‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 73 sur 114 · ECC · texte numérisé non relu

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il enseigne bien lot après qu'il vaut mieux entrer dans une maison où règne le deuil , que dans la salle d'un feslin ; dans la première, dit-il, l'homme apprend à penser à la destinée qui l'attend, et, quoique plein de santé, il envisage sa fin dernière. Eccl., c. 3, f. 17 ; c. 7, f. 3, etc. «

Plus loin , il conseille à un jeune homme de se livrer à la joie et aux plaisirs de son âge ; mais à l'instant même il avertit que Dieu entrera en jugement avec lui, et lui en demandera compte ; il lui représente que la jeunesse et la volupté sont une pure illusion. Il exhorte, dans le chapitre suivant, à se souvenir de son Créateur dans sa jeunesse , avant qu'il soit courbé sous le poids des années. Parlant de la mort, il dit : a L'homme ira dans la maison de » son éternité , la poussière rentrera » dans la terre d'où elle a été tirée, et » l'esprit retournera à Dieu qui l'a » donné. » La conclusion du livre est

subsistoit encore du temps de saint Jérôme : ce Père dit , dans sa Préface des livres de Salomon, et dans sa lettre 115, qu'il l'avoit vu sous le titre de Paraboles.

Les Juifs ne l'ont point mis au nombre de leurs livres canoniques , soit parce que le canon étoit déjà formé lorsque ¥ Ecclésiastique a été écrit, soit parce qu'il parle trop clairement du mystère delà sainte Trinité , ch. 1 , f. 9; en. 24, f. 5; chap. 51 , f. 14. Grotius a soupçonné que ces passages pouvoient être des interpolations faites par les chrétiens ; mais ce soupçon est sans fondement.

Dans les anciens catalogues des livres sacrés reconnus par les chrétiens, celuici est seulement mis au nombre de ceux qu'on lisoit dans l'Eglise avec édification; saint Clément d'Alexandrie et d'autres Pères nos premiers siècles le citent sous le nom d'Ecriture sainte; saint Cyprien , saint Ambroise et saint Augustin surtout remarquable : a Craignez Dieu j le tiennent pour canonique; il a été dé- » et gardez ses commandements , c'est j claré tel par les conciles de Carthage , » la perfection de l'homme. Dieu jugera, de Rome sous le pape Gélase, et de » toutes nos actions bonnes ou m au- J Trente.

» vaises.»C. 11,^. 9;c. 12, f. 1, 7, 13. j Plusieurs critiques pensent, mais assez Un épicurien, un homme qui ne croit j légèrement, qu'il y a dans la traduction point d'autre vie, un pyrrhonien, qui grecque des choses qui n'étoient pas affecte d'être indécis et indifférent sur ! dans l'original ; que la conclusion du le présent et sur l'avenir, n'ont jamais ! chap. 50, f. 26 et suiv., et la prière du

parlé de cette manière.

dernier chapitre, sont des additions du

ECCLÉSIASTIQUE , nom d'un des j traducteur. Ce qu'il dit du danger qu'il livres de l'ancien Testament, que l'on ] a couru de perdre la vie par une fausse appelle aussi la Sapience de Jésus , fils < accusation portée au roi contre lui, ne de Sirach. j peut pas, disent-ils , regarder le grand-

L'an 245 avant Jésus-Christ , sous le ; père de Jésus , qui demeuroit à Jérurègne de Ptolémée Evergète, fils de ■ salem , et qui n'étoit pas sous la domi- Ptolémée Philadelphe, Jésus, fils de! nation d'un roi. Ils ne se souviennent

Sirach, juif de Jérusalem, s'établit en Egypte , y traduisit en grec le livre que Jésus, son aïeul , avoit composé en hébreu, et qui porte , dans nos bibles, le nom d Ecclésiastique. Les anciens le nommoient Panareton, trésor de toutes les vertus. Jésus l'ancien l'avoit écrit vers le temps du pontificat d'Onias Ier; le fils de ce pontife , nommé Simon le Juste par Josèphe , est loué dans le chapitre cinquantième de ce même livre.

L'original hébreu est perdu; mais il

pas que Ptolémée Ier , roi d'Egypte , prit Jérusalem et maltraita beaucoup les Juifs. Voyez Josèphe , Antiq., 1. 12, c. 1. La version latine contient aussi plusieurs choses qui ne sont point dans le grec; mais ces additions ne sont pas de grande importance.

On a coutume de citer ce livre par la note abrégée Eccli., pour le distinguer de r 'Ecclésiaste , qu'on désigne par Ecclé., ou Eccl.

ÉCLECTIQUES, philosophes du troi-

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sième et du quatrième siècle de l'Eglise, ainsi nommés du grec ixXiyai ,je choisis, parce qu'ils choisissoient les opinions qui leur paroissoient les meilleures dans les différentes sectes de philosophie, sans s'attachera aucune école ; ils furent aussi nommes nouveaux platoniciens , parce qu'ils suivoient en beaucoup de choses les sentiments de Platon. Plotin , Porphyre, Jamblique, Maxime, Eunape, l'empereur Julien, etc., étoient de ce nombre. Tous furent ennemis du christianisme , et la plupart employèrent leur crédit à soufïler le feu de la persécution contre les chrétiens.

Le tableau d'imagination que nos littérateurs modernes ont tracé de celle secte, les impostures qu'ils y ont mêlées , les calomnies qu'ils ont hasardées à cette occasion contre les Pères de l'Eglise , ont été solidement réfutées dans Y Histoire critique de C Eclectisme, en 2 volumes ?rc-12, qui a paru en 1756.

Il ne nous paroît pas fort nécessaire d'examiner en détail tout ce que Mosheim, dans son Histoire chrétienne, 2e siècle , § 26 , et Brucker , dans son Hist. crit. de la philos., tome 2, ont dit du célèbre Ammonius Saccas, qui passe pour avoir été le fondateur de la philosophie éclectique dans l'école d'Alexandrie. Ce philosophe a-t-il été constamment attaché au christianisme ou déserteur de la foi; chrétien à l'extérieur, et païen dans le cœur? Y a-t-il eu deux Ammonius, l'un chrétien et l'autre païen, que l'on a confondus?

A-t-il enseigné tout ce que ses disciples ont écrit dans la suite , ou ont-ils changé sa doctrine en plusieurs choses? A-t-il puisé ses dogmes chez les Orientaux, ou dans les écrits des philosophes grecs ? Toutes ces questions ne nous paroissent pas aussi importantes qu'à ces deux savants critiques protestants; et, malgré toute leur érudition, ils n'ont rassemblé sur tout cela que des conjectures. Nous ferons même voir qu'ils les ont poussées trop loin, lorsqu'ils ont voulu prouver que la philosophie éclectique ou le nouveau platonisme, introduit dans l'Eglise par les Pères , a changé en plusieurs choses la doctrine et la morale

des apôtres ; c'est une calomnie que Mosheim s'est attaché à prouver dans sa dissertation De turbatâ per recentiorcs plalonicos Ecclesiâ , mais que nous aurons soin de réfuter, t'oyez Platonisme et Pères de l'Eglise.

Il semble que Dieu ait permis les égarements des éclectiques pour couvrir de confusion les partisans de la philosophie incrédule. On ne peut pas s'empêcher de faire à ce sujet plusieurs remarques importantes, en lisant l'histoire que Brucker en a faite , et que nos littérateurs ont travestie.

1° Loin de vouloir adopter le dogme de l'unité de Dieu, enseigné et professé par les chrétiens , les éclectiques firent tout leur possible pour l'étouffer, pour fonder le polythéisme et l'idolâtrie sur des raisonnements philosophiques, pour accréditer le système de Platon. A la vérité, ils admirent un Dieu suprême, duquel tous les esprits étoient sortis par émanation, mais ils prétendirent que ce Dieu, plongé dans une oisiveté absolue, avoit laissé à des génies ou esprits inférieurs , le soin de former et de gouverner le monde ; que c'étoit à eux que le culte devoit être adressé , et non au Dieu suprême. Or, de quoi sert un Dieu sans Providence , qui ne se mêle de rien , et auquel nous n'avons point de culte à rendre? Par là nous voyons la fausseté de ce qui a été soutenu par plusieurs philosophes modernes , savoir, que le culte rendu aux dieux inférieurs se rapportoil au Dieu suprême.

2° Drucker lait voir que les éclectiques avoient joint la théologie du paganisme à la philosophie , par un motif d'ambition et d'intérêt, pour s'attribuer tout le crédit et tous les avantages que procuroient l'une et l'autre. La première source de leur haine contre le christianisme fut la jalousie; les chrétiens rnctloient au grand jour l'absurdité du système des éclectiques , la fausseté de Ictus raisonnements, la ruse de leur conduite ; comment ceux-ci le leur auroient-ils pardonné? Il n'est donc pas étonnant qu'ils aient excité, tant qu'ils ont pu , la cruauté des persécuteurs ; saint Justin fut livré au supplice sur les

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accusations d'un philosophe nommé Oescent, qui en vouloit aussi à Tatien, Tatiani Orat., n° 19. Lactance se plaint ■de la haine de deux philosophes de son temps, qu'il ne nomme pas, mais que l'on croit être Porphyre et Hiéroclès.

Inst. divin., 1. 5 , c. 2.

5° Pour venir à bout de leurs projets , ils n'épargnèrent ni les fourberies ni le mensonge. Comme ils ne pouvoient nier les miracles de Jésus-Christ, ils les attribuèrent à la théurgie ou à la magie, dont ils faisoient eux-mêmes profession. Ils dirent que Jésus avoit été un philosophe théurgiste qui pensoit comme eux, mais que les chrétiens avoient défiguré et changé sa doctrine. Ils attribuèrent des miracles à Pythagore, à Apollonius de Tyane, à Plotin; ils se vantèrent d'en faire eux-mêmes par la théurgie. On sait jusqu'à quel excès Julien s'entêta de cet art odieux, et à quels sacrifices abominables cette erreur donna lieu. Les apologistes même de Véclectisme n'ont pas osé en disconvenir.

4° Ces philosophes usèrent du même artifice pour effacer l'impression que pouvoient faire les vertus de Jésus- Christ et de ses disciples : ils attribuèrent des vertus héroïques aux philosophes qui les avoient précédés , et s'efforcèrent de persuader que c'étoient des saints. Ils supposèrent de faux ouvrages sous les noms d'Hermès , d'Orphée, de Zoroastre,etc, et y mirent leur doctrine, afin de faire croire qu'elle étoit fort ancienne , et qu'elle avoit été suivie par les plus grands hommes de l'antiquité.

5° Comme la morale pure et sublime du christianisme subjuguoit les esprits et gagnoit les cœurs, les éclectiques firent parade de la morale austère des stoïciens, et la vantèrent dans leurs ouvrages. De là les livres de Porphyre sur Y abstinence, où l'on croit entendre parler un solitaire de la Thébaïde,Ia Vie <le Pythagore par Jamblique , les Commentaires de Simpiicius sur Epictète , d'Hiéroclès sur les vers dorés, etc.

Voyez Brucker, Hist. de la Philos., tom. 2, p. 570, 580, tome 6 , Appendix, pag. 501.

Ceux qui voudront faire le parallèle de la conduite des éclectiques avec celle de nos philosophes modernes , y trouveront une ressemblance parfaite. Si l'on excepte les faux miracles et la magie , dont ces derniers n'ont pas fait usage , ils n'ont négligé aucun des autres moyens de séduction. Quand on n'a pas lu l'histoire , on s'imagine que le christianisme n'a jamais essuyé des attaques aussi terribles qu'aujourd'hui : Ton se trompe ; ce que nous voyons n'est que la répétition de ce qui s'est passé au quatrième siècle de l'Eglise.

6° Plusieurs d'entre les philosophes qui embrassèrent le christianisme, ne le firent pas de bonne foi ; ils y portèrent leur caractère fourbe et leur esprit faux. Ils voulurent accommoder la croyance chrétienne avec leurs systèmes de philosophie. Les savants ont remarqué que les éons des valentiniens et des différentes branches de gnostiques, n'étoient rien autre chose que les intelligences ou génies forgés par les platoniciens ou les éclectiques.

Nous n'avouerons pas néanmoins ce que prétendent Brucker , Mosheim et d'autres critiques protestants, qui paroissent trop enclins à favoriser les sociniens. Ils disent que les éclectiques, même sincèrement convertis, tels que saint Justin , Athénagore , Uermias , Origène, saint Clément d'Alexandrie, etc., ont porté leurs idées philosophiques dans la théologie chrétienne. Jusqu'à présent , nous ne voyons pas quel dogme de Véclectisme a passé dans notre symbole, nous voyons au contraire les Pères, dont nous venons de parler, trèsattentifs à réfuter les philosophes, sans faire plus de grâce aux platoniciens qu'aux autres.

Quand il seroit vrai que toutes les erreurs attribuées à Origène sont nées de la philosophie éclectique, que s'ensuivroit-il? Ces erreurs n'ont jamais fait partie de la théologie chrétienne , puisqu'elles ont été réfutées et condamnées. Les trouve-t-on dans les écrits des autres Pères qui ont vécu du temps d'Origène, ou immédiatement après lui ?

Lorsque Brucker veut nous persuader

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que îa manière dont Origcne a conçu le mystère de la Sainte-Trinité, et ce qu'il

Au mot Platonisme , nous achèverons de justifier les Pères, et nous le-

dit du Verbe éternel , est emprunté du ! rons voir qu'ils n'ont été ni platoniciens,

platonisme, tome 3, p. 446, il montre une teinture de socinianisme qui ne lui fait pas honneur. Il ne lui restoit plus qu'à dire, comme les incrédules, que le premier chapitre de l'Evangile selon saint Jean a été fait par un platonicien. Quelques-uns de ces critiques se sont bornés à soutenir que les Pères ont emprunté du paganisme plusieurs de nos

ni éclectiques. Foy. Economie «t Fradde pieuse.

ÉCLIPSE. Saint Matthieu, saint Marc et saint Luc, disent qu'à la mort de Jésus il se répandit des ténèbres sur toute la terre depuis la sixième heure du jour jusqu'à la neuvième , c'est-àdire, depuis midi jusqu'à trois heures; saint Matthieu ajoute que la terre trem-

ceTêmonies; c'est une autre imagination i bla , et que les rochers se fendirent. A que nous avons soin de réfuter en trai- ; moins que ces évangélistes n'aient été tant de chacun de ces rites en particu- i trois insensés, il n'a pas pu leur venir à

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lier; nous prétendons au contraire que ces cérémonies ont été sagement instituées pour servir de préservatif aux fidèles contre les superstitions du paganisme, t

Enfin d'autres ont pensé, avec plus de vraisemblance , que les éclectiques s'appliquèrent à imiter plusieurs rites de notre religion , et à rapprocher, tant qu'ils le pouvoient, le paganisme du christianisme. Comment trouver le vrai au milieu de tant de conjectures opposées?

Nous n'approuvons pas davantage ce que dit Brucker des Pères de l'Eglise en général , qu'ils n'ont pas été exempts de l'esprit fourbe des éclectiques , et qu'ils ont cru , comme eux , qu'il éloit permis d'employer le mensonge et les fraudes pieuses , pour servir utilement la religion , tome 2 , p. 589. C'est une calomnie hasardée sans preuve. Est-on bien sûr que les ouvrages apocryphes et supposés , qui ont paru dans les quatre ou cinq premiers siècles , ont été forgés par des Pères de l'Eglise, et non par des écrivains sans aveu? Ils sont presque tous marqués au coin de l'hérésie ; donc ils n'ont pas été faits par les Pères, mais par des hérétiques.

Il est fâcheux que dans les discussions , même purement littéraires, et qui ne tiennent ni à la théologie ni à la religion, les auteurs protestants laissent toujours percer leur prévention contre les Pères de l'Eglise, et semblent affecter de fournir des armes aux incrédules.

l'esprit de publier un fait que tout le monde pouvoit contredire, s'il n'étoit pas véritablement arrivé. La circonstance du tremblement de terre est encore attestée aujourd'hui par la manière dont les rochers du Calvaire sont fendus. Voyez Calvaire.

D'autre côté, Eusèbe, dafts sa chronique, et d'autres auteurs ecclésiastiques citent un passage de Phlégon , qui dit , dans son Histoire des Olympiades , que la quatrième année de la deux cent deuxième olympiade , il y eut la plus grande éclipse qui fat jamais ;qu il fut nuit ci la sixième heure, et que Von vit les étoiles; il ajoute qu'il y eut un tremblement de terre dans la Bilnynie. Ces auteurs n'ont pas douté que Véclipse dont parle Phlégon, n'ait été les ténèbres dont les évangélistes font mention.

1° La date est la même; la quatrième année de la deux cent deuxième olympiade commença au solstice d'été de l'an 52 de l'ère chrétienne ,*et finit au solstice d'été de l'an 53; c'est précisément l'année dans laquelle le très - grand nombre des savants placent la mort de Jésus-Christ. 2° Ces ténèbres arrivèrent à la sixième heure ou en plein midi.

5° Elles furent accompagnées d'un tremblement de terre. 4° Ce fut un miracle; il ne peut pas naturellement y avoir une éclipse centrale du soleil à la pleine lune, et , selon les tables astronomiques , il n'y a point eu (T éclipse de soleil dans l'année dont parle Phlégon , on dans la trente -troisième année de notre ère; mais il y en eut une le 24 de novembre

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de Tan 29, à neuf heures du matin , au méridien de Paris, qui ne peut avoir rien de commun avec celle dont parle Phlégon.

C'est donc très-mal à propos que plusieurs incrédules ont confondu ces deux éclipses, pour prouver que les évangélistes s'étoient trompés ou en avoient imposé. Vainement ils ont observé qu'il n'y a pas pu avoir d'éclipsé de soleil l'année de la mort du Sauveur, surtout dans le temps de la pâque , ou à la pleine lune de mars. Les évangélistes ne parlent point d'éclipsé naturelle , mais de ténèbres , sans en indiquer la cause.

Ces ténèbres étoient miraculeuses , sans doute ; c'est aux incrédules de prouver que Dieu n'a pas pu les produire.

Origène , qui connoissoit le récit de Phlégon , remarque fort judicieusement que nous n'en avons pas besoin pour confirme*' celui des évangélistes; que les ténèbres, dont parlent ces derniers, ne se firent probablement sentir que dans la Judée; qu'ainsi ces mots, toute la terre, ne doivent pas être pris dans la rigueur , Traduct., 55 in Malt., n° 15i. Nous en convenons. Mais il est toujours bon de faire voir que les incrédules , qui argumentent surtout, et cherchent de toutes parts des objections contre l'histoire évangélique, raisonnent ordinairement fort mal. Voyez Ténèbres.

ÉCOLE, o Les savants , dit un pro- » phète, brilleront comme la lumière » du ciel, et ceux qui enseignent la vertu » à la multitude jouiront d'une gloire » éternelle. » Dan., c. 12 , f. 3. Jésus- Christ dit de même que celui qui pratiquera sa doctrine et l'enseignera , sera grand dans le royaume des cieux. A/atf., c. 5 , f. 19. Le dernier ordre qu'il a donné à ses apôtres a été d'enseigner toutes les nations. Malt., c. 28, f. 49. Saint Paul regarde le talent d'enseigner comme un don de Dieu. Rom.,c. 12,

Aussi n'est-il aucune religion qui ait inspiré à ses sectateurs autant de zèle que le christianisme pour l'instruction des ignorants , aucune qui ait produit un aussi grand nombre de savants ; excepté les nations chrétiennes, presque

toutes les autres sont encore ignorantes et barbares ; celles qui ont eu le malheur de renoncer au christianisme sont retombées promptement dans 'a barbarie. Quand notre religion m'auroit point d'autre marque de vérité, celle-là devroit suffire pournous la rendre chère.

Nous avons des preuves que, dès le premier siècle , saint Jean l'évangéliste établit à Ephèse une école dans laquelle il instruisoit des jeunes gens; saint Polycarpe, qui avoit été son disciple dans sa jeunesse , imita son exemple dans l'Eglise de Smyrne ; et nous ne pouvons pas douter que les plus saints évêques n'aient fait de même. Mosheim, Inst. Hist. Christ., sœc. 1,2 part., c. 3, g 11.

Comme la fonction d'enseigner leur étoit principalement confiée , nous voyons , dès le second et le troisième siècle, des écoles et des biHiothèques placées à côté des églises «cathédrales. Uécole d'Alexandrie fut célèbre par les grands hommes qui l'occupèrent ; Socrate parle de celle de Constantinople, dans laquelle l'empereur Julien avoit été instruit. Bingham cite deux canons du sixième concile général de Constantinople, qui ordonnent d'établir des écoles gratuites, même dans les villages, et recommandent aux prêtres d'en prendre soin. Or. eccl., 1. 8, c. 7, § 12, tome 5, p. 273. Outre la fameuse bibiliothèque d'Alexandrie , les historiens ecclésiastiques citent celles de Césarée , de Constantine en Numidie, d'Hippone et de Rome. Celle de Constantinople contenoit plus de cent mille volumes :

elle avoit été fondée par Constantin et augmentée par Théodose le Jeune ; elle fut malheureusement incendiée sous le règne de Basilisque et de Zenon. Ibid.

Lorsque les peuples du Nord eurent dévasté l'Europe et détruit presque tous les monuments des sciences , les ecclésiastiques et les moines travaillèrent à en recueillir les restes étales conserver; il y eut toujours dans les églises cathédrales et dans les monastères, des écoles pour l'instruction de la jeunesse ; c'est là que furent élevés plusieurs enfanls de nos rois. Au sixième siècle, un concile

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de Vaisons et un de Narbonne ordonnèrent aux curés de vaquer à l'instruction des jeunes gens , surtout de ceux qui étoient destinés à la cléricature. Au huitième , un concile de Cloveshow , en Angleterre, imposa aux évoques la même obligation. Sur la fin de ce même siècle, Charlemagne fonda l'université de Paris. Au neuvième, Alfred le Grand, roi d'Angleterre, aussi pieux que sage, établit celle d'Oxford. Au douzième, Louis le Gros favorisa l'établissement de plusieurs écoles , et le goût pour les études fut le premier fruit de la liberté qu'il accorda aux serfs. Le troisième concile de Latran,lenu l'an 1179, ordonna aux évêques d'y veiller, et d'en faire un des principaux objets de leur sollicitude. Dès lors il s'est formé plusieurs congrégations de l'un et de l'autre sexe qui se sont consacrés à cette œuvre de charité, à enseigner non-seulement les hautes sciences , mais les premiers éléments des lettres et de la religion. Le célèbre Gerson, chancelier de l'Eglise de Paris , ne dédaignoit pas celte fonction ; aujourd'hui le chantre de cette Eglise est encore chargé de l'inspection sur les petites écoles.

Il a fallu toute la malignité des incrédules pour rendre suspect et odieux ce courage des ministres de la religion. C'est, disent-ils, l'effet d'un caractère inquiet , de l'ambition qu'ont les prêtres d'amener tout le monde à leur façon de penser, de la vanité cl du désir de se rendre importants, etc.; pourquoi ne seroil-ce pas plutôt l'effet des leçons de Jésus-Christ et de l'esprit de charité qu'inspire le christianisme? Si toute espèce de zèle pour renseignement est suspect, nous voudrions savoir quelle est l'origine de l'empressement des incrédules de notre siècle à s'ériger en précepteurs du genre humain. Des leçons aussi mauvaises que les leurs ne peuvent pas venir d'une source bien pure ; dès que l'on cessera de leur prodiguer l'encens , leur zèle ne tardera pas de se ralentir. Mais si la religion ne commençoit pas par donner aux hommes les premières instructions de l'enfance, où les philosophes trouveroient-il s des disciples?

Écoles de Charité. Il n'est peut-être point de ville dans le royaume dans laquelle on n'ait établi des écoles de charité pour les deux sexes, et surtout pour les filles. Dans la seule ville de Paris, le nombre de ces établissements est immense. Outre les maisons des Ursulines, des religieuses de la Congrégation , des sœurs de la Charité , on connoit les communautés de Saint -Anne, de Sainte- Agnès , de Sainte-Marguerite , de Sainte- Marthe , de Sainte-Geneviève , de l'Enfant Jésus , les Mathurines ou filles de la Sainte-Trinité , les filles de la Croix, de la Providence, etc. Il en est de même partout ailleurs. Dans plusieurs diocèses il y a des congrégations particulières formées pour aller rendre ce service dans les paroisses de la campa-gne. L'on nous permettra de remarquer que ce n'est ni la philosophie , ni la politique, mais la religion qui a fondé et qui maintient ces établissements utiles.

Écoles chrétiennes. Les frères des écoles chrétiennes, appelés vulgairement ignorantins ou frères de Saint- Yon, sont une congrégation de séculiers, instituée à Reims en 1659 , par M. de la Salle, chanoine de la cathédrale, pour l'instruction gratuite des petits garçons. Leur chef-lieu est la maison de Saint- Yon , située à Rouen dans le faubourg de Saint-Séver ; ils ont des établissements dans plusieurs provinces du royaume, et ne font que des vœux simples. Il leur est défendu , par leur institut , d'enseigner autre chose que les principes de la religion et les premiers éléments des lettres. Dans notre siècle philosophe , on a poussé le fanatisme jusqu'à écrire qu'il faut se défier de ces gens-là ; que c'est un corps qui peut devenir redoutable.

Écoles pies. Il y a en Italie un ordre religieux consacré à l'éducation de la jeunesse , que l'on nomme les clercs réguliers des écoles pies. Ils ont eu pour fondateur Joseph Calazana, gentilhomme aragonois , mort en odeur de sainteté, le 15 août HîiS. Ils formèrent d'abord une congrégation de prêtres, qui fut approuvée par le pape Paul V en 1647; Grégoire XV l'érigea en ordre religieux

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quatre ans après. Ils s'obligent , par un quatrième vœu , à travailler à l'instruction de? enfants , surtout à celle des pauvres.

Écoles de Théologie. Sous ce terme Ton n'entend pas seulement le lieu où des professeurs enseignent la théologie dans une université ou dans un séminaire, mais les théologiens qui se réunissent à enseigner les mêmes opinions :

dans ce dernier sens , les disciples de saint Thomas et ceux de Scot forment deux écoles différentes. Quelquefois par Y école, on entend les scolastiques. Voy. ce terme.

Dans la primitive Eglise, les écoles de théologie étoient la maison de l'évêque, c'étoit lui-même qui expliquoit à ses prêtres et à ses clercs l'Ecriture sainte et la religion. Quelques évêques

Henri III , et fut occupée par le fameux René Benoît , depuis curé de Saint-Eustache. On sait que, depuis cinquante ans surtout, les professeurs se sont beaucoup plus attachés à la théologie positive qu'à la scolastique. Ils dictent des traités sur l'Ecriture sainte, sur la morale , sur la controverse , les expliquent à leurs auditeurs , les interrogent et les font argumenter sur les différentes questions.

Dans quelques universités étrangères, surtout en Flandre, comme à Louvain et à Douai , l'on suit encore l'ancienne méthode. Le professeur lit un livre de l'Ecriture, ou la Somme de saint Thomas , ou le Maître des sentences, et fait de vive voix un commentaire sur ce texte. C'est ainsi que Jansénius, Estius et Sylvius ont enseigné. Les commentaires du

se déchargèrent de ce soin , et le confié- I premier sur les Evangiles , ceux du serent à des prêtres instruits; c'est ainsi j condsurles quatre livres des Sentences, que, dès le second siècle, Pantène, saint i sur les Epitres de saint Paul, etc.; ceux Clément d'Alexandrie, et ensuite Ori- j deSylvius, sur la Somme de saint Thogène, furent chargés d'enseigner. De là j mas , ne sont autre chose que leurs exsont venues , dans les églises cathé- j plications recueillies , que l'on a fait imdrales , les dignités de théologal et d'ecolâtre.

Jusqu'au douzième siècle ces écoles ont subsisté dans les cathédrales et dans

les monastères, alors parurent les sco- j pagne, sont célèbres parmi les catholastiques. Pierre Lombard, Albert le liques. Les protestants ont eu autrefois Grand, saint Thomas, saint Bonaven- j celles de Saumuret de Sedan; celles de lure, Scot, etc., firent des leçons publi- j Genève, de Leyde, d'Oxford , de Camques; les papes et les rois fondèrent des | bridge , ont encore aujourd'hui beau-

pnmer.

Les écoles de théologie de la Minerve et du collège de la Sapience à Borne, celles de Salamanque et d'Alcala en Es-

chaires particulières , et attachèrent des privilèges aux fonctions de professeurs de théologie.

Dans l'université de Paris , outre les écoles des réguliers agrégés à la faculté de théologie, il y a deux écoles célèbres, celle de Sorbonne et celle de Navarre.

Autrefois l'une et l'autre n'avoient point de professeurs fixes et permanents. Ceux qui se préparoient à la licence , y expli- <rooient l'Ecriture sainte , les Sentences de Pierre Lombard, ou la Somme de saint Thomas. Ce n'a été qu'au renouvellement d^.s lettres , sous le règne de François Ier, que les écoles de théologie ont pris la forme qu'elles ont encore aujourd'hui. La première chaire de théologie de Navarre n'a été fondée que sous

coup de réputation parmi eux. Voyez Théologie.

ÉCONOME. On appela ainsi, au quatrième et au cinquième siècle , les administrateurs des biens de l'Eglise. Dans les siècles précédents , ces biens étoient entièrement à la disposition des évêques; mais comme ce soin leur étoit fort à charge , et leur déroboit une partie du temps qu'ils dévoient donner aux fonctions de leur ministère , ils cherchèrent à s'en délivrer. Saint Augustin offrit plus d'une fois de rendre les fonds que son Eglise possédoit; mais son peuple ne voulut jamais les recevoir. Possidius , in vità S. August., cap. 24. Saint Jean Chrysostome reprochoit aux chrétiens, que , par leur avarice et leur négligence

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n secourir les pauvres , ils avoient contraint les évèques de faire aux églises des revenus assurés, et de quitter la prière , l'instruction et les autres occupations saintes, pour s'occuper de soins qui ne convenoient qu'à des receveurs et à des fermiers. Hom. 85. in Malt., c. 27, y. 40. Ainsi, de même que les apôtres s'étoient déchargés sur les diacres du soin de distribuer les aumônes , les évèques confièrent l'administration des biens de l'Eglise aux archidiacres , et ensuite à des économes qui dévoient en rendre compte au clergé, i

Quelques évèques furent même accusés d'avoir laissé par négligence , ou par défaut d'intelligence, dépérir les biens de leur Eglise ; ce fut une nouvelle raison qui engagea les Pères du concile de Chalcédoine à ordonner que chaque évêque choisiroit, parmi ses clercs , un économe , pour lui remettre l'administration des biens de l'Eglise , parc^ que les archidiacres étoicnl assez occupés d'ailleurs , et qu'il étoit à propos de mettre le sacerdoce à couvert de tout soupçon. L'élection de ces économes se faisoit à la pluralité des suffrages du clergé. Bingham, Orig. ceci., 1. 5, c. 12. Fleury , Mœurs des chrétiens , % 50.

Cette discipline prouve évidemment qu'en général les évèques de ces tempslà n'éloient pas fort attachés à leur temporel ; que c'est injustement qu'on les accuse d'avoir cherché , dans tous les siècles , à l'augmenter par toutes sortes de moyens. Voyez Bénéfices.

ÉCONOMIE, gouvernement. L'on se sert quelquefois de ce terme pour désigner la manière dont il a plu à Dieu de gouverner les hommes dans l'affaire du saint ; dans ce sens , l'on distingue l'ancienne économie , qui avoit lieu sous la loi de Moïse, d'avec la nouvelle, qui a été établie par Jésus-Christ ; il est employé par saint Paul, Eph.y c. \ , f. 40 , etc. Plus communément l'Apôtre s'en sert pour exprimer le gouvernement de l'Eglise confié aux pasteurs.

Coloss.y c. 1 , f. 25, etc. Il est ordinairement rendu dans la vulgate par dispensa tio. Il suffit d'en sentir l'énergie , pour comprendre que le ministère des

iS ECO

pasteurs ne se borne pas simplement à enseigner ou à prêcher, et qu'il n'est permis à personne de l'exerce*' sans une mission spéciale de Dieu.

Quelquefois les anciens Pères de l'Eglise ont usé du terme ^économie dans une signification très -différente, du moins les protestants le prétendent ainsi. Ils disent que les platoniciens et les pythagoriciens avoient pour maxime qu'il étoit permis de tromper , et même d'u- ! ser de mensonge , lorsque cela étoit j avantageux à la piété et à la vérité; que i les Juifs , établis en Egypte, apprirent d'eux celle maxime , et que les chrétiens l'adoptèrent. Conséquemment , au second siècle , ils attribuèrent fausse- | ment à des personnages respectables j une grande quantité de livres dont on a j reconnu la supposition dans la suite ; j au troisième les docteurs chrétiens, qui I avoient été élevés dans les écoles des j rhélcurs et des sophistes , employèrent | hardiment l'art des subterfuges, qu'ils j avoient appris de leurs maîtres , *n fa- \ veur du christianisme ; et uniquement '■ occupés du soin de vaincre leurs ennemis , ils se mirent peu en peine des i moyens qu'ils employoient pour remporter la victoire ; on nomme celle mé- I thode parler par économie, et elle fut i généralement adoptée , à cause du goût j que l'on avoit pour la rhétorique et la i fausse subtilité.

Daillé paroît être le premier qui a j intenté cette accusation contre les Pères, i De vero usu Palrum , 1. 1 , c. fi; elle a ■ été répétée par vingt autres prolestants, et nos incrédules modernes n'ont eu garde de la négliger ; un des plus célè- ; bres en a fait un long chapitre, et a ! lancé contre les Pères des sarcasmes . sanglants.

Avant de triompher, il auroit fallu

, examiner si elle est fondée sur de fortes

i preuves. Daillé ne l'appuie que sur un

i passage de saint Jérôme, duquel il force

le sens ; il n'en a cité aucun dans lequel

les Pères se soient servis de l'expression

parler par économie ; nous ignorons sur

quel fondementl'on prétend qu'elle étoit,

pour ainsi dire , consacrée parmi ces

respectables écrivains.

ECO

Saint Jérôme, dans sa lettre 50 à Pammachius , dit : « qu'autre chose * est de disputer , et autre chose d'ensei- » gner. Dar:s la dispute, le discours est 9 vague; celui qui répond à un adver- » saire propose tantôt une chose et tantôt » une autre ; il argumente comme il lui » plaît ; il avance une proposition et en » prouve une autre ; il montre, comme r> on dit * du pain , et tient une pierre. » Dans le discours dogmatique, au con- » traire , il faut se montrer à front dé-

» couvert , et agir avec la plus grande » candeur ; mais autre chose est de cher- »cher, autre chose de décider; dans » un de ces cas il est question de com-

» battre, dans l'autre d'enseigner »

Après avoir cité l'exemple des philosophes, il dit : « Origène, Méthodius , » Eusèbe , Apollinaire , ont beaucoup » écrit contre Celse et Porphyre ; voyez » par quels arguments, par quels pro- » blêmes captieux ils renversent les ruses » du démon; comme souvent ils sont » forcés de dire , non ce qu'ils pensent , » mais ce qui est nécessaire , contre ce » que soutiennent les païens. Je ne parle » point des auteurs latins , de Tertul- » lien , de Cyprien , de Minutius , de » Victorin, d'Hilaire, de Lactance , de » peur que je ne paroisse accuser les » autres, plutôt que me défendre moi- » même. » Op., t. 4, 2e part., col. 235. S'ensuit-il de là que , suivant le sentiment de saint Jérôme, ces Pères ont usé de fraude , de mensonge , d'équivoques affectées, de restrictions mentales, pour tromper leurs adversaires?

Aliud loqui, aliud agere ; loqui, non quod sentiunt, sed quod necesse est, expressions dont on abuse , signifient ne pas dire ce que l'on pense i et non dire le contraire de ce que l'on pense, €r, nous soutenons que les Pères, en disputant contre les païens , ont pu ne pas dire ce qu'ils pensoient, c'est-à-dire ne pas exposer la croyance chrétienne, parce que ce n'étoit pas le lieu , mais se servir des opinions régnantes parmi les païens , pour prouver à leur adversaire qu'il raiihOnnoit mal , qu'il avoit tort de faire un crime aux chrétiens d'une opiaiiun suivie par lui-même ou par le com-

349 ECO

mun des païens. Ils ont pu, sans fraude, avancer une proposition , dans le dessein d'en prouver une autre, par un circuit auquel leur adversaire ne s'attendoit pas. Ils ont pu, pour abréger la dispute, passer sur quelques propositions fausses , sans les relever , afin de faire à leur antagoniste un argument plus direct et plus propre à lui fermer la bouche. Ils ont pu, en un mot, se servir de tout ce que l'on nomme argument personnel, ou ad hominem, pour lui montrer qu'il avoit tort. Ces arguments n'instruisent point un adversaire de ce qu'il faut penser ou croire , ils lui montrent seulement qu'il est mauvais raisonneur. Voilà ce qu'ont fait les Pères, et c'est tout ce que saint Jérôme a voulu dire. Nous examinerons de nouveau celte accusation, au mot Fraude pieuse.

Or , nous demandons aux protestants s'ils ont jamais fait scrupule de se servir contre nous de ces ruses de guerre ;

I nous n'aurions rien à leur reprocher , s'ils s'étoient bornés là. Mais citer des passages faux , tronqués ou altérés ; des livres dont nous reconnoissons aussi

i bien qu'eux la supposition , et dont personne ne soutient plus l'authenticité ; des auteurs obscurs ou inconnus, comme

| si ç'avoient été les oracles de l'Eglise , donner une tournure odieuse à tous nos dogmes, et leur prêter un sens qu'ils n'ont jamais eu ; rejeter tous les monuments qui incommodent, sans s'embarrasser si c'est justement ou injustement; attribuer des intentions noires aux écrivains les plus respectantes , lorsqu'ils peuvent en avoir eu de très -innocentes, etc. : voilà ce qu'ont fait de tout temps les protestants , et ils ne prouveront jamais que les Pères en ont agi de même.

Quant aux suppositions de livres apocryphes dont on accuse les Pères , c'est une calomnie. Mosheim lui - même est forcé de convenir que la plupart de ces ouvrages apocryphes furent la production de l'esprit fertile des gnostiques ; mais je ne saurois assurer, dit-il , que les vrais chrétiens aient été entièrement exempts de ce reproche. Hist. ecclés., 2e siècle, 2e part., c. 5, § 15. S'il no

peut pas l'assurer, en est-ce assez pour supposer qu'ils en ont été réellement coupables? Origène, au troisième siècle, chargeoit de ce crime les hérétiques, et non les vrais chrétiens ; il étoit plus à portée de savoir la vérité que les protestants du 16e et du 18e siècle.

Nous convenons que les Pères ont cité plus d'une fois ces livres apocryphes, mais alors on les regardoit comme vrais ; les Pères, sans examiner la question, ont suivi l'erreur commune, mais ils n'en sont pas les auteurs. C'est d'ailleurs un entêtement ridicule , de supposer que toutes ces suppositions sont des fraudes pieuses; une erreur et une fraude ne sont pas la même chose. 11 y a eu plusieurs auteurs nommés Clément;

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trine ; V. les plaintes que forment à ce sujets les protestants contre l'Eglise catholique. Nous ne pouvons traiter toutes ces questions que très-succinctement.

Quant à la vérité historique rie ces mêmes livres, voyez Histoire sainte et Evangiles.

§ Ier. De l'authenticité de l'Ecriture sainte. ( Ne XXX, p. 588. ) Un chrétien n'a pas besoin d'une autre preuve pour être convaincu de l'authenticité des livres saints, que du sentiment constant et uniforme de l'Eglise. Qui peut mieux en répondre qu'une société nombreuse et répandue dans tout l'univers , à laquelle ces livres ont été donnés par Jésus-Christ et par les apôtres , comme les titres de sa crovance , à la conserva-

on ne sait pas lequel est celui qui a écrit ! tion desquels elle s'est toujours crue les Récognitions, les Clémentines; quel- | essentiellement intéressée? Mais un inques écrivains mal instruits ont imaginé i crédule exige qu'on lui prouve , par les que e'étoit saint Clément de Rome, ils ■ règles ordinaires de la critique, que ces l'ont a\nsi supposé, et on l'a cru d'à- ; livres ont été véritablement écrits par bord 5 est-il bien certain que les pre- \ les auteurs dont ils portent les noms , miers qui l'ont assuré l'ont fait malicieu- I qu'ils n'ont été ni supposés* ni altérés sèment et dans le dessein de tromper? j dans aucun temps. De même plusieurs auteurs des premiers j La grande difficulté, selon lui, est siècles ont porté le nom de Denis; l'un ; que ces livres n'ont jamais été connus d'entre eux composa, au cinquième [ que chez les Juifs et chez les chrétiens; Siècle, les livres de la Hiérarchie : on : les uns et les autres étoient intéressés à se persuada que c'éloit saint Denis l'a- j les diviniser pour appuyer des dogmes réopagite, et cette erreur a duré long- ! qui révoltent la raison, et une morale temps ; mais il n'est pas prouvé que , ! contraire à l'humanité. Quoi vestige

dans l'origine , c'a été une fraude. Les protestants ne disconviennent pas aujourd'hui que leurs réformateurs ne soient tombés dans plusieurs erreurs ; si nous soutenions qu'ils l'ont fait malicieusement, on nous accableroit d'injures. Vouez Apocryphes.

ECRITURE SAINTE , ou simplement X Ecriture y est le nom général des livres de l'ancien et du nouveau Testament composés par les écrivains sacrés , et inspirés par le Saint-Esprit. Outre les questions concernant F Ecriture sainte , que l'on a déjà traitées dans les articles Rible, Canon, Canonique, etc., il en

trouve-t-on dans l'antiquité profane de ces livres relégués dans un coin du monde? Qui nous répondra qu'ils n'ont pas été altérés, tronqués, falsifiés, par intérêt, par esprit de parti , par mauvaise foi , etc.? Manque-t-on d'exemples en ce genre?

4° Nous demandons à ceux qui font cette objection , si tout peuple policé ne conserve pas, dans ses archives, les titres de son histoire et de sa religion? s'il doit aller les chercher dans les actes publics d'une autre nation , qui ne peut y prendre aucun intérêt? Serions-nous rccevabl^s à dire à un musulman que

est encore plusieurs qui restent à éclair- FAlcoran n'est pas authentique, qu'il a cir; I. l'authenticité des livres saints; été forgé longtemps après la moit de il. la divinité de leur origine; III. la dis- Mahomet, parce que personne ne Fa tinclion des divers sons du texte; IV. Fau- connu , dans l'origine, que les musullorité de ces livres en matière de doc- 1 mans, et que nous n'avons commencé à

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leconnoître que plusieurs siècles après?

Il en est de même des livres de Confu-

dû regarder comme une impiété? St Tune d'elles , ou si un imposteur parti-

cius, de Zoroastre, des shasters indiens. | culier l'avoit entrepris, auroit -il réussi Jusqu'à notre siècle, ces livres n'a voient ) à tromper toutes ces sociétés?

pas été plus connus des Européens, que ceux des Juifs ne l'avoient été des Grecs | ni des Egyptiens. Personne cependant ne s'est avisé d'en contester l'authenti- j cité sur un prétexte aussi frivole.

2° Nous voudrions savoir quel intérêt ; les Juifs ont pu avoir à fabriquer leurs livres pour se faire une religion parti- j culière qui les rendoit odieux à tous leurs voisins, qui les gênoit beaucoup dans toutes leurs actions , de laquelle ils ont dix fois secoué le joug pour se livrer à l'idolâtrie, et à laquelle ils ont été forcés autant de fois de revenir. ] Ont-ils commencé par recevoir de Moïse j leur religion et leurs lois sans motifs , j sauf à forger ensuite des livres pour justifier leur crédulité? 11 n'y a point; d'exemple d'un délire semblable dans j l'univers. Si les enfants ont cru de bonne foi que la religion qui leur avoit été en- j seignée par leurs pères étoit divine, ils

Nous concevons que de nouveaux docteurs, ambitieux d'établir une doctrine opposée à celle des apôtres , ont été personnellement intéressés à faire des livres sous le nom de ces personnages respectés , afin de tromper plus aisément leurs prosélytes; mais ceux qui l'ont fait ont été bientôt démasqués et confondus. Quant aux livres supposés de bonne foi , et sans aucun dessein de tromper , nous verrons ailleurs qu'ils ne dérogent en rien à l'authenticité des écrits véritablement apostoliques. Voy.

Apocryphe.

3° L'authenticité d'un livre ne dépend point de la nature des choses qu'il renferme ; qu'elles soient vraies ou fausses , raisonnables ou absurdes , claires ou inintelligibles , cela ne fait rien à la question de savoir s'il a été réellement écrit par tel ou tel auteur. Dironsnous que les écrits d'Homère, d'Hésiode,

n'ont pas pu croire qu'il leur fût per- ! de Ïite-Live , de Plutarque , ne peuvent mis de l'arranger à leur gré, d'en falsi- être partis de la plume de ces divers fier les titres, ou de leur en substituer de ! auteurs, parce que les uns ne renfer-

nouveaux. Les livres de Moïse étoient écrits, sa législation civile et religieuse étoit établie avant que les autres livres de l'ancien Testament eussent paru , les derniers supposent les premiers ; on n'a

ment que des fables , les autres des histoires prodigieuses et incroyables?

4° Le silence des auteurs profanes , au sujet des livres des Juifs , est faussement supposé. (Ne XXX, bis p. 595.)

pas pu en forger ni en altérer un seul , M. Huet , dans sa Démonstration évan-

sans s'exposer à être confondu par les précédents , ou par d'autres auteurs plus fidèles et mieux instruits. Voyez Pen-

TATEUQUE, HISTOIRE SAINTE.

De même les premiers chrétiens n'ont pu avoir aucun intérêt de renoncer au judaïsme ou au paganisme , pour embrasser une nouvelle religion détestée et persécutée partout; il a fallu com-

gélique, Grotius, dans son Traité de la vérité de la Religion chrétienne , et vingt autres écrivains , ont cité les passages des auteurs égyptiens, phéniciens, chaldéens, grecs et romains, qui ont parlé des livres des Juifs. Dès que ces livres ont été traduits en grec , ils ont été très-connus, et dès que Ton a pu avoir le texte hébreu, l'on n'a pas man-

mencer par croire la vérité des faits pu- \ que d'en faire la comparaison la plus bliés par les apôtres , leur mission di- j exacte avec la traduction. La conformité vine, par conséquent la divinité de cette \ de l'un avec l'autre démontre que ni

religion. Les différentes Eglises ou sociétés formées par les apôtres , une fois imbues de cette croyance, et dispersées en différents pays , ont- elles pu être réunies , par un même intérêt , à commettre une même fraude , qu'elles ont

l'un ni l'autre n'ont été falsifiés ou corrompus. «■

5° Lorsqu'il est question d'un livre indifférent, sans conséquence, qui est de pure curiosité, qui n'intéresse personne, il peut sans doute être falsifié et inter-

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polé ; mais quand il s'agit d'un livre qui intéresse toute une nation , qui est tout à la fois le monument de son histoire , îe code de sa croyance, de sa morale et <}c ses lois , le titre des possessions de chaque famille , peut-on y toucher sans conséquence? Si, après la mort de Moïse, />ar exemple , toute la nation des Hébreux avoit conspiré à changer quelque chose à ses livres , y auroit - elle laissé les traits déshonorants qui pouvoient la couvrir d'infamie aux yeux de ses voisins; les crimes de ses pères, ses défaites , ses malheurs ? Si les prêtres avoient formé ce complot , les particuliers et les familles qui en avoient des copies , et qui éloient forcés d'en avoir, les tributs, jalouses de celle de Lévi , auroient - elles gardé le silence? Que l'on cite un exemple d'une pareille conspiration formée par une nation tout entière.

Après le schisme des dix tribus , la conspiration est devenue encore plus im-

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ce que les copies fussent exactement conformes aux originaux. Toutes les fois qu'une secte d'hérétiques a eu la témérité d'en altérer seulement un mot, les Eglises, qui avoient reçu ces écrits de la main des apôtres, ont élevé la voix , ont reproché à ces sectaires leur infidélité; saint Irénée, dès le second siècle , saint Clément d'Alexandrie , Origène, Tertullien , en sont témoins, et réclament l'attestation de ces mêmes Eglises.

Il a encore été plus impossible de les supposer ou de les forger en entier, que | de les falsifier en partie ou de les inler- | poler. Nous pouvons donc affirmer har- ' diment qu'il n'est aucun livre profane ! et ancien , dont l'authenticité et l'in'é* ; grilé soient prouvées plus invincibiej ment que celles de nos livres sain'.s. i Lorsque le père Hardouin a fait ironi- [ quement ou sérieusement son Pseudo- ' Virgilius , il n'a fait qu'appliquer à l'Enéide les mêmes objections que les

possible; les Israélites ont été divisés en incrédules allèguent contre l'authentideux peuples presque toujours ennemis ; cité des livres de l'Ecriture sainte; s'estet armés l'un contre l'autre , jamais ce- • il trouvé quelqu'un d'assez insensé pour pendant l'un n'a reproché à l'autre l'at- ; adopter son sentiment? tentât dont on les croit capables. Jamais j § II. De la divinité de V Ecriture les prophètes qui ont mis au grand jour : sainte. Nous sommes certains de la ditous les crimes de leur nation , ne l'ont \ vinité de nos Ecritures , parce qu'elles soupçonnée d'avoir changé une seule l ont été données comme parole de Dieu syllabe dans ses livres sacrés. Après la \ à l'Eglise chrétienne, par Jésus -Christ captivité, lorsque les Juifs ont été dis- ■ et par ses apôtres; ce fait est inconlespersés dans la Perse, dans la Syrie ,! table, puisque les apôtres les citent clans l'Egypte , toute altération faite de comme telles dans leurs propres écrits, concert a été d'une impossibilité abso- et que l'Eglise les a toujours regardées lue. Si Esdras ou un autre avoit osé y ' comme telles. Sur un fait aussi simple toucher, le Pentateuque samaritain, I et aussi important, la société cinéplus ancien que lui , auroit déposé et tienne n'a pu tromper personne ni être

déposeroit encore contre lui.

Les mêmes raisons sont encore plus fortes pour les livres du nouveau Testament. Les divers écrits dont il est composé , n'ont point été livrés tous , dans leur origine, à une société particulière, par exemple, à l'Eglise de Jérusalem ou îl'Antioche , mais adressés aux différentes Eglises de la Judée , de la Syrie, de l'Egypte, de la Grèce, de l'Italie. Ce sont ces différentes sociétés qui se les sont communiqués les unes aux autres; chacune en particulier étoit intéressée à

trompée.

Depuis son établissement , dans toutes les disputes qui sont survenues, l'Eglise s'est servie de l'autorité des livres de l'ancien et du nouveau Testament, pour prouver la vérité de sa croyance , pour la défendre contre les hérétiques qui osoient l'attaquer. Toutes les contestations se réduisoient à savoir si tel dogme étoit enseigné ou non dans nos livres saints, ou si les Eglises, fondées par les apôtres, avoient reçu d'eux ce dogme de vive voix. L'Ecriture sainte, la tra-

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dition : tels sont les deux oracles auxquels on a toujours cru devoir s'en rapporter pour savoir si tel dogme étoit révélé ou non. Les hérétiques , aussi bien que l'Eglise , regardoient donc ces livres comme le dépôt de la révélation divine. Nous le voyons par l'histoire de toutes les hérésies nées depuis la fondation de l'Eglise jusqu'à nous. La divinité ou l'inspiration des Ecritures est donc appuyée sur les mêmes preuves que la mission divine de Jésus - Christ et des apôtres. Nous avons indiqué sommairement ces preuves aux mots Crédibilité et Christianisme.

Les protestants s'y prennent comme nous pour prouver Y authenticité des livres saints ; quant à la divinité de ces livres , il est bon de voir l'embarras dans lequel ils se jettent , et le défaut essentiel de leur méthode.

Beausobre , dans un discours sur ce sujet, dit que pour faire le discernement des livres authentiques d'avec les écrits | supposés ou apocryphes, les Pères ont eu des règles certaines. La première a été de comparer la doctrine d'un ouvrage quelconque , avec celle qui avoit été prêchée par les apôtres dans toutes les Eglises, et qti s'y étoit conservée sans altération, puisqu'elle étoit uniforme partout. « On ne doit pas néan- » moins, dit- il, conclure de là que la » tradition est la règle de la doctrine, » et qu'il faut juger encore à présent de » V Ecriture par la tradition , et non au » contraire. Car il y a bien de la difié- » rence entre une tradition toute fraîche, » attestée dans toutes les Eglises, reçue » immédiatement des apôtres ou de » leurs disciples , et des traditions éloi- » gnées de la source, qui ne sont pas » certiliées par l'Eglise universelle. » Nous verrons ci-après si cette différence est réelle.

La deuxième règle qu'ont suivie les Pères , a été d'examiner si les livres en question avoient été reçus comme authentiques dès le commencement par toutes les Eglises ; le témoignage uniforme de celles-ci forme une démonstration certaine de la vérité d'un fait : d'où l'on a conclu que les livres qui n'en

éloient pas munis étoient supposés ou incertains.

La troisième a été de confronter la doctrine des livres douteux , avec celle des livres déjà reçus pour authentiques. Hist. du manich., 1. 1, p. 438. Basnage semble avoir adopté ces mêmes règles.

Hist.del'Egl.,\. 8, c.5, §0.

On accuse témérairement les protestants, continue Beausobre, de renoncer à cette méthode , pour suivre les suggestions d'un certain esprit particulier.

Il y a deux questions concernant les livres du nouveau Testament. La première, qui est une question de fait, est de savoir s'ils sont véritablement des apôtres ou des hommes apostoliques dont ils portent les noms; la seconde, qui est une question de droit ou de foi, est de savoir si ces livres sont divins , canoniques, inspirés , ou parole de Dieu. Lorsque les réformés ont dit, dans leur confession de foi , qu'ils reconnoissent les livres du nouveau Testament pour j canoniques , non tant par le commun accord et consentement de V Eglise , que par le témoignage et intérieure persuasion du Saint-Esprit, ils ont eu en vue la seconde question seulement; quant à la première, ils conviennent qu'ils croient l'authenticité de ces livres sur le témoignage de l'Eglise primitive. Ainsi, dit-il, les mahométans sont témoins compétents pour attester que l'Alcoran est véritablement de Mahomet, mais leur autorité est nulle pour prouver que c'est un livre divin ; autrement ils seroient juges dans leur propre cause. Lorsque saint Augustin a dit : Je ne croirois point à l'Evangile , si je n'y étois porté par V autorité de l'Eglise, il parloit sans doute de l'authenticité de l'Evangile, et non de sa divinité, autrement son raisonnement seroit ridicule ; cette authenticité étoit aussi la seule question contestée entre lui et les manichéens.

Dans le fond , dit-il encore , la seule différence qu'il y ait entre les catholiques et les protestants, est que les pre* miers n'attribuent qu'aux évoques l'inspiration du Saint-Esprit, pour juger de la divinité des livres du nouveau Testament ; au lieu que , selon les réformés,

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cette grâce appartient en général à tous les fidèles ; c'est un privilège de la foi et non de la charge. « Je voudrois bien » savoir laquelle de ces deux opinions » est la mieux fondée sur X Ecriture » sainte. »

C'est donc à nous de le satisfaire , et de démontrer que les protestants raisonnent fort mal.

1° La première question, qu'il appelle question de fait, renferme évidemment une question de droit. Selon lui , pour savoir si un livre étoit authentique ou apocryphe , les Pères en ont comparé la doctrine à celle qui avoit été prêchée par les apôtres dans toutes les Eglises , et à celle qui étoit enseignée dans les livres universellement reconnus pour authentiques. Or , comparer doctrine à doctrine , en juger la ressemblance ou la différence, est-ce une question de

leurs successeurs à la vérité des faits évangéliques , des faits fondamentaux du christianisme, a perdu de son poids ou de sa certitude par le cours des siècles ; que nous ne sommes plus aujourd'hui aussi certains de ces faits que l'étoient les premiers fidèles. C'est une prétention des incrédules ; il est fâcheux de la voir confirmée par le suffrage des protestants.

4° Il s'ensuit évidemment que la croyance de ces derniers , sur la divinité de nos livres saints , se réduit à un pur enthousiasme semblable à celui des mahométans. A quel titre un protestant prétend - il être plutôt éclairé par le Saint-Esprit pour juger de la divinité de ces livres, qu'un musulman pour affirmer la divinité de l'Alcoran? C'est que nos livres promettent ce secours aux fidèles. Mais Mahomet, dans son livre,

fait? Si nous ne sommes pas certains promet aussi à ses disciples que Dieu les

que les Pères ou les pasteurs de l'Eglise ont été assistés du Saint - Esprit pour porter ce jugement, comment pouvonsnous nous y fier?

2° La seconde question , que Beausobre nomme question de droit ou de foi, n'est évidemment qu'une question de fait. Pour savoir si tel livre est divin ou inspiré de Dieu, il s'agit uniquement de savoir s'il a été donné comme tel à l'Eglise par Jésus - Christ, ou par les apôtres, ou par les hommes apostoliques. C'est certainement un fait. Tout pasteur d'une Eglise apostolique a été témoin compétent pour dire sans danger d'erreur : Ce livre a été donné comme divin à mon Eglise par son fondateur, par l'apôtre ou par le disciple de Jésus - Christ , qui m'a ordonné et instruit. Ce témoignage étoit aussi irrécusable que quand il disoit : Ce livre m'a été donné par tel apôtre ou par tel disciple. Et nous soutenons que ce témoignage , transmis par tradition , n'a pas diminué de force par le laps dos temps ; qu'il est absurde en pareil cas de distinguer entre une tradition fraîche ou récente, et une tradition ancienne.

3° En effet, si cette distinction étoit solide , il faudroit dire aussi que le té-

éclairera ; cent fois U répète que la foi est un don de Dieu , et que Dieu l'accorde à qui il lui plaît. Nous défions un protestant d'alléguer aucun motif duquel un mahométan ne puisse se prévaloir.

La nullité du témoignage de ce dernier ne vient point de ce qu'il est juge dans sa propre cause, il l'est à bon droit lorsqu'il s'agit d'attester Y authenticité de l'Alcoran ; mais de ce qu'il n'a aucune preuve de la mission divine de Mahomet, au lieu que nous avons des preuves invincibles de la mission divine de Jésus- Christ, des apôtres et des hommes apostoliques.

5° La méthode des protestants est vicieuse et sophistique. Ils savent que nos livres sont divins , par l'assistance qu'ils reçoivent eux-mêmes du Saint- Esprit ; et ils sont assurés de cette assistance, parce que ces livres la leur promettent. Mais avant de compter sur cette promesse, il faut être déjà certain que le livre qui la renferme est divin , et que c'est Dieu lui-même qui y parle. Ils préjugent donc la divinité des livres avant d'être convaincus de la divinité de la promesse; ils prennent pour principe ce qui ne doit être que la conséquence : peut-on déraisonner plus complètement?

moignagc rendu par les apôtres et par Aussi parmi eux une secte admet comme

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canoniques des livres qu'une autre secte nous , par quels auteurs plusieurs de ces

rejette du canon : le Saint-Esprit n'a pas trouvé bon de les inspirer toutes de même.

6° Il est faux que la seule question

anciens livres ont été écrits ; c'est cependant sur la parole des Juifs que les protestants en croient l'authenticité :

accordent-ils à la synagogue l'assistance

discutée entre saint Augustin et les ma- ! du Saint-Esprit qu'ils refusent à l'Eglise nichéens fût Y authenticité des livres de j catholique? Pour nous, nous les croyons l'Evangile ; il s'agissoit également de la authentiques et divins, parce qu'ils ont divinité de ces écrits ; et saint Augustin ] été donnés comme tels à l'Eglise chréfait profession de croire l'une et l'autre j tienne par les apôtres, et nous sommes sur l'autorité de l'Eglise, parce que l'une j assurés de ce fait par le témoignage et l'autre sont une question de fait qui qu'en rend l'Eglise, doit être décidée par des témoignages : Le Clerc , tout habile qu'il étoit , n'a déjà nous l'avons prouvé , et nous y re- j pas mieux réussi que Beausobre à viendrons encore dans un moment. Le ] prouver l'authenticité et la divinité des

passage de ce Père est clair d'ailleurs. Lïb. contra Epist. fundam., c. 5, n. 6. « Pour moi , dit-il , je ne croirois pas à y> l'Evangile , si je n'y étois engagé par l'autorité de l'Eglise. Puisque j'ai acquiescé à ceux qui me disoient : Croyez à l'Evangile , pourquoi leur résisterois-je, lorsqu'ils me disent : Ne croyez pas aux manichéens ? » Ces mots , croyez à l'Evangile, signifient-ils seulement, croyez à V authenticité de VEvangile ? Les manichéens pouvoient-ils croire à la divinité de ces livres, en supposant qu'ils a voient été falsifiés? Contra Faustum , 1. 1 7 , c. 1 et 3 , etc.

7° Au mot Eglise, § S , nous prouverons qu'en matière de foi l'assistance du Saint-Esprit a été promise au corps des pasteurs , et non aux simples fidèles ; mais , sans entrer ici dans cette discussion, l'on voit déjà que c'est une absurdité de supposer que ces promesses regardent plutôt ceux auxquels il est simplement ordonné d'être dociles et de croire , que ceux qui sont chargés d'enseigner et d'établir la foi. C'en est une autre de confondre la grâce nécessaire pour croire, avec la grâce d'état promise aux pasteurs pour remplir leurs fonctions : la première est donnée aux fidèles pour leur utilité particulière ; la seconde est accordée aux pasteurs pour l'utilité de leur troupeau.

8° La méthode de Beausobre ne peut pas servir à prouver l'authenticité des livres de l'ancien Testament ; aussi n'a-t-il parlé que de ceux du nouveau.

Les Juifs ne savent pas, non plus que

livres saints. Il ne lui paroît pas croyable que saint Matthieu n'ait écrit son Evangile que l'an 61 , vingt-huit ans après la mort de Jésus-Christ ; saint Luc, l'an 64., et qu'il n'y ait poiat eu d'Evangile authentique avant ce temps -là, comme on le croit communément. C'étoit donc à lui de fournir des preuves du contraire , et il n'y en a point : que prouve son incrédulité contre le témoignage des anciens ? Hist. ecclés. à l'an 61 , § 9.

Il dit que les chrétiens n'ont pas eu besoin de l'autorité de l'Eglise pour être assurés que les Evangiles A les Epîtres des apôtres étoient authentiques, puisque plusieurs avoient vécu avec les auteurs même : saint Jean, dit- il, qui a vécu jusqu'à la fin du premier siècle, a sans doute dissipé, par son témoignage, toutes les incertitudes que l'on pouvoit avoir sur ce fait important. An. 69, § 6, n. 5 ; an. 100 , § 5.

Tout ceci n'est encore qu'un rêve systématique. 1° Où est le témoin qui a vécu avec tous les différents auteurs des écrits du nouveau Testament, et qui a pu apprendre d'eux que toutes ces pièces étoient leur ouvrage? Saint Jean luimême n'a pas été dans ce cas. Depuis la dispersion des apôtres, on ne voit pas qu'ils se soient rassemblés , et il n'y a aucune preuve que saint Jean ait connu tous les écrits de ses collègues, ni qu'il en ait attesté l'authenticité; plusieurs ont été faits dans des lieux très-éloignés de la demeure de saint Jean , et il n'en avoit pas besoin pour instruire ses ouailles.

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2° Nous voudrions savoir encore qui est le contemporain des apôtres qui a parcouru toutes les Egiises déjà fondées, ou qui leur a écrit pour les informer du nombre des livres authentiques du nouveau Testament. Avant la tin du premier siècle , il y a eu des sociétés chrétiennes établies dans la Grèce et dans l'Asie mineure, dans la Perse, en Egypte et en Italie; il n'étoit pas aisé de donner à toutes la môme instruction , pendant qu'elles ne parloient pas toutes la même langue.

5° Quand un disciple des apôtres se seroit chargé de ce soin , il y auroit encore de l'imprudence à préférer le seul témoignage de ce particulier à celui que pouvoit rendre chacune des Egiises apostoliques , touchant les écrits dont elle étoit dépositaire. C'étoit sans doute à l'Eglise de Rome qu'il appartenoit d'attester l'authenticité de la lettre que saint Paul lui avoit écrite; à celles de Corinthe , d'Ephèse , de Philippes, etc., de certifier ta vérité de celles qui leur avoient été adressées par ce même apôtre ; à celle d'Alexandrie , d'aflirmer que l'Evangile attribué à saint Marc éloit

véritablement de lui , et ainsi des autres. C'est aussi au témoignage de ces Eglises que Tertullien , au troisième siècle , en appeloit , pour constater l'authenticité de ces divers écrits. Or, il a fallu du temps pour réunir et comparer ces différentes attestations , et nous soutenons qu'il n'a pas été possible de le faire avant la fin du premier siècle; aussi les anciens ont-ils été persuadés que cela s'est fait beaucoup plus tard. Mais en quel sens peut-on dire qu'un fait , constaté par le témoignage des Egiises apostoliques, a été connu et cru indépendamment de V autorité de l'Eglise, et indépendamment de la tradition ?

V Eglise n'est autre chose que l'assemblage des sociétés qui la composent ; la tradition n'est autre chose que le témoignage de ces mêmes sociétés; et ['autorité de l'Eglise, en matière de fait et de dogme , n'est que la certitude du témoignage qu'elle rend de ce qui lui a été enseigné. Ici comme ailleurs , Le Clerc et les protestants semblent ignorer

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la signification des termes. Voj. Eglise,

4° Quel a pu être l'organe de ces Egiises, pour rendre le témoignage dont nous parlons, sinon leurs pasteurs? C'est à ceux-ci que les apôtres ont donné la charge d'enseigner , et c'est pour cela qu'ils les ont instruits avec plus de soin que les simples fidèles ; nous le voyons par les lettres de saint Paul à Tile et à Timothéc. C'est aux pasteurs que saint Jean écrit dans l'Apocalypse , pour les avertir de leur devoir ; ce sont certainement eux qui ont été les dépositaires et les gardiens des écrits apostoliques, pour les lire au peuple et les lui expliquer dans le besoin; personne n'a pu être mieux informé qu'eux de ce qui étoit authentique ou apocryphe.

Lorsque Le Clerc ajoute qu'il n'a pas été nécessaire que cela fût décidé par aucune assemblée ecclésiastique , il cherche à faire illusion ; le témoignage d'un évêque, placé à la tête de son troupeau , n'a pas moins de poids que quand il est rendu dans une assemblée ecclésiastique ou dans un concile : dans l'un et l'autre de ces deux cas, c'est le témoignage, non d'un simple particulier, mais d'une Eglise entière. Voilà ce que les protestants n'ont jamais voulu comprendre.

Notre critique en impose encore, en disant que les premiers chrétiens auroient été Irès-blàmables s'ils avoient négligé de recueillir tous les livres du nouveau Testament. Peut-on les blâmer de n'avoir pas fait l'impossible? L'Evangile et l'Apocalypse de saint Jean n'ont été écrits que sur la fin du premier siècle; les fidèles d'Ephèse les ont conservés soigneusement, sans doute; mais ceux de Rome ont-ils été obligés de le savoir d'abord, et d'en demander des copies? Ils se sont crus suflisamment instruits par saint Pierre et saint Paul ; aucune loi ne leur imposoit le devoir de s'informer si d'autres apôtres avoient laissé des écrits dans d'autres parties du monde. Il en a été de même des fidèles d'Alexandrie enseignés par saint Marc r de ceux de Jérusalem gouvernés par saint Jacques, etc.

Enfin , Le Clerc calomnie sans raison les savants, soit catholiques, soit anglicans, lorsqu'il les accuse d'avoir imputé delà négligence aux premiers chrétiens, afin de pouvoir attribuer aux traditions incertaines du second siècle autant d'autorité qu'aux livres du nouveau Testament. Appeler tradition incertaine le témoignage rendu par les Eglises apostoliques surl'authenticité des écrits qu'elles avoient reçus des apôtres , c'est parler sans réflexion. Quoi qu'en disent les protestants, il n'a pas été possible de discerner autrement les livres authentiques d'avec les pièces apocryphes.

Mais l'authenticité d'un écrit, quoique indubitable, ne prouve pas encore que c'est un ouvrage divin , la parole de Dieu , une règle de foi. Saint Clément a été disciple de saint Pierre, aussi-bien <jue saint Marc, et saint Barnabe l'a été de saint Paul , de même que saint Luc : pourquoi les lettres de saint Clément et •celles de saint Barnabe n'ont-elles pas •été mises au rang des livres inspirés, 'comme l'Evangile de saint Marc, celui de saint Luc et les Actes des apôtres? Le €lerc dit que les premiers chrétiens ont regardé ceux-ci comme divins, parce qu'ils ont vu que ces livres ne renferment rien qui soit indigne d'écrivains inspirés, rien qui soit contraire à l'ancien Testament, ni à la droite raison, rien qui caractérise des auteurs plus récents que les apôtres. An. 100 , g 3 , pag. 520.

* Voilà donc les simples fidèles érigés -en juges de la doctrine des livres du nouveau Testament, réduits à examiner si elle est digne ou indigne d'écrivains inspirés , si elle est conforme ou contraire à l'ancien Testament , etc. Nous demandons si des païens nouvellement convertis, qui ne connoissoient pas l'ancien Testament, dont la raison avoit été pervertie par les erreurs du paganisme, ou qui ne savoient pas lire , étoienl fort an étal de porter ce jugement , qui partage encore aujourd'hui plusieurs sociétés chrétiennes. N'oublions pas que , suivant l'opinion de Le Clerc , les premiers chrétiens , en général , n'étoient pas fort instruits, et que les apôtres n'exigeoient pas qu'ils le fussent avant

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de leur administrer le baptême, an. 57, § 4 et suivants. Il est donc évident que , sans une assistance spéciale du Saint- Esprit, ces premiers fidèles étoient absolument incapables de l'examen dont il s'agit. A plus forte raison leur étoit-il impossible de discerner dans l'ancien Testament les livres authentiques d'avec les apocryphes, et les ouvrages inspirés d'avec les profanes. Mais les protestants | qui refusent au corps de l'Eglise l'as- ; sistance du Saint-Esprit , l'accordent libéralement à chaque particulier.

Cette discussion , quoique un peu longue , nous a paru nécessaire pour démontrer que les plus habiles même d'entre les protestants, n'ont jamais pu réussir à prouver l'authenticité ni la divinité des livres saints , et que cela est | impossible , à moins que l'on n'admette l'autorité de l'Eglise.

Notre méthode est plus simple et plus sûre; nous disons : Les apôtres ont donné aux Eglises qu'ils ont fondées tels et tels livres , et non d'autres , comme Ecriture sainte et parole de Dieu; nous sommes convaincus de ce fait par le témoignage uniforme de ces Eglises , énoncé par la bouche de leurs pasteurs. Ce témoignage ne peut être faux, touchant un fait aussi aisé à saisir; donc nous devons y croire.

Ce témoignage est d'autant plus fort , que c'est aux pasteurs que Jésus-Christ et les apôtres ont donné mission pour enseigner : or, une partie essentielle de l'enseignement, est de nous apprendre quels sont les livres que nous devons regarder comme règle de foi. Cet enseignement ne sufïîroit pas encore pour rendre notre foi certaine , si les pasteurs n'avoienl en même temps mission et assistance du Saint-Esprit pour nous donner le vrai sens de ces livres ; sans cela , celui que nous y donnerions ne seroit que notre opinion particulière : une foi fondée sur une base aussi peu solide, ne seroit qu'un enthousiasme de prétendus illuminés.

Indépendamment de toute citation de l'Ecriture , nous sommes certains de la mission divine des pasteurs de l'Eglise, par leur succession et leur ordination ,

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qui sont venues des apôtres par une chaîne non interrompue ; autre fait sensible et public , dont cette société entière rend témoignage. De même que celte mission est divine dans son origine, elle l'est aussi dans sa succession , parce que cela est absolument nécessaire pour rendre la foi solide aussi longtemps que durera l'Eglise.

Lorsque nous prouvons ces mêmes vérités aux protestants par Y Ecriture

écrits , de les regarder comme parole de Dieu et comme la règle de notre croyance. Nous ne prodiguons point ici les miracles ; nous n'admettons que ce qui suit naturellement des paroles de Jésus-Christ et des apôtres.

Si quelques théologiens ont poussé plus loin l'inspiration des auteurs sacrés, rien ne nous oblige d'embrasser leur sentiment.

Les incrédules disent que ces livres

sah\i"} nous ne faisons pas un cercle jne portent point en eux-mêmes l'em-

vicieux, parce qu'ils admettent d'ailleurs la divinité de Y Ecriture, qu'ils récusent même toute autre preuve ; c'est donc un argument personnel que nous leur faisons. Mais ils tombent eux-mêmes dans ce cercle , en prouvant la divinité de YEcriture par une prétendue persuasion intérieure du Saint-Esprit, ensuite cette persuasion par la divinité de YEcriture , qui la leur promet , et en fixant

preinte ni le secau de la divinité , que le fond des choses et le style annoncent évidemment qu'ils sont l'ouvrage des hommes, et même quelquefois d'écrivains assez médiocres.

Mais ces censeurs si éclairés sont-ils en état d'assigner le style, le ton , la manière dont Dieu doit se servir pour parler aux hommes? Ce qui paroissoit beau, sublime , divin aux Orientaux , nous

encore le sens -de celte promesse, que 'semble froid, obscur ou gigantesque; nous leur contestons par cette même per- ! auquel de ces goûts divers Dieu étoit-il suasion. obligé de se conformer? 2° La parole de

Après avoir prouvé la divinité des i Dieu est adressée à tous les hommes, au livres saints, ou l'inspiration de ceux ' peuple comme aux savants ; qu'a besoin qui les ont écrits, il faut examiner en le peuple des prestiges de l'éloquence quoi consiste cette inspiration. Sans dis- ou des finesses de l'art, auxquelles il cuter ici les divers sentiments des théo- n'entend rien? 5° Nos adversaires n'oiogiens , dont nous parlerons au mot seroient nier qu'il n'y ait dans Moïse,

Inspiration ,nous pensons , 1° que Dieu a recelé aux écrivains sacrés ce qu'ils ne pouvoient pas savoir par les lumières naturelles; mais il n'a pas été nécessaire qu'il leur révélât les faits dont ils étoient témoins oculaires, ou dont ils avoient toute la certilude morale possible , ni les leçons qu'ils avoient reçues de leurs pères; 2° que, par un mouvement de sa grâce , Dieu leur a inspiré ou suggéré le dessein et la volonté de mettre par écrits les faits , les dogmes, la morale, et le désir de nous les transmettre avec la plus exacte fidélité; 5° Dieu leur a donné une assistance ou un secours particulier pour les préserver d'erreur, sans

dans les historiens , dans les prophètes, des morceaux d'éloquence qui ont paru sublimes dans toutes les langues , chez tous les peuples et dans tous les siècles ; mais ce n'est point là-dessais qu'est fondé le respect que Ton doit aux livres saints. g III. Des divers sens de l'Ecriture sainte. Dans Y Ecriture sainte , comme dans tout autre livre , le texte peut avoir un sens littéral et un sens figuré. Le premier est celui qui résulte de la force naturelle des termes et de leur usage ordinaire ; le second est celui que fauteur a voulu cacher sous les expressions dont il s'est servi. Le sens littéral se sousdivise en sens propre et en sens méta-

rien changer néanmoins au degré de ca- \ phorique. Lorsqu'il est dit que Jésus-

pacilé naturelle que chaque écrivain pouvoit avoir d'écrire plus ou moins élégamment et clairement. Ces trois choses sonl nécessaires et suffisantes, pour que

Christ a été baptisé par saint Jean dans le Jourdain , il ne faut point chercher d'autre sens dans ces paroles , que le fait historique qui se présente d'abord

nous soyons obligés d'ajouter foi à leurs | à l'esprit. Mais lorsque saint Jean nomme

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Jésus-Christ Vigneau de Dieu, on comprend que c'est une métaphore ; elle exprimenon-seulementladouceurde Jésus- Christ, dont l'agneau est le symbole; mais qu'il étoit destiné à être la victime de la rédemption du monde. Quand VEcriture attribue à Dieu , Etre purement spirituel , des yeux , des mains , des pieds, on conçoit que les yeux signifient la connoissance, les mains la toute-puissance , les pieds le pouvoir de se rendre

nant que les anciens Tuifs aient appliqué constamment ce psau ne au Messie, Voy.

Galatin , liv. 8, ch. 2ï.

On doit donc rejeter le sentiment de Grotius , qui pense que la plupart des prophéties ont été accomplies à la lettre et dans le sens propre, avant Jésus- Christ; mais qu'elles ont été accomplies en lui dans un sens plus parfait et plus sublime. Nous soutenons qu'un grand nombre de prophéties ne peuvent être

où il lui plaît , ou plutôt sa présence im- j appliquées qu'à lui dans le sens propre

médiate en tout lieu.

Le sens figuré , mystique ou spirituel, est celui que l'auteur sacré paroît avoir en vue , outre le sens littéral. Si un fait historique fait allusion à Jésus-Christ et à son Eglise , c'est une allégorie ; si on peut en tirer une leçon pour les mœurs , c'est une tropologie ; s'il nous donne une idée du bonheur éternel, c'est une anagogie. Ainsi Isaac portant le bois qui devoit servir à son sacrifice, est, dans un sens allégorique , Jésus-Christ portant sa croix. La loi de ne pas lier la bouche du bœuf qui foule le grain , Veut., c. 25, j. f , désigne , selon saint Paul , Fo Mi-

el littéral, et n'ont été accomplies qu'en lui. Voyez Prophétie.

D'autre part, saint Paul dit, Rom., c. 10, f. 4, que Jésus-Christ est la fin ou le terme de la loi, I. Cor., c. 10, j. 11; que tout ce qui est arrivé aux Juifs étoit une figure, et a été écrit pour notre instruction. De là il s'est formé une secte de figuristes , qui prétendent que, dans ['Ecriture , tout est symbolique et allégorique.

Non-seulement ce système est outré, dégénère en fanatisme , donne lieu aux incrédules d'insulter au christianisme; mais ses partisans abusent évidemment gation dans laquelle sont les chrétiens de ! des paroles de saint Paul. Jésus-Christ fournir la subsistance aux ministres de ! est la fin de la loi , puisqu'il a donné aux l'Evangile; c'est le sens moral ou tropo- \ hommes la grâce et la vraie justice que

logique. Les biens temporels promis aux observateurs de l'ancienne loi , sont l'emblème des biens éternels réservés à la vertu : ils les désignent dans le sens anagogique. Voyez Allégorie, etc.

On comprend déjà que, dans la recherche et dans l'examen de ces divers sens , il y a deux excès à éviter , l'un de vouloir tout prendre à la lettre , l'autre de vouloir tout entendre dans un sens mystique.

Selon les partisans obstinés du sens littéral , ces paroles du psaume 109 : Le Seigneur a dit à mon Seigneur , asseyez-vous à ma droite , s'entendent à la lettre de David , lorsqu'il désigna Salomon pour son successeur. Ils ne font pas attention que Jésus-Christ s'est appliqué à lui-même ce passage , Malt., c. 22, f. 43; que d'ailleurs la plupart des expressions de ce psaume sont trop sublimes , pour s'être vérifiées à la lettre

dans Salomon. Il n'est donc pas éton- Saint Jérôme , saint Augustin , et d'au

a loi ne pouvoit donner; ainsi l'explique saint Jean dans son Evangile , c. 1 , f. 17. Saint Paul ne dit pas que Jésus- Christ est le seul objet de la loi. L'incrédulité des Juifs , leurs révoltes , leur punition , dont parle l'Apôtre dans l'endroit cité , sont sans doute un exemple, un modèle , une figure de ce qui doit nous arriver à nous-mêmes , si nous les imitons : tel est le sens. Il est absurde d'en conclure qu'il en est de même de tous les événements de Fhistoire juive, de toutes les lois, de toutes les narrations de l'ancien Testament.

On ne doit pas blâmer les Pères de l'Eglise d'avoir tourné en allégorie la plupart de ces faits et d'en avoir tiré des leçons morales pour l'édification de leurs auditeurs ; cette manière d'instruire étoit au goût de leur siècle. Il ne faut pas en conclure que c'est la meilleure, et qu'il faut encore faire de même aujourd'hui.

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très Pères, sont convenus que le sens mystique ne prouve rien en rigueur , à moins qu'il n'ait été formellement indiqué par Jésus-Christ et par les apôtres. Voyez Figure, Figurisme.

Ce qu'il y a de singulier , c'est que les sociniens qui ont blâmé hautement les Pères de l'Eglise d'avoir eu trop d'attachement pour le sens figuré de l'ancien Testament , tombent eux-mêmes continuellement dans ce défaut à l'égard du nouveau. Lorsqu'un passage semble les favoriser , ils le prennent dans la plus grande rigueur des termes ; lorsqu'il leur

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est contraire , ils ont recours au sens métaphorique : preuve évidente que l'interprétation de Y Ecriture sainte ne doit point être abandonnée à la critique téméraire et toujours inconséquente des hérétiques, qu'il faut absolument s'en tenir au sens autorisé et prouvé par la tradition. Voyez Sociniens.

Sur les divers sens de Y Ecriture , les protestants ne s'accordent pas mieux entre eux qu'avec nous. Mosheim , bon luthérien , après avoir accusé les Pères de l'Eglise et les commentateurs de tous les siècles, d'avoir corrompu plutôt qu'expliqué Y Ecriture sainte , par leur attachement au sens allégorique, prétend que l'on n'a commencé qu'au seizième siècle à rechercher le vrai sens des livres saints , en suivant la règle d'or établie par Luther; savoir qu'il n'y a qu'un sens attaché aux mots de J'Ecriture, dans tous les livres du vieux et du nouveau Testament. Mais son tra- .

ducteur anglois observe très-bien que ! écrits des prophètes, dit-il , et des apôcette prétendue règle d'or est fausse, \ très, sont remplis de tropes , de métaqu'il y a évidemment dans les prophètes i phores , de types , d'allégories, de pact ailleurs des passages susceptibles de j raboles, d'expressions obscures; ils sont plusieurs sens. Nous ajoutons que cette j autant et plus inintelligibles que les règle est formellement contraire aux pa- écrits des anciens auteurs profanes. Il rôles de saint Paul , que nous venons j se moque de Daillé , qui , dans son livre

Assémani , Bib. orient., tome 3, c. 198 , et il y en a très-peu dans les commentaires de Théodoret.

Aussi plusieurs savants anglois se sont attachés à prouver qu'il est ridicule de vouloir prendre toujours les passages de nos livres saints à la lettre. Ils observent, 1° qu'il y a dans ces livres de la prose et de la poésie, de l'histoire, des prophéties et des leçons de morale ; que les poètes et les orateurs grossissent les objets et en chargent la peinture ; que souvent les écrivains sacrés parlent le langage vulgaire, et s'accommodent aux idées du peuple , sans les adopter. 2° Si l'on s'attachoit à la précision philosophique , il seroit ridicule de dire que du cœur sortent les mauvaises pensées ; que Dieu sonde, éclaire, échauffe, tourne les cœurs, etc. Ce sont là des images empruntées des corps pour exprimer les choses spirituelles, et ces expressions ne peuvent être vraies dans la rigueur des termes. De ce que Dieu exerce un empire absolu sur nous , il ne s'ensuit pas qu'il nous gouverne comme des machines. 3° Souvent Y Ecriture fait allusion aux rites, aux usages, aux mœurs des anciens peuples, que nous ne connoissons presque plus; cela doit nécessairement y jeter beaucoup d'obscurité pour nous.

L'un d'entre eux soutient qu'aucun livre ne peut nous servir de règle dans toutes les circonstances ; il cite Flaccius Illyricus , qui a donné cinquante et une raisons de l'obscurité de [Ecriture. Les

d'alléguer ; elle n'a été imaginée que pour étayer la maxime favorite des protestants , savoir, que Y Ecriture est claire , qu'il sullit de la lire attentivement pour en prendre le vrai sens. Enfin , le fait avancé par Mosheim est absolument faux , puisqu'il est constant que les nestoriens ont toujours rejeté les explications allégoriques de Y Ecriture sainte ;

de l'Usage des Pères, a voulu infatuer le peuple de la prétendue clarté de YEcriture. Bayle lui-même soutient qu'il est impossible aux ignorants, et même aux savants , de s'assurer jamais , avec une pleine certitude, du vrai sens des livres saints. Il observe que la prétendue grâce du Saint-Esprit, dont les protestants se flattent , n'augmente point l'es-

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prit, la mémoire, la pénétration natu- \ une raison plus pénétrante et plus droite relie ; qu'elle ne nous apprend ni Thé- ! que ses adversaires ?

breu , ni le grec , ni les règles du raison-

ni les faits historiques ; il faudroit , ditil , une grâce semblable au don miracu-

§ IV. De V 'autorité de /'Ecriture sainte

nement , ni les solutions des sophismes , en matière de foi. Une quatrième ques-

tion, très -importante, est de savoir quelle est l'autorité de Y Ecriture sainte

leur de prophétie : s'en flatter, c'est ] en matière de doctrine, ou plutôt quel donner dans le quakérisme et Fenthou- 1 est l'usage que l'on doit faire de cette siasme. Enfin, l'on prétend que Luther, à < autorité.

l'article de la mort, déclara que personne j En général, les protestants soutienne doit se flatter d'entendre les saintes { nent que Y Ecriture sainte est la seule lettres , à moins qu'il n'ait gouverné les j règle de foi, le seul dépôt des vérités Eglises pendant cent ans avec des pro- | révélées ; et que c'est la raison , la luphètes tels qu'Elie, Elisée, Jean-Bap- j mière naturelle, aidée de la grâce du

tiste , Jésus-Christ et les apôtres ; et que cette anecdote a été recueillie et publiée par un témoin oculaire. Abrégé chron.

de l'Hisl. de France , an 1546.

Cependant, lorsque les théologiens catholiques ont voulu faire ces mêmes réflexions , les protestants les ont accusés de blasphémer contre les oracles du Saint-Esprit. Ils se sont rebattus à dire que Y Ecriture est claire et très-intelligible sur les choses nécessaires , sur les articles fondamentaux ; qu'ainsi tout ce qui est obscur n'est pas nécessaire. On sait comme les sociniens ont fait usage de ce merveilleux principe, et jusqu'où

Saint-Esprit , qui nous fait discerner le vrai sens du texte sacré ; d'où il résulte qu'en dernière analyse, c'est la raison, ou ce qu'on nomme l' esprit particulier , qui est l'unique arbitre de la croyance de chaque fidèle.

Les anglicans ont senti cette conséquence , et ont pris un parti plus modéré; leurs plus habiles théologiens, Bullus , Fell, évêque d'Oxford, Poarson, évêque de Chester, Dodwel, Bingham , etc., ont fait voir par de solides raisons, et par leur conduite, que pour prendre le vrai sens de Y 'Ecriture sainte , il faut consulter les Pères de l'E-

il a été poussé par les déistes. Mais c'est | glise , surtout ceux des quatre premiers

encore un cercle vicieux et une absurdité; il s'ensuit qu'un dogme n'est plus nécessaire à croire , dès qu'il plaît à un incrédule d'y trouver de l'obscurité.

Nous défions les protestants de citer un seul passage de VEcriture touchant le dogme , dont le sens n'ait été obscurci et perverti par quelque mécréant , ou une seule erreur que l'on n'ait fondée sur quelques passages de VEcriture.

Mosheim lui-même , parlant du principe des sociniens , savoir , que l'on doit entendre ce que nous enseigne VEcriture sainte, conformément aux lumières de la raison , dit que , suivant cette règle, il doit y avoir autant de religions que d'individus. Seizième siècle, sect. 3, seconde part.,-c. 4, g 16. Cela est vrai ; mais en est-il autrement de la règle des protestants? Est -il plus difficile à un homme de prétendre qu'il a une inspiration du Saint-Esprit pour bien entendre tel passage, que de se flatter d'avoir

siècles , fidèles organes de la tradition. Ils ont été forcés d'en agir ainsi , pour pouvoir réfuter les sociniens.

Ces derniers, nés dans le sein du protestantisme , ont poussé le principe posé par les réformateurs , aussi loin qu'il pouvoit aller. Selon eux , c'est la raison ou la lumière naturelle seule qui doit décider du sens de VEcriture sainte, Conséquemment , lorsque VEcriture nous paroît enseigner des dogmes contraires à la raison , tels que la Trinité . l'incarnation, la rédemption, la présence réelle, etc., on doit donner aux expressions dont elle se sert, le sens qui paroit s'accorder le mieux avec les lumières de la raison. Dieu, disent-ils, qui nous a donné la raison pour guide , ne peut avoir révélé des vérités qui la contredisent.

Fondés sur ce dernier principe , lès déistes concluent, que puisque toutes les révélations enseignent des dogmes cou-

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