‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 71 sur 114 · G EAU · texte numérisé non relu

G EAU

Pendant les Rogations , l'on bénit Veau des puits, des citernes, des fontaines, des rivières, en priant Dieu d'en rendre l'usage salutaire aux fidèles.

Dans VHistoire de V Académie des Inscriptions } tom. 6, in-i2 , p. 4, il y à l'extrait d'un sa\ant mémoire sur le culte que les païens rendoient aux eaux, à la mer , aux fleuves , aux fontaines , sur les divinités qu'ils avoient forgées pour y présider, sur les raisons naturelles ou imaginaires qui avoient fait naître ce culte , sur les superstitions et les abus dont il étoit accompagné. Quand on y fait réflexion , l'on conçoit que la bénédiction des eaux, faite par l'Eglise , éloit très-propre à convaincre les fidèles que cet élément n'est ni une divinité , ni le séjour des prétendus dieux inventés par les païens ; que Dieu l'a créé pour l'utilité des hommes , et que c'est à lui seul qu'il faut en consacrer l'usage, liais les réformateurs , très-mal instruits de l'antiquité, et des raisons qu'a eues l'Eglise d'instituer ses cérémonies, ont pris aveuglément pour des restes du paganisme les pratiques établies exprès pour déraciner toutes les idées et toutes les erreurs des païens. Aujourd'hui leurs successeurs, moins ignorants, devroient se souvenir qu'au quatrième siècle, qui est l'époque à laquelle ils fixent la naissance de la plupart de nos rites, les philosophes faisoient tous leurs efforts pour soutenir l'idolâtrie chancelante, pour en justifier les notions et les usages , pour en pallier l'absurdité ; c'étoit donc le moment de prendre toutes les précautions possibles , et de multiplier les leçons , pour prémunir les peuples contre le piège qu'on leur tendoit.

Dcausobrc n'a donc fait que se rendre ridicule, lorsqu'il a dTt que cotlc sanctification de Veau est une cérémonie superstitieuse, fondée sur ôcux erreurs :

la première , que les mauvais esprits infestent les éléments, et qu'il faut les en chasser par l'exorcisme ; la seconde, que le Saint-Esprit, appelé par la prière, descend dans Veau , et la pénètre d'une vertu divine et sanctifiante. Je voudrois, dit-il , pour rhonneur des orthodoxes, que l'on trouvât celle pratique dans des

EAU

EAU

du manichéisme, 1. 2, c. 6 , § 3.

Il ne tenoit qu'à

ont

lui de le voir dans

actes certains et incontestables. Histoire \ occasion d'attaquer l'Eglise romaine

prétend que les Pères de l'Eglise parlé de celte consécration de Veau bap-

saint Paul. /. Tim., c. 4 , jL 4, cet apôtre tismale, comme de celle de l'eucharistie,

et dans les mêmes termes ; d'où il conclut que les Pères n'ont pas supposé plus

dit, en parlant doe aliments , que toute

créature est bonne , qu'elle est sanctifiée par la parole de Dieu et par la prière. Saint Paul a-t-il cru que sans cela les aliments étoient infestés par les mauvais esprits? Ephes., c. 5, j^. 25, il dit que Jésus-Christ s'est livré pour son Eglise , afin de la sanctifier , en la purifiant par un baptême d'eau et par la parole de vie. Voilà donc une eau qui a une vertu divine et sanctifiante , et ce n'est pas une superstition de le croire.

( Nous avouons que le peuple ignorant et grossier , toujours prêt à tout pervertir, a souvent fait un usage superstitieux de l'eau bénite : mais Thiers luimême , qui a traité cette matière avec exactitude ,-' a remarqué que certains usages, regardés comme superstitieux par des critiques trop sévères , ne le sont pas en effet. Traité des superstitions ,

tom. 2, 1. 1 , c. 2 , n. 6. D'ailleurs si l'on opine à retrancher toutes les pratiques dont il est possible d'abuser, c'est comme si l'on vouloit bannir tous les aliments dont l'abus peut causer des maladies.

fuyez Superstition.

Eau du Baptême. Dans l'Eglise romaine, la bénédiction de l'eau solennelle est celle des fonts baptismaux, qui se fait la veille de Pâques et de la Pentecôte. L'Eglise demande à Dieu de faire descendre sur cette eau la puissance du Saint-Esprit, de la rendre féconde , de lui donner la vertu de régénérer les fidèles. C'est une profession de foi des effets que produit le baptême. La formule de cette bénédiction se trouve dans Jes Constitutions apostoliques , liv. 7, c. 43 , et elle est conforme à celle dont on se sert encore aujourd'hui. Tertullien et saint Cyprien en parlent déjà au troisième siècle. Bingham a cité leurs parole*1 , et celles de plusieurs autres Pères, Orig. ecclés., tom. 4, liv. 11, c. 10. Il n'a pas osé traiter de superstition cette cérémonie, que les protestants ont trouvé bon de retrancher.

liais pour ne pas laisser échapper une sur la croix.

de changement on de transsubstantiation dans le pain et le vin , par les paroles de la consécration, que dans Veau des fonts baptismaux, ibid., % 4; mais il en impose. Les Pères n'ont jamais dit de celte eau qu'elle est le sang de Jésus-Christ , qu'elle le renferme, qu'elle est changée en ce sang précieux , qu'il faut l'adorer, etc., comme ils l'ont dit de l'eucharistie.

Dans l'Eglise grecque , les évêques ou leurs grands vicaires font, le 5 janvier sur le soir, l'eau bénite, parce qu'ils croient que Jésus-Christ a été baptisé le 6 de ce même mois. Le peuple boit de cette eau , en fait des aspersions dans les maisons; le lendemain , jour de l'Epiphanie , les papes font encore une nouvelle eau bénite , qui sert à purifier les églises profanées et à exorciser les possédés.

Les prélats arméniens ne font Veau bénite qu'une fois l'année, le jour de l'Epiphanie, et appellent cette cérémonie le baptême de la croix , parce qu'après avoir fait plusieurs oraisons sur l'eau , ils y plongent le pied de la croix qui se met sur l'autel. On ajoute qu'ils tirent de la distribution de cette eau un revenu considérable. Le père Lebrun a décrit celte cérémonie, tom. 5, pag. 560.

Eau mêlée avec le vin dans l'eucharistie. L'usage de mettre de Veau dans le vin que l'on consacre à la messe , est aussi ancien que l'institution de l'eucharistie ; il est remarqué par les Pères du second et du troisième siècle , tels que saint Justin, saint Clément d'Alexandrie, saint Irénée , saint Cyprien ; et il en est

fait mention dans les plus anciennes liturgies. Les Pères donnent pour raison de cet usage, non-seulement que Jésus- Christ a fait ainsi en instituant l'eucharistie, mais que Veau mêlée au vin est le symbole de l'union du peuple chrétien avec Jésus-Christ, et la figure de l'eau et du sang qui sortirent de son côté

EBI

EBI

Les ébionites et les encratites , disciples de Tatien, furent condamnés, parce qu'ils consacroient l'eucharistie avec de Veau seule, ce qui les fit nommer hydroparastes par les Grecs, et aquariens par les Latins. Les arméniens , qui ne consacrent que du vin pur , furent de même censurés pour cette raison dans le concile in Trullo, qui leur opposa la pratique ancienne attestée par les liturgies , et ils sont encore blâmés de cet abus par les autres sociétés de chrétiens orientaux. Voyez Lebrun , Explic. des cérém., tom. 5, p. 123 et suiv. Nous ne voyons pas pourquoi les protestants ont retranché ce rit dans leur cène : font-ils

commencé à être connus qu'au second siècle, vers l'an 403, ou même plus tard, sous le règne d'Adrien, après la ruine entière de Jérusalem, l'an 119; qu'ainsi les ébionites et les nazaréens sont deux sectes diiTérentes ; c'est le sentiment de Mosheim,/7î'$f. Christ., sœc.l, § 58 , sœc. 2 , § 59 : il paroît le plus conforme à celui de saint Epiphane et des autres Pères plus anciens qui en ont parlé.

Cet historien conjecture qu'après la ruine entière de Jérusalem , une bonne partie des Juifs qui avoient embrassé le christianisme, et qui avoient observé jusqu'alors les cérémonies judaïques,

encore regardé comme une superstition? | y renoncèrent enfin, lorsqu'ils eurent Dans les usages même qui paroissent ; perdu l'espérance de voir jamais le ternies plus indifférents, l'Eglise catholique ! pie rebâti, et afin de ne pas être envea toujours eu pour principe de ne s'é- ! loppés dans la haine que les Romains

carter en rien de la tradition , de s'en tenir à ce qui a toujours été fait, aussi bien qu'à ce qui a toujours été enseigné. La sagesse de cette conduite n'est que trop bien prouvée par la multitude des erreurs, des abus, des absurdités dans lesquels sont tombées toutes les sectes

avoient conçue contre les Juifs. Eusèbe le témoigne , Hist. ecclés., 1. 3, c. 55. Ceux qui continuèrent de judaïser formèrent deux partis ; les uns demeurèrent attachés a leurs cérémonies , sans en imposer l'obligation aux gentils convertis au christianisme; on les toléra comme

qui ont suivi une autre méthode. La i des chrétiens foibles dans la foi, qui ne

règle , Nihil innovetur, nisi quod Iraditum est, sera toujours la meilleure sauve-garde de la religion.

EBIONITES , hérétiques du premier ou du second siècle de l'Eglise. Les savants ne conviennent ni de l'origine du nom de ces sectaires , ni de la date de leur naissance. Saint Epiphane, ïlœr. 30, a cru qu'ils étoient ainsi appelés , parce qu'ils avoient poui auteur un juif nommé Ebion; d'autres ont pensé que ce personnage n'exista jamais ; que comme ebion en hébreu signifie pauvre, on nomma ébionites une secte de chrétiens judaïsants , dont la plupart étoient pauvres , ou avoient peu d'intelligence. Plusieurs critiques ont été persuadés que ces sectaires ont paru dès le premier siècle , vers l'an 72 de Jésus-Christ , que saint Jean les a désignés dans sa première lettre , chap. i et 5 , et que ce sont les mêmes que les nazaréens ; quelques anciens semblent , en effet , les avoir confondus. D'antres jugent, avec plus de vraisemblance, que les ébionites n'ont

donnoientd'ailleursdans aucune erreur; ils retinrent le nom de nazaréens qui avoit été commun jusqu'alors à tous les juifs devenus chrétiens : les autres, plus obstinés, soutinrent que les cérémonies mosaïques étoient nécessaires à tout le monde; ils firent un schisme, et devinrent une secte hérétique; ce sont les ébionites.

Les premiers recevoient l'évangile de saint Matthieu tout entier ; ils confessoient la divinité de Jésus-Christ et la virginité de Marie; ils respectoient saint Paul comme un véritable apôtre ; ils ne tenoient point aux traditions des pharisiens : les seconds avoient retranché les deux premiers chapitres de saint Matthieu , et s'étoient fait un évangile particulier; ils avoient forgé beaucoup de livres sous le nom des apôtres , ils regardoient Jésus - Christ comme un pur homme né de Joseph et de Marie; ils étoient attachés aux traditions des pharisiens ; ils détestoient saint Paul comme un juif apostat et déserteur de la loi. Ces

EBI

EBI

différences sont essentielles. Mais comme il n'y eut jamais d'uniformité parmi les hérétiques, on ne peut pas assurer que tous ceux qui passoient pour ébionites pensoient de même.

Outre ces erreurs, saint Epiphane les accuse encore d'avoir soutenu que Dieu avoit donné l'empire de toutes choses à deux personnages, au Christ et au diable ; que celui-ci avoit tout pouvoir sur le monde présent, et le Christ sur le siècle futur ; que le Christ étoit comme l'un des anges , mais avec de plus grandes prérogatives ; erreur qui a beaucoup de rapport à celles des marcionites et des manichéens. Ils consacroient l'eucharistie avec de l'eau seule dans le calice ; ils retranchoient plusieurs choses des saintes Ecritures ; ils rejetoient tous les prophètes depuis Josué ; ils avoient en horreur David, Salomon, lsaïe, Jérémie , etc.; ils ne mangeoient point de chair , parce qu'ils lacroyoient impure. On dit enfin qu'ils adoroient Jérusalem coït me la maison de Dieu, qu'ils obligeoient tous leurs sectateurs à se marier , même avant l'âge de puberté, qu'ils permettoient la polygamie , etc. , Fleury, JJist. ecclés.j tom. i, 1. 2 , tit. 42. Mais la plupart de ces reproches sont révoqués en doute par les critiques modernes. En effet, saint Epiphane n'attribue point toutes ces erreurs à tous les ébionites , mais à quelques-uns d'entre eux.

Le Clerc , qui , dans son Histoire ecclésiastique des deux premiers siècles, soutient que les ébionites et les nazaréens ont été toujours la même secte , distingue ceux qui parurent l'an 72 d'ave;: ceux qui firent du bruit l'an 105 ; il croyoit avoir découvert les opinions de ces derniers dans les Clémentines , dont Pau leur , dit-il , étoit ébionite. Or, celuici rejette le Pentaleuque , prétendant qu'il n'a pas été écrit par Moïse, mais par un auteur beaucoup plus récent.

2° Il dit qu'il n'y a de vrai dans l'ancien Testament que ce qui est conforme à la doctrine de Jésus-Christ. 3° Que ce divin Maître est le seul vrai prophète. 4° Il cite non-seulement l'Evangile de saint Matthieu , mais encore les autres. 5° Il parle

quelquefois de Dieu d'une manière orthodoxe ; mais il soutient ailleurs que Dieu est corporel , revêtu d'une forme humaine et visible. 6° Il n'ordonne point l'observation de la loi de Moïse. Ajoutons que cet imposteur ne croyoit point la divinité de Jésus-Christ, et qu'il en parle comme d'un pur homme ; mais Le Clerc, socinien déguisé, n'a pas voulu faire cette remarque ; il reproche avec aigreur à saint Epiphane de n'avoir pas su distinguer les anciens ébionites d'avec les nouveaux. Ilist. ecclés., pag. 476, 535 etsuiv.

Mosheim a réfuté complètement cette opinion , Dissert, de turbatâ per recentiores Platonicos Ecclesiâ , % 34 et suivants. Il attribue les Clémentines à un platonicien d'Alexandrie, qui n'étoit , à proprement parler , ni païen , ni juif, ni chrétien, mais qui vouloit, comme les autres philosophes de cette école , concilier ces trois religions , et réfuter tout à la fois les Juifs , les païens et les gnostiques. Il pense que cet ouvrage a été fait au commencement du troisième siècle , et qu'il est utile pour connoître les opinions des sectaires de ce temps-là. Par conséquent il persiste à distinguer les efa'ora tes d'avec les nazaréens, comme nous l'avons vu ci-dessus; il observe, avec raison , que de simples conjectures ne suffisent pas pour contredire le témoignage formel des anciens touchant un fait historique ; il seroit à souhaiter que lui-même n'eût pas oublié si souvent cette maxime. Voyez Nazaréens.

Beausobre , Hisl. du Manich., liv. % c. 4 , § 1 , a comparé les ébionites aux docètes, et il en a montré la différence ; les premiers nioient la divinité de Jésus- Christ , les seconds son humanité. LVbionisme fut embrassé principalement par des juifs convertis au christianisme, élevés dans la foi de l'unité de Dieu , ils ne voulurent pas croire qu'il y eût en Dieu trois Personnes, et que le Fils fût Dieu comme son Père ; ils soutinrent qi?*; le Sauveur étoit un pur homme , et qu^îî étoit devenu Fils de Dieu dans son baptême, par une communication pleine et entière des dons du Saint-Esprit : ce n'étoit là par conséquent qu'une filiation

Page 1