‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 78 sur 114 · F.GL · texte numérisé non relu

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ments : à laquelle devons-nous donner la préférence?

D'ailleurs, pour que ces deux choses soient certaines, il faut , selon le système

du protestantisme , qu'elles soient prou- apôtres jusqu'à nous; qu'elle vient par

vées par l'Ecriture sainte. Pour être tranquille sur son salut, tout protestant doit se démontrer que chaque article de sa profession de foi est exactement conforme au vrai sens de l'Ecriture sainte , et que Jésus-Christ n'a point institué d'autres sajrements que le baptême et

constante de toutes les Eglises dont celte grande société est composée. Il comprend par là même que cette foi est une ^ qu'elle n'a pas pu changer depuis les

conséquent de Jésus-Christ ; qu'en suivant cette règle il est assuré de faire son salut.

§ III. Des membres de l'Eglise. Par la définition que nous avons donnée de l'Eglise, et par les caractères que nous lui avons assignés, il est déjà prouvé que,

la cène. Nous demandons si, parmi les i pour être membre de cette société sainte, protestants , il y en a un grand nombre j il faut croire la doctrine qu'elle enseigne, qui soient capables de cette discussion , I participer aux sacrements dont elle est et qui prennent la peine d'y entrer. C'est i la dispensatrice, être soumis aux pasbien pis lorsqu'il est question de con- i leurs qui la gouvernent. La première de vertir un infidèle au christianisme ; le j ces conditions en exclut les infidèles, les missionnaire en fera-t-il un profond théo- j hérétiques, les apostats; la seconde en logien , avant que cet homme sache s'il i sépare les excommuniés et les catéchudoit se faire chrétien dans une société j mènes qui ne sont pas encore baptisés; protestante , plutôt que dans V Eglise j la troisième donne l'exclusion aux schiscatholique? j matiques. Nous avons vu que les nova-

Mais ce n'est point ainsi qu'en agissent S liens , les montanistes, les donatistes, les pasteurs protestants, ni à l'égard de j les pélagiens , Luther et Quesnel, en ont ceux qui naissent parmi eux, ni à l'é- ! retranché les pécheurs; que Wiclef, Jean gard des étrangers. Chez eux , un en- j fant est instruit par son catéchisme , j avant de commencer à lire l'Ecriture sainte , et longtemps avant d'être en état

Hus et Calvin n'ont pas voulu y renfermer les réprouvés , ou ceux qui ne sont pas prédestinés. Cette témérité de leur part est inexcusable.

Il est certain que le baptême est abso-

de l'entendre ; il est donc déjà imbu de la doctrine qu'il doit y trouver, il est! lumentnécessairepourqu'unhommequi déjà persuadé, par habitude et par pré- j croit on Jésus-Christ soit membre de son jugé de naissance , que la société dans I Eglise. Ainsi l'enseigne saint Paul, lorslaquelle il est né est la véritable Eglise; qu'il dit : « Nous avons tous été baptisés il le croit par tradition, ou plutôt par | » pour former un seul corps. » /. Cor., présomption , sans en avoir aucune! cap. 15, y. 12. Nous lisons, dans les preuve par l'Ecriture ; et il est très-pro- I Actes des Apôtres , que ceux qui se renbable qu'il n'ira jamais plus loin. j dirent au discours de saint Pierre, furent

€ Quand ils veulent convertir un indien j baptisés et mis au nombre des fidèles , ou un sauvage, se contentent-ils de lui j cap. 2 , f. 51 , etc. Les cathécumènes ,

mettre en main i'Ecriture sainte ? Elle n'estpas traduite dans toutes les langues, et souvent il est bien certain que le nouveau prosélyte ne la lira jamais.

Nous avons vu qu'un catholique , dès qu'il est parvenu à l'âge de raison, ne croit point à l' Eglise catholique sur une simple présomption, mais sur une preuve très-solide; il sent qu'il ne peut être mieux conduit que par un guide qui lui donne pour règle de foi le consentement général ou la tradition universelle et

qui n'ont pas encore reçu ce sacrement, sont dans la voie du salut , sans doute , puisqu'ils désirent d'entrer dans l'Eglise; mais ils n'y entrent en effet que lorsqu'ils le reçoivent : c'est le baptême qui leur donne droit aux autres sacrements.

Quant aux infidèles , qui n'ont ni la connoissance du christianisme , ni la volonté de l'embrasser, Y Eglise prie pour leur conversion , mais elle ne les reconnoit point pour ses enfants. Jésus-Christ

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parlant de ces étrangers , disoit : « J'ai » d'autres brebis qui ne sont pas encore » de ce bercail ; il faut que je les y amè- » ne. » Joan., c. 10 , j. 16. Pour y entrer , il leur falloit la foi et le baptême.

A plus forte raison YEglise rejettet-elle hors de son sein les apostats qui abjurent le christianisme, et les hérétiques qui résistent à l'enseignement de cette sainte mère; les uns et les autres font profession de se séparer d'elle. Saint Jean , parlant des premiers , dit : a Us » sont sortis d'entre nous , mais ils n'é- » toient pas des nôtres ; s'ils en avoient » été, ils seroient demeurés avec nous. » /. Joan., cap. 2 , f. 19. Saint Paul défend de faire société avec un hérétique, lorsqu'il a été repris une ou deux fois. TU., c. 5, jL 10. L'apôtre suppose par conséquent que cet hérétique est reconnu publiquement comme tel ; si son hérésie étoit cachée , il continueroit de tenir au corps de \ Eglise.

Il en est encore de même des schismatiques qui refusent de reconnoitre les pasteurs légitimes et de leur obéir, qui se séparent de la société des fidèles pour faire bande à part ; ce sont des enfants révoltés que YEglise a droit de désavouer et de déshériter. Au concile de Kicée, l'on consentit à recevoir à la communion ecclésiastique les maléciens, qui n'étoient accusés d'aucune erreur, mais qui demeuroient opiniâtrement attachés à un évèque légitimement déposé ; on ne leur offrit la paix que sous condition qu'ils renonceroient à leur schisme , et seroient plus soumis. Un schismalique est toujours coupable d'une espèce d'hérésie , en refusant de reconnoitre l'autorité dont Jésus -Christ a revêtu les pasteurs, et l'obligation qu'il a imposée aux fidèles de leur obéir. Luc, c. 10, f. 1G ; Jfebr., c. 13, f. 17, etc.

C'est le crime de tous les obstinés, qui , par leur résistance aux lois de YEglise, attirent sur eux une sentence d'excommunication, o Si quelqu'un, dit » Jésus- Christ, n'écoute pas YEglise , » regardez-le comme un païen et un pu- » blicain. t> Matt., c. 18, f. 17. On connoîl la haine que les Juifs avoient pour ces deux espèces d'hommes. Saint Paul,

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parlant «d'un incestueux public, blâme les Corinthiens de ce qu'ils le soulTroient parmi eux : il menace de le livrer à Satan , ou de le retrancher de la société des fidèles. /. Cor., c. 5 , f. 2. Ainsi en ont agi les pasteurs de YEglise dans tous les siècles.

Mais tous les crimes ne sont pas un juste sujet d'excommunication ;Y Eglise n'en vient à cette rigueur qu'à la dernière extrémité, et lorsqu'elle juge que son indulgence envers un pécheur opi- | niâtre mettroit en danger le salut des j autres fidèles. Elle tolère donc les pécheurs et les supporte dans son sein, j tant qu'elle peut espérer leur conversion, i Jésus-Christ dit qu'à la fin des siècles il ( enverra ses anges , qui ramasseront , dans son royaume, tous les scandales et tous ceux qui font le mal , et qu'ils les i jetteront dans la fournaise ardente, j Matt., c. 15 , f. 41 et 49. Il compare ce j royaume à un champ semé de bon grain i et d'ivraie, à un lilet qui rassemble de î bons et de mauvais poissons , à une salle de festin, dans laquelle on fait entreries (convives de toute espèce. « Dans une » grande maison, dit saint Paul, il y a * des meubles d'or et d'argent , de bois » et de terre; les uns sont pour l'ornej » ment, les autres sont destinés à de vils J » usages. » //. Tim., c. 2 , j. 20. Saint | Augustin a souvent allégué tous ces pas- [ sages pour prouver aux donatistes que l YEglise compte au nombre de ses mem- ; lues les pécheurs aussi bien que les : justes.

Ces mêmes textes ne prouvent pas moins évidemment que YEglise renferme dans son sein les réprouvés de même que les prédestinés , puisque la i séparation des uns et des autres n'a lieu qu'à la fin des siècles. Dieu seul connoît les prédestinés ; comment pourroienl-ils former sur la terre une société, sans se connoître les uns les autres, surtout une j société visible, dans laquelle tout homme doit entrer pour faire son salut? Aussi le concile de Trente a prononcé l'anathème contre tous ceux qui enseignent que les prédestinés seuls reçoivent la grâce de la justification, sess. 6, ean. 1 7. ISous avons déjà vu quel est le motif

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qui a dicté aux hérétiques le sentiment qu'ils ont embrassé ; frappés d'une excommunication très-légitime, ils ont prétendu n'être pas retranchés pour cela du corps de {Eglise, ni du nombre des prédestinés.

g IV. Des pasteurs et du chef de VEglise. C'est une grande question entre les protestants et les catholiques , de savoir si tous les membres de Y Eglise sont égaux, s'ils ont les mêmes droits et les mêmes pouvoirs , s'ils peuvent exercer les mêmes fonctions, s'il n'y a aucune différence à mettre entre le pasteur et les ouailles ; si, pour remplir le ministère ecclésiastique, un laïque n'a besoin que du choix et du consentement des lidèles.

Les protestants ont été forcés de le soutenir ainsi ; révoltés contre leurs pasteurs légitimes , il leur a fallu en créer d'autres, et ils ont prétendu avoir ce droit; selon leur avis et leur discipline, un homme, pour être pasteur, n'a besoin ni de mission divine, ni d'ordination , ni de caractère ; il peut légitimement prêcher, administrer les sacrements , juger de la doctrine , dès qu'il en a la capacité, et que la société de laquelle il est membre y consent. Luther, Mélancthon , Calvin, etc., n'ont pas eu

appelé par son Père , Hebr., c. 5 , f. 4« Selon lui , c'est Dieu qui a établi les uns pasteurs et les autres docteurs, Ephes., e. 4, $. 41. C'est le Saint-Esprit qui a établi les évêques pour gouverner YEglise de Dieu. Jet., c. 20, f. 28. Il fait profession de tenir son apostolat ou sa mission , non des hommes, mais de Jésus-Christ même. Gai., c. 1, f. 1 et 12.

Les apôtres ont fidèlement suivi cette discipline ; après la mort de Judas , ils demandent à Dieu de faire connoître celui qu'il a choisi pour remplacer ce perfide , et ils le tirent au sort , Act., c. 1 , f. 24. Saint Paul choisit Tite et ïimothée pour évêques , il les ordonne par l'imposition des mains , il leur recommande d'établir des prêtres dans la même forme. 11 conjure Timolhée de ne pas imposer trop tôt les mains à personne, de peur de prendre part aux péchés d'autrui , c'est-à-dire à la témérité et aux vues humaines des fidèles , qui auroient choisi un sujet peu propre au saint ministère, /. Tim., c. 5, f, 22. Il ne croyoit donc pas que le choix des fidèles fut suffisant pour établir un pasteur. F oyez la Synopse des Crit., sur ce passage.

Pendant longtemps on s'en est rap-

besoin de mission pour réformer YE- f porté à leur choix; mais souvent aussi glise universelle , et pour former de \ les évêques d'une province ont obligé le nouvelles sociétés contre son gré. peuple à désigner trois sujets , parmi

Cependant l'Ecriture enseigne formel- j lesquels ils choisissoient eux-mêmes, et lement le contraire. Jésus- Christ dit à 'jamais le choix n'a tenu lieu d'ordinases apôtres : «Ce n'est pas vous qui \ tion. Saint Clément le romain, Epist. j.

» m'avez choisi , mais c'est moi qui ai » fait choix de vous, et qui vous ai établis » pour faire fructifier ma doctrine. »

Joan., c. 15, f. 16. « Priez le maître de » la moisson, afin qu'il envoie des ou-

ad Cor.,n. 44, dit que les évêques ont été établis d'abord par les apôtres, ensuite par les personnages les plus respectables, avec le consentement et l'approbation de toute Y Eglise; que telle

» vriers moissonner son champ. » Malt., \ est la règle selon laquelle leur succession c. y, y. 28. « Comme mon Père m'a en- , doit se faire. Les Eglises orientales re- » voyé, je vous envoie. » Joan., c. 20, !; connoissent, aussi bien que YEgliserof. 21.11 dit qu'il est la porte par laquelle i maine, la nécessité du sacrement de le pasteur doit entrer ; il nomme mer- ; l'ordre , et les anglicans ont conservé cenaire, larron et voleur, celui auquel l'ordination, sinon comme un sacre-

les brebis n'appartiennent point, c. 10, jL 1 , 9 et 12. Saint Paul déclare que personne ne peut prétendre au sacerdoce, s'il n'y est appelé de Dieu comme Aaron ; que Jésus-Christ lui-même n'en a été revêtu, que parce qu'il y a été

ment, du moins comme une cérémonie absolument nécessaire, i^oy. Clergé , Ordination , Prêtre , etc.

Quelques protestants ont voulu prouver, par l'exemple de Y Eglise de Jérusalem , que les apôtres n'ordonnoient

rien touchant le gouvernement de VEglise y que du consentement et selon l'avis des fidèles, Act., c. 1, ^. 15; c.6. f. 5;c. 15, f. 4; c. 21 , f.. 22 : mais ils en ont imposé. Nous voyons, à la vérité , les apôtres s'en rapporter au témoignage des fidèles sur les qualités personnelles des hommes qu'il falloit associer au saint ministère ; mais les apôtres ne consultèrent point le peuple pour savoir s'il éloit bon de donner un successeur à Judas, ou de laisser sa place vacante; s'il failoit établir des diacres ou s'il n'en falloit point ; si l'on devoit observer ou non les cérémonies judaïques ; s'il falloit aller prêcher l'Evangile dans telle ville plutôt que dans une autre, etc. Il n'est donc pas vrai que, dans Y Eglise primitive, les fidèles eussent la principale part au gouvernement, comme le prétend Mosheim, Hist.

ecclés., sect. i , part. 2, § 5. Il reconnoît

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que dans son royaume ils seront assis sur douze sièges , pour juger les douze tribus d'Israël, Matth., c. 19, v. 28; mais il dit en particulier à saint Pierre : a Vous êtes la pierre sur laquelle je bâ- » tirai mon Eglise, et les portes de l'en- » fer ne prévaudront point contre elle ; » je vous donnerai les clefs du royaume » des cieux, etc. » Matth., c. 19 , t. 28. Avant sa passion , il dit à tous : « Je vous » prépare mon royaume* comme mon » Père me l'a préparé. » Mais il dit personnellement à saint Pierre : « J'ai prié » pour vous , afin que votre foi ne dé- » faille point; ainsi, une fois converti , t> affermissez vos frères. » Luc.,ç.. 22, f. 52. Après sa résurrection , il lui demande trois fois le témoignage de son amour, et lui dit : « Paissez mes agneaux » et mes brebis. » Joan., c. 21 , jK lo. Voilà donc saint Pierre établi pasteur de tout le troupeau ; il est le centre d'unité lui-même que les apôtres avoient le droit j sur lequel porteront la solidité , la perde faire des lois, ibid., § 5. Nous ne ; pétuité, Pindéfectibililé de YEglise, il voyons pas que saint Paul ait consulté j est le premier ministre du royaume /es Corinthiens pour réformer les abus j dont Jésus-Christ lui donne les clefs; qui s'éloient introduits chez eux. j c'est à lui de soutenir la foi de ses frères.

Quand la discipline de Y Eglise de Je- j Voy. Pape. rusalem auroit été telle que les protes- ; Cela devoit être ainsi. Sans un chef, tants la supposent, elle ne pouvoit plus ! point de gouvernement possible dans un avoir lieu lorsque le christianisme fut \ royaume très-étendu ; sans un centre plus étendu, lorsqu'un diocèse fut com- j d'unité , point de certitude ni de solidité posé de plusieurs paroisses, et que YE- j dans la foi; sans un siège principal. glise universelle renferma une multitude | point de concert ni d'harmonie entre les d'évêchés , situés dans les différentes '. pasteurs. 11 faut que la constitution de parties du monde. C'est donc par néces- • ['Eglise soit bien solide, puisque, malgré site que, dès le second siècle, les évoques les plus terribles orages, elle subsiste se sont assemblés en concile , pour dé- ' depuis dix-sept siècles, cider de ce qui intéressoit toutes les | Mais de quoi auroit servi à la sondité Eglises. Lorsque les ministres protes- | de cet édifice le privilège accordé à saint tants ont tenu des synodes, ils n'y ont | Pierre, s'il lui avoit été purement perpas appelé le peuple pour prendre son j sonnel, s'il n'avoit pas dû passer à ses

successeurs? Comment la foi de saint Pierre peut-elle empêcher les portes de l'enfer de prévaloir contre YEglise, si celte foi ne lui a pas survécu?

Nous ne finirions pas s'il nous falloit rapporter tout ce que les Pères de YEglise ont dit à ce sujet, et les conséquences qu'ils ont tirées des passages de l'Ecriture que nous venons de citer. Déjà , sur la lin du second siècle , saint [renée opposoit aux hérétiques la tra-

avis.

Une autre question non moins importante , est de savoir si , parmi les pasteurs de Y E 'glise , il y a un chef qui ait une prééminence, des droits et une juridiction supérieure aux autres; les protestants n'en veulent point reconnoîlre : nous en appelons encore à leur propre règle de foi, à l'Ecriture sainte, à l'institution de Jésus-Christ.

Ce divin Sauveur dit à ses apôtres ,

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dition de YEglise romaine , tradition garantie par la succession de ses évêques, dont la chaîne remontoitjusqu'aux apôtres; il soutenoitque toute Y Eglise devoit s'accorder avec celle-là à cause de sa prééminence et de sa primauté, contra Hœres., 1. 5, c. 3. Au troisième , saint Cyprien argumentoit de même contre les schismatiques; il leur alléguoit les passages qui attribuent à saint Pierre la qualité de chef de V Eglise, et qui en prouvent par là même l'unité.

Lib. de unit. Eccles. Les Pères des siècles suivants ont tenu le même langage, et ont insisté sur la même preuve. Nous verrons ci-après, § V, les subtilités, les sophismes, les explications forcées par lesquelles les protestants ont cherché à l'obscurcir ; Leibnitz , plus

raisonnable que le commun des hétéro- société visible. Il faut qu'elle le soit, doxes,convenoit que la réunion de plu- puisque, selon la prophétie que nous

sieurs évêchés sous un seul métropolitain , et la subordination de tous les évêques sous un seul souverain pontife, étoit le modèle d'un parfait gouvernement. Sans autre preuve, cela suffiroit pour nous faire présumer que c'est le plan que Jésus-Christ a choisi.

Quand on supposeroit faussement que c'est une institution purement humaine, il y auroit encore de la témérité à vouloir la renverser après dix - sept siècles de durée. Qu'ont gagné les sectes orientales à en secouer le joug? Tombées dans l'ignorance et dans l'esclavage sous les mahométans , elles penchent constamment vers leur ruine, quelquesunes semblent y toucher. V Eglise d'Occident , toujours unie au saint Siège , a réparé insensiblement ses malheurs :

l'inondation des Barbares n'a pu la faire périr ; le schisme des protestants semble lui avoir donné plus de force pour faire de nouvelles conquêtes. Dieu continue d'accomplir à son égard la prophétie que saint Jacques appliquoit déjà à YEglise dans le concile de Jérusalem : « Je re- » bâtirai la maison de David qui est » tombée, j'en relèverai les ruines, et » je la rétablirai , afin que le reste des » hommes y cherche le Seigneur, et que » toutes les nations y invoquent son saint » nom. » Act., c. 15,^. 16.

A peine les protestants en ont-ils été séparés , qu'ils se sont divisés en plusieurs sectes ; elles se seroient détruites les unes les autres, si l'intérêt politique n'avoit établi entre elles, sous le nom de tolérance , une apparence d'union.

Elles pourront subsister tant qu'il sera utile aux princes de les soutenir ; mais si cet intérêt venoit à changer, elles subiroient le même sort que les Orientaux. A présent , la plupart de leurs docteurs sont plus sociniens que calvinistes ou luthériens.

§ V. Conséquences qui s1 ensuivent de la constitution de V Eglise. Une société dont tous les membres ont une même foi , reçoivent les mêmes sacrements , sont soumis aux mêmes pasteurs , et ont un seul chef, est certainement une

venons de citer, c'est là que toutes les nations doivent chercher le Seigneur et invoquer son saint nom. Ce n'est pas assez d'avoir une foi purement intérieure, il faut la professer et en rendre témoignage. « On croit de cœur, dit p saint Paul , pour avoir la justice; mais » on confesse débouche pour obtenir le » salut. » Rom., c. 10, j. \ O.Jésus-Christ menace de désavouer , devant son Père, non - seulement ceux qui le renient devant les hommes , mais ceux qui rougissent de lui et de sa doctrine. Luc, c. 9, f, 26. Les sacrements sont la partie principale du culte public , et la soumission aux pasteurs doit être aussi connue que l'est l'exercice de leur ministère et de leur autorité.

Qui croiroit que des vérités aussi palpables ont été contestées? Lorsqu'on a demandé aux protestants en quel lieu du monde se trouvoitleur Eglise avant que Luther et Calvin l'eussent formée , ils ont dit que dans tous les siècles il y avoit eu des sectes séparées de YEglise romaine, qui soutenoient quelques-uns des articles de la doctrine protestante ; que , dans le sein même de cette Eglise, il y avoit toujours eu des hommes instruits qui, dans le fond du cœur , n'approuvoient ni ses dogmes , ni ses pratiques f que c'étoient là les élus dont YE-

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glise de Jésus -Christ étoit composée.

Ils ont ainsi trouvé des ancêtres chez les hussites,les wicléfites, les vaudois, les albigeois , les manichéens , les prédestinations, les pélagiens, les donatistes, les ariens , chez les sectes même du second et du premier siècle , qui remontent immédiatement jusqu'aux apôtres:

quiconque s'est révolté contre l' Eglise étoit protestant.

Troupeau respectable , sans doute; il étoit composé d'abord d'hérétiques condamnés et réprouvés par les apôtres même , ensuite de sectaires , qui nonseulement s'anathématisoient les uns les autres, mais qui enseignoient des dogmes que les prolestants font profession de rejeter ; enfin de catholiques hypocrites et perfides, qui faisoicnt semblant de professer des dogmes qu'ils ne croyoient pas , qui recevoient des sacrements auxquels ils n'avoient aucune confiance, qui pratiquoient un culte qu'ils savoient être superstitieux , qui obéissoient extérieurement à des pasteurs qu'ils regardoient comme des loups dévorants. Tels sont les élus dont Jésus-Christ a trouvé bon de former son royaume , et que les protestants nomment l'assemblée des saints.

M. Rossuet dans son 15e livre de YHistoire des Variations , dans son 3e Avertissement aux protestants , et dans sa lre Instruction pastorale sur l'Eglise, a réfuté avec sa force accoutumée cette chimère d1 Eglise invisible, forgée par les protestants , et qui est leur dernier retranchement. 11 fait voir, non -seulement l'absurdité , mais l'impiété de ce système, dans lequel on se joue évidemment des paroles de l'Ecriture sainte, et des promesses que Jésus-Christ a faites à son Eglise. Est-ce donc avec des révoltés ou avec des hypocrites qu'il a promis d'être jusqu'à la consommation des siècles? Est-ce \h YEglise sainte , pure, sans tache et sans ride, pour laquelle il s'est livré à la mort.

Si, pendant quinze cents ans , les catholiques dissimulés et fourbes, ont été les élus , il est à présumer que les catholiques sincères et de bonne foi , l'étoient à plus forte raison. Dans ce cas , nous

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ne voyons pas où étoit la nécessité de former une société à part, comme ont fait les protestants.

Une seconde conséquence des vérités que nous avons établies, est que 1' 'Eglise est perpétuelle et indéfectible; non-seulement elle ne peut pas périr en abandonnant absolument toute la doctrine de Jésus - Christ , mais elle ne peut pas cesser d'enseigner un seul article de cette doctrine, ni professer aucune erreur. Dans l'un et l'autre de ces cas , il seroit vrai de dire que les portes de l'enfer ont prévalu contre elle , que Jésus-Christ n'a point tenu la parole qu'il lui avoit donnée d'être avec elle jusqu'à la consommation des siècles , de lui donner l'esprit de vérité pour toujours , et pour lui enseigner toute vérité.

Malgré l'énergie de toutes ces promesses, les protestants n'en soutiennent | pas moins que Y Eglise tout entière peut tomber dans l'erreur. Un simple fidèle, disent-ils, ou une Eglise particulière, peuvent errer dans quelques points , sans cesser pour cela d'être membres de Y Eglise universelle : donc cette dernière peut tomber aussi généralement dans l'erreur , sans cesser d'être une véritable Eglise , car enfin la corruption d'un corps et sa destruction ne sont pas la même chose.

Réponse. Lorsqu'un fidèle, ou une Eglise particulière, tombent dans l'erreur , ils peuvent être corrigés par YEglise universelle ; et s'ils n'étoient pas soumis de cœur et d'esprit à cette correction , ils seroient hérétiques et cesseroient d'être membres de cette Eglise. Mais si celle-ci étoit généralement plongée dans l'erreur, qui la réformeroit?

Quelques particuliers? elle n'est point soumise à leur correction, et ils le sont à la sienne; il est absurde que quelques membres aient autorité sur tout le corps: à moins qu'ils ne prouvent qu'ils sont revêtus d'une mission divine , YEglise est en droit de les traiter comme des rebelles, des imposteurs ou des hérétiques. Une Eglise généralement corrompue dans sa foi, dans son culte, dans sa discipline, telle que les prolestants peignent YEglise romaine, est-elle encore

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^cette Eglise glorieuse , sans tache et sans ride, que Jésus-Christ a voulu se former?

Si nous voulons en croire nos ennemis , son époux n'a pas demeuré longtemps sans l'abandonner. Dès le second siècle, immédiatement après la mort des apôtres , la fonction d'enseigner fut dévolue à des docteurs , qui n'avoient ni capacité ni pénétration , ni justesse dans le raisonnement , et dont la sincérité étoit très-suspecte; c'est ainsi que les critiques protestants , Scultet, Daillé, Barbeyrac, Le Clerc, Mosheim , Brucker,etc.,ont peint les Pères de X' Eglise. De même que les hérétiques corrompirent la doctrine de Jésus- Christ , en y mêlant les rêveries de la philosophie orientale, ainsi les Pères en altérèrent la pureté, en voulant la concilier avec les idées de Platon et des philosophes grecs. Et comme , selon l'opinion de ces profonds observateurs, le mal est allé en augmentant de siècle en siècle , il étoit impossible qu'au quinzième le christianisme fût encore le même qu'il étoit au premier. Quelques-uns, plus modérés , ont dit qu'à la vérité le fond subsistoit encore , mais qu'il étoit obscurci et presque étouffé par la multitude d'erreurs , de superstitions et d'abus que Y 'Eglise romaine y avoit ajoutés. D'autres se sont bornés à soutenir que , du moins au quatrième siècle, la très-grande partie de VEglise étoit tombée dans l'arianisme.

Nous réfuterons en leur lieu toutes ces visions et ces calomnies. Si elles étoient vraies, ce seroit bien inutilement que Jésus-Christ auroit fait tant de miracles, auroit versé son sang et fait répandre celui des martyrs , auroit changé la face de l'univers, pour établir sa doctrine.

Etoit-ce la peine de bâtir un édifice à si grands frais, pour qu'il tombât sitôt en ruine ? Nous serions fondés à douter , non-seulement s'il est le Fils de Dieu , mais si c'a été un sage législateur. C'est du tableau de VEglise, tracé par les protestants , et adopté par les sociniens , que les déistes sont partis pour blasphémer contre son fondateur : tel est le prodige qu'a opéré la bienheureuse réformation.

Mais rien n'est capable de faire ouvrir les yeux à nos adversaires. Vos raisonnements , nous disent-ils , ne servent à rien , il y a un fait positif qui les détruit tous , c'est qu'au seizième siècle VEglise romaine, qu'il vous plaît d'appeler VEg Use univer selle, enseignoit des dogmes, prescrivoit despratiques, imposoit des lois , desquelles non -seulement il n'est fait aucune mention dans les livres saints , mais qui sont formellement contraires au texte de ces livres : donc elle a changé la doctrine de Jésus-Christ et des apôtres; donc elle a pu faire ce changement , de quelque manière qu'il soit arrivé : contre une preuve défait, toute argumentation est ridicule.

Jléponse. Fait positif, preuve de fait; cela est-il vrai? Quoi! le silence supposé des écrivains sacrés est une preuve positive ? une interprétation arbitraire de quelques passages est une preuve de fait? En vérité c'est une dérision. 1° Pour que le silence de l'Ecriture fût une preuve positive , il faudroit faire voir que Jésus- Christ a ordonné à ses disciples de coucher par écrit toute sa doctrine , ou qu'il a défendu aux fidèles de rien dire de plus que ce qui seroit écrit; les protestants peuvent -ils montrer dans l'Ecriture ce commandement ou cette défense ? Nous leur y avons fait voir le contraire. Voyez Ecriture sainte , g V.

2° Sur plusieurs points contestés entre eux et nous, ils supposent faussement le silence de l'Ecriture, puisque nous leur en alléguons des passages formels ; mais ils en tordent le sens, ou ils rejettent comme apocryphe le livre d'où ils sont tirés. En ont-ils le droit? 5° Les textes dont ils se prévalent ne prouvent contre nous qu'autant qu'ils leur donnent un sens conforme à leurs préjugés; sommes -nous obligés d'y souscrire?

Voilà où se réduisent les preuves de fait, l'argument triomphant par lequel les protestants démontrent que VEglise romaine a changé la doctrine de Jésus- Christ et des apôtres.

Les hérétiques du second et du troisième siècle faisoient déjà de même :

c'est pour cela que Tertullien ne voulut pas qu'on les admît à disputer par l'E-

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consomma- *, 20, proavec

triture sainte, de Prœscript.,c. 15*, et il a voit raison. L'on va voir l'indigne abus qu'en font les protestants, sur la question même que nous traitons.

1° Lorsque nous alléguons la promesse que Jésus -Christ a faite à ses apôtres , d'être avec eux jusqu'à tion des siècles , Malth., c. 28 , y cela signifie seulement , disent les testants , que Jésus - Christ seroit eux pour opérer des miracles , jusqu'à la ruine de Jérusalem et de la république juive ; c'est ce que signifie ordinairement dans l'Evangile la consommation du siècle. Il leur a dit, Joan., c. 14, y. do : « Si vous m'aimez , gardez mes r> commandements; je prierai mon Père, » et il vous donnera un autre consolateur, afin qu'il demeure avec vous » pour toujours ; l'Esprit de vérité, que » le monde ne peut pas recevoir , etc. » Mais ces mots, pour toujours , n'expriment souvent qu'une durée indéterminée. D'ailleurs , celle promesse est évidemment conditionnelle; il en est de même de toutes les autres.

Réponse. Jésus - Christ ne s'est pas borné là , il a effectué sa promesse.

Après sa résurrection, il dit à ses apôtres , Joan., c. 20, j. 21 et 22 : « Comme » mon Père m'a envoyé , je vous en- » voie; » il souffle sur eux en leur disant : « Recevez le Saint - Esprit , les * péchés seront remis à ceux auxquels ■o vous les remettrez, etc. » Il n'y a point ici de condition. La mission de Jésus- Christ ne devoit-elle durer que jusqu'à la ruine de Jérusalem, et la prédication des apôtres devoit-elle cesser à celte époque? Saint Jean y a survécu au moins trente ans , et il n'a écrit que sur la fin de sa vie ; douterons-nous si son Evangile , ses lettres , son Apocalypse , ont été écrits avec l'assistance du Saint-Esprit? Le don des miracles a persévéré dans V Eglise après la mort des apôtres : donc l'assistance de Jésus -Christ n'y a pas fini à cette époque.

L'Esprit de vérité, le don des miracles, le pouvoir de remettre les péchés , n'étoient pas promis aux apôtres pour leur Utilité personnelle, mais pour l'avantage de Y Eglise et pour le salut des

fidèles ; donc il est faux que ces promesses aient été conditionnelles , ou bornées à un certain temps. Les protes-

lants se sont récriés , lorsque Y Eglise a décidé que la validité des sacrements dépend de l'intention du ministre ; ils ont dit que c'étoit faire dépendre He salut des fidèles de la bonne ou mauvaise foi du prêtre : ici ils font dépendre la certitude de la foi d'une condition imposéeaux apôtres. D'un côté, ils prétendent que la promesse de l'assistance du Saint- Esprit, faite à chaque particulier pour juger du sens de l'Ecriture sainte, est illimitée et absolue; qu'elle n'est restreinte à aucun temps , ni à aucune condition ; de l'autre, ils soutiennent que les promesses faites aux apôtres et à Y Eglise étoient conditionnelles et limitées à un certain temps ; ils se croient, par conséquent , mieux assistés de Dieu et plus favorisés que les apôtres même. N'est-ce pas une impiété?

2° Jésus-Christ, en disant qu'il bâtira son Eglise sur saint Pierre, ajoute que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle , Matlh., c. 4 G , y. 18; cela signifie, disent nos adversaires, qu'il y aura toujours une Eglise , qui croira et professera, comme saint Pierre, que Jésus - Christ est le Fils de Dieu.

Réponse. Double altération du sens-.

En premier lieu, Jésus -Christ ne die point qu'il bâtira son Eglise sur la confession de saint Pierre, mais sur cet apôtre lui-même , et il ajoute qu'il lui donnera les clefs du royaume des cieux. En second lieu, si pour être de Y Eglise il suffît de confesser, comme saint Pierre, que Jésus - Christ est le Fils de Dieu , le sociniens ne doivent pas en être exclus ; ils professent hautement cette vérité , les protestants qui ne veulent pas fraterniser avec eux sont des schismatiques. Jamais Y Eglise romaine n'a cessé d'enseigner ce même dogme ; cependant , suivant l'avis des protestants, elle n'est plus la véritable Eglise de Jésus- Christ ; il a fallu absolument s'eu séparer pour pouvoir faire son saint. Jésus- Christ a très-mal pourvu aux affaires de son royaume. En troisième lieu , il n'a pas seulement chargé les apôtres de

prêcher qu'il est le Fils de Dieu, mais » pieds, etc. «> Ztfc.,cap.l0, ï. 10 et 16. de prêcher V Evangile à toutes les na- Conséquemment saint Jean, Epist. i,

lions , et de leur apprendre à garder tout ce qiCit a commandé. Matth., c. 28, f. 20. Qu'importe que l'on persiste à croire qu'il est le Fils de Dieu , si l'on est dans l'erreur sur tout le reste?

D'autres disent que , par ces paroles ,

c. 4, f. 6, dit de même : « Celui qui con- » noît Dieu nous écoute, celui qui n'est » pas de Dieu ne nous écoute pas : c'est » par là que nous reconnoissors l'esprit » de vérité et l'esprit d'erreur. * Epist, 2, f, 40. « Si quelqu'un vient à vous et

Jésus-Christ promet à son Eglise qu'elle | » n'apporte pas la doctrine que je vous

ne sera jamais détruite, et non qu'elle sera infaillible , ou à couvert de toute erreur ; cependant ils ont soutenu que par les erreurs , les abus , les superstitions de YEglise romaine, la véritable Eglise de Jésus-Christ étoit tombée en ruine, qu'il falloit la réformer ou la reconstruire de nouveau. Ils ont donc sup-

» enseigne , ne le recevez point , ne le » saluez seulement pas. t> Saint Paul ordonne à Timothée d'éviter les faux docteurs , //. Tim., c.5 , f.b, et à Tite d'éviter un hérétique après l'avoir repris une ou deux fois. TH., c. 5 , f. 10. Saint Pierre avertit les fidèles que, dans les derniers temps , de faux prophètes et

posé que l'indestructibilité de F Eglise j des imposteurs viendront pour les séduire , et il les avertit de s'en garder, If. Pétri , c. 5, jr. 3 et 17. Il est certai-

emporte nécessairement son infailli- ; bilité. Mais vingt contradictions ne leur

coûtent rien pour tordre le sens de l'E- j nement question , dans tous ces pas-

enture.

Le Clerc fait consister la protection et la vigilance de Jésus- Christ sur son Eglise, en ce que, malgré les erreurs et les vices qui y ont régné , il y a conservé et y conservera toujours en entier les écrits des apôtres et les lumières de la raison , deux moyens par lesquels on pourra toujours connoîlre sa vraie doctrine. Mais des écrits interprétés au gré de la raison humaine, sont-ils donc l'Esprit de vérité que Jésus-Christ a promis, et qui devoit demeurer avec les apôtres pour toujours ?Ce sont ces deux

sages, de la prédication des dogmes; c'est l'explication des paroles de Jésus- Christ donnée par les apôtres même.

4° Suivant saint Paul, Ephes., c. 4, f. 11 , c'est Jésus-Christ qui a donné des apôtres , des prophètes , des évangélisles , des pasteurs et des docteurs, mais, disent les protestants, il n'a pas promis de les donner toujours, puisqu'il n'y a plus à présent ni apôtres ni prophètes.

Jîéponse. Saint Paul a donc tort, lorsqu'il assure «que Jésus-Christ les a » donnés pour édifier le corps de Jé-

prélendus moyensquiont produit toutes ; » sus-Christ Jusqu'à ce que nous soyons les hérésies , et qui ont fait enfin naître • » tous réunis dans l'unité de la foi et de

le déisme. Foyez Raison.

5° Jésus -Christ a dit : a Si quelqu'un » n'écoute par VEglise, regardez-le » comme un païen et un publicain. »

Matth., cap. 18 , ^. 17. Il est seulement question là , disent nos subtils interprètes, d'une correction en fait de mœurs, et non de la prédication des dogmes.

Réponse. Faux commentaire, contraire à l'Evangile. Jésus-Christ dit ailleurs aux apôtres et aux soixante et douze disciples : « Celui qui vous écoute » m'écoute, et celui qui vous méprise » me méprise... Lorsqu'on ne vous écou- » lera pas , secouez la poussière de vos

» la connoissance du Fils de Dieu, et par- » venus à la perfection de l'âge mûr, tel » que celui de Jésus-Christ. » Ce grand ouvrage a-t-il été fini du temps des apôtres , et n'est-il plus besoin qu'ils aient des successeurs pour le continuer? Cependant ils se sont donné des successeurs , et saint Paul leur dit que c'est le Saint-Esprit qui les a établis surveillants , pour gouverner VEglise de Dieu.

Act., c. 20, f. 28. A la vérité, ce n'est ni Jésus-Christ, ni le Saint-Esprit quia donné des pasteurs et des docteurs aux prolestants; mais cela ne prouve rien contre ceux qui tiennent des apôtres leur mission et leur succession.

5° Saint Paul dit à Timolhée, c. 5, { mais par des pratiques et des usages

jKd4 et 15: «Je vous écris ces choses, )• afin que vous sachiez comment il faut j< vous comporter dans la maison de * Dieu, qui est l' Eglise du Dieu vivant, la )• colonne et le soutien de la vérité. » Il n'est question là , selon les protestants, que de Y Eglise particulière d'Ephèse, j et non de Y Eglise universelle. D'ailleurs, en changeant la ponctuation, colonne \ et soutien de la vérité, ne se rapportent j point à YEglise, mais au mystère de piété dont saint Paul parle immédiatement après.

phèse n'étoit-elle donc pas partie de YEglise universelle? Elle n'étoit pas schismatique. Or, à laquelle des deux

qui inculquent le dogme et la morale ; et ce dernier moyen d'enseignement est le plus à portée des simples et des ignorants. 11 faut donc que le dogme , la morale, le culte extérieur, les pratiques, la discipline , forment un tout dont chaque partie soit d'accord avec les autres; la même autorité doit présider aux unes et aux autres.

Mais au seul nom d? autorité , les esprits ardents se révoltent, comme si l'on vouloit mettre l'autorité des hommes à la place ou à côté de celle de Dieu.

Réponse. V 'Eglise particulière d'E- Eclaircissons les termes, le scandale sera

dissipé.

II est d'abord bien absurde d'appeler autorité humaine une autorité reçue de

convenoit mieux le titre que saint Paul Jésus-Christ ; mais il y a plus. En quoi donne ici à YEglise du Dieu vivant? consiste l'autorité de YEg lise en matière Voilà ce qu'il faut nous apprendre. Nous de doctrine? « Toute question dans YEn'admeltrons jamais un changement de I » glise, dit très-bien M. Bossuet , se réponctuation qui feroit déraisonner saint » duit toujours contre les hérétiques à Paul. Les sociniens ont eu recours à cet » un fait précis et notoire , duquel il faut expédient pour pervertir le sens des » rendre témoignage. Que croyoit-on premiers versets de l'Evangile de saint j » quand vous êtes venus ? Il n'y eut ja- Jean , et les protestants se sont récriés » mais d'hérésie qui n'ait trouvé YEavec raison; mais ils trouvent bon d'y j » glise actuellement en possession de la revenir, lorsque cela leur est commode. ! » doctrine contraire. C'est un fait con- Avec leur méthode, il n'est point d'ab- ] » stant, public, universel et sans excepsurdité que l'on ne puisse trouver dans l'Ecriture, point d'erreur que l'on ne puisse soutenir, point de preuve qu'il

ne soit aisé d'esquiver. C'est ainsi que les proteslanls ont répondu à nos controversistes, qui leur avoient objecté les passages que nous venons d'examiner.

Une troisième conséquence de ce que nous avons dit , est l'autorité de l'Eglise. Elle a reçu de Jésus- Christ le pouvoir et le droit de décider de la doctrine , de régler l'usage des sacrements, défaire des lois pour maintenir la pureté des mœurs, et tout fidèle est dans l'obligation de s'y conformer; cela est prouvé par ces mêmes passages.

En effet, lorsque Jésus-Christ a dit à ses apôtres : Allez enseigner toutes les nations, il a entendu que cet enseignement seroit perpétuel ; nous l'avons fait voir. Or, l'enseignement se fait, nonseulement de vive voix et par écrit ,

» tion. Ainsi la décision est aisée; il n'y » a qu'à voir en quelle foi on étoit quand » les hérétiques ont paru; en quelle foi » ils avoient été élevés eux-mêmes dans » YEglise, et à prononcer leur condam- » nation sur ce fait , qui ne pouf êlre ni » caché ni douteux. » Il le montre par l'exemple du Luther. Première Instruct, pastor. sur les promesses de F Eglise, n°55.

De même , lorsqu'il est question du sens de l'Ecriture , il s'agit de savoir comment tels et tels passages ont élé constamment entendus; si c'est un point de morale , a-t-il ou n'a-t-il pas été enseigné jusqu'à nous? etc. Voilà des faits publics, s'il en fut jamais. Dira-t-on que les évoques assemblés ou dispersés , chargés par état d'enseigner aux peuples la doctrine chrétienne , ne sont pas témoins compétents pour attester la vérité ou la fausseté de ces faits? Lorsque, dans les différentes parties du monde,.

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ils attestent que tel a été l'enseignement dans leur Eglise, ce témoignage est-il irrécusable ?

Or, voilà ce qu'ils font constamment depuis dix -sept siècles. Lorsqu'ils ont décidé à Nicée , que le Fils de Dieu est consubstantiel à son Père, ils ne disent point : Nous avons découvert et nous jugeons , pour la première fois , qu'il faut ainsi croire; mais ils disent, nouscroyov s; ce n'est pas une nouvelle foi qu'ils établissent , c'est l'ancienne croyance qu'ils professent. De même, lorsque les évèqucs assemblés à Trente ont condamné les erreurs de Luther et de Calvin, ils ont fondé leurs décrets, nonseulement sur l'Ecriture sainte, mais sur les décisions des conciles précédents, sur le sentiment constant des Pères, sur les pratiques établies de tout temps dans YEglise. Ces sortes de décisions, accep-

bouche des apôtres , le corps entier de Y Eglise , formé et instruit par les apôtres, parle par la bouche de ses pasteurs. Ce sont les novateurs qui veulent dominer sur la foi et sur YEglise, qui exercent sur l'Ecriture et sur la doctrine une autorité usurpée, et qui ne leur appartient pas. Aussi Tertullien les réfutoit par la voie de •prescription : Nous sommes en possession, leur disoit-il , et cette possession est plus ancienne que vous , puisqu'elle nous vient des apôtres. Il leur opposoit cet argument , non-seulement pour savoir si tel livre étoit Ecriture sainte et parole de Dieu , si le texte étoit entier ou corrompu , mais encore pour décider en quel sens il falloit entendre tel passage, par conséquent pour savoir si tel dogme avoit ou n'avoit pas été enseigné par Jésus-Christ. Quinze siècles de possession de plus n'ont pas

tées sans réclamation parle corps entier rendu , sans doute , le droit de V Eglise des fidèles , sont incontestablement la ! plus mauvais.

voix et le témoignage de YEglise uni- j Dans notre siècle même, quelques verselle. I théologiens ont voulu ériger en dogmes

Est-ce ici un acte de despotisme ou j de foi leurs opinions sur la grâce; ils d'autorité absolue exercée par les évê- { ont dit : C'est la croyance de YEglise, ques? n'est-ce pas plutôt de leur part un [puisque c'est la doctrine de saint Au-

acte de docilité et de soumission à une autorité plus ancienne qu'eux? ils reçoivent la loi avant de l'imposer aux autres ; et si l'un d'entre eux refusoit de plier sous ce joug, il encourroit lui-même î'anathème , et seroit déposé. Le simple fidèle qui se soumet à la décision ne cède donc pas à l'autorité personnelle des pasteurs , mais à celle du corps entier de YEglise de laquelle il est membre : le corps , sans doute, a le droit de subjuguer chacun des membres ; mais aucun membre , quel qu'il soit, n'a le pouvoir de dominer sur le corps.

Déjà saint Paul disoit aux fidèles :

a Nous ne dominons point sur votre » foi. » II. Cor., c. 1 , f. 25. Et saint Jean leur disoit: a Nous vous annonçons >» ce que nous avons vu et entendu , et v ce qui étoit dès le commencement. »

I. Joan., cl , f.l. Telle est la fonction que Jésus -Christ avoit imposée à ses apôtres , en leur disant : a Vous me ser- » virez de témoins. » Act., c. 1 , jL 8. De même que Jésus-Christ parloit par la

gustin, toujours approuvée et embrassée de YEglise. Sans entrer dans aucune discussion , l'on a pu se borner à leur demander: Avant Baïus, Jansénius et Quesnel, croyoit-on ainsi dans YEglise ? en étiez-vous persuadés vous-mêmes avant d'avoir lu les ouvrages de ces nouveaux docteurs? Quand cela seroit , il faudroit encore voir si cette doctrine a été enseignée par les Pères qui ont précédé saint Augustin , puisque lui-même a fait profession de s'en tenir à ce qui étoit cru et professé avant lui , et a prescrit cette règle à tous les fidèles.

Nous convenons que quand le corps des pasteurs fait des lois , cet acte d'autorité ne se borne point à un simple témoignage ; mais puisqu'aucune société ne peut subsister sans lois , il faut absolument qu'il y ait dans YEglise une autorité législative. Or , cette autorité ne peut pas être exercée par le corps entier des fidèles dispersés dans les différentes parties du monde, il faut donc qu'elle le soit par les Dasteurs que Jésus

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Christ a chargés de la conduite du troupeau. C'est ù eux, par conséquent, de

même très-peu qui osassent exprimer dans leur confession de foi que le Verbe

statuer ce qui est nécessaire pour main- i étoit une créature, que Jésus- Christ

tenir l'intégrité Je la foi , l'usage salu- ' n'étoit pas Di

integ!

taire des sacrements , la décence du culte , la pureté des mœurs , l'ordre et la police de l' Eglise; les hérétiques même ont accordé ce pouvoir à leurs propres pasteurs, après l'avoir refusé à ceux de Y Eglise catholique. Foijez Autorité de l'Eglise et Lois ecclésiastiques.

Dès à présent l'on conçoit l'évidence d'une quatrième conséquence , savoir que VEglise est infaillible ; cetle infaillibilité, comme l'observe encore M. Dossuet, n'est autre chose que la certitude

ieu dans le sens propre et rigoureux de ce terme. Le très-grand nombre s'obstinèrent seulement à supprimer le terme de consubstantiel , sous prétexte qu'il étoit susceptible d'un mauvais sens. Le fait de la croyance ancienne et universelle des Eglises n'a donc jamais été douteux; et si les ariens avoient voulu s'y tenir, la contestation auroit été finie.

Quand l'attestation des pasteurs seroit envisagée comme un témoignage purement humain , il y auroit déjà de la folie à ne vouloir pas y déférer ; mais

invincible du témoignage qu'elle rend il n'en est pas ainsi. Un autre faitincon de sa doctrine, et l'obligation dans la- ,; testable , est que les apôtres ont été enquelle est chaque fidèle d'acquiescer et i voyés par Jésus-Christ, leur nom même de croire à ce témoignage.

Il est impossible qu'une grande multitude de pasteurs dispersés dans les divers diocèses de la chrétienté, ou rassemblés dans un concile, aient le même tour d'esprit, le même caractère, des passions, des préjugés, des intérêts semblables ; il est donc impossible que tous se trompent sur un fait palpable, ou veuillent tous en imposer sur ce fait.

Lorsqu'ils disent : voilà sur telle question la croyance crue et professée dans nos Eglises, croyance que nous y avons trouvée établie, et que nous avons continué d'enseigner sans réclamation ; s'ils avoient faussement porté ce témoignage, il seroit impossible qu'ils ne fussent pas contredits par la réclamation de leurs ouailles. S'il y a donc un fait public, porté au plus haut degré de notoriété et de certitude morale, c'est celui-là.

Ne XXXII , p. (iOo. )

On dira peut-être que du temps de l'arianisme, des conciles assez nombreux ont professé et signé cette hérésie ; ils en imposoient donc sur le fait de la croyance des Eglises, mais nous osons défier nos adversaires d'en citer un seul dans lequel les évêques ariens aient osé affirmer qu'avant Arius , leur troupeau ne croyoit ni la divinité du Verbe, ni sa co-éternilé avec Dieu le Père , ni sa consubstantialité. Il y en eut

en dépose , et qu'ils ont fait des miracles pour prouver leur mission. Il n'est pas moins certain qu'à leur tour ils ont établi des pasteurs; que chaque évêque, par l'ordination et par voie de succession, a reçu sa mission des apôtres, par conséquent de Jésus-Christ. La formule de l'ordination, Recevez le Saint- Esprit, et la profession que fait chaque évêque d'avoir besoin de cette mission , atteste qu'il ne s'attribue pas le droit de rien inventer de son chef. C'est donc un témoin revêtu de caractère et de mission divine pour attester la doctrine de VEglise, des apôtres et de Jésus-Christ. La croyance que l'on donne à ce témoignage ne porte donc pas sur un fondement humain, mais sur la perpétuité de la mission que Jésus-Christ a donnée à ses envoyés ; ce n'est plus une foi humaine , mais une foi divine.

Ces mêmes vérités sont évidemment prouvées par les textes de l'Ecriture sainte que nous avons allégués ; lorsque nous les opposons aux protestants , ils nous accusent de tomber dans un cercle vicieux , de prouver l'autorité infaillible de VEglise par l'Ecriture, et ensuite l'Ecriture par l'autorité de l'Eglise. Ils en imposent évidemment , nous leur citons l'Ecriture, parce qu'ils ne veulent point d'autre preuve ni d'autre règle de foi ; c'est un argument personnel contre

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eux , tiré de leurs propres principes : mais indépendamment de l'Ecriture , l'autorité infaillible de YEglise est démontrée par la mission divine des pasteurs et par la constitution du christianisme. Voyez Infaillibilité.

Enfin , une cinquième conséquence de nos principes, est que hors de /'Eglise point de salut, c'est-à-dire, que tout infidèle qui connoît YEglise et refuse d'y entrer , que tout homme élevé dans son sein, et qui s'en sépare par l'hérésie

Ce sont les protestants môme qui ; ou par le schisme, se met hors de la voie

tombent dans un cercle vicieux. Ils soutiennent que l'Ecriture est la seule règle de foi ;^ que tout particulier, quelque ignorant qu'il soit , a droit d'y donner le sens qui lui paroît le plus vrai ; que Dieu lui a promis la lumière nécessaire pour le découvrir, et ils prétendent le prouver par des passages de l'Ecriture.

D'autre côté , YEglise catholique en-

du salut, se rend coupable d'une opiniâtreté damnable. ( Ne XXXIII, p. 612. ) Jésus-Christ ne promet la vie éternelle qu'aux brebis qui écoutent sa voix; ! celles qui fuient son bercail seront la | proie des animaux dévorants. Joan., ! c. 10, f. 12, etc.

Pour rendre cette maxime odieuse,

les hérétiques et les incrédules suplièrc leur soutient qu'ils prennent mal I posent que , suivant notre sentiment , le sens de ces passages , que de tout ceux qui sont dans le schisme ou dans temps on les a entendus autrement, l'hérésie , par le malheur de leur nais- Comment les protestants prouveront-iis sance, par une ignorance invincible , et

*e contraire ? Sera - ce encore par l'Ecriture ?

De là les incrédules tirent un sophisme spécieux. Les catholiques, disent-ils, prouvent contre les protestants , que chez eux un simple fidèle ne peut pas être certain de la divinité ni du sens de tel passage de l'Ecriture sainte. D'autre part , les protestants font voir aux catholiques qu'il est pour le moins aussi difficile de s'assurer de l'autorité de YEglise que de celle de l'Ecriture sainte. Donc, chez les uns et les autres , la foi est aveugle et se réduit à un enthousiasme pur.

sans qu'il y ait de leur faute , sont exclus du salut. C'est une accusation fausse.

« Tous ceux qui n'ont point participé, » par leur volonté et avec connoissance » de cause , au schisme et à l'hérésie , » font partie de la véritable Eglise. » Nicole, Traité de l'unité de l Eglise, liv. 2 , c. 5. Ainsi l'enseigne saint Augustin, lib. de unit, écoles., c. 25, n. 73; libro \,de Bapt. contra Dcnatist., c. 4, n. 5 ; lib. 4 , c. 4 , c. 16 , n. 23; Epist, 43 , ad Gloriam, n. 1, etc. S. Fulgence, lib. deFide, ad Petrum , c. 59; Salvian., de gubern. Dei , lib. 5, cap. 2. Si quelques théologiens mal instruits se

Mais il est faux qu'un simple fidèle ca- ] sont exprimés autrement , leur avis ne

tholique n'ait à sa portée aucune preuve de l'autorité de YEglise ; il en est convaincu par la succession et la mission des pasteurs, fait public et indubitable ; par leur union dans la foi avec un seul chef, union qui constitue la catholicité de YEglise : il comprend que cette voie d'enseignement est la seule proportionnée à la capacité de tous les fidèles , par conséquent celle que Jésus-Christ a choisie. Les protestants soutiennent , qu'en établissant YEglise juge du sens de l'Eeriture , nous lui attribuons une autorité supérieure à celle de Dieu ; et ils attribuent eux-mêmes celte autorité à chaque particulier. Voyez Foi, § I, Ecriture ■sainte , § V.

prouve rien ; loin de ramener les hérétiques par un rigorisme outré , on n fait que les aigrir davantage. Voy. Igno

rance , Hérésie.

g VI. Notions des différentes Eglises Quoique tous les catholiques répandus sur la terre composent une seule et même société, que l'on nomme YEglise universelle , on y distingue cependant plusieurs Eglises particulières ; et l'on nomme toujours Eglises chrétiennes , les sociétés séparées de YEglise catholique par le schisme et par l'hérésie.

Nous parlerons des principales, sous leur article propre.

En Orient, il y a YEglise grecque et YEglise syriaque ; dans l'étendue de

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l'une et de Tau Ire , il y a des catholiques réunis à V Eglise romaine. On y connoit les sociétés des jacobites, des cophtcs, des Ethiopiens ou Abyssins , des nesloriens et des Arméniens.

et enseignés avant le schisme; donc ce sont des leçons venues des apôtres et de leurs successeurs.

Cela ne prouve rien , répondront sans doute nos adversaires. Quoique ce*

Autrefois Y Eglise grecque et YEglise \ Eglises aient toujours fait profession

latine ne formoient qu'une seule et même société -/mais le schisme, commencé au neuvième siècle par Photius , et consommé dans le onzième par Michel Céruiarius, patriarches de Constantinople, a malheureusement séparé ces deux

de garder la doctrine des apôtres , elles s'en sont néanmoins écartées sur le mystère de l'incarnation , et sur d'autres points que vous taxez d'erreurs ; donc, au quatrième siècle, malgré la même profession que faisoit YEglise univer-

grandes parties de YEglise universelle, j selle de s'en tenir à la doctrine des apo-

Quoique l'on ait tenté de les réunir dans ' le deuxième concile de Lyon et dans celui de Florence , les Grecs se sont obstinés à demeurer dans le schisme , et ils y ont ajouté une hérésie formelle sur la procession du Saint-Esprit. Les Eglises de Russie et quelques-unes de j de YEglise universelle qui s'est séparée celles de Pologne sont dans les mêmes j du corps , et ce corps a réclamé contre sentiments. la séparation et contre l'innovation qui

Depuis la séparation , l'on connois- j en étoit la cause. Donc toute innovation soit très-peu, en Occident, les opinions, j qui se seroit faite plus tôt ou plus tard les rites, la discipline des Eglises orien- j auroit produit le même effet. Or, de

très, le même accident a pu lui arriver; à plus forte raison à YEglise romaine, dans les siècles suivants.

Réponse. L'écart des sectes orientales a été sensible, public, éclatant, puisqu'il a causé un schisme ; c'est une partie

taies ; mais comme les protestants ont prétendu que ces Eglises avoient la même croyance qu'eux , il a fallu prouver le contraire; on a consulté et publié leurs liturgies et leurs rituels; il en est principalement question dans les 4e et 5e volumes de la Perpétuité de la Foi, composée par l'abbé Renaudot; et le savant maronite Assémani a fourni de

quel corps plus nombreux qu'elle YEglise romaine s'est -elle séparée dans aucun siècle ? Voilà ce que les protestants doivent nous apprendre , avant d'affirmer que celte Eglise a changé la doctrine des apôtres.

V Eglise d'Occident, ou YEglise latine, comprenoit autrefois les Eglises d'Italie, d'Espagne, d'Afrique, des Gaules

nouvelles preuves dans sa Bibliothèque j et des pays du Nord ; depuis près de

orientale, en 4 vol. in-fol.

deux siècles, l'Angleterre, une partie

Les protestants disent que , depuis le | des Pays-Bas, plusieurs parties de PA1-

schisme de ces sectes orientales ; le préjugé, tiré du consentement unanime de toutes les Eglises apostoliques, ne subsiste plus. Au contraire , cette preuve , qui n'est pas un simple préjugé ; puisqu'elle porte sur des faits , en est devenue plus forte. En effet, nous disons aux protestants : les Eglises orientales, fondées par les apôtres, avoient la même croyance que YEglise romaine, avant leur séparation -, depuis douze cents ans qu'elles ont fait bande à part, elles n'ont certainement pas emprunté dcYEglise romaine les dogmes que vous lui reprochez comme des nouveautés; donc ces dogmes éloient universellement crus

lemagne , et presque tout le Nord , ont formé des sociétés à part, qui se sont nommées Eglises réformées, mais qui sont dans un schisme aussi réel que celui des Grecs , et qui n'ont entre elles aucun lien d'unité que leur aversion pour YEglise romaine. Les luthériens, les calvinistes , les anglicans , les anabaptistes , les sociniens , les quakers , les frères moraves, etc., sont aussi peu unis entre eux qu'avec les catholiques.

Pendant que l'Eglise romaine souffroit ces pertes en Europe , elle faisoit aussi des conquêtes dans les Indes, au Japon, à la Chine, en Amérique. L'indéfectibilité est promise à YEglise uni-

verselle, Matth., c. 46, jfc 18. Mais elle \ mais les monuments de sa gloire. On

n'est promise à aucune Eglise particulière ; la première peut être plus ou moins étendue; mais d'ici à la fin des siècles elle ne sera pas entièrement détruite. La plus grande plaie qu'elle ait reçue depuis son origine , est celle que lui a faite le mahométisme au septième siècle.

connoît l'histoire qu'en a donnée le père de Longueval , jésuite , et qui a été continuée par les pères de Fontenay , Brumoy et Berthier. Voyez Gallicak.

Si Ton veut connoître en détail les progrès qu'a faits \" Eglise de Jésus- Christ, et les pertes qu'elle a essuyées dans les différentes parties du monde,

L'i^ftse romaine est aujourd'hui toute \ depuis son origine jusqu'à nos jours, il la société des catholiques unis de com- [ faut consulter l'ouvrage de Fabricius, munion avec le souverain pontife , suc- [ intitulé Salutaris lux Evangelii toti cesseur de saint Pierre. Dès le second î orbi per divinam gratiam exoriens , siècle , temps auquel vivoit saint Irénée, in-i°, Hambourg , 1751. r 'Eglise de Rome étoit déjà nommée la ; Eglise , édifice dans lequel s'assemmère et la maîtresse des autres Eglises; l blent les chrétiens pour rendre à Dieu elleestàprésentlaseuledes/s^/ï'sesapo- leur culte. On voit, par saint Isidore de stoliques qui subsiste ; toutes les autres Damiette , que chez les Grecs , èxxirjvia. ont été détruites. Fondée par les apôtres \ signifioit l'assemblée des fidèles , et que

le lieu de l'assemblée se nommoit ixxJbj- (jiuç-fipù-j. Il se nommoit aussi xupcaxèv,

saint Pierre et saint Paul , elle a envoyé porter la lumière de l'Evangile dans tout l'Occident, et a toujours été regardée comme le centre de l'unité catholique ; quiconque n'est point soumis au pontife romain, pasteur de Y Eglise universelle, n'appartient plus au troupeau de Jésus- Christ.

On voit, par l'histoire des donatisles , que VEglise d'Afrique renfermoit près de huit cents chaires épiscopales ; mais les diocèses de ces évêques n'étoient pas fort étendus. Elle a donné à VEglise des docteurs célèbres , saint Cyprien , saint Augustin, saint Fulgence. Les Goths et les Vandales, infectés de l'arianisme, en bannirent la religion catholique au cinquième siècle ; les Sarrasins , qui se sont rendus maîtres de l'Afrique sur la fin du septième siècle , y ont absolument détruit le christianisme.

VEglise gallicane a été de toul temps l'une des portions les plus florissantes

dominicum, mot qui semble s'être conservé dans les noms kerk , kirk , churc, église , dans la plupart des langues du

! Nord. ïertullien nomme cet édifice domus columbœ : plus souvent on l'appeloit basilique, palais du Roi des rois. On trouve , dans plusieurs Pères , les noms synodi , concilia, conventicula , martyria , memoriœ , apostolœa, pro-

! phelœa, etc., dont il est aisé de voir le sens et l'origine. Dans les quatre premiers siècles, on évita soigneusement de nommer les églises, templa, delubra, fana, termes particulièrement affectés aux édifices du paganisme. Enfin, on les appeloit encore trophœa et lituli , à cause du tombeau des martyrs , et du nom des saints que portoient la plupart de ces églises. Dans les bas siècles , on les voit quelquefois nommées tabernacula et monasteria, parce que la plu-

de VEglise universelle. Elle a conservé | part étoient desservies par des religieux, constamment son attachement au saint Voyez Bingham , Origines ecclésiasti- Siége, sans s'écarter de l'ancienne dis- \ ques, tom. 5,1. 8, c. 1.

cipline de VEglise; elle a montré un zèle égal contre les hérésies , contre les schismes , contre les innovations opposées aux anciens canons ; sa fidélité inviolable envers nos rois , la protection et les encouragements qu'elle a donnés aux lettres, la multitude de saints et de savants qu'elle a produits seront à ja-

On a mis en q-uestion si , dès l'origine du christianisme , les fidèles ont eu des églises ou des édifices destinés spécialement au culte du Seigneur. Ce qui a donné lieu à plusieurs critiques d'en douter, c'est qu'Origène, Minutius Félix, Arnobe et Lactance , en répondant aux.

reproches des païens , disent formelle-

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ment que les chrétiens n'ont ni temples ni autels.

Mais il est évident que ces anciens prenoient le nom de temple dans le sens des païens , qui croyoient leurs dieux tellement renfermés dans ces édifices, qu'on ne pouvoit les honorer ni les prier «illeurs. Nos apologistes disent au contraire que le vrai Dieu a pour temple l'univers entier ; qu'il n'y a pour lui point de sanctuaire plus agréable que l'àme d'un homme de bien. Mais ils ont parlé eux-mêmes des églises dans lesquelles les chrétiens s'assembloient.

On ne peut pas douter qu'il n'y en ait eu dès le temps des apôtres. Saint Paul parle de F Eglise de Dieu, I. Cor., c. M , f. 22. Dans ce passage, saint Basile, saint Jean Chrysostome, saint Jérôme, saint Augustin et d'autres, ont entendu par église non- seulement l'assemblée des fidèles, mais le lieu où ils s'assembloient. On a cru, par une tradition constante , que le cénacle dans lequel Jésus-Christ .avoit institué l'eucharistie , avoit été changé en église . et que les apôtres même avoicnt continué de s'y assembler.

Saint Cyrille de Jérusalem paroît l'avoir eu en vue, lorsqu'il a parlé de Yéglise des Apôtres, Catéch. 46, c. 2; et du temps de saint Jérôme, on l'appcloit Véglise de 5/o??,Ilieron., Epist. 27.

Saint Clément de Rome, Epist. 1 , n° 40, dit que Dieu a déterminé le temps et le lieu de son service, afin que tout se fasse avec l'ordre et la piété convenables. Saint Ignace invite les Fidèles à se rassembler dans le temple de Dieu , ad Magnes., n. 7. Le pape saint Pie Ier écrivit, vers l'an 150, à Justus , évoque de Vienne , qu'une dame nommée Enprepia avoit donné aux pauvres sa maison dans laquelle il célébroit la messe , t. I,r, Concil., pag. 570. Saint Clément d'Alexandrie, Strom., liv. 7, dit qu'il nomme église, non lo, lieu, mais l'assemblée des fidèles.

Au troisième siècle, Tertullien nomme le temple des chrétiens la maison de Dieu, la maison de la Colombe, l'Eglise; de Jdol., c. 7, advers. F aïeul. c. 3; De Coronâ miliiis , cap. 5. Lampride raconte qu'Alexandre Sévère ad-

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jugea aux chrétiens , pour honorer Dieu, un lieu dont les cabaretiers vouloient se saisir, ch. 49. Saint Cyprien appelle Yéglise, dominicum. Eusèbe, Hist. ecclés., 1. 8 , c. 1 , dit qu'avant la persécution de Dioclétien, les chrétiens, auxquels leurs anciens édifices ne sursoient plus , avoient bâti des églises il ans toutes les villes. La plupart furent démolies pendant cette persécution. Laclance, 1. 2, c. 2 ; 1. 5 , c. 11 , et Arnobe, 1. 4, p. 152, nous l'apprennent; mais il en resta plusieurs, qui furent dans la suite rendues aux chrétiens. Eusèbe , Vie de Constantin, 1. 2, c. 46. Origène, Homil. 10 , in Josue, blâme ceux qui avoient plus de soin d'orner les églises cl les autels , que de changer de vie. Au quatrième siècle, après la conversion de Constantin, plusieurs temples des païens furent changés en églises. On peut voir d'autres preuves de ces faits dans Bin-

gham , Orig. ecclés., t. 5, 1. 8, c. 1 et suivants, etdans le père Lebrun, tom, 5, pag. 101.

Deux écrivains, Fleury , Mœurs des Chrétiens, n. 55, et l'auteur des Fies des Pères et des Martyrs, tom. M , p. 62 , ont décrit la manière dont les anciennes églises étoient construites, et les divers édifices qui en faisoient partie. Comme les premiers chrétiens prioient ordinairement le visage tourné vers l'orient , afin de témoigner leur foi à la résurrection future, on plaça aussi Faulel dans les églises du côté de l'orient ; mais cet usage n'étoit pas sans exception.

Consiit. apost., 1. 4, c. 57; Sociale, Hist., 1. 2,c. 22.

Les anciennes églises avoient un parvis ou enceinte environné de murs, et devant la porte d'entrée il y avoit une fontaine ou une citerne, dans laquelle ceux qui entroient dans Yéglise se lavoient le visage et les mains, symbole de la pureté de Fàme qu'il falloit apporter dans le lieu saint. ïertull. de Urat., cil; saint Paulin , Epist. 12.

Devant l'entrée des églises étoit un portique ou cour couverte et soutenue par des colonnes, dans laquelle se lenoit la première classe des pénitents, que l'on nommoit pentes, les pleurants,

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qui imploroicnt les prières des fidèles. Quant aux parties intérieures de IV-

glise, l'espace le plus voisin de la porte » vous entendez donner le signal, réunis

' 4. — - « A I .' u » a~J /. v* aa . . n .. ^^ /-v /t. ■ » l\'itr»n « f - i -» iT/.ii-- Iaii/i .VAIII. 1 , !• ! /l !■ I AI'C/tlIA \'AIK

étoit appelé narthex s verge ou bâton, parce qu'il éloit oblong ; c'est là qu'étoient placés les catéchumènes et les pénitents, nommés audienles, écoutants, parce qu'ils entendoient de là les in-

» est au sacrifice , quand Jésus -Christ,, » l'agneau de Dieu , est offert , quand

» sez-vous tous pour prier. Lorsque vous » voyez tirer le rideau , pensez que le » ciel s'ouvre et que les anges en des- » cendent. » Voyez Autel, Choeur, etc~ Si l'on veut comparer ce plan des

structions des pasteurs. Venoit ensuite églises chrétiennes, avec celui des asla nef, naos, ou le corps de Yéglise. La semblées des fidèles que saint Jean nous

partie inférieure étoit occupée par la troisième classe des pénitents, appelés proslrati, parce qu'ils prioient prosternés; le reste l'étoit par les laïques des

a représenté sous l'emblème de la gloire éternelle , Ayoc, c. 4 , 6 et 7 , et avec celui qu'a donné saint Justin, Apol. 1 r n. 65 et suivants , on verra que le tout

deux sexes , rangés des deux côtés , les j est tracé sur le même modèle; ainsi cette

femmes derrière les hommes. Constit.

Jpost., I. 2 , c. 57 ; saint Cyrille, Prœf. Catech., c. 8; saint Jean Chrysost., Ilom. 74 , in Matt.; saint Aug., de Civit. Dei,\. 2,c. 28; 1. 22, c. 28.

Au milieu étoit Yambon ou pupitre, assez large pour contenir plusieurs lecteurs ou plusieurs chantres. Les évêques prêchoient ordinairement sur lesmarches de l'autel ; mais saint Jean Chrysostome préféroit de se placer sur Yambon , aiin d'être mieux entendu du peuple. Fales.

in Socrat., 1. 6 , c. 5.

Le chœur étoit séparé de la nef par une balustrade , cancelli. En Orient , l'empereur prioi; ordinairement dans le

forme date du temps même des apôtres.

En effet , saint Jean parle d'un trône sur lequel est assis le président de l'assemblée ou l'évêque ; de sièges rangés des deux côtés pour vingt-quatre vieillards ou prêtres, c'est le chœur. Au milieu et devant le trône, il y a un autel sur lequel est un agneau en état de vic^ time ; sous l'autel sont les reliques des martyrs. Devant l'autel un ange offre à Dieu, sous le symbole de l'encens , les prières des saints ou des fidèles, et les vieillards prosternés chantent des cantiques à l'honneur de l'agneau ; saint Jeaiî parle encore d'une source d'eaux qui donnent la vie , ce sont les fonts baplis-

chœur, mais ce n'étoit pas l'usage en maux. Voyez Baptistèke. Celte forme Occident; c'est poui cela que saint Am- de culte et de liturgie n'est donc pas de

broise en refusa l'entrée à Théodose :

son trône étoit placé au-dessus de la nef, près de la balustrade. L'impératrice Hélène , mère de Constantin , ne refusa pas de se placer parmi les femmes. Socrale , Hist., 1. 1 , e. 17.

Dans le chœur, appelé aussi béma ou sanctuaire , étoit l'autel , le trône de l'évêque, et les sièges des prêtres ; et comme il se terminoit en demi-cercle, cette partie étoit nommée absis. Un rideau, tendu au chancel ou à la balustrade, déroboit la vue do ''autel aux catéchumènes et aux infidèles, et empêchoit qu'on ne vit les saints mystères dans le temps de la consécration ; l'on n'ouvroit le rideau que quand les diacres avoient fait sortir les catéchumènes. C'est ce qui laisoit dire à saint Jean Chrysostome, llomil.

3, in En. ad Kvhes. : « Quand on en

l'invention des évoques du quatrième siècle ou des temps postérieurs.

Fleury, Mœurs des Chrétiens , n° 36y rapporte la magnificence avec laquelle ces anciennes églises ou basiliques étoient ornées , les dons immenses que les empereurs et les grands y avoient faits en embrassant le christianisme, les richesses qui appartr-noient aux église»

de Rome, de Constantinople , d'Alexandrie, etc. : les dépenses énormes que les païens avoient faites auparavant pour les sacrifices, pour les jeux , pour les spectacles, furent consacrées à augmenter la pompe du culte que l'on rendoit au vrai Dieu ; les superbes édifices que l'on avoit élevés à l'honneur des fausses divinités, furent employés à un usage plus saint et plus pur.

Bingham rapporte aussi ies marques

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de respect que donnoient les fidèles , en -entrant dans les temples du Seigneur ! les rois déposoient leur couronne ; il n'étoit permis à personne d'y porter des armes ; on baisoitla porte et les colonnes : on s'inclinoit profondément devant l'autel ; ces édifices ne servoient jamais à aucun usage profane ; les diacres éloient chargés d'empêcher qu'il ne s'y commît aucune indécence, et les clercs inférieurs d'y entretenir la plus grande propreté.

-Toutes ces attentions nous paroissent démontrer la haute idée qu'avoient conçue les chrétiens des premiers siècles , de la sainteté des mystères qui s'opéroient dans nos églises. Nous n'avons pas besoin d'un témoignage plus éloquent de leur foi. Les protestants , qui ne pensent pas de même , en ont aussi agi très -différemment; ils ont poussé l'esprit de contradiction contre les catholiques , jusqu'à supprimer le nom d¥glise; ils ont mieux aimé nommer le lieu de leurs assemblées prêche , terme inconnu à toute l'antiquité, ou temple, comme faisoient les Juifs et les païens. Ils en ont banni tous les ornements capables d'imprimer le respect; ils ont traité de superstition l'usage dans lequel nous sommes de regarder les églises comme des lieux saints , et d'en faire la bénédiction ou la consécration avant d'y célébrer le culte divin.

En effet, quand on ne les envisage que comme des lieux d'assemblée , destinés uniquement à prier et à louer Dieu , à prêcher la doctrine chrétienne , il est difficile de les croire fort respectables; tout cela peut se faire partout ailleurs. C'est autre chose, quand on croit que Jésus -Christ en personne daigne s'y rendre présent et y habiter, se placer sur l'autel en état de victime , s'offrir à Dieu pour nous parles mains des prêtres, y renouveler tous les jours le sacrifice de notre rédemption , nous y nourrir de sa chair et de son sang. Il faut bien que les chrétiens des premiers siècles en aient eu cette idée , puisqu'ils ont témoigné tant de respect pour les églises.

Jacob, favorisé d'une vision céleste à Bétliel , s'écrie : « Ce lieu est terrible, » c'est la maison de Dieu et la porte du

» ciel. » Gen., c. 28, f. 17. Dieu, pour imprimer à Moïse un respect religieux pour sa présence, lui dit : « Déchausse- » toi,lelieuoùtuesestune terre sainte. »

Exod., c. 3, f. 5. Il nomme sa maison, son trône, son sanctuaire, son lieu saint, le tabernacle et le temple dans lequel il veut être adoré ; il ordonne aux Juifs de n'en approcher qu'avec une frayeur religieuse. Levit., c. 26 , nn 2. Les temples de la loi nouvelle sont-ils moins dignes de vénération ? Il dit , par un prophète : « Je remplirai de gloire » cette maison , » parce que le Messie devoit y paroître un jour. Aggœi, c. 2 , f. 8. Jésus -Christ s'est armé de zèle contre ceux qui en faisoient un lieu de commerce. Joan., c. 2 , f. 16. Il a honoré de sa présence la dédicace que l'on en célébroit , c. 10 , f. 22. Il a dit qu'il est lui-même plus grand que le temple.

Matth., c. 12 , f. 6. Et on nous défendra d'honorer le lieu où il est? Puisque les protestants nous renvoient sans cesse à l'Ecriture , qu'ils nous permettent au moins d'en parler le langage, et d'en suivre les leçons.

Dieu avoit voulu que son temple fût magnifiquement orné : Il le falloit, disent nos doctes censeurs , parce que les Juifs, sensibles à l'appareil du culte que les païens rendoient aux faux dieux , avoient besoin d'une pompe semblable pour être retenus dans leur religion.

Nous le savons ; mais les Juifs étoient-ils le seul peuple sensible à la pompe du culte extérieur? C'est le goût du genre humain tout entier, on le trouve jusque chez les Sauvages; Dieu ne l'a condamné nulle part. De quel droit les Pères du quatrième siècle l'auroienl-ils réprouvé, lorsque la foule des païens abandonna les temples des idoles, pour accourir aux églises du vrai Dieu?

Avant de le blâmer , nos adversaires auroient dû s'accorder entre eux. Les calvinistes ne veulent dans leurs temples que les quatre murs, une chaire pour le prédicateur, et une table de bois pour leur cène ; ils ont brisé, détruit, brûlé tous les ornements des églises catholiques. Les luthériens moins fougueux ont conservé dans les leurs un crucifix

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•et quelques peintures historiques; souvent dans un village la même église sert pour eux et pour les catholiques.

Les anglicans conviennent que l'affectation des calvinistes est indécente et ridicule; mais ils disent que nous donnons dans l'excès opposé. Ont -ils reçu de Dieu commission pour planter la borne au-delà de laquelle la pompe du «rulte devient un abus ? Voyez Culte , Dédicace.

La structure et la décoration des églises ont dû suivre naturellement, chez toutes les nations , les progrès et la décadence du luxe et des arts. Ils étoient encore à un très-haut degré dans l'empire romain, au quatrième siècle; après l'inondation des Barbares , ils furent presque anéantis ; c'est le culte religieux qui a le plus contribué à en conserver un foible reste. Lorsque les peuples du Nord , tous pauvres et à demi-

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Angleterre où ils s'étoient retirés pendant l'émigration. Le pape, pressé par le gouvernement et forcé par les circonstances , s'étoit vu dans la nécessité de demander à tous les anciens évêques leur démission, et même de l'exiger d'une manière absolue. Il leur adressa pour cela le bref dit Tarn multa, du 15 août 1801 , dans lequel il déclaroit que si leurs démissions ne lui étoient point arrivées dans le très-court délai qu'il leur assignoit , il les regarderoit comme réellement données, et qu'il passeroit outre, en nommant et en instituant pour les sièges créés ou conservés par le concordat, de nouveaux titulaires.

Cette mesure extraordinaire, qui n'avoit en effet point d'exemple dans l'Eglise , comme la révolution elle-même de laquelle on sortoit, n'en avoit aucun dans toute l'antiquité , ne fut point acceptée par plusieurs des évêques qu'elle

sauvages, se convertirent, les églises dépossédoit de leurs sièges. Trente-six furent chez eux des cabanes de chaume, d'entr'eux refusèrent de donner leurs

comme les maisons des particuliers.

Dans l'onzième siècle, on avoit repris une foible teinture des arts dans les pè-

démissions , et firent paroître, sous le titre de réclamations canoniques , un écrit dans lequel ils déclaroient et sou-

lerinages d'outre-mer ; on commença de ] tenoientque le concordat étoit contraire rebâtir avec plus de magnificence les J aux canons et à la discipline de l'Eglise, églises ruinées par les ravages des siè- et aux droits de l'Eglise gallicane en clés précédents. Enfin , après la renais- | particulier. Le pape , selon eux, n'avoit sance des lettres , l'architecture a pris j pas le droit de les destituer de leurs un nouvel essor en étudiant l'antiquité, ] sièges malgré eux. Il devoit consulter et elle a fait ses premiers essais par la ! l'Eglise dispersée, ou même les évêques construction des églises. Il en sera de! françois, qui pouvoient facilement seréumême dans tous les temps, malgré la j nir en Angleterre. C'étoit à eux déjuger folle censure des hérétiques et des in- j si les circonstances où se trouvoit la

France , légitimoient ou non le sacrifice j extraordinaire qu'on exigeoit d'eux.

L'exécution du concordat alloit consommer la ruine de la religion en France, et ils n'y vouloient pas donner les mains. Le pape lui-même, en violant toutes les règles reçues , en usurpant une autorité dont l'histoire entière de l'Eglise ne fournissoit pas un seul exemple, étoit vraiment le loup dans la bergerie.

Deux autres motifs contribuèrent encore à les rendre plus opiniâtres dans leur refus. D'une part, le concordat conclu par le pape avec un gouvernement nouveau et usurpateur , leur sembloit un attentat contre les droits des

crédules ; parce qu'il seroit absurde que ! chez les nations riches, polies, industrieuses, les temples du Seigneur fus-] sent moins somptueux et moins ornés j que les palais des grands. Une autre absurdité est d'attribuer ce progrès de magnificence à l'ambition des ecclésiastiques, plutôt qu'au goût naturel et à la piété des peuples. Voyez Arts.

* EGLISE ( petite ), ou les Anticoncordataires , les Incommunicants. Le concordat conclu en 1801 entre le souverain pontife Pie VII et le gouvernement françois, trouva des opposants parmi les anciens évoques et quelques ecclésiastiques du second ordre , résidant la plupart en

Bourbons au trône de France. De l'autre, j tous les curés et vicaires nommés par le 1er consul avoit nomme aux sièges eux, étoient également des intrus. Il nouveaux un assez grand nombre de n'y avoit plus d'enseignement légitime, prêtres ou évoques constitutionnels , et plus de juridiction pour gouverner les quoique le pape ne les eût acceptés qu'à i diocèses, pour administrer validement condition qu"ils feroient une rétracta- j les sacrements , etc. tion, il fut reconnu néanmoins que plu- j 2° Les plus exagérés parmi ces antisieurs d'entr'eux n'en avoient fait au- j concorda lis le s alloient jusqu'à traiter le cune. Ainsi on avoit admis dans le gou- j pape lui-même de schismatique , d'hévernement de l'Eglise des hérétiques rétique ou de fauteur des hérétiques , et des schismatiques, sans rétractation et par le fait ils le regardoient comme préalable , contre tout droit et contre j déchu de la dignité pontificale. Pie VII l'usage invariable suivi de tout temps j étoit aussi un intrus , et le saint Siège dans l'Eglise. | devoit être considéré comme vacant.

De là il résulta un schisme en France, ! 5° Et comme on arrive facilement aux cl quoiqu'il n'ait jamais pris beaucoup conséquences les plus extrêmes et les

d'extension , il n'a pas laissé que d'infester plusieurs diocèses, où l'on en

plus folles , quand on est une fois sorti des limites légitimes, il se trouva des

trouvoit encore des restes dans ces der- j hommes assez insensés pour accuserd'inniers temps , sous le nom iVInco7nmii7\icants, (TÀnticoncordatistes ou de petite .Eglise '.

Voici leurs prétentions et leurs erreurs.

1° Le concordat, œuvre de foiblesse et de séduction de la part du pape , de violence et d'extorsion du côté du gouvernement, étoitradicalement nul, parce qu'il étoit essentiellement contraire aux canons et à la discipline générale de l'Eglise , et qu'il violoit , qu'il renversoit

trusion et d'illégitimité tous les papes , depuis saint Clément successeur de saint Pierre ; de sorte que , pour rentrer dans l'ordre légitime de la succession apostolique, ils prétendirent se rattacher à lui et prirent le nom de prêtres clémentins. 4° Par toutes ces raisons , les évêques non-démissionnaires prélendoient conserver toute leur autorité sur leurs anciens diocèses ; et quelques-uns d'entr'eux nommèrent des grands vicaires pour administrer en leur nom des

de fond en comble toutes les libertés de j Eglises qu'ils ne pouvoienl administrer l'Eglise gallicane. Sa teneur, sa forme, | Cn personne. Il s'établit donc dans ces les circonstances qui en avoient accom- diocèses une espèce d'Eglise clandespagné et suivi la conclusion, la manière i ijne, qui seule se prélendoit légitime, et dont on procédoit à son exécution, et I dont les membres ne dévoient pas comspécialement les démissions forcées de \ muniquer in divinis sous aucun prétexte tous les anciens titulaires , qui n'avoient . et même à l'article de la mort , avec

pas d'exemple dans l'antiquité ecclésiastique, tout concouroit pour démontrer qu'il ne pouvoit et ne devoit avoir aucune force , aucune valeur. Et dèslors tous les évêques de France , nommés et institués en vertu de ce concordat, tous leurs vicaires généraux,

i Plusieurs des évoques qui avoient refusé de donner leur démission cl qui se porloienl encore après le concordat pour Jègiiimcs pasteurs de leurs diocèses, mais qui en même temps vouloienl avant tout prévenir un schisme, prirent le parti de considérer les évêques nouveaux ri leurs grands vicaires comme leurs propres icVgués et représentants. D'autres les regardèrent comme des vicaires apostoliques lemporaires.

les prêtres soumis au concordat. Mais petit à petit les chefs de cette secte étendirent leur juridiction, et prétendirent avoir le droit d'exercer le saint ministère partout, en vertu de leur légitimité, et de l'intrusion , de l'illégitimité de tous les pasteurs , soit du premier soit du second ordre , qui existoienten France.

Ils allèrent même plus loin , et ils en vinrent à ce point de folie et d'orgueil , qu'ils envoyoient d'Angleterre des hosties consacrées à leurs adeptes , et cela par la main de simples laïques.

Donnons maintenant en peu de mots la réfutation de tant de prétentions ab-

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surdes , subversives de toute subordination et de toute hiérarchie , et exposons quels sont les vrais principes de l'Eglise, en matière de juridiction.

Les évèques non-démissionnaires , la plupart du moins, étoient loin de vouloir , de prévoir même les conséquences extrêmes qu'on tira de leurs principes , et les troubles religieux dont ces principes devinrent la source entre les mains de quelques-uns de leurs adhérents. Plusieurs allèrent même au devant de ces dangers , autant qu'il étoit en eux de le faire, dans l'hypothèse du refus de leur démission, en conférant tous leurs pouvoirs de juridiction aux évêques nouvellement institués et à leurs grands vicaires. Mais on ne s'arrête pas aisément dans la voie de l'erreur, et ceux qui s'y engagent les premiers , sont rarement assez puissants pour empêcher ceux qui se sont mis à leur suite de se jeter dans les excès les plus ridicules comme les plus condamnables.- On est donc en droit de rendre responsables du schisme des incommunicants , de tous les désordres que ce schisme a occasionnés dans plusieurs diocèses, et de toutes les extravagances auxquelles se sont portés quelques-uns de leurs adhérents, les évêques qui refusèrent de donner leurs démissions , malgré les vives sollicitations que le souverain pontife leur adressa, en leur écrivant à cet effet de sa propre main. En violant ou en méconnoissant les vrais principes , en s'attribuant une inamovibilité absolue qu'ils n'avoient sans doute pas , puisque le pape la leur refusoit alors, et que l'Eglise catholique n'a fait là-dessus plus tard aucune réclamation, ils légitimoient par là même tout l'usage qu'il leur plairoit de faire de leur autorité, au moins dans leurs diocèses respectifs. Mais enfin, en laissant de côté toutes les objections particulières et de détail qu'ils firent contre le concordat , arrêtons-nous seulement à celle qui étoit fondamentale : la voici :*$

On ne peut pas forcer un évêque à donner sa démission; on ne peut le déposer, on ne peut le priver de sa juridiction, que par un jugement canonique et par conséquent pour des causes ex-

primées dans le droit canon. Toute l'histoire de l'Eglise ne fournit d'ailleurs aucun exemple du contraire, et lors même que quelques faits isolés, opposés en apparence à cette assertion , s'y rencontreroient dans le cours de dix -huit siècles , il étoit inouï que jamais une masse d'évêques, tous les évêques d'un grand royaume , eussent été dépossédés de leurs sièges et de leur autorité, par la seule autorité et la seule volonté du souverain pontife.

En principe et en thèse générale , il est vrai qu'on ne sauroit forcer un évêque à donner sa démission , et que le seul moyen légitime de lui ôter la juridiction qu'il a de droit divin sur son diocèse, c'est un jugement canonique, un jugement conforme aux lois et aux règles qui sont en usage dans l'Eglise, de temps immémorial. Mais il faut bien remarquer que jamais il ne s'étoit présenté une question pareille à celle que firent naître les circonstances dans lesquelles le concordat fut conclu. On n'avoit jamais demandé si l'autorité supérieure, dont le pape est revêtu dans l'Eglise, s'étend assez loin pour déposer tout d'un coup tous les évêques d'un grand royaume, et nulle règle canonique n'avoit dû être établie pour diriger le souverain pontife dans un pareil exercice de sa puissance. L'Eglise ne pose pas ainsi des questions oiseuses ; elle ne porte pas des canons à priori pour tous les cas possibles ou imaginables ; elle se contente d'agir ou de décider à mesure que les événements le demandent et conformément aux circonstances, développant son pouvoir selon les besoins, mais ne l'étendant jamais au delà des bornes que Jésus -Christ y a mises. Mais enfin la question est tout- à- fait mal posée par les anticoncordatistes. Il s'agissoit de savoir s'il y a ou s'il peut y avoir des cas où il soit nécessaire, pour le bien de l'Eglise , qu'un évêque donne sa démission; si en ce cas c'est pour l'évêque une obligation de- conscience de la donner; et s'il appartient tellement à cet évêque de juger et de la nécessité et de l'obligation dont nous parlons, que son consentement soit absolument in-

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dispensabîe pour légitimer ce qui auroil été décidé par le chef suprême de l'Eglise.

Que le bien d'une église puisse demander quelquefois qu'un évêque en abandonne le gouvernement, en donnant sa démission, et que dans ce cas cela devienne pour lui d'une obligation rigoureuse de conscience, même en supposant qu'il n'y ait aucun reproche canonique à lui faire , ou encore qu'il soit l'objet de préventions injustes, et d'une persécution inique, c'est ce que personne ne révoque en doute. Qu'il y ait dans l'Eglise une autorité compétente pour prononcer dans ces circonstances critiques et difficiles , on ne sauroit le nier non plus, ni en droit ni en fait, puisqu'on voit plusieurs exemples de faits

bel et noble exemple dans l'histoire de l'Eglise. Saint Grégoire de Nazianze , placé sur le siège de Constantinople par Théodose , ayant entenou murmurer quelques évêques de ce qu'il avoit abandonné l'Eglise qu'il gouvernoit auparavant , et s'étoit laissé transférer, contre l'usage, à un siège plus élevé , se présenta au milieu du concile qui se tenoit alors dans cette ville , et dit à ses collègues ces paroles remarquables : « Si c'est à cause de moi que s'est soulevée cette tempête , je ne vaux pas mieux que le prophète Jonas. — Qu'on me jette à la mer, et que l'Eglise soit en paix ! » Et le grand homme se démit sans regret, avec joie même , heureux de déposer un fardeau dont il sentoit to'iîe la pesanteur, et de rentrer dans le calme de

pareils dans l'histoire ecclésiastique, spé- \ la v' ? privée.

cialement lorsqu'il s'est agi de réconcilier Les pouvoirs conférés par Jésus-Christ

des schismatiques et des hérétiques, et | à son Eglise eussent donc été insuffi-

que d'ailleurs on ne sauroit supposer que Notre -Seigneur n'ait pas donné à son Eglise toute l'étendue d'autorité nécessaire pour pourvoir à tous ses besoins.

Seulement, dans la plupart des circon-

sants , si dans les circonstances extraordinaires où elle se trouvoit au commencement de ce siècle en France, elle n'avoit pu pourvoir au gouvernement légitime et régulier des diocèses , sans

stances, on a suivi des règles, des obtenir préalablement le consentement

usages établis ; ce sont des conciles provincaux ou autres qui ont prononcé ordinairement , et toujours on a demandé le consentement des parties intéressées.

Mais ici quelle réunion d'évêques eût été possible? Les circonstances étoient si impérieuses, que si le pape eût hésité ou refusé d'agir comme il le fit , le schisme pouvoit être établi pour toujours en France. Nous convenons que tous les actes et toutes les mesures adoptées par un souverain pontife , ne sont pas essentiellement infaillibles, essentiellement conformes au droit et au bien :

Pie VII lui-même se repentit plus tard d'avoir cédé aux exigences de l'empereur, dans l'espèce de concordat qu'il conclut avec lui a Fontainebleau en 1 81 3, et il rétracta sa signature. Mais l'Eglise universelle approuva la conduite qu'il avoit tenue dans la circonstance dont il s'agit ici ; et la chose est si vraie, que les évêques non-démissionnaires demeurèrent avec leurs prêtres dans un isolement complet. Ils avoient d'ailleurs un

des anciens évêques , donné ou forcé selon des règles qui n'existoient pas ou qui évidemment étoient inapplicables.

Mais à supposer même que, dans le droit rigoureux, leur juridiction ne leur eût point été enlevée par le souverain pontife, il n'en est pas moins vrai , 1° que le souverain Pontife pouvoit, en usant de sa suprématie, pourvoir au gouvernement des églises de France par des vicaires apostoliques qui les administreroient provisoirement et jusqu'à nouvel ordre ; 2° que dans cette hypothèse , admise en effet pas quelques-uns des nondémissionnaires , mais qu'ils dévoient admettre tous , puisqu'elle n'est que l'expression en fait d'un pouvoir que personne ne refuse au chef de l'Eglise catholique, l'exercice de la juridiction des anciens évêques par eux-mêmes ou leurs grands vicaires dans leurs diocèses, devenoit illégitime , schismatique, et une source des troubles religieux les plus graves; 3° qu'ils abusèrent de ce qu'il pouvoit y avoir de plausible dans leurs pré-

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tentions , en s'attribuant une juridiction i lorsque l'orure fut donne aux Egyptiens qu'ils étendoient hors des limites de leurs de faire périr tous les enfants mâles des anciens diocèses , en supposant que l'au- Hébreux , il est dit que les sages-femmes

torité du souverain pontife avoit pu et dû cesser par le fait même du concordat , qu'il n'y avoit plus qu'une intrusion générale d*ns l'Eglise , au moins dans l'Eglise de France , et en se regardant, eux et leurs adhérents du second ordre, comme suffisamment autorisés par là à exercer tous les pouvoirs ecclésiastiques dans toute l'étendue du royaume.

Nota 1°. Il n'y eut qu'un évêque, parmi les non - démissionnaires , qui eût ces prétentions extrêmes et schismaliques ; mais les prêtres de la petite église donnèrent en grand nombre dans ces excès.

Ils ne vouloient pas même que leurs fidèles reçussent les sacrements des prêtres coneordalistes , dans le cas de nécessité et dans le danger de mort prochaine.

2° Plusieurs de ces derniers, résidant en Angleterre , ayant publié des ouvrages où le mépris de l'autorité du souverain pontife et les doctrines les plus scandaleusement schismatiques étoient professées sans ménagement , les évêques d'Irlande et d'Angleterre les condamnèrent plusieurs fois et finirent par leur interdire tout exercice du saint ministère dans leurs diocèses respectifs.

EGYPTE, ÉGYPTIENS. ( Ne XXXIV, p. 61 4. ) La seule chose qui intéresse un théologien à l'égard de ce peuple, est de savoir quelle a été sa religion primitive , comment elle s'est altérée, quels étoient ses dieux et sa croyance, quelle a été en Egypte la destinée du christianisme.

Il paroît certain que la première religion de l1 'Egypte a été le culte du vrai Dieu. Lorsque Abraham y fit un séjour, il est dit dans l'Ecriture que Dieu punit Pharaon, parce qu'il avoit enlevé Sara, et que c1 roi la rendit à son époux. Gen.y c. 12, jf. 17,19. Il sut donc que Dieu le châtioit. Lorsque Joseph parut devant un autre Pharaon , et lui expliqua ses songes , ce prince reconnut que Joseph étoit rempli de l'esprit de Dieu , et que Dieu lui avoit révélé l'avenir. Gen.,c. 41, •t. 58. Environ deux cents ans après,

égyptiennes craignirent Dieu , et n'exécutèrent pas cet ordre cruel. Exod., \ c. 1 , f. 17. A la vue des miracles de Moïse , les magiciens disent : Le doigt de Dieu est ici; et Pharaon : Le Seigneur est juste , mon peuple et moi sommes des impies. Exod., c. 8 , f. 19; c. 9. f. 27. Près de périr dans la mer Rouge, les Egyptiens s'écrient : Fuyons les Israélites, le Seigneur combat pour eux contre nous ,c. 14 , f. 25.

Cependant les Egyptiens étoient déjà polythéistes pour lors, puisque Dieu dit à Moïse : J'exercerai mes jugements sur les dieux de l'Egypte, c. 12, f. 12.

Mais cette erreur n'avoit pas encore étouffé entièrement chez eux la notion du vrai Dieu. La même vérité est confirmée par les auteurs profanes. PIutarque, de Iside et Osiride , c. 10 ; Synésius , Calvit. Encom.; Jamblique , de Myst. JEgypt.; Eusèbe, Prœpar. evangel., liv. 3, c. 11.

Nous ne pouvons adopter l'opinion de ceux qui ont pensé que le Dieu unique des anciens Egyptiens étoit famé du monde , comme l'enseignoient les stoïciens ; l'âme du monde est un rêve de la philosophie , et il n'en étoit pas encore question du temps d'Abraham et de Noïse. Pourquoi les Egyptiens n'auroient-ils pas conservé pendant longtemps la croyance d'un seul Dieu créateur, qui avoit été portée en Egypte par les enfants de Noé ?

Il paroît encore que le polythéisme a commencé en Egypte, comme partout ailleurs , parce que l'on a supposé que toutes les parties de la nature étoient animées par des intelligences , par des génies , dont le pouvoir étoit supérieur à celui des hommes , et qui étoient les dispensateurs des biens et des maux de ce monde. Les peuples , par intérêt et par crainte , ont rendu un culte à ces dieux prétendus, et insensiblement ont oublié le vrai Dieu. Voyez Paganisme.

Ce culte superstitieux ne pouvoit donc avoir aucun rapport au vrai Dieu , puisqu'il l'a fait oublier et méconnoître ;

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aussi plusieurs philosophes décidèrent qu'il ne falloit faire aucune offrande au Dieu suprême , ni s'adresser à lui pour aucun besoin , mais seulement aux dieux secondaires. Porphyre, de Abslin., 1. 2, n° 54 , 57 , 58.

Dès que l'imagination des hommes a placé des esprits, des intelligences agissantes dans toutes les parties de la nature, il n'est pas surprenant que l'on en ait supposé dans les animaux ; leur instinct, leurs opérations, leur industrie, sont un mystère qui souvent nous cause de l'admiration. Les Grecs et les Romains leur ont attribué l'esprit prophétique; quelques philosophes ont soutenu sérieusement que les animaux sont d'une nature supérieure à la nôtre, et sont dans une relation plus étroite que nous avec la Divinité. Orig. contra Cels., lib. 4, n° 88. Il n'est donc pas étonnant que les Egyptiens aient rendu un culte a plusieurs animaux dont ils admiraient l'instinct, desquels ils tiroient des services , ou qu'ils croyoient animés par un génie dont ils redoutoient la colère. On a remarqué qu'ils honoroient principalement les animaux purificateurs de V Egypte, et qu'ils les consultent gravement, pour apprendre d'eux l'avenir.

Par la même raison , ils ont rendu un culte à certaines plantes dans lesquelles ils avoient reconnu une vertu particulière : telle est la scilîe, ou l'oignon marin , à cause de ses propriétés. On ne doit pas être plus surpris de voir les Egyptiens loger une divinité dans une plante , que de voir les Romains honorer une nymphe dans une fontaine, ou consulter gravement les poulets sacrés. Lorsque les beaux esprits de Rome s'égayoient aux dépens des Egyptiens, ils ne voyoient pas que leurs propres superstitions étoient exactement les mêmes.

Avec une religion aussi monstrueuse, les Egyptiens ne pouvoient avoir des mœurs pures ; aussi voyons-nous que les leurs étoient très -corrompues. Les philosophes modernes qui n'ont pas su démêler la première origine du polythéisme et de l'idolâtrie, n'ont rien com-

pris à la religion des Egyptiens, et les anciens n'en savoient pas davantage ; mais l'Ecriture sainte nous montre clairement la source de Terreur et ses progrès. Voyez P.\CAMSME,§ 1er.

On ne peut pas douter que les Egyptiens n'aient cru l'immortalité de l'âme et la résurrection future ; de là éloit venu leur usage d'embaumer les corps. Il paroît certain que les caveaux pratiqués dans l'intérieur des pyramides étoient destinés à la sépulture des rois. Ce dogme important a été dans tous les siècles la foi du genre humain.

Si les savants critiques protestants, tels que CiRhvorlh, Mosheim, Brucker, qui ont traité fort au long de la théologie des Egyptiens , avoient fait plus d'attention à ce qui en est dit dans l'Ecriture sainte, et surtout dans le livre de la Sagesse, c. 42, 15 et 14, ils auroient peut-être vu plus clair dans ce chaos, et leurs recherches seroient plus satisfaisantes. Mais comme ils ne veulent pas recevoir ce livre pour canonique, ils ont craint de lui donner quelque autorité.

Cependant l'auteur de ce livre a vécu longtemps avant les écrivains profanes que nos critiques ont cités ; il étoit instruit, et il avoit peut-être écrit en Egypte ; son témoignage nous paroît avoir plus de poids qu'aucun autre : or, il ne suppose point , comme les critiques dont nons parlons , que les premiers dieux despolythéistes on tété des hommes déiliés,mais les astres et les éléments; et jamais les hommes ne leur auroient rendu un culte, s'ils ne les avoient pas crus animés.

Nous pensons volontiers, comme Mosheim, 1° que, par les difierenles révolutions arrivées en Egypte , il est survenu du changement dans la religion de ce peuple. Nous voyons déjà, par rEcrilure sainte , qu'après avoir adoré un seul Dieu , les Egyptiens sont devenus polythéistes; qu'après avoir commencé l'idolâtrie par le culte des astres, des éléments et des différentes parties de la nature, ou plutôt des génies dont ils les croyoient animées, ils en cont venus jusqu'à encenser des hommes après leur mort, et même à honorer

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des animaux. Nous apprenons aussi , par les auteurs profanes, que les prêtres égyptiens ont cherché dans la suite à pallier, par des allégories et par des systèmes philosophiques , l'absurdité de ce culte insensé, et n'ont fait qu'embrouiller leur mythologie.

2° Que la croyance et le culte n'étoient pas absolument les mêmes dans les divers cantons de Y Egypte, parce que dans le paganisme il n'y avoit aucune règle générale et certaine à laquelle toute une nation fût obligée de se conformer. Dans la Grèce, chaque ville avoit ses traditions et ses fables particulières ; suivant le privilège de tous les philosophes , les savants égyptiens ont raisonné et rêvé chacun à sa manière. De là est venue la diversité des récits que sious ont faits les Grecs qui sont allés en JEgypte en différents temps pour en connoître les idées et les mœurs.

3° Qu'il faut distinguer la croyance ancienne et populaire des Egyptiens d'avec les explications et les commentaires que les prêtres de ce pays ont imaginés pour en déguiser l'absurdité , et qu'on leur fait trop d'honneur quand on suppose qu'ils avoient caché , sous des enveloppes allégoriques, des connoissances profondes et des réflexions fort importantes. Mais en voulant remonter plus haut, sans consulter l'Ecriture sainte , on ne peut former que des conjectures qui n'aboutissent à rien.

Par la même raison , nous ne croyons pas non plus que ces prêtres , par intérêt politique et afin de se rendre plus respectables , aient caché exprès sous des itiéroglyphes les secrets de leur mythologie ; c'est un soupçon sans preuve et -qui n'a aucune vraisemblance. En premier lieu , il suppose que l'idolâtrie et les fables égyptiennes sont , dans l'origine , une invention des prêtres, au lieu que c'est un effet de la stupidité des peuples. Puisque dans tous les pays du monde, jusque chez les nègres, les Lapons et les Sauvages , nous retrouvons les idées qui ont fait naître le polythéisme •et l'idolâtrie, pourquoi veut -on qu'en Egypte ce travers n'ait pas eu la même «cause qu'ailleurs? En second lieu, les

philosophes grecs ont eu aussi recours à des mystères et à des allégories, pour donner une apparence de raison et de bon sens à la mythologie grecque ; leur prêterons-nous le même intérêt et les mêmes motifs qu'aux prêtres égyptiens?

En troisième lieu , il est ridicule d'attribuer à un artifice ce qui a évidemment été l'ouvrage de la nécessité. Avant l'invention de l'écriture alphabétique , l'on a été forcé de peindre les objets par des figures et par des symboles ; les Sauvages en usent encore ainsi et il en fut de même des anciens Egyptiens. Après l'invention des lettres, les anciens hiéroglyphes furent moins en usage, on oublia la signification de plusieurs ; lorsque les savants voulurent les expliquer, ils y donnèrent un sens arbitraire, sans avoir aucune intention de tromper.

Quelques incrédules ont dit encore plus mal à propos que Moïse, en donnant aux Juifs des lois et des cérémonies, n'avoit fait que copier le rituel des Egyptiens. Dans la vérité, il s'appliqua plutôt à le contredire , et à détourner sa nation de Pégyplianismc; on le voit par plusieurs de ses lois. D'ailleurs les auteurs profanes , qui ont parlé des superstitions égyptiennes, ont vécu plus de douze cents ans après Moïse; comment peut-on savoir quels étoient les rites et les usages de ["Egypte du temps de ce législateur?

Il y a dans le prophète Ezéchiel, c. 50, f. 15, touchant l' Egypte, une prédiction célèbre , qui s'accomplit constamment depuis plus de deux mille ans : « «Pex- » terminerai , dit le Seigneur, les statues, v et j'anéantirai les idoles de Memphis : » il n'y aura plus à l'avenir de prince » qui soit du pays d'Egypte. » En effet, peu de temps après celte prophétie , les rois de Babylone , et ensuite ceux de Perse , firent la conquête de l'Egypte. Elle n'avoit plus de rois de race égyptienne, longtemps avant Alexandre qui la subjugua. Des mains de Cléopàtre , héritière des Macédoniens-, ells passa dans celles des Romains , et successivement dans celles des Parthes , des Sarrasins et des Turcs, desquels elle est encore aujourd'hui tributaire. Où trou-

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vcra-t-on sur la terre un excellent pays qui ait été deux mille ans de suite sous une domination étrangère , et auquel cette destinée ait été prédite?

V Egypte se convertit au christianisme de très-bonne heure , puisqu'il passe pour constant que saint Marc, envoyé par saint Pierre, fonda Y Eglise d'Alexandrie l'an 49 de Jésus-Christ , et répandit l'Evangile non-seulement dans le reste de Y Egypte, mais dans la Libye, dans la Numidie et la Mauritanie , ou par lui-même , ou par les prédicateurs qu'il y envoya. Les Pères de l'Eglise, comme saint Athanase , saint Cyrille de Jérusalem, saint Jean Chrysostome, Eusèbc, etc., ont été persuadés que ce progrès étonnant de l'Evangile en Egypte étoit un effet des bénédictions que Jésus-Christ y avoit répandues lorsqu'il y fut porté dans son enfance : ils ont cité à ce sujet la prophétie d'Isaïe, ch. 19 ,t f. \. a Le Seigneur entrera en » Egypte , et toutes les idoles des Egy- » ptiens seront ébranlées par sa pré- » sence. » Ils ont fait remarquer le grand nombre de martyrs, de vierges, de solitaires, qui ont rendu célèbre l'Eglise d'Egypte. Il n'est pas étonnant que le siège d'Alexandrie soit devenu l'un des quatre patriarcats de l'Orient; sa juridiction étoit très-étendue , puisqu'elle comprenoit, outre Y Egypte et l'Ethiopie, une bonne partie des côtes de l'Afrique.

Le christianisme y a subsisté dans sa pureté jusqu'au milieu du cinquième siècle, car il ne paroît pas que l'arianisme , quoique né dans Alexandrie , ait fait de grands progrès en Egypte. Mais en 449 , Dioscore , patriarche d'Alexandrie , prélat ambitieux et violent , qui avoit beaucoup de crédit dans son patriarcat, donna dans les erreurs d'Eutychès, prit cet hérétique sous sa protection , osa prononcer une sentence d'excommunication contre le pape saint Léon. Quoique condamné et déposé dans le concile de Chalcédoine , en 451 , il persista dans ses erreurs, et mourut en exil. Le plus grand nombre des évèques d'Egypte lui demeurèrent attachés, élurent un patriarche pour lui succéder ; depuis cette époque , Y Egypte a été sé-

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parée de l'Eglise catholique , et a persévéré dans l'hérésie d'Eutychès , dont les partisans ont été nommés dans la suite jacobites.

Dans le septième siècle, lorsque les mahométans se présentèrent pour conquérir Y Egypte, ces schismatiques préférèrent d'être soumis aux musulmans plutôt qu'aux empereurs de Constanlinople; ils favorisèrent les conquérants et en obtinrent le libre exercice de leur religion. Mais ils ont eu le temps d'expier ce crime , par les vexations continuelles qu'ils ont essuyées de la part de ces maîtres farouches. On prétend qu'ils sont aujourd'hui réduits au nombre de quinze mille tout au plus , et ils sont connus sous le nom de cophtes. t'oyez ce mot.

Egyptiens (Evangile des ) , ou selon les Egyptiens. C'est un des Évangiles apocryphes qui ont eu cours parmi les hérétiques du second siècle de l'Eglise. Saint Clément d'Alexandrie, Origène , saint Epiphane, saint Jérôme en ont parlé ; mais ils en disent très - peu de chose. Origène dit que c'est un Evangile des hérétiques ; saint Epiphane nous apprend que les valentiniens et les sabelliens s'en servoient : saint Clément d'Alexandrie en a cité un passage auquel il tâche de donner un sens orthodoxe.

Strom.j liv. 5. n° 13, p. 552. C'est tout ce que nous en savons.

Quelques-uns ont pensé que cet Evangile étoit très-ancien , qu'il avoit même été écrit avant celui de saint Luc ; c'étoit l'opinion de saint Jérôme, Proœm.

Comment, in ftlatth., mais il n'y en a aucune preuve. Plusieurs critiques modernes ont cru que cet Evangile des Egyptiens avoit été cité par saint Clément de ViOme,Epist. 2, n° 12. Il nous paroît qu'ils se sont trompés. 1°Les paroles de Jésus -Christ , citées par saint Clément , pape , ne sont point conformes au texte que saint Clément d'Alexandrie a vu dans Y Evangile des Egyptiens; il y a dans ce dernier une interpolation qui vient évidemment des hérétiques docètes , qui condamnoient le mariage et approuvoient l'impndicité ; doctrine formellement contraire à celle de saint

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Clément , pape. 2° V Evangile des i gnoit à ses disciples des prières et des Egyptiens étoit cité par Jules Cassien, j formules de jurements absurdes, chef des docètes , peur appuyer ses er- Saint Epiphane , Eusèbe et Origène reurs. Donc cet Evangile avoit été J ont parlé des elcésaïtes ; le premier les forgé par cette secte même, et pour la | nomme aussi samséens, du mot hébreu favoriser. Or , les docètes n'ont com- | sames ou schesmech , le soleil ; mais il mencé à paroître que sur la lin du se- j ne paroît pas que ces hérétiques aient cond siècle , au lieu que saint Clément j adoré le soleil. D'autres les ont appelés de Rome a écrit cent ans auparavant, osséens ou osséniens ; il ne faut cepen- II est fâcheux que les critiques n'aient dant pas les confondre avec les esse'" pas fait cette remarque , et qu'ils aient niens , comme a fait Scaliger. donné lieu , sans le vouloir , à quelques j On voit pourquoi les Pères de l'Eglise incrédules de soutenir que les Evan- \ du second siècle ont fait de grands élogiles apocryphes sont aussi anciens que ; ges du martyre, de la continence , de la les nôtres , et ont été cités par les Pères j virginité , et ont posé , à ce sujet , des apostoliques. { maximes qui paroissent outrées aujour-

ÉICÈTES, hérétiques du septième i d'hui ; cela étoit nécessaire pourprésiècle. Ils faisoient profession de la vie j munir les fidèles contre les erreurs des monastique, et croyoient ne pouvoir ; elcésaïtes et d'autres hérétiques. Fleury, mieux honorer Dieu qu'en dansant. Ils j 1. 5, n°2; 1. 6, n° 21. se fondoient sur l'exemple des Israélites, j ÉLECTION, choix des ministres de qui , après le passage de la mer Rouge, j l'Eglise. Pendant les quatre premiers témoignèrent à Dieu leur reconnoissance j siècles, les évêques ont été ordinaire-

par des chants et par des danses.

ELCÉSAÏTES ou HELCÉSAITES, hérétiques du second siècle , qui parurent en Arabie, dans le voisinage de la Pâ-

ment choisis par le clergé inférieur et | par le peuple , dont ils dévoient être les ; pasteurs. Il en est peu qui ne soient par- S venus à l'épiscopat par voie Sélection. lestine. Elcésaï ou Elxaï,leur chef,vi- S II ne faut cependant pas se persuader voit sous le règne de Trajan ; il étoit juif que ce moyen ait été indispensable , et d'origine , mais il n'observoit pas la loi ! que sans cela l'ordination auroit été iljudaïque. Il se donnoit pour inspiré , légitime. Il y a plusieurs cas dans iesn'admettoit qu'une partie de l'ancien \ quels Sélection du peuple ne pouvoit et du nouveau Testament, et contrai- [ pas avoir lieu, dans lesquels le métro-

gnoit ses sectateurs au mariage. Il soutenoit que l'on pouvoit sans pécher céder à la persécution, dissimuler sa foi,

politain et les suffraganls choisissoient eux-mêmes, sans consulter personne.

1° Lorsqu'il falloit envoyer va évêque

adorer les idoles, pourvu que le cœur à des peuples qui n'étoient pas encore n'y eût point de part. Il disoit que le | convertis : c'est ainsi que les premiers Christ étoit le grand roi ; mais on ne sait [ évêques furent choisis et ordonnés par pas si sous le nom de Christ il entendoit j les apôtres. 2° Si les fidèles d'une Eglise Jésus - Christ ou un autre personnage. I étoient tombés dans l'hérésie ou dans

Il condamnoit les sacrifices , le feu sacré, les autels, la coutume de manger la chair des victimes ; il soutenoit que tout cela n'étoit ni commandé par la loi , ni autorisé par l'exemple des patriarches. On prétend cependant que ses sectateurs se joignirent aux ébionites , qui soutenoient la nécessité de la circoncision et des autres cérémonies judaïques. Elxaï donnoit au Saint-Esprit le sexe féminin , parce que le mot rouach, esprit , est féminin en hébreu. Il ensei-

le schisme, on ne les consultoit pas pour leur donner un évêque orthodoxe.

5° Lorsqu'ils étoient divisés en factions et ne s'accordoient pas sur le choix d'un sujet , ou lorsque celui qu'ils préféroient ne paroissoit pas convenable.

4° Dans ce même cas , les empereurs interposèrent leur autorité, et désignèrent celui qu'il falloit ordonner. 5° L'on obligea quelquefois le peuple à choisir un des trois sujets qu'on lui proposoiU 6° L'empereur Justinien , par ses lois.

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déféra les élections aux personnes les plus considérables de la ville épiscopale, à l'exclusion du peuple.

Dans la suite, lorsque l'empire eut été démembré par les conquérants du Nord , ces nouveaux souverains voulurent avoir part au choix des évoques : ceux qui avoient doté les Eglises s'en attribuèrent le droit de patronage. Comme les évèques eurent beaucoup d'autorité dans le gouvernement , il parut naturel que le souverain choisît ceux auxquels il vouloit donner sa confiance. Cela devint encore plus nécessaire lorsque les évêques possédèrent des fiefs.

Quand on consulte l'histoire, on n'est pas fort tenté de regretter les élections : le choix du peuple n'a pas toujours été sage; il a donné lieu à la brigue , aux tumultes , aux séditions. C'est pour les prévenir que les papes se sont maintenus longtemps dans la possession de nommer aux évéchés , et qu'ils ont conservé le droit de confirmer le choix de s souverains. Il est juste que le chef de l'Eglise ait une grande part au choix des pasteurs qui doivent la gouverner. Voy.

Bingham , Orig. ecclés., liv. 4 , c. 5 , tome 2, pag. 108.

Comme les protestants voudroient persuader que l'autorité de laquelle jouissent à présent les pasteurs de l'Eglise est une usurpation, ils ont imaginé que, dans le premier siècle, le choix de tous les ministres de l'Eglise s'étoit fait par les suffrages du peuple. Mosheim prétend que saint Mathias fut ainsi choisi pour remplacer Judas dans l'apostolat , de même que les sept diacres; et que cela se faisoit encore ainsi à l'égard des prêtres. Hist. Christ., sœc. 1, g \\ et 59. Mais nous prouverons en son lieu qu'il a voulu en imposer, et que le seul intérêt de système lui a dicté ses conjectures. V. saint Mathias , Diacke, Evf.ql'k, etc.

ELEVATION, partie de la messe où le prêtre élève , l'un après l'autre, l'hostie consacrée et le calice, afin de faire adorer au peuple le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ , après les avoir adorés lui-même par une profonde génullexion.

Cette cérémonie n'a été introduite dans l'Eglise latine qu'au commencement du douzième siècle , et après l'hérésie de Bérenger , afin de professer d'une manière éclatante la croyance de la présence réelle et de la transsubstantiation qu'il avoit attaquée.

De là les protestants ont prétendu que jusqu'alors on n'adoroit pas l'eucharistie , que le dogme de la présence réelle et de la transsubstantiation n'avoit commencé à s'établir que sur la fin de l'onzième siècle ; ils ont allégué pour preuve que ['élévation de l'hostie après la consécration n'a pas lieu chez les Grecs, ni chez les autres sectes de chrétiens orientaux.

Mais on leur a fait voir , 1° que les Pères de l'Eglise du troisième et du quairième siècle parlent expressément de l'adoration de l'eucharistie. Origène, Jfom. 15 in Eœod., dit qu'il faut révérer les paroles de Jésus - Christ comme l'eucharistie ; c'est-à-dire comme Jésus- Christ même. Saint Jean Chrysostome , Hom. 16 ad pop. Jnlioch., dit aux fidèles : c Considérez la table du roi, les » anges en sont les serviteurs ; le roi y » est; si vos vêtements sont purs, ado- » rez et communiez. » Saint Ambroise témoigne que nous adorons dans les mystères la chair de Jésus - Christ que les apôtres ont adorée. De Spiritu sancto ,\. 5, c. M. Selon saint Augustin , personne ne mange cette chair sans l'avoir adorée auparavant. In Ps. 98.

Saint Cyrille de Jérusalem et Théodoret s'expriment de meme. S'ils n'avoient pas cru que Jésus-Christ est véritablement et corporcllement présent sur l'autel , ils auroient jugé , comme les protestants, que l'adoration de l'eucharistie est une superstition et un acte d'idolâtrie.

2" Les protestants se sont trompés ou en ont imposé, lorsqu'ils ont assuré que cette adoration n'est pas en usage chez les Orientaux : on leur a prouvé le contraire, soit par les liturgies des Grecs , des cophtes, des Ethiopiens, des Syriens et des nestoriens, soit par le témoignage exprès des écrivains de ces différentes communions. Ptrpét. de la

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Foi, tom. 4, liv. 3, ch. 3, etc.; Lebrun, Explication des cérémonies de la messe, t. 2, p. 463.

A la vérité , l'élévation de l'eucharistie ne se fait point chez eux , comme dans l'Eglise latine, immédiatement après la consécration, mais avant la communion : le prêtre ou le diacre , en élevant les dons sacrés , adresse au peuple ces paroles : Les choses saintes sont pour les saints , sancta sanctis, et alors le peuple s'incline ou se prosterne pour adorer l'eucharistie. Ces différentes sectes âe chrétiens n'ont certainement pas emprunté cet usage de l'Eglise romaine , de laquelle elles sont séparées depuis plus de douze cents ans. Dans plusieurs de leurs liturgies, la communion est précédée d'une confession de foi sur la présence réelle.

Bingham et d'antres protestants ont répliqué que les Pères , en parlant d'adorer la chair de Jésus-Christ , ont entendu qu'il falloit l'adorer dans le ciel et non sur l'autel, les passages que nous avons cités témoignent évidemment le contraire; il y est question de Jésus- Christ présent; de sa chair que l'on reçoit, de l'eucharistie même.

!ls ont dit que les témoignages de respect , de culte , de vénération , ne sont pas toujours un signe d'adoration , ou de culte suprême. Mais ces théologiens ne s'accordent pas avec eux - mêmes.

Lorsque nous faisons cette réflexion pour justifier le culte que nous rendons aux saints et aux reliques, ils la rejettent avec hauteur ; ils soutiennent que le culte religieux ne doit être adressé qu'à Dieu seul; selon leur maxime, tout culte religieux adressé aux symboles eucharistiques seroit superstitieux et criminel; il ne peut être légitime qu'autant que l'on croit Jésus - Christ véritablement présent sous ces symboles.

Pour esquiver les conséquences que nous tirons des passages des Pères , ils ■en ont allégué d'autres ou les Pères semblent n'admettre aucun changement réel dans les dons consacrés, mais seulement un changement mystique, comme celui qui se fait dans l'eau du baptême, dans le saint- chrême, dans un autel,

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par leur consécration. D'où ils concluent que , quand les Pères leur ont parlé d'adorer l'eucharistie, ils n'ont pas pu l'entendre d'une adoration proprement dite.

Bingham, 1. 15, c. 5 , § 4, t. 6 , p. 451.

Mais les Pères n'ont jamais dit que 'eau du baptême , le saint-chrême , étoit le Saint-Esprit , comme ils ont dit que le pain et le vin consacrés sont le corps et le sang de Jésus-Christ ; ils n'ont point ordonné aux fidèles d'adorer l'eau , le chrême , ni un autel consacré. Au mot Eucharistie , nous ferons voir que les Pères ont cru Jésus-Christ aussi réellement présent sur l'autel après la consécration , qu'il l'est dans le ciel. Dans toutes les liturgies, les prières et les signes d'adoration sont adressés à Jésus- Christ comme présent; donc les Pères qui ont fait les liturgies que nous avons, ou qui s'en sont servis , ont parlé d'une adoration proprement dite , ou d'un culte suprême.

Donc lorsque les Pères semblent supposer que la nature ou la substance du pain et du vin de l'eucharistie ne sont pas changées , ils ont entendu , par nature et substance, les qualités sensibles du pain et du vin , parce que lorsqu'il est question des corps , nous ne pouvons concevoir ni expliquer ce que c'est que leur nature ou leur substance distinguée d'avec leurs qualités sensibles.

Si l'on veut comparer les prières que fait l'Eglise pour consacrer l'eau du baptême , le saint- chrême , les autels , on verra qu'elles sont fort différentes de celles qu'elle emploie pour l'eucharistie: par les premières, on demande à Dieu de faire descendre, dans les fonts baptismaux , la vertu du Saint-Esprit, la force de régénérer les âmes, etc. Par les secondes , l'on demande à Dieu que par la consécration le pain et le vin deviennent le corps et le sang de Jésus-Christ. Sur ce point essentiel , il n'y a aucune différence entre les liturgies; toutes s'expriment de même. Or ces liturgies, qui datent des premiers siècles , sont le témoignage, non d'un ou de deux auteurs , mais la voix de l'Eglise entière. Toutes font mention d'une élévation des symboles et d'une adoration; donc

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toutes nous attestent la présence réelle et substantielle de Jésus -Christ. Voyez Liturgie.

Luther avoit d'abord conservé à la messe V élévation et l'adoration des symboles eucharistiques, parce qu'il a toujours cru la présence réelle; ensuite il la supprima, parce qu'il rejetoitla transsubstantiation. Carlostad fit de même.

Pour Calvin et ses disciples , ils ont constamment réprouvé V élévation et l'adoration, parce qu'ils ne croient point que Jésus-Christ soit présent dans l'eucharistie. Lorsque le moment de la communion est passé , ils ne regardent les restes du pain qui y a servi que comme du pain ordinaire; dans toutes les sociétés chrétiennes, au contraire, on a

injustice , envoyer des calamités géné« raies desquelles tout le monde souffre , et il est absurde de s'en prendre au prophète qui les a prédites.

A la troisième année, Elie vient trouver Achab , et lui propose d'assembler les prêtres de Baal, de préparer un sacrifice, et de reconnoître pour seul Dieu celui qui fera tomber le feu du ciel sur la victime. Les prêtres idolâtres invoquent inutilement leur Dieu ; Elie prie le Seigneur à son tour , le feu tombe du ciel à la vue de tout le peuple , et consume le sacrifice. Le roi et ses sujets reconnoissent leur faute , et adorent le Seigneur. Les incrédules ont lancé quelques traits au hasard contre la conduite (TElie; mais ont-ils prouvé que ce miracle ne

toujours pris les plus grandes précau- | fût pas réel? Comment le prophète aurions pour que ces restes ne fussent pas | roit-il fasciné les yeux d'un peuple enprofanés. La coutume générale de conserver l'eucharistie, de la porter aux absents et aux malades, de la respecter même hors de l'usage, démontre qu'aucune société chrétienne n'a jamais pensé comme les prolestants. Voyez Eucharistie , g IV.

ÉL1E, prophète qui a vécu sous le règne d'Achab , roi d'Israël , et de Josaphat , roi de Juda. Comme il fut suscité de Dieu pour reprocher au premier son idolâtrie et ses autres crimes, et pour lui en prédire la punition, plusieurs incrédules ont affecté de peindre ce prophète comme un homme vindicatif, cruel , séditieux ; d'attribuer à son mauvais caractère les calamités qu'il annonça, et qui arrivèrent en effet. Mais la plupart étoient des lléaux de la nature, le prophète ne pouvoit donc en être l'auteur que par miracle ; Dieu s'est-il servi d'un méchant homme pour opérer des prodiges surnaturels?

Elie annonça d'abord trois années de sécheresse , et l'événement confirma sa prédiction ; à ce sujet l'on reproche à Dieu d'avoir puni les innocents avec les coupables. Est -il bien sûr qu'il y eût beaucoup d'innocents parmi les sujets d'Achab? Presque tous avoient imité son idolâtrie. D'ailleurs , Dieu peut dédommager , quand il lui plaît , ceux qu'il afflige dans cette vie; il peut donc, sans

tier, au point de lui persuader qu'il | voyoit descendre le feu du ciel sur un autel, que ce feu brûloit le bois, les f pierres, et tout l'appareil du sacrifice? j s'il y avoit eu le moindre soupçon de ; fraude, Elie auroit été victime de la fu- [ reur des idolâtres.

Il exige que les prêtres de Baal , qui séduisoient le peuple, soient mis à mort, ; et il les fait tuer ; il annonce que la ■ pluie va tomber du ciel, elle tombe en j effet. 7/7. Reg., c. 17 et 18. Nouvelles j clameurs contre la cruauté du prophète. I Mais il faut se souvenir que Jézabel , épouse d'Achab, et encore plus criminelle qui lui, avoit fait mettre à mort tous les prophètes du Seigneur ; ceux de Baal qu'elle protégeoit y avoient contribué sans doute : ils méritoient la mort. Ibid., c. 18, jK 4. Le peuple fut de cet avis , et Achab n'osa s'y opposer. Ibid., f. 40. Il ne faut pas croire qu'Elie seul ait mis à mort quatre cent cinquante hommes. Ibid.y f. 19.

Il reçoit de Dieu l'ordre d'aller sacrei Ilazaël pour roi de Syrie, et Jéhu pour roi d'Israël ; on demande de quel droit ce prophète fait des rois. Par le droit fondé sur une mission de Dieu, qui étoit prouvée par des miracles. Ibid., cap. 19,^. 15 et 16.

Ochozias , roi d'Israël , imite l'impiété de son père Achab, Elie prédit sa mort.

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Ce roi envoie deux fois un détachement de cinquante hommes pour se saisir du prophète ; Elie fait tomber sur eux le feu du ciel, qui les consume. IV. Reg., cap. 1 . Voilà encore un trait de cruauté. Mais lorsque les incrédules auront prouvé que Dieu ne doit jamais punir les idolâtres obstinés, ni les exécuteurs d'un ordre injuste, qu'il doit abandonner ses prophètes à leur fureur , nous conviendrons qu'il y a eu de la cruauté dans les châtiments dont parle l'histoire sainte.

Plusieurs commentateurs ont soutenu qu'Elie doit revenir sur la terre à la lin du monde ; ils se fondent sur ces paroles du prophète Malachie, c. 4, f. 5 : « Je » vous enverrai le prophète Elie, avant » que le jour du Seigneur vienne , et » répande la terreur, etc. ; » et sur celles de Jésus-Christ, Matlh., c. 17, f. 11 : c A la vérité, Elie viendra et rétablira » toutes choses. » Mais le Sauveur ajoute : » Elie est déjà venu , mais on ne l'a » point connu , et on l'a traité comme » on a voulu. » Il parloit de saint Jean- Baptiste. En effet , lorsque l'ange prédit à Zacharie qu'il auroit un fils , il dit de lui : « Il précédera le Seigneur avec l'es- » prit et le pouvoir à'Elie, pour rendre » aux enfants lecœurdeleurs pères, etc. » Luc, c. 1 , f. 17. Il n'est donc pas absolument sûr que les paroles de Malachie doivent s'entendre d'un second avènement d'Elie sur la terre ; en soutenant cette opinion, l'on s'expose à nourrir l'entêtement des Juifs , qui prétendent que le Messie n'est pas encore venu, puisqu'is7?e n'a pas encore paru. Nous ne parlons pas des fanatiques, qui , dans ces derniers temps , ont osé prédire son arrivée prochaine.

Si l'on veut se donner la peine de lire la Préface sur Malachie, Bible d'Avignon, tom. 11 , et la Dissertation sur le sixième âge de l'Eglise , tom. 16 , art. 2 , pag. 748 , on verra que ceux qui soutiennent qxfElie reviendra réellement sur la terre avant la lin du monde , se fondent sur un sens très-arbitraire qu'ils donnent à plusieurs prophéties , et sur le rapprochement de plusieurs prédictions qui n'ont évidemment entr'elles aucune liaison; c'est une opinion de

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figuriste , et rien de plus. Elie ne tireroit à aucune conséquence, si elle n'avoit pas déjà servi à nourrir l'entêtement de quelques fanatiques, si elle n'autorisoit pas celui des Juifs , si elle ne donnoit pas lieu aux incrédules de dire que , par des interprétations mystiques, l'on trouve dans les prophéties tout ce que l'on veut. Voyez Malachie.

ËLIPAND. Voyez Adoptiens.

ELISÉE , disciple et successeur d'Elie dans la fonction de prophète , a essuyé, de la part des incrédules , les mêmes reproches que son maître.

Des enfants le nommèrent, par dérision , tête chauve : Elisée les maudit au nom du Seigneur; deux ours, sortis d'une forêt voisine , dévorèrent ces enfants au nombre de quarante -deux.

IV. Reg.,cz\). 2, jr. 23. On trouve ia peine trop rigoureuse pour une faute si légère. Il paroît que Dieu n'en jugea pas de même ; il lui plut de donner un exemple de sévérité dans une terre idolâtre pour faire respecter ses prophètes. Maudire ne signifie pas ici souhaiter du mal, mais en prédire. Voyez Imprécation.

Naaman, officier du roi de Syrie , affligé delà lèpre, vient demander à Elisée sa guérison; il l'obtient en se lavant dans le Jourdain. En témoignant au prophète sa reconnoissance , il lui dit: o Demandez au Seigneur une grâce pour » votre serviteur ; lorsque le roi mon » maître ira dans le temple de Remmon, » et qu'appuyé sur mon bras il adorera » ce dieu ; si je me courbe aussi , que le » Seigneur me le pardonne. » Le prophète lui répond : « Allez en paix. »

Ibid., c. 5 , f. 18. Nos incrédules concluent qu'Elisée a permis à Naaman un acte d'idolâtrie. 11 n'en est rien. L'action de se courber pour soutenir le roi , n'étoit point un acte de religion, ni un signe de culte , mais un service que cet officier devoit à son maître. Naaman avoit dit à Elisée ; « Votre serviteur » n'offrira plus de sacrifice aux dieux » étrangers, mais seulement au Sei- » gneur. » Il ne vouloit donc plus être idolâtre. Voyez la Dissertation sur ça sujet , Bible d'Avignon, t. 4 , p. 590.

Bénadab , roi de Syrie , malade , en-

voie Hazael avec des présents pour demander à Elisée s'il guérira; Elisée répond : « Dites-lui qu'il guérira ; mais » le Seigneur m'a révélé qu'il mourra.... 3* Dieu me révèle encore que vous serez >• roi de Syrie, et je déplore d'avance les ■>•> maux que vous ferez à mon peuple. » IF. Rcg., c. 8 , f. 10. De là on prend occasion de dire qu'Elisée a voulu tromper le roi de Syrie , après avoir reçu ses présents; qu'il a inspiré à Hazael le dessein de tuer son maître et d'usurper la royauté, comme il le Ht en effet. Mais on suppose faussement qu'Elisée accepta les présents : il avoit déjà refusé ceux de Naaman. Il ne veut point tromper le roi, mais il prédit la réponse qu'Hazaël ne manquera pas de lui faire. Par quel motif le prophète auroit-il désiré la royauté à un homme qu'il savoit devoir être le plus grand ennemi des Israélites? Quand on veut supposer à un homme des intentions criminelles , il faut avoir au moins des raisons probables.

Nous lisons dans l' Ecclésiastique , c. 48 , f. 14, que le corps d'Elisée prophétisa encore après sa mort; c'est-àdire que la résurrection d'un mort , opérée par l'attouchement de ses os, prouva qu'Elisée étoit véritablement un prophète du Seigneur. IV. Reg.,ç,. 15, ?.21.

ÉLU, choisi; ÉLECTION , choix. Ces termes , dans le nouveau Testament , son employés dans deux sens différents.

Elus désigne communément les fidèles, -ceux que Dieu a choisis pour en composer son Eglise, auxquels il a daigné accorder le don de la foi. Joan., c. 15, 1. 16; Act., c. 15, f. \l;Ephes.,c. 1 , f. 4; /. Pétri , c. 1 , j. 1 , etc. Ce nom •est aussi appliqué à ceux que Dieu a chosis pour les placer dans le bonheur éternel , qui sont sauvés en effet , et que Ton appelle les prédestinés.

Nous n'entrerons pas dans la question de savoir dans lequel de ces deux sens l'on doit entendre le mot de Jésus- Christ. Matlh., c. 20 , f. 16 , et c. 22, f. 14. Il y a en faveur de l'un et de l'autre des autorités si nombreuses et si respectables , qu'il n'est pas aisé de voir lequel des deux mérite la préfé-

renec. Nous devons donc nous borner à quelques réflexions. (Ne XXXV, p. G 16. )

Un esprit solide et suffisamment instruit ne se laisse point ébranler par une opinion problématique , et sur laquelle l'Eglise n'a point prononcé , telle qu'est celle du grand nombre ou du petit nombre des élus. Quand cette dernière seroit la plus vraie , il s'ensuivroit seulement que le très-grand nombre sera de ceux qui ne veulent pas se sauver , qui résistent aux grâces que Dieu leur fait , qui meurent volontairement dans l'impénitence finale. Si la damnation des réprouvés venoit de leur foiblesse naturelle , ou du défaut de secours de la part de Dieu, comme les théologiens dont nous avons parlé semblent le penser , nous aurions sans doute sujet de présumer que le même sort nous est réservé ; mais cette double supposition est une erreur, puisque Dieu ne permet pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces , qu'il donne des grâces à tous , et pardonne les fautes de foiblesse. De même, si le salut étoit une affaire de chance et de hasard , au succès de laquelle nous ne pussions contribuer en rien, le petit nombre des prédestinés devroit nous faire trembler et nous jeter dans le désespoir. Mais il n'en est pas ainsi : notre salut est notre propre ouvrage, avec le secours de la grâce; c'est une récompensent non un coup de hasard , comme la chance d'une loterie, sur laquelle nos désirs ni nos efforts n'ont aucune influence. Le malheur de ceux qui n'ont pas voulu mériter cette récompense, n'ôte à personne le pouvoir de l'obtenir, puisque Dieu la destine à tous , et la multitude infinie de ceux qui l'ont déjà reçue, démontre qu'il ne lient qu'à nous d'y parvenir à notre tour. Tous les sophismes que Ton peut faire sur des comparaisons fausses, sont absurdes et ne prouvent rien.

D'autre part, quand il seroit vrai que le très-grand nombre des fidèles sera sauvé , il ne s'ensuivroit pas que nous pouvons nous endormir sur l'affaire de notre salut, persévérer impunément dans le péché , négliger les bonnes oeuvres, nous reposer sur la miséricorde

de Dieu , puisqu'il nous avertit que personne ne sera couronné , s'il n'a combattu , et ne sera sauvé, s'il ne persévère dans le bien jusqu'à la fin. Si un sentiment de componction à la mort peut nous sauver , un sentiment de désespoir ou d'impénitence peut aussi nous saisir alors et nous damner. Un seul chrétien réprouvé sur mille devroit sulDre pour nous faire trembler.

Le prétendu triomphe que Bayle attribue au démon sur Jésus-Christ au jour du jugement dernier , en conséquence du grand nombre des damnés , est absurde à tous égards. 11 suppose , ■1° que le démon a autant de part à la réprobation des méchants , que Jésus- Christ en a au salut éternel des saints; que les premiers sont perdus, parce que le démon a été le plus fort et Jésus- Christ le plus foible; c'est un trait de démence et d'impiété. Ils sont damnés, non par la malice du démon , mais par leur propre malice , puisque , encore une fois , Dieu n'a pas permis au démon de les tenter au-dessus de leurs forces , et qu'avec le secours de la grâce , il n'a tenu qu'à eux de vaincre l'ennemi de leur salut. 2° Une autre absurdité est d'envisager le sort des bons et des méchants comme un combat entre Jésus- Christ et le démon , dans lequel Jésus- Christ fait tout ce qu'il peut pour sauver une âme , sans en venir à bout, comme si le salut étoit l'ouvrage de la seule puissance du Sauveur , sans la coopération libre de l'homme. Le démon a-t-il donc plus de pouvoir qu'il ne plaît à Dieu de lui en accorder? 5° Il suppose que par la perte d'une âme Jésus-Christ perd quelque chose de son bonheur ou de sa gloire , qu'il en a du regret , comme le démon a du dépit lorsqu'il n'a pas réussi à pervertir un juste; que Jésus-Christ est trompé dans ses mesures, comme Satan est confondu dans ses projets ; parallèle insensé : Jésus-Christ, en tant que Dieu, a su de toute éternité quel seroit le nombre des élus et celui des réprouvés; quand le genre humain tout entier périroit, le Sauveur n'y perdroit rien pour lui-même , et le démon n'en seroit pas moins malheureux pour l'éternité.

La victoire de Jésus-Chnst sur le dé* mon n'a donc pas dû consister en ce qu'aucun homme ne puisse se damner par sa faute ; alors la vertu ne seroit d'aucun mérite, et le salut ne seroit plus une récompense. Mais elle consiste en ce que le genre humain , banni entièrement du ciel par le péché d'Adam , a recouvré, par la rédemption, le pouvoir d'y rentrer ; et que chaque particulier reçoit , par les mérites de Jésus-Christ f toutes les grâces dont il a besoin pour se sauver , de manière qu'il est inexcusable lorsqu'il se damne.

Si quelques Pères de l'Eglise et quelques auteurs ascétiques ont fait à peu près la même supposition que Bayle , pour couvrir de honte les pécheurs et les faire rougir de leur turpitude , il ne faut point prendre à la lettre ce qu'ils ont dit par un mouvement de zèie, et les incrédules ne peuvent en tirer aucun avantage.

EMANATION, terme devenu célèbre dans les ouvrages des critiques protestants qui ont parlé de l'ancienne philosophie, des opinions des premiers hérétiques, et de la doctrine des Pères qui les ont réfutés, surtout dans les écrits de Beausobre , de Mosheim et de Brucker.

Le premier a traité cette matière avec beaucoup de soin, dans son Hist. du.

Manichéisme , 1. 3, c. 10.

Comme les anciens philosophes n'admettoient point la création , ils étoient obligés de soutenir ou que les substances spirituelles étoient éternelles comme Dieu, ou qu'elles étoient sorties de l'essence divine par émanation, et il s'agissoit encore de savoir si cela s'étoit fait nécessairement , ou si c'étoit par un acte libre de la volonté de Dieu. Mosheim, dans une Dissertation sur la création, qui se trouve à la suite du Système intellectuel de Cudworth , tom. 2 , p. 542, prétend que les anciens philosophes ont aussi enseigné que le monde est sorti de Dieu par émanation; mais il fau6 que par là ils aient seulement entendu* l'âme du monde : autrement cette opinion ne s'accorderoit pas avec l'éternité de la matière , qui est un dogme de l'ancienne philosophie.

Suivant notre manière de concevoir, «ne substance ne peut émaner d'une autre substance , à moins qu'elle n'en fasse partie ; lorsqu'elle s'en détache et s'en sépare , il faut que la substance produisante soit diminuée d'autant; et comme l'esprit est une substance simple et indivisible, nous ne comprendrons jamais qu'un esprit puisse émaner d'un autre esprit; d'où nous concluons évidemment qu'un esprit n'a pu commencer d'être que par création.

Mais les anciens, dit Beausobre, ne l'entendoient pas ainsi. Platon enseigne que Dieu est le formateur des corps, mais qu'il est le Père des intelligences. C'est de lui qu'émane immédiatement l'esprit que les Grecs ont nommé voo? , et les Latins mens, cette lumière spirituelle qui éclaire tous les êtres raisonnables ; c'est aussi le sentiment de Chalcidius, de Porphyre et de Philon. Ces écrivains ne doutent cependant pas que la nature divine ne soit une substance simple et indivisible ; ils ne pensent point que par l'émanation des esprits l'essence divine ait été partagée ni diminuée; ils disent que Dieu a produit les intelligences comme un flambeau en allume un autre, sans rien perdre de sa lumière ; ou comme un maître communique ses idées à son disciple, sans les détacher de lui-même. Suivant ce que dit Mosheim, ils se sont servis de la même comparaison pour expliquer IVmanalion du monde.

Les philosophes , continue Beausobre, ont donc pensé que les esprits ont existé de toute éternité ; parce que , selon Platon , Dieu , qui est le souverain bien , ne peut être sans se communiquer , ni l'esprit sans agir; cependant ils n'ent attribué aux esprits qu'une éternité seconde, parce qu'ils ont une cause , au lieu que celle de Dieu, qui n'a point de cause, est y éternité première. Ils ont dit enfin, que ces esprits sont consubstantiels à Dieu , c'est-à-dire de même genre et de même nature que Dieu; ils n'ont pas avoué néanmoins que ces êtres fussent égaux à Dieu , parce que Dieu ne communique ses perfections qu'autant qu'il veut. Aussi ne les ont-ils point nommés

des dieux , mais des éons, c'est-à-dire des êtres d'une durée toujours égale :

sans accroissement et sans diminution.

Tel a été le système des valentiniens et des autres gnostiques , de Manès et des manichéens, qui l'avoient pris des Orientaux. Brucker , à son tour , dit que c'est la base et la clef de la philosophie de ces derniers.

Pour nous , après y avoir mûrement réfléchi, nous soutenons que le système exposé par Beausobre est de sa composition , que ce n'est ni celui de Platon, ni celui d'aucun des nouveaux platoniciens; nous oserions le défier de nous en montrer toutes les pièces , ni dans Philon , ni dans Chalcidius , ni dans Porphyre , ni chez aucune secte de gnostiques.

1° Il est faux que Platon ait enseigné que Dieu a opéré de toute éternité ; ce prétendu principe , que le souverain bien ne peut être sans se communiquer, ni l'esprit sans agir , ne se trouve dans aucun de ses ouvrages ; il n'attnbue à Dieu aucune action antérieure à la formation du monde ; loin d'avoir mis une distinction entre l'éternité première et l'éternité seconde, il dit formellement qu'une nature ou une substance qui a commencé d'être, ne peut être éternelle. Dans le Timée, m. p. J 29, D.

2° Ce philosophe n'admet point d'autres esprits que Dieu et l'âme du monde, encore nous laisse-t-il ignorer si Dieu a tiré cette âme de lui-même ou du sein de la matière. Suivant son opinion, les âmes des astres, de la terre et des autres parties de l'univers , sont des portions de l'ûme du monde; il appelle tous ces êtres des dieux, et non des éons ; il pense que ce sont ces dieux visibles , ces dieux célestes , qui ont engendré les démons ou génies, qui étoient les dieux des païens , sans que le Dieu formateur du monde y soit interven" pour rien :

c'est à ces derniers, dit-il, que Dieu a donné la commission de faire les hommes et les animaux , et les âmes de ceux-ci sont des parcelles détachées de celles des astres. Il appelle Dieu le père du monde, le père des dieux célestes, et non le père des esprits ou des inlclli-

gences. Timée, p. 550, H; p. 555, G. Il n'a donc eu aucune notion des éons , ni de leurs généalogies ridicules. Aussi Beausobre avoue que les gnostiques ont emprunté ces éons des philosophes orientaux, et non de platon.

5° Ce critique attribue donc très-mal à propos à Platon les rêves des nouveaux platoniciens que l'on a nommés éclectiques ; il y avoit au moins quatre cents ans que Platon étoit mort, lorsque l'éclectisme a pris naissance. Aussi Brucker a reproché à Beausobre d'avoir confondu les époques et les différents âges de la philosophie, et d'avoir souvent méconnu la vérité par cette inadvertance. Les gnostiques ont pu emprunter leurs éons des philosophes orientaux ; mais il est fort incertain s'ils n'ont pas forgé le système des émanations , sur ce qui est dit dans le nouveau Testament de la |

stances ou des personnes ; et encore n'attribue-t-il ce système qu'au prétendu Denis l'aréopagite , auteur du cinquième ou du sixième siècle, et à saint Maxime, son interprète. Nous verrons ci-après, qu'au lieu d'adopter cette hypothèse , les Pères l'ont réfutée par des raisons démonstratives.

6° Le motif qui a dicté cette accusation à Beausobre est encore plus odieux ; il l'a forgée afin de persuader, en premier lieu , que les Pères n'ont pas admis la création des esprits , ce qui est absolument faux ; en second lieu , qu'ils ont conçu la génération du Verbe divin et la processio.i du Saint-Esprit de la même manière que les platoniciens et les gnostiques expliquoient Y émanation des éons ; qu'ainsi leur doctrine, sur la Trinité, n'est rien moins qu'orthodoxe; en troisième lieu , que l'on a eu tort de

génération éternelle du Verbe et de la j reprocher aux manichéens, comme une

procession du Saint-Esprit, en le défigurant à leur manière.

erreur , un système adopté par les plus respectables docteurs de l'Eglise; mais

renferme une contradiction palpable.

Suivant leur principe, le souverain bien ne peut pas être sans se communiquer , et l'esprit ne peut pas exister sans agir ; donc il est faux que Dieu ait produit les éons par un acte libre de sa volonté, et qu'il ne leur ait communiqué de ses perfections qu'autant qu'il Va voulu. Une cause qui agit nécessairement agit de toute sa force , elle n'est point maîtresse de modifier à volonté son action. Si les éons sont émanés de Dieu de toute éternité, ce sont des êtres nécessaires, ils sont égaux à Dieu : la coéiemité emporte nécessairement la coégalité. Il est étonnant que Beausobre ne l'ait pas compris.

5° Une témérité inexcusable de sa part, est d'avoir attribué tarx Pères de l'Eglise, à Tatien, à Origène et à d'autres, ce système absurde des émanations, et d'avoir cité le témoignage du père Pélau ; Dogm. Théol., liv. 4, c. 10, § 8 et suiv. Dans ce chapitre même, ^ 45, ce théologien fait voir que les Pères, en parlant des êtres participants et émanés de Dieu, ont entendu des qualités abstraites , et non des sub-

4° Ce système , tel qu'il est arrangé , le projet de ce critique ne peut tourner

qu'à sa confusion.

En effet, au mot Création, nous avons fait voir qu'elle a été admise et enseignée par les Pères ; Beausobre luimême en est convenu et !'a prouvé , t. 2, liv. 5 , c. 5, p. 250, sans distinguer entre la création des corps et celle des esprits. Or, le dogme de la création sape par le fondement le système des émanalions ; de l'aveu de notre auteur, les philosophes n'avoient imaj né cette dernière hypothèse que parce qu'ils soutenoient qu'une substance ne peut pas être tirée du néant. D'autre côté, Brucker prétend que les anciens Pères n'ont pas eu l'idée du système des émanations , et que par cette raison ils n'ont pas bien compris les opinions des gnostiques :

autre imagination sans fondement , mais qui contredit celle de Beausobre.

Celui-ci a cité un passage de Tatien , Contra Gentes , n. 5 ; mais cet auteur y parle de la génération du Verbe divin ; il dit qu'elle se fait sans partage et sans diminution de la substance du Père. « Ce » qui est retranché, continue-t-il, est » séparé du tout ; mais ce qui est com- » muniqué par participation, n'ôle rien

» au principe qui le communique. » Il se sert de la comparaison du flambeau qui en allume un autre, sans rien perdre de sa lumière, et de la pensée qui , par la parole, se communique aux auditeurs, sans êtreôtée à celui- qui parle. Si quelques platoniciens se sont servis de la môme comparaison pour expliquer la prétendue émanation des esprits, chose très-douteuse, il ne s'ensuit pas que Tatien a conçu la génération du Verbe comme les rêveurs entendoient la naissance des esprits. Loin d'admettre cette émanation, Tatien dit formellement, n. 7 , que le Verbe divin a créé les hommes et les anges.

Beausobre a beau dire que les théologiens ont distingué deux espèces dVmanations , les unes qui se terminent dans l'essence divine , telles sont la génération du Fils et la procession du Saint-Esprit ; les autres qui sortent de cette essence, et c'est, dit-il, la procession des êtres participants. Nous soutenons que les Pères, qui sont nos seuls théologiens , ont admis la première espèce dans le mystère de la sainte Trinité , et qu'ils ont rejeté la seconde , comme un rêve des platoniciens et des gnostiques; jamais il ne leur est arrivé d'appeler les anges ou les âmes humaines des êtres participants.

Saint Justin , Cohort. ad Grœcos , n. 22, fait remarquer que Platon n'a pas appelé Dieu créateur, mais ouvrier de ses prétendus dieux ; ftj/uovpydy, parce que le Créateur , qui n'a besoin de rien , fait , par son seul pouvoir, tout ce qui est, au lieu que l'ouvrier a besoin de matière. Dial. cum Tryph., n. 5 , il dit que l'âme humaine n'est pas incréée , non plus que le monde ; c'est pour cela qu'il ne la croit pas immortelle par nature, mais par grâce.

Athénagore, de Resurr. mort., n. 18, observe que ceux qui croient Dieu créateur de toutes choses, doivent aussi admettre sa providence sur toutes choses, en particulier sur l'âme humaine.

Sa.mlThèop\n\e,adAutolycum,ïi.iO, enseigne que Dieu ayant son Verbe dans son sein , Ta engendré avec sa sagesse , et a créé toutes choses par lui.

Saint Irénée a réfuté expressément le système des émanations , Adv. Hœr., lib. 2, c. 45 et 4 7 ; il auroit été de la bonne foi de Beausobre de. ne pas passer ce fait sous silence.

Origène, de Princip., 1. 4, n. 1 , dit que « Dieu étant à tous égards une par- » faite monade ou unité , il est la source » d'où toutes les natures intelligentes » prennent leur commencement et leur » origine ; » mais il nous apprend luimême que c'est par création , et non par émanation , puisqu'il soutient que les esprits ont été créés , aussi bien que la matière , ilid., lib. 2, c. 9. Cela n'a pas empêché Brucker d'attribuer à ce Père et à saint Irénée le système des émanations, Ilist. Crit. Phiîosophiœ, t. 3, p. 406 et 444. Voilà comme on doit se lier aux accusateurs des Pères.

Quoi qu'ils en disent, saint Augustin et saint Jean Damascène ont eu raison d'objecter aux manichéens , que si les esprits ou les éons et les âmes humaines sont émanés de la nature divine , celleci est divisée en autant de parties qu'il y a d'émanations ; c'est un des arguments de saint Irénée contre les gnostiques, liv. 2, c. 43 , n. 5. Vainement tous ces hérétiques auroient répondu qu'ils nioient cette conséquence , comme faisoient les platoniciens ; les Pères auroient répliqué que tous raisonnoient mal ; que puisqu'il est ici question dVmanations qui ne se terminent point dans l'essence divine , mais au dehors , il est absurde de prétendre que ce qui est sorti n'a été ni séparé , ni retranché. Si les manichéens avoient osé dire que des docteurs chrétiens avoient pensé comme les platoniciens, les Pères auroient nié le fait , parce qu'il est faux. Ils auroient ajouté , que les comparaisons tirées d'un (lambeau , et de la pensée qui se communique , ne prouvent rien ; la lumière est un corps ; la pensée n'est ni une personne ni une substance , comme les esprits et les âmes humaines. Lorsque les docteurs chrétiens s'en sont servis en parlant de la génération et de la procession des Personnes divines , ils n'ont pas prétendu expliquer par là un mystère essentiellement inexplicable ; mais ils

n'ont jamais parlé de même de la naissance des esprits. Le mystère de la sainte Trinité est révélé , la prétendue émanation des esprits ne l'est pas ; elle est même contraire au dogme essentiel de la création , que les Pères ont soutenu contre les philosophes.

Ils ont encore été bien fondés à objecter aux manichéens que si les éons et les âmes humaines sont des émanations de la nature divine, ce sont autantd'êtrcs consubstantiels à Dieu , et autant de dieux ; ainsi le soutient saint Irénée , ibid., c. 17, n. 5. Et il est faux que les manichéens aient été autorisés par l'ancienne théologie à nier cette conséquence. Encore une fois , pour la nier , il faut tomber en contradiction, soutenir , d'un côté , que les esprits sont de tou le éternité, que Dieu n'a pas pu exister sans les produire , qu'il les a donc produits nécessairement ; de l'autre , qu'il a été le maître de ne leur communiquer ses perfections qu'autant qu'il l'a voulu librement. Si les philosophes ont digéré cette contradiction, comme tant d'autres, les Pères de l'Eglise , qui sont nos anciens théologiens , n'ont pas été assez stupides pour ne pas l'apercevoir. Tertuiiicn a raisonné sur ce sujet en métaphysicien profond. L. contra Hermogen., c. 5 et si.iv.

Beau sobre leur attribue d'autres erreurs encore plus grossières ; il prétend que les Pères ont exprimé la génération du Verbe par le mot grec npoZo»i , qui signifie la même chose qu'émanation; parce qu'ils ont cru Dieu corporel , que tel i été le sentiment non-seulement des Pères grecs, mais encore des Latins.

Liv. 5, c. 4, § 5, 6,8; c. 7, §6 et 7. Il n'en excepte qu'Origène, qui avoit appris d« Platon, et non de l'Ecriture sainte , que Dieu est incorporel. Il dit que , touchant la nature de Dieu , les docteurs chrétiens suivoient le sentiment des maîtres qui les avoient instruits, et des écoles philosophiques d'où ils sortoient, parce que l'Ecriture sainte ne s'exprime point clairement sur ce sujet. Cependant, c. 10, § 7 du même iivre, il nous fait observer que, selon les principes des anciens théologiens, aussi

bien que des philosophes, dans tous les êtres vivants et incorporels les émanations se font sans que les sources ou les causes en souffrent aucune diminution, et que les auteurs chrétiens se sont servis de cette métaphysique , touchant les natures spirituelles, pour expliquer leurs mystères. En quel sens ces auteurs se sont-ils servis de la métaphysique qui concerne les êtres incorporels , ou les natures spirituelles , s'ils ont cru que Dieu étoit corporel ? Dans quelle école de philosophie les Pères ont-ils pris la notion d'un Dieu corporel, s'il est vrai, comme le prétend Beausobre, que Platon et les platoniciens , les philosophes orientaux , les valenliniens , les gnosliques et les manichéens ont tous distingué les émanations des êtres incorporels d'avec les générations ou les émanations des corps? Mais peu importe à ce critique de se contredire , pourvu qu'il réussisse à calomnier les Pères; nous le réfuterons au mot Esprit.

Ce n'est pas tout. Selon lui , les philosophas qui ont cru que les esprits étoient sortis le Dieu par émanation, ne leur ont altribué qu'une éternité seconde, parce qu'ils ont une cause ; ils ont réservé à Dieu seul Yélernité première, parce qu'il n'a point de cause. Par conséquent, si les Pères ont conçu la génération du Verbe et la procession du Saint- Esprit, comme les philosophes concevoient Yémanation des esprits, ils n'ont pu attribuer à ces deux Personnes divines qu'une éternité seconde , et non Y éternité première , qui ne convient qu'à Dieu le Père. C'est aussi ce que prétend Beausobre ; il va même plus loin : il affirme que les anciens ont cru généralement que le Père n'a produit ou engendré le Verbe qu'immédiatement avant de créer le monde ; qu'auparavant le Verbe étoit dans le Père , mais qu'il n'étoit point encore hypostase ou personne , puisqu'il n'étoit point encore engendré. L. 5, c. 5, § 4.

Suivant cette doctrine, en admettant le système des émanations , les Pères n'ont pas su attribuer au Verbe divin la même antiquité que les philosophes attribuoient aux esprits ou aux éons; ceux-

ci étoient émanés de Dieu de toute éternité, au lieu que le Verbe n'est émané du Père qu'immédiatement avant la création du monde. Les premiers sont sortis de Dieu nécessairement , parce que Dieu ne pouvoit exister sans agir ; mais c'est très-librement , sans doute , que Dieu a retardé la génération de son Verbe jusqu'au moment de créer le monde.

Puisque les éons ne sont pas des dieux , parce que le Père a été le maître de ne leur communiquer ses perfections qu'autant qu'il a voulu, à plus forte raison le Verbe n'est pas Dieu , puisque le Père a usé , sans doute , à son égard , de la même liberté.

Bullus , dans sa Défense de la foi de Nicée , M. Bossuet , dans son Ie* Avertissement aux 'protestants , ont réfuté démonstrativement toutes ces accusations absurdes. Beausobre ne l'a pas ignoré ; pourquoi n'a-t-il rien opposé aux preuves de ces deux célèbres théologiens ! Comment n'a-t-il pas rougi de supposer que , dès le second siècle , et immédiatement après la mort des apôtres , les dogmes les plus essentiels du christianisme , la parfaite spiritualité de Dieu, snn immensité, la génération éternelle du Verbe, la divinité du Fils et du Saint-Esprit, etc., ont été méconnues et défigurées par ceux même qui dévoient les enseigner aux fidèles ? Comment Jésus-Christ a-t-il abandonné son Eglise sitôt après son ascension dans le ciel? Mais Beausobre vouloit disculper tous les anciens hérétiques aux dépens des Pères de l'Eglise , il vouloit esquiver l'argument que M. Bossuet a tiré contre les protestants de leurs variations dans la foi ; pour en venir à bout, il a fallu accumuler les paradoxes et les calomnies, abandonner même ie principe fondamental du protestantisme, savoir : que l'Ecriture sainte est claire sur toutes les vérités essentielles à la foi.

Le Clerc n'a pas été plus équitable en faisant l'extrait des ouvrages des Pères du premier et du second siècle de l'Eglise, dans son Histoire ecclésiastique.

Si Beausobre avoit daigné se souvenir que les Pères ont cru et professé le dogme de la création, prise en rigueur ,

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