‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 81 sur 114 · LU · texte numérisé non relu

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verncurs de provinces , pour se rendre s ^réables au peuple, lui laissoient exercer impunément sa fureur.

Constantin, converti, n'accorda que Sa tolérance et l'exercice libre du christianisme; il fit rendre aux chrétiens les v glises et les biens confisqués, donna sa confiance aux évoques , et accorda des immunités aux clercs; il fit chômer le dimanche , et abolit le supplice de la croix. Il défendit aux païens les cérémonies magiques destinées à faire du mal , mais il n'interdit point celles par lesquelles on vouloit faire du bien ; il fil détruire quelques temples dans lesquels on comrneltoit des abominations, il laissa subsister les autres. Loin de vouloir faire aucune violence aux païens pour leur faire embrasser le christianisme et détruire l'idolâtrie, il déclara formellement qu'il ne vonloit forcer personne. Eusèbe, Vie de Constantin , liv. 2 , c. 5G et (50 ; Orat. ad SS. Cœtum, c. 11. On ne peut pas citer un seul exemple d'un païen mis à mort pour cause de religion , ni même puni par des peines afilictives.

Près d'un siècle après lui, sous Théodose le Jeune, l'an 423, nous trouvons encore une loi qui défend de faire aucune injustice ni aucune violence aux Juifs ni aux païens , lorsqu'ils sont paisibles et soumis aux lois. T. 6, Cod. Thcod., page 295.

Quelle différence entre cette conduite et celle des empereurs précédents J Julien , qui voulut rétablir le paganisme, fut -il aussi modéré? Aujourd'hui les incrédules osent soutenir que le christianisme est redevable de ses progrès à la protection des empereurs chrétiens, et aux violences qu'ils ont exercées contre les païens pour l'établir. Voyez Christianisme , Persécution.

Quelques censeurs de la doctrine des Pères ont blâmé ïerlullien d'avoir dit dans son apologétique , c. 21 : a Les » césars auraient cru en Jésus-Christ, » s'ils n'étoienl pas nécessaires au siècle, » ou si \cs chrétiens pouvoient être cé- » sais. » Nous soutenons que Tertullien n'a pas eu tort. En effet, le pouvoir des empereurs éloit despotique, absolu, affranchi de toute loi, oppressif et souvent

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cruel; Tertullien comprenoit très-bien qu'un pareil gouvernement ne pauvoit pas s'accorder avec les maximes clu christianisme : que des souverains, persuadés qu'une autorité aussi excessive était nécessaire au siècle, ne se résoudraient jamais à la faire plier sous les lois de l'Evangile. Il comprenoit aussi qu'un prince^ véritablement chrétien , ne consentirait jamais à exercer sur ses semblables une autorité tyrannique semblable à celle des césars. Cette pensée de Tertullien fut confirmée par l'événement. Dès que Constantin eutembrassé le christianisme, il mit par ses propres lois des bornes à son autorité; il eut le bon esprit de comprendre que le despotisme n'étoit plus nécessaire pour gouverner des sujets devenus chrétiens , disposés à obéir, non par la crainte , mais par devoir de conscience, et il ne se trompa point. Voyez Constantin.

EMPYRÉE , le plus haut des cieux , le lieu où les saints jouissent du bonheur éternel ; il est ainsi nommé du grec h , dans , et itup, feu ou lumière, pour désigner la splendeur de ce séjour. Les conjectures des philosophes, des théologiens, et même de quelques Pères de l'Eglise, sur la création , la situation, la nature de cette heureuse demeure , ne nous apprennent rien; elle doit être l'objet de nos désirs et de nos espérances , et non de nos spéculations.

ENCÉNIES, rénovation. Voyez Dédicace.

ENCENS, ENCENSEMENT. L'usage des parfums est aussi ancien que le monde ; il étoit surtout nécessaire dans les premiers âges, dans les pays chauds, et chez tous les peuples qui n'ont pas connu l'usage du linge ; c'est encore aujourd'hui un des objets du luxe des Orientaux. Pour faire honneur à une personne, on parfumoit la chambre dans laquelle on la recevoit, Cant., c. 1, y. H ; on répandoit de l'huile odoriférante sur sa tête; on parfumoit les habits de cérémonie. Gen., c. 27, v. 27. Parmi les présents que Jacob envoya en Egypte à Joseph , il fit mettre des parfums , c. 45 , jfr. 11 ; la reine de Saba fil présent à Salomon d'une quantité de parfums

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tes plus exquis, ///. Reg., c. 10, f. 2 et 19 ; le roi Ezéchias en gardoit dans ses trésors, Isa'ie, c. 59,^. 2 ; les femmes des Hébreux en faisoient grand usage, c'étoit une partie de leur luxe. Rulh se parfuma pour plaire à Booz , et Judith pour gagner les bonnes grâces d'Holopherne. S'abstenir des essences et des huiles odoriférantes , étoit une pratique de pénitence.

Les mages offrent à Jésus enfant de l'encens, comme une marque de respect.

Jésus, invité à manger chez un pharisien , se plaint de ce qu'on ne lui a pas parfumé la tête , comme on le faisoit aux personnes que l'on vouloit honorer.

Luc, c. 7, f. 48. Marie, sœur de Lazare, n'y manqua point dans une occasion semblable. Joan., c. 12, f. 5.

Dès que les odeurs agréables ont été un signe de respect et d'affection envers les hommes , on a conclu qu'elles dévoient entrer aussi dans le culte de la Divinité. Dieu prescrit à Moïse la manière de composer le parfum qui doit être brûlé dans le tabernacle ; il défend aux Israélites d'en faire de semblables pour leur usage. Exod., c. 30 , f. 34, 57. Une des fonctions des prêtres étoit de brûler V encens sur l'autel des parfums. Isaïe prédit que les étrangers viendront rendre à Dieu leurs hommages dans son temple , y apporteront de l'or et de 1' 'encens. Isaï., c. 60 , f. G.

De là une onction faite avec des huiles parfumées est devenue un symbole de consécration ; les mots Oint, Christ, Messie, qui ont le même sens , ont désigné une personne respectable , consacrée, chère au Seigneur. Voy. Okction.

Les païens brûloient aussi de Yencens dans leurs temples et aux pieds de leurs idoles ; c'étoit un signe de respect et d'adoration. Jeter deux ou trois grains d'encens dans le foyer d'un autel,étoit un acte de religion : lorsqu'on pou voit engager un chrétien à le faire, on regardoit cette action comme un signe d'apostasie.

Les aDologistes du christianisme , Tertullien , Arnobe, Lactance , disent aux païens , nous ne brûlons point d'encens ; de là certains critiques ont conclu que les premiers chrétiens ne faisoient point

tf encensement dans les cérémonies de religion. Cependant le livre de l'Apocalypse , qui fait le tableau des assemblées chrétiennes, parle d'un ange qui tient devant l'autel un encensoir d'or, dont la fumée est le symbole des prières des saints qui s'élèvent jusqu'au trône de Dieu. Jpoc, c. 8 , f . 3 et 4. Les païens, au lieu de prier leurs dieux avec ferveur, se contentoient de jeter de Yencens dans le foyer de l'autel ; les chrétiens, plus religieux, adressoient au ciel les désirs de leur cœur, et ne regardoient Yencens que comme un symbole. Tel est évidemment le sens de Tertullien, Apol., c. 50; de Lactance, 1. l,c. 20;1.4,c. 5;1.5,c. 20;d'Arnobe, 1. 2, etc.

Dans les Canons des apôtres , dans les écrits de saint Ambroise , de saint Ephrem, dans les liturgies de saint Jacques, de saint Basile, de saint Jean Chrysostome , il est fait mention des encensemenis ; cet usage est donc de la plus haute antiquité, il s'est conservé chez les différentes sectes de chrétiens orientaux, de même que dans l'Eglise romaine.

Quelques auteurs modernes ont cru que l'on n'avoit introduit Yencens dans les assemblées religieuses que pour en écarter ou en corriger les mauvaises odeurs ; ils se sont trompés. Si l'on n'avoit point eu d'autre dessein, l'on se scroit contenté de faire brûler du parfum dans des cassolettes sans aucune cérémonie. Mais c'est le célébrant qui encense l'autel et les dons sacrés , et qui prononce des prières relatives à l'action qu'il fait. Ces prières mêmes attestent que Yencens est non-seulement un hommage rendu à Dieu, mais un symbole de nos saints désirs, de nos prières , de la bonne odeur ou du bon exemple que nous devons donner par notre conduite.

Telle est l'idée qu'en ont eue tes anciens qui en ont parlé.

Comme l'encensement est une marque d'honneur , on encense, dans la liturgie, les ministres de l'autel, les rois, les grands , le peuple; et comme la vanité se glisse malheureusement partout , cet encensement est devenu un droit hono-

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rifique , une prétention , souvent un sujet de procès ; mais cet abus ne prouve pas que l'usage de Vencens soit abusif en lui-même.

Dès que les parfums étoient une marque d'honneur pour les vivants, on s'en est aussi servi pour embaumer les morts, afin de préserver leurs corps de la corruption , et de les conserver plus longtemps. Le corps de Joseph fut embaumé à la manière des Egyptiens, et le corps du roi Asa fut exposé sur un lit de parade , avec beaucoup de parfums.

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