ECU 3G
traires à la raison, il ne faut en admettre aucune. Celte gradation d'erreurs et de conséquences inévitables démontre déjà la fausseté du système des protestants.
Les catholiques soutiennent que YEcriture sainte est règle de foi , mais qu'elle n'est pas la seule, qu'elle ne suffit point pour fixer notre croyance ; que pour en prendre le vrai sens, il faut consulter la tradition de l'Eglise, tradition attestée par les décrets des conciles, par les Pères , par la liturgie et par les prières publiques, par les pratiques du culte divin. Voici les preuves qu'ils allèguent :
l°Nous ne pouvons mieux connoître la manière dont les fidèles doivent être enseignés, qu'en considérant ce qu'ont fait Jésus - Christ , les apôtres et leurs successeurs. Or, Jésus -Christ, après avoir dit à ses disciples : Comme mon Père ra a envoyé, je vous envoie, leur ordonne d'enseigner toutes les nations ; il ne leur ordonne pas de rien écrire , lui-même n'a rien écrit ; parmi ses apôtres , il y en a au moins six qui n'ont laissé aucun ouvrage , et l'on ne peut pas prouver qu'ils aient commandé aux fidèles de se procurer les écrits des autres apôtres, encore moins qu'ils les aient exhortés à lire l'ancien Testament. De même que Jésus-Christ avoit dit:
« Je vous ai fait connoître tout ce que » j'ai reçu de mon Père , » Joan., c. 45 , $, 45 ; saint Paul dit aux Corinthiens : « J'ai reçu du Seigneur ce que je vous » ai donné par tradition. » /. Cor.,c. 11, f. 25. Et il dit à un pasteur qu'il charge d'enseigner : a Ce que vous avez entendu » de moi devant plusieurs témoins , » coniiez-le à des hommes fidèles, qui se- » ront capables d'enseigner les autres. » //. Tim., cap. 2, f. 2. Il auroit été plus court de leur dire : Mettez-leur Y Ecriture à la main.
Il est croyable , dit Le Clerc , Ilist. ecclésiastiq., sous Van 57, n° 4, que les apôtres n'instruisoient pas seulement les fidèles de vive voix, mais qu'ils leur mettoient aussi l'histoire évangélique entre les mains.
Cela est croyable, sans doute, à un protestant qui a intérêt de le supposer;
2 ECR +
mais cela n'est pas croyable à un homme instruit, et qui cherche la vérité de bonne foi. 4° Ce fait est contraire aux leçons même des apôtres que nous citons. 2° Les livres du nouveau Testament n'ont été entièrement écrits qu'à la fin du premier siècle , soixante - sept ans après la mort de Jésus -Christ. 5° Un apôtre, qui étoit allé prêcher dans la Perse , dans les Indes, en Italie ou dans les Gaules , ne pouvoit pas avoir sous la main les écrits faits en Egypte, dans la Palestine , ou dans l'Asie mineure, ni en avoir assez d'exemplaires pour les laisser dans toutes les sociétés chrétiennes qu'il formoit. 4° L'usage des lettres étoit fort rare parmi le peuple, et il y avoit trèspeu d'hommes qui sussent lire. 5° Saint Irénée atteste que de son temps il y avoit encore des Eglises ou des sociétés chrétiennes qui n'avoienl point d'Ecriture sainte , et qui , cependant, conservoient une foi pure par tradition. Voilà des faits positifs , plus forts que les conjectures des protestants.
Immédiatement après la mort des apôtres, saint Clément et saint Polycarpe, instruits par eux, recommandent aux fidèles d'écouter leurs pasteurs ; ils ne les exhortent point à vérifier , par Y Ecriture, si la doctrine qu'on leur prêche est vraie ou fausse. Saint Ignace fait de même au second siècle ; saint Irénée rend témoignage à Florin , de l'exactitude avec laquelle il écoutoit les paroles de ceux qui avoient entendu les apôtres; il réfute les héritiques par cette tradition aussi-bien que par YEcriture; il atteste que pour lors plusieurs Eglises conservoient la foi par tradition, sans avoir encore aucune Ecriture. Au troisième, Tertullien ne vouloit pas que l'on admît les hérétiques à disputer par YEcrilure. Voilà d'insignes prévaricateurs aux yeux des protestants.
Mais ces derniers nous fournissent eux-mêmes des armes contre eux. Pour la commodité de leur système , ils ont trouvé bon de supposer que YEcriture sainte fut d'abord traduite dans la plupart des langues, et que ces traductions contribuèrent merveilleusement à la propagation de l'Evangile. C'est une
ECR
belle imagination. Les Juifs n'entcndoient plus rhébreu,et les Paraphrases chaldaïques ne sont pas très-fidèles. Les Syriens l'entendoient encore moins, et Ton ne sait pas précisément à quelle époque il faut rapporter la version syriaque. Les apôtres paroissent avoir fondé des Eglises dans l'Arménie , en Perse , et même chez les Parthes ; point de version dans les langues de ces peuples pendant les premiers siècles. Saint Paul avoit prêché et fondé des Eglises en Arabie ; la version arabe n'est pas de la plus haute antiquité. Saint Marc avoit établi celle d'Alexandrie ; et il n'a paru que tard une traduction égyptienne ou cophtique. L'on n'en a connu aucune en langage africain ou punique, aucune en cncien espagnol, dans l'idiome des Celtes ni des Bretons. Nous ne savons pas précisément la date de la Vulgate latine ou italique ; elle étoit faite sur le grec des Septante, et ce grec étoit très-fautif 7 puisque c'est à cette version que les protestants attribuent la plupart des erreurs dont ils chargent les anciens Pères.
Ils disent que le grec étoit entendu partout ; cela est faux : il étoit entendu des personnes instruites et polies , mais non du peuple; autrement les apôtres n'auroient pas eu besoin du don des langues ; il leur auroit suffi de savoir le grec. Dans les Jetés des apôtres, chap. 2 , j . 9 , il est fait mention de seize langues différentes qu'ils eurent le don de parler.
Un autre obstacle etoit l'incertitude de savoir quels livres de Y Ecriture étoient authentiques ou supposés, divins ou purement humains. Le Clerc a prétendu que le canon ou le catalogue de ces livres fut dressé par les apôtres même, avant la mort de saint Jean; Mosheim est d'avis que ce fut au second siècle ; mais Basnage soutient que , pendant les cinq ou six premiers siècles, il n'y eut jamais de canon généralement reçu ; que chaque Eglise avoit la liberté d'y placer tel livre qu'il lui plairoit ; qu'au septième et au huitième, on doutoit encore si l'Epître de saint Paul aux Hébreux, l'Apocalypse, et plusieurs livres de l'ancien Testament , étoient ou
en eck
n'étoient pas canoniques. Peu nous importe de savoir lequel de ces auteurs a raison; cela ne seroit pas arrivé, dit Basnage, si l'on avoit reconnu pour lors un tribunal infaillible , auquel il appartint de décider la question.
Cela seroit encore moins arrivé, si l'on avoit cru pour lors , comme les protestants , que la lecture des livres saints étoit absolument nécessaire aux fidèles pour former leur foi ; mais on étoit persuadé , comme nous le sommes encore , qu'il leur suffisoit d'écouter la voix de l'Eglise. La réflexion de ce critique prouve plus contre les protestants que contre nous.
Mais supposons , si l'on veut , peur un moment , que le canon eût été formé d'abord , et que les versions de Y Ecriture fussent très-communes , en seronsnous plus avancés ? Dans les temps dont nous parlons , de vingt personnes il n'y en avoit pas deux qui sussent lire ; les livres étoient très-rares , il falloit presque la vie d'un homme pour copier un exemplaire complet de Y Ecriture, et ce livre devoit coûter au moins mille francs de notre monnoie. Avant l'impression de la Bible arménienne , un exemplaire coûtoit quinze cents francs.
Quel obstacle à la connoissance des livres saints! s'écrie à ce sujet Beausobre ; nous en convenons , mais cet obstacle a duré jusqu'à nous dans TOrient, et il y subsiste encore; l'ignorance des lettres y est universellement répandue; faut-il, par cette raison, s'abstenir d'y prêcher le christianisme ? Mais , toujours, pour leur commodité, les protestants supposent que, dans les deux ou trois premiers siècles , l'érudition étoit aussi commune qu'elle l'a été depuis l'invention de l'imprimerie, et ils ont accumulé les fables pour étayer leur système.
2° Il est impossible que des livres trèsanciens , écrits dans des langues mortes, et qui nous sont étrangères, par des auteurs qui n'avoient ni les mêmes mœurs ni le même tour d'esprit que nous, pour des peuples qui aimoient les allégories et le style figuré, soient assez clairs pour fixer notre croyance, sans aucun autre
ECR
ECR
guide. Cette vérité a été démontrée , non-seulement par les controversistes catholiques, mais par plusieurs protestants ; nous avons cité leurs aveux.
Livrer les saintes Ecritures à l'esprit particulier , à l'interprétation arbitraire de chaque lecteur, c'est ne leur attribuer pas plus d'autorité qu'atout autre livre, et vouloir qu'il y ait autant de religions que de tètes. Dans le fond , ce n'est pas la lettre du texte qui est notre foi, mais c'est le sens que nous y donnons. Si ce sens vient de nous et non de Dieu , ce n'est plus Dieu qui nous enseigne, c'est nous qui sommes notre propre guide.
Plusieurs dogmes enseignés dans les livres saints sont des mystères, des vérités supérieures à l'intelligence humaine ; il est contre la nature des choses, de vouloir que la raison en soit le juge et l'arbitre. Sur quel principe de la lumière naturelle jugerons-nous de ce que Dieu peut ou ne peut pas faire? Quand on suppose que Dieu n'a pas pu nous révéler des vérités incompréhensibles , c'est comme si l'on soutenoit qu'il n'a pas pu révéler aux aveugles-nés l'existence de la lumière et des couleurs.
1° Si V Ecriture sainte est la seule
pur enthousiasme : donc, à plus forte raison, ils sont capables de la première. Faux raisonnement. Un simple fidèle n'a pas besoin d'examiner toutes les preuves que l'on peut donner de la vérité du christianisme; une seule bien saisie lui suffit pour fonder sa foi ; tels sont, par exemple, les miracles de Jésus-Christ et des apôtres : or , ce sont des faits dont la certitude est évidente au chrétien le plus ignorant. Pour savoir , au contraire , si tel dogme est enseigné dans V Ecriture sainte, il faut être certain, 1° que cette Ecriture est la parole de Dieu , et que c'est Dieu qui en est l'auteur; 2° que tel livre , dans lequel on trouve ce dogme , est canonique et non apocryphe ; 5° que le passage dont il s'agit n'est pas une interpolation , et qu'il n'est pas corrompu ; 4° qu'il est fidèlement traduit; 5° que l'on en prend le véritable sens , et que ceux qui l'entendent autrement sont dans l'erreur; 6° que ce sens n'est contredit par aucun autre passage de VEcrilure. Lorsque nous citons l1 Ecriture sainte aux protestants , ils nous font toutes ces exceptions ; l'on est donc aussi en droit de les leur opposer. Où est le simple fidèle capable de satisfaire à
règle de foi, elle l'est pour les ignorants toutes ces difficultés? aussi-bien que pour les savants, puisque 5° V Ecriture sainte, au lieu de fixer la foi est un devoir que Dieu commande , par elle-même la croyance et les doutes à tous. Le simple peuple, un ignorant de chaque particulier, est au contraire qui ne sait pas lire, est-il capable de | le sujet de toutes les disputes. Entre consulter le texte original de V Ecriture les hérétiques et les orthodoxes, il est sainte , de se démontrer l'authenticité i toujours question de savoir quel est le et l'intégrité de ce texte , de s'assurer j vrai sens de tels ou tels passages , chadc la fidélité de la version? S'il doit s'en ' que secte prétend les entendre mieux ïenir à ce que l'Eglise lui atteste sur ces que ses rivales : qui décidera la controis chefs, il est absurde de soutenir j testation? S'il n'y a aucun moyen de la qu'il ne doit pas se fier à elle sur le sens ! terminer, Jésus-^Christ a donc fait son
-qu'il faut donner à chaque passage.
L'entêtement des protestants sur ce point est inconcevable. Il est, disent-ils, •beaucoup plus facile de juger si un dogme est ou n'est pas enseigné dans Y écriture sainte, que de discuter toutes les preuves de la vérité de la religion chrétienne : or, cette seconde discussion «est certainement à la portée des fidèles les plus ignorants, autrement leur foi ne seioit fondée sur rien , ce seroit un
Testament, pour qu'il fût une pomme de discorde dans son Eglise, Toutes les fois que les protestants se sont trouvés aux prises avec les socinicns,ils ont été forcés de recourir à la tradition, pour prouver que ceux-ci tordoient le sens de V Ecriture j y donnoient des interprétations inouïes. On comprend bien que les sociniens se sont moqués d"un rempart ruiné d'avance par les protestants. Apol. pour les calh., tom. 2, cb, 7.
ECR
ECR
6° Ceux mêmes qui font profession de s'en rapporter au texte seul de YEeriture, démentent ce principe par leur conduite. Pourquoi des catéchismes, des professions de foi, des décisions de synode chez les protestants , s'ils n'ont point d'autre règle de croyance que V Ecriture? Pourquoi condamner les arminiens , les anabaptistes , les sociniens , qui ne l'entendent pas comme eux?
N'est-il permis qu'à eux de suivre l'instinct de l'esprit particulier? Avant de iire l' Ecriture sainte, la foi d'un protestant est déjà formée par son catéchisme, par la tradition, et par l'enseignement commun de sa secte particulière; aussi ne manque-t-il presque jamais de trouver dans V Ecriture sainte le sens que l'on y donne communément dans sa secte ; il a reçu , dès le bereeau , l'inspiration du Saint-Esprit , pour l'entendre ainsi. Un critique anglois nous assure que dans les pays où le luthéranisme, le calvinisme ou le socinianisme sont dominants , l'on emploie la violence et la ruse pour empêcher qu'aucun particulier ne donne à YEcriture un autre sens que celui de sa secte ; que si cela lui arrive , il est regardé comme hérétique. Esprit du Clergé, n° 27. Les sociniens font le même reproche aux protestants en général. Apol. pour les catholiques, t. 2. chap. 4.
7° Il est absurde qu'un livre soit tout à la fois la loi que l'on doit suivre, et le juge des contestations qui peuvent s'élever sur le sens de la loi. Chez tous les peuples policés, l'on a senti la nécessité d'avoir des tribunaux et des juges pour faire l'application de la loi aux cas particuliers , pour en fixer le vrai sens ,
s'est crue en droit de condamner leur interprétation , d'assigner le vrai sens du texte, de dire anathème aux opiniâtres. A-t-elle commencé à se tromper, dès le temps des apôtres , sur la règle de sa foi? Elle n'auroit pas pu tomber dans une erreur dont les conséquences fussent plus terribles.
a Que les sectaires , dit saint Jérôme t » ne se vantent point de ce qu'ils citent » Y Ecriture sainte pour prouver leur » doctrine; le démon lui-même en a » cité des passages ; V Ecriture ne con- » siste point dans la lettre, mais dans » le sens. Si nous nous en tenions à la » lettre , il ne tiendroit qu'à nous de » forger un nouveau dogme , et d'en- » seigner que l'on ne doit point recevoir » dans l'Eglise ceux qui ont des souliers » et deux habits. » Dial. adv. Lucifer., in fine.
8° Enfin, la prétendue vénération des protestants pour Y Ecriture sainte n'est qu'une hypocrisie; dans la pratique, ils ont pour elle moins de respect que pour un livre profane. En premier lieu , les frères de Walembourg , après avoir compulsé les différentes Bibles des protestants , les ont convaincus de douze falsifications essentielles dans le sens des passages concernant les questions controversées entre eux et nous. De Controv., tract. 4, sect. 2, etc. En second lieu , l'on ne peut leur opposer aucun passage si clair , qu'ils ne trouvent le moyen d'en tordre le sens à leur gré; nous le ferons voir particulièrement, lorsque nous prouverons contre eux l'autorité de l'Eglise en matière de foi , et nous démontrerons l'absurdité de leurs gloses.
Déjà ils ont été battus par leurs propres armes ; dans toutes les disputes qu'ils ont
pour condamner les opiniâtres. Si Je- i eues avec les sociniens, ceux-ci leur ont sus-Christ avoitfait autrement, il auroit j fait voir qu'ils avoient appris à leur école été le plus imprudent de tous les légis- l'art de se jouer de X Ecriture sainte.
Jateurs.
Ces raisons évidentes , que l'on ne
Mais nous n'en sommes pas moins obligés de répondre à tous leurs repro*
peut éluder que par des sophismes, sont ches, et d'en démontrer l'injustice.
confirmées par la pratique constante de l'Eglise depuis les apôtres. Toutes les fois que les hérétiques ont attaqué sa doctrine par des passages de Y Ecriture, qu'ils entendoient à leur manière, elle
V. Reproches que font les protestants aux catholiques, touchant TEcriture sainte.
Ils disent, 1° que nous prenons pour règle de foi, non Y Ecriture sainte, mais
ECU