‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 52 sur 114 · DEV 251 DEV · texte numérisé non relu

DEV 251 DEV

tous les peuples , parce que les mêmes I un serpent. Mémoires de V Académie causes y ont contribué partout. j des Inscript., tome 70, in-4°2 , p. 404.

La première se faisoit par l'inspec- j La troisième, appelée mecatscheph, tion des astres, des étoiles, des planètes, J est exprimée dans les Septante par pra des nuées ; c'est l'astrologie judiciaire I tiques occultes et maléfices. Ce sont ou apotélesmatique , c'est-à-dire, effî- 1 peut-être les drogues que prenoient les cace, que Moïse nomme méonen. Comme ! devins, et les contorsions qu'ils faisoient on s'aperçoit que les divers aspects des j pour se procurer une prétendue inspiastres annoncent souvent d'avance les j ration. Il y a plusieurs espèces déplantes changements de l'air, ce phénomène \ et de champignons, qui causent à ceux joint à leur cours régulier et à Fin- j qui les mangent un délire dans lequel fluence qu'ils ont sur les productions de I ils parlent beaucoup, et font des préla terre , persuada aux hommes que les \ dictions au hasard : des hommes sirn-

astres étoient animés par des esprits , par des intelligences supérieures , par des dieux ; qu'ils pouvoient donc instruire leurs adorateurs ; que dans leur marche et leurs apparences tout étoit significatif ; de là les horoscopes, les talismans, la crainte des éclipses et des météores , etc.

pies ont pris aisément le délire pour une inspiration. Il étoit encore défendu aux Juifs de les consulter et d'y ajouter foi. Ibid.

La quatrième est celle des liobberim ou enchanteurs, de ceux qui employ oient des formules de paroles et des chants pour recevoir l'inspiration. Personne

Une ccnnoissance parfaite de l'astro- j n'ignore jusqu'où a été portée la supernomie ne suiïisoit pas pour détromper j stition des paroles efficaces ou des ferles hommes de ce préjugé , puisque les ] mules magiques , pour opérer des effets Chaldéens,qui étoient les meilleurs as- j surnaturels. C'est une suite de la contronomes , étoient aussi les plus infatués \ fiance que l'on avoit à la prière en géde l'astrologie judiciaire ; ce n'est pas ] néral. Moïse interdit cette pratique, seulement le peuple , mais les plwloso- j Veut., c. 48, ^. 14. phes qui ont cru que les astres étoient j 5° Il ne veut pas que Ton interroge animés. Moïse, plus sage, avertit les j les esprits pythons, oboth, que l'on croit Hébreux que les astres du ciel ne sont j être les ventriloques. On sait aujourque des flambeaux que Dieu a faits pour j d'hui que le talent de parler du ventre l'utilité des hommes. Deut., c. 4, f. 49. 1 est naturel à certaines personnes ; mais Un prophète leur dit de ne point crain- j ceux qui en étoient doués autrefois ont dre les signes du ciel, comme font les 1 pu fort aisément étonner les ignorants, autres nations. Jerem.,c. 40, y. 2. j en faisant entendre des voix dont on

La seconde est nommée mecatscheh, j n'apercevoit pas la cause , et qui semque l'on traduit par augure; c'est la di- bloient venir de fort loin. La voix, renvination par le vol des oiseaux , par 1 voyée par les échos , a donné lieu à la leurs cris, par leurs mouvements et par ] même illusion. Le même critique que d'autres signes : les oiseaux font sou- j nous avons déjà cité est d'avis que ob

sign vent pressentir le beau

temps ou la j signifie

leji esprit ,

ombre , mânes des

pluie , le vent ou l'orage ; ils préviennent ] morts , puisque la pythonisse d'Endor l'hiver par leur fuite, ils annoncent le S est appelée Bahhalath ob, celle qui

printemps par leur retour. On a cru qu'ils pouvoient annoncer de même les j autres événements. Sur ce point , les Romains ont poussé la superstition jusqu'à la puérilité : cet abus étoit défendu aux Juifs, Veut., c. 18 , f. 40. Un savant critique pense que le mot hébreu peut signifier aussi la divination par le serpent , parce que nahhasch signifie

commande aux ob, aux esprits; dans ce cas , c'est la nécromancie que Moïse défend dans cet endroit.

6° Il proscrit les jiddéonim, les voyants , ceux qui prétendoient être nés avec le talent de deviner et de prédire, ou l'avoir acquis par leur étude. Ces deux dernières espèces de divination sont les seules dont l'origine vienne cer-

DEV 2

tainement de la fourberie des imposteurs.

La septième est l'évocation des morts, nommée par les Grecs nécromancie.

Elle fut quelquefois pratiquée par les Juifs, malgré la défense de Moïse. Deut., c. 48, f. 41. On se souvient que Saûl voulut interroger Samuel, après sa mort, pour apprendre de lui l'avenir , et que Dieu fit paroître en effet ce prophète , pour annoncer à Saul sa mort prochaine. /. Reg., c. 18. Ceux qui renvoient un culte aux morts , supposoient qu'ils éloient devenus plus savants et plus puissants que les vivants, et pourvoient leur être utiles. Les rêves, dans lesquels on croyoit avoir vu des morts et les avoir entendus parler , ont inspiré naturellement cette confiance.

La huitième consistoit à mêler ensemble des baguettes ou des flèches marquées de certains signes ; et à juger de l'avenir par l'inspection de celle que l'on liroit au hasard. On appeloitcet art bélomancie ou rabdomancie ; il en est parlé dans Osée et dans Ezéchiel.

La neuvième étoit Vhépaloscopie, ou la science des aruspices , l'inspection du foie et des entrailles des animaux.

Par cette inspection , l'on pouvoit juger de la salubrité de l'air, des eaux, des pâturages de tel canton, par conséquent de la prospérité future d'une métairie ou d'une colonie que l'on vouloit y établir. Mais on poussa la folie jusqu'à croire que celte inspection pouvoit faire prévoir les événements de toute espèce.

Pour comble de démence , on imagina <]ue l'avenir devoit être marqué encore plus clairement sur les entrailles des hommes que sur celles des animaux.

Nous ne pouvons penser , sans frémir , aux horribles sacrifices auxquels cette frénésie a donné lieu , mais nous n'en voyons aucun vestige chez les Juifs.

^-ÏO Enfin, Moïse leur avoit défendu de prendre confiance aux songes. Deut., c. 18,^. 11. Cette foiblesse n'a pas été seulement la maladie des ignorants , mais aussi celle des personnes instruites, dans tous les temps et chez toutes les nations; il n'a pas été nécessaire que les imposteurs travaillassent à en infecter les hommes.

52 DEV

Il faut y ajouter la divination par les lignes tracées , par des caractères jetés au hasard , par les serpents, etc.

Ce détail, que l'on pourroit pousser plus loin, démontre qu'une mauvaise physique, des expériences imparfaites de médecine , des observations fautives sur l'intluence des astres, sur l'instinct des animaux , sur des événements fortuits, ont été la cause de toutes les erreurs et de toutes les superstitions possibles ; que le polythéisme , ou la confiance aux prétendus génies moteurs de la nature , a dû nécessairement les produire ; que la folle curiosité des peuples y a eu beaucoup plus de part que la fourberie des faux inspirés.

Moïse n'en avoit épargné aucune , il les avoit toutes proscrites sous le nom général de divination. D'ailleurs , l'histoire de la création , la croyance d'un seul Dieu, d'une Providence générale et. particulière , dévoient en préserver tous les adorateurs du vrai Dieu. Moïse promet aux Hébreux que Dieu leur enverra des prophètes, il leur ordonne de les écouter et de fermer l'oreille aux vaines promesses des devins et des faiseurs de prestiges. Ibid. Un législateur, qui prend tant de précautions pour prémunir son peuple contre toute espèce d'imposture, ne peut pas être lui-même un imposteur. Mais les Juifs ont souvent oublié les leçons et les lois de Moïse; en se livrant à l'idolâtrie, ils retomboient dans toutes les folies dont elle fut toujours accompagnée.

Cependant quelques incrédules prétendent que le patriarche Joseph avoit appris et praliquoit en Egypte l'art de la divination. 11 fait dire à ses frères, par son envoyé, Gen., c. 41, f. 3 : « La » coupe que vous avez prise, est celle » dans laquelle monseigneur boit, et » dont il se sert pour tirer des augures. » f. 15, il leur dit lui-même « Ignorez- » vous qif il n'y a personne qui m'égale » dans la science de deviner? » Ii est clair , par ces paroles , que Joseph pratiquoil la divination par les coupes, qui consistoit à jeter des caractères magiques dans une coupe remplie d'eau, et à y lire ce qui en résultoit. Mais uu

DEV

DEV

écrivain récent , qui entend très - bien l'hébreu , a fait voir qu'il faut traduire ainsi ces deux versets : a N'avez -vous » pas la coupe dans laquelle mon maître * boit? Voilà qu'il fait et qu'il fera en-

» si on élève les yeux vers le ciel , si on » rencontre un astrologue ou un augure, » s'il fait un éclair , s'il tonne , si la » foudre tombe, - s'il arrive quelque » chose d'extraordinaire qui ait l'air

core des recherches à cause d'elle » d'un prodige, et il est impossible qu'il

» Ne conceviez-vous pas qu'un homme j » n'en arrive pas souvent, jamais on n'a » comme moi la chercheroit et recher- » l'esprit en repos. Le sommeil même , s cheroit avec soin? » Le même terme J » destiné à être le remède et la fin de qui signifie augurer ou deviner, signifie j » nos travaux et de nos inquiétudes , aussi rechercher, et ce sens ne laisse j » devient , par les songes, une nouvelle aucune difficulté. j

Malgré les progrès des sciences naturelles , malgré les défenses et les me- j naces de la religion , il est encore des

esprits curieux, frivoles, ignorants, opiniâtres , qui ajoutent foi à la divina-

tion , qui seroient tout prêts à renou- lib. 2, n. 149.

» source de soucis et de terreurs. L'on » y feroit moins d'attention , l'on par- » viendroit à les mépriser , s'ils ne trouva voient un appui chez les philosophes » même les plus éclairés et qui passent » pour les plus sages. » De Dïvïnat.y

vêler les superstitions du paganisme , parce que les passions qui les ont fait naître sont toujours les mêmes. Vainement Ton nous vante la philosophie comme un préservatif assuré contre toutes ces espèces de démence : les Grecs et les Romains , qui se piquoient de philosophie, n'étoient pas plus sages sur ce point que les autres peuples. Sui-

ïhiers , Traité des Superst., première partie, liv. 3, c. 1 et suiv., Bingham , Orig. E celés., liv. 16 , c. 5 , rapportent les décrets des conciles et les passages des Pères de l'Eglise , qui condamnent et proscrivent toute espèce de divination. Voyez Magie , Superstition , Présage.

DEVOIR, obligation morale. Selon les

vant le témoignage de Xénophon, So- J principes de la théologie, tcU devoir crate regardoit la divination comme un est fondé sur une loi, et la loi n'est autre art enseigné par les dieux ; il consultait chose que la volonté d'un législateur,

gravement l'oracle de Delphes , et conseilloit aux autres de faire de même. On sait quel fut l'entêtement de Julien et

la théurgie ; en cela ils ne faisoient qu'imiter les stoïciens. L'incrédulité même n'est pas un remède fort efficace contre la superstition, puisque les épicuriens ont été souvent aussi superstitieux que les femmes. Il n'est pas impossible de trouver des hommes qui croient à la magie sans croire en Dieu.

Cicéron reproche à tous les philosophes en général , d'avoir contribué plus que personne à égarer les esprits. « Autant il est nécessaire , dit - il , d'é- » tendre et d'affermir la religion par la » connoissance de la nature , autant il » faut déraciner la superstition. Ce » monstre, toujours attaché sur nos pas, » nous poursuit , nous tourmente ; si on » entend un devin, si un présage frappe » nos oreilles, si on offre un sacrifice,

d'un supérieur revêtu d'autorité, parce qu'à toute loi il faut une sanction. Où il n'y a point de loi , dit saint Paul , iï

des autres nouveaux platoniciens pour n'y a point de prévarication. Rom., c. 4,

f. 15. Donc il n'y a point non plus de devoir ou d'obligation ; mais Dieu n'a pas pu créer l'homme tel qu'il est sans lui donner des lois.

Les matérialistes, qui ont voulu fonder nos obligations morales sur la constitution de la nature humaine telle qu'elle est , sans remonter plus haut, ont abusé de tous les termes pour en imposer à ceux qui ne réfléchissent pas. L'homme a des besoins sans doute, il ne peut y pourvoir sans le secours de ses semblables ; mais s'il se trouve assez fort ou assez habile pour contraindre ses semblables à pourvoir à ses besoins, sans rien faire en leur faveur , comment prouvera - 1 - on qu'il a violé un devoir? La première nécessité pour lui , et par conséquent le premier devoir , est de posir-

Page 1