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souverain degré de l'évidence. Sous ne croirons jamais que saint Augustin ait été assez mauvais raisonneur pour soutenir le contraire, après avoir fait usage lui-même de cette preuve invincible pour établir le dogme de la liberté Voyez Jansénisme.
DÉLUGE UNIVERSEL, inondation générale du globe terrestre , que l'Ecriture sainte nous dit être arrivée dans le premier âge du monde, vers l'an 1606 depuis la création, suivant le calcul ordinaire. Cet événement, qui tient tout à la fois à l'histoire sainte, par conséquent à la théologie, à l'histoire profane, à l'histoire naturelle et à la physique , est un des articles les plus intéressants que nous ayons à traiter, non -seulement à cause des efforts que les incrédules ont faits pour en ébranler la certitude, mais à cause de la multitude des systèmes et des hypothèses qui ont été imaginés pour l'expliquer, par ceux qui font profession de croire à l'Ecriture sainte.
Nous avons donc à prouver, 1° que le déluge a été universel, dans toute la rigueur du terme, qu'il a couvert d'eau non-seulement une partie de la face de la terre , mais le globe tout entier; 2° à faire voir que les incrédules n'ont encore opposé à ce fait mémorable aucune objection solide ; 5° nous ajouterons quelques réflexions sur l'inconstance et la bizarrerie des opinions que nous avons vu successivement éclore sur ce sujet.
I. La première preuve et la plus convaincante de l'universalité dû déluge, est la manière dont Moïse le rapporte , avec ce qui a précédé et ce qui a suivi. Chap. 6 de la Genèse, f. 7, Dieu dit à Noé : « Je détruirai toute créature vip vante sur la face de la terre, depuis » l'homme jusqu'aux animaux , depuis » les reptiles jusqu'aux oiseaux du ciel.» Celte menace ne pouvoit être exécutée à la lettre, à moins que l'inondation ne fût générale , et ne couvrît tous les lieux dans lesquels des animaux tels que les oiseaux auroient pu se réfugier, j. iô: « La fin de toute chair vient devant moi » ( est près d'arriver ) ; je détruirai la » terre et ses habitants. Faites-vous une » arche pour vous y retirer. » j. M :
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•o Je ferai tomber les eaux du déluge p sur la terre, pour détruire toute créa- » ture vivante sous le ciel; tout ce qui » est sur la terre périra. » La prédiction ne pouvoit pas être plus formelle , ni | plus générale. Si Dieu avoit voulu laisser ' h sec quelque partie du globe, sans doute il y auroit fait retirer Noé, sa famille, et les animaux qui dévoient être conservés, plutôt que de faire bâtir une -arche pour les y renfermer.
La description que Moïse fait du déluge n'en énonce pas moins clairement § l'universalité; c. 7, lorsque Dieu eut renfermé dans l'arche les hommes et les animaux qu'il vouloit sauver, les | réservoirs du grand abîme se rompirent, et les pluies tombèrent du ciel.
f. 17 : « Les eaux s'élevèrent sur la j » terre , et tirent surnager l'arche ; les j » plus hautes montagnes sous le ciel j » furent inondées, les eaux surpassèrent » de quinze coudées les sommets les j » plus élevés ; toute chair vivante sur la » terre , tous les animaux , les oiseaux, » les quadrupèdes, les reptiles, tous les » hommes , périrent sans exception ; » tout ce qui respiroit sur la terre perdit » la vie. Dieu détruisit tout ce qui sub- » sisloit sur le globe , depuis l'homme «jusqu'au dernier des animaux; tout » fut anéanli. Noé seul, et ceux qui » étaient avec lui dans l'arche, furent » conservés. » Quand l'écrivain sacré auroit épuisé tous les termes de sa langue, il n'auroit pas pu exprimer avec plus d'énergie l'universalité de l'inondation et de ses effets sur toute la face du globe terrestre.
11 atteste encore la même vérité , en rapportant la fin du déluge et ses suites. Il dit, c. 8 , f. 5, que les sommets des montagnes ne commencèrent à reparoîlre que le premier jour du dixième mois ; f. 1 7, et c. 9 , f. 1 et 7, Dieu parle à Noé et à ses enfants, comme aux seuls hommes qui subsistaient encore sur la terre , il leur répète les mêmes paroles qu'il avoit dites à Adam et à son épouse, au moment de la création : « Croissez , » multipliez-vous, peuplez la terre, défi minez sur les animaux, etc.; » f. 11 et 15, « on ne verra plus de déluge qui
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» désole la terre et qui détruise toute » chair; » f. 19, l'historien ajoute que les trois enfants de Noé sont la souche de laquelle est sorti tout le genre humain , qui est dispersé sur toute la terre ; et, c. 10, il expose le partage de toute la terre habitable , que les descendants de Noé ont fait entre eux.
Lorsqu'un écrivain marche avec autant de précaution, rassemble toutes les circonstances qui peuvent fixer le sens de sa narration, soutient le même ton d'un bout à l'autre, ne donne aucun signe d'exagération, il ne craint pas d'être contredit; il faudroit de fortes démonstrations pour le combattre, pour oser l'accuser d'avoir forgé un événement aussi étonnant, ou de ne l'avoir pas fidèlement rapporté.
On ne manquera pas d'objecter que dans l'Ecriture sainte, même dans le nouveau Testament , ces mots, toute la terre, tout le globe, tout l'univers, ne doivent pas toujours se prendre à la rigueur; que souvent ils signifient seulement une contrée , un pays , un empire.
Gen., c. 41 , f. 54 , il est dit que la famine régnoit dans le monde entier , in universo orbe, c'est-à-dire, dans tous les pays voisins de la Palestine. Estker, c. 9, f. 28, toutes les provinces de l'univers ne signilient que toutes les provinces de l'empire d'Assyrie, etc. On ne peut donc pas conclure des expressions de Moïse , l'universalité absolue du déluge.
Réponse. On ne peut pas nier non plus que ces mêmes termes ne signifient beaucoup plus souvent le monde entier.
Lorsque le roi -prophète dit , Ps. 23, f. 1 : « La terre et tout ce qu'elle ren- » ferme , l'univers et tous ceux qui l'ha- » bitent, sont au Seigneur ;Ps. 49, f. 12, » la terre et tout ce qu'elle renferme » est à moi , dit le Seigneur ; Ps. 97 , f. » 7, que la mer et tout ce qu'elle con- » tient, que l'univers et tous ses habi- » lants soient en mouvement devant le » Seigneur, etc., » il ne désigne certainement pas une contrée particulière :
nous pourrions citer vingt exemples semblables. C'est donc par les circonstances et nar toute la suite de la narra-
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nonder tout entier, que pour en noyer seulement une partie. Dans quelque lieu de l'univers que l'on suppose arrivé un déluge capable de surpasser de quinze coudées les plus hautes montagnes , l'on retombe dans le même inconvénient.
Encore une fois, ou la narration de Moïse est absolument fausse, ou elle est entièrement vraie , dans toute l'étendue du sens que ces termes peuvent avoir.
La seconde preuve de l'universalité du déluge, est le témoignage de l'histoire profane et des écrivains de toutes les nations. Le savant Huct a rassemblé ce qu'ils en ont dit, Quœst. Alnet., 1. 2, C.12,§S.
Josèphe , Eusèbe , Alexandre Polyhistor , Le Syncelle , rapportent , d'après Bérose et Abydène , la tradition des Assyriens ^t des Chaldéens touchant le déluge ; elle s'accorde parfaitement avec l'histoire que Moïse en a faite. ( NCXÏI, p. oGi. ) Abydène nomme Xisuthrus le patriarche qui fut sauvé des eaux avec sa famille dans une arche construite à ce dessein , en vertu d'un ordre du ciel. Le nom du personnage principal est indifférent, lorsque l'histoire est la même. Abydène n'a point oublié la circonstance des oiseaux lâchés après le déluge, pour savoir si la terre éloit desséchée, ni le sacrifice offert par Noé ou Xisuthrus au sortir de l'arche. Si cet historien n'avoit. pas mêlé des idées de polythéisme et des circonstances fabuleuses à son récit, on croiroit qu'il a copié Moïse. Euscbe, Prœparat. evang.,\. 9. c. M et 12; Le Syncelle, p. 30 et suiv.; saint Cyrille contre Julien, 1. 1. Josèphe cite encore les antiquités phéniciennes de Jérôme l'Egyptien, Mnaséas et Nicolas de Damas. Antiq.Jud., 1. 1 v c. 3. La tradition de la terre, sans perdre leur niveau, j de l'arche, arrêtée sur les montagnes
d'Arménie, est demeurée constante chez les peuples des environs.
La croyance d'un déluge universel n'étoit pas moins établie chez les Egyptiens. Quelques-uns de leurs philosophes dirent à Solon, qui les interrogeoit s;:r leurs antiquités , ces paroles remarquables : « Après certains périodes de temps, » une inondation, envoyée du ciel, » changea la face de la terre ; le genre
lion , qu'il faut juger du vrai sens de l'auteur sacré. Or , Moïse ne dit pas seulement que toute la terre fut inondée , que tout le globe fut submergé, mais que les plus hautes montagnes qu'il y eut sous le ciel furent couvertes d'eau , que l'eau surpassa de quinze coudées les sommets les plus élevés, qu'ils ne recommencèrent à paroître qu'au dixième mois. Il dit que tout ce qui respiroit sous le ciel , tous les animaux vivants sur la terre , sans excepter les oiseaux , périrent; que Noé seul , sa famille et tout ce qui étoit dans l'arche, fut conservé.
Tout cela seroit absolument faux, s'il n'étoit question que d'un déluge particulier, quelque étendu qu'il eût pu être; ce n'étoit point là le cas d'user d'aucune exagération; Moïse étoit historien et non poète on orateur : donc on doit l'entendre d'un déluge universel.
''eux qui veulent restreindre la signiheation des termes, ne font pas attention qu'un déluge particulier, capable de produire tous les effets dont Moïse fait mention, est naturellement aussi impossible qu'un déluge universel. Supposerons-nous, par exemple, qu'il est arrivé seulement dans la Mésopotamie ?
Pour vérifier la narration de Moïse , il faut que les eaux aient surpassé de quinze coudées le sommet du mont Ararat, l'un des plus élevés de l'univers, | et toute la chaîne des montagnes de la Gordienne. Mais elles n'ont pas pu s'élever à cette hauteur, sans s'écouler dans les quatre mers voisines , savoir, la mer Caspienne , le Pont-Euxin , la Méditerranée et le golfe Persique , par conséquent dans tout l'Océan. D'autre part , les eaux des mers n'ont pas pu s'amonceler sur une contrée particulière
sans détruire la rondeur du globe
sans
en troubler l'équilibre et le mouvement. Il auroit donc fallu , dans ce cas , que Dieu déplaçât l'axe de la terre, tout comme on suppose qu'il l'a fait pour produire le déluge universel. Dès que l'on est obligé de recourir à la toutepuissance divine , et à un dérangement des lois physiques du monde , il n'en a pas coûté davantage à Dieu pour l'i-
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i» humain a péri plusieurs fois de diffé- . >» rentes manières ; voilà pourquoi la | »• nouvelle race des hommes manque de j )» monuments et de connoissances des j >• temps passés. » Platon, dans le Timée. j L'auteur de YHistoire véritable des j temps fabuleux, tome 4 , p. 125 et 426, nous paroit avoir prouvé jusqu'à la démonstration , que fhistoire 'de Menés , j que i'on suppose avoir été le premier | roi d'Egypte, n'est autre que celle de Noé et du déluge. ( N« XIII , p. 563. ) Les Egyptiens, malgré leur ambition de s'attribuer une antiquité excessive, n'ont j pas pu remonter plus haut que cette j époque célèbre.
On trouve la même opinion d'un ancien déluge chez les Syriens. Dans un ancien temple de Junon, ils montroient la bouche d'une caverne profonde , par laquelle ils prétendoientque les eaux du déluge s'étoient écoulées. Lucien, qui l'avoit vue, dit que, selon la tradition des Grecs , la première race des hommes avoit été détruite par un déluge; que Deucalion avoit été sauvé par le secours d'une arche dans laquelle il étoit entré avec ses enfants et avec les différentes espèces d'animaux. Lucien , de Deâ Syriâ. Le nom de Deucalion, que les Grecs donnoient à ce personnage, prouve qu'ils n'avoient point emprunté celte narration des livres de Moïse , non plus que les Chaldéens.
Dans l'histoire chinoise, le déluge arrivé sous Yao est célèbre; il est dit que les eaux couvroient les collines de toutes parts, surpassoient les montagnes, et paroissoient aller jusqu'au ciel. Chou- King , pag. 8 et 9. Quoique le livre classique des Chinois place ce déluge sous Yao, il paroît par d'autres livres que ce peuple n'en connoissoit pas l'époque certaine , non plus que celle du règne d'Yao. Ibid., dise, prélim., c. 6 et 42. Nous ne prétendons pas affirmer que les Chinois ont regardé ce déluge comme universel; ils n'en avoient qu'une notion confuse , et ils n'ont jamais connu que leur propre pays dans l'univers : mais une inondation, de laquelle on a parlé d'un bout du monde à l'autre, ne peut pas être arrivée dans un seul pays.
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Selon les livres des Indiens , la première race des hommes a été exterminée par un déluge. Ezour-Védam, tom. 2, pag. 206. Enfin, l'on prétend que chez les Sauvages des îles Antilles 7 il s'est conservé un souvenir confus d'anciennes inondations, qui ont changé la face de toute cette partie du monde.
M. Bailly, dans son Histoire de l'ancienne Astronomie, Eclair ci s sem., 1. i, n. 43 et 44, a fait voir que toutes les nations qui ont des annales ont supposé un déluge; qu'elles ont nommé temps fabuleux les siècles qui ont précédé celte époque mémorable, et temps historiques ceux qui l'ont suivie. On ne peut pas excuser la témérité des incrédules, qui ont osé soutenir qu'il n'est point fait mention du déluge de Noé dans l'histoire profane ; que les Juifs seuls en ont eu connoissance.
Comment cette opinion a-t-elle pu se répandre d'un bout de l'univers à l'autre? Ce n'est point par l'inspection du sol de la terre , des différentes couches dont elle est composée , des corps marins qu'elle renferme dans son sein ; aucun des auteurs anciens n'a fait usage de cette preuve, et les traditions, conservées par les historiens, remontent plus haut que la naissance de la philosophie, et que les connoissances acquises par l'étude de la nature. C'est donc par d'anciens témoignages que les peuples ont su cet événement. Or, ces témoignages n'auroient pas pu se trouver les mêmes dans les quatre parties du monde, si le déluge x^èlo'xi arrivé que dans l'une de ces parties ; dans ces premiers temps, les peuples ne sortoient pas de chez eux. Il faut donc que les enfants de Noé, témoins oculaires de cet événement , en aient imprimé le souvenir à leurs descendants dans tous les lieux où ils se sont dispersés.
Depuis deux mille cinq cents ans> l'histoire des principaux peuples de l'univers est connue, du moins quant aux événements principaux ; depuis cette époque, il n'a plus été question d'un déluge très-considérable arrivé dans aucun pays du monde. Comment a-t-on pu imaginer qu'il en éloit arrivé un gé-
ijéral environ deux mille ans plus tôt , s'il n'y a rien eu de semblable? Depuis cette même époque , le cours de la nature a été constant et uniforme; comment a-t-il été interrompu du temps de Noér sinon par l'action immédiate de la toute-puissance de Dieu ?
Nous ne mettrons point au nombre des preuves historiques du déluge les usages civils ou religieux des nations qui semblent faire allusion à ce terrible événement, et qui ont été remarqués par l'auteur de Y antiquité dévoilée par ses usages, parce que ce système ne nous paroîtpas solidement établi.
Ce qu'il y a de certain , c'est que jusqu'à présent, malgré toutes les recherches et toutes les observations possibles, on n'a pu encore découvrir un seul monument, ni un seul vestige d'industrie humaine antérieur au déluge; rien ne remonte au delà; il faut donc que pour lois le genre humain tout entier ait été détruit et renouvelé, comme le raconte l'histoire sainte.
La troisième preuve du déluge universel est l'inspection du globe terrestre. Dans les quatre parties du monde l'on voit des vallons étroits, bordés de part et d'autre par des rochers coupés perpendiculairement, ou par des hauteurs escarpées , qui forment des angles saillants et rentrants , et qui donnent à ces vallons la figure du cours d'une rivière. Les naturalistes sont persuadés que ces profondeurs ont été creusées par les eauÂ. Ainsi , en examinant le canal de Constanlinople , Tournefort a jugé que ce canal a été formé par une éruption violente des eaux du Pont-Euxin , dans la Méditerranée, et d'autres observateurs l'ont vérifié comme lui. Selon l'ancienne tradition de la Grèce, le fleuve IV née, enflé parles pluies, avoit franchi les bornes de son lit et de sa vallée, avoit séparé le mont Ossa du mont Olympe, et s'étoit fait ure ouverture pour se jeter dans la mer. Hérodote, curieux d'éclaircir ce fait, alla visiter les lieux, et fut convaincu, par leur aspect, de la vérilé de celte tradition. De même dans la Béotie,le fleuve Colpias a fait, dans les premiers temps, une rupture au
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mont Ptoiïs, et , par un éboulemcnt des terres, s'est creusé une embouchure.
Welher, voyageur intelligent, a reconnu par l'inspection que la chose a dû arriver ainsi. Les fables grecques attribuoient à Hercule ces travaux de la nature ; c'étoit lui , suivant les poètes, qui avoit séparé les montagnes de Calpé et d'Abyla, c'està-dire , les deux montagnes qui bordent le détroit de Gibraltar , et qui avoit ainsi introduit les flots de l'Océan dans la Méditerranée.
Mais l'histoire ni la fable n'ont pu fixer la date de ces événements ; l'Ecriture seule nous indique la grande révolution qui a pu les produire. Dans tous les pays du monde, surtout dans les chaînes de montagnes, l'on trouve de ces vallons étroits et tortueux , bordés de rochers de part et d'autre ; donc les eaux ont travaillé de même sur toute la face du globe , et leur effet a été trop considérable pour être causé par des déluges particuliers. M. de Bulïon attribue la formation de ces vallons étroits, profonds , escarpés , qui sont ordinairement le lit d'une rivière , et qui ont souvent un cours très-étendu , à un affaissement de terres qui s'est fait de deux côtés. Or , cet affaissement n'a pu se faire que par un mouvement violent des eaux sur toute la terre ; et , puisque ce même phénomène se rencontre dans les quatre parties du monde, il n'a pu arriver que par un déluge universel.
En second lieu , l'on voit sur toute la face du globe des preuves de l'universalité de l'inondation , savoir une quantité prodigieuse de coquillages , de dents de poissons, d'os et de dépouilles de monstres marins, qui se trouvent dans les entrailles de la terre , à une très-grande distance de la mer, jusque dans le sein des rochers les plus durs. Parcourez les montagnes les plus élevées, J°s Alpes, l'Apennin, les Pyrénées, les Andes, l'Atlas, l'Ararat, partout , depuis le Japon jusqu'au Mexique, vous trouverez des preuves démonstratives d'un transport des eaux de la mer au-dessus des lieux les plus hauts de la terre. Fouillez dans ses entrailles , vous verrez qu'il n'est point d'endroit de notre globe que
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*es ondes du déluge n'aient bouleversé.
L'on trouve des éléphants d'Asie et d'Afrique ensevelis dans la Grande-Bretagne , les crocodiles du Nil enfoncés dans les terres de l'Allemagne , les os des poissons de l'Amérique et les squelettes des baleines , abîmés au fond des sables de notre continent; partout des feuilles, des plantes, des fruits dont les espèces nous sont inconnues , ou qui ne se trouvent que dans les climats les plus éloignés du nôtre.
Les coquilles fossiles viennent certainement de la mer ; les plus fragiles sont brisées, et les plus solides montrent qu'elles ont été roulées, il y en a de tous les âges; des jeunes et des vieilles , de très-petites et de très-grandes, quelquesunes sont chargées de coquillages parasites. Les poissons, les crabes, les vers marins pétrifiés , se trouvent mêlés avec des animaux et des végétaux terrestres, qui ne subislent aujourd'hui que dans des pays fort éloignés de nous. Dans le nord de la Sibérie, l'on trouve une grande quantité d'ivoire fossile , presque à la superficie de la terre, et l'on a déterré des squelettes entiers d'éléphants dans le nord de l'Amérique. Quelques naturalistes prétendent que l'ivoire fossile de Sibérie est le produit du morse , animal marin; mais outre que ce fait n'est pas encore suffisamment constaté , les os du morse ne se trouveroient pas dans les terres , s'ils n'y avoient été déposés par les eaux. Puisque, parmi les coquillages et les autres corps marins fossiles, il se trouve des feuilles d'arbres, des plantes , des fruits , du bois percé par les vers , et ensuite pétrilié , il faut que le sol duquel on les lire ait déjà été habité ou habitable , avant que se formassent les pierres qui les renferment. Lettres sur Y Histoire de la terre et de V homme, tome 1 , lettre 20, pag. 526 ; tom. 2, lettre 40 , pag. 247; lettre 55, p. 517 ; toin. 5, lettre 157, p. 456, etc.
Plusieurs physiciens, frappés de ce phénomène , ont imaginé que ces corps marins n'ont point été transportés dans le sein des terres par une inondation subile et par un mouvement rapide des eaux , mais par un séjour très-long de
la mer sur nos continents. Ils ont dit que la mer a couvert successivement toutes les parties du globe , et s'en est retirée par un mouvement insensible ; que les montagnes , dont notre hémisphère est hérissé aujourd'hui, ont été formées paï les eaux , pendant ce séjour qui a duré plusieurs siècles. Mais ce système, qui n'est qu'un rêve d'imagination , a été réfuté sans réplique , et nous rapporterons ailleurs les raisons démonstratives qui les détruisent. Vo\j. Meii , Monde.
Quand il seroit vrai que le fait du déluge universel ne peut pas expliquer comment il y a dans les entrailles de la terre, et jusqu'au sommet des montagnes , une si énorme quantité de coquillages et de corps marins, et comment ils ont été déposés dans le sein des rochers les plus durs , il est aussi vrai qu'aucun des systèmes imaginés jusqu'à présent par les naturalistes n'a pu nous le mieux faire concevoir. Des suppositions fausses ne servent à rien pour expliquer les phénomènes de la nature; il est plus simple de nous en tenir à un fait positif fondé sur des preuves , et contre lequel on ne peut alléguer aucun argument solide,
S'il n'étoit question que d'établir la possibilité physique du déluge universel, par les eaux dont la terre est couverte, on l'a démontrée par une machine fort simple. On renferme un globe terrestre creux et plein d'eau, concentriquement dans un globe de verre. Le premier n'est pas plutôt agité par un mouvement de turbination , que les eaux qu'il renferme sortent des soupapes, et remplissent le grand globe de verre ; si le mouvement est ralenti, l'eau rentre par sa pesanteur. Or, le globe de la terre a un mouvement de turbination , et il pourroit pirouetter plus vite ; alors les eaux monteroient par la force centrifuge, et contre leur propre pesanteur : l'expérience confirme la théorie. Exylicalion physico-théologique du déluge et de ses effets. Journal des Beaux-Arts, Mars,
IL Objections des philosophes incrédules contre l'universalité du déluge.
Avant de les examiner et d'y répondre, il est à propos de faire quelques ré-
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flexions sur la narration de Moïse. 1° Cet historien n'a pu avoir aucun motif d'intenter ce fait : plus il est étonnant en lui-même et dans ses circonstances ,
nous rendre aussi savants que nous le voudrions. Quand on dit qu'il ne faut pas multiplier les miracles, on ne fait pas attention que ce qui nous semble les
moins il y a lieu de penser que Moïse j multiplier est souvent ce qui les dimil'ait forgé. Il ne pouvoit s'attendre à j nue , et que Dieu fait tout par un acte autre chose qu'à révolter ses lecteurs , simple et unique de sa volonté. Aussi perdre toute croyance auprès d'eux, et ! verrons-nous que la plupart des objecà décréditer toute son histoire. 11 écri- j tions des incrédules sont de pures supvoit pour des hommes qui avoient été ' positions, qu'il est plus aisé de nier que instruits, aussi bien que lui , par les des- j de prouver.
cendants des patriarches , et qui ne lui auroient ajouté aucune foi, s'ils n'avoient jamais ouï raconter à leurs aïeux les événements qu'il rapportoit. 2° Son style n'est point celui d'un enthousiaste, d'un poëte ou d'un romancier ; il ne cherche ni à étonner, ni à faire de pompeuses descriptions, ni à satisfaire la curiosité de ses lecteurs ; il rapporte froidement et simplement les faits, il supprime plusieurs circonstances que nous voudrions
lre Objection. Il n'y a pas assez d'eau dans la nature pour submerger tout le globe de la terre , jusqu'à quinze coudées au-dessus des plus hautes montagnes. Par une estimation moyenne de la profondeur de la mer , il paroît qu'en général on ne peut lui supposer plus de mille pieds de profondeur, et il y a sur la terre des montagnes qui ont au moins dix mille pieds de hauteur. Il faudroit donc dix océans pour submerger les plus
savoir , mais dont l'ignorance ne nous \ hautes montagnes ; et comme la circoncause aucun préjudice; son seul dessein j férence du globe augmente à mesure est d'apprendre aux hommes à redouter ; que l'on suppose les eaux plus élevées,
la justice divine. 5° Il falloit que Moïse fût bien assuré qu'il n'y avoit sur la terre aucun peuple , aucun monument, aucun vestige d'industrie humaine , antérieur à l'époque du déluge, pour oser affirmer que cette inondation avoit fait périr tous les hommes , à l'exception de Noé et de sa famille , et avoit changé toute la face du globe. Cependant, malgré le désir qu'ont eu les incrédules de tous les siècles de le contredire, ils n'ont encore pu rien découvrir qui soit capable de le convaincre de faux. A0 Dès que Moïse nous donne le déluge universel pour un miracle de la toute-puissance divine , c'est une inconséquence de la part des incrédules d'y opposer de prétendues impossibilités physiques. Dieu qui a établi trèslibrement l'ordre physique de l'univers, tel que nous le connoissons , est sans doute le maître d'y déroger de la manière ., à tel point , et autant de fois qu'il lui plaît. Parce que nous ne voyons pas comment et par quel moyen telle chose a pu se faire, il ne s'ensuit pas qu'elle est impossible, mais seulement que nos connoissances physiques sont très-bornées, et que Dieu n'a pas trouvé bon de
il faudroit au ï~oins vingt fois autant d'eau qu'il y en a dans toutes les mers du monde , pour qu'elles pussent s'élever à la hauteur dont parle Moïse. Il ne peut pas en tomber assez de l'atmosphère , pendant quarante jours et quarante nuits , pour suppléer à celte immense quantité. Vainement l'on supposeroit que Dieu a créé des eaux exprès , il auroit fallu ensuite les anéantir ; Moïse ne parle point de ce prodige, il ne fait mention que de la pluie , et de la rupture des réservoirs du grand abîme.
Réponse. Cette objection , que l'on faisoit déjà du temps de saint Augustin , n'est qu'un amas de suppositions fausses. Il est faux que la mer n'ait pas en général plus de mille pieds de profondeur. Il n'y auroit aucune proportion en Ire une cavité aussi légère , et la solidité d'un globe qui a trois mille lieues de diamètre. Il est donc faux qu'il ait fallu dix océans pour couvrir les montagnes du globe , et il l'est que l'on puisse estimer la quantité des eaux suspendues dans l'atmosphère.
« L'homme , dit un auteur très-sensé, » l'homme qui sait arpenter ses terres