‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 49 sur 114 · DEM 232 DEM · texte numérisé non relu

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on adopta Terreur des manichéens , et j par lesquelles on a voulu éluder les que le manichéisme est ainsi la base de j conséquences de ces preuves, toutes les religions. Les manichéens] 1° Comme les protestants ne tiennent supposoient deux principes éternels , in- I point pour authentique le livre de Tobie, créés, indépendants , l'un bon, l'autre ils ont passé sous silence ce qui y est dit mauvais ; ce dernier n'a aucune ressem- \ du démon qui obsédoit Sara, fille de Rablance avec les esprits créés de Dieu , j guel, c. 5, t. 8;c. 6, $.8;c. 8, f. o;c. 12, qui sont devenus méchants par leur j f. 44; mais le sentiment des protestants faute , que Dieu punit , et dont il ré- n'est pas une loi pour nous : il résulte prime le pouvoir comme il lui plaît. | de cette histoire que c'étoit véritable- Disscrl. sur les bons et les mauvais I ment un démon , nommé Asmodée, qui Anges, Bible d'Avignon, t. 15, p. 255. j affligea cette vertueuse fille , qui mit à DÉMONIAQUE, possédé , homme [ mort les sept premiers hommes qui l'édont le démon s'est emparé, qu'il faits pousèrent, et qu'elle en fut délivrée par agir et qu'il tourmente. On distingue la l'ange Raphaël.

possession d'avec Yobsession : par la j Lorsqje les Juifs accusèrent Jésuspremière , le démon agit au dedans de j Christ de chasser les démons par le poula personne de laquelle il s'est rendu ] voir de Béelzébub , prince des esprits maître; par la seconde , il agit seule- \ de ténèbres , il leur répondit : « Si Sament au dehors. Les possédés sont aussi ; » tan se chasse lui - même , il est donc appelés énergumènes , c'est-à-dire agi- j » son propre ennemi ; comment son emtés au dedans. j » pire se soutiendra -t- il? Si je chasse

Nous avons vu , dans l'article précé- ; » les démons par Béelzébub, par qui

» vos enfants les chassent-ils ? Pour cela » même ils serviront à votre condam- » nation ; si au contraire je les chasse » par l'esprit de Dieu, le royaume de » Dieu vous est donc arrivé.... Lorsque » l'esprit impur est sorti de l'homme, il » est errant et ne trouve point de repos; » il dit : Je retournerai dans le séjour » d'où je suis sorti ; il prend avec lui » sept autres esprits plus méchants que » lui; ils y rentrent et y habitent; le » dernier état de cet homme devient » pire que le premier. » Matlli., c. 12 , f. 26, 43.

Le Sauveur parle et commande aux démons, ils lui répondent et obéissent, ils confessent qu'il est le Fils de Dieu.

dent , que Becker , et d'autres incrédules , ont soutenu que le démon ne • peut agir sur le corps; que toutes ses prétendues opérations sont illusoires ; qu'il n'y eut jamais , par conséquent, ni possession , ni obsession réelle ; que les démoniaques sont des hommes dont le cerveau est troublé , qui s'imaginent faussement être tourmentés par le démon , que c'est une maladie très-natu- \ relie , qui doit être guérie, non par des I exorcismes , mais par les remèdes de l'art : il paroît que c'est le sentiment commun des protestants à l'égard de tous les démoniaques modernes; conséquemment ils tournent en ridicule

les exorcismes de l'Eglise. Cette opinion est déjà suffisamment réfutée par les Lorsqu'il veut les chasser du corps d'uD passages de l'Ecriture sainte que nous , possédé, ils lui demandent de ne pas avons déjà cités , touchant le pouvoir et les renvoyer dans l'abîme, mais de leur les opérations des démons en général ; permettre d'entrer dans un troupeau de mais ce qui regarde les démoniaques pourceaux ; Jésus y consent, elle trouou possédés a été solidement traité dans \ peau va se jeter dans les eaux. Luc. une dissertation sur ce sujet , qui rem- c. 8, f. 27.

plit le troisième volume de l'ouvrage de j 11 donne à ses apôtres le pouvoir de Stackouse sur le sens littéral de l'Ecri- j guérir les maladies et de chasser les déluré sainte, etc. Sans nous assujettir à ! nions, c. 9, jL 1 ; quelque temps après la copier , nous donnerons d'abord les \ ils lui disent : « Seigneur , les démons preuves delà réalité des possessions, \ » nous sont soumis en votre nom; il nous répondrons ensuite aux objections I » leur répond : J'ai vu tomber Satan du

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» ciel comme l'éclair. » Ch. dO, ^. 17. Il promet que ceux qui croiront en lui auront le même pouvoir , et il le distingue formellement d'avec celui de guérir les maladies. Marc, c. 16, f. 17.

Si les possessions sont des maladies naturelles, Jésus-Christ , par ses discours et par sa conduite , confirme le faux préjugé dans lequel étoient les Juifs , que c'étoit véritablement un esprit malin qui faisoit agir et souffrir les démoniaques ; il induit ses apôtres en erreur , et il travaille à faire durer l'illusion parmi tous ceux qui croiront en lui : ce procédé seroit indigne du Fils de Dieu , qui étoit la sagesse et la vérité même , et qui avoit promis à ses apôtres que le Saint-Esprit leur enseigneroit toute vérité.

2° Les apôtres ont pris à la lettre ce que leur Maître avoit dit touchant les démoniaques ; etils ont, à son exemple, exorcisé et chassé les démons. Dans la ville de Philippes, saint Paul guéri: par un exorcisme, au nom de Jésus, me fille possédée, qui procuroit à ses maîtres un gain considérable en découvre nt les choses cachées; il dit au mauvais esprit : « Je te commande, au nom de » Jésus-Christ , de sortir de cette fi' Le ; » et le démon sortit sur-le-champ. »

Ad., c. 16, f. 16. Saint Paul fut naltrailé pour avoir fait ce miracle , ef il en opéra un semblable à Ephèse, cap. 19, f. 12 et 15. Si la connoissance que celte fille avoit des choses cachées étoit un talent naturel , ou un artifice , comment un exorcisme fait par saint Paul a-t-il pu le faire cesser?

5° L'on ne peut récuser le témoignage unanime des Pères des quatre premiers siècles , sans donner dans un pyrrhonisme absurde ; ils attestent constamment que les exorcistes chrétiens chassoient les démons du corps des païens qui en étoient possédés , qu'ils forçoient ces esprits impurs d'avouer ce qu'ils étoient ; les Pères prennent à témoin de ces faits les païens eux-mêmes ; ils disent que plusieurs de ceux qui ont été ainsi guérir se sont faits chrétiens. L'on ne peut supposer ici ni influence de l'imagination , puisque ces possédés ,

étant païens, ne pou voient avoir aucune confiance aux exorcismes des chrétiens; ni collusion entre eux et les exorcistes pour favoriser les progrès du christianisme; ni maladie naturelle, puisqu'alors des paroles n'auroient pas pu la guérir; ni crédulité , ni exagération, ni mensonge de la part des Pères, puisqu'ils parloientde faits publics, et qu'ils invitoient leurs ennemis à venir s'en convaincre par leurs propres yeux.

Saint Paulin , dans la vie de saint Félix de Noie , atteste qu'il a vu un possédé marcher contre la voûte d'une église , la tête en bas , sans que ses habits fussent dérangés, et que cet homme fut guéri au tombeau de saint Félix. «J'ai vu, » dit Sulpice Sévère, un possédé élevé » en l'air, les bras étendus, à l'approche » des reliques de saint Martin. » Dial. 3, c. 6. Voilà des témoins oculaires qu'il est difficile de réfuter, et des faits que nos adversaires ne parviendront pas à concilier avec leur système.

Encore une fois, il est absurde de vouloir soutenir, contre les incrédules, que tout ce qui a été dit par les écrivains du nouveau Testament est vrai , et que ce qui a été attesté par les Pères est faux.

4° Au témoignage des Pères, nous pouvons ajouter celui des auteurs profanes. Fernel, médecin de Henri II, et AmbroiseParé protestant, font mention d'un possédé qui parloit grec et latin, sans avoir jamais appris ces deux langues. On pourroit citer d'autres exemples de même espèce. Cudworth , Syst.

intell., c. 5, § 82 , en allègue plusieurs.

Voilà des peuves positives ; que peuvent y opposer nos adversaires? Des conjectures, de prétendues probabilités, des suppositions sans fondement.

Pour se débarrasser de l'Ecriture sainte, ils disent que chez les Juifs, comme chez les païens , démon signifioit seulement génie, fortune, sort bon ou mauvais, malheur, maladie; que la mélancolie noire, l'épilepsie, !a frénésie, les attaques de folie périodique , son! appelés dans l'Ecriture mauvais esprits; Jésus-Christ, ajoutent-ils, par condescendance, parloit comme le peuple ; il se conformoit à l'imagination blessée des

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malades, afin de les guérir plus aisément ; il ne disputoit pas sur les termes, il guérissoit. Il ne falloit pas moins un pouvoir divin pour guérir des maladies naturelles par une parole, ou par un simple attouchement , que pour chasser les démons; le miracle est égal dans l'un et l'autre cas.

Mais les Juifs , ni les païens , se sontils jamais avisés d'appeler une maladie naturelle Salem, diable, Béclzébub, prince des démons, légion de démons, esprit impur, de lui adresser la parole , de supposer que c'est un personnage qui parle et qui agit , comme fait Jésus- Christ dans vingt endroits ? Il neloit pas question de disputer , mais de ne pas induire en erreur les Juifs , les malades, les apôtres , et tous les croyants. Ici l'erreur étoit pernicieuse, puisque, selon nos adversaires, elle a introduit dans l'Eglise les superstitions païennes. Jésus- Christ, revêtu de la toute-puissance divine , avoit-il besoin de tromper l'imagination des malades pour la guérir? Il ne s'agit pas de savoir si les miracles de Jésus -Christ étoient plus ou moins grands, mais si les discours et la conduite qu'on lui prête s'accordent avec la sincérité qu'il recommandoit lui-même, avec la charité d'un médecin tout-puissant, avec la sagesse et la sainteté divine ; et nous soutenons que cela ne se peut pas.

On ne justifiera pas mieux la conduite des apôtres. Dès qu'ils avoient reçu le Saint-Esprit et le pouvoir de faire des miracles, pourquoi exorciser les démons, et leur commander au nom de Jésus- Christ? Il ne leur en auroit pas coûté davantage pour guérir les démoniaques sans cérémonie. Saint Pierre , Acl., c.

10, f. 58 , dit que Jésus-Christ a guéri tous ceux qui étoient opprimés par le diable. Saint Paul emploie indifféremment les mots démon, Satan, diable, pour signifier l'esprit malin; il lui attribue les prestiges , les tentations , les obstacles au progrès de l'Evangile , et les maladies corporelles ; /. Cor., c. 5, $. .'), il menace un pécheur public de le livrer à Satan, pour faire mourir en lui la chair et sauver l'esprit. Si les apô-

tres n'ont entendu par là que des maladies naturelles , ces façons de parler sont inexcusables.

Pour éluder le témoignage des Père?, leurs censeurs ont dit que les Pères, imbus du platonisme, étoient, sur le pouvoir et sur l'opération des démons y dans le même préjugé que les peuples ; que la plupart croyoient les démons corporels, qu'ils attribuoient les opérations dont ils parlent au pouvoir naturel des démons, que probablement ils ont exagéré les faLs. Ainsi ont raisonné non-seulement les incrédules et les protestants , mais encore les défenseurs des convulsions qui se faisoient à Paris pour accréditer des erreurs condamnées par l'Eglise.

Nous prétendons au contraire que les Pères ont puisé dans l'Ecriture sainte , et non dans Platon, l'opinion qu'ils ont eue touchant le pouvoir et les opérations du démon, puisqu'ils citent l'Ecriture sainte, sans faire aucune mention de Platon ni de sa doctrine. Ce n'est point le platonisme qui leur a suggéré le sens qu'ils ont donné à l'Ecriture sainte, mais la force et l'énergie des termes tels qu'ils sont , et la comparaison des divers passages. Que les Pères aient cru les démons corporels ou incorporels, qu'ils leur aient attribué un pouvoir naturel ou surnaturel, cela ne fait rien à la question ni à la réalité des faits qu'ils ont attestés, et dont ils ont pris leurs ennemis même à témoin. Dire qu'ils les ont exagérés , c'est suspecter leur sincérité sans raison et sans fondement; ceux qui les accusent leur prêtent le défaut dont ils sont eux-mêmes alteinls et convaincus.

Ce qu'ils allèguent contre les attestalions des médecins et des naturalistes n'est pas plus solide ; ils disent que ces auteurs étoient mal instruits , et qu'on l'est beaucoup mieux aujourd'hui. Depuis que la médecine s'est perfectionnée, on ne voit plus de possessions que parmi les peuples superstitieux ,et cet accident n'arrive qu'à des personnes d'un esprit foible et d'un tempérament mélancolique. Lorsque des hommes se sont crus changés en loups , en bœufs , être de

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verre ou de beurre, etc., on n'a pas attribué cette maladie au démon , mais à une bile noire , à une chaleur excessive de cerveau , et au dérèglement de l'imagination ; ils ont été guéris par des remèdes : on réussirait de même à l'égard des possédés ou démoniaques.

Nous n'avons garde de contester les progrès de la physique et de la médecine ; cependant nous ne voyons pas que Ton guérisse beaucoup mieux les malades qu'autrefois, ni que l'on soit parvenu à faire vivre les hommes plus longtemps. Que prouvent les faits que l'on nous oppose? Qu'en ce qui regarde les possédés ou démoniaques , il y a souvent eu de l'ignorance , de la crédulité , du dérangement, de l'imagination, quelquefois de l'imposture et de la fourberie; on en a vu des exemples dans tous les siècles, même dans le nôtre; tout récemment les exorcismes de Gasner ont fait du bruit, et il n'en est plus question. Mais, quand ces exemples seroient en plus grand nombre, on auroit encore tort d'en conclure en général que jamais il n'y eut rien de réel en ce genre , et que tous ceux qui ont attesté le contraire étoient dans l'erreur. La saine logique ne permet point de tirer une conclusion générale d'un certain nombre défaits particuliers; il s'ensuit seulement que , dans cette matière, il faut juger avec beaucoup de circonspection , et n'y supposer du surnaturel qu'après un examen très-réfléchi ; nous verrons, dans un moment, qu'il y a des signes indubitables d'une vraie possession.

Il reste encore quelques objections à résoudre. Il est impossible , disent nos adversaires , que , sans miracle , le démon suspende les fonctions de l'âme d'un possédé , et qu'il soit l'auteur de ses opérations : or , si l'on accorde au démon un pouvoir miraculeux, la preuve que l'on lire des miracles devient absolument nulle. D'un côté , si le démon avoit naturellement le pouvoir de s'emparer des corps , il remplirait le monde de possédés et de possessions ; de l'autre, si Dieu vouloit le lui permettre, il ne le ferait sans doute qu'à l'égard de quelques impies pour les punir : or, nous

voyons que cette maladie est arrivée k des personnes très -innocentes. Enfin, quand l'efficacité des exorcismes de l'Eglise serait incontestable, elle ne prouverait encore rien, puisqu'il y a eu des exorcistes dans toutes les religions , vraies ou fausses ; il y en avoit chez les Juifs , l'Evangile atteste qu'ils réussissoient , qu'ils chassoient véritablement les démons , et Jésus-Christ ne vouloit pas qu'on les en empêchât , lorsqu'ils le faisoienten son nom. Matth.,c. 12, jfr.27; Marc, c. 9, f. 37; Act., c. 19, f. 13.

Nous répondons qu'il n'est pas nécessaire que le démon agisse sur l'âme d'un possédé pour être cause de ses opérations , il suffit qu'il dérange l'organisation du corps; Clarke, Locke, Mallebranche, et d'autres philosophes, ont fait voir que cela est très-possible. Que ce pouvoir soit naturel ou surnaturel, peu importe , dès que le démon ne peut l'exercer sans une permission de Dieu : or , Dieu peut le permettre non-seule ment pour punir des pécheurs , mais pour éprouver des justes , et c'est ainsi qu'il le permit à l'égard de Job et de Sara, fille de Raguel, dont l'Ecriture atteste la vertu. Que des exorcistes juifs, convaincus de la puissance de Jésus- Christ , aient chassé les démons en son nom , e-t que le Sauveur ne l'ait pas trouvé mauvais, cela n'est pas étonnant ; mais il n'y a aucune preuve qu'ils aient réussi autrement : on peut encore moins prouver qu'il y a eu des exorcismes efficaces dans les religions fausses , à l'égard de gens véritablement possédés.

Supposons , pour un moment, que les exorcismes de l'Eglise n'ont point d'autre vertu que de calmer l'imagination de ceux qui se croient possédés , c'est encore une injustice d'en blâmer l'usage ; nos adversaires eux-mêmes supposent que Jésus-Christ et les apôtres les ont employés par ce seul motif; comment peuvent-ils faire un crime à l'Eglise de suivre cet exemple? l'Eglise n'a pas le pouvoir de faire des miracles et de guérir les maladies comme Jésus-Christ et les apôtres ; elle a donc une raison de plus de recourir aux prières.. Parmi les pauvres et les ignorants des campagnes,,

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les Esculapes ne sont pas fort communs ; l'Eglise est donc louable d'accorder aux malheureux , par charité, le seul secours qui soit en son pouvoir.

De l'aveu des physiciens et des naturalistes les plus habiles , une possession est indubitable lorsque l'on y voit quelques-uns des signes suivants : 1° lorsque les possédés ou obsédés demeurent

pierre ; qu'il maltrailoit ceux qu'il ren* j controit,etrépandoit la terreur aux enj virons; l'on sait que les Juifs enterroient souvent les morts dans les cavernes des montagnes. En voyant Jésus-Christ , le possédé s'écria : Jésus, Fils du Dieu très-haut, qu'y a-t-il entre vous et moi? ne me tourmentez pas. Jésus demanda au démon : quel est ton nom? Je me

suspendus en l'air pendant un temps j nomme Légion, répondit l'esprit impur, considérable , sans que l'art puisse y j parce que nous sommes ici en grand avoir aucune part ; 2° lorsqu'ils parlent | nombre , ne nous envoyez pas dans Indifférentes langues sans les avoir ap- j bîme , laissez-nous entrer dans ce trouprises, et répondent juste aux questions j peau de pourceaux qui paît dans la qu'on leur fait dans ces langues ; 5° lors- j campagne. Jésus le permit , et sur-lequ'ils révèlent ce qui se passe actuelle- \ champ ces animaux, au nombre de près ment dans des lieux éloignés, sans que j de deux mille, allèrent se précipiter l'on puisse attribuer cette connoissance j dans le lac de Génésareth. Les Gérasé-

au hasard ; 4° lorsqu'ils découvrent des choses cachées qui ne peuvent être naturellement connues, comme les pensées, les désirs, les sentiments intérieurs de certaines personnes. Lorsqu'une prétendue possession n'est accompagnée d'aucun de ces caractères, il est trèspermis de la regarder comme fausse.

niens, effrayés de ce prodige , prièrent Jésus de se retirer de cette contrée.

Cet homme, disent nos critiques, étoit un insensé qui se croyoit possédé d'une légion de démons ; Jésus , par condescendance , lui parle sur le môme ton , et lui accorde ce qu'il demande. Les g< diens des pourceaux , effrayés à la vue

t'oyez les Lettres de M. de Saint- André j du démoniaque , se sauvent; les poursur les possédés , les Lettres théologi-\ ceaux, épouvantés de ce mouvement, ques de D.la Tasteaux défenseurs des ! s'enfuient d'un autre côté, et vont se

convulsions , la Dissertation de D.

Calmct sur les obsessions et les possessions du démon, Bible d'Avignon, tome 13, p. 293.

Entre les divers démoniaques dont l'Evangile rapporte la guérison , celui jcîc Gadara ou Gérasa, dont il est parlé , Matlh., c. 8, f. 28 ; Marc., c. S , f. 1 ;

précipiter ; le démoniaque imaginaire se trouve guéri de sa folie; il n'y a point là de miracle. Mais de quel droit Jésus faitil périr près de deux mille pourceaux qui ne lui appartenoient pas?

Réponse. Nous avons déjà remarqué que si la possession n'avoit pas été réelle, la prétendue condescendance -de Jésus-

Luc, c. 8, v. 26, a prêté le plus à la Christ auroit autorisé une erreur très-

critique des incrédules. Les uns ont voulu en faire disparoître le merveilleux , les autres y ont trouvé du ridicule et de l'injustice. Saint Marc et saint Luc ne parlent que d'un seul possédé ; saint Matthieu suppose qu'il y en avoit deux ; mais saint Marc et saint Luc n'ont fait mention que du plus remarquable, avec lequel Jésus-Christ conversa, et ils n'ont rien dit de l'autre ; ce n'est pas là une contradiction. Ils disent que ce furieux brisoit les chaînes dont on le garroltoit, ne vouloit souffrir aucun vêtement, se rctiroit dans les lieux déserts et les tombeaux , hurloit et se frappoit à coups de

grave , et que cette conduite ne convenoit pas au Sauveur du monde , qui n'avoit pas besoin de feintes pour opérer des miracles; il est d'ailleurs impossible qu'une frénésie naturelle ait donné à un homme assez de force pour briser des chaînes , et un simple mouvement de frayeur n'engage point un troupeau de deux mille animaux à se précipiter. Tout ce prétendu naturalisme est absurde.

11 ne faut pas oublier que Gadara ou Gérasa étoit dans la Décapole, pays qui avoit fait autrefois partie du royaume de Basan , célèbre par ses forêts de chêne, propre par conséquent à nourrir des

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et qui étoit habité par des

pourceaux ,

Juifs et par des païens. Comme les pourceaux étoient les victimes les plus ordinaires dans les sacrifices du paganisme, il étoit défendu aux Juifs non-seulement d'en manger, mais d'en nourrir et d'en faire commerce. Si le troupeau dont il est ici question appartenoit à des Juifs , ils étoient transgresseurs de la loi ; Jésus- Christ, en qualité de prophète et de Messie, avoit droit de les punir ; s'il appartenoit à des païens, le Sauveur, en exerçant un empire absolu sur les démons , démontroit l'absurdité et l'impiété du culte qu'on leur rendoit ; cette leçon frappante devoit en désabuser les Géraséniens ; il n'y a donc ni ridicule , ni injustice. Comme ce miracle confond tout à la fois les Juifs sadducéens et les matérialistes , qui n'ont jamais cru aux esprits , les païens qui les adoroient, les philosophes incrédules qui nient la réalité des possessions , il n'est pas étonnant qu'ils soient blessés et déconcertés par cette narration de l'Evangile.

DÉMONSTRATION. Ce terme est souvent pris par les théologiens dans un sens différent de celui que lui donnent les philosophes. Ceux-ci entendent par démontrer, faire voir la vérité d'une proposition par la notion claire des termes dont elle est composée : ainsi ils démontrent que le tout est plus grand que sa partie, que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits :

alors l'évidence de la proposition est intrinsèque, tirée de la nature même de la chose, ou de la signification des termes qui l'énoncent.

Les théologiens soutiennent qu'une proposition , qui est obscure en ellemême , peut être démontrée par des témoignages auxquels il nous est impossible de ne pas acquiescer. Ainsi ils disent que l'existence des couleurs , d'un miroir, d'une perspective, est démontrée aux aveugles-nés , quoique ces objets soient incompréhensibles pour eux, parce qu'il y auroit autant d'absurdité , de leur part, de nier cette existence qui leur est prouvée par le témoignage de ceux qui ont des yeux, qu'il y en auroit

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même. Mais cette espèce d'évidence ou de certitude invincible, qui résulte du témoignage ; est une évidence extrinsèque et non tirée de la nature de la chose.

Dans le même sens , nous disons que la vérité des dogmes de notre religion nous est démontrée par la certitude des preuves de la révélation , ou par le témoignage de Dieu même ; qu'il y auroit de notre part autant d'absurdité à les nier ou à les révoquer en doute , qu'à douter des propositions desquelles nous avons une démonstration rigoureuse, ou une évidence intrinsèque.

A l'exception des vérités de géométrie , de calcul , et de quelques principes métaphysiques, toutes les autres vérités ne nous sont démontrées que par des preuves extrinsèques. Nous sommes évidemment convaincus, par le sentiment intérieur , que notre âme remue notre corps , quoique nous ne concevions pas quelle liaison il peut y avoir entre une volonté et un mouvement. Nous sommes certains qu'un corps mû communique le mouvement à un autre , quoique nous n'apercevions pas pourquoi cela se fait, ni la liaison qu'il y a entre le mouvement de l'un et celui de l'autre ; ce phénomène nous est évident par le témoignage de nos sens. Nous sommes invinciblement persuadés de la réalité de plusieurs phénomènes physiques que nous n'avons jamais vus , dont nous ne concevons pas la cause ni le mécanisme j nous les croyons sur le témoignage irrécusable de ceux qui les ont constatés par l'expérience.

Rien n'est donc plus absurde que de prétendre, comme font certains incrédules , qu'à l'exception des vérités démontrées en rigueur par une évidence intrinsèque, il n'y a rien de certain, d'absolument incontestable , dont il ne soit permis de douter.

Nos droits , nos possessions , noire état , nos devoirs civils et moraux , ne sont fondés que sur des démonstrations morales , sur des preuves de fait, qui ne sont point susceptibles d'une évidence métaphysique. Nous ne laissons pas d'en

à nier une proposition démontrée en elle- ? être invinciblement persuadés ; inutile-

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ment les philosophes entreprendroient d'ébranler cette certitude par leurs sophismes. Eux-mêmes y donnent leur confiance comme le reste des hommes ; pourquoi exigent-ils une plus grande certitude pour les vérités de la religion? Le commun des hommes n'est pas fait pour argumenter , mais pour agir. Les philosophes les plus entêtés sont convenus que, s'il falloit toujours nous conduire par des raisonnements , le genre humain périroit bientôt, et que la société ne pourroit subsister. Foyez Evi-

DiifiCE.

DENIS (Saint) l'aréopagite. Il est dit

que Synésius , évêque de Ptolémaïde, étoit l'auteur de ces ouvrages. Brucker, Hist. de la philos., tome 5, pag. 507, a réfuté cette opinion ; il pense que c'est la production d'un philosophe de fécole d'Alexandrie , postérieur à Synésius.

Ces ouvrages ne furent connus en Occident qu'au neuvième siècle. L'an 824 , Michel le Bègue , empereur grec , en envoya une copie à Louis le Débonnaire , qui les fit traduire en latin , et ils sont devenus célèbres dans l'Eglise latine depuis ce temps-là , parce que Ton crut , par erreur, qu'ils a voient été réellement composés par les disciples de saint Paul,

dans les dictes des apôtres, c. 17 , f. 54, j et que c'étoit le même que le premier que saint Paul prêchant dans la ville d'A- j évêque de Paris. La dernière et la meilthènes , convertit Denis l'aréopagite et \ leure édition qui en ait été faite , est celle quelquesautres personnes. Eusèbe, Hist. ! de Paris , de l'an 1654, en deux volumes ecclés., 1. 3, c. 4, etl. 4, c. 23, nous ap- | in-folio, en grec et en latin. Ils renferprend que ce disciple de l'apôtre fut fait \ ment quatre traités , l'un de la Hiérarévêque d'Athènes, et c'est une opinion : chie céleste, l'autre des Noms divins : constante qu'il souffrit le martyre. Pen- \ le troisième , de la Hiérarchie ecclésiasdant longtemps on l'a confondu avec « tique; le quatrième, de la Théologie saint Denis , premier évêque de Paris , j mystique , et dix lettres écrites à diû'éet plusieurs auteurs ont soutenu que ce- \ rentes personnes. Celui de la Hiérartoit le même personnage ; mais on con- j chie ecclésiastique est le plus utile, parce vient aujourd'hui que ce sont deux hom- j que l'auteur y rend compte des rites et mes qui n'ont pas vécu dans le même I des cérémonies qui étoient en usage de temps, que l'un est mort sur la fin du j son temps , et Ton y voit que le secret premier siècle , l'autre vers le milieu du j des mystères étoit encore observé pour troisième. f lors. C'est pour cela même que ce livre

Il n'est pas moins certain que les ou- i déplaît aux protestants, vrages qui portent le nom de saint De- j Mais celui qui leur a donné le plus nis l'aréopagite, ne sont pas du saint I d'humeur, est le Traité de la Théologie évêque d'Athènes, mais on ignore quel t mystique; ils en ont dit tout le mal en est le véritable auteur ; les critiques j qu'ils ont pu. Si nous voulons les croire, même ne sont pas d'accord sur le temps j l'auteur est un platonicien fanatique, précis auquel ils ont commencé à pa- \ qui a introduit dans la théologie chreroître : les uns pensent qu'ils ont été I tienne l'inintelligible jargon du platocomposés avant la fin du quatrième | nisme ; qui , au lieu de la religion rai-

siècle ; d'autres , au commencement du cinquième \ quelques-uns soutiennent qu'ils sont seulement du sixième. Le premier écrit authentique où il en soit fait mention est la conférence qui se tint Tan 552, dans le palais de l'empereur Jusliuien , entre les catholiques et les sévériens ; ceux-ci les citèrent en leur faveur , les catholiques en soutinrent l'orthodoxie, et depuis ce temps-là plusieurs Pères de l'Eglise en ont allégué l'aulorité. La Croze avoit prétendu prouver

sonnable de l'Evangile, a fait adopter, par les imaginations vives et les esprits mélancoliques , une dévotion chimérique , qui leur a persuadé que le meilleur moyen d'élever l'âme à Dieu est d'exténuer le corps par les jeûnes, les veilles, les prières et les macérations, et que la perfection chrétienne consiste dans une oisive contemplation : doctrine absurde, disent-ils,- qui a défiguré le christianisme, et a produit des abus infinis dans l'Eglise. Pour nous , il nous

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