‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 69 sur 114 · DUO · texte numérisé non relu

DUO

suite la volonté générale, ne sont justes, légitimes, capables de faire loi par leur réunion, qu'autant qu'elles sont l'expression de la volonté de Dieu. Puisque, selon les philosophes même , aucun homme n'est mon supérieur par nature, et n'a aucune autorité sur moi, tous les hommes réunis n'ont d'autre pouvoir sur moi que la force, et la force j

DRO

étoit encore bornée à une seule famille, son intérêt étoit l'intérêt général , tout ce qui contribuoit au bien être de cette famille lui étoit permis, puisqu'il ne pouvoit nuire à personne. Lorsque plusieurs familles formèrent différentes peuplades , l'une ne pouvoit légitimement procurer son bien en nuisant à celui d'une autre, parce que chacune

ne fait pas le droit ; leurs volontés ré- { avoit un droit naturel de jouir en paix unies ne sont pas une loi pour moi , ! de son bien-être ; mais chacune pouvoit, à moins que je ne les envisage comme j sans blesser la loi naturelle , se perl'organe de la volonté de Dieu, mon mettre ce qui ne portoit aucun préjudice seul supérieur. Quand, par une sup- aux autres. Entin, dès le moment que position impossible , tous les hommes ; plusieurs peuplades eurent formé ense réuniroient pour m'accorder un droit ; semble une société civile et nationale, contraire à la volonté de Dieu, «u à la \ certains usages , qui n'avoient point nui loi qu'il a portée , leur volonté générale ; au bien de chaque peuplade séparée, n'auroit aucun effet, et ce prétendu ! ont pu devenir nuisibles à la société droit seroit absolument nul. I civile , et dès lors ont cessé d'être con-

D'autres disent que le droit naturel \ formes au droit naturel. Ainsi le maest ce qui est conforme au bien général j riage des frères avec leurs sœurs, qui de r humanité ; nous admettons volon- 1 étoit non-seulement permis mais nécestiers cette notion; mais elle ne suffît pas \ saire dans la famille d'Adam , a cessé de pour que les autres hommes aient droit j l'être dans les générations suivantes, d'exiger quelque chose de moi ; il faut ] lorsqu'il a été utile au bien commun de qu'il y ait une loi qui m'oblige à leur [ former les alliances entre les différentes rendre ce devoir, et cette loi n'auroit \ familles. Ainsi la polygamie, qui étoit point de force, si elle n'étoit revêtue j utile dans les peuplades séparées, a d'une sanction. cessé de l'être dans les sociétés nom-

L'égalité physique n'existe point entre breuses ; les inconvénients qu'elle a cilles hommes; l'égalité morale ne peut tramés pour lors l'ont rendue contraire donc y avoir lieu qu'en vertu d'une loi. i au droit naturel. Dieu , qui est le père de tous , et qui veut II n'a donc pas été nécessaire que Dieu le bien général de tous, n'a donné à [ dispensât les patriarches de. la loi natuaucun particulier le droit de se pro- relie, pour leur permettre d'épouser leurs curer son propre bien aux dépens du | sœurs ou leurs proches parentes, ou d'abien de ses semblables, ce seroient deux j voir plusieurs femmes ; dans les circonvolontés contradictoires. Telle est Véga- stances où ils l'ont fait , il n'en résultoit lilé morale que Dieu a établie entre | aucun inconvénient contraire à l'intérêt tous les hommes, et de laquelle il faut j général , par conséquent la loi naturelle

partir pour avoir des notions exactes du droit , de l'équité, de la justice.

Il est évident que le bien général de la société n'a pas pu être absolument le même dans les divers états par lesquels le genre humain a dû nécessairement passer, par conséquent le droit •naturel n'a pas toujours été le même non plus, c'est-à-dire que la loi naturelle n'a pas dû commander ou défendre les mêmes choses dans ces différentes circonstances. Lorsque la race humaine

ne le défendoit pas. Voyez Polygamie.

De même certains usages ont pu être conformes à l'intérêt d'une société nationale, et devenir ensuite contraires au bien de la société universelle et au droit des gens. Dans ces trois états si différents , le droit respectif des deux époux , le pouvoir des pères sur les enfants, l'autorité des maîtres sur les esclaves, ont nécessairement varié ;ils ont dû être plus ou moins étendus, selon le besoin des sociétés.

DRO 327

On aura beau dire que le droit naturel est immuable , cela demande une explication. Quoique la nature humaine soit toujours essentiellement la même , ses besoins, ses intérêts, ses droits, ses mœurs , changent et sont relatifs au degré de civilisation ; la loi naturelle ne peut donc pas prescrire absolumen-t les mêmes choses dans les différents états.

Autrement les lois civiles, pour être justes , devroient aussi être invariables ; tout changement dans ces lois seroit contraire au droit naturel.

Voilà ce que les philosophes ne se sont jamais donné la peine de considérer; on ne doit donc pas être surpris si les anciens ont si mal raisonné sur le droit naturel; il n'en est pas un seul qui n'ait approuvé des usages qui étoient évidem-

Page 1