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gnité des seconds. De là le polythéisme, l'idolâtrie, les pratiques superstitieuses, la divination, etc. Voyez Paganisme,
Cette opinion ne fut pas seulement celle du peuple et des ignorants , mais celle des philosophes, des pythagoriciens, des platoniciens, des Orientaux.
Tous admirent des dieux , des génies ou des démons de plusieurs espèces , des esprits mitoyens entre la divinité et l'âme humaine , les uns bons , les autres mauvais. Il paroît que ces philosophes ne regardoient pas ces êtres comme de purs esprits, mais comme des intelligences revêtues au moins d'un corps aérien et subtil ; quelques-uns les croyoient mortels, d'autres les supposoient immortels , et on leur attribuoit une nature et des inclinations à peu près semblables à celles des hommes. Sur un fait aussi obscur et auquel l'imagination avoit la plus grande part, les opinions ne pouvoient pas être uniformes. On voyoit dans l'univers une infinité de phénomènes, qu'il n'étoit pas possible d'expliquer par un mécanisme; d'autre côté , l'on ne concevoit pas que Dieu les produisît immédiatement par lui-même, quelques-uns ne s'accordoient pas avec ses divines perfections; l'on étoit donc forcé de recourir à des agents intermédiaires plus puissants que l'homme, mais inférieurs à Dieu.
Les Juifs trouvoient cette opinion fondée sur les livres saints; l'on y voit la distinction d'esprits des deux espèces ; les uns bons et fidèles à Dieu, sont nommés ses anges ou ses messagers; les autres méchants , sont représentés comme ennemis des hommes. A la vérité, Moïse n'en parle pas dans l'histoire de la création; mais il nous apprend que la première femme fut engagée à désobéir à Dieu par un ennemi perfide, caché sous la forme du serpent. Gen.,c. 5, f, 1. Dans le Peut., c. 32, f. 47, il dit que les Israélites ont immolé leurs enfants aux esprits méchants et malfaisants, schedim, le psalmiste en dit autant, Ps. 106, f. 57; tonte anciennes versions traduisent ce terme démons. Dans le livre de Job, c. 1 , \ . 1 -, Satan, ou l'ennemi auquel Dieu permet
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d'affliger ce saint homme, est un esprit malin; le prophète Zacharie, c. 5, f. 1 et 2 , le nomme aussi Satan. C'est le synonyme du grec Siu.GoXoç , celui qui
qu'il les réserve pour le jour du jugement. //. Pelr., c.2, f*Â ; Jud., % Q; Apoc, c. 12 , % 9 ; c. 20 , f. 2 , etc. L'opinion des Juifs, qui altribucient
nous croise et nous traverse. III. Reg., au démon les maladies extraordinaires c. 22, f. 21, Dieu permet à un esprit | et terribles, comme l'épilepsie , la ca-
menteur de se placer dans la bouche des faux prophètes. C'est un démon qui tue les sept premiers maris de Sara.
Tob., c.o,$. 48.
Quelques incrédules ont assuré que les Juifs n'avoient aucune idée des démons avant d'avoir fréquenté les Chal-
talepsie , la frénésie, les convulsions des lunatiques , etc., n'étoit donc pas absolument mal fondée ; loin de la combattre, Jésus-Christ l'a plutôt confirmée, en commandant aux démons de sortir des corps , en leur permettant de s'emparer d'un troupeau de pourceaux , en
déens ; mais les livres de Moïse, celui j donnant à ses disciples le pouvoir de
les chasser, en attribuant à ses esprits impurs des discours et des actions qui
de Job , ceux des Rois , ont été écrits longtemps avant que les Juifs pussent
consulter les Chaldéens , et dans un j ne pouvoient pas convenir à des homtemps où ces deux peuples étoient enne- 1 mes. Si cette persuasion des Juifs avoit mis déclarés. Job, c. 1 , f. 17. Est-ce été une erreur, Jésus - Christ, sagesse chez les Chaldéens que les Chinois, les j éternelle, envoyé pour instruire les Nègres, les Lapons, les Sauvages de hommes, n'auroit pas voulu les y enl'Àmérique, ont puisé la notion des tretenir; il auroit cherché plutôt à les esprits bons ou mauvais? Cette idée est détromper. Les Pères de l'Eglise ont fait commune à tous les peuples ; elle ne leur ! remarquer qu'à la venue du Sauveur ,
est pas venue par emprunt, mais par l'inspection des phénomènes de la nature, et par la révélation primitive.
(NeXVI, p. 564.)
Dans le nouveau Testament, le nom de démons est toujours pris en mauvaise part, excepté Jet., g. 17, jM8; partout ailleurs il signifie un esprit méchant, ennemi de Dieu et des hommes. Jésus- Christ et ses apôtres lui attribuent les grands crimes, l'incrédulité des Juifs, la trahison de Judas, l'aveuglement des païens, les maladies cruelles, les possessions et les obsessions. Ils le nomment le père du mensonge , le prince de ce monde , le prince de l'air , l'ancien serpent, Satan ou le diable; ils nous font entendre qu'il étoit l'objet du culte des païens. /. f or., c. 10, f. 20, etc. Jésus- Christ souffrit d'être tenté par le démon, mais il le chassoit du corps des possédés, et il donna le même pouvoir à ses disciples ; il déclara que , par sa mort , le prince de ce monde seroit chassé et désarmé, etc. Saint Pierre, saint Jude et saint Jean nous apprennent que les démons sont des anges prévaricateurs que Dieu a chassés du ciel , qu'il a précipités dans l'enfer, où ils sont tourmentés, et
Dieu avoit permis au démon d'exercer son empire et sa malignité d'une manière plus sensible qu'auparavant, parce que la victoire éclatante que Jésus-Christ et ses disciples dévoient remporter sur lui, étoit le moyen le plus capable de confondre les sadducéens , de dissiper l'aveuglement des païens , de leur apprendre que le démon étoit l'ennemi de leur salut , et non une divinité digne de leur culte ; c'est en effet ce qui est arrivé.
Aussi , en faisant l'apologie du christianisme , et en écrivant contre les philosophes , les Pères de l'Eglise ont souvent insisté sur ce point ; ils ont fait valoir contre les païens le pouvoir qiravoit tout chrétien de chasser le démon du corps des possédés , de déconcerter ses prestiges et les opérations des magiciens, de le forcer même à confesser ce qu'il étoit. Nous ne voyons pas qu'aucun des défenseurs du paganisme ait essayé de répondre à cet argument.
Cependant l'on en fait aujourd'hui un crime aux Pères de l'Eglise : Us ont cru , comme les païens , disent nos critiques modernes, que les démons étoient des êtres corporels , qu'ils recherchoient
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le commerce des femmes , qu'ils étoient avides de la fumée des victimes et des parfums , que c'étoit pour eux une espèce de nourriture , qu'ils excitoient les persécuteurs à sévir contre les chrétiens, parce que ceux-ci travailloient à faire retrancher les sacrifices et les offrandes. Ainsi ont pensé saint Justin , ïatien , Minutius-Félix , Athénagore, Tertullien, Julius-Firmicus , Origène, Synésius, Arnobe , saint Grégoire de Nazianze, Lactance, saint Jérôme, saint Augustin, etc. Ce préjugé a fait conserver dans le christianisme une partie des superstitions du paganisme , les conjurations , les exorcismes , la confiance aux formules de paroles, conséquemment la théurgie,la magie, les sortilèges, les amulettes, etc. Cette plainte , qui retentit dans les écrits des plus habiles protestants , est -elle sensée ?
4° La divination, les sortilèges, la magie, la confiance aux paroles efficaces , la croyance aux enchantements et aux amulettes , régnoient parmi les païens avant la naissance du christianisme; on les retrouve encore chez les nations ignorantes et barbares, d'un bout de l'univers à l'autre. Ce ne sont certainement ni les philosophes platoniciens, ni les Pères de l'Eglise qui les y ont fait éclore; ainsi la conjecture de nos savants critiques est fausse à tous égards. Les Pères se sont opposés de toutes leurs forces à tous ces abus , ils en ont fait rougir les philosophes de leur temps : c'est donc une injustice et une absurdité de prétendre que les Pères ont contribué à les entretenir; nous soutenons, au contraire , qu'ils ne pouvoient mieux s'y prendre pour les déraciner.
2° En effet , que dévoient - ils faire? Falloit - il soutenir , comme les épicuriens, les sadducéens et les matérialistes, que les démons sont des êtres imaginaires ; que, s'il y en a , ils n'ont aucun pouvoir, qu'ils ne peuvent agir ni sur les hommes, ni sur la nature ? Il falloit doUc contredire l'Ecriture sainte, blâmer la conduite de Jésus -Christ et des apôtres , s'exposer à la dérision dos phi* losophes , qui avoient puisé dans les
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I écrits des anciens leur croyance sur \ l'existence et sur la nature des démons, \ et qu'il étoit impossible de réfuter par I des arguments philosophiques. Nos saî vants disputeurs y auroient encore j moins réussi que les Pères. Le plus ! court étoit donc de s'en tenir aux leçons et aux exemples de Jésus-Christ et des j apôtres , qui ont exorcisé , chassé et con- | fondu les démons , puisqu'encore une | fois les philosophes n'ont pu rien oppo- I ser à ce fait incontestable. Si c'est une superstition, ce ne sont pas les Pères qui en sont les auteurs , mais Jésus- Christ et les apôtres. Aussi les incrédules, meilleurs logiciens que les protestants , ne s'en prennent pas aux Pères ! de l'Eglise, mais à Jésus -Christ lui- ! même ; et c'est ainsi qu'en toutes choses j les protestants sont les précepteurs des j incrédules. Mosheim, dans ses Notes | sur Cudworth, c. 5 , § 82 , fait vainement tous ses efforts pour prouver que ce qu'il dit contre les Pères ne favorise point les incrédules. Lui-même , § 8i et 89 , est forcé d'avouer qu'il n'y a aucune raison démonstrative qui prouve que jamais Dieu n'a permis au démon de rendre aucun oracle , ni de faire aucun prodige pour confirmer les païens dans leur fausse religion. Donc il a tort de blâmer les Pères.
5° Supposons que les Pères ont mal raisonné sur les passages de l'Ecriture sainte, où il est question des opérations corporelles des démons, qu'ils ont eu tort d'attribuer à ces esprits des corps légers , les goûts et les inclinations de l'humanité. Cette erreur , purement spéculative sur une question très-obscure, ne déroge à aucun dogme de la foi chrétienne; il ne s'ensuit pas que les démons sont , par leur nature , des êtres matériels, ou sortis du sein de la matière ; mais qu'ils ont besoin d'être revêtus d'un corps subtil, lorsque Dieu leur permet d'agir sur les corps.
■i0 Nous savons très -bien que. dans toutes les questions philosophiques ou autres , il y a un milieu à garder ; mais nous ne voyons pas que les protestants l'aient mieux trouvé que les Pères. Sur la lin du dernier siècle, Becker, ministre-
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protestant, fit un livre intitulé Le monde enchanté, où il entreprit de prouver que les esprits ne peuvent agir sur les corps; que tout ce que Ton dit de leurs apparitions , de leurs opérations, de la magie, des sorciers , des possédés, etc., sont ou j des délires de l'imagination , ou des fables forgées par des imposteurs pour tromperies ignorants; que le démon, depuis sa chute, est renfermé dans les enfers, d'où il ne peut sortir pour venir tenter ni tourmenter les hommes. Cet ;
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cet esprit impur, surtout à l'égard d'un chrétien consacré à Dieu par le baptême, et soustrait ainsi à la puissance des ténèbres; cette imprudence est capable de produire deux effets pernicieux :
l'un de persuader aux imaginations foibles que le démon les obsède ; l'autre de leur faire conclure que leurs péchés ne sont pas libres... « Chacun, dit saint » Jacques , est tenté par sa propre con- » voitise... Résistez au démon, et il s'en- » fuira. » Ch. 4, f. 44 ; c. 4, f. 7. » Jé- » sus -Christ, dit saint Clément d'Alex-
auteur fut non -seulement censuré par le consistoire d'Amsterdam , et interdit j » andrie, nous a délivrés, par son préde ses fonctions, mais réfuté par plu-] » cieux sang, des maîtres cruels auxsieurs protestants. On lui fit voir qu'il ] » quels nous étions autrefois assujettis, tordoit le sens des passages de l'Ecriture » en nous délivrant de nos péchés , à sainte pour les ajuster à son système , | » cause desquels les malices spirituelles qu'il accusoit d'imposture les person- » nous dominoient. » Eclog. Prop. n. nages les plus respectables, que ses j 20. Saint Augustin enseigne que quand principes touchant l'influence des es- \ l'Ecriture nous exhorte à résister au dé-
prits sur les corps alloient droit au
mon, et à combattre contre lui, elle
matérialisme. Cela n'a pas empêché que entend que nous devons résister à nos
Becker ne trouvât des imitateurs et des défenseurs , soit en Hollande , soit en ! Angleterre. Si les Pères ont donné dans l'excès opposé , ils sont beaucoup plus excusables que tous ces raisonneurs , ! qui se jouent de l'Ecriture sainte comme j il leur plaît. Nous examinerons leurs | raisons dans l'article suivant.
passions et à nos appétits déréglés , parce que c'est par là que le démon nous subjugue. De agone Christ., n. 1 et 2. La rêverie de l'Anglois Gale, qui a prétendu que l'idée du démon et de ses opérations a été formée sur la notion du Messie, est trop absurde pour qu'elle vaille la peine d'être réfutée. Dans l'his-
On objecte que Dieu ne peut pas per- j toire de la chute de l'homme, PEcri-
mettre aux démons de nuire à des créatures qu'il destine au bonheur. Il ne peut pas, sans doute, leur laisser une liberté absolue et sans bornes , telle que les païens Pattribuoient à leurs prétendus dieux ou démons; il restreint cette liberté et ce pouvoir comme il lui plaît; il donne à l'homme, par sa grâce, les forces nécessaires pour combattre et pour vaincre. Il n'est pas plus indigne de Dieu de punir les pécheurs , ou d'éprouver les justes par les opérations du démon, que de le faire par les fléaux de la nature. En général , les lumières de la philosophie sont trop courtes pour savoir ce que Dieu peut ou ne peut pas permettre ; c'est à lui de nous apprendre ce qu'il fait et ce que nous devons croire. Depuis que Jésus - Christ a détruit , par sa mort , l'empire du démon, il ne convient plus d'exagérer le pouvoir de
ture fait mention du tentateur, y avant de parler du Fils de la femme , qui doit lui écraser la tête. Les Juifs ont eu la nolion des génies ou esprits , soit bons , soit mauvais , dès qu'ils ont commencé à connoître les prétendus dieux de leurs voisins , et ces êtres réels ou fantastiques n'avoient aucun rapport au Messie.
Les divinités cruelles auxquelles ces Juifs , devenus païens , immoloient leurs enfants , n'étoient certainement pas amies des hommes ; on ne pouvoit les envisager autrement que comme des dé* mons malfaisants , ni leur offrir ces sacrifices abominables par un autre motiî que par la crainte de leur colère.
On ne doit pas faire plus de cas du reproche des incrédules modernes, qui ont dit qu'en admettant un ou plusieurs démons , appliqués à traverser les desseins de Dieu et à nuire aux hommes ,