‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 60 sur 114 · DÉS 28-2 DIS · texte numérisé non relu

DÉS 28-2 DIS

dans le même sens qu'il n'étoit venu i les peuplades ont été portées , dès Torique pour ramener les brebis perdues de | gine, à se haïr mutuellement, que la la maison d'Israël , c. 15, f. 2i ; mais j religion, destinée à les réunir, a opéré avant de monter au ciel , il leur or- ! souvent un efi'et contraire. Tout peuple donna de prêcher l'Evangile à toutes les I non civilisé regarde un étranger comme nations, c. 28 ,f. 19. | un ennemi; ce travers d'esprit, aussi

Après la descente du Saint-Esprit, les j ancien que la nature humaine , règne apôtres attendirent encore l'ordre du ; encore , autant que jamais, chez les ciel avant de travailler à la conversion ; Sauvages ; tout objet avec lequel ils ne des païens, et ils le reçurent en effet' sont point familiarisés, leur inspire de dans la personne de saint Pierre , lors- ; la crainte et de la défiance , et ce sentiqu'il fut envoyé pour instruire et pour ' ment n'est pas loin de l'aversion. Dès baptiser le centurion Corneille avec qu'une peuplade est voisine d'une autre, toute sa maison. Jet., c. 40 et 11. La' la jalousie , les prétentions touchant la descente du Saint-Esprit sur ces nou- \ chasse , la pèche , les pâturages , une veaux chrétiens, fit comprendre aux ; querelle survenue par hasard entre deux apôtres que le moment étoit venu de \ particuliers, etc., ne tardent pas de les prêcher l'Evangile aux Gentils, aussi- i mettre aux prises. Dès l'origine du bien qu'aux Juifs. ! monde , nous voyons les peuplades nais-

Cette timidité sage et cette circonspec- \ santés se battre, se chasser, se dépostion des apôtres démontre qu'ils n'é- ; séder , et les plus fortes, toujours ambitoient animés par aucun motif d'intérêt, j tieuses, asservir et dépouiller les plus d'ambition , ni de vaine gloire. Lorsque ; foibles. Dans cette disposition d'esprit , les hommes sent conduits par les pas- ; il éloit impossible qu'elles s'acco«dassent sions , leurs démarches ne sont pas si ; en fait de religion ; chacune voulut avoir mesurées , et leur zèle n'est pas aussi j des divinités locales et indigètes , des patient. I génies tutélaires , nationaux et particu-

DISPUTE, DISSENSION, DIVISION, j liers ; elle se persuada qu'autant ses Les incrédules ont souvent écrit que la j dieux étaient portés à la protéger, aurévélation n'avoit servi qu'à causer des j tant ils éloient ennemis des autres peudisputes. Ils ignorent ou font semblant ; plades. L'inimitié naturelle avoit donc d'ignorer que les hommes ont disputé : précédé les dissensions en fait de relidepuis le commencement du monde ; ils ; gions ; celles-ci n'en étoient pas la cause, feront de même jusqu'à la fin; et que i Une des premières vérités que Dieu les nations qui ne disputent point sont ; avoit révélées aux hommes , est qu'ils ignorantes et stupides. Les disputes ! sont tous frères , sortis du même sang viennent de l'orgueil , de l'ambition , de et d'une même famille ; cette leçon , loin l'opiniâtreté ; ce n'est pas la révélation j de les diviser, auroit dû les réunir. Une qui a donné aux hommes ces maladies. \ autre vérité que Dieu lit enseigner aux Les philosophes ont disputé pour leurs j Hébreux par Moïse, est qu'il a donné systèmes , les peuples pour leurs lois , i lui-même à tous les peuples le pays pour leurs coutumes , pour leurs pré- j tentions, aussi-bien que pour leur reli- î mon; las incrédules disputent pour se

donner un relief de capacité et d'érudition ; ils combattent entre eux avec autant de chaleur que contre nous ; il n'en est pas deux qui aient les mêmes principes et les mêmes opinions.

En général , il n'est pas vrai que ce soit la religion qui a divisé les peuples , et qui a fait naître entre eux les haines nationales; c'est au contraire parce que

qu'ils habitent , qu'il en a tracé les dimensions , et posé les bornes. Veut., c. 52, jf. 8; il leur abandonne le pays des Chananéens pour punir ceux-ci de leurs crimes; mais il leur défend de loucher aux possessions des Iduméens, des Moabites, des Ammonites, etc. Une leur ordonne ni d'aller renverser les idoles de ces peuples, ni de leur faire la guerre pour cause de religion. Comment peut-on soutenir que ce sont les prétendues révélations qui ont divisé les

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hommes et les nations? Que Ton attri- j nité de foi prétendue et la concorde

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bue, si Ton veut, ce pernicieux cilet aux fausses révélations , telles que celles <Ie Zoroastre et de Mahomet , qui ont établi leur doctrine le fer et le feu à la main; nous ne nous y opposerons pas; mais il y a de la démence à faire le même reproche à la révélation que Dieu luimême a donnée aux hommes.

v Jésus-Christ a donné pour sommaire de sa morale l'amour de Dieu et du prochain , par conséquent la charité et l'affection envers tous les hommes sans exception; ce grand commandement ctoit-il destiné à les rendre ennemis les uns des autres? A la vérité, il a prévu et prédit que sa doctrine seroit parmi eux un sujet de division, parce qu'il savoit que les incrédules opiniâtres ne manqueroient pas de persécuter avec fureur ceux qui embrasseroient l'Evangile; c'est ce qui est arrivé en effet. Mais, de peur de les diviser, falloit-il les laisser

dont elle se vante, elle ne cesse pas d'èire agitée et divisée par les disputes les plus vives entre les franciscains et les dominicains, entre les scotistes et les thomistes, entre les jésuites et leurs adversaires , et plusieurs de ces contestations roulent surdes objets très-graves. Avant d'examiner chacun de ces objets, il y a une observation essentielle à faire. Malgré ces altercations si vives, tous les théologiens catholiques conviennent néanmoins d'une même profession de foi ;il n'en est aucun qui ne souscrive aux décrets du concile de Trente, en matière de doctrine , et qui ne soit prêt à signer de même les décisions de l'Eglise , dès qu'elle auroit prononcé sur les objets actuellement contestés; jusqu'alors ils conviennent que ces questions ne tiennent point à la foi , ne sont , de part ni d'autre, des erreurs dangereuses, ne sont pas un sujet légitime de schisme

dans l'aveuglement, dans l'erreur, dans ; ni de séparation. les désordres où ils étoient généralement I II n'en est pas de même des divisions, plongés? « Quiconque fait le mal, dit-il, j en fait de doctrine, qui régnent parmi » hait la lumière et la fuit. » Joan., c. 5, les prolestants ; elles les ont séparées j>. 20. Il déteste par conséquent ceux \ d'abord en trois sectes principales , sans qui veulent la lui montrer; mais ce n'est compter celles qui sont nées dans la

suite, sectes qui n'ont entre elles aucune

liaison , qui sont à peu près aussi enne-

En effet, dès que le christianisme eut l mies les unes des autres qu'elles le sont

pas la religion qui lui inspire cette aversion.

fait des progrès , quelques philosophes voulurent le connoître. Frappés de la sublimité de ses dogmes, de la sainteté de sa morale , des vertus de ses sectateurs, des prodiges qu'ils opéroient , ils feignirent de l'embrasser; mais au lieu de se soumettre au joug de la foi, ils voulurent régenter l'Eglise : de là les disputes, les divisions, les hérésies qui en troublèrent la paix. Mais ce n'est pas notre religion qui donna aux philoso-

des catholiques. Dans aucune de ces sectes tous les théologiens qui y tiennent ne voudroient, d'un consentement unanime , signer la même profession de foi, quoique leur recueil en contienne au moins dix ou douze. Aujourd'hui aucun luthérien ne reçoit purement et simplement la confession d'Augsbourg; aucun calviniste n'adopte , sans restriction , celles qui ont été faites du vivant de Calvin ; aucun anglican ne s'en tient à

phesla vaine curiosité, l'esprit de con- \ ce qui a été décidé sous Henri VIII, ou

tradiction, l'ambition de dominer sur les esprits ; ils avoient tous ces vices avant d'être chrétiens , et nous les voyons encore chez leurs successeurs, qui ont renoncé au christianisme.

Les protestants ont souvent exagéré les disputes qui régnent entre les théologiens de l'Eglise romaine. Nous voyons, disent -ils, que malgré l'u-

sons la reine Elisabeth. Tous cependant prétendent avoir, pour seule et unique règle de foi , l'Ecriture sainte. Il s'en faut donc beaucoup qu'ils aient entre eux la même unité de foi et de croyance que les catholiques.

Pour en venir au détail , Mosheim , Ilist. ecclés. du seiz-icme siècle , sect. 5. lie part., c. 1, § 52, réduit les dis-

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putes de ces derniers à six chefs principaux : Le premier, dit -il, regarde l'étendue de la puissance et de la juridiction du pontife romain ;lcs ultramon- Jains prétendent que le pape est infaillible ; les théologiens français et d'autres soutiennent qu'il ne l'est pas, et que son jugement, en matière de doctrine, n'est point irréformable; mais tous conviennent que ce jugement, une fois confirmé par l'acquiescement exprès ou tacite du plus grand nombre des évoques , est censé le jugement de l'Eglise universelle , et que tout catholique lui doit la même soumission qu'à la décision d'un concile général. Qu'importe à la foi le surplus de la contestation? Voyez Pape.

Le second regarde l'autorité môme de l'Eglise : les uns soutiennent qu'elle ne peut se tromper dans ses décisions, soit sur les points de doctrine , soit en matière de fait; les autres sont d'avis qu'elle n'est point infaillible sur les questions de fait, il y a dans cet exposé une équivoque frauduleuse. Tout théologien , vraiment catholique, reconnoil l'infaillibilité de l'Eglise en matière de faits dogmatiques , parce que ces sortes de faits tiennent essentiellement au dogme ou à la doctrine; si quelques novateurs ont soutenu le contraire, ils ont été condamnés , et ont cessé d'être catholiques. Voyez Fait dogmatique.

Lorsque Mosheim ajoute que quelques théologiens promettent l'héritage éternel à des nations qui ne connoissent ni Jésus-Christ, ni la religion chrétienne, et à des pécheurs publics, pourvu qu'ils professent la doctrine de l'Eglise , il invente une double calomnie. Autre chose est de soutenir que ces derniers ne cessent pas d'être membres du corps extérieur de l'Eglise pendant leur vie, et autre chose d'imaginer qu'ils peuvent être sauvés s'ils meurent dans le péché; aucun théologien catholique n'a été assez insensé pour enseigner une de ces erreurs. Voyez Eglise , § 3.

Le troisième sujet de contestation cité par Mosheim , concerne la nature , la nécessité et Pcfïicacité de la grâce divine, et la prédestination. Or, tous les

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1 théologiens catholiques conviennent que la grâce est absolument nécessaire pour toute bonne œuvre méritoire et utile au salut, même pour former de bons désirs ; que la grâce, cependant, n'impose à la volonté humaine aucune nécessité | d'agir; que l'action faite par l'impulsion de la grâce est parfaitement libre. Ceux 1 qui ont voulu soutenir le contraire, aussi-bien que les protestants, ont été ; condamnés comme eux. On dispute seu- | lement pour savoir en quoi consiste Tef- : ficacité de la grâce , comment cette efj ficacité se concilie avec le libre arbitre de l'homme , et on convient de part et | d'autre que c'est un mystère ; par conséquent la contestation n'est pas fort j importante , et l'on pourroit très-bien ; s'en abstenir. Voyez Grâce , § 5.

Sur la prédestination , un théologien, j s'il est catholique , enseigne que Dieu j fait des grâces à tous les hommes , que j s'il en accorde plus à l'un qu'à l'autre , j c'est l'effet d'un décret ou d'une prédesi linalion de Dieu purement gratuite, inj dépendante de tout mérite de la part de j l'homme. Quant à la prédestination au j bonheur éternel , que nous importe de j savoir si ce décret est absolu ou conditionnel ; si, selon notre manière de concevoir, il est antécédent ou subséquent f à la prévision des mérites de l'homme ; | s'il faut envisager ce bonheur plutôt | comme la tin vers laquelle Dieu dirige , ses décrets , que comme récompense de 'nos œuvres, ciel Voyez Prédestination.

Un quatrième sujet de dispute est ce ! que les jésuites ont enseigné touchant » l'amour de Dieu, la probabilité ,1e péché j philosophique , etc. Comme les jésuites ! ne sont plus , le procès est censé teri miné. Nous nous contentons d'observer j que les propositions fausses, en fait de , morale, ont été condamnées , soit que j des jésuites, ou d'autres, en fussent les auteurs , et que les jésuites n'ont jamais résisté à la censure avec autant d'opiniâtreté que leurs adversaires.

Le cinquième regarde les dispositions nécessaires pour participer avec fruit aux sacrements. Suivant Mosheim , les théologiens qui enseignent que ces di-

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vins mystères produisent leur effet par leur vertu intrinsèque , ex opère operatn , ne croient pas que Dieu exige la pureté df l'âme, ni un cœur épris de son amour , pour en recevoir le fruit ; d'où il suit, dit le traducteur, que l'humilité , la foi et la dévotion ne contribuent en rien à l'efficacité des sacrements. Calomnie grossière : c'est ainsi que de tout temps les hérétiques ont travesti la doctrine des catholiques pour les rendre odieux. Autre chose est d'enseigner que la foi , l'humilité , la componction , la dévotion , etc., sont des dispositions absolument nécessaires pour recevoir l'effet des sacrements ; autre chose de prétendre que ces dispositions sont la cause immédiate de la grâce , et que le sacrement n'en est qu'un signe. Cette seconde opinion est l'erreur des protestants; la première est la doctrine des théologiens catholiques. Ployez Sacrement.

Le sixième enfin regarde la nécessité et la méthode d'instruire le peuple. Il est faux d'abord qu'aucun théologien catholique ait jamais enseigné qu'il vaut mieux laisser le peuple dans l'ignorance que de l'instruire ; qu'il lui suffit d'avoir une foi implicite et une obéissance aveugle aux ordres de l'Eglise. Il est faux que certains docteurs pensent que toutes les traductions de la bible en langue vulgaire sont dangereuses et pernicieuses. En général , les traductions et les explications de l'Ecriture sainte , les catéchismes , les expositions de la foi , les livres de piété et d'Instruction sont plus communs et plus répandus parmi nous que chez les protestants. Ceux-ci prétendent qu'il leur suffit de lire la bible , à laquelle ils n'entendent rien ; ils ne savent autre chose qu'en citer au hasard des passages isolés pour étayer les erreurs de leur secte. On a condamné avec raison certains docteurs qui vouloient introduire parmi nous la même méthode , rendre les femmes et les ignorants aussi disputeurs et aussi hargneux que les protestants. Voyez Ecriture sainte. Il y a plus de foi implicite et de prévention aveugle parmi ces derniers que parmi nous , puisqu'ils croient fermement toutes les calomnies qu'il plaît à

pour noircir

leurs docteurs d'inventer les catholiques.

En voici encore un exemple. Mosheim affirme , avec la plus grande confiance , que les controverses, au sujet de la grâce et du libre arbitre , que Luther avoit entamées , ne furent m examinées , ni décidées par l'Eglise romaine , mais suspendues et ensevelies dans le silence par l'effet de son adresse ordinaire ; qu'à la vérité elle condamna les sentiments de Luther, mais qu'elle ne donna aucune règle de foi sur les points contestés. Pour se convaincre du contraire, il suffit de jeter un coup d'œil sur la 6e session du concile de Trente touchant la justification ; on y verra que ce concile a non-seulement condamné les erreurs de Luther, mais qu'il a établi tous les points de doctrine contraires sur des passages de l'Ecriture sainte , et que ses décrets sur celle matière de la grâce , du libre arbitre , de la justification et de la prédestination , sont clairs , précis, solides, et portent avec eux la conviction.

Mais admirons la sagesse et la brillante logique des protestants. D'un côté, ils disent que la tolérance est le seul remède pour empêcher le mauvais effet des disputes; de l'autre , ils reprochent à l'Eglise romaine sa tolérance à supporter les disputes de ses théologiens , qui n'intéressent en rien h doctrine chrétienne , et dont la décision ne pourroit contribuer ni à l'éclaircissement de cette doctrine , ni à l'avancement de la piété et de la vertu.

Nous ne devons pas être surpris de trouver la même injustice parmi les incrédules , leurs élèves. Ce ne sont point les théologiens qui ont provoqué les incrédules à la dispute; ces derniers sont les agresseurs. Ils renouvellent contre la religion les arguments et les calomnies des anciens philosophes et des hérétiques de tous les siècles. Si les théologiens ne répondoient pas , on triompherait de leur silence , on diroit qu'ils se sentent confondus. Lorsqu'ils répondent et qu'ils mettent au grand jour l'ignorance H la mauvaise foi de leurs adversaires, on les accuse d'être querelleurs , brouillons, jaloux, cftlomni.iÀfnrs , etc. \ !e-

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pendant ils sont chargés par état d'enseigner la religion et de la défendre; ils y sont engagés par l'intérêt qu'ils prennent au bien général de l'humanité ; mais qui adonné aux incrédules la charge et la commission d'attaquer la religion ?

S'il n'est pas permis de prêcher la vérité pour détromper les hommes de leurs erreurs , de peur de causer des disputes, les incrédules ont très-grand tort de dogmatiser et de renouveler des questions sur lesquelles on a disputé depuis la création.

Ajoutons que les disputes et les divisions qui sont nées parmi les fidèles, du vivant même des apôtres, sont une preuve certaine qu'il n'y a point eu de collusion entre les divers partis , pour en imposer au reste du monde , sur les faits qui servent de fondement au christianisme.

Quant aux disputes suscitées par les hérétiques des siècles suivants, TertuIîien, saint Augustin , Vincent de Lérins et d'autres ont fait voir que c'a été un mal nécessaire; qu'elles ont donné lieu d'étudier plus exactement l'Ecriture sainte et les monuments de la tradition; qu'elles ont contribué, par conséquent, à mieux expliquer la doctrine chrétienne.

11 seroit à souhaiter, sans doute , qu'il n'y eût plus de disputes ni de divers systèmes parmi les théologiens ; qu'uniquement occupés à établir le dogme contre les hérétiques , et à développer les preuves de la religion contre les incrédules, ils supprimassent entre eux toutes les questions problématiques ; mais celte réforme est à peu près impossible. Les jeunes gens surtout ont besoin de la dispute comme d'un aiguillon qui les excite à l'élude ; plusieurs, en s'occupantde questions inutiles , se rendent capables de traiter des matières plus importantes. Mais on ne sauroit trop recommander la douceur et la modération à tous ceux qui s'occupent de controverse ; c'est mal servir la religion que de la défendre avec les armes de riiumeiir et de la passion ; il faut laisser les accusations personnelles, les sarcasmes, les traits de malignité à ses enne-

mis , à plus forte raison les moyens que la probité réprouve , comme les fausses citations, les fausses traductions, les passages tronqués , les ouvrages supposés , etc.

DISQUE. Voyez Patène.

DISSENTANTS ou OPPOSANTS, nom général qu'on donne en Angleterre à différentes sectes qui , en matière de religion , de discipline et de cérémonies ecclésiastiques , sont d'un sentiment contraire à celui de l'Eglise anglicane , et qui néanmoins sont tolérées dans le royaume par les lois civiles. Tels sont en particulier les presbytériens, les indépendants, les anabaptistes, les quakers ou trembleurs. On les nomme aussi non conformistes. Vou. Anglicans.

Celte tolérance , dont on veut faire un mérite à l'Eglise anglicane , ne nous paroît pas digne de si grands éloges. De quel droit celte Eglise refuseroit-elle aux autres sectes le privilège de se séparer d'elle, comme elle s'est séparée elle-même de l'Eglise romaine ? Le principe fondamental de la réforme a été que tout chrétien doit suivre \h doctrine qui lui paroît clairement enseignée dans l'Ecriture sainte, et ne recevoir la loi d'aucune puissance humaine : or, toutes les sectes protestent qu'elles s'en tiennent fidèlement à ce principe. Quand même, dans une nation entière , il ne se trouveroit pas deux hommes qui entendissent de même l'Ecriture sainte , il ne seroit pas permis de gêner, par des lois, la croyance d'aucun ; tout fidèle est seul juge de sa foi ; la même raison qui l'aulorise à ne recevoir la loi de personne 7 lui défend aussi de l'imposer aux autres. A moins que le gouvernement anglois ne veuille contredire ouvertement la croyance dont il fait profession , il est forcé à une tolérance générale et absolue. (IV XXIII, p. 583.)

DISSIDENTS. L'on nomme ainsi en Pologne ceux qui font profession des religions luthérienne, calviniste et grecque : ils doivent jouir dans ce royaume du libre exercice de leur religion, qui , suivant les constitutions, ne les exclut point des emplois. Le roi de Pologne promet, par les pacta conventa , de les

tolérer et de maintenir la paix et l'union entre eux; mais les dissidents ont eu quelquefois à se plaindre de l'inexécution de ces promesses. Les ariens et les sociniens ont aussi voulu être mis au nombre des dissidents , mais ils en ont toujours été exclus.

DITHÉISME. Voyez Manichéisme.

DIURNAL, livre ecclésiastique qui contient Foffice du jour; il est différent du bréviaire en ce que celui-ci renferme aussi l'office de la nuit.

DIVIN, qui appartient à Dieu , qui a rapport àDieu, qui provientdeDieu, etc.; ainsi l'on dit la science divine , la divine Providence, la grâce divine, etc. Une doctrine divine est une doctrine révélée de Dieu ; un livre divin est un livre qui a été écrit par inspiration de Dieu ; une mission divine est celle qui est prouvée par des signes surnaturels qui ne peuvent venir que de Dieu.

L'on a nommé hommes divins ceux qui ont été inspirés de Dieu , ou éclairés par une lumière surnaturelle ; en citant les apôtres , les théologiens disent divus Paulus, etc.; de même en citant les Pères de l'Eglise, divus Jugustinus, etc. Ceux qui ont conclu de là que nous rendons à des hommes les honneurs divins, ou que nous en faisons des espèces de divinités , auroient pu s'épargner ce trait de ridicule.

Les incrédules ont accusé Moïse de vanité , parce qu'il se nomme un homme divin, ou plutôt l'homme de Dieu.

Deut., c. 55, f. 1. Cela ne signifie rien autre chose que Y envoyé de Dieu. Moïse l'étoit véritablement , et il étoit obligé de rendre témoignage de sa mission. Saint Paul nomme son disciple Timothée homme de Dieu. II. Tim., c. 6, f. M.

Il n'avoit certainement aucun dessein de lui inspirer de la vanité.

DIVINATION. Voyez Devin.

DIVINITÉ, nature ou essence de Dieu.

Les théologiens la font consister dans la notion d'Etre nécessaire ou existant de soi-même. Voyez Dieu. La divinité n'est ni multipliée ni séparée dans les trois Personnes de la sainte Trinité , elle est une et indivise dans toutes les trois.

Fuyez Trinité. La divinité et l'huma-

ni té sont réunies dans la Personne de Jésus-Christ.

Quand on dit la divinité , sans addition , l'on entend l'intelligence et la volonté suprême qui régit l'univers, sans examiner si elle est unique , ou partagée entre plusieurs êtres ; c'est ce que les Latins exprimoient par Numen, et les Grecs par OiXoj.

DIVINITÉ DE JÉSUS-CHRIST. Voyez Jésus-Christ , et Fils de dieu.

DIVORCE, dissolution ou rupture du mariage. Le mariage est-il dissoluble selon la loi naturelle ? Moïse, en permettant le divorce, a-t-il péché contre cette loi ? Jésus-Christ a-t-il poussé trop loin la rigueur , en déclarant que le mariage est indissoluble dans tous les cas? Voilà trois questions auxquelles nous sommes obligé de satisfaire.

Lorsque les pharisiens demandèrent à Jésus-Christ , s'il est permis à l'homme de répudier sa femme pour quelque raison que ce soit : a N'avez-vous pas lu , » répondit le Sauveur , que Dieu , qui a » créé l'homme et la femme , a dit :

» L'homme abandonnera son père et sa » mère pour s'attacher à son épouse , et » ils seront deux dans une seule chair.... » Que l'homme ne sépare donc point ce » que Dieu a uni. » Pourquoi donc , répliquèrent les pharisiens, Moïse a-t-il permis de faire divorce, et de renvoyer une femme? « Il l'a fait, dit Jésus-Christ, » à cause de la dureté de votre cœur ; » mais il n'en a pas été de même dès le » commencement. Pour moi, je vous » dis que tout homme qui renvoie sa » femme pour toute autre cause que » l'impudicité, et en épouse une autre, » est adultère; et que celui qui épouse » une femme ainsi répudiée est coupable » du même crime. » Mailh., c. 19, y. 5 et suiv.

Par cette réponse , Jésus-Christ a-t-il décidé qu'il est absolument permis de répudier une femme pour cause d'impudicité ou d'infidélité , et d'en épouser une autre , comme le prétendent les protestants? Nous soutenons que ce n'est point là le sens. Jésus-Christ décide que cela étoit permis par la loi de Mo'ise, c'est de quoi il s'agissoit; mais il ajoute

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qu'il n'en éloit pas de même avant cette ; après la mort du second , parce qu'elle

loi ; que l'homme ne doit pas séparer ce que Dieu a uni.

Il est évident , 1° que Jésus-Christ op

étoil impure, c. 24, 7. 4. 5° Le grand

prêtre des Juifs , ni les autres prêtres

ne pouvoient épouser une femme répu-

pose la loi primitive à la loi de Moïse. Idiée, parce qu'ils éloient consacrés à

2° Il justifie la permission que Moïse avoit donnée. 5° Il montre l'abus que les Juifs avoient fait de cette permission. 4° Il rappelle le mariage à son indissolubilité primitive.

JJieu. Levit., c. 21 , y. 7 et 45. Donc | Moïse n'avoit permis le divorce en cas ! d'infidélité de l'épouse, que pour pré- | venir un plus grand mal. Il est vrai que

les Juifs abusèrent de cette permission;

En effet, on ne voit aucun exemple i les prophètes le leur reprochent. Mich.,

de divorce avant la loi de Moïse. Lorsque les disciples renouvelèrent à Jésus-Christ la même question , il décida , sans restriction , que l'un et l'autre des conjoints , qui , après s'être quittés , se marient à un autre, commettent un adul-

chap. 2 , y. 9. Malach., chap. 2 , y. 14 ; Prov., cliap. 5, i. 18, 19. Mais cet abus ne doit pas être imputé au législateur.

L'on s'est donc trompé dans la plupart des écrits faits sur ce sujet. Lorsqu'on a dit , 1° que la loi de Moïse per-

ière. Marc, c. 10, y. 11 et 12; Luc, \ meltoit au mari de répudier sa femme

c. 16, f. 18. II n'étoit plus question pour lors de la loi de Moïse. Celte loi est conçue en ces termes , Dent., c. 24, y, 1 :

« Si un hoi d qu'ensuit » ses tude

quand il lui plaisoit, c'étoit une fausse interprétation des docteurs juifs. 2° Que les Pères ont mal pris le sens des pals ont point dis-

omme épouse une femme , et | rôles de Jésus -Christ, lorsqu'i ite elle ne trouve pas grâce à | pensé Que le mariage n'étoit poi

yeux , à cause de quelque turpi- j sous par le divorce même fait pour ..de, \l lui écrira une lettre de repu- cause d'adultère , et que les deus époux » diation , la lui mettra en main , et la j ne pouvoient se marier à d'autres ; en » renverra hors de chez lui. » j ceiales Pères ne se sont point trompés.

Le Sauveur ajoute que Moïse avoit i 5° L'on a dit encore que Jésus-Christ se permis le divorce aux Juifs à cause de j seroit contredit en permettant la dissola dureté de leur cœur , c'est-à-dire , de j lution du mariage pour cette cause , et

peur qu'ils ne se portassent aux dernières extrémités contre une femme in-

en défendant aux conjoints de se marier à d'autres. Mais il est faux que Jésus-

fidèle , et parce qu'ils se seroient révol- » Christ ait permis , même dans ce cas , la

tés contre une défense absolue du divorce , pendant qu'il étoit permis chez les autres nations.

D'ailleurs , la loi de Moïse condamnoit à la mort une femme adultère; au lieu de l'envoyer au supplice , c'étoit de la part du mari un acte d'humanité de se borner à la répudier.

Nous ne pouvons douter de l'intention de Moïse lorsque nous voyons les restrictions qu'il avait mises à cette permission. 1° Il ordonne qu'un mari qui accuse faussement son épouse de n'avoir pas été vierge , soit battu de verges , condamné à une amende, obligé à garder cette femme sans pouvoir jamais la renvoyer. Deuter., c. 22, y. 15. 2° Lorsqu'une femme avoit été répudiée et mariée à un autre homme , son premier mari ne pouveit !n reprendre, même

dissolution du mariage , il n'a permis que la séparation des époux. 4° L'on a cité à faux saint Clément d'Alexandrie, en lui faisant dire , Slrom., liv. 5, c. 6, qu'un homme qui a répudié sa femme pour cause d'adultère , peut en épouser une autre; cela ne se trouve point dans l'endroit cité. Saint Clément semble avoir enseigné le contraire, 1. 2 , c. 25 , p. 506.

Les passages des Pères, que liingham.

a rassemblés sur ce sujet, Orig. ccclés., tome 9 , 1. 22 , c. 5 , § 1 , prouvent trèsbien que, selon le sentiment de ces saints docteurs , il est permis à un chrétien de renvoyer une épouse infidèle, et de se séparerd'elle;mais aucun d'eux n'a dit expressément qu'il pouvoit en épouser une autre.

Comme les lois romaines étoienl très-

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relâchées sur le divorce, et le permettoient pour des causes très-légères , les lois de Constantin et de ses successeurs se sentent encore de cet abus. La multitude même de ces lois démontre qu'il n'y avoit point d'autre moyen de faire cesser absolument le désordre, que d'en revenir à la sévérité de l'Evangile, et de n'autoriser le divorce pour aucune cause quelconque. Voyez Bingham,îôîd., § 3 et suivants. (Ne XXIV, p. 583. )

L'on a beaucoup écrit de nos jours, pour prouver que la loi qui rend le mariage indissoluble dans tous les cas , est trop rigoureuse; que le divorce devroit être permis dans le cas d'infidélité de l'un ou de l'autre des conjoints, et pour d'autres raisons ; que , selon la loi naturelle , le mariage pourroit être dissous , lorsque les enfants n'ont plus besoin du secours ni de la tutelle de leur père et mère. Mais qui décidera en quel temps les enfants n'ont plus besoin de ce secours ? Nous soutenons qu'ils ont toujours besoin de vivre avec leurs pères et mères dans un commerce mutuel de tendresse et de bienfaits. Or, dans le cas du divorce , il seroit impossible que cette tendresse réciproque pût subsister. Le divorce seroit une source continuelle de haines et de divisions entre les familles, au lieu que le mariage est destiné à les réunir. La possibilité d'obtenir le divorce par l'adultère , est un attrait pour le faire commettre ; cela est prouvé par l'expérience des Anglois , chez lesquels la faculté de faire divorce a multiplié les adultères. La crainte seule de ces inconvénients suffiroit pour altérer la tendresse et la confiance mutuelle des époux. Il est donc faux que la loi qui permettroit le divorce, pût être conforme , ni à l'intérêt des conjoints , ni à celui des enfants , ni à celui de la société.

Dans les premiers âges du monde , et dans l'état de société purement domestique , le divorce auroit été , envers les femmes, un acte de cruauté. Quelle auroit été la ressource d'une femme renvoyée, qui n'avoit plus d'autre patrie que la tente de son époux , ni d'autre iamiile prête à la recevoir? Agar , ren-

voyée par Abraham, auroit été en danger de périr avec son enfant , si Dieu n'avait veillé sur l'un et sur l'autre avec un soin particulier. Aussi Abraham ne les éloigna-t-il que malgré lui , et par un ordre exprès de Dieu. Gen., c. 21 , f. 40 et suiv.

Sous la loi donnée par Moïse , l'état de la société avoit changé , les inconvénients n'étoient plus les mêmes ; outre les restrictions que ce législateur avoit mises à la permission de faire divorce , Dieu y avoit encore pourvu par les autres lois qui regardoient le mariage, et par la constitution particulière de la république juive ; l'on ne peut plus dire que , dans cet état des choses , le divorce étoit encore contraire à la loi naturelle. Il ne s'ensuit pas de là que le bien et le mal moral dépendent de la volonté arbitraire de Dieu , comme certains censeurs ont voulu le conclure ; il s'ensuit seulement que ce qui étoit essentiellement mauvais et pernicieux dans tel état de la société , peut cesser de l'être dans un autre état, lorsque Dieu a pourvu d'ailleurs au bien et à l'intérêt général. Ce n'est point alors une dispense ni une dérogation au droit naturel , puisque ce droit naturel ne subsiste plus. Chez les Juifs, le mari seul avoit droit de renvoyer sa femme; une femme n'avoit pas le droit de quitter son mari malgré lui.

Joseph., Antiq., 1. 15, c. 11. Aujourd'hui nos politiques incrédules voudroient que la liberté fût égale pour les deux sexes.

Pour savoir quels seroient les effets du divorce, dans l'état de société civile et politique établi aujourd'hui chez les nations, il ne faut pas consulter les vaines imaginations des philosophes, mais l'histoire et les faits. Denis d'Halicarnasse fait l'éloge des anciennes lois romaines, qui interdisoient le divorce s Alors, dit cet historien , il régnoit p.ntre les époux une amitié constante , produite par l'union inséparable des intérêts. Il n'étoit pas besoin pour lors de lois pour engager les Romains à se marier. Sous Auguste , au contraire , lorsque le divorce fut devenu commun, l'on fut obligé de forcer les patriciens à

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prendre des épouses. Sénèque dit que, de son temps , le principal attrait du mariage étoit l'espérance de faire divorce. Juvénal exerce sa verve poétique contre les dames romaines, qui trouvoient le secret de changer huit fois de maris dans cinq ans. Saint Jérôme rapporte qu'il a vu enterrer , à Rome , une femme qui avoit eu vingt-deux maris ; Jésus-Christ reprochoit à la Samaritaine d'en avoir eu cinq. Est-ce à tort que ce divin Sauveur a retranché un principe de lubricité aussi affreux?

Dès que le divorce est une fois admis, les causes qui le font juger légitime se multiplient de jour en jour , et les argumentations par analogie ne finissent plus. La stérilité d'une femme , l'incompatibilité prétendue des caractères, le plus léger soupçon d'infidélité, une infirmité habituelle, la longue absence de l'un des époux, un crime déshonorant commis par l'un ou par l'autre, etc. , il n'en falloit pas tant chez les Romains pour autoriser un mari à répudier sa femme; rien ne peut plus arrêter la licence , dès qu'elle est une fois introduite. De même que la facilité de faire divorce pour cause d'adultère, a multiplié ce crime chez nos voisin: ; ainsi , les autres crimes deviendroient plus communs , s'ils pouvoient produire le même effet.

Aussi David Hume , philosophe anglois , dans ses Essais moraux et politiques , t. \ , vingt-deuxième Essai, après avoir allégué toutes les raisons par lesquelles on voudroit autoriser le divorce, y en oppose de plus solides. Premièrement, dit-il , lorsque les parents se séparent , que deviendront les enfants ?

faut-il les abandonner aux soins d'une marâtre ; et au lieu des tendresses maternelles , leur faire essuyer tonte l'indifférence d'une étrangère, toute la haine d'une ennemie? Ces inconvénients se font assez sentir parmi nous , lorsqu'une femme qui a des enfants vient à mourir, et que leur père en prend une seconde. Faut-il laisser aux caprices des parents le pouvoir de rendre leur postérité malheureuse?

En second lieu , quoique le cœur humain désire naturellement la liberté et

déteste toute contrainte , il lui est cependant tout aussi naturel de céder à la nécessité , et de renoncer à une inclination qu'il ne peut satisfaire. La passion folle et capricieuse de l'amour veut la liberté, sans doute; mais l'amitié, plus sage et plus calme, n'est jamais plus forte que quand un grand intérêt ou la nécessité en a formé le lien : or, lequel de ces deux sentiments doit dominer dans le mariage? le premier ne peut pas durer longtemps ; le second , s'il est sincère , se fortifie avec les années.

En troisième lieu , rien n'est plus difficile que de confondre l'intérêt de deux personnes , à moins que leur union ne soit indissoluble; dès que les intérêts peuvent se séparer, il en naîtra des disputes et des jalousies continuelles. Quel attachement peut prendre une épouse pour une famille dans laquelle elle n'est pas sûre de demeurer toujours? Un mariage sujet à être dissous , ne peut pas plus contribuer à la félicité des familles ni à la pureté des mœurs , qu'un concubinage habituel.

Ajoutons que le privilège de faire divorce ne seroit que pour les grands et pour les riches, pour ceux qui n'ont déjà que trop de facilité d'ailleurs de secouer le joug des bienséances, et de braver toutes les lois; le peuple n'en a pas besoin, et il seroit tenté rarement d'en profiter. Cet abus ne serviroit qu'à favoriser le vice, et à couvrir d'opprobre la vertu. Il faudroit, sans doute , le consentement des deux conjoints; celui qui seroit assez vertueux pour ne pas le donner, seroit exposé aune persécut'on continuelle de la part de l'autre. C'est tout l'effet que produit déjà parmi nous la facilité des séparations.

Quand on a lu l'histoire avec réflexion, et que l'on connoît les divers usages des peuples anciens et modernes, l'on est indigné de la confiance avec laquelle nos dissertateurs téméraires osent écrire que la permission du divorce remédieroit en grande partie à la corruption des mœurs , et qu'elle inspireroit aux époux plis de retenue; l'expérience prouve précisément le contraire. Ils disent qu'il y a de la cruauté à forcer deux époux ,

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