‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 82 sur 114 · Parai, c. 16 , >\ 14. Voyez Funérailles · texte numérisé non relu

Parai, c. 16 , >\ 14. Voyez Funérailles

ENCENSOIR, vase ou instrument propre à brûler de l'encens et à en répandre la fumée. La description d'un encensoir appartient à la partie des arts. Il nous suffît d'observer que, selon toutes les apparences , les encensoirs dont on se servoit dans le temple de Jérusalem ne ressembloient point aux nôtres ; c'étaient plutôt de petits réchauds ou des cassolettes qu'on portoit à la main, ou que l'on plaçoit dans divers endroits du temple.

ENCHANTEMENT. L'on entend sous ce terme l'art d'opérer des prodiges par des chants ou par des paroles; c'est la même chose que charme, dérivé de carmen, vers, poésie , chanson. Une des erreurs du paganisme , étoit de croire qu'il y avoit des paroles efficaces , des chansons magiques , par lesquelles on pouvoit opérer des choses surnaturelles.

Celte pratique étoit sévèrement interdite aux Juifs. Veut., c. 18. f. 14. Mais d'où a pu venir celte opinion fausse? est-ce la religion qui y a donné lieu , comme les incrédules voudroient le persuader?

Il est certain que l'on peut enchanter les serpents. Dans les Indes, il y a des hommes qui les prennent au son du flageolet, les apprivoisent , leur apprennent à se mouvoir en cadence. Essais historiques sur rindc, p. 136. En Egypte, plusieurs les saisissent avec intrépidité, les manient sans danger., et les mangent. Recherches philosophiques sur les Egyptiens, lom. 1 , seel. 5, p. \c2\ . On prétend qu'autrefois ce secret étoit affecte à certaines familles d'Egyptiens ,

ENC

que l'on nommoit psylle : il y a sur ce nom un discours dans les Mém. de l'Académie des Inscriptions, tom. 10, tn-1 2, pag. 431.

Dans le psaume 57, $. 3, David compare le pécheur endurci à l'aspic qui se bouche les oreilles pour ne pas entendre la voix de Yenchanteur. Cette comparaison, comme l'on voit, n'est pas fondée sur une opinion fausse. Le Seigneur menace les Juifs de leur envoyer des serpents sur lesquels l'enchanteur n'aura aucun pouvoir. Jerem. c.8, ^.17.

Il y a aussi plusieurs espèces d'oiseaux et d'autres animaux que l'on peut attirer , endormir , ou apprivoiser par des sifflements et parles indexions de la voix.

Quoique ces secrets soient très-narels , ils ont dû paroître merveilleux aux ignorants. Le Beau raconte, dans ses Voyages, qu'ayant pris des oiseaux à la pipée , il fut regardé parles sauvages comme un enchanteur. Dans ces moments d'admiration, il n'a pas été difficile à des hommes rusés d'en imposer aux simples ; de leur persuader que par des chants et des paroles magiques , on pouvoit guérir les maladies , détourner les orages , rendre la terre fertile , etc., aussi aisément que l'on rendoit les serpents et les autres animaux dociles. Il n'en a donc pas fallu davantage pour établir l'opinion du pouvoir surnaturel des enchantements.

Dans le livre de l'Exode, les pratiques des magiciens de Pharaon sont nommées par la Vulgate des enchantements ; mais il n'est pas aisé de savoir si le mot hébreu peut signifier des chants ou des paroles ; il désigne plutôt des caractères.

Il ne faut pas oublier que toutes les superstitions étoient une conséquence naturelle du polythéisme et de l'idolâtrie , et que les philosophes païens en ont été infatués, aussi bien que le peuple. Voyez Chaume , Magie.

À l'époque de la prédication de l'Evangile , la magie et les prestiges de toute espèce étoient communs parmi les païens et chez les Juifs ; les basilidiens et d'autres hérétiques en faisoient profession : il n'étoit donc pas aisé d'en désabuser les peuples. Constantin, devenu

ENC

chrétien , ne défendit d'abord que la magie noire et malfaisante, les enchantements employés pour nuire à quelqu'un; il n'établit aucune peine contre les pratiques destinées à produire du bien.

Mais les Pères de l'Eglise s'élevèrent fortement contre toute espèce de magie, de sortilèges, etc. Ils firent voir que non-seulement ces pratiques étoient vaines et absurdes , mais que , si elles produisoient quelque effet, ce ne pouvoit être que par l'intervention du démon; qu'y avoir recours ou y mettre sa confiance , c'étoit un acte d'idolâtrie , une espèce d'apostasie du christianisme. Us recommandèrent aux fidèles de ne point employer d'autres moyens pour obtenir les bienfaits de Dieu , que la prière, le signe de la croix , les bénédictions de l'Eglise. Plusieurs conciles confirmèrent, par leurs décrets, les leçons des Pères, et prononcèrent l'excommunication conlre tous ceux qui useroient de pratiques superstitieuses. FoyezBmgham, liv. 16, c. 5 , tom. 7, pag. 255, etc.

II y a de l'entêtement à soutenir que ces leçons et ces censures sont justement ce qui a donné plus d'importance à ces pratiques; que l'on en au roi t désabusé plus efficacement les peuples, si l'on n'y avoit attaché que du mépris; si l'on avoit eu recours à l'étude de l'histoire natureiie et de la physique. Mais c'est cette étude même, mal dirigée,

425 ENC

qu'un , on les nomme maléfices. Voyez ce mot.

ENCOLPE. Voyez Reliques.

ENCRAÏITES , hérétiques du second siècle, vers l'an 151. Ils eurent pour chef Tatien , disciple de saint Justin, martyr ; homme éloquent et savant , qui , avant son hérésie , avoit écrit en faveur du christianisme. Son Discours contre les Grecs se trouve à la suite des ouvrages de saint Justin. Après la mort de son maître , Tatien tomba dans les erreurs des valentiniens , de Marcion , de Saturnin et des gnostiques. Il soutint qu'Adam n'étoit pas sauvé, que le mariage est une débauche introduite par le démon ; de là ses sectateurs furent nommés encratites , continents ou abstinents. Ils s'abstenoient non -seulement de la chair des animaux, mais du vin ; ils ne s'en servoient pas même pour l'eucharistie , ce qui leur fit donner le nom d'hydroparastes et (Taquariens ; on les appeloit encore apotactiques ou renonçants, saccophores et se'vériens.

Le vin, selon eux , est une production du démon , témoin l'ivresse de Noé et ses suites. Ils n'admettoient qu'une petite partie de l'ancien Testament, et ils l'expliquoient à leur manière.

Nous apprenons encore , par le témoignage des Pères, que Tatien admit les éons des valentiniens; qu'il distingua dans l'homme trois natures, l'esprit,

qui avoit été la source du mal. Le poly- j l'âme et la matière ; qu'il soutint que

théisme, qui avoit peuplé l'univers d'esprits , de génies, de démons, les uns bons, les autres mauvais, étoit né de faux raisonnements et de fausses obser-

l'âme n'est pas immortelle de sa nature, mais qu'elle peut être préservée de la mort, ou ressusciter, et que l'âme qui a la connoissance de Dieu ne meurt pas.

vations de la nature; le christianisme, | Il ne croyoit pas que le Fils de Dieu fût

en établissant la croyance d'un seul Dieu, sapoit cette erreur par les fondements. Les superstitions auroient été plus tôt détruites, si les Barbares du Nord, tous païens, ne les avoient pas fait renaître dan* nos contrées. Quoi que l'on

véritablement né de la Vierge Marie et du sang de David ; il avoit composé une espèce d'harmonie ou concorde des quatre Evangiles , dans laquelle il avoit retranché les généalogies du Sauveur, données par saint Matthieu et par saint

en puisse dire , la religion a plus con- Luc; il nommoit cet ouvrage Dialessa-

tribué à déraciner les erreurs que l'étude ron, c'est-à-dire par les quatre. On pré-

dela p>ysique; les peuples sont incapa- sume qu'il n'y enseignoit pas positive-

bles de cv"!te étude, mais tous sont très- ment ses erreurs, puisque du temps de

capables de croire en un seul Dieu. Lors- Théodorct, par conséquent au cinquième

qu'un charme ou un enchantement ont siècle, cet ouvrage étoit encore lu , non-

pour objet de causer du mal à quel- seulement par les hérétiques , mais par

ENC

ENC

les catholiques , et que saiut Ephrem fit un commentaire sur ce même ouvrage.

C'étoit par conséquent une concorde des donneroit pas.

ses erreurs auparavant, c'est une autre injustice qu'un protestant ne nous par-

quatre Evangiles. Il y en a une version arabe à la bibliothèque du Vatican , qui a été apportée de l'Orient par le savant Assémani ; mais il dit que c'est peut-être le Monotessaron d'Ammonius. On accuse enfin Talien d'avoir changé plusieurs choses dans les Epîtres de saint Paul. Ses disciples se répandirent dans les provinces de l'Asie mineure, dans la Syrie, en Italie même , et jusque dans les environs de Rome. Voyez la Dissertation sur Tatien, à la lin de son Discours contre les Grecs, édit. d'Oxford.

C'est une question de savoir si , dans ce discours, Tatien a été orthodoxe touchant la nature de Dieu, la génération du Verbe, et la création du monde. Plusieurs protestants, en particulier Brucker , dans son Histoire critique de la philosophie , soutiennent que cet hérésiarque avoit, sur ces points de doctrine, la même opinion que les Orientaux ; qu'il admettoit, non la création , mais les émanations des créatures : système qui ne s'accorde ni avec la simplicité de la nature divine, ni avec l'éternité du Verbe. Brucker blâme le savant Bullus d'avoir voulu expliquer, dans un sens orthodoxe , la doctrine de Tatien. Mosheim est de même avis. Hist. Christ., sect. 2, §61.

Nous convenons qu'en prenant à la rigueur, et dans le sens purement grammatical , tous les termes de cet auteur , on peut lui attribuer le système des émanations, et en tirer, par voie de conséquence, toutes les erreurs des philosophes orientaux ; mais ce procédé est-il équitable?

4° Lorsque les théologiens catholiques veulent en agir ainsi à l'égard des hérétiques, les protestants en font un crime et réclament contre cette rigueur; leur est-elle plus permise qu'aux catholiques?

2° Le discours contre les gentils a élé écrit avant que Tatien eût professé l'hérésie; on ne doit donc point en chercher le sens dans les erreurs qu'il enseigna dans la suite, ni dans celles de ses disciples. Prétendre qu'il avoit dissimulé

3° Tatien fait profession d'avoir appris les sciences des Grecs ; il ne parle point de celles des Orientaux; ce qu'il nomme philosophie des barbares , est évidemment celle des chrétiens et des Hébreux. Jamais les Grecs ne se sont avisés de nommer barbares les Chaldéens et les Egyptiens , desquels ils avoient reçu leurs premières leçons.

4° Les Pères du second et du troisième siècle attribuent les erreurs des valentiniens et des gnostiques, adoptées par Tatien, à la philosophie des Grecs, et non à celle des Orientaux ; ils étoient plus à portée d'en découvrir la source que les critiques du dix-huitième siècle, qui , de leur propre aveu , manquent de monument pour prouver ce qu'ils avancent. Sur quoi fondés se flattent-ils d'avoir mieux rencontré que les Pères?

5° Tatien enseigne, dans son discours, plusieurs choses qui ne s'accordent point avec le système des émanations.

Il dit , n. 5 : c Au commencement Dieu » éloit, et le Verbe étoit en Dieu. Le » Verbe a été engendré par communi- » cation et non par séparation ; il est le » premier ouvrage du Père et le prin- » cipe ou l'auteur du monde. II a produit » tout ce qui a été fait , et il s'est fait à

» lui-même sa matière La ma-

» tière n'est donc point sans commence- » ment comme Dieu, elle n'est ni co- » éternelle ni égale en puissance à Dieu; » mais elle a élé faite, non par un autre, » mais par le seul auteur de toutes » choses, n. 7. Le Verbe divin, Esprit » engendré du Père, a fait, par sa puis- » sance intelligente , Thomme , image » de l'immortalité, et il avoit fait les » anges avant les hommes. »

Quiconque n'est pas aveuglé par la prévention voit dans ces paroles le dogme de la création , et non le système des émanations. Jamais aucun partisan de la philosophie orientale n'est convenu que la matière a eu un commencement, et qu'elle a été faite, aucun n'a imaginé que la matière es; sortie de Dieu Dur esprit, par émanation. Vainement

Page 1