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et mesurer un tonneau d'huile ou de j chaînes de montagnes dans les quatre
vin , n'a point reçu de jauge pour me- » surer la capacité de l'atmosphère, ni » de sonde pour sentir les profondeurs » de l'abîme. A quoi bon calculer les » eaux de la mer, dont on ne connoît » pas l'étendue? que peut-on conclure » de leur insuffisance , s'il y en a une » masse peut-être plus abondante, dis- » persée dans le ciel, etc. » Spectacle de la nature , t. 3, à la fin.
$ Moïse lui-même est allé au devant de eclte objection ; il nous apprend qu'au moment de la création, le globe entier étoit noyé dans les eaux; que, pour les séparer , Dieu en renferma une partie dans les mers , et fit monter le reste
parties du monde, sufiiroit presque seule pour inonder tout le giobe , à plus forte raison lorsqu'on la suppose réunie à toutes les eaux des mers , dont l'étendue surpasse de beaucoup celle des conti nents. Il observe que Moïse peut avoh eu en vue ce phénomène , lorsqu'il a dit que les sources ou les réservoirs du grand abîme furent rompus , puisqu'en effet les glaces fondues sont les sources qui renouvellent continuellement les eaux de l'Océan et des autres mers. Il fait remarquer les effets terribles que dut produire l'effusion de ces eaux, et le bouleversement qu'elle causa dans toute la nature ; il démontre ainsi la puérilité
dans l'étendue des cieux. Gen., c. 1, I des calculs de nos naturalistes enfants,
f. 2 , 6 et 7. Il y en avoit donc assez pour submerger la terre tout entière.
La plupart de nos adversaires supposent que c'est la mer qui a formé les montagnes dans son sein , et qui les a pétries de coquillages jusqu'au sommet ; lorsqu'elle faisoit cette opération sur le Chimboraco du Pérou, qui est élevé de j trois mille deux cent vingt toises audessus du niveau de la mer, ou sur le Mont-Blanc des Alpes , qui est encore plus haut, n'avoit-elle que mille pieds de profondeur ? Il est bien singulier que des calculateurs, qui trouvent assez d'eau dans la nature pour fabriquer des montagnes dans leur sein , n'en trouvent plus pour les submerger pendant îc déluge.
Puisqu'il y a sur la terre des montagnes hautes de plus de deux mille deux cents toises, pourquoi n'y auroit-il pas dans la mer des profondeurs égales, et même plus considérables? Encore une fois , ces hauteurs et ces profondeurs ne sont que de tiès-légères inégalités sur la superficie d'un globe dont la solidité est de trois mille lieues de diamètre ; ce sont comme des grains de poussière sur un boulet de canon. Sur cette présomption seule , le calcul de nos physiciens doit déjà être rejeté.
L'auteur des Etudes de la nature , tom. 1, p. 240 et suivantes, a fait voir que la fonte des glaces qui sont sous les deux pôles , et qui couvrent les hautes
qui ne voient pas assez d'eau sous le ciel pour noyer le globe entier, comme si Dieu , qui a créé les éléments par un fiai, avoit perdu depuis ce moment une partie de sa puissance.
Nous soutenons qu'en partant des suppositions même de nos adversaires , il s'est trouvé assez d'eau pour couvrir tout le globe à la hauteur dont parle Moïse.
Pour rendre raison des corps marins qui se trouvent dans le sein de la terre et sur le sommet des montagnes, ils soutiennent que la mer a noyé successivement tout le giobe pendant une longue suite de siècles ; elle a donc pu aussi le couvrir successivement pendant les dix mois du déluge. Or, Moïse ne dit point que toute la terre a été couverte, à la même hauteur et au même instant , par des eaux tranquilles et stagnantes ; il nous fait entendre le contraire. En parlant du moment auquel les eaux commencèrent à décroître , il nous apprend qu'elles se retirèrent en allant et en revenant, euntes et redeuntes, Gen„, c. 8, f. 5 , par conséquent par un flux et reflux. Donc, lorsqu'elles couvrirent chaque partie du globe à la plus grande hauteur , ce fut aussi par un flux et un reflux , et par un mouvement très-violent. Donc, pour vérifier le texte, il n'est pas nécessaire de supposer que les eaux se sont trouvées dans le même instant au même degré de hauteur sur les deux
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hémisphères opposés ; il suffit de concevoir que Dieu a changé successivement le point du flux et du reflux, ou le point de la plus grande hauteur des eaux, de même que ce point change en effet tous îes jours, relativement aux différentes positions de la lune.
Ainsi l'a conçu saint Augustin. Pour répondre à ceux qui ne vouloient pas que les eaux eussent pu s'élever à une si grande hauteur pendant le déluge, il dit : « Ces hommes, qui mesurent et pè- » sent les éléments , voient des monta- » gnes qui demeurent élancées vers le » ciel depuis une longue suite de siècles ; » quelle raison peuvent-ils avoir pour ne » pas admettre que les eaux , qui sont » beaucoup pluslégères , ontfaitla même » chose pendant un court espace de » temps? » Deciv.Dei,\.i5,c.21,n.2.
L'on est forcé de supposer ce mouvement violent des eaux pendant le déluge , pour rendre raison des effets qu'il a produits, des vallons étroits et profonds qu'il a creusés, des crevasses énormes qu'il a faites , des montagnes qu'il a composées de matériaux de différentes espèce? , des corps marins ou terrestres qu'il a transportés d'un hémisphère à l'autre : tous ces phénomènes sont donc autant de preuves du mouvement impétueux des eaux que Moïse a eu soin de nous faire remarquer.
Qu'a-t-il fallu pour répandre sur notre continent toutes les eaux de l'Océan?
changer l'axe de la terre , par conséquent le centre de gravité. Dès ce moment le lit de l'Océan , qui est le lieu du globe le plus bas ou le plus près du centre, est devenu le plus haut, et le sol que nous foulons aux pieds est devenu le plus bas ; tout le reste s'ensuit en vertu des lois de la statique. Nos adversaires eux-mêmes sont forcés d'admettre un changement du centre de gravité dans le globe, du moins un changement lent et successif, lorsqu'ils veulent persuader que la mer a successivement couvert toutes les parties de la terre habitable, y a construit les montagnes , etc., et que ce déplacement de la mer dure encore; ce qui est absolun«?nt faux. Fuyez M eu.
IIe Objection. La supposition d'un déluge universel ne suffit pas pour nous faire concevoir comment les eaux de la mer ont pu transporter une si énorme quantité de coquillages et de corps marins dans tous les continents , les placer dans la terre à une profondeur très-considérable , les élever jusqu'au somme des montagnes , les faire pénétrer dans le cœur des rochers. On ne peut expliquer ce phénomène , qu'en supposanf que la mer a couvert successivement les deux hémisphères pendant une longue suite de siècles , et que les montagnes ont été fabriquées dans son sein.
Réponse. Nous avons déjà dit, et nous le prouverons dans son lieu , que le déplacement successif de la mer est faux , contraire à toutes les lois de la physique, contredit par les observations des naturalistes sur la structure des montagnes, et qu'il est impossible que celles-ci aient été formées dans le sein des eaux. Voyez Mer.
En second lieu , quand on admettroit cette hypothèse, elle ne nous feroit pas concevoir comment les animaux , les plantes , les coquillages des Indes ou de l'Amérique ont été transportés dans nos terres ; ce transport n'a pu être fait que par un mouvement des Ilots violent et répété plusieurs fois , tel qu'il a dû arriver pendant le déluge. Cette même supposition ne peut pas expliquer comment et pourquoi, dans une même chaîne de montagnes, il y en a qui sont entièrement construites je. sable pur, de granit, de pierres, de grès et de matières vitrescibles , d'autres qui sont toutes composées de marbre et de matières calcaires ; pourquoi il y a ordinairement dans celles-ci des coquillages et des corps marins, et pourquoi il ne s'en trouve jamais dans les autres, lors même que les lits de pierres sor» posés horizontalement comme ceux de marbre.
Elle ne nous apprendra pas pourquoi, dans les lits de marne, on ne voit jamais qu'une ou deux espèces de coquillages , pendant qu'il y en a d'autres dans les lits de pierres ou de terres voisines; pourquoi les carrières d'une certaine province sont farcies de petites vis , sans
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qu'il y en ait de grosses, et pourquoi dans d'autres cantons il y en a une infinité de grosses et point de petites ; pourquoi certaines espèces de coquilles ne se rencontrent que dans les pierres d'un certain grain , pendant qu'il n'y en a aucune dans les lits voisins et contigus, qui sont d'un grain différent ; pourquoi , dans quelques endroits , l'on voit beaucoup de l'espèce d'oursins qui vivent dans la mer Rouge , et aucun de ceux qui sont dans nos mers , etc. ïl y a bien d'autres observations à faire sur les coquillages et les pétrifications , que nos naturalistes n'ont pas encore faites, et qu'ils ne viendront jamais à bout d'expliquer.
En troisième lieu , si la mer n'avoit couvert le globe que successivement , par un mouvement progressif imperceptible, ce déplacement n'auroit pas détruit la race des hommes , il n'auroit fait que la transplanter. Les peuples , assaillis à l'orient par la mer, auroient reculé leurs habitations vers l'occident; leur transmigration n'auroit détruit ni les connoissances , ni les monuments de l'histoire des siècles précédents. Cependant l'on ne voit rien dans l'univers qui soit antérieur aux époques fixées par Moïse. Pourquoi l'histoire , les monuments , les arts , les sciences , les traditions , l'état de civilisation des peuples se trouvent-ils d'accord pour attester la nouveauté du genre humain ? Les Tartares , les Chinois , les Indiens , peuples les plus orientaux , et dont on nous vante l'antiquité , n'ont aucune notion des progrès de la mer sur leur continent ; jamais ils n'ont entendu dire à leurs pères, que leurs habitations étoient autrefois plus avancées vers l'orient , et nous, peuples occidentaux, ne voyons aucuns vestiges des conquêtes que notre continent a faites sur les flots de l'Océan.
Il n'est pas étonnant qu'en examinant les différentes circonstances du déluge , on ne puisse pas expliquer tous les faits particuliers. Dans un bouleversement tel qu'il a dû se faire par une inondation aussi forte et aussi subite , il ne pouvoit manquer d'arriver des phénomènes singuliers et inconcevables. Dans des inon-
dations , même particulières , il y a souvent des circonstances dont les physiciens seroient fort embarrassés d'expliquer les causes immédiates , et la manière dont ces effets ont été opérés.
Quand on a vu, dans les montagnes, les ravages terribles qu'un seul torrent peu causer , on n'est plus étonné de ceux qu ont dû avoir lieu pendant le déluge. Ce grand événement peut seul expliquer les faits pris en masse , quoiqu'on ne puisse pas suivre, dans le détail, les différents phénomènes. Lettres américaines ,.
lettres 4 et 5.
IIIe Objection. Il est impossible que Noé ait pu rassembler toutes les espèces d'animaux qui vivent sur la terre ; que ceux de l'Amérique aient pu se rendre dans les plaines de la Mésopotamie; celui que l'on nomme aï ou le paresseux auroit demeuré vingt mille ans pour y arriver , quand il auroit pu faire le voyage par terre. Il est impossible que l'arche , suivant les dimensions que Moïse lui donne , ait contenu la famille de Noé , toutes les espèces d'animaux, et tout ce qu'il falloit pour les nourrir pendant dix mois , les fourrages pour les quadrupèdes, les graines pour les oiseaux , les viandes pour les animaux carnassiers. Plusieurs ne peuvent vivre que dans certains climats , parce qu'ils ne trouvent point ailleurs les aliments qui leur conviennent. Il est impossible qu'au sortir de l'arche ils aient trouvé de quoi se nourrir , les productions de la terre ayant dû périr pendant le déluge. Enfin il l'est, qu'après cette inondation, l'Amérique se soit repeuplée d'hommes et d'animaux ; elle est séparée de tous les continents par un long trajet de mer ; par quel moyen les hommes et les animaux ont-ils pu le franchir? Il faut donc multiplier à l'infini les miracles , pour croire tous ces faits.
Réponse. Quand il seroit nécessaire d'en admettre encore un plus grand nombre, l'entêtement des incrédules ne seroit pas moins ridicule. Nous sommes déjà convenus que le déluge, avec toutes ses circonstances , n'a pu arriver naturellement. Dieu qui a voulu l'opérer y s'est chargé , sans doute , de la sub-
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stance du fait et de la manière, de la cause et des effets. Les miracles ne lui coûtent pas davantage que le cours ordinaire de la nature , puisque c'est lui qui a tout fait comme il lui a plu , et par un seul acte de sa volonté. Sans doute il n'est pas plus difficile à Dieu de conserver les animaux et les plantes , que de les faire naître ; de rassembler les animaux des extrémités du monde, que <1c leur donner la puissance de marcher, îi nous semble qu'il auroit clé plus simple que Dieu fit mourir tous les hommes et tous les animaux dans une seule nuit, que d'envoyer un déluge sur la terre; il auroit pu changer la face du monde de cent manières, dont nous n'avons pas seulement l'idée : lui demanderons-nous pourquoi il n'a pas pris un moyen plutôt qu'un autre? De quelque manière qu'il agisse, des esprits gauches, des philosophes pointilleux et entêtés y trouveront toujours à redire. Il est fort étrange que des prétendus savants, incapables de rendre raison des phénomènes les plus communs, exigent que
avons fait voir que , suivant les calculs de plusieurs savants, et selon les dimensions données par Moïse, il y avoit suffisamment d'espace dans l'arche pour loger toutes les espèces d'animaux connus , avec la quantité d'aliments nécessaires pour les nourrir. Mais il n'a pas été besoin d'y renfermer toutes les variétés de ces espèces , puisqu'il est prouvé que la plupart ont changé prodigieusement, par la différence des climats que les animaux sont allés habiter, et par la diversité des aliments auxquels ils se sont accoutumés. Ainsi , selon les observations de M. Buffon , un seul couple de chiens a pu être la souche de trente-cinq ou trente-six ordres ou variétés de chiens. L'ours, dans les glaces du Nord , vit de poissons, pendant qu'ailleurs il mange des végétaux ; il pourroit en être de même de la plupart des animaux carnassiers : il en est très-peu qui ne puissent changer de nourriture en cas de besoin. C'est une observation que n'ont pas faite ceux qui ont compté les espèces d'animaux qu'il a fallu ren-
nous leur rendions un compte aussi fermer dans l'arche , et les aliments exact des opérations extraordinaires de j qu'il a fallu leur donner. Il est faux que Dieu, que si nous avions assisté à ses j les productions de la terre aient dû périr < -Vitseiis éternels. pendant les dix mois du déluge.
i° Us ne savent pas , non plus que 5° Il n'est pas besoin de miracle pour nous , quels sont les animaux qui peu- ; apprendre aux oiseaux nés dans le nord, vent vivre longtemps dans l'eau et quels | qu'ils doivent partir sur la fin de l'ausont ceux qu'il a été absolument néces- j tomne pour aller vivre dans un climat saire de renfermer dans l'arche. On en [ plus chaud, sauf à revenir au prinvoit plusieurs demeurer six mois dans j temps prochain : quand les autres aniîa terre, sans respiration sensible et sans j maux auroient fait une fois, pour venir
dans l'arche , ce que les oiseaux font tous les ans , ce phénomène ne seroit miraculeux qu'en ce qu'il n'arrive pas ordinairement. Nous ne savons pas si, avant le déluge, l'Amérique éloit séparée des autres continents , comme on croit qu'elle l'est aujourd'hui.
4° Dans l'état même actuel , il est faux que cette partie <lu monde n'ait pas naturellement pu se repeupler d'hommes et d'animaux. Il n'est pas plus difficile de concevoir comment ils ont pu y être portés , que comment ils ont pu passer d'une île à une autre. On sait que les animaux traversent souvent à la nage un espace de mer assez considérable.
mouvement, qui cependant revivent au printemps. On a trouvé dans les lacs du nord, sous les glaces de l'hiver, une quantité d'hirondelles attachées les unes aux autres, dans lesquelles il resloit un germe de vie , et prêtes à se ranimer par la chaleur. En fendant de gros arbres , en cassant des masses de pierre , on y a trouvé des grenouilles qui y avoient vécu pendant un grand nombre d'années , sans aucune nourriture , et sans aucune communication avec l'air extérieur. Attend >ns que la nature soit mieux connue, avant de décider de ce qui peut ou ne se peut pas faire sans miracle.
1° A l'article Aiiciie de Noe, nous
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et les courants ont pu les entraîner beaucoup plus loin qu'ils n'avoicnt envie d'aller. Par les derniers voyages que les Danois ont faits en Islande, il est prouvé que la mer y amène des bois qui sont tirés des forêts de l'Amérique , et qu'elle y voiture des glaçons énormes , sur lesquels sont portés des ours. Il n'est donc aucun animal qui n'ait pu être transporté de même d'un hémisphère à l'autre. Les nouvelles découvertes que les Russes et les Anglois ont faites au-delà du Kamschatka, de plusieurs terres et de plusieurs îles qui s'étendent jusqu'àla partie de l'ouest du continent de l'Amérique , ne laissent plus aucun doute sur la possibilité de la communication, et ces découvertes se confirment de jour en jour par de nouvelles relations. ( Ne XIV , p. 564. )
IVe Objection. De quoi a servi le déluge , disent les incrédules? N'étoit-il pas plus aisé à Dieu de changer , par sa toute-puissance , les dispositions criminelles de ses créatures , que de submerger le globe et de bouleverser la nature ? Cette révolution terrible n'a pas corrigé les hommes; à peine ont-ils commencé à se multiplier, qu'ils sont devenus idolâtres , injustes, acharnés à se détruire : malgré toutes ses rigueurs , Dieu est méconnu et outragé. Peut-on reconnoître , à cette conduite , un père sage et tout-puissant ?
Réponse. Cet ancien argument des manichéens peut être appliqué à toutes les circonstances dans lesquelles Dieu a permis des crimes ; il suppose que Dieu, après avoir créé l'homme libre , n'a jamais dû permettre qu'il abusât de sa liberté : c'est une inconséquence palpable. Saint August., contra adv. Icgis et prophet., 1. 1 , c. 16 et 21.
Une autre absurdité est de supposer qu'une chose est plus facile ou plus difficile à Dieu qu'une autre : lui en a-t-il donc plus coûté pour interrompre quelquefois la marche de la nature , que pour l'établir au moment de la création ?
Changer , par un acte de toute-puissance , les dispositions criminelles de tous les hommes , c'est un miracle opéré
est un miracle produit sur les corps. Il est contraire à la marche de la nature, que tous les hommes se trouvent tout à coup dans les mêmes dispositions d'esprit et de cœur , soient dociles à la même grâce, changent également de mœurs et d'habitude. On ne prouvera jamais que Dieu doit faire tel miracle plutôt que tel autre.
Quelques incrédules ont répliqué qu'il auroit été bien plus utile à l'homme d'être privé du libre arbitre, que de pouvoir en abuser. Mais un être, privé du libre arbitre , seroit aussi incapable de vertu que de vice; si alors il se trouvoit dans des dispositions criminelles 3 Dieu seul seroit l'auteur du crime, on ne pourroit plus l'imputer à l'homme.
La question est encore de prouver que Dieu a été obligé de suivre le plan qui de voit être le plus utile aux créatures, par conséquent de leur accorder le plus grand bien qu'il pou voit leur faire : c'est tomber en contradiction à l'égard d'un Etre tout- puissant. Voyez Bien, Mal.
Il est faux que le déluge ait été absolument inutile. Les vestiges qui en subsisteront jusqu'à la fin des siècles , serviront toujours à prouver, contre les incrédules, deux grandes vérités : savoir, qu'il y a une Providence et une justice divine ; et que Dieu , quand il lui plaît, peut faire des miracles. La corruption et la malice opiniâtre de l'homme sert à en démontrer une autre ; savoir , qu'il esllibre, qu'il peut, quand il le veut, résister aux châtiments, de même qu'aux bienfaits. Que les incrédules rendent hommage à ces deux vérités, qu'ils renoncent à leurs erreurs, dès ce moment il sera prouvé que le déluge n'est pas inutile, puisqu'il aura servi à les convertir.
III. Bizarrerie des opinions des philosophes au sujet du déluge. Un petit nombre d'entre eux ont regardé ce fait miraculeux comme indubitable ; les autres, plutôt que de l'admettre , se sont tournés et retournés de toutes manières. Ils ont commencé d'abord par fouiller dans tous les monuments de l'histoire,
sur les esprits, tout comme le déluge dans les annales de toutes les nations,
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des Chinois, des Indiens, des Chaldéens, des Egyptiens (Ne XV, p. 5G4. ) Ils ont triomphé , lorsqu'ils ont cru apercevoir une date ou une observation qui remontait plus haut que le déluge. Réfutés sur toutes leurs prétendues découvertes en ce genre, ils ont eu recours à la physique, pour renverser les monuments de l'histoire. A présent nous sommes obligés de les suivre dans les entrailles de la terre, sur le sommet des montagnes , sur les côtes des mers; bientôt, peut-être, ils nous conduiront avec eux parmi les corps célestes. Dans cette nouvelle carrière, sont-ils mieux d'accord entre eux qu'auparavant?
Les uns nient ce que les autres s'efforcent de prouver ; ceux-ci jugent vraisemblable ce que ceux-là trouvent absurde. 11 en est qui ont changé plus d'une fois d'opinion touchant le déluge, ou qui ont opposé à ses circonstances des phénomènes qui les prouvoient.
Quelques-uns ont mieux aimé supposer plusieurs déluges particuliers, que d'en admettre un seul général ; mais ils n'ont pu citer aucune cause naturelle qui ait été capable de les produire. Après avoir longtemps disputé , la plupart se sont réunis à supposer que, par un mouvement insensible d'orient en occident , les eaux de la mer ont couvert successivement toutes les parties du globe terrestre, qu'elles y ont séjourné assez longtemps pour fabriquer les montagnes dans leur sein , et pour pétrir de coquillages et de corps marins toute la superficie du sol, jusqu'à une très-grande profondeur; qu'ainsi ces coquillages ne viennent point du déluge. C'est le système qui semble prévaloir aujourd'hui parmi nos physiciens.
M. de Luc , qui a parcouru avec des yeux observateurs les principales chaînes des montagnes de l'Europe , a prouvé la ausseté de ce prétendu mouvement insensible de la mer. Il a fait voir que le déplacement successif des eaux de l'Océan est supposé sans cause, qu'il est contraire aux lois générales du mouvement , qu'il ne peut pas rendre raison de la fabrique des montagnes , et qu'il est contredit par toutes les observations.
Il a montré qu'il y a sur le globe des montagnes de deux espèces , les unes qu'il nomme primitives, à la formation desquelles les eaux n'ont contribué en rien; elles sont composées de matières vitrescibles , ou qui , par la fusion , peuvent être changées en verre, comme sont le porphyre, le granit, le caillou, la pierre de grès , le sable pur , matières qui ne sont point disposées par lits, mais jetées par bloc, sans aucun ordre, et parmi lesquelles il ne se trouve point de corps marins. Les autres, qu'il appelle montagnes secondaires , sont faites de matières calcaires disposées par lits , rangées horizontalement, parmi lesquelles on trouve des coquillages et des corps marins, qui semblent par conséquent avoir été formées par les eaux de la mer. Il a observé que ces montagnes secondaires se trouvent souvent mêlées parmi les montagnes primitives , et paroissent composées de débris de celles-ci. Ainsi, le système qui attribuoit la formalion des montagnes en général aux eaux de la mer, se trouve déjà pleinement réfuté; c'est un fait que M. de Bulïon luimême a été forcé de reconnoîlre, contre son premier sentiment, puisque, dans ses Époques de la nature, il a distingué aussi deux espèces de montagnes, au lieu que , dans sa Théorie de la terr*, il les croyoit toutes en général construites par ies eaux.
Ces deux grands physiciens s'accordent donc à supposer que les eaux ont séjourné sur notre hémisphère assez longtemps pour bâtir, parmi les montagnes primitives, des montagnes secondaires. Mais M. de Luc soutient , et prouve que la mer ne s'est point retirée de dessus notre continent par un mouvement lent et progressif, mais par un mouvement violent des eaux , tel qu'il a dû se faire par le déluge. Suivant cette hypothèse, le sol que nous habitons au jourd'hui n'est pas celui qu'habitoient les hommes avant le déluge ; Dieu a détruit celui-ci par l'inondation , et Moïse l'a donné à entendre, lorsqu'il a mis dans la bouche du Seigneur ces paroles : Je détruirai les hommes avec la terre.
Gcn.t c. 6 h 13.