C. 4, $. 48 : « J'ai les clefs de la mort et » de l'enfer
D'un côté il adresse ces paroles à saint Pierre : « Je vous donnerai les clefs du » royaume des cieux : tout ce que vous » lierez et délierez sur la terre , sera lié » ou délié dans le ciel. » Matt., c. 16 ,
apostoliques. Il nous reste de lui deux lettres aux Corinthiens, dont la première n'est pas entière , et sur l'authenticité desquelles il y a eu des doutes.
Dans les Mémoires de V Académie des Inscriptions , tome 27 , in-A° , p. 9o , on a placé l'extrait d'un mémoire sur les ouvrages apocryphes supposés dans les
f. 19. De l'autre , il dit aux docteurs de
la loi : a Vous avez pris la clef de la j premiers siècles de l'Eglise ; il y est dit,
» science : vous n'y êtes pas entrés, et j l<> qu'Eusèbe, saint Jérôme , et Photius
» vous avez empêché les autres d'y en- » trer. » Luc, c. 11 , f. 52. La clef de la est la fonction d'enseigner ; les docteurs Juifs se l'éloient attribuée sans avoir l'intelligence de la loi et des prophètes , et sans pouvoir la donner aux autres.
En comparant ces divers passages , les théologiens catholiques ont disputé contre les hétérodoxes , pour savoir en quoi consiste l'autorité que Jésus -Christ a donnée à saint Pierre , en lui confiant les clefs du royaume des cieux. Parmi ces derniers, plusieurs ont dit que c'est la fonction d'enseigner; d'autres plus sensés ont avoué que c'est le pouvoir de remettre les péchés. Les catholiques soutiennent que c'est quelque chose de plus. Jésus-Christ a dit à tous ses apôtres : « Tout ce que vous lierez ou dé- » lierez sur la terre , sera lié ou délié » dans le ciel. » Matt.,c. 18,^. 18. « Les » péchés seront remis à tous ceux aux- » quels vous les remettrez. » Joan., c. 10 , f. 25. Mais il n'a pas adressé à tous les mêmes paroles qu'à saintPierre.
Puisque , dans le style de l'Ecriture sainte, les clefs sont le symbole du gouvernement et de l'autorité, et que le royaume des cieux désigne l'Eglise , nous concluons que Jésus-Christ a donné à saint Pierre , non-seulement une prééminence sur ses collègues , mais une autorité de juridiction sur toute l'Eglise. Comme celte société sainte ne peut subsister sans un gouvernement , nous soutenons que les successeurs de saint Pierre jouissent de la même autorité que lui de droit divin , et en vertu de l'institution de Jésus-Christ. Voyez Pape.
CLEMENCE DE DIEU. Voy. Miséricorde.
CLÉMENT ( saint ) , pape , mort à la un du premier siècle , est un des Pères
rejettent absolument la seconde lettre de saint Clément. 2° Que la première porte des caractères d'ignorance qu'on ne peut mettre sur le compte de ce saint pontife. Cette censure , copiée d'après les protestants , ne nous paroît pas juste.
Eusèbe, Hist. ecclés., liv. 3, c. 56, dit seulement que la seconde lettre de saint Clément n'est pas aussi connue que la première ; ce n'est point la rejeter absolument. Saint Jérôme , dans son catalogue des écrivains ecclésiastiques, dit à la vérité que la seconde des lettres attribuées à saint Clément , est rejetée par les anciens ; mais on ne sait pas qui sont ces anciens dont saint Jérôme veut parler, on n'en connoît aucun qui se soit expliqué là-dessus. Photius , cod. 115, dit de même qu'elle est rejetée comme supposée ; mais, cod. 126 , après avoir parlé des deux lettres de saint Clément, il ajoute : a On pourroit trouver à y re- » prendre, 1° qu'il admet des mondes » au delà de l'Océan; 2° qu'il y emploie » l'exemple du phénix comme un fait » certain ; 5° qu'il se borne à donner à » Jésus-Christ les titres de pontife , de » chef, de seigneur , s^ns y ajouter des » titres plus éminents qui caractérisent sa » divinité, à laquelle il ne dit cependant » rien qui soit contraire. » Ces reproches de Photius sont sans doute les caractères d'ignorance que l'auteur du mémoire a jugés indignes de saint Clément.
Il est clair d'abord que Photius ne rejette la seconde lettre de ce pape que sur l'opinion d'autrui ; que sa critique tombe également sur l'une et sur l'autre ; mais il ne paroît pas fort difficile de satisfaire à ses reproches.
Platon, Aristote, Pline, Elien,avoient entrevu, aussi bien que saint Clément, qu'il y a des mondes, ou plutôt des terres
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îiabitées au delà de l'Océan-, c'est une vérité que les découvertes modernes ont confirmée. Il en résulte que Ton a eu tort de répéter si souvent de nos jours que tous les Pères de l'Eglise ont nié les antipodes. Origène,l. 2, de Princip., c. 3 , se fonde sur le passage de saint Clément pour les admettre , et saint Hilaire en parle in Ps. 2 , n° 25.
Non-seulement saint Clément, Fpist.
I, n. 25, mais Origène, Tertullien , saint Cyrille de Jérusalem , Lactance , Eusèbe, saint Grégoire de Nazianze , saint Ambroise , saint Epiphane , Synésius et d'autres , ont cité l'exemple du phénix comme un modèle de la résurrection générale ; nous ne voyons pas en quoi ils ont péché. De leur temps le fait du phénix passoit pour vrai ; Hérodote, Plutarque, Pline, Sénèque, Pomponius Mêla, Solin, Philostrate, Libanius , Tacite, etc., en ont parlé comme les Pères de l'Eglise.
D'habiles critiques ont douté si , dans le livre de Job , il ne falloit pas traduire le jL 18 du chap. 29 de cette manière :
J'expirerai dans mon nid, et comme le phénix je multiplierai mes jours.
Voyez la noie de Fell sur le n° 25 de la première épître de saint Clément.
Ce saint pape finit sa première lettre , en disant que par Jésus-Christ Dieu a la gloire, la puissance, la majesté et un trône éternel, avant les siècles et après; comment cela , si Jésus-Christ lui-même n'est pas co-élernelà Dieu? Au commencement de la seconde il l'appelle Dieu , juge des vivants et des morts. Il a donc clairement professé la divinité de Jésus- Christ.
Il est encore bon de savoir que saint Denis de Corinthe, soixante -dix ou quatre-vingts ans après , dans une lettre au pape Soter, atteste que de temps immémorial on lisoit dans son Eglise la lettre que saint Clément lui avoit adressée. Eusèbe, Hist. ecclés , 1. 4, c. 14. Saint Irénée juge qu'elle est très-forte et très - pressante, Adv. Hœres.,\. 3, c. 5. Saint Clément d'Alexandrie la cite au moins quatre fois dans ses Stromates. Origène en fait mention, 1.2, de Princip., c. 5 , et dans son commentaire sur saint Jean. Eusèbe atteste que l'on ne doute
point de son authenticité. Saint Cyrille de Jérusalem, saint Epiphane, saint Jérôme, témoignent qu'ils en font la plus grande estime. Elle est donc à couvert de tout soupçon. Le savant Lardner, Credibility, etc. tome 5, en juge ainsi : il pense qu'elle a été écrite vers l'an 96 de notre ère , immédiatement après la persécution de Domitien.
Quant àla seconde, si l'on veut prendre la peine de voir le jugement que Cotellier en a porté, PP. Apost., tom. 1 , p. 182 , on verra que les sentiments de saint Jérôme et de Pholius ne sont pas des arrêts irréfragables ; que cette lettre n'a en elle-même aucune marque de supposition ; que si elle a été rejetée par les anciens , cela signifie qu'ils n'ont point voulu l'admettre comme Ecriture canonique , et non qu'ils l'ont regardée comme un écrit faussement attribué à saint Clément. Toutes deux étoient placées au nombre des Ecritures canoniques dans le soixante-seizième canon des apôtres.
Il n'en est pas de même des Récognitions, des homélies appelées Clémentines, des Constitutions apostoliques , et d'une liturgie, que l'on a données sous le nom de ce même pape. Tout le monde convient que ce sont des ouvrages supposés dans les siècles postérieurs ; nous en parlerons sous leurs titres particuliers ; mais il ne faut pas envelopper dans la même proscription les ouvrages vrais et les pièces fausses. Plusieurs critiques modernes ont cru que ce Père apostolique avoit cité un passage de l'Evangile apocryphe des égyptiens ; nous ferons voir le contraire.
Voyez Egyptiens.
En 1751 et 1752, le savant Walstein a publié deux nouvelles épîtres attribuées à saint Clément , et qui ont été découvertes depuis peu ; mais plusieurs critiques en ont déjà contesté l'authenticité.
Clément <T Alexandrie , philosophe éclectique, ou qui n'éloit attaché à aucune secte, fut disciple et successeur de Panthène dans l'école d'Alexandrie ; il y eut pour auditeurs Origène et Alexandre, évêque de Jérusalem, et mourut au
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commencement du troisième siècle. La meilleure édition de ses ouvrages est celle qu'à donnée Potter, à Oxford, en 1715, in-folio. Elle a été réimprimée à Venise en 1758.
Comme il nous apprend lui-même qu'il avoit vu et entendu les successeurs ■ immédiats des apôtres, Strom., liv. 1 , pag. 522, ses écrits méritent la plus grande attenlion. Dans son Exhortation aux Gentils, il s'est proposé de faire sentir l'absurdité de l'idolâtrie, des fables du paganisme, de ce qu'en ont dit les philosophes et les poètes. Ses Stromatcs ou tapisseries , sont un mélange de la doctrine des philosophes comparée à celle de l'Evangile. Dans le traité intitulé : Quel riche sera sauvé? il montre qu'il n'est pas nécessaire de renoncer aux richesses pour être sauvé, pourvu que l'on en fasse un bon usage. Le Pédagogue est un traité de morale , dans lequel on voit la manière dont les chrétiens fervents vivoient dans ces premiers temps. Il avoit écrit plusieurs autres ouvrages, desquels il ne reste que des fragments.
Clément d' Alexandrie est un des Pères de l'Eglise contre lesquels les critiques anciens et modernes ont montré le plus d'humeur. Ils ont dit, non-seulement que ses ouvrages sont sans ordre, son style négligé, ses raisonnements vagues et obscurs, ses explications de l'Ecriture sainte souvent fausses , ses maximes de morale outrées, mais que sa doctrine n'est rien moins qu'orthodoxe.
Scultet, Daillé, Le Clerc, Mosheim, Brucker , Semler , Barbeyrac , ont répété à peu près les mêmes reproches, et se sont plu à exagérer les méprises vraies ou apparentes de ce docteur vénérable; nos incrédules modernes n'ont fait que copier tous ces censeurs protestants,
Psous convenons que ce Père est souvent obscur, qu'il est diflicile de prendre le vrai sens de ce qu'il dit ; mais les philosophes qu'il copie ou qu'il réfute n'étoient pas eux-mêmes fort clairs. Quiconque cependant se donnera la peine de le lire , sera frappé de l'étendue de son érudition , des grandes idées qu'il avoit conçues de la miséricorde divine ,
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de l'efficacité de la rédemption, de la sainteté àlaquelle un chrétien doit tendre. Il a jugé les païens, qu'il connoissoit trèsbien , avec moins de sévérité que n'ont fait plusieurs autres Pères; mais il n'a dissimulé ni leurs erreurs ni leurs vices.
Photius l'accuse d'avoir enseigné des erreurs monstrueuses dans ses livres des Hypothyyoses , que nous n'avons plus ; mais peut-on en croire Photius, lorsqu'on trouve une doctrine contraire dans les ouvrages de Clément qui nous restent? Quelques anciens ont pensé que les hérétiques avoient altéré plusieurs de ses ouvrages ; Photius a pu être trompé par un exemplaire ainsi falsifié. Eusèbe, saint Jérôme, saint Epiphane, saint Cyrille, Théodoret, etc., tous capables d'en juger, ont rendu pleine justice au mérite de Clément.
Mais les critiques modernes n'ont pas été aussi équitables ; plusieurs l'ont accusé d'avoir dit, en termes formels, que Dieu est corporel. Strom., liv. 5 , c. 14, il a dit le contraire. Selon Clément, les stoïciens disent que Dieu, aussi bien que l'âme, est une nature composée de corps et d'esprit ; vous trouverez cela, dit-il , dansnos Ecritures ;mais il ajoute que les stoïciens en ont mal pris le sens. En effet, les stoïciens concevoient Dieu comme l'àme du monde; selon ce système , Dieu étoit revêtu d'un corps aussi bien que l'âme humaine ; mais, continue Clément, nous ne disons pas comme eux que Dieu pénètre toute la nature ; nous disons qu'il est créateur de la nature par son Verbe. Il refuie ensuite Âristolc et les autres philosophes qui admettoient deux principes , l'esprit et la matière; il dit que Platon n'en admettoit qu'un r que celle matière imaginaire a été forgée sur ce qui est dit dans l'Ecriture : La terre étoit sans forme et sans ordre jdc*
Dans son Exhortation aux Gentils, c. 4, p. 55, il enseigne que « la seule p volonté de Dieu est la création du » monde; qu'il a tout fait seul, parce » qu'il est seul vrai Dieu ; que sa volonté » seule opère, et que l'eft'ct suit son seul » vouloir. » Il n'est pas possible d'attribuer à Dieu , d'une manière plus énergique , le pouvoir créateur : or, ce pou-
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voir ne peut convenir qu'à un pur esprit. Comme Platon, il n'admet qu'un seul premier principe de toutes choses , qui est l'esprit. Il dit ailleurs , Pœdag., !. 1 , c. 8, p. 1 40, que Dieu est un et audessus de l'unité; cela seroit faux s'il ■étoit corporel.
Le Clerc, dans son Art critique, tome 3, p. 12, s'est néanmoins obstiné à soutenir que Clément d'Alexandrie a supposé l'éternité de la matière , puisqu'il n'a pas réfuté formellement Platon et les autres philosophes qui admettoicnt une matière éternelle. Mais il n'a pas non plus réfuté formellement Heraclite , qui soutenoit l'éternité du monde ; s'ensuitil que Clément a été dans la même erreur ?
Qu'il ait ou n'ait pas admis les idées éternelles de Platon , qu'il ait même prétendu que ce philosophe les avoit prises dans Moïse, il ne s'ensuit rien; celte opinion n'entraîne aucune conséquence contraire au dogme du christianisme.
Lorsqu'il appelle l'âme de l'homme Vesprit corporel, il entend l'esprit revêtu d'un corps humain, et non une matière subtile , comme Bayle , Beausobre , d'Argens et leurs copistes affectent de l'entendre. Dès qu'un auteur s'est une fois expliqué , il est absurde d'argumenter contre lui sur un mot.
Une autre injustice de la part de Le Clerc , est de vouloir persuader que Clément d'Alexandrie ne s'est pas exprimé d'une manière orthodoxe sur la divinité du Verbe ; ce Père a été vengé par Bullus, Véfens.fidei Nicœn., sect. 2, cap. 6; et par M. Bossuet, sixième avert. aux Protest. y n° 79.
Ce même critique fait grand bruit de ce que Clément et plusieurs autres Pères, trompés par la version des Septante, ont cru que les anges avoient eu commerce avec les filles des hommes, et avoient engendré des géants : nous convenons du fait , et nous ne voyons pas ce que cette erreur a pu avoir de si dangereux. Voy. Ange.
D'autres ont dit que Clément n'avoit pas admis le péché originel. Non-seulement il l'admet , mais il ie prouve par
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les paroles de Job , c. 14, f. 4 et 5 , selon les Septante : Personne n'est exempt de souillure , quand il n'auroitvécu qu'un seul jour. Selon lui lorsque David a dit : J'ai été conçu dans l'iniquité et formé en péché dans le sein de ma mère, Ps. 50, f. 5 , il parloit d'Eve dans un sens prophétique. Strom., liv. 3, c. 16, p. 556, 557. Mais il s'élève contre ceux qui concluoient de là que la procréation des enfants est un péché, et qui condamnoient le mariage.
Un reproche plus grave que lui fait Barbeyrac, est d'avoir très-mal enseigné la morale. Après avoir donné , à sa manière, un extrait du Pédagogue de Clément d'Alexandrie 9 il lui reproche, 1° d'avoir écrit avec peu d'ordre, et de n'avoir pas fait de la morale un système méthodique. Lorsqu'on nous aura fait voir quelles nouvelles vertus ont fait éclore parmi nous les systèmes méthodiques de morale enfantés par les philosophes modernes , quels vices ils ont corrigés, nous consentirons à reconnoître le tort des Pères de l'Eglise , et nous regretterons que Jésus-Christ et les apôtres n'aient pas fait eux-mêmes des traités méthodiques et raisonnes pour sanctifier les mœurs.
2° Barbeyrac dit que Clément d'Alexandrie n'a point parlé des devoirs qui regardent Dieu directement. Cependant cePèreasouventinsistédanssesouvrages sur la nécessité d'adorer Dieu en esprit et en vérité, comme faisoient les chrétiens , de croire à sa parole , d'être reconnoissants de ses bienfaits, résignés aux ordres de sa providence, soumis aux lois qu'il nous a prescrites dans l'Evangile. Il nous paroît que ces devoirs regardent Dieu très-directement.
5° Selon ce même censeur , Clément a voulu inspirer aux chrétiens l'apathie des stoïciens , a voulu qu'un gnostique, c'est-à-dire , un parfait chrétien , fût exempt de passion. Lorsqu'on veut en juger avec un peu d'équité, on reconnoît que ce Père exige seulement qu'un chrétien réprime si exactement ses passions , qu'il ne paroisse plus en avoir. Quand sur ce sujet il auroit répété quelqu'une des expressions dont se servoient
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les stoïciens , il ne faudroit pas en conclure , comme fait Barbeyrac , que Clément a pensé comme eux , puisque souvent il combat leurs maximes.
b 4° Un autre critique a dit que ce Père exhortoit les chrétiens au martyre par l'exemple des anciens païens qui se donnoiont la mort. C'est une calomnie. Clément dit au contraire que ceux qui cherchent la mort ne connoissent pas Dieu , et n'ont rien de chrétien que le nom ; il taxe de témérité celui qui s'expose au danger sans nécessité; il dit qu'en se présentant aux juges il se rend coupable de meurtre , et contribue , autant qu'il est en lui , à l'injustice des persécuteurs ; que s'il les irrite , il est dans le même cas que celui qui provoqueroit un animal féroce. Strom., liv. 4 , n° 4 et 10, p. 571 , 597. Barbeyrac lui fait encore un crime de cette décision , et soutient que Clément la prouve par de mauvaises raisons.
5° Enfin , il assure et s'efforce de prouver que ce Père a voulu justifier l'idolâtrie des païens. Dans le passage qu'a cité Barbeyrac, Clément dit seulement que , selon l'intention de Dieu , c'étoit pour les païens un moindre mal d'adorer le soleil et la lune que d'être sans divinité , ou d'être entièrement athées ; puisque leur vénération pour les astres devoit les conduire à la connoissance du Créateur. Mais R ajoute, qu'à moins qu'ils ne se soient repentis , ils sont condamnés, les uns, parce que pouvant croire en Dieu , ils ne l'ont pas voulu; les autres, parce que, quoiqu'ils le voulussent, ils n'ont pas fait tous leurs efforts pour devenir fidèles. Strom., liv. 6, c. 14, p. 795,796.
Après avoir reconnu que les expressions de Clément tf Alexandrie sont souvent obscures , il y a de l'imprudence à vouloir juger de ses sentiments par un seul passage.
6° D'autres lui ont fait un crime d'avoir cru le salut des païens vertueux , et d'avoir ainsi frayé le chemin au pélagianisme. Pour disculper ce Père, il suffit de comparer son sentiment à celui de Pelage. Cet hérétique soutenoit qu'un païen pouvoit être sauvé sans grâce ,
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par le mérite des vertus qu'il pratiquoit par les seules forces de la nature. Il faisoit consister foute la grâce de la rédemption en ce que Jésus-Christ nous a donné des leçons et des exemples de vertu ; dans cette hypothèse , il est clair qu'un païen qui ne connoît pas Jésus-Christ, n'en reçoit aucune grâce. Si donc il étoit sauvé , il le seroit sans que Jésus-Christ eût aucune part à son salut. Voilà ce que saint Augustin n'a cessé de reprocher aux pélagiens. « Comment, dit-il, » celui qui ose promettre le salut à quel- » qu'un sans Jésus-Christ, peut-il es- » pérer lui-même d'être sauvé par Jésus- » Christ? » Serm. 294, c. 4, n° 4.
Est-ce là le sentiment de Clément d'Alexandrie? Il dit que le Verbe de Dieu prend soin de toutes les créatures , et fait l'office de médecin de la nature humaine. Pœdag., liv. 1 , c. 2 , pag. 101. Selon Pelage , la nature humaine n'avoit pas besoin de médecin , puisqu'elle n'est pas malade. Dans les Slromates, liv. 6, c. 13, p. 793, Clément enseigne qu'il n'y a qu'un seul testament de salut qui nous vient d'un seul Dieu par un seul Seigneur, mais qui opère son effet de différentes manières. ïi n'admet donc pas un salut sans Jésus -Chrisf.. Il dit que Dieu, seul tout- puissant et bon, a voulu de siècle en siècle donner le salut par son Fils, liv. 7, ç. 2 , p. 851 et suiv., etc. Pour trouver là du pélagianisme , il faut supposer , comme les pélagiens, que Jésus -Christ ne donne point de grâce à ceux qui ne le connoissent pas ; c'est une erreur que jamais les Pères n'ont admise , qu'ils ont même combattue de toutes leurs forces; en enseignant le contraire , ils ont réfuté les pélagiens d'avance.
Il nous a paru d'autant plus nécessaire de justifier Clément d'Alexandrie, que ies reproches qui lui ont été faits par les protestants , sont regardés par nos critiques incrédules comme des objections sans réplique et des décisions irréfragables. Le père Baltus en a démontré la fausseté dans sa Défense des saints Pères accusés de platonisme , liv. 4 , etc.
CLÉMENTINES ; ce sont des lettres.
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des homélies ou discours, et une histoire des actions de saint Pierre , qui ont été faussement attribuées à saint Clément, pape , et qui paroissent être l'ouvrage de quelques hérétiques : il n'en est pas fait mention avant le quatrième siècle. Voyez les Pères apost. de Cote- Iicr , tome i .
Mosheim , dans ses Dissertations sur V Histoire ecclésiastique, t. 1, p. 175 et suivantes , pense que cet ouvrage a été composé au commencement du troisième siècle ; c'est lui attribuer une haute antiquité. Il juge que l'auteur étoit un philosophe d'Alexandrie, demi-juif et demi-chrétien; mais à cette conjecture il en ajoute beaucoup d'autres qui sont très-sujettes à contestation. Voyez encore sa dissert., De turbatâ per recentiores platonicos Ecclesiâ , n° 34 et suiv.
Il ne faut pas confondre avec ces pièces apocryphes les décrédales de Clément V, que l'on nomme aussi clémentines , et qui font partie du droit canon.
CLÉOBIENS , secte de simoniens dans le premier siècle de l'Eglise. Elle s'éteignit presque dans sa naissance. Hégésippe et Théodoret , qui en parlent , ne spécifient point par quels sentiments les cléobiens se distinguèrent des autres simoniens ; on croit qu'ils ont eu pour chef un nommé Cléobius , compagnon de Simon. Il avoit composé, avec cet hérésiarque , des livres sous le nom de Jésus -Christ, pour tromper les chrétiens. Hégésippe , apud Êuseb., liv. 4, chap. 22; Constit. apost., liv. 6, chap. 8 et 16.
On voit que les faux docteurs, opposés aux apôtres , n'ont négligé aucun artifice pour empêcher le succès de leur prédication ; que s'il avoit été possible de convaincre de faux les apôtres sur quelque fait ou sur quelque point de doctrine, cette multitude d'hérétiques, qui levèrent l'étendard contre eux, en seroit certainement venue à bout. Cependant toutes ces sectes se sont dissipées, se sont ruinées les unes les autres ; la vérité en a triomphé. Preuve évidente que le christianisme est redevable de ses succès , non à l'ignorance ni à la docilité
des peuples , mais à la certitude invincible des faits sur lesquels il est fondé.
CLERC , CLERGÉ. On comprend sous ce nom tous ceux qui par état sont consacrés au service divin ; il vient du grec, xivjpc?, sort, partage, héritage. Dans l'ancien Testament, la tribu de Lévi est appelée le partage ou Vhéritage du Seigneur. Quoique tous les chrétiens puissent être envisagés de même, ceux qu'il a choisis et consacrés spécialement à son culte sont, dans un sens plus étroit, son partage ou son héritage , et en embrassant cet état , ils font eux-mêmes profession de prendre le Seigneur pour leur part et leur héritage. Lorsqu'un clerc reçoit la tonsure , il prononce ces paroles du psaume \ 5 : « Le Seigneur » est la portion d'héritage qui m'est » échue par le sort ; c'est vous , ô mon » Dieu ! qui me la rendez. » Saint Pierre donne déjà le nom de clerc ou de clergé à ceux qui , sous les évêques, sont employés au saint ministère : neque dominantes in cleris. I. Petr. c. 5, f. 5.
Plusieurs critiques protestants ont soutenu que la distinction entre les clercs et les laïques n'avoit pas lieu dans FEglise primitive, qu'elle n'a commencé qu'au troisième siècle. On leur a prouvé, par les lettres de saint Clément pape, par celles de saint Ignace , par Clément d'Alexandrie , que cette distinction a eu lieu dès le temps des apôtres. Bingham , Orig. ecclés., liv. 1 , chap. 5 , g 2. t. 1, pag. 42; Dodwel, première Dissertation.
Quelquefois les auteurs ecclésiastiques ont désigné , sous le nom de clercs, les ministres de l'Eglise inférieurs aux diacres , c'est-à-dire , les sous-diacres , les lecteurs , etc. Les clercs en général étoient aussi appelés canoniques ou chanoines, parce que leurs noms étoient inscrits dans un canon ou catalogue pour chaque église. Par là ils étoient distingués des laïques que l'on appeloit séculiers et idiots, c'est-à-dire personnes privées, ou simples particuliers. Bingham, ibid.
Ceux qui ont étudié l'ancienne discipline de l'Eglise; ont remarqué la sagesse des précautions que l'on prenoit pour s'assurer de la foi, des mœurs et de
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l'état de ceux que Ton élevoit à la cléricature. Les soldais, les serfs, les acteurs de théâtre , ceux qui étoient chargés des deniers puhlics, les bigames, tous ceux dont la condition et la profession n'étoient pas honnêtes, ne pouvoient aspirer à entrer dans le clergé. Il y avoit des lois très-sévères pour maintenir parmi les clercs la régularité des mœurs , la décence ; la paix , l'assiduité à remplir leurs fonctions ; des peines pour châtier les désobéissances et prévenir les moindres abus. La plupart des conciles ont été assemblés pour cet objet ; et il y a lieu de regretter que les règlements qu'ils ont faits n'aient pas toujours été observés avec la plus grande exactitude. Bingham, 1. 4, et 6; Flcury, JMœurs des chrétiens , n° 52.
Chez tous les peuples policés, l'on a compris que tout citoyen n'étoit pas propre à remplir les fonctions publiques du culte divin ; que ce ministère respectable devoit être confié à un corps particulier d'hommes qui en fissent leur étude et leur occupation ; sur ce point, la conduite des Egyptiens, des Juifs, des Grecs, des Romains, a été la même.
Dans le christianisme, cela étoit encore plus nécessaire. 1° Pour enseigner une religion révélée, la mission est essen-
tirés du monde , qu'ils ne sont plus de ce monde, etc. Eux-mêmes se sont regardés comme les hommes de -Dieu, dévoués uniquement à son service et au salut de leurs frères. Leurs premiers disciples , saint Clément et saint Ignace , ont clairement distingué les évêques, les prêtres , les diacres , et nous montrent la hiérarchie comme établie par les apôtres. Cette discipline n'a jamais varié. Ce n'est pas ici le lieu de développer toutes ces preuves, ni de répondre en détail à toutes les subtilités par lesquelles les luthériens et les calvinistes ont tâché d'en détourner les conséquences. Ils ont été réfutés non-seulement par les catholiques, mais par les anglicans qui ont conservé la hiérarchie. Mais nous ne pouvons nous dispenser de mettre sous les yeux des lecteurs le tableau que la plupart des protestants ont tracé des mœurs du Clergé dans tous les siècles , depuis la naissance de l'Eglise jusqu'à celle de la prétendue réforme; leur dessein a été de prouver que leur séparation d'avec les pasteurs catholiques étoit indispensable ; qu'il n'y avoit point d'autre moyen de corriger les vices et les abus : nous verrons s'ils sont venus à bout de le démontrer. Commençons par quelques réflexions géné-
tielle , et Dieu la donne à qui il lui plaît; j raies sur l'injustice de leur procédé ;
!S apô- ! elles serviront aussi à faire voir la lémé-
Jésus-Christ ne l'a donnée qu'à ses api très et à ses disciples. 2° Les pouvoirs de ces ministres sont surnaturels ; il n'appartient pas à tout fidèle de remettre les péchés , de consacrer le corps et le sang de Jésus-Christ, etc. 3° La multitude des fonctions dont ils sont chargés exige qu'ils s'y livrent tout entiers; l'é-
lite des incrédules, qui répètent les mêmes reproches.
1° Il y a de l'injustice à prétendre que la sainteté du ministère ecclésiastique doit changer en d'autres hommes ceux qui en sont chargés , et étoufler en eux toutes les imperfections de l'humanité ;
tude seule des dogmes et des preuves de ; que Jésus-Christ a dû perpétuer en eux ,
la religion, des combats qui ont été livrés à cette doctrine, de la manière dont on doit la défendre , suflit pour occuper un homme pendant toute sa vie.
4° Les travaux apostoliques des missions doivent être continués jusqu'à la fin des siècles : il faut des hommes libres de tout autre engagement , et toujours prêts à porter au loin la lumière de l'Evangile.
Ainsi en a jugé tcur. Il dit à ses
notre divin législaapôtres qu'il les a
par l'ordination, le même prodige qu'il avoit opéré dans ses apôtres par la descente du Saint-Esprit. S'il avoit voulu que les hommes fussent gouvernés par des anges, il en auroit envoyé, sans doute ; mais des anges même ne seroient pas à couvert des attaques de la malignité des incrédules. Ceux-ci ont fait, contre les apôtres et contre Jésus-Chris! même, la plupart des calomnies que Ton a forgées contre leurs successeurs.
2° Il y a de l'impiété à vouloir nous
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persuader que, dès le second ou le troisième siècle , Jésus-Christ a été infidèle aux promesses qu'il avoit faites à son Eglise , et qu'au lieu de lui donner des pasteurs capables de la sanctifier , il a laissé tomber son troupeau entre les mains de loups dévorants , qui n'étoient propres qu'à corrompre la foi et les mœurs.
3° C'est une absurdité d'argumenter sur des faits particuliers, sur quelques désordres arrivés parmi le clergé d'une seule église , et de conclure que le même scandale régnoit partout ailleurs. Au troisième siècle , l'abus des agapètes ou des femmes sous -introduites , paroît n'avoir eu lieu que dans quelques Eglises d'Afrique , et il ne fut imité que par Paul de Samosate; Dodwel, Dissert. 3, Cyprian., etc. ; et l'on en parle aujourd'hui comme d'un dérèglement général du clergé de ce temps-là. C'en est une autre de vouloir pouver la corruption des ecclésiastiques, par les lois qui ont été faites pour la prévenir; un seul crime connu a suffi pour alarmer le zèle des [ évêques , et pour engager les conciles à le proscrire. Parce que saint Paul a fait l'énumération des vices auxquels un ministre des autels pouvoit être sujet, conclurons-nous qu'il y avoit déjà pour lors des évêques et des prêtres trèsvicieux ?
4° C'est une marque d'entêtement et de prévention d'ajouter foi à ce que les historiens ont dit des vices de quelques ecclésiastiques , et de refuser toute croyance au témoignage qu'ils ont rendu des vertus et de la sainteté des autres. Dans tous les temps il y a eu des scandales, il y en aura toujours, Jésus-Christ l'a prédit; mais il y a eu aussi de grandes vertus : les protestants ne parlent que du mal , ils le recherchent avec soin , et ils l'exagèrent; ils ne tiennent aucun compte des actions vertueuses, ils les passent sous silence , ou ils en empoisonnent les motifs , et ils ont donné ce bel exemple aux incrédules ; ils ont ainsi réussi à faire de leurs histoires ecclésiastiques autant de chroniques scandaleuses.
5° Est- il juste d'attribuer aux mau-
vais exemples du clergé une corruption de mœurs qui est évidemment venue d'une autre cause, de l'irruption des Darbares , de l'ignorance et des désordres qui s'ensuivirent? Révolution terrible, qui changea la face de l'Europe entière , par laquelle les ecclésiastiques furent entraînés aussi bien que les laïques, et qui faillit à détruire absolument le christianisme. Pour ne parler que de nos climats, depuis le cinquième siècle, il y a eu trois ou quatre pestes générales en France ; dans le huitième et le neuvième, les Normands, les Sarrasins, les Hongrois, ont porté la désolation dans presque toute l'Europe. Dans ces temps de ravages, il est impossible que la discipline soit observée en rigueur , et que les mœurs ne se relâchent parmi les ministres de la religion.
6° Est-il juste enfin de reprocher avec tant d'aigreur au clergé catholique des vices dont les réformateurs et leurs disciples ont été pour le moins aussi coupables, pendant que l'on cherche à les pallier et à les excuser dans ces derniers?
Voilà ce que nous avons à reprocher aux protestants , et en particulier à Mosheim , qui est aujourd'hui leur oracle.
Le portrait qu'il a fait des ecclésiastiques dans tous les temps est remarquable ; sous chaque siècle de son histoire ecclésiastique , il y a toujours un article des vices du clergé, et il n'y est jamais question de ses vertus : Basnage n'a pas été plus équitable.
Mosheim commence par supposer qu'au premier siècle, du temps des apôtres , les ecclésiastiques n'avoient aucune supériorité d'ordre , de caractère ni d'autorité sur les simples fidèles; que les prêtres étoient seulement les anciens, et les évêques de simples surveillants ; que le gouvernement de l'Eglise étoit alors purement démocratique , tel qu'il a plu aux protestants de l'établir : fait absolument faux , contredit par l'Evangile et par les lettres de saint Paul.
Voyez Gouvernement ecclésiastique, Hiérarchie , Lois , etc. C'est de là néanmoins que partent Mosheim et Basnage, pour invectiver contre le clergé. Dès le second siècle , disent-ils , ou plutôt im-
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médiatement après la ruine de Jérusalem, l'an 70, les docteurs chrétiens persuadèrent au peuple que les ministres de l'Eglise chrétienne avoient succédé au caractère, aux droits, aux privilèges et à l'autorité des prêtres juifs; les évèques rassemblés en concile s'arrogèrent le droit de faire des lois et d'y assujettir les fidèles ; on ne peut les excuser , disent-ils encore , que sur la droiture de leurs intentions.
Or, les docteurs chrétiens de ce tempslà étoient saint Clément de Rome , saint Ignace, saint Polycarpe , disciples immédiats des apôtres, dont nous avons les lettres ; ce sont eux qui ont commencé à changer le gouvernement que Jésus-Christ avoit établi ; et saint Jean , qui vivoit encore , a souffert cette prévarication sans se plaindre et sans en avertir; le Saint-Esprit qu'il avoit reçu, ne lui a pas révélé les maux qui dévoient s'ensuivre de ce germe d'ambition né parmi les évêques , duquel cependant , si nous en croyons Mosheim et ses pareils, sont nés tous les vices du clergé et toutes les plaies de l'Eglise.
En effet, il dit qu'au troisième siècle saint Cyprien et d'autres évêques s'arrogèrent toute l'autorité , en dépouillèrent les prêtres et le peuple; que de là naquirent le luxe , la mollesse , la vanité, l'ambition, les haines et les disputes entre les pasteurs; que la corruption s'empara de tous les membres du corps ecclésiastique. Il cite en preuve Origène et Eusèbe, il pouvoit y ajouter saint Cyprien lui-même, qui reprochent aux pasteurs leurs disputes et les autres vices dans lesquels ils étoient tombés avant la persécution de Dioclétien. C'est dans ce même temps que saint Cyprien tonna contre les désordres des clercs qui vivoient avec des femmes , ou avec de prétendues vierges qu'ils tenoienl chez eux.
Il est d'abord difficile de comprendre comment les prêtres et le peuple, dépouillés de leur ancienne autorité, en sont devenus plus vigoureux ; l'ambition des évèques ne pouvoit influer que sur leurs mœurs , et non sur celles du bas clergé. On ne conçoit pas mieux com-
ment l'ambition , source de tous les vices , a pu se concilier , dans saint Cyprien , avec la pureté et l'austérité des mœurs dont il a fait profession ; est-ce à lui que l'on peut reprocher du luxe , de la mollesse, de la corruption? Si, dès ce temps-là, les mœurs des clercs commençoient à se corrompre , les évêques n'avoient pas tort de chercher à réprimer ce désordre par des lois ; c'est un devoir que saint Paul leur avoit prescrit dans ses lettres à Tite et à Timothée. Les décrets portés dans les conciles du second et du troisième siècle, ne regardoient pas seulement les simples fidèles et les clercs inférieurs, mais les évêques eux-mêmes; nous le voyons par ces déciets que l'on nomme canons des apôtres : est-ce par ambition que les évêques s'imposoient le joug d'une discipline sévère?
Il y eut, dans ces deux siècles, des divisions, des schismes, des hérésies; on disputa sur la célébration de la pûque, sur le rigorisme outré des novatiens , sur les erreurs des gnostiques, des marcionites , des manichéens, etc.; mais les auteurs de ces hérésies et de ces schismes ne furent pas des évêques; ceux-ci s'y opposèrent : la question est de savoir s'ils le firent par de mauvais motifs , ou par attachement à la doctrine , aux leçons et à la pratique des apôtres. Devoient-ils laisser de mauvais philosophes et des disputeurs téméraires dogmatiser à leur gré ? Dans ces temps de persécution , plusieurs ministres de l'Eglise furent obligés , pour subsister, d'exercer des arts, des métiers, ou de faire quelque commerce; d'autres furent réduits à fuir et à s'expatrier : leurs mœurs purent en souffrir ; mais ce qu'en disent Origène, Eusèbe et d'autres, ne prouve pas que la corruption fût générale parmi les membres du corps ecclésiastique, comme le prétendent les protestants ; ces auteurs n'avoient pas parcouru toutes les Eglises du monde pour savoir ce qui s'y passoit.
Au quatrième siècle, après la conversion de Constantin , les évèques fréquentèrent la cour , devinrent riches et
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puissants; ils s'emparèrent de tout le gouvernement des Églises , et voulurent dominer dans les conciles ; les empereurs se mêlèrent des affaires ecclésiastiques; les papes se rendirent importants par la richesse de leur Eglise ; les évêques de Constantinople firent de même ; tous imitèrent le luxe et le faste des grands du monde; les principaux voulurent être patriarches , afin de se donner un nouveau degré d'autorité , et ils ne cessèrent de se disputer sur les limites de leur juridiction.
Il y a quelque chose de vrai dans ces reproches; mais encore une fois, il est absurde de tirer une conséquence générale de quelques faits particuliers.
Nous ne voyons pas que les évêques d'Afrique, de l'Espagne, des Gaules, de l'Angleterre , aient beaucoup fréquenté la cour des empereurs ; que prouve contre eux le faste de quelques évêques orientaux ? Ceux qui ont donné dans ce travers , ont été très-mal notés par les écrivains ecclésiastiques ; preuve que ce désordre n'étoit pas très-commun. Il ne faut pas oublier que le quatrième siècle à été le plus remarquable , par la multitude des grands et saints évêques qui ont paru même en Orient ; la plupart avoient été moines , et ils conservèrent sur leur siège la pauvreté , la simplicité «t l'austérité de la vie monastique. C'est par là même qu'ils déplaisent aux protestants. Ces censeurs bizarres ne peuvent souffrir ni la vie un peu trop mondaine de quelques évêques, ni les mœurs austères et mortifiées des autres , ni les vertus paisibles du plus grand nombre, ni le zèle actif et laborieux de ceux qui occupoient les premières places. D'ail- ■eurs il y avoit déjà pour lors des pasteurs du second ordre, des chorévèques qui remplissoient, à l'égard des peuples de la campagne , les mêmes fonctions qu'exercent aujourd'hui les «urés ; les fautes de leurs supérieurs ne doivent pas retomber sur eux. Enfin, c'étoit le peuple qui élisoit les évêques ; il est difficile de croire qu'il choisissoit ordinairement des hommes vicieux.
Au commencement du cinquième siècle, les Barbares se répandirent dans
l'Occident et s'y établirent. On dit que leurs rois augmentèrent les privilèges des évêques , par un reste de leur superstition , et en vertu du respect qu'ils avoient eu pour les prêtres de leurs dieux. Mais est-il certain que le mérite personnel des évêques n'y entra pour rien? Les saints Rémi de Reims , Germain d'Auxerre , Loup de Troyes , Eucher de Lyon , Agnan d'Orléans , Sidoine Apollinaire de Clermont, Mamert de Vienne , Honorât et Hilaire d'Arles, etc., étoient pour lors l'ornement du clergé des Gaules; leur vertu , et non leur faste, imprima le respect aux Barbares , même avant la conversion de ceux-ci , et ces saints évêques étoient trop zélés pour souffrir, parmi les ecclésiastiques, le luxe , l'arrogance , l'avarice , le libertinage, dont Mosheim les accuse sans preuve et contre toute vérité. Lorsqu'il dit que tous ces évêques ne furent regardés comme saints et respectés que par l'ignorance des peuples , il oublie que dans l'Occident le cinquième siècle a été le plus éclairé de tous, et il en fournit lui-même les preuves, Histoire ecclésiastique, cinquième siècle, 2e part., c. 1 et 2. Lorsqu'il accuse d'orgueil saint Martin , parce qu'il élevoit le sacerdoce au-dessus de la royauté, et saint Léon d'une ambition sans bornes, parce qu'il soutint les droits de son siège, il se montre aussi mauvais juge de la vertu que des talents.
Il prétend que, pendant le sixième siècle, les ecclésiastiques ne pensèrent qu'à établir des superstitions lucratives, que leurs désordres sont prouvés par la quantité de lois portées contre eux par les conciles ; nous avons déjà observé que ces lois ne prouvent autre chose que la vigilance des évêques et le zèle qu'ils ont eu pour le maintien de la discipline. Il y eut des schismes à Rome pour la papauté; mais quelle en fut la cause? le despotisme des empereurs et l'ambition des grands, qui voulurent disposer de cette dignité , et gêner les suffrages du clergé et du peuple. Mosheim pousse Fentclement jusqu'à dire que les moines, quoique vicieux, fanatiques, intrigants, remuants
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et perdus de débauche, étoient cepen- j et h la vertu. Le vénérable Bcde; Etr-
dant très-respectés; nous soutenons que s'ils avoient été vicieux pour la plupart, ils auroient été méprisés et détestés.
Il répète la même absurdité , lorsqu'il reproche au clergé du septième siècle
bert , évèque d'Yorck ; Alcuin , précepteur de Charlemagne; saint Boniface, archevêque de Mayence; saint Chrodegand , évoque de Metz ; Théodulphe , évêque d'Orléans; saint Paulin d'Aquilée;
l'ambition, une avarice insatiable , des \ Ambroise Autpert , Paul diacre, etc., se fraudes pieuses, un orgueil insuppor- | distinguèrent par leur zèle et par leurs table, un mépris insolent des droits du | travaux. Si leurs écrits ne sont pas des peuple. Ce ne sont point les ecclésiasti- | modèles d'éloquence ni d'érudition , iJs ques, mais les guerriers sous le nom j respirent du moins la piété la plus sindc nobles, qui ont opprimé le peuple, ; cère.
qui ont regardé comme esclave quicon- j On imagine que les donations qui fuque ne portoit pas les armes. Le plus î rent faites aux Eglises étoient un effet grand fléau de l'Eglise a été l'ambition ; de l'ambition des clercs, qui enseignoient de ces mêmes nobles d'envahir toutes ' que c'étoit le meilleur moyen d'effacer les dignités ecclésiastiques; mais l'attri- ! les péchés ; nous pensons, au contraire, buerons-nous au clergé, qui en a été ; que la plupart étoient des restitutions. la victime, plutôt qu'au caractère brutal j Souvent la clause, si commune dans les et féroce des Barbares? Lorsque Mos- j Chartres, pro remedio animœ meœ , ne heim a cru voir du relâchement parmi \ signifie pas, pour obtenir le pardon de les moines, il a déclamé contre ce dés- ; mes péchés , mais pour acquitter ma ordre; quand il n'y a vu que la soli- . conscience, en restituai. Ue qui ne m'aptude, le recueillement, l'austérité, le ; par lientpa s. Noshc'im convient que plu-
travail , il leur a reproché une affectation pharisa'ique de piété; mais le vrai caractère pharisa'ique est de calomnier mal à propos. Il dit que dans ce siècle les parents avoient la fureur de mettre leurs enfants dans les cloîtres; la raison en est fort simple, c'est qu'ils ne pouvoient leur faire donner ailleurs une éducation chrétienne. Il dit que des scélérats s'y retirèrent par une vaine espérance d'obtenir le pardon de leurs crimes; eût-il mieux valu qu'ils les continuassent que d'aller en faire pénitence?
Selon lui , on ne voit , dans le clergé du huitième siècle, que luxe, gloutonnerie , incontinence , goût pour la guerre et pour la chasse. Il est à présumer, en effet , que plusieurs de ceux qui furent intrus dans les évèchés et dans les prélatines, par la tyrannie des nobles, y portèrent les vices de leur éducation.
Mais il y a des preuves positives que ce désordre, trop commun dans les Gaules, ne fut pas le même partout ailleurs ; pour y remédier , on tira des moines de leur cloître , et on leur confia !o gouvernement des Eglises ; Charlemagne fut le premier a rendre justice aux talents
sieurs évoques parvinrent à la dignité de princes, parce que les rois et les empereurs comptoient plus sur leur fidélité que sur celle de leurs barons ; ils ne se trompoient pas , et ce motif ne fait pas déshonneur au clergé.
Nous convenons que ce n'est pas dans le neuvième siècle qu'il a brillé davantage. Les guerres causées par le partage de la succession de Charlemagne , les incursions des Normands et des autres Barbares, l'ignorance du peuple et des nobles, l'intrusion de ceux-ci dans les cvèchés , le pillage qu'ils firent des biens ecclésiastiques, furent autant de fléaux pour l'Eglise aussi-bien que pour la société civile; le concile de ïrosley, tenu en 909 , attribue à cette même cause le dérèglement des moines. On publia de fausses légendes , de fausses reliques y de faux miracles, on donna dans les dévotions minutieuses et purement extérieures , etc. ; mais nous soutenons que , dans tous ces abus, il entra moins de fraudes pieuses que de traits d'ignorance et de crédulité aveugle. Ceux qui tentèrent de remédier au mal, ne purent faire que de vains efforts; et le siège de Rome se ressentit du malheur commun
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autant que les autres : à qui peut-on s'en prendre ? >
Il y a donc de l'injustice et de la malignité à soutenir, comme fait Mosheim, que les papes , devenus des monstres , furent la cause de l'ignorance et des vices du clergé dans le dixième siècle. Le mal datoit de plus loin, et plusieurs papes firent ce qu'ils purent pour en arrêter les progrès. Ont-ils eu quelque part à la dégradation . à l'ignorance , aux vices du clergé dans l'Orient , où ils n'avoient plus aucune influence? Tous les scandales arrivés à Rome furent l'ouvrage des tyrans qui ravageoient l'Italie, qui disposoient de la papauté comme de leur patrimoine , qui la donnoient exprès à des sujets vicieux , de peur que des papes plus respectables par leurs mœurs ne prissent trop d'ascendant sur eux. Une preuve que les désordres du clergé venoient du pillage des biens ecclésiastiques, c'est que les conciles , qui ont noté d'infamie le concubinage des clercs , ont condamné en même temps la simonie qui en fut toujours inséparable; et cette tyrannie des séculiers est avouée par Mosheim lui-même, dixième siècle, 2e part., c. 2, g dO. Ces deux vices régnoient principalement en Allemagne , où la religion, dit M. Fleury, avoit toujours été plus foible. C'est ce qui rendit le clergé de ce pays-là si furieux contre Grégoire VII, qui vouloit le réformer. Mœurs des chrétiens 3 n° 62.
Ces désordres furent à peu près les mêmes dans le onzième et le douzième siècle ; mais dans ces temps même de confusion et de brigandage il y eut un grand nombre de personnages respectables dans le clergé, soit séculier, soit régulier. Il est de la bonne foi d'avouer que, pendant la famine de l'an 1052, la charité des évêques et des abbés fut poussée jusqu'à l'héroïsme. Histoire de rj£#tfse0aWc.,tom.7,liv.2O,an.lO31.
Les querelles entre l'empire et le sacerdoce , dont les protestants ont fait tant de bruit , sont venues de ce que les empereurs vouloient avoir à Rome, nonseulement la puissance civile , mais encore le droit de disposer arbitrairement du pontiûcat ; les malheurs qui avoient
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résulté de cette prétention , faisoieiU sentir aux papes et au clergé \a nécessité de s'y opposer. Si la plupart de ces pontifes ne furent pas des hommes très-vertueux , les princes , contre lesquels ils disputoient,valoient encore moins : nous ne voyons pas ce que la religion , les mœurs, la police y auroient gagné , si ces despotes ambitieux étoient venus à bout d'asservir l'Eglise pour toujours.
Les papes voulurent disposer de tous /es bénéfices, parce que les princes séculiers y pourvoyoient fort mal.
Au treizième siècle, on fit des projets et des tentatives de réforme, mais avec peu de succès. Cela donna la naissance aux ordres de religieux mendiants , et Mosheim avoue qu'ils gagnèrent, par l'austérité de leurs mœurs , la confiance des peuples. Malheureusement ce remède n'étoit pas suffisant pour tout réparer , et le grand schisme d'Occident , survenu pendant le quatorzième siècle , rendit la réforme à peu près impossible. On sait d'ailleurs que la peste noire, qui régna l'an 1348 et les deux années suivantes, eut des suites terribles, et fut une des principales causes du relâchement qui s'introduisit parmi le clergé et dans les monastères. Voyez l'Histoire de VEglise Gallic, tom. 13, liv. 59.
Mosheim n'a pas daigné en dire un seul mot. Quel remède la prudence humaine peut-elle opposer à de pareils fléaux?
Ce fut un sujet pour tous les sectaires de déclamer avec emportement contre les»
vices et les abus du clergé; mais faut-il regarder toutes ces invectives , dictées par une ignorance furieuse , comme de fortes preuves de la corruption générale de l'état ecclésiastique ? Elles continuèrent pendant le quinzième siècle. Cependant, quand on considère d'un côté la liste des conciles qui furent tenus pendant ces trois siècles, et la teneur de leurs décrets; de l'autre, le catalogue des écrivains ecclésiastiques , et l'objet de leurs ouvrages ; en troisième lieu , le nombre des saints dont les vertus furent authentiquement reconnues, on est forcé de penser que les clameurs des vaudois, des albigeois , des lollards , des wicléfites , des hussites et d'autres fanatiques
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semblables , ne méritent pas beaucoup d'attention, et que les protestants ont très-grand tort de nous les donner comme un titre authentique de la mission des réformateurs.
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» honoré par mon Père. » JoGn., c. \t , f. 26. « Mon Père vous aime, parce que » vous m'avez aimé et avez cru en moi. » C. 16, f. 27. Mais il a eu soin de réprimer en eux l'orgueil et l'ambition , en Enfin parut, dans le seizième siècle , les avertissant que celui qui veut être le
la grande lumière de la réformation ; l'on sait quels en furent les auteurs, par quels moyens elle s'exécuta, et les merveilleux effets qu'elle a opérés ; nous les examinerons dans leur lieu. Voyez Réformation. Les incrédules même, après avoir copié toutes les satires des protestants contre le clergé , ont tourné en ridicule le ton de jactance de ces prétendus réparateurs; et plusieurs écrivains, nés dans le protestantisme , sont convenus de la licence des mœurs qui ne tarda pas de s'y introduire, et qui y règne encore. Où est donc le grand bien qui en est résulté?
Mosheim finit son libelle diffamatoire
premier, doit se rendre le dernier et le serviteur de tous. Matt., c. 20 , f. 26. Si un homme embrasse l'état ecclésiastique par intérêt , par ambition, sans un désir sincère d'en remplir les devoirs, il étoit déjà vicieux avant d'y entrer; ce n'est pas la cléricature qui l'a rendu tel. Il est absurde de dire qu'un état, dont tous les devoirs sont des actes de vertu, peut rendre un homme vicieux. La seule ambition permise est d'être utile ; tant que le clergé continuera de l'être, il sera honoré en dépit de ses ennemis.
2° Ils prétendent que le clergé est un corps étranger à l'état, et qui se regarde comme tel ; que les intérêts particuliers
par nier l'utilité des décrets du concile de ce corps étouffent, dans un ecclésiasde Trente , touchant la discipline ; sui- ; tique , tout zèle de l'intérêt public , le vant son avis , cette réforme n'a rien i rendent mauvais sujet et mauvais ciopéré, surtout à l'égard des évêques. toyen.
Quand cela seroit vrai à l'égard des évêques d'Allemagne , qui sont princes sou-
II n'est pas aisé de comprendre comment un corps dévoué au service du
verains, que prouve leur exemple contre ' public ou de l'état , qui subsiste aux déceux de France, d'Espagne et d'Italie? ! pens de l'état, qui doit donner l'exemple D'autres protestants ont été plus judi- | de la soumission aux lois civiles et au cieux ; ils sont convenus que si, avant le j gouvernement, peut se croire étranger à concile de Trente, le clergé avoit été tel j l'état. On pourroit, avec autant de raison, qu'il est aujourd'hui, il n'y auroit pas j ou plutôt avec autant d'absurdité, faire
eu lieu à la prétendue réforme de Luther et de Calvin.
Quelques incrédules ont poussé la malignité encore plus loin ; ils ont prétendu prouver que l'état ecclésiastique, par luimême , est essentiellement mauvais.
1° Ils disent que des pouvoirs , tels que le clergé se les attribue , doivent nécessairement inspirer de l'orgueil à un ecclésiastique , le rendre ambitieux , fourbe, hypocrite et foncièrement vicieux.
Si ce reproche étoit sensé, il retomberoit sur Jésus-Christ même, puisque c'est lui qui a donné aux pasteurs de l'Eglise les pouvoirs d'instruire, de remettre les péchés , de reprendre et de corriger. Il leur a dit , dans la personne de ses apô- Jres : « Celui qui est mon ministre sera
le même reproche à l'état militaire , à celui de la magistrature , à celui de la noblesse , qui tous ont des privilèges et des intérêts particuliers.
Souvent on a répété que jamais le clergé n'a stipulé, auprès des souverains, que pour ses propres intérêts; c'est une fausseté. Dans les assemblées de la nation , le clergé n'a jamais manqué de porter aux pieds du trône les représentations, les besoins, les justes demandes du tiers-état. Dans les commencements de la monarchie, les évêques furent presque toujours revêtus du litre de défenseurs , chargés de soutenir les droits , les privilèges , les intérêts des villes et des communes; et jamais cette charge n'a été mieux remplie que par eux : aujourd'hui encore il n'est aucun
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curé de campagne qui ne rende le même service à ses paroissiens.
3° Plusieurs ont osé écrire que le clergé est toujours prêt à résister aux ordres du gouvernement et à se révolter; d'autres prétendent que le clergé est le plus ardent promoteur du despotisme des souverains, et leur a toujours fourni des armes pour opprimer les peuples.
Deux accusations contradictoires n'ont pas besoin de réfutation. Sans se révolter, tout chrétien se croiroit obligé de résister à des ordres qui seroient contraires à la loi de Dieu , et de mourir plutôt que de trahir sa conscience. Excepté ce cas, il sait, aussi bien que le clergé, que Dieu ordonne d'être soumis aux puissances supérieures , etc. Rom., c. 13 , f. 1. Depuis que les philosophes ont trouvé bon de sonner le tocsin contre le gouvernement, d'enseigner des maximes séditieuses, de souffler l'esprit de révolte , le clergé se croit obligé de prêcher l'obéissance plus soigneusement que jamais.
D'un côté, les incrédules ont représenté les anciens prophètes comme des rebelles et des séditieux, parce qu'ils reprochoient aux rois leurs désordres ; on a blâmé saint Jean Chrysostome de la censure qu'il lit des vices qui régnoient à la cour des empereurs , et par laquelle il s'attira la haine des courtisans ; aujourd'hui on se plaint de ce que le clergé ne s'oppose point au despotisme des princes. On dit qu'il y a une conspiration entre les ecclésiastiques et les souverains pour opprimer les peuples. Du moins ce n'est pas le clergé qui fomente le despotisme des princes mahométans ou idolâtres de Siam, de la Cochinchine, du Pégu, de la Chine , du Japon , des Indes et de l'intérieur de l'Afrique : il y a bien de la différence entre leur gouvernement et celui des monarques chrétiens. Depuis que les protestants ont dépouillé les ministres de la religion de toute autorité , voyons-nous les souverains d'Allemagne traiter leurs sujets avec plus de douceur que sous le règne du catholicisme? C'est toujours en écrasant le clergé, que les mauvais princes parviennent au despotisme.
On voit , dans le Dictionnaire de Jurisprudence, les privilèges , les immunités , les différents degrés d'autorité et de juridiction dont jouit le clergé , et qui émeuvent la bile de nos philosophes réformateurs ; il faut, dit-on, les supprimer pour l'avantage du public. Mais, comme l'observe très-bien un écrivain de nos jours , il n'y a pas un abus , pas une loi injuste , pas un genre d'oppression , pas une espèce d'iniquité publique, à commencer depuis le despotisme jusqu'à l'anarchie, qui n'ait eu pour prétexte le bien général , l'intérêt des hommes, le bonheur des sociétés. Il n'y a point d'autre bien public que l'observation de la loi naturelle. Or , selon cette loi , on ne pourroit toucher aux privilèges des ecclésiastiques , sans révoquer aussi ceux de même nature qui ont été donnés à la noblesse , aux charges de magistrature et à d'autres titres. (Ne II , p. 551.)
Il est bon de se souvenir que le nom de clerc , donné dans les bas siècles à tout homme lettré , et celui de clergie , qui désignoit toute espèce de science , sont un témoignage irrécusable des services que les ecclésiastiques ont rendus à l'Europe entière après l'inondation des Barbares; si la religion ne les avoit pas obligés à l'étude , toute connoissance auroit été anéantie. Mais depuis que les philosophes ont voulu se saisir de la clef de la science, être les seuls docteurs de l'univers, ils ont déclaré la guerre au clergé , par jalousie de métier.
Clercs réguliers. On nomme ainsi les ecclésiastiques qui se réunissent en congrégation par des vœux , et s'assujettissent à une règle commune , pour remplir les fonctions du saint ministère, pour instruire les peuples, assister les malades, faire des missions, etc. Ils sont distingués des chanoines réguliers , en ce que ceux-ci se sont astreints à des jeûnes et à des abstinences, aux veilles de la nuit , au silence des moines ; au lieu que les clercs réguliers ne se sont imposé aucune austérité , mai? seulement l'exactitude à remplir tous les devoirs ecclésiastiques. Ils ont jugé avec raison et ils ont prouvé par leur exemple, que