'a tilier l'existence du mal avec la puis- ! jamais daigné se révéler à aucun , a-t-il

sance et la bonté infinie de Dieu : grande difficulté que la plupart des incrédules jugent insoluble, mais qui ne l'est point. Voyez Mal.

4° Jusqu'où s'étend la Providence?

souffert ce travers universel? C'est un défaut de la nature , sans doute , puisqu'il est général ; Dieu en est donc l'auteur : il a intimé la religion naturelle à l'homme , de manière qu'elle n'a jamais

prend-elle soin des créatures en détail, | été pratiquée ni connue d'aucun peuple, surtout des êtres intelligents , ou seule- j A Dieu ne plaise que nous admettons ment de l'univers en gros? Pendant deux j jamais un mystère aussi absurde.

mille ans les philosophes se sont que-

rellés sur ce mystère , et ils cherchent Dieu ne s'est jamais révélé, mais il n'a

vainement une démonstration pour terminer la dispute.

5° Si Dieu n'a pas distribué les biens et les maux avec une pleine liberté , nous ne lui devons aucune reconnois-

9° Non-seulement , selon les déistes ,

pas pu le faire, tout-puissant qu'il est; il n'a pas pu revêtir une révélation de signes assez sensibles ni assez évidents, pour que des imposteurs ne pussent les contrefaire; à cet égard, son pouvoir,

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quoiqu infini , est borné. Mystère sublime ! le comprendra qui pourra.

40° Si Dieu , disent les déistes , avoit donné une révélation à un peuple , sans la donner à tous , ce seroit de sa part un trait de partialité , d'injustice et de malice. Cependant il y a des peuples qui sont moins aveugles et moins corrompus , en fait de religion , que les autres : ou Dieu n'a point eu de part à cette différence , et sa providence n'y est entrée pour rien ; ou il a été partial , injuste , malicieux envers ceux dont la religion est la plus absurde et la plus mauvaise. Savants raisonneurs , tirez -vous de là.

Ils diront , sans doute , que sur toutesces questions ils ne prennent aucun parti , qu'ils demeurent dans un doute respectueux sur tout ce qui n'est pas clair. Donc ils ne sont pas déistes , car enfin le déisme et le scepticisme absolu ne sont pas la même chose. Comment des hommes , qui ne savent pas si Dieu a une providence, ou s'il n'en a point, s'il exige de nous un culte , ou s'il n'en veut aucun, s'il prépare ou ne prépare pas des récompenses pour la vertu , et des châtiments pour le crime , si le christianisme est une religion vraie ou fausse , etc., ont-ils le front de professer

sont les seuls hommes sur la terre auxquels il a été donné de connoître le vrai culte qu'il faut rendre à Dieu, et la religion pure de toute superstition; heureux r»iortels, à qui Dieu a fait une grâce qu'il refuse à tant d'autres, ditesnous comment vous l'avez méritée?

Dieu n'est-ii bon , juste et sage que pour vous?

41° Ils n'oseroient nier que le christianisme n'ait opéré une révolution salutaire dans les idées et les mœurs des nations qui l'ont embrassé ; il faut donc que Dieu se soit servi d'une imposture pour les instruire et les corriger. Une sagesse inlinie devoit leur donner plutôt le déisme, cette religion si sainte et si pure ; Dieu n'a pas trouvé bon de le faire.

42° Enfin , puisque toutes les religions sont indifférentes, il doit être aussi permis aux chrétiens qu'aux autres peuples de suivre la leur : cependant les apôtres du déisme ne vont point le prêcher aux Turcs , aux Indiens , aux Chinois , aux idolâtres, aux Sauvages; ils n'ont de zèle que pour pervertir les chrétiens. Si c'est Dieu qui le leur inspire , il devroit, pour ne pas faire les choses à moitié, nous donner aussi la docilité nécessaire pour écouter leurs leçons charitables. Si ce n'est pas Dieu , nous sommes dispensés d'y avoir égard.

Nous pourrions pousser plus loin l'énuméiation des mystères du déisme, mais c'en est assez pour faire voir que le symbole des déistes est plus chargé de mystères que le nôtre.

Il y a plus : au jugement des déistes, ils le déisme? Disons hardiment que ce

sont des fourbes, que leur prétendue religion naturelle n'est qu'un masque sous lequel ils cachent une irréligion absolue. Foyez Incrédules , Religion naturelle , etc.

Les protestants ne sauroient se justifier du reproche d'avoir donné naissance au déisme en Europe ( Ne XI, p. 559), en y faisant éclore le socinianisme, puisque le système des déistes n'est qu'une extension de celui des sociniens. Dès que les protestants eurent posé pour principe que la seule règle de notre foi est l'Ecriture sainte , entendue dans le sens que chaque particulier juge le plus vrai, les sociniens conclurent que tous les passages de l'Ecriture qui concernentla trinilé des Personnes en Dieu , l'incarnation , le péché originel, la rédemption du genre humain, etc., ne doivent pas être pris à la lettre , parce qu'il en résulleroit des dogmes contraires à la raison , et que c'est la raison qui doit nous servir de guide pour l'intelligence de l'Ecriture sainte. En suivant toujours ce principe , il est évident que tout ce que nous appelons mystère doit être rejeté, puisqu'il paroit contraire à la raison, et c'est pour cela même que les protestants nient la transsubstantiation dans l'eucharistie. C'est donc à la raison qu'il appartient de juger souverainement si tel dogme est révélé , ou s'il ne l'est pas; par conséquent de décider si Dieu a révélé ou non ce qui nous paroit enseigné <lans fEcriture sainte. Or , en écoutant le jugement de leur raison, les déistes

raison ,• sans qu'il soit besoin de leur suggérer cette preuve d'ailleurs. Dans le premier sens, la proposition est vraie; dans le second , elle est fausse. Quoique la religion chrétienne soit révélée de Dieu pour tous les hommes , il y en a cependant beaucoup qui en ignoreront

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décident qu'il n'y eut jamais de révélation , et qu'il ne peut point y en avoir. Ils reconnoissent les protestants pour leurs pères; mais ils disent que ce sont des raisonneurs pusillanimes, qui se sont arrêtés en beau chemin sans savoir pourquoi. Ainsi un protestant ne peut réfuter solidement un déiste , sans abandonner le principe fondamental de la prétendue réforme.

La généalogie de ces systèmes est prouvée d'ailleurs par les faits et par les dates. Les premiers déistes ont paru immédiatement après les sociniens , et ils avoient commencé par être protestants. En Angleterre, ils firent du bruit sous Cromwel, au milieu des débats des anglicans , des puritains et des indépendants. C'est de cette source impure que le déisme a passé en Hollande et en France , pour dégénérer bientôt en athéisme. Vouez Calvinisme, Erreur, Protestants.

Il y a un argument des déistes , qui , de nos jours , a fait du bruit : « Une » religion, disent -ils , dont les preuves » ne sont point à la portée de tous les » hommes raisonnables, ne peut être la » religion établie de Dieu pour les sim- » pies et pour les ignorants : or, de » toutes les religions qui se prétendent » révélées , il n'en est aucune dont les » preuves soient à la portée de tous les » hommes raisonnables ; donc aucune » de ces religions ne peut être établie » de Dieu pour les simples et pour les p ignorants. »

D'abord la première proposition de ce syllogisme est captieuse ; elle renferme deux équivoques. Une preuve peut être à la portée des ignorants dans ce sens que tous la comprendront dès qu'elle leur sera proposée en termes clairs. Elle peut être aussi à leur portée dans ce sens qu'elle viendra à l'esprit de tous , dès qu'ils feront usage de leur

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les preuves pendant toute leur vie , parce qu'elles ne leur serons pas proposées ; ainsi ils ne seront jamais à portée de les connoître. Cette religion est cependant établie de Dieu pour eux dans ce sens qu'ils seroient coupables, s'ils refusoient de l'embrasser dans le cas que ces preuves leur fussent proposées , parce qu'ils sont capables de les comprendre.

Mais elle n'est pas établie pour eux dans ce sens qu'ils seront damnés pour en avoir invinciblement ignoré les preuves. Voilà déjà deux supercheries de logique assez remarquables.

En second lieu , un athée peut tourner contre la religion naturelle l'argument des déistes ; il peut leur dire : Une religion, dont les preuves ne sont pas à la portée de tous les hommes raisonnables , ne peut pas être établie de Dieu pour tous : or , les preuves de votre prétendue religion naturelle ne sont pas à la portée de tous les hommes raisonnables ; donc , etc. Ma première proposition est la vôtre ; je prouve la seconde. 1° Plusieurs déistes célèbres ont enseigné qu'un Sauvage peut ignorer invinciblement les preuves de l'existence de Dieu, et n'y rien comprendre. 2° Tous les polythéistes, par conséquent les trois quarts du genre humain , n'y ont rien compris , puisqu'ils ont admis non un Dieu , mais une multitude de dieux ; le théisme , que vous appelez religion naturelle, et le polythéisme, sont -ils la même chose ?

Si vous dites que le théisme fait abs traction de savoir s'il faut admettre un seul Dieu ou plusieurs, alors votre prétendu théisme n'est lui-même qu'une abstraction , une chimère qui n'a existé

chez aucun peuple , et qui n'a été la religion d'aucun. Direz - vous que tous ceux dont je parle ne sont pas raisonnables ? Moi , répondra l'athée , je vous soutiens que les seuls hommes raisonnables sont ceux qui ne connoissent point Dieu, et qui font profession de ne rien comprendre aux preuves de son existence ni de ses attributs.

C'est donc aux déistes de répondre à leur propre argument.

Mais qu'est-il arrivé? Un défenseur

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de la religion, en y répondant, a bien voulu supposer que la première proposition étoit prise dans le sens vrai qu'elle

sophisme, non -seulement entre les mains d'un ignorant, mois dans la bouche ou sous la plume d'un savant.

peut avoir : il ne s'est pas donné la peine Témoin Cicéron , qui , dans son livre de d'en démontrer les équivoques; il s'est la Nature des dieux, prouve le polyseulement attaché à prouver , contre la ' théisme, par la démonstration physique seconde proposition, que les preuves du ] de l'existence de Dieu; témoin Ocellus christianisme sont à la portée des sim- Lucanus, qui, dans son Traité de Vu-

ples el des ignorants , c'est-à-dire , que les ignorants sont capables de comprendre ces preuves et d'en sentir la force, lorsqu'elles leur sont proposées

nivers, au lieu de prouver qu'il y a un Etre nécessaire , conclut que tout ce qui existe est nécessaire; témoin les philosophes anciens et modernes , qui , en

Quelques déistes ont triomphé de \ méditant sur le mélange des biens et cette complaisance; un mauvais raison- j des maux en ce monde, concluent qu'il neur a fait en très-mauvais style un gros n'y a point de Providence; c'est préciet mauvais livre, chargé de deux cent j sèment la conséquence contraire de celle quarante - deux notes énormes, pour : qu'il faut en tirer, prouver qu'un ignorant mahométan : A cause de cet abus du raisonnement, peut avoir de la mission divine de Ma- sommes-nous obligés d'avouer que les hoinet les mêmes preuves qu'a un igno- démonstrations de l'existence de Dieu, rant chrétien de la mission divine de Je- tirées de l'ordre physique du monde, sus -Christ; par conséquent être aussi de la nécessité d'une première cause, fermement convaincu de la vérité de sa du mélange des biens et des maux, sont religion qu'un chrétien l'est de la di- nulles et fausses? Les déistes, sans vinité de la sienne. A l'article Maiiomé- doute, n'en conviendront pas. N'avonstisme , nous démontrerons le contraire; nous pas vu de nos jours les fatalistes mais accordons pour un moment à cet j affirmer du ton le plus intrépide, que écrivain ce qu'il veut; qu'en résulte-t-il ' par le sentiment intérieur ils sont conen faveur de l'argument des déistes? vaincus qu'ils ne sont pas libres? Par Rien. Par ce que les preuves du chris- respect pour eux, nous défierons-nous îianisme, faites pour les ignorants, sont du sentiment intérieur, qui est la plus telles que d'autres ignorants peuvent en forte de toutes les démonstrations? C'est faire une mauvaise application à une j la folie des sceptiques, et celte folie

même prouve ce que nous soutenons.

Il n'est cependant pas une seule question sur laquelle les déistes n'aient pas renouvelé le même sophisme. Parce que, pour prouver de faux miracles, les païens alléguoient de

religion fausse ; s'ensuit-il que ces preuves ne sont pas à la portée des simples et des ignorants? il s'ensuit précisément le contraire.

Pour raisonner conséquemment, voici l'argument qu'auroient dû faire les déistes : a Toute preuve alléguée en » faveur d'une religion prétendue vraie, » qui peut , par un faux raisonnement » être appliquée à une religion fausse, » est une preuve nulle : or , telles » sont toutes les preuves du chrislia- » nisme qui sont à la portée des igno- » rants ; donc toutes sont nulles. » Alors la première proposition de ce syllogisme scroit évidemment fausse et absurde.

En effet, il n'est aucune preuve, aucune démonstration , qui , par une fausse application , ne puisse devenir un

faux témoignages

et

parce que de nos jours on a lait le même abus pour prouver des miracles imaginaires, les déistes ont conclu qu'aucun témoignage ne peut être admis en fait de miracles. Parce que les païens, pour excuser les souffrances de leurs dieux , ont eu recours à des allégories, on nous dit que nous n'avons pas de meilleures raisons pour justifier les souflïances de Jésus-Christ, etc.; ensuite on établit pour maxime irréfragable que toute preuve, toute raison qui est également alléguée par deux partis opposés , ne prouve rien pour l'un ni pour l'autre.

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Peut-on déraisonner d'une manière plus étonnante?

Les déistes argumentent constamment sur trois principes faux. Le premier , que les preuves d'une religion révélée sont insuffisantes , à moins qu'elles ne viennent d'elles-mêmes à l'esprit des ignorants , sans qu'il soit besoin de les leur proposer. Le second , que Dieu n'a point établi cette religion pour tous les hommes , puisqu'il ne la fait pas prêcher et prouver actuellement à tous. Le troisième, qu'une preuve est nulle, dès que Ton peut en abuser pour établir une erreur. Ces trois paradoxes prouveroient autant contre la religion naturelle, que contre la religion révélée.

DÉ1 VIRIL. Voyez Incarnation.

DÉLECTATION VICTORIEUSE, terme faux dans le système de Jansénius, qui, par cette expression, entend un sentiment doux et agréable, un attrait qui pousse la volonté à agir et la porte vers le bien qui lui convient ou qui lui plait.

Jansénius distingue deux sortes de délectations : l'une pure et céleste, qui porte au bien et à l'amour de la justice ; l'autre terrestre , qui incline au vice et à l'amour des choses sensibles. 11 prétend que ces deux délectations produisent trois effets dans la volonté: \° un plaisir indélibéré et involontaire , 2° un plaisir délibéré qui attire et porte doucement et agréablement la volonté à la recherche de l'objet de la délectation, 5° une joie qui fait qu'on se plaît dans son état.

Cette délectation peut être victorieuse ou absolument , ou relativement, en tant que la délectation céleste, par exemple, surpasse en degrés la délectation terrestre, et réciproquement.

Jansénius, dans tout son ouvrage de Gratiâ Christi, et nommément liv. 4 , c. 6, 9 et 10; liv. 5,c. 5, et liv. 8, c. 2, se déclare pour cette délectation relativement victorieuse , et prétend que, dans toutes ses actions, la volonté est soumise à l'impression nécessitante et alternative des deux délectations , c'està-dire , de la concupiscence et de la grâce. D'où il conclut que celle des deux délectations, qui , dans le moment décisif de

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» l'action , se trouve actuellement supé- | rieure à l'autre en degrés , détermine j nos volontés, et les décide nécessairej ment pour le bien ou pour le mal. Si la ; cupidité l'emporte d'un degré sur la \ grâce , le cœur se livre nécessairement I aux objets terrestres. Si au contraire la | grâce l'emporte d'un degré sur la con- : cupiscence , alors la grâce est victorieuse, elle incline nécessairement la | volonté à l'amour de la justice. Enfin, • dans le cas où les deux délectations sont ; égales en degrés, la volonté reste en i équilibre sans pouvoir agir. Dans ce système, le cœur humain est une vraie ; balance , dont les bassins montent , des- | cendent ou demeurent au niveau l'un j de l'autre , suivant l'égalité ou l'inégalité \ des poids dont ils sont chargés.

| Il n'est pas étonnant que , de ces prinl cipes, Jansénius infère qu'il est impos- \ sible que l'homme fasse le bien , quand j la cupidité est plus forte que la grâce ; qu'alors l'acte opposé au péché n'est pas en son pouvoir ; que l'homme , sous l'empire de la grâce plus forte en degrés ! que la concupiscence, ne peut non plus s se refuser à la motion du secours divin, dans l'état présent où il se trouve ; que les bienheureux qui sont dans le ciel ne | peuvent se refuser à l'amour de Dieu. | Jansén., 1. 8 ; de Grat. Christi, c. 15, 1. 4 ; de Statu Nat. lapsœ, c. 24.

Mais les bienheureux dans le ciel méritent-ils une récompense par leur amour pour Dieu? C'est cet amour même, auquel ils ne peuvent se refuser, qui est leur récompense. Si donc l'homme , mû par la grâce , étoit dans la même impossibilité d'y résister que les bienheureux à l'amour de Dieu , il ne seroit pas plus capable de mériter qu'eux. Cet exemple même démontre la fausseté de la proposition condamnée dans Jansénius ; savoir, que pour mériter ou démériter, dans l'état de nature tombée où nous sommes , il n'est pas nécessaire d'être exempt de nécessité , mais seulement de coaction. S'avisa-t-on jamais de penser que le désir de manger , dans un homme tourmenté d'une faim violente, est un acte moralement bon ou mauvais?

Indépendamment de l'absurdité de

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ce système, on pouvoit demander à l'évêque d'Ypres , qui lui avoit révélé ces belles choses. Loin d'éprouver en nous le phénomène de la délectation victorieuse, nous sentons très-bien que quand nous obéissons aux mouvements de la grâce, nous sommes maîtres de résister ; que , quand nous cédons à un mauvais penchant, il ne tiendroit qu'à nous de le vaincre; autrement nous n'aurions jamais de remords. Lorsque nous résistons par raison à un penchant violent, nous n'éprouvons certainement point de délectation. Il est difficile de nous persuader que Dieu fait en nous un miracle continuel , pour tromper le sentiment intérieur.

Le principe de saint Augustin, sur lequel Jansénius se fonde, savoir, que nous agissons nécessairement selon ce qui nous plaît davantage, n'est qu'une équivoque; et si l'on prend à la rigueur le tet me plaire, ce principe est faux. Où est le plaisir que nous éprouvons lorsque nous résistons à un penchant violent qui nous porte à une action sensuelle?

Nous n'y résistons pas par plaisir, mais par raison, en faisant un effort sur nous-mêmes. C'est donc une expression très -impropre de nommer plaisir le motif réfléchi qui nous fait vaincre le plaisir que nous aurions à nous satisfaire. Ce principe ne signifie donc rien, sinon que nous agissons nécessairement en vertu du motif auquel nous donnons librement la préférence ; et de là il ne s'ensuit rien , puisque c'est nous-mêmes qui nous imposons librement cette nécessité. II est bien absurde de fonder un système théologique sur l'abus d'un terme.

Dans le fond , la dissertation de saint Augustin et de Jansénius sur le mot délectation, n'est qu'un jeu d'esprit. Quand on dit que la grâce et la concupiscence sont deux délectations contraires, cela signifie seulement que ce sont deux mouvements qui nous entraînent alternativement sans nous faire violence.

Mais la nécessité de céder à celle qui prévaut pour le moment est faussement supposée ; elle est contredite par le sentiment intérieur, qui es! pour nous le

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