‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 75 sur 114 · CG · texte numérisé non relu

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la tradition : c'est une imposture. L'Eglise a constamment enseigné et professé le contraire; elle a encore déclaré, dans le concile de Trente , sess. 4 , que « l'Evangile est la source de toute vé- » rite salutaire et de toute règle des » mœurs ; que ces vérités et ces règles » sont contenues dans Y Ecriture et dans » les traditions non écrites, qui , reçues » de la bouche de Jésus-Christ par les » apôtres , ou communiquées par eux » de main en main, sous la direction » du Saint-Esprit, sont parvenues jus- » qu'à nous. » Donc elle reconnoît pour règle de foi Y Ecriture sainte aussi bien que la tradition ; mais elle déclare que YEcriture n'est pas la seule règle, et cela , pour deux raisons convaincantes.

La première, parce qu'il y a des vérités et des pratiques qui ont été enseignées de vive voix par Jésus- Christ et par les apôtres, et qui ne sont point écrites dans les livres qu'ils nous ont laissés. Nous sommes assurés de ce fait, soit par leurs propres écrits, soit par le témoignage de leurs disciples et de leurs successeurs. La seconde , parce que les vérités écrites dans nos livres saints n'y sont pas toujours couchées assez clairement pour qu'il n'y ait plus lieu d'en douter et de disputer. Nous sommes donc alors obligés de recourir à la tradition , c'est-à-dire au sens que les disciples et les successeurs âc> apôtres ont donné à ces passages , sens que nous découvrons par leurs écrits ou par les usages qu'ils ont établis , et auxquels l'Eglise a toujours fait profession de s'en tenir. « C'a toujours été , dit Vincent de Lé- » rins , Comm., cap. 29 , et c'est encore » aujourd'hui la coutume des catholi- » ques, de prouver la foi de ces deux » manières, 1° par l'autorité de l'JS'- » crilure sainte; 2° par la tradition de ■d l'Eglise universelle : non que YE- » criture soit insuffisante en elle-même, » mais parce que la plupart interprètent » à leur gré la parole divine, et enfan- » lent ainsi des opinions et des erreurs ; » il est donc nécessaire d'entendre YE- » criture sainte suivant le sens de l'Ey> glisc , surtout dans les questions qui » servent de fondement à tout le dogme

» catholique. » Celte règle , suivie au cinquième siècle , est-elle devenue fausse par treize siècles qu'elle a duré de plus?

Déjà nous avons remarqué que les protestants, en réclamant sans cesse YEcriture comme seule règle de foi, en imposent encore aux ignorants. Leur véritable règle est l'interprétation qu'ils y donnent de leur chef, et quel que soit le motif qui la leur suggère, c'est une impiété d'appeler cette interprétation ta parole de Dieu, puisque ce n'est souvent que la rêverie d'un ignorant, d'un visionnaire, ou d'un docteur entêté.

L'Eglise traite YEcriture sainte avec plus de respect ; elle ne se donne la liberté ni d'en retrancher tel livre qu'il lui plaît , ni d'en corriger le texte par intérêt de système , ni d'en altérer le sens par les versions, ni d'en expliquer arbitrairement les passages •, olle laisse ces divers attentats aux hérétiques, qui ne rougissent pas de s'en attribuer le droit, et de s'en vanter.

2° Ils disent qu'en nous tenant à la tradition, nous mettons la parole des hommes à la place, et même au-dessus de la parole de Dieu : double fausseté. En premier lieu , la tradition n'est point la parole des hommes, mais la parole de Jésus-Christ et des apôtres , aussi bien que celle qui est écrite : qu'elle nous soit venue de vive voix ou par écrit, cela n'en change point la nature. La parole, même écrite, a passé par la main des hommes , puisque nous n'avons plus les originaux des écrivains sacrés, mais seulement des copies et des traductions; et les protestants n'ont pu recevoir ces copies que de la main des pasteurs de l'Eglise catholique. Si ceux-ci ont été capables d'altérer la parole qu'ils ont prêchée , ils n'ont pas été moins capables de corrompre celle qu'ils ont copiée ou traduite. Il seroit absurde de supposer que Dieu a veillé à ce qu'il ne s'y fit plus aucun changement en copiant, ou en traduisant, et qu'il n'a pas trouvé bon d'empêcher qu'il n'en arrivât en enseignant de vive voix. Suivant la réflexion de saint Paul, confirmée par une expérience de dixsept siècles , la foi vient de Voûte et de

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la prédication de la parole de Dieu, beaucoup plus que de la lecture ; il étoit donc de la sagesse divine de veiller encore de plus près sur la prédication ou sur la tradition que sur YEcriture.

Comment les protestants ne voientils pas qu'ils sont les vrais coupables du crime qu'ils nous reprochent, puisqu'ils mettent leur propre interprétation , leur propre sens , à la place de X Ecriture; et qu'ils osent appeler parole de Dieu, ce qui n'est dans le fond que leur propre parole?

En second lieu , lorsque l'Eglise interprète Y Ecriture sainte suivant la tradition , elle ne met pas plus sa décision au-dessus de la parole de Dieu , qu'un tribunal de magistrats qui détermine le sens d'une loi ne met ses arrêts audessus de la loi. Lorsqu'il suit pour cela les usages et les coutumes, l'avis des jurisconsultes, les arrêts de ses prédécesseurs, il est bien assuré de ne pas aller contre l'intention du législateur.

Ainsi , Y Ecriture sainte expliquée par les décisions de l'Eglise, est précisément dans le même cas que le texte de la loi expliqué par les arrêts. La différence est que, pour enseigner ainsi les fidèles, l'Eglise est assurée de l'assistance du Saint-Esprit; mais quelle assurance peut avoir un protestant d'être inspiré , lorsqu'il s'arroge le droit d'entendre Y Ecriture comme il le juge à propos?

5° Les protestants répètent sans cesse que nous laissons de côté Y Ecriture , pour ne consulter que la tradition. Ici la notoriété des faits suffît pour confondre la calomnie. Que l'on compare les ouvrages des théologiens et des controversisles catholiques avec ceux de leurs adversaires, on verra lesquels sont les plus exacts à prouver leur doctrine par YEcriture. Que l'on ouvre seulement le concile de Trente, pour voir si les Pères et les théologiens de cette assemblée ont manqué à ce devoir. A la vérité, un docteur catholique ne se donne pas, comme les protestants , la liberté de rassembler au hasard des passées qui ne prouvent rien, d'en tordre

le sens à son gré , de donner son commentaire comme Darole de Dieu ; il regarde comme une absurdité et une impiété d'attribuer plus de poids à son opinion personnelle qu'au sentiment général de l'Eglise catholique.

D'ailleurs , lorsque , sur une question de doctrine ou de pratique , YEcriture garde le silence , ce n'est pas la laisser de côté que de consulter la tradition , puisqu'en général le silence ne prouve rien. Avant de vouloir en tirer des conséquences , comme font les protestants, il faut commencer par démontrer.

1° Que les apôtres et les évangélistes ont dû tout écrire; où est l'ordre qu'ils en avoient reçu?

2° Qu'ils ont défendu à leurs successeurs de rien prêcher de plus. Or, ils leur disent le contraire : Prêchez la parole , gardez le dépôt, conservez la formule des saines paroles que vous avez reçues de moi en présence de plusieurs témoins , et confiez-les à il 'autres ; retenez les traditions que vous avez apprises , soit par mes discours r soit par ma lettre , etc. Quanta YEcriture, ils la nomment les saines lettres ; donc la parole , le dépôt , la formule, la tradition, ne sont pas YEcriture. Voyez Tradition. Les protestants croient , comme nous, la création des âmes, et non leur préexistence à la formation des corps, comme quelques-uns l'ont pensé; dans quel texte de YEcriture sainte ont-ils trouvé ce dogme, que les anciens n'y voyoient pas?

4° Un reproche plus grave, et encore plus faux , est que nous suivons des traditions contraires à YEcriture. Où sontelles? L'abstinence, disent nos adversaires , le culte des saints et des images, la hiérarchie, les prières dans une langue qui n'est pas entendue du peuple, etc.

A chacun de ces articles, nous ferons voir qu'ils sont fondés sur Y Ecriture, et que les passages prétendus contraires , allégués par les protestants , sont pris par eux dans un sens faux et opposé au texte même.

5° L'on accuse l'Eglise romaine d'interdire aux fidèles la lecture de YEcriture sainte. Les faits déposent encore

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contre celte calomnie. Il n'est aucune langue de l'Europe dans laquelle les livres saints n'aient été traduits par les catholiques. Ces versions n'ont pas été faites pour les ecclésiastiques, qui ont toujours lu la Vulgate ; donc elles l'ont été pour les simples fidèles. Elles n'ont [ point été condamnées lorsqu'elles étoient exactes , et il n'y a point eu de défense générale de les lire. Mais lorsque les novateurs ont glissé des erreurs dans les versions et les explications de V Ecriture sainte, lorsque, pour engager les

l'on appeloit bibliques, 17e siècle, tom. 2,2- part., c. -1 , § 27.

Quelques déistes même ont eu la bonne foi de convenir qu'il y a certains livres de Y Ecriture sainte dont la lecture peut produire de mauvais effets., d'autres dont l'obscurité peut être un piège pour les simples et les ignorants. Si le texte des livres saints est intelligible à tout le monde, à quoi bon cette multitude de commentaires faits par des protestants? Se flattent- ils de mieux instruire les fidèles que Dieu lui-même ?

fidèles à lire ces livres infectés, ils ont ' Ils nous font cette leçon, et ils ne daivoulu imposer à tous une loi de lire | gnent pas s'en faire l'application.

Y Ecriture sainte, l'Eglise a condamné avec raison ces auteurs et leurs ouvrages , afin de prévenir ses enfants contre le poison qu'on leur présentoit.

A-t-elle eu tort ?

Il ne faut pas oublier que la même

6° Ils disent que nous faisons tous nos efforts pour inspirer au peuple de l'indifférence et du mépris pour YEcriture sainte; que nous en parlons comme d'un ouvrage imparfait, altéré et corrompu par les Juifs et par les hérétiques,

chose est arrivée chez les protestants, comme d'un livre obscur et impénétra- L'an 1543, après la naissance de la ré- ble, dont la lecture peut être dangeforme en Angleterre, le roi et le parle- reuse , qui n'a par lui-même aucun cament furent obligés d'interdire au peu- ' pie la lecture de la Bible , « parce que » plusieurs personnes ignorantes et sé- » ditieuses , ayant abusé de la per- » mission qu'on leur avoit accordée de » la lire, une grande diversité d'opi- » nions, des animosités, des désordres, » des schismes , avoient été causés par » la perversion qu'elles avoient faite du » sens des Ecritures. » D. Hume, Uist. de la maison de Tudor, t. 2, p. 426.

On peut voir dans la même histoire l'abus énorme que les puritains faisoient de la Bible en Ecosse, pour souffler dans tous les esprits le feu de la sédition et de la rébellion. Un auteur anglois a cité l'évêque Branhall, et d'autres théologiens anglicans, qui disent que « la liberté que l'on accorde indif- » féremment aux protestants de lire la » Bible, est plus préjudiciable , et plus * dangereuse que la rigueur avec la- » quelle on défend cette lecture dans » l'Eglise romaine. » VEspril du clergé, n. 37. Moshcim avoue que le même accident est arrivé parmi les luthériens, sur la fin du siècle dernier, et que les magistrats furent obligés d'abolir les leçons qui se donnoient dans les collèges , que

raclère de divinité, et qui ne peut avoir d'autre autorité que celle qu'il plaît à l'Eglise de lui attribuer.

La fausseté de ces imputations esl déjà suffisamment prouvée par ce que nous venons de dire ; il seroit inutile de nous arrêter à les réfuter en particulier. Nous nous contentons d'observer que presque tous les reproches faits à l'Eglise romaine par les protestants , ont été rétorqués contre eux par les sociniens, dans les disputes qu'ils ont eues ensemble. Incapables de réfuter, par Y Ecriture seule, les interprétations captieuses données par leurs adversaires, les protestants ont voulu leur opposer le sentiment des anciens Pères de l'Eglise , par conséquent la tradition : ce ridicule les a couverts de honte; on leur a demandé d'un ton insultant, s'ils étoient redevenus papistes.

7° Enfin , ils nous reprochent de ne pas observer ce que YEcriture commande , de pratiquer même ce qu'elle défend expressément; nous soutenons que ces accusations retombent de tout leur poids sur les protestants.

En premier lieu, Jésus-Christ, Matt.r c. 5, j. 25, approuve les offrandes laites-

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a Dieu ; les protestants les ont abolies. f. 40, il dit : « Si quelqu'un veut plaider » contre vous et enlever votre robe , » abandonnez-lui encore votre manteau.

» C. 6, % 17, lorsque vous jeûnez, » parfumez-vous la tète et lavez- vous » le visage. C. 25, f. 1 , les scribes et les » pharisiens sont assis sur la chaire de » Moïse, observez et faites tout ce qu'ils ■ vous diront, f. 23 , vous payez les c dîmes des légumes, et vous négligez » les œuvres de justice et de miséri- • corde ; il falloit faire les unes et ne pas » omettre les autres. C. 19 , jhj 21 , si » vous voulez être parfait, vendez ce » que vous avez , et donnez-le aux pau- » vres. Luc, c. 12 , jf. 35 , vendez ce » que vous possédez , et faites l'aumône. » f. 55 , ayez une ceinture sur les reins » et une lampe allumée à la main. »

Saint Pierre et saint Paul répètent ce précepte de se ceindre les reins, et les Orientaux l'observent à la lettre. Joan.,

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criture défend expressément. Matth,, c. 3, jfr. 54, Jésus-Christ condamne toute espèce de jurement; c'est pour cela que les quakers refusent de jurer en justice. jr. 59, le Sauveur défend de résister au mal , ou au méchant. C. 6, f. 1 et 6 , il défend de faire l'aumône au grand jour, et de prier Dieu en public. î. 54 , il ne veut pas que l'on se mette en peine du lendemain ; c. 25, f. 9, que l'on donne à quelqu'un le nom de père ou de maître. Act., c. 45 , f. 20 , les apôtres ordonnent aux fidèles de s'abstenir du sang , des viandes suffoquées. Les protestants n'observent aucune de ces lois.

Ils baptisent les enfants nouveaux-nés, les anabaptistes et les sociniens soutiennent que cela est contraire à V Ecriture; ils célèbrent le dimanche, malgré le décalogue , qui ordonne de chômer le sabbat ou le samedi ; où est le texte de 1" Ecriture qui Fa ainsi réglé ? Saint Paul défend d'observer les jours ; Gai., c. 42,

c.l5, >;. 14 : « Si je vous ai lavé les jr. 10. » pieds, moi qui suis votre Seigneur et \ Un catholique est endroit de n'enten- » votre Maître, vous devez aussi vous ; dre tous ces passages des livres saints > laver les pieds les uns aux autres ; je ] que conformément à la tradition , au » vous ai donné l'exemple , afin que j sentiment et à la pratique de l'Eglise ; » vous fassiez ce que j'ai fait. » Nous ! c'est sa règle , il y trouve une entière voudrions savoir comment les proies- l sûreté. Un protestant se flatte de les entants peuvent prouver, par V Ecriture, { tendre selon la droite raison ; est-il bien que ce ne sont pas là des préceptes ri- j sûr que sa raison est plus éclairée que

goureux, et qu'il ne faut pas les prendre à la lettre. Pour donner la mission à ses apôtres, Jésus -Christ souflle sur eux et leur dit : « Recevez le Saint-Es- » prit; les péchés seront remis à ceux » auxquels vous les remettrez, etc. »

Les protestants ont proscrit cette cérémonie comme une superstition.

Saint Paul, Ephes., c. 5 , f. 16 ; Coloss., c. 5 , f. 16 , ordonne aux fidèles de s'édifier les uns les autres par des psaumes, par des hymnes et par des cantiques spirituels; les protestants chantent des psaumes ; ils ont supprime tes hymnes et les cantiques. Saint Jacques, ch. 5, f, 14, recommande aux malades de se faire oindre d'huile par les prêtres , avec des prières ; les protestants prétendent que c'est une superstition.

| celle des catholiques et des autres sectes protestantes , ou qu'il a une inspiration du Saint-Esprit meilleure que la leur? Ce n'est donc pas Y Ecriture , mais sa raison , son propre jugement, ou l'autorité de sa secte , qui est la vraie règle de sa foi.

On se tromperoit beaucoup, si l'on imaginoit que c'est la lecture des livres saints qui a fait naître le protestantisme. Luther, Calvin et les autres réformateurs , citèrent , à la vérité, Y Ecriture sainte, pour prouver que l'Eglise romaine étoit dans l'erreur ; on les crut sur leur parole ; leurs déclamations contre le clergé catholique firent le reste. La multitude des ignorants qu'ils séduisirent étoit- elle capable de consulter et d'entendre le texte sacré? Leurs disciples , déjà préoccupés , ont lu YEcri-

En second lieu, ils font ce que YE- lure , non dans l'intention pure de dé- II. 21

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couvrir la vérité, mais afin d"y trouver, à force de gloses, de commentaires et de sophismes, de quoi autoriser les opinions desquelles ils étoient déjà persuadés.

Les catholiques ne sont pas les seuls qui démontrent aux protestants les inconséquences et les contradictions de leur conduite. Richard Stéele, dans une lettre satirique au pape Clément XI , après avoir observé que chaque ministre protestant s'attribue l'autorité interprétative de Y Ecriture sainte, ajoute :

« Nous réussissons aussi bien par cette » méthode , que si nous défendions la » lecture de Y Ecriture sainte; et comme » cela laisse aux particuliers tout le mé- » rite de l'humanité , cela passe douce- » ment sans qu'ils y fassent attention. » Le peuple demeure toujours persuadé » que nous admettons Y Ecriture comme » règle de foi , et que tous peuvent la » lire et la consulter quand il leur plaît. » Ainsi quoique par nos paroles nous » conservions à Y Ecriture toute son au- » torité, nous avons cependant l'adresse » d'y substituer réellement nos propres » explications , et les dogmes tirés de ces » explications. De là il nous revient un » grand privilège, c'est que chaque mi- » nistre , parmi nous, est revêtu de l'au- » torité plénière d'un ambassadeur de » Dieu ; ce qui a été dit aux apôtres a » été dit à chaque ministre en particub lier, et ce préjugé une fois établi , il » n'y aura point de simple ministre ou » pasteur, qui ne soit un pape absolu » sur son troupeau. Cela fait voir com- » bien nous sommes subtils et adroits » dans le changement des mots, suivant » l'occasion , sans rien changer au fond » des choses. »

Moshcim , dans son Ifist. ecclés. du seizième siècle , sect. 3, 2R part., c. 1 , où il fait l'histoire du luthéranisme , nous apprend , g 2, que les ministres luthériens sont obligés de se conformer au catéchisme de Luther ; qu'après l'an 4585, l'on employa la prison, l'exil, les peines afflictives, pour faire recevoir le formulaire d'union dressé à Torgau et à P>erg en 1576; qu'en 1 60 1 , Crellius, premier ministre de l'électeur de

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Saxe, fut mis à mort pour avoir favorisé la doctrine contraire , g 43. De quel front Mosheim peut- il donc soutenir queYEcriture sainte est la seule règle de croyance et de morale des protestants.

Tout le monde sait que les calvinistes ont fait de même à l'égard des décrets du synode de Dordrecht : un déiste célèbre leur a fait ce reproche , et les a couverts de confusion.

ÉCRIVAINS SACRÉS , ou auteurs inspirés ; ce sont ceux qui ont écrit les livres que nous nommons Y Ecriture sainte. Tels ont été Moïse, Josué , Samuel , David , Salomon , les prophètes , etc. Nous avons vu , dans l'article précédent, en quoi consiste l'inspiration qu'on leur attribue. Quoiqu'il y ait quelques livres de l'ancien Testament dont les auteurs ne sont pas nommément connus avec une pleine certitude , cela ne forme aucune difficulté contre l'inspiration de ces livres, du moins pour les catholiques. Nous ne croyons la divinité d'aucun livre en vertu des règles de la critique, mais sur le témoignage de l'Eglise, à laquelle les livres qui composent l'Ecriture sainte ont été donnés comme parole de Dieu, par Jésus-Christ et par les apôtres. C'est l'affaire des protestants de dire sur quel fondement ils croient la divinité ou l'inspiration du livre des Juges , par exemple , sans savoir certainement par quel auteur ce livre a été écrit, si cet auteur étoit inspiré ou non.

La croyance de la synagogue ne sufïiroit pas pour fonder la nôtre , si ce point essentiel n'avoit pas été confirmé par Jésus-Christ et par les apôtres : or, nous ne sommes certains de ce fait que par le témoignage ou la tradition de l'Eglise , puisque cela n'est écrit nulle part.

Dire, comme les protestants, que nous sommes convaincus de l'inspiration de tel livre par un goût surnaturel , ou par une grâce intérieure du Saint-Esprit, c'est donner dans le fanatisme. Si un homme trouve autant de goût à lire les livres des Machabécs qu'à lire celui des Juges, qui pourra lui prouver qu'il a

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tort? Un musulman juge par son goût que PAlcoran est le plus beau, le plus sublime , le plus divin de tous les livres ; comment prouvera un protestant que son goût vient du Saint-Esprit, et que celui d'un Turc n'est qu'un préjugé de naissance ?

Pour ôter toute croyance aux écrivains sacrés , les incrédules ont calomnié leurs mœurs , leur conduite ; ils les ont peints comme des malfaiteurs : nous répondons à leurs invectives dans chaque article où nous parlons de ces écrivains en particulier , comme David , Moïse, Salomon, etc.

Ecrivains Ecclésiastiques. Outre les Pères ô& l'Eglise des six ou sept premiers siècles , il est un grand nombre d'auteurs qui ont traité des matières théologiques clans les siècles postérieurs; il y en a eu dans tous les temps. Quoiqu'ils n'aient pas autant d'autorité que les Pères, ils prouvent cependant la continuité de la tradition , et l'uniformité de la croyance de l'Eglise dans les différents siècles. Saint Jérôme a fait un catalogue des Pères et des écrivains ecclésiastiques qui avoient vécu jusqu'à son temps; Photius, au neuvième siècle, donna une bibliothèque, ou une liste et des extraits de tous les auteurs qu'il

dans les bas siècles peuvent avoir man* que de défiance et de sagacité ; ils citoient avec sécurité des pièces qui passoient pour authentiques , et contre lesquelles on ne formoit aucun soupçon.

Avant l'invention de l'imprimerie , avant la formation des grandes et riches bibliothèques , il n'étoit pas aisé de confronter les auteurs , d'examiner les manuscrits , de discerner ce qui est ou n'est pas de tel siècle, etc. Il ne faut pas faire un crime à ceux qui nous ont précédés , de n'avoir pas eu les mêmes secours que nous.

On ne peut pas nier que les protestants n'aient contribué beaucoup à perfectionner ce genre d'érudition ; mais les motifs de leurs travaux n'étoient pas assez purs pour nous inspirer de la reconnoissance. Ils ont commencé par rejeter tout ce qui les incommodoit , ils ont attaqué personnellement tous les auteur? qui leur étoient contraires. Mauvaise méthode. En fin de cause , leurs soupçons, leur défiance, leurs censures, leurs reproches , sont retombés nonseulement sur les Pères les plus anciens, mais sur les écrivains sacrés. Il a fallu travailler à tout conserver, parce qu'ils vouloient tout détruire.

ECTHÈSE. Exposition ou profession

avoit lus au nombre de deux cent qua- j de foi. Voyez Monothëlites. tre-vingts. Cet ouvrage est d'autant plus précieux, qu'une bonne partie des écrits dont il parle sont perdus. Parmi les modernes, Tillemont, Dupin, Cave, dom Ceillier, bénédictin, ont travaillé à nous faire connoître les auteurs ecclésiastiques, à distinguer les ouvrages authentiques d'avec ceux qui sont supposés ou douteux. Cette partie de la critique est aujourd'hui beaucoup plus éclaircie qu'elle ne l'étoit dans les siècles passés, surtout depuis les belles éditions que Ton a données des Pères et des écrivains ecclésiastiques.

Les travaux immenses qu'il a fallu entreprendre pour arriver au point où nous sommes , démontrent que les théologiens catholiques ont toujours procédé de bonne foi , que leur intention ne fut jamais de fonder la doctrine sur des litres Taux ou douteux. Ceux qui ont écrit

EDEN. Voyez Paradis.

ÉDIÏS DES EMPEREURS. Voyez Empereurs.

ÉDUCATION. Les philosophes de notre siècle ont souvent déclamé contre l'usage de donner aux enfants une éducation chrétienne , de leur enseigner la religion de la même manière qu'on leur apprend les lois, les mœurs, les usages de la société civile. Il s'ensuit de là , disent -ils , que c'est par hasard si un homme est plutôt chrétien que juif, mahométan ou païen : sa religion n'est point le résultat d'un choix libre et réfléchi : prévenu de préjugés religieux dès l'enfance , il n'aura pas dans la suite la liberté d'esprit ni le désintéressement nécessaire pour juger avec impartialité si la religion est vraie ou fausse.

A ces réflexions , nous répondons t

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1° que c'est aussi par hasard si un homme reçoit dans l'enfance de bonnes leçons , de bons exemples , de bonnes mœurs, des idées justes sur les lois et les usages de la société , ou des impressions toutes contraires. S'ensuit-il qu'on ne doit lui donner dans l'enfance aucune notion de toutes ces choses , le laisser croître et grandir comme le petit d'un animal?

2° Un enfant , élevé sans aucune idée religieuse , seroit aussi incapable de se forger, dans la suite, une religion vraie, que l'enfant d'un Sauvage l'est de se faire un système de lois , d'usages civils , de mœurs , conforme à la droite raison. Nos philosophes peuvent-ils citer un seul exemple du contraire?

5° Il est faux qu'un homme, élevé dans une religion quelconque , n'ait pas, dans la suite de sa vie , la liberté suffisante pour en examiner les principes et les preuves ; le contraire est démontré par l'exemple de tous ceux qui , dans un âge mûr, changent de religion, ou qui , après avoir été élevés dans le christianisme , tombent dans l'irréligion. Ou l'examen qu'ils prétendent avoir fait de leur religion a été libre et impartial, ou il ne l'a pas été : s'il l'a été , leur objection est fausse ; s'il ne l'a pas été , leur incrédulité ne prouve rien : ils jugent aussi mal de Véducation qu'ils ont jugé de la religion.

4° Un incrédule , s'il étoit sincère , conviendroit qu'il l'est devenu par hasard, ou plutôt par une curiosité criminelle. Si, au lieu de lire les ouvrages des ennemis de la religion, il avoit consulté ceux de ses défenseurs , il auroit persévéré dans la croyance chrétienne, comme ont fait ceux qui ont pris cette précaution. Mais il a voulu voir les productions célèbres de nos philosophes , il a été séduit par leur éloquence , et surtout par leur ton impérieux ; les passions ont fait le reste. II est déiste, athée, matérialiste ou pyrrhonien, selon qifil est tombé , par cas fortuit , sur des livres de déisme ou d'athéisme. Il lui est donc arrivé ce que Cicéron reprochoit déjà aux anciens philosophes, qui étoient stoïciens, épicuriens ou académiciens,

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selon que le goût, le hasard , les conseils d'un ami, les avoient conduits dans les écoles de Zenon , d'Epicure ou de Carnéade.

Ceux qui seront assez insensés pour ne donner à leurs enfants aucune éducation religieuse, auront certainement lieu de s'en repentir; et malheureusement la société recevra le contrp-coup de leur démence.

Mais nos censeurs philosophes ont principalement exhalé leur bile contre les instituteurs chargés , par état et par choix , de Véducation de la jeunesse.

Dans tous les pays, disent-ils, l'instruction du peuple est abandonnée aux ministres de la religion, bien plus occupés d'éblouir les esprits par des fables, par des merveilles, des mystères, des pratiques , que de former les cœurs par les préceptes d'une morale humaine et naturelle. Bien loin d'avoir la volonté et la capacité de développer la raison humaine , ils n'ont pour objet que de la combattre , pour la soumettre à leur autorité. Le prêtre ne connoît rien de plus important que d'inspirer à ses élèves un respect aveugle pour ses propres idées ; il les forme pour une autre vie, pour les dieux, ou plutôt pour luimême; il leur défend de s'attacher à leurs semblables , de rechercher leur estime, de s'applaudir du bien qu'ils font. Il ne leur prêche que des vertus qui n'ont rien de commun avec la vie sociale; il se garde bien de leur inspirer l'amour des sciences utiles, le désir d'examiner les choses. Incapable de connoilre lui-même la vraie nature de l'homme, il ignore l'usage que l'on peut faire des passions, et les moyens de les faire servir à l'utilité publique. V éducation sacerdotale ne semble avoir pour but que d'avilir les hommes , de leur ôter toute énergie, d'empêcher leur raison d'éclore, d'en faire des membres inutiles de la société- Au sortir des mains de ses instituteurs, un jeune homme ne sait ni ce qu'il est, ni s'il a une patrie, ni ce qu'il doit faire pour elle. Toute sa morale consiste à croire fermement ce qu'il ne comprend pas; il croit en avoir rempli tous les devoirs, lorsqu'il a salis-

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fait à des pratiques machinales auxquelles il est habitué. Sysl. social, 5e part. chap. 9.

Voilà une éloquente déclamation, examinons-la de sang-froid. i° Nous n'en relèverons pas l'impiété; il nous suffit d'attester la notoriété publique, pour démontrer la fausseté de toutes ces accusations. Malgré l'imperfection vraie ou prétendue des leçons qui se donnent dans les collèges , malgré la brièveté du temps que l'on y passe ordinairement , l'on en voit encore sortir tous les jours des jeunes gens qui ont au moins une première teinture de littérature , de physique , de mathématiques, d'histoire naturelle et civile , de géographie :

sciences très-utiles, s'il en fut jamais, et très-capables de développer la raison.

Il est faux qu'on ne leur donne aucune leçon d'équité , d'humanité , de générosité , de modération, d'amour pour leurs parents , pour leur famille, pour la patrie , vertus très-nécessaires ; et ces semences produiroient plus de fruit, si le ton général de nos mœurs , empoisonnées par les philosophes, n'étouffoit pas promptement le germe de toutes les affections sociales. Il est faux que l'on n'emploie point le fond d'amour-propre naturel à tous les jeunes gens , pour exciter en eux l'émulation et l'envie de se distinguer parmi leurs égaux , par ronséquent le désir de s'en faire estimer et respecter. Il est faux que les instituteurs publics, en inspirant à leurs élèves des principes de religion , puissent avoir l'intention de les former pour euxmêmes, puisque ce sont souvent des étrangers qu'ils ne reverront peut-être jamais, et que c'est, de tous les services que l'on peut rendre à la société, celui pour lequel il y a le moins de reconnoissance à espérer.

2° Puisque Véducation publique est en si mauvaise mains , pourquoi le zèle dont nos philosophes sont embrasés pour le bien de l'humanité, ne leur a-t-il pas encore inspiré le courage de se consacrer à celte importante fonction , et le désir de prouver, par de brillants succès, la supériorité de leurs lumières et de leurs talents ? N'est-ce pas parce que la

re/igion seule est capable de donner du goût pour un travail aussi difficile, aussi ingrat et aussi rebutant? Pourquoi, du moins , ces éloquents réformateurs n'ont-ils rien dit pour démontrer l'injustice et l'absurdité du préjugé com mun , qui fait envisager la pédagogie comme un métier vil et méprisable?

Ce n'est certainement pas là un moyen fort propre à y engager les hommes les plus capables d'y réussir.

A la vérité , comme les philosophes se flattent de gouverner l'univers par des brochures , ils ont publié des plans d'éducation nationale, philosophique, patriotique, scientifique; qu'ont -ils opéré? Rien. Les hommes instruits par l'expérience , ont vu que ces plans merveilleux étoient impraticables , ou n'étoient propres qu'à former des fats et des libertins ; et ceux qui ont voulu en faire l'essai ont été forcés de les abandonner. Aussi Véducation n'a jamais été plus mauvaise que depuis que les philosophes se sont mêlés d'en discourir , et le nombre des ignorants présomptueux n'a jamais été plus grand, que depuis que l'on a flatté les jeunes gens de la folie ambition de tout apprendre à la fois.

Il y a parmi nous un vice essentiel d'éducation qui ne dépend point des instituteurs, mais des parents; on a la fureur d'abréger le temps de l'enfance, au lieu qu'il faudroit le prolonger. Autrefois un jeune homme de dix-huit ans étoit encore censé enfant, et demeuroit sous la férule de ses maîtres ; aujourd'hui on veut qu'il soit homme fait à quinze ans, et jouisse de sa liberté. Dès le plus bas âge , on se flatte de conduire par la raison des enfants qui ne sont encore que des machines ; on surcharge leur mémoire, et l'on affaisse des organes encore trop tendres par des connoissances prématurées; ces petits prodiges de six ans , sur lesquels on voit les sots s'extasier, ne sont, dans le fond, que des champignons avortés ; à quinze iiS seront ou à peu près imbéciles , ou dégoûtés de rien apprendre , parce qu'ils croiront déjà tout savoir.

o° L'on sait avec quelle fureur les

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ennemis des prêtres ont déclamé contre la société d'hommes qui se dévouoient par religion à V éducation de la jeunesse, avecquelle ardeur ils en ont désiré la destruction , avec quelle insolence ils y ont applaudi. Aujourd'hui Ton éprouve combien il est difficile de la remplacer. Le gouvernement a été fatigué par la multitude de plaintes et de mémoires qui lui ont été adressés à ce sujet, et l'on s'occupe encore assez vainement à trouver les moyens de remplir le vide que les proscrits ont laissé. Jamais l'occasion ne fut si belle, pour les philosophes, de développer leur génie fécond en ressources, et ils n'en ont encore indiqué aucune. Un moment suffit pour détruire, il faut des siècles pour édifier.

4° Il nous paroît que les hommes du siècle passé valoient, pour le moins, ceux du siècle présent ; ils avoient cependant été instruits par des prêtres, par ceux même que l'on a le plus amèrement condamnés , et selon la méthode qui paroît si défectueuse à nos philosophes. Le grand Condé avoit été élevé au collège de Bourges, et il voulut que son fils, le duc d'Enghien, fût élevé de même au collège de Namur. Il connoissoit par expérier e, dit son historien, le prix et les avantages de Y éducation publique ; il altribuoil l'ignorance , la foiblesse , le stupide orgueil de la plupart des grands, à celle éducation solitaire, où ils ne voient souvent que des esclaves dans ceux qui les servent, et des courtisans dans ceux qui les instruisent. Un incrédule anglois convient que l'irréligion est née en Angleterre de Y éducation négligée , surtout parmi les gens de distinction. Fable des Abeilles, tom. 4, p. 203.

r>° Dans leurs livres, nos philosophes ont pris le contre-pied des prêtres ; ils ont enseigné aux jeunes gens qu'il n'y a point de Dieu ni d'autre vie, que la religion est une fable , que l'homme n'est qu'un animal, que toute la morale consiste à rechercher le plaisir et à fuir la douleur. Ce cours d'éducation est bientôt fait, il ne faut ni collèges, ni instituteurs pour s'y rendre habile ; aussi nos jeunes libertins en ont bientôt su au-

tant que leurs maîtres , et tous les jours nous voyons éclore les fruits de cette morale humaine, naturelle, philosophique , ou plutôt animale , plus digne des étables d'Epicure que d'une école d'éducation.

6° Nos réformateurs modernes n'ont pas été moins éloquents à décrier IWmcation que reçoivent les filles dans les couvents de religieuses. De quoi sert en effet la religion aux femmes? C'est aux hommes mariés de nous Deindre le bonheur dont ils jouissent aans la société des épouses élevées selon les maximes de la nouvelle philosophie. Pour peu que l'on consulte la chronique scandaleuse, on voit aisément d'où vient la multitude des mariages désunis et malheureux.

On ne pourroit peut-être pas citer un seul philosophe qui se soit dévoué , par son zèle du bien public, à l'instruction des ignorants. Jésus-Christ n'a dit qu'un mot : Allez enseigner toutes les nations; dès ce moment une multitude de personnes des deux sexes se sont consacrées par religion à ce soin pénible, et ont choisi, par préférence , les enfants des pauvres. Rougissez , philosophes, d'avoir osé prêter des motifs odieux à une charité aussi héroïque.

Voyez Lettres, Sciences, Écoles, etc.

EFFICACE, EFFICACITE. Voy.

Grâce.

Efficacité des Sacrements. Voyez Sacrements.

EFFRONTÉS, hérétiques qui parurent en 153i;ils prétendoient être chrétiens, sans avoir reçu le baptême. Selon eux , le Saint-Esprit n'est point une Personne divine, le culte qu'on lui rend est une idolâtrie; il n'est que la ligure des mouvements qui élèvent l'àme à Dieu. Au lieu de baptême, ils se racloient le front avec un fer, jusqu'au sang, et le pansoient avec de l'huile ; ce qui leur fit donner le nom d"e\]rontés.

ÉGALITÉ. Voyez Inégalité.

EGLISE , mot grec qui signifie assemblée. Jet., c. 19, il est dit d'une assemblée tumultueuse du peuple d'Ephèse.

Dans les autres passages du nouveau Testament, il signifie tantôt le lieu dans

lequel les fidèles s'assemblent pour I constitution de ce Corps, tel que Jcsusprier,/. Cor., c. 14, f. 34; tantôt la Christ l'a institué ; 6° donner une courte société des fidèles répandus sur toute la notion des principales Eglises parlicuterre, Ephes., c. 5 , f. 24 et 26 ; quel- | lières.

quefois les chrétiens d'une seule ville ou d'une seule province,/. Cor.c. 1,^.1 et 2 ; //. Cor., c. 8, f. 1 ; quelquefois une seule famille de chrétiens, Rom., c. 16, f. 5; enfin les pasteurs et les ministres de V Eglise, Matth., c. 18, f. 41 ; conséquemment Y Eglise se prend fréquemment pour le clergé, ou pour l'état ecclésiastique.

En général, ce terme signifie la société des adorateurs du vrai Dieu. Dans ce sens, on peut distinguer Y Eglise pri

§ I. Définition de V Eglise. Les théologiens catholiques définissent VEglise, la société de tous les fidèles, réunis par la profession d'une même foi , par la participation aux mêmes sacrements , et par la soumission aux pasteurs légitimes, principalement au pontife romain. Si cette notion est juste , elle doit fournir la solution de la plupart des questions que nous avons à traiter.

Un théologien , connu par la témérité de sa critique , a écrit que cette définition

mitive des patriarches , ou des anciens jj est une nouvelle invention des scolasti-

justes , et c'est ainsi que quelques-uns

entendent le mot de saint Paul, Eccle-

siam primitivorum, Hebr., c. 12,^. 25;

VEglise judaïque , qui étoit composée

de tous ceux qui suivoient la loi de

Moïse , et il en est souvent parlé dans

l'ancien Testament ; Y Eglise chrétienne,

ques, que les Pères se sont bornés à i dire que Y Eglise est la société des \ fidèles. S'il avoit mieux senti la force du mot fidèle , il auroit vu que les théologiens n'ont fait qu'en développer la signification, afin d'écarter les sophismes des hérétiques. Saint Paul a ordi-

qui est la société de ceux qui professent ; nairement entendu par la foi, non-seula religion de Jésus-Christ : c'est de ; lement la croyance à la parole de Dieu , celle-ci que nous devons principalement ;! mais la confiance en ses promesses , et nous occuper. On appelle Eglise mili- ï la soumission à ses ordres ; c'est ainsi tante, la société des fidèles sur la terre , qu'il peint la foi des patriarches, Hebr., et Eglise triomphante la société des c. 41. Le nom de fidèle emporte donc saints dans le ciel. j ces trois choses , la fidélité à croire ce

La matière de YEglise est devenue \ que Dieu enseigne, à user des moyens très-étendue par les controverses qui ' auxquels il a daigné attacher ses grâces, ont été agitées entre les théologiens j à suivre les lois qu'il a établies. Donc les catholiques et les protestants; nous nous fidèles, pour former entre eux une subornerons à indiquer les questions que ciété, doivent être réunis par les trois liens l'on a coutume de renfermer dans un \ que renferme la définition de YEglise. traité complet sur YEglise, et nous ren- \ On ne peut pas nier que Jésus-Christ verrons à des articles particuliers celles \ ne soit venu au monde pour fonder une qui demandent une plus longue discus- ; religion , pour enseigner aux hommes sion. Il faut , 1° donner une idée juste ; la manière dont Dieu veut être honoré , de la société que l'on nomme YEglise ; et les moyens de parvenir au bonheur de Jésus-Christ; 2° indiquer les notes j éternel : or, toute religion emporte l'idée ou les caractères par lesquels on peut ; de société entre ceux qui la professent, la distinguer de celles qui s'attribuent Les mots Religion, Eglise, Société, faussement ce titre ; 5° connoître qui i nous font déjà comprendre que comme

sont les membres qui la composent , et savoir s'il y a entre eux quelque distinction ; 4° de quelle nature est le gouvernement de Eglise, si on doit y reconnoître un chef, quels sont ses droits,

il y a entre tous les chrétiens an seul et même intérêt, qui est le salut éternel, il doit y avoir aussi entre eux une union aussi étroite que l'exige cet intérêt commun. Puisque Jésus -Christ a établi,

ses privilèges, sa juridiction; 5° quelles j pour les moyens de salut, la foi, les sont les propriétés qui résultent de la I sacrements , la discipline qui règle les

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mœurs , il s'ensuit que les membres de VEglise doivent être unis dans la profession de la même foi, dans la participation aux sacrements que Jésus-Christ a institués, dans la soumission et l'obéissance aux pasteurs qu'il a établis.

La désunion, dans l'un de ces chefs, produiroit l'anarchie et la différence des religions, elle détruirait toute société; nous le voyons dans les différentes sectes séparées de VEglise.

Toutes ces sectes ont donné de VEglise une notion conforme à leurs préjugés et à leur intérêt. Au troisième siècle , les montanistes et les novatiens entendoient par VEglise la société des justes qui n'ont pas péché grièvement contre la foi; au quatrième, c'étoit, selon les donatistes , l'assemblée des personnes vertueuses qui n'ont pas commis de grands crimes ; au cinquième, Pelage voûtait que ce fût la société des hommes parfaits , qui ne sont souillés d'aucun péché. Wiclef , au quatorzième, et Jean Hus, au quinzième, décidèrent que c'est l'assemblée des saints et des prédestinés; Luther adopta celte idée, et soutint que , par le défaut de sainteté, les pasteurs de VEglise catholique avoient cessé d'en être membres; Calvin fut de même avis. De nos jours nous avons vu renaître la même erreur dans le livre de Quesnel , qui fait consister la catholicité ou l'universalité de VEglise, en ce qu'elle renferme tous les anges du ciel, tous les élus et les justes de la terre et de tous les siècles. Il dit qu'un homme qui ne vit pas selon l'Evangile se sépare autant du peuple choisi dont Jésus- Christ est le cbef , que celui qui ne croit pas à l'Evangile. Prop. 72-79.

Tous ces docteurs ont, de leur propre autorité , retranché du corps de VEglise tous les pécheurs ; mais ils ont eu aussi grand soin de soutenir que l'excommunication ne peut en séparer personne.

Voyez % III , ci-après

On voit aisément que l'idée qu'ils se sont formée de VEglise a été de leur part un effet d'orgueil et d'hypocrisie. Tous se sont vantés d'être plus vertueux et plus saints que les membres et les pasteurs de VEglise catholique , tous

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