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prescrire la manière dont il veut être adoré ; donc il faut que la religion soit révélée : or, le fait de la révélation ne peut être prouvé que comme tout autre fait, par des preuves morales , par des témoignages , et non par des démonstrations géométriques ou métaphysiques.
5° Jamais un sceptique n'a cherché les preuves de la religion avec autant d'ardeur que les objections. C'est assez qu'un livre soit fait pour la défendre , pour exciter le dédain et le dégoût de tous ceux qui veulent douter , ils le condamnent et le décrient même sans l'avoir lu ; et, selon leur jugement, tout livre qui attaque la religion est un chefd'œuvre de sagesse et de bon sens.
4° Ceux qui aiment la religion et la pratiquent , en trouvent les preuves au fond de leur cœur ; ils n'ont besoin ni de livres , ni de disputes , ni de démonstrations. La foi est tranquille et paisible ; l'incrédulité est pointilleuse , n'est jamais satisfaite. Mettrons-nous en question , pendant toute la vie , un devoir qui naît avec nous , et qui doit décider de notresortéternel?Sinousmourons avant d'avoir vidé la dispute, en serons-nous quittes pour dire que nous n'avons pas vécu assez longtemps pour la terminer?
5° La religion est faite pour les ignorants aussi bien que pour les philosophes; si c'étoit une affaire de discussion , d'érudition , de critique, les premiers seroient condamnés à n'avoir jamais de religion. Il est absurde de penser que Dieu a dû pourvoir au salut des savants autrement qu'à celui du peuple.
Lorsqu'il est question d'intérêt temporel, les philosophes prennent leur parti sur les mêmes raisons, par les mêmes motifs , avec le même degré de certitude que les autres hommes ; la religion est la seule chose sur laquelle ils sont disputeurs et opiniâtres.
C° Depuis dix-sept siècles la religion n'a pas cessé d'être attaquée ; malgré les volumes immenses d'objections et de sophismes que l'on a faits contre elle dans tous les temps, elle a cependant été crue et pratiquée. Osera-t-on soutenir que, parmi ceux qui tiennent pour elle, il n'v a pas un seul homme éclairé , in-
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struit . de bon sens et de bonne foi, pas un seul qui ait pesé les objections et les preuves? S'il y en a pour le moins autant que d'incrédules , donc toute la différence qu'il y a entre eux , c'est que les premiers aiment la religion , au lieu que les seconds la redoutent et la détestent.
7° Il y a des siècles remarquables par la multitude de ceux qui doutent de la religion, et qui s'occupent à rassembler des nuages pour en obscurcir les preuves. Le nôtre est dans ce cas. Est-ce parce qu'il y a plus de pénétration, de droiture , de zèle pour s'instruire , de crainte de tomber dans l'erreur, que dans les siècles précédents ? Mais lorsque le luxe, la fureur du plaisir, les fortunes suspectes, les banqueroutes frauduleuses , les sophismes de la friponnerie , le mépris des bienséances, sont portés à leur comble , ce ton général des mœurs n'est pas fort propre à inspirer l'amour de la vérité. Elle auroit beau se montrer , lorsque l'on est disposé d'avance à la méconnoître et à reconduire.
8° Si ceux qui doutent étoient sincèrement fâchés de n'être pas persuadés , chercheroient-ils à inspirer aux autres la maladie de laquelle ils sont atteints ? Ce trait dr calice seroit détestable. Leur zèle à faire des prosélytes démontre qu'ils aiment leur incertitude, qu'ils en font gloire, qu'ils seroient fâchés de penser autrement. Ils tâchent de se faire un nouvel appui dans la multitude de ceux qu'ils auront séduits ; leur dernière ressource sera de dire : II faut bien que faie raison, puisque tant d'autres pensent comme moi. Vouez Scepticisme, Objections , Preuves.
DOXOLOGIE, nom que les Grecs ont donné à l'hymne angélique ou cantique de louange que les Latins chantent à la messe, et qu'on nomme communément le Gloria in excelsis, parce qu'il commence en grec par le mot &'£« , gloire.
Ils distinguent dans leurs livres liturgiques la grande et la petite doxologie. La grande doxologie est celle dont nous venons de parler. La petite doxologie est le verset Gloria Patri, et Filio, etc., par lequel on termine la récitation de chaque psaume dans l'office divin, et 1
qui commence en grec par le même mot.
Philostorge , historien suspect et trop favorable aux ariens, dans son troisième livre , n° 43, nous donne trois formules de la petite doxologie. La première est gloire au Père, et au Fils, et au Saint* Esprit. La seconde, gloire au Père, par le Fils , dans le Saint-Esprit. La troisième , gloire au Père, dans le Fils et le Saint-Esprit. Sozomène et Nicéphore en ajoutent une quatrième; savoir, gloire au Père et au Fils , dans le Saint-Esprit. La première de ces doxologies est la plus ancienne , et a toujours été en usage dans les Eglises d'Occident. Théodoret prétend qu'elle vient des apôtres , Hist. liv. 4, ch. 1 . Les trois autres furent composées par les ariens , vers l'an 541 , au concile d'Antioche , où les ariens , qui commençoient à n'être plus d'accord entre eux , voulurent avoir des doxologies relatives à leurs divers sentiments.
Les catholiques , de leur côté , conservèrent l'ancienne doxologie comme une profession de foi opposée à l'arianisme. Ainsi l'ordonna le concile de Vaisons , l'an 529. Voyez Fleury , Hist. ecclés,, 1. 52, lit. 12, p. 268.
Cette preuve de l'ancienne croyance de l'Eglise est d'autant plus forte , que l'on ne peut pas assigner la première origine de celte manière de louer Dieu.
Au reste, comme le remarque Bingham, la petite doxologie n'a pas toujours été uniforme, quant aux termes, dans les Eglises catholiques; mais elle n'a pas varié quant au sens. Le quatrième concile de Tolède, tenu en 523, s'exprime ainsi à cet égard : In fine omnium psalmorum dicimus : Gloria et honor Patri, et Filio, et Spiritui sancto, in sœcula sœculorum , amen, Walafrid Strabon , de Jieb. eccles., c. 25, rapporte que les Grecs la conçurent en ces termes : Gloria Patri, et Filio, et Spiritui sancto, et nunc , et semper , et in sœcula sœculorum , amen.
Outre cette doxologie qui terminoit les psaumes, Bingham observe qu'il y en avoit anciennement une dontil cite un exemple tiré des Constitutions apostoliques, 1. 8 , c. 12, par laquelle on ter-
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minoit les prières : Omni s gloria, veneratio, gratiarum actio, honor, adoratio, Patri, et Fi Mo , et Spiritui gancto,nunc et semper, et ininfinita ac sempilerna sœcula sœculorum , amen.
Ou celte autre : Per Christum quo tibi et Spiritui s ancto gloria , honor, laus, glorificatio, gratiarum actio in sœcula , amen. Et enfin celle-ci , par laquelle on concluoit les sermons ou homélies : Ut obtineamus œternam vitam, perJesum Christum; cuicum Pâtre et Spirilu sancto, gloria et potestas in sœcula sœculorum , amen. Bingham , Orig. ecclés., 1. 6 , 1. 1 4 , c. 2 , g 1 .
Quant à la grande doxologie ou au Gloria in excelsis , excepté les premières paroles que les évangélisles attri-
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l'une et l'autre sont plus anciennes que l'arianisme, et prouvent que les ariens êtoient des novateurs. Il est même probable qu'Eusèbe avoit en vue ces deux formules , lorsqu'il dit que les cantiques des fidèles atlribuoient la divinité à Jésus-Christ , et qu'ils avoient été composés dès le commencement. IJist. ecclésiast., I. 5, c. 28. En effet Pline le Jeune , Epist. 97 , 1. 10, écrit à Trajan que les enréliens, dans leurs assemblées, chantoient des hymnes à Jésus-Christ comme à un Dieu. Lucien le témoigne de même dans le dialogue intitulé Philopatris. Le Brun , Explic. des rérém.
de la messe, t. 1 , p. 163.
DBAPEAUX ( Bénédiction des). Cette cérémonie se fait avec beaucoup d'éclat,
buent aux anges qui annoncèrent aux : au bruit des tambours, des trompettes bergers la naissance de Jésus-Christ, on et même de la mousqueterie des troupes ignore par qui le reste a été ajouté ; et » qui sont sous les armes. Si la bénédic-
quoiqu'on appelle toute la pièce Y hymne angélique , les Pères ont reconnu que tout le reste étoit l'ouvrage des hommes. C'est ce qu'on voit dans le treizième canon du quatrième concile de Tolède.
tion a lieu dans une ville, elles se rendent en corps dans l'église principale; là l'évêque ou quelque ecclésiastique de marque, bénit et consacre les drapeanx qui y ont été portés plies, par des prières,
Ce qu'il y a de certain , c'est que ce can- des signes de croix et l'aspersion de Peau tique est très-ancien , et n'est pas une j bénite : alors on les déploie , et les profession de foi moins claire que la j troupes les remportent en cérémonie, précédente. Saint Chrysostome observe l Voyez le détail dans les Eléments de que les ascètes le chantoient à l'office du I Vart militaire , par M. d'Héricourt. matin. Mais, de toute antiquité , on l'a Quelques incrédules ont conclu de la chanté principalement à la messe, non j que l'Eglise approuve la guerre et l'efpas cependant tous les jours. La liturgie \ fusion du sang. Il n'en est rien ; mais mozarabique veut qu'on le chante le jour ] par cette cérémonie elle fait. sou venir les de Noël avant les leçons, c'est-à-dire militaires que c'est Dieu qui accorde la avant la lecture de Pépître et de l'évan- j victoire , ou punit les armées par des gile. Dans les autres Eglises, on ne le : défaites; qu'il faut bannir des armées chantoit que le dimanche, à Pâques et j les désordres capables d'attirer sa coaux autres fêtes les plus solennelles ; en- ; 1ère , s'abstenir de tout acte de cruauté core aujourd'hui , dans l'Eglise romaine, ! qui n'est pas absolument nécessaire pour on ne le dit pointa la messe les jours de • vaincre l'ennemi , respecter le droit des férié et de fêtes simples , non plus que ! gens, même au milieu du carnage. Voy. dans l'A vent , ni depuis la Sepluagésime jusqu'au samedi saint exclusivement.
Bingham , Orig. ecclés., t. 6, 1. 14, cil, g 2.
Il y a beaucoup d'apparence que depuis la naissance de l'arianisme, l'Eglise j » attacher trop de cérémonies pour le rendit l'usage des deux doxologies plus ; » rendre respectable et précieux. Si l'on commun , et fit une loi de ce qui n'étoit ! » peut y parvenir, on peut aussi compter auparavant qu'une coutume, afin de : » sur toutes sortes de bons succès; la prémunir les fidèles contre l'erreur; mais | » fermeté des soldats , leur valeur en se-
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« Les soldats, dit le maréchal de Saxe, » doivent se faire une religion de ne ja- » mais abandonner leur drapeau, il doit » leur être sacré ; et l'on ne sauroit y
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s ront les suites. Un homme déterminé , » qui prendra en la main leur drapeau, » leur fera bra\er les plus grands dan- » gers. i Cela est prouvé par l'exemple des Romains; ils rendoient aux enseignes militaires un culte idolâtre et superstitieux , et cet excès leur a été reproché par nos anciens apologistes. « La
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Quand on suppose que l'homme est de même nature que les brutes , et soumis aux mêmes lois , sur quoi ses droits peuvent-ils être fondés? Sur ses besoins sans doute et sur ses forces ; mais toutes les manières de pourvoir à nos besoins et d'exercer nos forces ne sont pas légitimes ; il en est desquelles il ne nous est
» religion des Romains est toute mili- ! jamais permis de nous servir. Quoique
» taire, disoit Tertullien ; elle adore les » enseignes , jure par elles, et les met à
nous ayons le besoin et la force de conserver notre vie , nous n'avons pas droit
la tète de tous les dieux. » Adv. gen- j de le faire aux dépens de la vie de nos tes, c. 16. Le christianisme, en détrui- semblables ; le degré de nos besoins et sant le culte idolâtre attaché aux dra- j de nos forces ne peut donc pas être la peaux , n'a pas voulu détruire une vé- mesure de nos droits. Les animaux ont aération si utile au service militaire ; l'usage de les bénir est fort ancien. Sur la (in du neuvième siècle , l'empereur Léon le Philosophe recommande aux capitaines de faire bénir leurs enseignes par des prêtres, un ou deux jours avant de partir pour une expédition. Mém. de l'Acad. des Inscript., t. 65 , m-12 , p. 2 et 10.
Comme les images des dieux étoient peintes ou sculptées sur les enseignes <les Romains , que les soldats croyoient combattre sous la protection de ces fausses divinités , et leur rendoient un culte idolâtre , les premiers chrétiens eurent pendant quelque temps de la répugnance à exercer la profession des armes; ils craignirent de paroître prendre part à ce culte superstitieux. C'est à cause de ce danger que Tertullien décida, dans son livre de Corond militis, qu'il n'étoit pas permis à un chrétien d'être soldat. Mais il faut qu'il ait jugé lui-même celte décision trop sévère , puisque dans son Apologétique ,c. 57 , il atteste que les camps étoient remplis de chrétiens, et il ne les désapprouve point. Voy. Armes.
DROIT. Nous ne pouvons parler du droit divin sans donner une notion du droit en général. Nous entendons sous ce nom toute prétention conforme à la loi ; ou, si l'on veut, c'est ce que l'homme peut faire lui-même, ou exiger des autres pour son bien en vertu d'une loi.
S'il n'y avoit point de loi, il n'y auroit ni droit ni tort; c'est la loi divine qui est le fondement, la règle et la mesure •de tous nos droits.
des besoins égaux , et souvent des forces supérieures à celles de l'homme; on ne s'est pas encore avisé de leur attribuer des droits à l'égard de l'homme ou envers leurs semblables.
Le vrai fondement des droits de l'homme est donc celte loi primitive du Créateur : « Croissez , multipliez , do- » minez sur les animaux et sur les pro- » duclions de la terre. » Gen.,c< 1,^.28. Toute faculté et toute action qui n'est pas comprise dans le sens de ces paroles n'est plus un droit, mais une injustice et une usurpation.
La plupart des philosophes modernes ont voulu tirer la notion du droit et de la justice, des sensations. Lorsqu'un homme nous fait violence, disent-ils „ la sensation que nous éprouvons est jointe à l'idée d'injustice; nous sentons que cet homme n'a pas le droit de nous faire violence , qu'au contraire il blesse le droit que nous avons de ne pas la souffrir.
1° Cette théorie même suppose que nous avons déjà l'idée du droit , avant d'éprouver une violence. 2° Lorsqu'un coup de vent nous renverse, nous éprouvons la même sensation que quand un brutal nous jette par terre; dans le premier cas, cependant, elle ne nous donne point l'idée de tort ni d'injustice. Si elle nous donne cette idée dans le second cas, c'est que nous supposons celui qui agit doué de connoissance et de liberté ; autre idée qui ne vient point des sensations. Dire que celui qui nous Dlesse n'en a pas le droit , et dire qu'il
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y a une loi qui le lui défend, c'est la même chose. Ainsi la notion de droit et de tort est essentiellement liée à celle de loi. 5° Nous ne voyons pas pourquoi le bien que nous recevons de nos semblables ne nous donneroit pas l'idée de droit, comme le mal que nous en éprouvons nous donne l'idée de tort ou d'injustice. Celte théorie est fausse à tous égards.
De même que sans la notion de loi nous ne pouvons avoir celle de devoir ou d'obligation morale, nous ne pouvous former non plus l'idée de droit et de justice.
Il ne faut cependant pas confondre l'une de ces idées avec l'autre. Le devoir est ce que Dieu nous ordonne de faire, le droit est ce qu'il nous permet , et ce qu'il commande aux autres de faire pour nous. Il est de notre devoir d'assister nos semblables dans le besoin , et nous avons droit d'exiger d'eux l'assis-
lorsqu'il ne porte aucun préjudice à se? semblables. Or , il est des hommes qui , par goût , par caractère , par tempérament, jugent que le célibat est plus avantageux pour eux que l'état du mariage. Loin de porter aucun préjudice à la société , en préférant le premier, ils s'abstiennent de mettre au monde des enfants , qui probablement seroient malheureux et à charge à la société.
En général , les théologiens ne sauroient trop se défier des notions que les philosophes modernes veulent nous donner des êtres moraux; c'est avec raison que la faculté de théologie de Paris a condamné leur théorie sur l'origine des idées de droit , de ustice , de devoir et d'obligation mot; e ; elle n'a été forgée que pour fiworiser le matérialisme.
Il n'est pas besoin d'une longue discussion pour réfuter le sentiment de
tance en pareil cas. Ce n'est pas pour Hobbes, qui est aussi celui de Spinosa ;
nous un devoir d'exercer nos droits &<xns toute leur étendue et dans la rigueur, nous pouvons en relâcher par indulgence , ou renoncer à un droit quelconque, pour en acquérir un autre qui nous paroît plus avantageux.
Droit et devoir sont donc corrélatifs ; la loi ne peut me donner un droit à l'égard de mes semblables, sans leur imposer le devoir de me l'accorder, et sans m'imposer aussi des devoirs à leur égard , autrement elle me favoriscroit à leur préjudice ; ainsi nos devoirs sont toujours proportionnés à nos droits.
Si l'on n'avoit pas confondu ces notions , l'on n'auroit pas décidé que c'est un devoir pour l'homme de se marier et de mettre des enfants au monde , puisqu'il en a le droit, on n'auroit pas conclu que l'état de continence est contraire au droit naturel. Droit et devoir ne ; sont pas la même chose; où est la loi qui ordonne à l'homme de se marier? Personne n'a droit de l'en empêcher pour toujours cl dans tous les cas ; mais personne non plus ne peut lui en imposer le devoir, sinon dans le cas de
savoir, que tout droit est fondé uniquement sur la puissance ; que l'un est toujours en proportion de l'autre; que Dieu lui-même n'a droit de commander aux hommes que parce qu'il est toutpuissant ; qu'ainsi l'obligation d'obéir n'est autre chose que l'impuissance de résister. D'où il s'ensuit que si un homme éloit assez puissant pour subjuguer l'univers entier, il en auroit le droit, et que tout le monde seroit dans l'obligation de lui obéir. Mais il s'ensuit aussi que tout homme qui a le pouvoir de résister impunément , en a aussi le droit, et que , dans le fond , l'obligation morale est absolument nulle , que la force seule règne parmi les hommes , comme parmi les animaux. Voyez Cudworthr Syst. intel., chap. 5, sect. 5, § 53 , et les Notes de Moshcim.
Ces conséquences, et beaucoup d'autres qu'entraîne ce système, su/lisent pour en démontrer l'absurdité, et pour en inspirer de l'horreur. Dieu n'a point créé le monde pour faire ostentation de s» puissance, mais pour exercer sa bonté, puisqu'il n'avoit besoin d'aucune créa*
nécessité. 11 a le droit de choisir l'état \ turc. De même que c'est par bonté qu'il
de vie qui lui {Lirait le plus avantageux, ; a donné l'être aux hommes , el «pi il le?
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a faits tels qu'ils sont , c'est aussi par bonté qu'ii les a destinés à l'état de société, il n'éloit pas bon que l'homme fût seul. Gen., c. 2, ,v. 18. Conséquemment il a fallu qu'il leur imposât des lois et des obligations mutuelles , et c'est ainsi qu'il leur a donné des droits les uns à l'égard des autres ; il a ordonné à chacun^ d'eux d'aider son prochain.
Eccl., c. 17, f. 12. Une liberté illimitée , loin d'être un avantage pour eux , feroit leur malheur et tourneroit à leur destruction ; David n'avoit pas tort de dire : Foire loi , Seigneur, est un bien pour moi. Ps. 118, j. 72. Sur cette loi éternelle sont fondées toutes les autres lois , et ce que nous nommons droit et justice. Voyez Société.
De là résulte que le droit de commander, dont Dieu a revêtu certains hommes , est destiné , comme celui de Dieu même , à procurer le bien de la société humaine ; ainsi Dieu n'a donné à aucun homme une autorité absolue, despotique, illimitée, affranchie de toute loi , parce que , vu les passions auxquelles tout homme est sujet, une telle autorité seroit destructive de la société, et ne pourroit tourner qu'à son malheur, (juand un homme auroit le pouvoir de se la procurer , il n'en auroit pas le droit, il seroit injuste et punissable de vouloir l'exercer. Mais lors même que celui qui est revêtu d'une autorité légitime abuse de son droit, il n'est permis de résister que quand ce qu'il commande est formellement contraire à la loi de Die î ; c'est alors seulement qu'il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Act., c. 4, f. 19. Un droit absolu et illimité de résistance rendroit l'autorité nulle, établiroit l'anarchie , et seroit aussi contraire au bien de la société qu'une autorité despotique et illimitée.
Dès que l'on perd de vue ces principes , dont la vérité est palpable , et que la raison nous dicte aussi bien que la révélation , l'on ne peut plus enseigner que des absurdités touchant le droit, la justice , l'autorité , le gouvernement, etc.
Droit naturel. C'est ce qu'il nous est permis de faire pour notre bien , et ce qu'il est ordonné aux autres de faire
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en notre faveur, par la loi générale qua Dieu a imposée à tous les hommes, en les destinant à l'état de société.
Dieu avoit décidé qu'il n'est pas avantageux à l'homme d'être seul , Gènes., c. 2, f. 18; il avoit formé deux individus, et il les unit en les bénissant par ces paroles : Croissez, multipliez , etc. Cette société naturelle et domestique est l'origine et le fondement de toutes les autres, du droit naturel dans toute son étendue.
Nous convenons que le droit naturel est fondé sur la nature de l'homme , tout comme la loi naturelle; mais si l'homme étoit l'ouvrage du hasard, ou de la matière aveugle , comme le prétender/ tant de philosophes, quel droit, quelle loi pourroit-on fonder sur sa nature?
Tout seroit nécessaire ; donc rien ne seroit ni bien ni mal, il n'y auroit ni droit, ni tort , ni vice , ni vertu.
Mais dès que l'homme, tel qu'il est, est l'ouvrage de Dieu, ce Créateur intelligc fit, sage et bon , ne s'est pas contredit lui-même , en donnant à l'homme le besoin et l'inclination de vivre en société, il lui a imposé les devoirs de l'état social , et a fondé les droits de l'homme sur la loi même qui lui prescrit ses devoirs.
La fi n du droit naturel, dit très-bien Leibnitz, est le bien de ceux qui l'observent; l'objet de ce droit est tout ce qu'il importe à autrui que nous fassions, et qui est en notre puissance; la cause efficiente est la lumière de la raison éternelle que Dieu a allumée dans nos esprits; ainsi le fondement de ce droit n'est point une volonté arbitraire de Dieu, mais une volonté dirigée parles vérités éternelles, qui sont l'objet de l'entendement divin. C'est aussi ce qu'a pensé Cicéron. Voyez Devoir.
Quelques philosophes ont dénni le droit naturel , ce qui est conforme à la volonté générale de tous les hommes.
Cette définition n'est pas juste. La volonté générale est sans doute un signe certain pour connoîlre ce qui est ou n'est pas de droit naturel; mais ce n'est pas elle qui constitue ce droit. Toutes les volontés particulières desquelles ré-